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Fondamentaux sur le boycott culturel

Qu'est-ce que le boycott culturel?

Le boycott culturel expliqué par Dror

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Initiative palestinienne pour le boycott universitaire et culturel d’Israël (PACBI), le 20 juillet 2009


Depuis avril 2004, le PACBI a appelé intellectuels et universitaires du monde entier à « boycotter complètement et systématiquement toutes les institutions universitaires et culturelles israéliennes, en contribution à la lutte pour stopper l’occupation, la colonisation et de système d’Apartheid d’Israël » [1].

En 2006, une majorité décisive des travailleurs culturels Palestiniens, dont la majorité des cinéastes et artistes, soutenue par des centaines d’acteurs culturels internationaux, a appelé tous les artistes et cinéastes de bonne foi à rejoindre le boycott culturel institutionnel contre Israël [2]. En réponse, un artiste et écrivain britannique renommé, John Berger, a publié une déclaration soutenue par des dizaines d’artistes internationaux, d’écrivains et de réalisateurs de premier plan, appelant leurs collègues à donner partout leur aval à l’appel palestinien au boycott culturel [3].

Dans l’esprit et la logique de ce boycott culturel, le 8 mai 2008, dans une demi-page de publicité dans International Herald Tribune sous le titre « Pas de raison de célébrer », des dizaines de personnalités culturelles – dont Mahmoud Darwish, Augusto Boal, Ken Loach, André Brink, Ella Shohat, Judith Butler, Vincenzo Consolo, Ilan Pappe, David Toscana et Aharon Shabtai – ont signé une déclaration en réponse aux célébrations mondiales du « 60eme anniversaire » d’Israël, qui disait [4] :

« Il n’y a pas de raison de célébrer ! Israël, à 60 ans, est un Etat qui nie encore aux réfugiés Palestiniens leurs droits approuvés par l’ONU, seulement parce qu’ils sont ‘non-Juifs’. Il occupe toujours illégalement des terres Palestiniennes et d’autres terres arabes, en violant de nombreuses résolutions de l’ONU. Il viole encore grossièrement chaque jour la loi internationale et enfreint les droits humains fondamentaux avec l’impunité que lui confère le soutien économique, diplomatique et politique des USA et de l’Europe. Il continue de faire subir une discrimination institutionnalisée à ses propres citoyens Palestiniens.

La campagne de boycott culturel contre l’Apartheid d’Afrique du Sud a été une source majeure d’inspiration pour formuler les appels et les critères palestiniens au boycott. Dans ce contexte, l’argument clé avancé par le régime Sud Africain et ses apologues dans le monde contre la campagne culturelle et sportive anti-Apartheid – que le boycott viole la liberté d’expression et l’échange culturel – fut réfuté résolument par le directeur du Centre Contre l’Apartheid de l’ONU, Enuga S. Reddy, qui écrivit en 1984 [5] : « Il est bien bizarre, pour le moins, que le régime sud-africain qui refuse toutes les libertés … à la majorité africaine … devienne le défenseur de la liberté des artistes et des sportifs du monde entier. Nous avons une liste de gens qui ont joué en Afrique du Sud par ignorance de la situation, par attrait financier ou par indifférence sur le racisme. Il faut les persuader de cesser de distraire l’Apartheid, de cesser de profiter de l’argent de l’Apartheid et de cesser de servir aux besoins de propagande du régime d’Apartheid ». Pareillement, le boycott culturel palestinien appelle à cibler les institutions culturelles, les projets et événements qui continuent à servir les objectifs du régime colonial et d’Apartheid israélien.

Pendant 5 ans de travail intense avec des partenaires de plusieurs pays pour promouvoir le boycott culturel contre Israël, PACBI a examiné de très près des dizaines de projets et d’événements culturels, estimé la pertinence des critères du boycott culturel et publié par conséquent des lettres ouvertes, des déclarations et des opinions à leur égard. Les deux conclusions principales sur ce sujet furent : (a) beaucoup de ces événements et projets tombent dans une zone grise, incertaine, qu’il est difficile d’évaluer et (b) le boycott doit cibler non seulement les institutions complices mais aussi leurs liens internes intrinsèques et organiques qui reproduisent la machine de domination coloniale et d’Apartheid. Sur la base de cette expérience et pour répondre à la demande en plein essor à PACBI pour des directives spécifiques dans l’application du boycott culturel de divers projets, festivals cinématographiques, expositions, représentations musicales ou de danse, conférences, la Campagne expose ci-dessous des critères non-ambigus, permanents et cohérents et des lignes directrices qui traitent des nuances et des particularités du domaine culturel.
Ces critères ont surtout pour but d’aider les travailleurs culturels et les organisateurs dans le monde à adhérer à l’appel palestinien au boycott, une contribution vers l’établissement d’une paix juste dans notre région. haut

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Appel au boycott académique et culturel d'Israël

par le PACBI

6 juillet 2004, version corrigée du 28 janvier 2006

http://pacbi.org/etemplate.php?id=869

Attendu que l'oppression coloniale israélienne du peuple palestinien, basée sur l'idéologie sioniste, comprend :

  • Le déni de sa responsabilité dans la Nakba - en particulier dans les vagues de nettoyage ethnique et de dépossession qui ont créé le problème des réfugiés palestiniens - et par conséquent le refus d'accepter les droits inaliénables des réfugiés et déplacés, droits stipulés par et protégés par le droit international ;
  • L'occupation militaire et la colonisation de la Cisjordanie (incluant Jérusalem Est) et de Gaza depuis 1967, en violation du droit international et des résolutions de l'ONU ;
  •  Le système bien établi de discrimination raciale et de ségrégation contre les citoyens palestiniens d'Israël, qui ressemble au système d'apartheid défunt d'Afrique du Sud ;

Puisque les institutions académiques israéliennes (essentiellement contrôlées par l'État) et la vaste majorité des intellectuels et universitaires Israéliens ont, soit contribué directement au maintien, à la défense ou à la justification des formes d'oppression susmentionnées, soit ont été complices par leur silence,

Etant donné que toutes les formes d'intervention internationales ont jusqu'à présent échoué à forcer Israël à se conformer au droit international ou à mettre fin à sa répression des Palestiniens, ce qui s'est manifesté de multiples façons, dont des sièges, des tueries indiscriminées, des destructions gratuites et le mur colonial raciste,

Au vu du fait que les personnes de conscience dans la communauté internationale des spécialistes et intellectuels ont porté historiquement la charge morale de combattre l'injustice, comme leur lutte pour abolir l'Apartheid en Afrique du Sud par différentes sortes de boycott en a donné l'exemple,

Reconnaissant que le mouvement montant du boycott international contre Israël a exprimé la nécessité d'un cadre palestinien de référence traçant le contour des principes directeurs,

Dans l'esprit de la solidarité internationale, de la cohérence morale et de la résistance à la justice et à l'oppression,

Nous, universitaires et intellectuels palestiniens, appelons nos collègues dans la communauté internationale à boycotter complètement et en permanence toutes les institutions académiques et culturelles israéliennes pour contribuer à la lutte pour terminer l'occupation, la colonisation et le système d'apartheid israéliens, en appliquant ce qui suit :

1. Retenez-vous de participer à toute sorte de coopération, collaboration ou projet culturel conjoint, académique ou culturelle, avec des institutions israéliennes ;

2. Faites-vous les porte-parole d'un boycott complet des institutions israéliennes aux niveaux nationaux et internationaux, y compris de la suspension de toute forme de financement et de subvention pour ces institutions ;

3. Promouvez le désengagement dans Israël par les institutions universitaires internationales ;

4. Travaillez vers la condamnation de la politique israélienne en poussant à l'adoption de résolutions par les organisations et associations académiques, professionnelles et culturelles ;

5. Soutenez directement les institutions académiques et culturelles palestiniennes sans leur demander qu’être partenaires de contreparties israéliennes soit une condition explicite ou implicite d'un tel soutien.

Soutenu par :

 Fédération palestinienne des syndicats d’enseignants et employés universitaires;
Fédération générale des syndicats palestiniens;

Réseau des ONG palestiniennes, Cisjordanie ;

Fédération des enseignants;

Fédération des écrivains palestiniens ;

Ligue palestinienne des artistes ;

Fédération des journalistes palestiniens ;

Syndicat général des femmes palestiniennes ;

Association des juristes palestiniens ;

et des dizaines d’autres fédérations, associations et organisations de la société civile.
PACBI

P.O. Box 1701, Ramallah, Palestine;
info@BoycottIsrael.ps; http://www.PACBI.org   

haut

 

Critères du boycott culturel

Dans tout ce qui suit, « produit » indique des produits culturels, tels que des films et d’autres formes d’art ; « événement » se réfère aux festivals de films, conférences, expositions, spectacles de danse et musicaux, tournées d’artistes et d’écrivains, entre autres activités.

Avant de discuter des différentes classes de produits et d’événements culturels et comme règle primordiale pratiquement toutes les institutions culturelles israéliennes, sauf preuve du contraire, sont complices du maintien de l’occupation israélienne et du déni des droits élémentaires palestiniens, par leur silence ou par une implication réelle pour justifier, blanchir ou écarter délibérément l’attention des violations de la loi internationale et des droits humains par Israël. En conséquence, ces institutions, tous leurs produits et tous les événements qu’elles sponsorisent ou soutiennent doivent être boycottés. Les événements et projets impliquant des individus représentant explicitement ces institutions complices devraient être boycottés du même coup.

Les critères qui suivent peuvent ne pas tout couvrir et certainement, n’anticipent, ne remplacent ou n’évacuent pas d’autres arguments sensés pour le boycott, particulièrement quand un projet culturel ou un événement justifie, prêche ou promeut les crimes de guerre, la discrimination raciale, l’Apartheid, la suppression de droits fondamentaux et des violations sérieuses de la loi internationale.

De ce qui précède, le boycott culturel palestinien contre Israël s’applique aux situations suivantes :
(1)Le produit culturel est commissionné par un organisme israélien officiel Tous les produits culturels commissionnés par un organisme israélien officiel (ministère, municipalité, ambassade, consulat, fond du cinéma public ou d’Etat, etc.) méritent d’être boycottés sur une base institutionnelle, car ils sont commissionnés et financés par l’Etat d’Israël – ou une de ses institutions complices – spécialement pour aider la propagande d’Etat ou ses efforts de « reconditionnement » destinés à diluer, justifier, blanchir ou divertir l’attention de l’occupation israélienne et des autres violations des droits palestiniens et de la loi internationale. Mais ce niveau de complicité explicite est souvent difficile à estimer, car l’information sur ce commissionnement direct peut être difficilement disponible voire intentionnellement caché.
(2)Le produit est financé par un organisme israélien officiel, mais pas commissionné (pas de liens politiques)
Le terme « liens politiques » se réfère ici spécifiquement aux conditions qui obligent un fond bénéficiaire à servir directement ou indirectement le gouvernement israélien dans ses efforts de propagande ou de « reconditionnement ». Les produits financés par des organismes israéliens officiels – tels que décrits dans la catégorie (1) ci-dessus – mais non commissionnés, donc sans liens politiques, ne sont pas sujettes au boycott en tant que telles. Les produits culturels individuels recevant des fonds d’Etat dans le cadre des droits du travailleur culturel individuel en tant que citoyen contribuable, sans qu’il/elle soit tenu de servir les intérêts politiques et PR ( ?) de l’Etat, ne sont pas boycottables selon les critères de PACBI. Cependant, accepter de tels liens politiques transformerait clairement le produit culturel ou l’événement en une forme de complicité, et en en faisant une contribution aux efforts d’Israël pour blanchir ou obscurcir sa réalité coloniale et d’Apartheid, le rendrait boycottable.
Tandis qu’une liberté individuelle d’expression, particulièrement d’expression artistique, devrait être complètement et constamment respectée dans ce contexte, un artiste individuel, cinéaste, écrivain, etc., israélien ou non, ne peut être exempté d’être sujet de boycotts que des citoyens conscients autour du monde (au-delà du domaine des critères de boycott de PACBI) peuvent appeler en réponse à ce qui est largement perçu comme un acte ou une déclaration particulièrement offensants du travailleur culturel en question (incitation directe ou non à la violence ; justification – une forme indirecte de publicité – de crimes de guerre ou d’autres violations de la loi internationale ; calomnies racistes ; participation à des violations des droits humains ; etc.). A ce niveau, les travailleurs culturels israéliens ne devraient pas être exemptés automatiquement de critiques justifiées ni de toute forme légale de protestation, y compris le boycott ; ils doivent être traités comme tout autre délinquant du même genre, ni mieux ni pire.
(3) L’événement est sponsorisé partiellement ou complètement par un organisme officiel israélien
Le principe général est qu’un événement ou projet effectué sous le parrainage ou l’égide de, ou en affiliation avec un organisme israélien officiel constitue une complicité et mérite par conséquent le boycott. Il est aussi bien connu que les artistes, écrivains (,etc.) israéliens sollicitant une subvention d’Etat pour couvrir les coûts de participation à des événements internationaux (les leurs ou ceux des produits culturels) doivent accepter de contribuer aux efforts de propagande officiels d’Israël. A cette fin, le travailleur culturel doit signer un contrat avec le MAF israélien l’obligeant à « s’engager à agir fidèlement, incessamment et responsablement pour rendre au Ministère les meilleurs services professionnels. Le fournisseur du service sait que l’objectif de demandes de services de sa part est de promouvoir les intérêts politiques de l’Etat d’Israël par la culture et l’art, ce qui inclut de contribuer à la création d’une image positive pour Israël » [6].
(4) Le produit n’est ni financé ni sponsorisé par un organisme israélien officiel.
Sauf à violer les critères précédents, en l’absence d’un parrainage israélien officiel, le produit individuel d’un travailleur culturel israélien n’est pas boycottable en tant que tel, indépendamment de son contenu ou de ses mérites.
(5) L’événement ou le projet promeut une fausse symétrie ou « équilibre »
Les événements culturels et projets impliquant des Palestiniens et/ou des Arabes et Israéliens pour promouvoir un ‘équilibre’ entre les ‘deux côtés’ dans la présentation de leurs narratifs respectifs, comme des égaux, ou qui sont basés sur les fausses prémisses d’une égale responsabilité dans le « conflit » des colonisateurs et des colonisés, des oppresseurs et des opprimés, sont volontairement trompeurs, intellectuellement malhonnêtes et moralement répréhensibles. De tels événements et projets, qui cherchent souvent à encourager le dialogue ou la « réconciliation entre les deux côtés » sans traiter des exigences de justice, font la promotion de l’oppression et de l’injustice. Tous ces événements et projets qui amènent des Palestiniens et/ou Arabes et des Israéliens ensemble, sauf s’ils sont conçus explicitement en opposition à l’occupation et aux autres formes d’oppression des Palestiniens, sont de forts candidats au boycott. Les autres facteurs que PACBI prend en considération en évaluant de tels événements sont les sources de financements, la structure du programme, les objectifs et le(s) organisation(s) contributrices, les participants et autres facteurs pertinents.

Références :
[1] http://www.pacbi.org/etemplate.php ?id=869
[2] http://www.pacbi.org/etemplate.php ?id=315
[3] http://www.pacbi.org/etemplate.php ?id=415
[4] http://www.pngo.net/data/files/english_statements/08/PNGO-THT-HP5208(2).pdf
[5] http://www.anc.org.za/un/reddy/cultural_boycott.html
[6] http://www.haaretz.com/hasen/spages/1005287.html
Traduction JPB
Palestinian Campaign for the Academic and Cultural Boycott of Israel haut


La nécessité du boycott culturel

Ilan Pappe

S’il y a quelque chose de neuf dans l’interminable et triste histoire de la Palestine, c’est le glissement manifeste qui s’est opéré dans l’opinion publique au Royaume-Uni. Je me souviens d’être venu dans les îles britanniques en 1980, à l’époque où le soutien à la cause palestinienne était confiné à la gauche et, au sein même de celle-ci, à une section et un courant idéologique très particuliers.

Le 23 juin 2009

Le traumatisme de l’après-Holocauste et le complexe de culpabilité, les intérêts militaires et économiques et la mascarade prétendant qu’Israël était la seule démocratie du Moyen-Orient, tout cela jouait un rôle pour assurer l’immunité à l’État d’Israël. Très peu de gens étaient émus, semblait-il, par un État qui avait dépossédé la moitié de la population native de la Palestine, démoli la moitié de ses villages et villes, pratiqué via un système d’apartheid des discriminations à l’égard des personnes vivant dans ses propres frontières et divisé et enclavé deux millions et demi de personnes au cours d’une occupation militaire brutale et répressive.

Presque trente ans plus tard, il semble que tous les filtres et cataractes ont été retirés. L’ampleur de l’épuration ethnique de 1948 est bien connue, la souffrance des gens des territoires occupés a été rapportée et décrite, même par le président des États-Unis, comme insupportable et inhumaine. De façon similaire, la destruction et le dépeuplement de la zone du grand Jérusalem sont mentionnés quotidiennement et la nature raciste des mesures politiques à l’égard des Palestiniens en Israël est fréquemment critiquée et condamnée.
La réalité aujourd’hui, en 2009, est décrite par l’ONU comme « une catastrophe humaine ». Les sections conscientes et consciencieuses de la société britannique savent très bien qui a causé cette catastrophe et qui l’a produite. La chose n’est pas associée à de vagues circonstances ou au « conflit », mais est perçue clairement comme le résultat de la politique israélienne au fil des années. Quand on demanda à l’archevêque Desmond Tutu quelle était sa réaction après ce qu’il avait vu dans les territoires occupés, il fit tristement remarquer que c’était encore pire que l’apartheid. Et il était bien placé pour en parler.

Comme dans le cas de l’Afrique du Sud, ces personnes décentes, soit en tant qu’individus, soit en tant que membres d’organisations, expriment leur indignation face à ce mélange permanent, en Palestine, d’oppression, de colonisation, de nettoyage ethnique et de privations provoquées. Ces personnes cherchent des façons d’exprimer leurs protestations et certaines espèrent même convaincre leur gouvernement de modifier sa vieille politique d’indifférence et d’inaction face à la destruction permanente de la Palestine et des Palestiniens. Beaucoup de ces gens sont des Juifs, puisque ces atrocités sont commises en leur nom, selon la logique de l’idéologie sioniste, et quelques-uns d’entre eux sont des vétérans d’anciennes luttes civiles dans ce pays pour des raisons similaires à celles qu’on rencontre dans le monde entier. Ils ne sont plus confinés dans un seul parti politique et ils viennent de toutes les classes sociales.

Jusqu’à présent, le gouvernement britannique n’est toujours pas ému. Il a également été passif quand le mouvement anti-apartheid de ce pays lui a demandé d’imposer des sanctions à l’Afrique du Sud. Il a fallu plusieurs décennies de militantisme à la base pour atteindre les hautes sphères politiques. Cela prend encore plus de temps dans le cas de la Palestine : la culpabilité à propos de l’Holocauste, les récits historiques déformés et la dénaturation contemporaine d’Israël en tant que démocratie cherchant la paix et des Palestiniens en tant qu’éternels terroristes islamiques, tout cela a bloqué le flux de l’impulsion populaire. Mais l’affaire commence à trouver sa voie et à asseoir sa présence, en dépit de l’accusation permanente d’antisémitisme collée à toute revendication et malgré la diabolisation de l’Islam et des Arabes. Le troisième secteur, ce lien important entre les civils et les agences gouvernementales, nous a montré la voie. Un syndicat après l’autre, un groupe professionnel après l’autre, tous ont envoyé récemment un message clair : assez, c’est assez. C’est fait au nom de la décence, de la moralité humaine et de l’engagement civique fondamental à ne pas rester immobile face aux atrocités du genre qu’Israël inflige au peuple palestinien.

Ces huit dernières années, la politique criminelle d’Israël a connu une escalade permanente et les activistes palestiniens ont cherché de nouveaux moyens d’y faire face. Ces moyens, il les ont tous essayés, la lutte armée, la guérilla, le terrorisme et la diplomatie : rien n’a marché. Et pourtant ils ne renoncent pas et, maintenant, ils proposent une stratégie non violente – celle du boycott, des sanctions et du refus d’investir. C’est avec ces moyens qu’ils souhaitent persuader les gouvernements occidentaux de les sauver non seulement eux-mêmes, les Palestiniens, mais aussi – ironiquement – les Juifs d’Israël d’une catastrophe et d’un bain de sang imminents. C’est cette stratégie qui a nourri l’appel au boycott culturel d’Israël. Cette revendication a été exprimée par chaque partie de la vie palestinienne : par la société civile sous occupation et par les Palestiniens en Israël. Elle est soutenue par les réfugiés palestiniens et elle est dirigée par les membres des communautés palestiniennes en exil. Elle est venue à un moment très opportun et elle a donné aux individus et aux organisations en Grande-Bretagne une façon d’exprimer leur dégoût à l’égard de la politique israélienne et, en même temps, une occasion de participer aux pressions de partout sur le gouvernement afin qu’il modifie sa politique consistant à accorder l’immunité à ceux qui jouissent de l’impunité sur le terrain.

Il est ahurissant que ce glissement de l’opinion publique n’ait pas eu d’impact sur la politique, jusqu’à présent. Mais, une fois encore, on nous rappelle la voie tortueuse qu’a dû emprunter la campagne contre l’apartheid avant de devenir une politique. Il est également utile de rappeler que c’étaient deux braves femmes à Dublin, s’échinant dans les rayons d’un supermarché local, qui avaient initié cet énorme mouvement de changement en refusant de vendre des marchandises sud-africaines. Vingt-neuf ans plus tard, la Grande-Bretagne en a rejoint d’autres en imposant des sanctions contre l’apartheid. Ainsi, alors que les gouvernements hésitent pour des raisons cyniques, par crainte d’être accusés d’antisémitisme ou peut-être à cause d’inhibitions islamophobes, des citoyens et des activistes font tout leur possible, symboliquement et physiquement, pour informer, protester et revendiquer. Ils ont une campagne mieux organisée, celle du boycott culturel, ou ils peuvent rallier leurs syndicats dans la politique coordonnée des pressions. Ils peuvent également utiliser leur nom ou leur renommée pour nous montrer à tous que les gens décents de ce monde ne toléreront pas ce que fait Israël ni ce qu’il représente. Ils ne savent pas si leur action provoquera un changement immédiat où s’ils auront la chance de voir un changement se produire de leur vivant. Mais dans leur carnet personnel qui mentionne qui ils sont et ce qu’ils ont fait dans leur vie et dans le regard impitoyable de l’évaluation de l’Histoire, ils seront comptés au nombre des gens qui ne sont pas demeurés indifférents quand l’inhumanité faisait rage sous le déguisement de la démocratie, que ce soit dans leur propre pays ou partout ailleurs.

Par ailleurs, les citoyens de ce pays, et particulièrement les gens célèbres, qui continuent à répéter, très souvent par ignorance ou pour des raisons plus sinistres, la fable disant qu’Israël est une société occidentale cultivée ou la « seule démocratie au Moyen-Orient », ces gens ne font pas que se tromper de fait. Ils fournissent l’immunité à l’une des pires atrocités de notre époque. Certains d’entre eux exigent que nous laissions la culture à l’écart de nos actions politiques. Cette approche de la culture et du savoir israéliens en tant qu’entités séparées de l’armée, de l’occupation et de la destruction est moralement viciée et logiquement révolue. Finalement, un jour, cette indignation venue d’en bas, y compris en Israël aussi, produira une nouvelle politique – l’actuelle administration américaine en montre déjà de petits signes avant-coureurs. L’histoire n’a pas traité avec bienveillance ces cinéastes qui ont collaboré avec le sénateur américain Joseph McCarthy, dans les années 1950, ou qui ont avalisé l’apartheid. Elle adoptera une attitude similaire à l’égard de ceux qui se taisent aujourd’hui à propos de la Palestine.

À ce sujet, un événement intéressant s’est déroulé le mois dernier à Edimbourg. Le cinéaste Ken Loach dirigeait une campagne contre les connexions officielles et financières que le festival du film de cette ville avait avec l’ambassade d’Israël. L’intention était de faire circuler un message disant que cette ambassade représente non seulement les cinéastes d’Israël, mais également ses généraux qui ont massacré le peuple de Gaza, ses bourreaux qui torturent des Palestiniens dans les prisons, ses juges qui ont envoyé 10.000 Palestiniens – dont une moitié d’enfants – en prison sans procès, ses maires racistes qui veulent chasser les Arabes de leurs villes, ses architectes qui construisent des murs et des clôtures afin d’enclaver les gens et les empêcher d’avoir accès à leurs champs, leurs écoles, leurs cinémas ou leurs bureaux et ses politiciens qui mettent encore au point des stratégies visant à réaliser complètement l’épuration ethnique de la Palestine qu’ils ont entamée en 1948. Ken Loach a compris que seul un appel à boycotter le festival dans son ensemble allait amener ses directeurs à adopter un sens moral et une perspective éthique. Il avait raison, ce fut le cas parce que l’affaire était vraiment bien définie et que l’action était très si simple et pure.

On ne sera pas surpris d’avoir entendu une voix s’exprimer en sens contraire. C’est une bataille qui a toujours cours et elle ne sera pas gagnée facilement. Au moment où j’écris ces mots, nous commémorons le 42e anniversaire de l’occupation israélienne – la plus longue et l’une des plus cruelles des temps modernes. Mais le temps a également produit la lucidité nécessaire pour de telles décisions. C’est pourquoi l’action de Ken a été efficace sur-le-champ. La prochaine fois, ce ne serait même plus nécessaire. L’une des personnes qui l’ont critiqué a essayé de faire remarquer le fait que les gens en Israël aiment les films de Ken, si bien que son acte pouvait être perçu comme de l’ingratitude. Je puis assurer ce critique que ceux d’entre nous, en Israël, qui regardent les films de Ken sont également ceux qui le saluent pour sa bravoure et que, contrairement à ce critique, nous ne pensons pas que cet acte soit semblable à un appel à la destruction d’Israël, mais qu’il représente plutôt la seule façon de sauver les Juifs et les Arabes qui y vivent. Mais il est difficile, quoi qu’il en soit, de prendre une telle critique au sérieux quand elle est accompagnée de la description des Palestiniens en tant qu’entité terroriste et d’Israël en tant que démocratie du même genre que la Grande-Bretagne.
La plupart d’entre nous, au Royaume-Uni, se sont considérablement éloignés de cette stupidité propagandiste et ils sont prêts pour le changement. Nous attendons désormais que le gouvernement de ces îles prenne la relève.

Traduit par Jean-Marie Flémal et révisé par Magali Urbain pour Investig'Action.

Source : The Electronic Intifada haut


Lettre du cinéaste israélien Eyal Sivan

mercredi 28 octobre 2009

alt Lettre adressée par le réalisateur Eyal Sivan au Forum des Images qui l’a invité à programmer son dernier film dans la rétrospective ’Tel-Aviv, le Paradoxe’ , organisée par ce cinéma parisien en novembre prochain.

à Mme. Laurence Briot & Mme. Chantal Gabriel
Direction du programme
Forum des images
2, rue du Cinéma. 75045 Paris Cedex 01. France

London Octobre 6th 2009

Chère Laurence Briot et Chantal Gabriel

Je vous écris suite à la demande que vous avez adressé à mes producteurs, Mme Trabelsi et M. Eskenazi, de programmer mon dernier film "Jaffa, La mécanique de l’orange" dans la rétrospective ’Tel-Aviv, le Paradoxe’ que vous organisez le mois prochain au Forum des Images, dans le cadre de la célébration du centenaire de la ville de Tel-Aviv.

Je tiens d’abord à vous remercier pour votre offre de participer à cet événement et je vous demande d’excuser mon retard à répondre à vos chaleureuses sollicitations. Je suis sincèrement honoré que vous ayez envisagé de programmer mon film "Jaffa, La mécanique de l’orange" pour clôturer votre rétrospective. Toutefois, après mûre réflexion, j’ai décidé de décliner votre invitation. Les raisons de cette décision sont complexes et de nature politique, c’est pourquoi je voudrais, si vous le voulez bien, vous les expliquer dans le détail.

Comme vous le savez probablement, l’ensemble de mon travail cinématographique, qui compte plus de quinze films, a principalement pour objets la société israélienne et le conflit israélo-palestinien. En m’opposant à la politique israélienne à l’égard du peuple palestinien, je me suis toujours efforcé d’agir indépendamment pour qu’il n’y ait aucune ambiguïté sur le fait que je ne représente pas la "démocratie (juive) israélienne ". C’est pourquoi, depuis le tout début de ma carrière cinématographique, il y a plus de 20 ans, je n’ai jamais bénéficié d’aucune aide ou d’aucun support d’une quelconque institution officielle israélienne.

J’ai toujours agi de manière à éviter que mon travail puisse être instrumentalisé et revendiqué comme une preuve de l’attitude libérale d’Israël ; une liberté d’expression et une tolérance qui ne sont accordées par l’autorité israélienne qu’à l’égard, bien sûr, des critiques juives israéliennes.

La politique raciste et fasciste du gouvernement israélien et le silence complice de la plupart de ses milieux culturels pendant le récent carnage opéré à Gaza comme face à l’occupation continue et aux violations des droits humains et aux multiples discriminations à l’égard des Palestiniens sous occupation, ou ceux, citoyens palestiniens de l’Etat israélien –toutes ces raisons justifient que je maintienne une distance vis-à-vis de tout événement qui pourrait être interprété comme une célébration de la réussite culturelle en Israël ou un cautionnement de la normalité du mode de vie israélien. Puisque votre rétrospective fait partie de la campagne internationale de célébration du centenaire de Tel-Aviv et qu’elle bénéficie, à ce titre, du soutien du gouvernement israélien, je ne peux que décliner votre invitation.

Par ailleurs, considérant les attaques blessantes, humiliantes et continues dont mon travail fait l’objet, tant en France qu’en Israël, et les très rares confrères israéliens qui se sont exprimés pour me défendre et manifester leur solidarité sincère (je ne tiens pas compte des déclarations de principe en faveur du privilège hégémonique de la "liberté d’expression"), il ne m’est pas possible de me sentir solidaire d’un tel groupe.

Je ne peux être associé à une rétrospective qui célèbre des artistes et cinéastes jouissant d’une position de privilège absolu et d’une totale immunité, mais qui ont choisi de se taire quand des crimes de guerre étaient commis au Liban ou à Gaza et qui continuent d’éviter de s’exprimer clairement au sujet de la brutale répression des populations palestiniennes, du blocus de trois ans et de l’enfermement de plus d’un million de personnes dans la Bande de Gaza.

Je tiens à me démarquer de ceux de mes collègues qui utilisent de façon opportuniste, voire cynique, le conflit et l’occupation comme décor de leurs travaux cinématographiques, et comme représentation néo-exotique de notre pays – pratiques qui peuvent expliquer leur succès en Occident, et particulièrement en France – et je refuse d’être associé à eux dans le cadre de votre manifestation.

Même si votre invitation avait suscité chez moi une seconde d’hésitation, celle-ci aurait été balayée à la lecture, il y a une quinzaine de jours, d’un article signé d’Ariel Schweitzer, l’organisateur de votre rétrospective, et publié dans Le Monde. Dans cet article qui s’opposait au boycott culturel de l’establishment israélien, il déclare : “Des mauvaises langues diront que cette politique cultuelle sert d’alibi, visant à donner du pays l’image d’une démocratie éclairée, une posture qui masque sa véritable attitude répressive à l’égard des Palestiniens. Admettons. Mais je préfère franchement cette politique culturelle à la situation existante dans bien des pays de la région où l’on ne peut point faire des films politiques et sûrement pas avec l’aide de l’Etat.”

Sur ce point, il me faut remercier votre organisateur M. Schweitzer pour sa naïve sincérité et pour ses arguments sectaires qui m’ont permis d’articuler les raisons pour lesquelles je préfère garder mes distances vis-à-vis de votre rétrospective et d’autres événements semblables. Car comme le confirme M. Schweitzer ils sont, en effet, une célébration de la politique culturelle israélienne et une défense de l’idéologie du ‘moindre mal’. Tant mon histoire et ma tradition juives que mes convictions et mon éthique personnelles m’obligent, dans les circonstances politiques actuelles – alors que les autorités des démocraties occidentales et leurs intelligentsias ont fait le choix de rester aux côtés de la politique criminelle israélienne – à m’opposer publiquement par cet acte ferme et non-violent à l’actuel régime d’apartheid qui existe aujourd’hui, en Israël. Je terminerai en reprenant les termes de mon collègue et ami le célèbre réalisateur palestinien Michel Khleifi qui ne cesse de nous rappeler que le défi auquel nous devons faire face, en tant qu’artistes et intellectuels, est de poursuivre nos travaux non pas GRACE À la démocratie israélienne, mais MALGRÉ elle.

C’est pourquoi, toujours de manière non-violente, je continuerai à m’opposer, et à inciter mes pairs à faire de même, contre le régime israélien d’apartheid et contre le "traitement spécial" réservé dans les démocraties occidentales à la culture israélienne officielle d’opposition.

Souhaitant que vous accepterez et comprendrez ma position, et espérant avoir l’opportunité de montrer mon travail dans d’autres circonstances.

Croyez en ma gratitude et mon respect,

Eyal Sivan, Filmmaker
Research Professor in Media Production
School of Humanities and Social Sciences
University of East London (UEL) - United-Kingdom

> Source : CAPJPO-Europalestine haut

Grande Bretagne - 20-04-2006


Roger Waters refuse d’être une autre brique dans le mur israélien

Par PACBI, Palestinian Campaign for the Academic and Cultural Boycott of Israël

Réitérant sa position sur l’occupation israélienne et exprimant son soutien au peuple palestinien dans "sa lutte pour la liberté", la rockstar internationalement connue Roger Waters a annoncé qu’il déplace son concert prévu à Tel Aviv, à un moment où Israël amplifie la répression et l’apartheid pour déposséder les Palestiniens de leur terre, les ghettoïser et procéder, à la fin, à un véritable nettoyage ethnique.

L’ancien membre des Pink Floyd et auteur du morceau intemporel "Une autre brique dans le mur", a annulé son concert de Tel Aviv. Il tient compte ainsi d’un appel de nombreuses associations culturelles palestiniennes et de ses fans à travers le monde qui craignent qu’une telle prestation, assurée par un artiste respecté et progressiste comme Waters, ne légitime le mur colonial israélien, condamné comme illégal par la Cour Internationale de Justice de La Haye en juillet 2004.

En soutien à la lettre adressée à Waters par les Palestiniens, un groupe de refuzniks israéliens (objecteurs de conscience) lui demande soit d’annuler sa prestation à Tel Aviv, soit de la dédier explicitement à la lutte contre l’occupation militaire israélienne. Waters a constamment condamné le mur israélien, qu’il accuse d’infliger pauvreté et ravages aux Palestiniens des Territoires Occupés.

Dans le communiqué de presse où il annonce l’annulation de son concert, Waters écrit : "La souffrance endurée par le peuple palestinien depuis quarante ans d’occupation israélienne est inimaginable pour nous qui vivons à l’ouest et je soutiens leur lutte de libération. J’ai fait changer le lieu du concert, qui aura lieu à Wahat al Salam / Neve Shalom en signe de solidarité avec les voix de la raison, Palestiniennes ou Israéliennes, qui cherchent une voie non-violente pour une paix juste."

En annulant le concert de Tel Aviv, Roger Waters confirme son engagement pour la liberté, l’égalité et la paix basées sur la justice. Il nous prouve que sa "boussole" morale est non seulement vivante, mais qu’elle indique également la bonne direction. Apprenant cette nouvelle, la société civile palestinienne a chaudement salué Roger Waters pour son courage et sa contribution à la chute de tous les murs de l’oppression et de l’assujettissement, le mur israélien de la honte inclus.

BOYCOTTONS ISRAEL !

Source : http://www.pacbi.org
Traduction : MR pour ISM - source : http://www.ism-suisse.org/news/article.php?id=4655&type=analyse&lesujet=Boycott haut

Le boycott ne censure pas, il révèle

Juin 2010, par F. (CCIPPP)

Commençons par resituer le boycott dans son contexte. Israël est un Etat qui viole les droits humains les plus élémentaires, comme beaucoup d’autres Etats certes à travers le monde. Mais Israël a quelque chose en plus, que les « dictatures » du monde n’ont pas. Il a l’image de la démocratie, d’un pays normal qui malheureusement dérape à cause d’une extrême-droite trop virulente. Israël jouit d’une impunité que n’a aucun autre pays : la récente attaque contre la flottille a été certes critiquée, mais la majeure partie des pays occidentaux n’ont pas fait suivre leur critique de sanctions. Or le boycott est un outil politique qui vise à remédier à cette situation. Loin de vouloir censurer, nous voulons révéler, faire éclater à la face du monde la politique d’oppression et de spoliation, le manquement aux droits humains, qu’Israël masque encore derrière l’image de la démocratie. Le boycott ne censure pas, il fait entendre les voix qu’Israël fait taire : nous voulons montrer que l’image de la démocratie ne couvre ni les pleurs ni les cris de douleur. Le boycott culturel ne consiste pas à escamoter un film ou un livre en cachette, pour que personne n’en parle : le refus de programmer tel film, de vendre tel livre ou de recevoir tel chercheur n’a de sens que s’il est argumenté, s’il rend visible une prise de position politique. C’est exactement ce qu’a fait toute l’équipe des cinémas Utopia dans un travail politique intelligent.

Le boycott ne vise donc pas tel ou tel artiste israélien : il ne s’agit pas de s’en prendre à des individus. Il vise l’Etat d’Israël. On peut expliquer que l’Israeli Film Fund promeut la production de voix alternatives, ce n’en est pas moins un organe étatique. Par conséquent, il est logique qu’un mouvement de boycott visant la politique d’un Etat (et non pas de tel ou tel gouvernement) cible cet organisme. L’argent de l’Etat israélien, qui permet à la créativité israélienne (et éventuellement à la pensée critique israélienne) de s’épanouir, n’est pas un argent innocent : il est entaché par l’occupation, par le blocus, par la discrimination sourde, par les expulsions et les destructions de maisons, par le refus d’appliquer le droit international. L’Etat israélien s’est construit sur des crimes et continue à vivre sur des crimes.

Le boycott vise à rendre ces crimes visibles aux yeux du monde : Israël n’est pas un Etat normal, et il nous paraît nécessaire de souligner que des institutions d’apparence anodine ont partie liée avec une politique d’oppression systématique. La violence de l’Etat d’Israël n’est pas une dérive fanatique d’extrême droite, c’est l’extrême droite fanatique qui dérive d’une violence systématique de l’Etat d’Israël. L’Etat d’Israël s’est construit dans une logique coloniale où une population dominante s’est constituée en s’opposant à une population autochtone dominée. Les structures politiques et sociales d’Israël reposent aujourd’hui encore sur ce paradigme. Israël se construit encore sur l’exclusion des Palestiniens. Ils sont enfermés à Gaza ou derrière le mur de séparation en Cisjordanie, expulsés progressivement de Jérusalem, relégués à des positions subalternes dans la société israélienne. Les Palestiniens sont niés, considérés comme un obstacle, un problème à traiter.

A l’ombre de l’Etat d’Israël, toutes les voix ne considèrent pas le problème de la même manière. Certaines en appellent à une expulsion radicale du problème ; d’autres au compromis, à un traitement plus apaisé du problème. Mais les voix israéliennes qui veulent considérer les Palestiniens non plus comme un problème, comme un caillou dans la chaussure, mais comme des partenaires pour construire un vivre-ensemble ne peuvent pas s’exprimer dans le cadre de l’Etat d’Israël. Elles doivent se faire dissidentes. Dans le cadre de l’Etat d’Israël, les Palestiniens ne peuvent pas être considérés comme des égaux. Le boycott vise à dénoncer cette violence structurelle de l’Etat d’Israël qui relègue les Palestiniens et perpétue la domination politique. L’appel palestinien a été rejoint par des Israéliens qui ne se reconnaissent pas dans leur Etat et qui ne voient pas les Palestiniens comme un problème, mais comme des égaux en humanité.

Bien sûr, le boycott ne se justifierait pas aussi aisément si nos gouvernements européens et américains s’attachaient à faire respecter le droit international en faisant adopter des sanctions à l’encontre d’Israël au lieu de rehausser des accords de coopération pour l’UE, ou d’accepter Israël au sein de l’OCDE. Le boycott est aussi et surtout une action des citoyens pour interpeler leurs gouvernements démocratiquement élus pour qu’ils portent les valeurs de justice et de dignité qu’ils sont censés défendre. Nous continuerons donc nos opérations de boycott, pour dénoncer le caractère colonial et la violence institutionnalisée de l’Etat d’Israël, pour faire entendre et non pour faire taire.

http://www.protection-palestine.org/spip.php?article9043 haut
Appel au boycott académique et culturel d'Israël

6 juillet 2004, version corrigée du 28 janvier 2006
http://pacbi.org/etemplate.php?id=869

Attendu que l'oppression coloniale israélienne du peuple palestinien,
basée sur l'idéologie sioniste, comprend :


Le déni de sa responsabilité dans la Nakba - en particulier
dans les vagues de nettoyage ethnique et de dépossession qui ont
créé le problème des réfugiés palestiniens - et par conséquent le
refus d'accepter les droits inaliénables des réfugiés et déplacés, droits
stipulés par et protégés par le droit international ;


L'occupation militaire et la colonisation de la Cisjordanie
(incluant Jérusalem Est) et de Gaza depuis 1967, en violation du droit
international et des résolutions de l'ONU ;


Le système bien établi de discrimination raciale et de
ségrégation contre les citoyens palestiniens d'Israël, qui ressemble au
système d'apartheid défunt d'Afrique du Sud ;

Puisque les institutions académiques israéliennes (essentiellement
contrôlées par l'État) et la vaste majorité des intellectuels et
universitaires Israéliens ont, soit contribué directement au maintien, à la
défense ou à la justification des formes d'oppression susmentionnées,
soit ont été complices par leur silence,

Etant donné que toutes les formes d'intervention internationales
ont jusqu'à présent échoué à forcer Israël à se conformer au droit
international ou à mettre fin à sa répression des Palestiniens, ce qui
s'est manifesté de multiples façons, dont des sièges, des tueries
indiscriminées, des destructions gratuites et le mur colonial raciste,

Au vu du fait que les personnes de conscience dans la communauté
internationale des spécialistes et intellectuels ont porté historiquement
la charge morale de combattre l'injustice, comme leur lutte pour abolir
l'Apartheid en Afrique du Sud par différentes sortes de boycott en a

donné l'exemple,

Reconnaissant que le mouvement montant du boycott international
contre Israël a exprimé la nécessité d'un cadre palestinien de référence
traçant le contour des principes directeurs,

Dans l'esprit de la solidarité internationale, de la cohérence morale et
de la résistance à la justice et à l'oppression,

Nous, universitaires et intellectuels palestiniens, appelons
nos collègues dans la communauté internationale à boycotter
complètement et en permanence toutes les institutions académiques
et culturelles israéliennes pour contribuer à la lutte pour terminer
l'occupation, la colonisation et le système d'apartheid israéliens, en
appliquant ce qui suit :

1. Retenez-vous de participer à toute sorte de coopération,
collaboration ou projet culturel conjoint, académique ou culturelle, avec
des institutions israéliennes ;

2. Faites-vous les porte-parole d'un boycott complet des institutions
israéliennes aux niveaux nationaux et internationaux, y compris de la
suspension de toute forme de financement et de subvention pour ces
institutions ;

3. Promouvez le désengagement dans Israël par les institutions
universitaires internationales ;

4. Travaillez vers la condamnation de la politique israélienne
en poussant à l'adoption de résolutions par les organisations et
associations académiques, professionnelles et culturelles ;

5. Soutenez directement les institutions académiques et culturelles
palestiniennes sans leur demander qu’être partenaires de contreparties
israéliennes soit une condition explicite ou implicite d'un tel soutien.

Soutenu par :

Fédération palestinienne des syndicats d’enseignants et employés
universitaires;

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Lettre d'information







La campagne BDS : pourquoi ?

  • La campagne BDS (Boycott Désinvestissement Sanctions) a été lancée par la société civile palestinienne en 2005, suite à des dizaines d’années de lutte contre Israël et sa politique d’apartheid. Les Palestiniens font appel aux citoyens de conscience du monde, afin que prenne fin le plus long conflit de l’histoire récente, en leur demandant de boycotter tous les produits israéliens, mais aussi de pratiquer un boycott sportif, culturel et universitaire.
  • Ils nous demandent également de faire pression sur les entreprises étrangères, notamment européennes, afin qu’elles arrêtent leur collaboration avec cet Etat criminel.
  • Enfin, ils nous demandent de faire appliquer par nos Etats les sanctions qui auraient dû être appliquées depuis des dizaines d’années devant ce déni de droit intolérable. Il apparaît aujourd’hui que, loin des grands débats théoriques, la campagne BDS est une arme efficace pour faire plier Israël, d’autant que nous ne pouvons rien attendre de l’ONU ou de ce qu'il est convenu d'appeler "la communauté internationale".

 

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