Sabina et Serrat en Israël : signez la pétition

L’Etat d’Israël viole constamment le droit international et les principes généraux des droits de l’Homme avec sa brutale occupation de la Palestine depuis des décennies : maintient et développe l’occupation et / ou l’annexion illégale de la Cisjordanie, Gaza, Jérusalem-Est et du plateau du Golan, la poursuite avec la construction du Mur de l’Apartheid, ne permet pas le droit légitime de retour d’environ six millions de réfugiés palestiniens, pratique une politique discriminatoire d’apartheid contre les Palestiniens ayant la citoyenneté israélienne. Tout cela se déroule dans une extrême violence, causant d’énormes souffrances au peuple palestinien qui compte par milliers ses membres assassinés.
Face à cette situation a démarré la campagne de Boycott, Désinvestissement et Sanctions contre l’état d’Israël tant qu’il n’appliquera pas la législation internationale et les Droits Humains.
Dans cette campagne le boycott culturel occupe une place spéciale.
La culture n’est pas une activité neutre, loin de la réalité sociale. Elle peut être une arme puissante porteuse d’avenir, mais elle peut aussi être aussi un élément de légitimation de l’injustice. Israël le sait, c’est la raison pour laquelle il amplifie tout ce qui touche à l’art et au divertissement, dans une tentative de masquer l’occupation de la Palestine et se donner l’apparence d’un état « normal ».En même temps qu’il élimine toute velléité de critique en interdisant l’entrée à quiconque critique publiquement ses politiques, comme il l’a fait avec l’écrivain allemand Günter Grass, le linguiste américain Noam Chomsky, l’Espagnol Ivan le clown du Prado, l’universitaire américaine Norman Finkelstein ou un journaliste Grande-Bretagne Peter Houman, entre autres.

Il serait tout à fait incohérent que Sabina et Serrat symboles d’une chanson liée aux libertés et aux droits de l’homme, qui ont été contraints à l’exil suite à la dictature de Franco, se produisent pour un État qui maintient sous le joug et opprime si fortement à tout un peuple. Il serait absolument écoeurant pour des millions de personnes à travers le monde de voir Sabina et Serrat chanter en duo à Tel-Aviv, le poème immortel de Miguel Hernández  » Pour la liberté » alors même que l’état d’Israël refuse la liberté à des millions de personnes.

C’est pour cela que depuis le Réseau de Solidarité Contre l’Occupation de la Palestine, nous te demandons de participer à cette campagne en demandant à Serrat et Sabina qu’ils ne chantent pas en Israël

La RESCOP confirme que Sabina et Serrat se produiront en Israël le 21 juin prochain. On a ouvert une collecte de signatures sur le site Actuable en demandant l’annulation du concert et on te demande de signer.
http://actuable.es/peticiones/pideles-sabina-y-serrat-no-actuen-israel

Tu peux aussi laisser un message sur le facebook de la tournée pour demander l’annulation du concert…
http://www.facebook.com/pages/DOS-P%C3%81JAROS-CONTRAATACAN-/186170268104389

Sur ce lien tu trouveras les arguments qui nous amènent à demander le boycott culturel d’israël et à rejoindre la campagne BDS contre l’état d’Israël.

http://www.rebelion.org/noticia.php?id=136039

Spain:
http://www.publico.es/agencias/efe/429176/serrat-y-sabina-llamados-a-apoyar-la-libertad-y-a-no-cantar-en-israel
http://www.20minutos.es/noticia/1366456/0/sabina-serrat/concierto-tel-aviv/israel-palestina/
http://www.elpais.com.co/elpais/entretenimiento/noticias/sabina-y-serrat-refutan-criticas-y-confirman-presentaran-en-israel
http://www.abc.es/agencias/noticia.asp?noticia=1143419
Colombia:
http://www.rcnradio.com/node/148240
http://www.elcolombiano.com/Video.asp?Video=Musica_Sabina-Serrat-en-Israel-11042012 (

with video)
Uruguay:
http://www.espectador.com/1v4_contenido.php?id=236788&sts=1
Mexico:
http://www.eluniversal.com.mx/notas/840859.html
http://www.excelsior.com.mx/index.php?m=nota&id_nota=825735&seccion=funcion&cat=3
Latin America-USA:
http://laprensalatina.com/serrat-y-sabina-llamados-a-apoyar-la-libertad-y-no-cantar-en-israel/

More than 2.500 signatures have been collected in just two days, and the counter keeps going up…
http://actuable.es/peticiones/pideles-sabina-y-serrat-no-actuen-israel

But the two artists have already confirmed their intentions to sing in Tel Aviv on the 21st June.
http://www.elpais.com.co/elpais/entretenimiento/noticias/sabina-y-serrat-refutan-criticas-y-confirman-presentaran-en-israel




Mark Rylance appelle le Théâtre du Globe de Londres à boycotter la compagnie de théâtre israélienne

Mark Rylance, fondateur et ancien directeur artistique du Globe de Shakespeare, soutient l’appel au Théâtre pour qu’il annule la représentation de la compagnie de théâtre israélienne Habima, dans une lettre au Guardian (ci-dessous).

Rylance est l’une des 37 personnes à avoir signé une lettre publiée vendredi dernier exprimant leur « consternation et regret » que le Globe ait inclus la représentation théâtrale du Marchand de Venise dans son festival Globe to Globe, en mai prochain, dans le cadre du Festival mondial de Shakespeare sous l’égide de la RSC (Royal Shakespeare Company).

Parmi les autres signataires : les directeurs Mike Leigh et Jonathan Miller, les dramaturges Caryl Churchill et Trevor Griffiths, et les acteurs Emma Thompson, David Caldere, Harriet Walter, et Miriam Margoyles (voir ci-dessous).

La lettre poursuit : « En invitant Habima, le Globe s’associe aux politiques d’exclusions appliquées par l’État israélien et approuvées par sa compagnie du théâtre national. Nous demandons au Globe d’annuler son invitation de sorte que le festival ne se fasse pas le complice de violations des droits humains et de la colonisation illégale de terres occupées. »

Et Rylance d’ajouter : « Agir dans les colonies illégales me semble un acte de provocation et d’irrespect. Il est certain que la paix ne pourra naître que lorsque chacun respectera les frontières de l’autre ».

En début d’année, le groupe israélien de la campagne Boycott de l’intérieur a adressé au Globe une lettre ouverte critiquant Habima pour s’être produite dans les colonies israéliennes en Cisjordanie. Un certain nombre de professionnels de premier plan du théâtre israélien ont rejeté de semblables invitations.

Dans sa réponse, le Globe de Shakespeare décrit le festival comme une « célébration de la langue et non… une célébration des nations et des États. »

La lettre ouverte du Théâtre présente Habima comme «  la plus connue et respectée des compagnies de théâtre de langue hébraïque dans le monde » et comme «  un choix naturel pour tout organisateur désireux d’accueillir une production dramatique en hébreu ».

Globe to Globe comprend aussi une représentation de Richard II, par la compagnie palestinienne, Théâtre Ashtar, laquelle, fait valoir le Globe, « a fait plus que tout autre groupe de théâtre pour mettre en évidence la nature de la vie dans la bande de Gaza ».

Rylance a été le directeur artistique du Globe de Shakespeare les dix premières années après sa création, et en a remis les rênes à Dominic Dromgoole en 2005. Cet été, il y jouera pour la première fois depuis qu’il n’est plus directeur, et mettra en vedette les reprises des productions, toutes masculines, de la Nuit des Rois et de Richard III.

3 avril 2012 – The Guardian

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Théâtre du Globe de Shakespeare, à Londres.
Photo : Linda Nylind pour The Guardian

 

Consternation au Théâtre du Globe de Shakespeare à Londres après invitation du théâtre israélien

The Gardian – 29 mars 2012

Nous notons avec consternation et regret que le Théâtre du Globe de Shakespeare à Londres a invité le Théâtre national d’Israël, Habima, pour présenter Le Marchand de Venise à son festival Globe to Globe en mai prochain.

Le directeur général de Habima a déclaré que cette invitation était «  une réussite honorable pour l’État d’Israël. » Mais Habima a un passé honteux d’implications dans les colonies israéliennes illégales en territoire palestinien occupé. L’an dernier, deux grandes colonies israéliennes ont ouvert des « salles de culture » et demandé à des groupes de théâtre de venir s’y produire. Un certain nombre de professionnels israéliens du théâtre – acteurs, metteurs en scène, dramaturges – ont déclaré qu’ils ne participeraient pas. Mais, avec empressement, Habima a accepté l’invitation et a promis au ministre israélien de la Culture de « s’occuper de tous les problèmes qui pourraient entraver de telles représentations ».

En invitant Habima, le Globe de Shakespeare sape l’action des acteurs et dramaturges israéliens de conscience qui ont refusé de violer le droit international.

Le Globe dit vouloir « inclure » la langue hébraïque dans son festival, mais nous n’avons aucun problème avec cette « inclusivité » qui est une valeur fondamentale de la politique artistique en Grande-Bretagne, et que nous soutenons. Mais en invitant Habima, le Globe s’associe aux politiques d’exclusions appliquées par l’État israélien et approuvées par sa compagnie du théâtre national.

Nous demandons au Globe d’annuler son invitation de sorte que le festival ne se rende pas complice des violations des droits humains et de la colonisation illégale de terres occupées.

David Aukin, producteur
Poppy Burton-Morgan, directeur artistique, Metta Theatre
Leo Butler, dramaturge
Niall Buggy, acteur
David Calder, acteur
Jonathan Chadwick, directeur
Caryl Churchill, dramaturge
Michael Darlow, auteur, directeur
John Graham Davies, acteur, auteur
Trevor Griffiths, dramaturge
Annie Firbank, actrice
Paul Freeman, acteur
Matyelok Gibbs, acteur
Tony Graham, directeur
Janet Henfrey, actrice
James Ivens, directeur artistique, Flood Theatre
Andrew Jarvis, acteur, directeur, professeur
Neville Jason, acteur
Ursula Jones, actrice
Professeur Adah Kay, universitaire, dramaturge
Mike Leigh, cinéaste, auteur dramatique
Sonja Linden, dramaturge, Ice and Fire Theatre
Roger Lloyd Pack, acteur
Cherie Lunghi, actrice
Miriam Margolyes, actrice
Kika Markham, actrice
Jonathan Miller, directeur, auteur et distributeur télévision
Frances Rifkin, directeur
Mark Rylance, acteur
Alexei Sayle, comédien, auteur
Farhana Sheikh, auteur
Emma Thompson, actrice, scénariste
Andy de la Tour, acteur, directeur
Harriet Walter, actrice
Hilary Westlake, directrice
Richard Wilson, acteur, directeur
Susan Wooldridge, actrice, auteur

The Guardian

3 avril 2012 – The Guardian – 29 mars 2012 – The Guardian – Traduction : JPP




Lettre de Boycott from Within à Charlotte Rampling

Nous sommes des citoyens d’Israël et nous luttons contre les politiques racistes d’occupation et d’apartheid de notre gouvernement. Nous venons d’apprendre que vous prévoyez de participer au Festival du Cinéma français qui se déroule dans des organisations financées par des fonds publics israéliens à Tel Aviv. Nous nous permettons d’insister sur le fait que votre visite aura un caractère hautement politique même si vous ne le souhaitiez pas. Nous attirons votre attention sur plusieurs aspects importants, et vous demandons de réfléchir et d’amender votre décision.
Tout d’abord sachez que les amateurs palestiniens de cinéma qui vivent sous occupation israélienne seront dans l’impossibilité de venir vous rencontrer à Tel Aviv et encore moins de voir les films ; ceci vaut pour tous ceux qui résident en Cisjordanie occupée et à Gaza, également enfermés par l’occupation israélienne. Ceci est tout à fait anormal, que diriez vous si les habitants de la Corse étaient interdits de déplacement sous la férule d’un gouvernement qui les maintiendrait assiégés ?
De plus rappelez vous la déclaration de Nissim Ben Sheetritt, l’ancien délégué général du Ministère des Affaires etrangères israélien en 2005 : « Pour nous la culture est un outil de la Hasbara (la propagande) de premier plan, pour nous il n’y a pas de distinction entre Hasbara (propagande) et culture ». (Ha’aretz 21 sept. 2005).
Votre visite sera considérée comme une action en soutien de la politique israélienne, qui est un déni flagrant et une violation constante du droit international  et des droits de l’homme. Nous considérons que les artistes de renommée internationale ne doivent pas participer à ce genre  d’évènements, tels que ce Festival.
Nous sommes tout disposés à répondre aux questions que vous souhaitez poser à ce sujet.

Bien sincèrement,

BOYCOTT! Supporting the Palestinian BDS Call from Within




BDS France Lettre ouverte aux réalisateurs d’Intouchables

Paris, le 14 mars 2012

 

Cher Olivier Nakache, cher Eric Toledano

 

Vous êtes les invités d’honneur de la 9ème édition du festival du film français en Israël qui se déroulera du 17 mars au 5 avril prochain.

 

Olivier Nakache, Eric Toledano, nous vous demandons de ne pas vous y rendre. Vous ne pouvez ignorer la politique menée par le gouvernement israélien, l’occupation militaire de la Cisjordanie, la poursuite de la colonisation sur les terres palestiniennes et le déni des droits humains les plus fondamentaux des Palestiniens, comme l’accès à l’eau ou à une éducation de qualité.

Israël mène depuis de nombreuses années , et en toute impunité, de véritables politiques d’apartheid qui discriminent les citoyens arabes d’Israël et nient le droit au retour de milliers de réfugiés palestiniens qui cherchent à regagner leurs maisons.

Savez vous qu’alors que vous irez parler de votre passion cinématographique à Tel Aviv, Sdérot, ou Haifa, ce sont des milliers de palestiniens qui ne pourront faire le déplacement pour vous écouter parce qu’un mur, condamné maintes fois par les diverses instances juridiques internationales, les en empêcheront.

Nous sommes des citoyens de conscience, qui suite à l’appel lancé en 2005 par le peuple palestinien, avons décidé de réagir et de mener à leurs côtés la campagne BDS. Cette campagne Boycott-Désinvestissement – Sanctions vise à boycotter l’état israélien tant qu’il ne respectera pas le droit international. Nous boycottons les évènements culturels quand ils sont organisé par des instances reliées au gouvernement israélien, ce qui est précisément le cas du « Festival du film français ».

 

En vous rendant en Israël vous participez à la normalisation d’une situation coloniale. Ne contribuez pas à fermer les yeux des citoyens français en faisant comme si rien d’inacceptable ne se déroulait là-bas. Nous pouvons sans peine imaginer que vous ne connaissiez pas la situation sur place, mais dorénavant vous ne pourrez plus dire « je ne savais pas ! ». Si vous souhaitez être informé plus en détails de la politique du gouvernement israélien, nous le ferons volontiers.

 

A l’image de la campagne menée en Afrique du sud dans les années 80, nous vous demandons de dire NON à l’apartheid israélien.

 

Olivier Nakache, Eric Toledano, vous avez fait rêver, rire et réfléchir des milliers de spectateurs avec votre dernier film « Intouchables », vous avez reçu le prix « coup de foudre du public, 99% de taux de satisfaction » pour ce film aux valeurs humanistes, ne nous décevez pas aujourd’hui, refusez de vous rendre en Israël pour le « Festival du film français », rejoignez les nombreux artistes tels Jean-Luc Godard, Mike Leigh, Les Pixies, Ken Loach…. qui ont décidé de ne plus se rendre en Israël tant que le gouvernement ne respecterait pas le droit international.

.

 

Nous restons à votre entière disposition pour tout supplément d’information

La Campagne BDS France

CICP

21 ter rue Voltaire

75011 Paris

campagnebdsfrance@yahoo.fr

http://www.bdsfrance.org/

 

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Pas de pogo en Israël

 par Roderic Mounir, dans Le Courrier (Genève), Dimanche 15 Janvier 2012

Les milieux alternatifs sont aussi concernés par le boycott culturel d’Israël. Un réseau international baptisé Punks Against Apartheid se charge de le leur rappeler.

Jello Biafra s’est retrouvé dans la position inconfortable du « briseur de grève » en s’apprêtant à contrevenir au boycott culturel d’Israël (DR).

 

Fin novembre, on apprenait l’annulation par MF Doom de son concert prévu à Tel-Aviv, moins de vingt-quatre heures avant sa prestation. Le mystère plane sur les motifs réels du rappeur américain au masque de fer. Toujours est-il qu’il s’est tiré d’une mauvaise passe, car il était mis sous pression par la campagne internationale de Boycott, désinvestissement et sanctions (BDS) et par l’alliance des Artistes contre l’Apartheid, qui lui a adressé une lettre ouverte. « Vous jouerez à 30 minutes de chez moi mais je ne pourrai pas venir, simplement parce que je suis Palestinien. Je vis dans une prison qui se nomme Cisjordanie. » Signé : Boikutt, rappeur palestinien de Ramallah.

Ces derniers mois, la campagne BDS n’a cessé de rallier à sa cause des personnalités artistiques de premier plan : Ken Loach, Jean-Luc Godard, Meg Ryan, Dustin Hoffman, Mike Leigh, Elvis Costello, Roger Waters, Brian Eno, Annie Lennox, Carlos Santana, Pixies, Massive Attack, Oumou Sangaré, Natacha Atlas… La liste est longue, fruit d’un intense lobbying destiné à frapper l’Etat d’Israël au niveau de son image de marque.

En France, la pression s’est exercée sur Vanessa Paradis ou Mireille Mathieu. Dernière cible en date : Jane Birkin, qui a maintenu sa tournée dans l’Etat hébreu. Ce week-end, elle y interprète entre autres des chansons de Serge Gainsbourg. « Je me suis dit : pourquoi faire souffrir les gens ? Isoler encore un peu plus un pays isolé, malheureux de son sort, compliqué, c’est une vacherie dont je n’étais pas capable », a-t-elle expliqué lors d’une conférence de presse à Tel-Aviv, relatée par l’AFP. Reconnaissant que « la situation est telle que maintenant il faut que cela soit complètement séparé [les concerts en Israël et dans les Territoires palestiniens] », elle a promis d’aller chanter à Ramallah en avril, à ses frais.

La polémique Jello Biafra

Les chanteurs célèbres ne sont pas les seuls à être dans le collimateur de la campagne BDS. La scène alternative est agitée par le même conflit de conscience, car les groupes de punk-rock, de metal et les DJ électro sont aussi invités en Israël. Jouer pour le public israélien revient-il à cautionner la politique officielle ? Oui, répond Punks Against Apartheid, un réseau créé pour sensibiliser les artistes alternatifs et les «  mettre devant leurs responsabilités ». Le point de départ a été la polémique créée par Jello Biafra, ancien chanteur des Dead Kennedys et agitateur notoire, lorsqu’il a annoncé son intention de se produire à Tel-Aviv avec son groupe The Guantanamo School of Medicine. D’intenses pressions de la part des mouvements pro-palestiniens et un vif débat dans la communauté punk – au sens large du terme, recouvrant la scène artistique indépendante et radicale – ont eu raison du projet. Jello Biafra est néanmoins allé sur place s’informer de la situation (1). La bête noire de la censure et de la droite étasuniennes retient cet épisode comme « l’une des situations les plus intenses de [sa] vie ». Mais il est désormais acquis au boycott.

Le réseau Punks Against Apartheid n’en est qu’à ses débuts. Entretien avec l’un de ses fondateurs, Jay Cassano, étudiant américain en philosophie et journaliste indépendant établi à Istanbul.

Quel rôle la controverse suscitée par Jello Biafra a-t-elle joué dans la création de Punks Against Apartheid ?

Jay Cassano : Le mouvement est effectivement né en réaction à son annonce, mais nous avons depuis élargi notre champ d’action. Voir un artiste aussi influent que Jello Biafra planifier un voyage en Israël a créé un choc qui a réuni une multitude de gens inspirés par l’histoire du punk-rock et son éthique de résistance. Ils se sont sentis d’autant plus trahis que l’influence des Dead Kennedys s’était fondée sur leur intransigeance à l’égard du racisme et de l’autoritarisme.

Quel regard portez-vous sur la réaction de Jello Biafra à votre appel ?

- Il a renoncé à s’y produire et s’est rendu là-bas pour constater la réalité du conflit. Il l’a fait dans un esprit d’ouverture et a rencontré des gens d’horizons très différents. Mais je crois qu’il n’a pas compris que BDS est un mouvement citoyen global, et non une organisation partisane.

En quoi êtes-vous complémentaires de la campagne BDS ?

- Punks Against Apartheid fait partie intégrante de BDS et répond ainsi à l’appel de la campagne palestinienne pour le boycott académique et culturel d’Israël (PACBI). Notre spécificité est d’être issus de la scène alternative, avec sa longue tradition antiraciste et antifasciste. Nous essayons de politiser et re-politiser les groupes musicaux et leur public afin qu’ils nous rejoignent. Le comité de pilotage, dont je fais partie avec d’autres activistes nord-américains, s’occupe de la logistique et du site Internet. Les membres sont les groupes et individus qui souscrivent à nos principes, les cinq « points de convergence », qui ont été traduits en six langues dont le français. Les membres peuvent soutenir la cause des Palestiniens à travers leur musique et leur art. Nous comptons organiser des tournées de sensibilisation avec des groupes de Punks Against Apartheid, et éditer une compilation. Nous voulons raviver la conscience politique du punk-rock car cette musique, durant la dernière décennie, est en grande partie devenue extrêmement apolitique.

Le boycott culturel ne fait pas l’unanimité. Quels objections formule-t-on dans les milieux alternatifs ?

- L’argument le plus répandu est que l’art devrait unir et non diviser. J’aimerais croire que l’art peut transcender les différences, mais on sait bien que ce n’est pas le cas. Qu’on le veuille ou non, l’art est politique. J’ai l’impression que la scène underground se considère par nature plus critique et s’estime dispensée de boycott. C’était l’attitude initiale de Jello Biafra. Elle repose sur le postulat qu’Israël changera de politique grâce à notre force de persuasion. Or le conflit israélo-palestinien est l’un des plus débattus au monde, et rien n’a changé. Ce dont Israël a besoin, c’est de pressions, pas d’arguments. Les artistes qui se disent engagés feraient mieux de rejoindre la lutte collective plutôt que prétendre influer seuls sur la situation. Quiconque a participé à un mouvement social ou estudiantin sait que seule l’action collective peut produire un véritable changement.

Quelles réactions avez-vous obtenues en provenance d’Israël ?

- Certains Israéliens réagissent bien sûr négativement, mais la réponse est globalement positive. Nous entretenons des rapports étroits avec la scène punk de Tel-Aviv ainsi qu’avec les « Anarchistes contre le Mur » (organisation non-violente de protestation contre le « mur de séparation », ndlr).

Y a-t-il des réticences chez les alternatifs à soutenir le boycott, notamment à cause du caractère fondamentaliste et anti-féministe du Hamas ?

- Pas que je sache. Mais je tiens à souligner que BDS ne soutient aucune tendance politique, ni le Hamas, ni l’autorité palestinienne en général – d’autant que cette dernière agit essentiellement en tant que force de police d’Israël en Cisjordanie. Notre seule revendication est la justice pour les Palestiniens, qu’ils soient soumis à l’apartheid ou réfugiés.

Quelles sont les prochaines actions que vous comptez mener ?

- Nous restons attentifs aux musiciens alternatifs qui compteraient se produire en Israël. Actuellement, nous surveillons le groupe moldave Zdob si Zdub (2). Nous allons lui adresser une lettre ouverte expliquant pourquoi il doit renoncer.

Ne faites-vous pas de différence entre les échanges au niveau institutionnel, susceptibles de servir l’image d’Israël, et ceux qui se passent au sein de la scène alternative, où l’on adopte en général une position critique vis-à-vis de la politique israélienne ?

- Le boycott vise le gouvernement israélien et les institutions complices de sa politique. Malheureusement, toutes les institutions culturelles d’Israël sont virtuellement complices de l’occupation, de la colonisation et de l’apartheid. Les milieux underground sont en principe moins visés par le boycott, mais il faut pour cela que les groupes et les salles de spectacle s’opposent publiquement à l’apartheid, excluent tout lien institutionnel et manifestent leur soutien aux droits des Palestiniens. Comme le disait Howard Zinn (historien et figure de la gauche étasunienne, décédé en 2010, ndlr), « on ne peut pas être neutre dans un train en marche ». Le Barby club à Tel-Aviv, où Zdob si Zdub et Jello Biafra devaient se produire, est activement impliqué dans la campagne officielle « Brand Israel » – qui vise à redorer le blason du pays notamment par le biais des artistes – et donc une cible du boycott.

1. Lire le très intéressant compte rendu par Jello Biafra de sa visite en Israël et Palestine : http://www.alternativetentacles.com…

2. Par deux fois représentant de la Moldavie à l’Eurovision (en 2005 et 2011), Zdob si Zdub est programmé au Moods club de Zurich le 10 mars prochain. Le site du groupe indique qu’une date prévue en novembre dernier à Tel-Aviv, annulée, doit être reprogrammée en mars.

Voir aussi :

- Les « Punks contre l’Apartheid » lancent officiellement leur site, sur le réseau BDS – Nora – The Electronic Intifada
- Jello Biafra annule son concert en Israël – BDS FRANCE

15 janvier 2012 – Le Courrier – (Suisse)

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Une violoniste suspendue pour s’être exprimée contre le concert d’Israël à Londres saisit la justice

 

Le concert des Proms de Londres par le Philharmonique d’Israël, en septembre dernier, a été tellement perturbé par des manifestants propalestiniens que la BBC a dû interrompre son émission en direct.

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L’une des quatre musiciens suspendus par l’Orchestre philharmonique de Londres (OLP) a déposé plainte pour discrimination en raison de ses convictions devant le tribunal du travail.

Sarah Streatfeild, qui a joué du violon dans l’OLP pendant 25, a été suspendue pour six mois sans rémunération en septembre dernier après qu’elle ait signé une lettre commune adressée à l’Independent, appelant les Proms de Londres à annuler le concert de l’Orchestre philharmonique d’Israël.

La lettre disait : « L’OPI est profondément impliqué avec l’État israélien – en particulier par son partenariat qu’il revendique avec les Forces de défense israéliennes. Ce sont ce même État et cette même armée qui entravent, de toutes les manières possibles, le développement de la culture palestinienne, notamment en empêchant les musiciens palestiniens d’aller se produire à l’étranger ».

La violoncelliste Sue Sutherley et les violonistes Tom Eisner et Nancy Elan sont également suspendus pour avoir signé cette lettre.

Tim Walker, directeur de l’OLP, et Martin Hohmann, son président, ont déclaré à l’époque que les musiciens s’étaient présentés comme membres de l’OLP.

« Jamais l’Orchestre ne restreindrait le droit de ses musiciens à s’exprimer librement, mais une telle expression doit se faire de façon indépendante de l’OLP » ont-ils dit.

« La société n’a aucune envie de mettre fin aux carrières de ces quatre musiciens talentueux mais… pour l’OLP, musique et politique ne se mélangent pas. »

Pour ses demandes au tribunal, Streatfeild soutient que ses convictions humanistes lui imposaient de prendre position, mais pour elle, la lettre était destinée à la direction de la BBC, et non à une tribune publique. Elle ajoute que les lettres « OLP » servaient à l’identifier, uniquement.

Elle veut obtenir des excuses officielles pour les dommages causés à sa réputation et une ordonnance disant qu’elle a été victime d’une discrimination pour ses convictions, ainsi qu’une indemnisation pour le préjudice qui a atteint ses sentiments, sa réputation et celui causé par la perte de ses revenus.

Le concert des Proms par le Philharmonique d’Israël s’est déroulé deux jours après la publication de la lettre, mais il a été tellement perturbé par des manifestants propalestiniens que la BBC a décidé d’interrompre son émission en direct. (Voir : L’orchestre philharmonique d’Israël aux Proms de Londres perturbé par une manifestation pro-palestinienne – The Guardian – article et vidéo)

Avi Shoshani, secrétaire-général du Philharmonique, a déclaré ce mois-ci que l’orchestre ne pourra plus revenir au Royaume-Uni. Il a dit au Times : « Pourquoi devrais-je mettre mes musiciens dans une telle situation déplaisante ? Nous voulons rendre les gens heureux – c’est le but de la musique – alors si les gens se comportent d’une telle manière non civilisée, pourquoi devrions-nous y participer ? ».

Deux jours après la manifestation, la violoniste recevait un courriel de l’OLP qui l’informait qu’elle était suspendue avec effet immédiat et pour une durée indéterminée. Sa suspension a été par la suite fixée à six mois.

Suntherley a aujourd’hui réintégré l’OLP, tandis qu’Eisner joue dans un orchestre au Danemark. Streatfeild, cependant, n’aurait plus de travail depuis septembre.

Après que les musiciens aient été suspendus par l’OLP, un groupe d’artistes, de cinéastes et écrivains, dont Sam West, Mike Leigh et Mark Wallinger, ont adressé une lettre au Telegraph pour protester contre la décision, déclarant « Une société civile saine est basée sur la capacité de tous à exprimer leurs opinions, sans violence et sans préjudice à autrui, librement et ouvertement, sans crainte de sanctions financières ou professionnelles ».

Un groupe Facebook, « Mettre fin à la suspension des quatre de l’OLP », a été créé en septembre, et en décembre, Norman Lebrecht, écrivain et diffuseur pro-israélien, appelait l’OLP à « faire preuve de clémence » et à réintégrer les musiciens avant Noël. Lebrecht avait précédemment blogué à propos de la lettre, qualifiant les noms des musiciens protestataires de « liste de la honte ».

Pour maître Shazia Khan, du cabinet londonien Bindmann et avocat de Streatfeild : «  Prendre position à propos de l’invitation de l’Orchestre philharmonique d’Israël était une question de conscience pour ma cliente. Madame Streatfeild est catastrophée de voir que sa carrière et son gagne-pain ont été bloqués par l’OLP et d’une telle manière, abrupte et publique, immédiatement après qu’elle ait exprimé ses convictions. Nonobstant, elle aurait préféré ne pas avoir à engager une procédure juridique, et elle invite l’OLP à s’engager avec elle dans une tentative de règlement de leur différend en dehors de l’appareil judiciaire ».

L’OLP a indiqué n’avoir aucun autre commentaire à faire.

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Sarah Streatfeild jouait du violon dans l’Orchestre philharmonique de Londres depuis 25 ans, mais elle a été suspendue sans rémunération après la manifestation contre un concert de l’Orchestre philharmonique d’Israël.

Photo : Graeme Robertson pour The Guardian.

13 janvier 2012 – The Guardian – sur Info-Palestine.net – traduction : JPP




Une deuxième lettre de la Campagne à Jane Birkin

Chère Jane Birkin,

Tout d’abord, permettez nous de vous souhaiter un bon anniversaire, la santé et le bonheur, de la part de vos nombreux fans en France et en Belgique, qui apprécient autant vos talents de chanteuse et d’actrice, que vos engagements dans des causes politiques et humanitaires.

Récemment, vous avez indiqué vouloir donner des concerts à Tel Aviv et à Ramallah. Nous vous avions écrit pour indiquer que, selon nous, un concert en Palestine ne « compensait » pas le fait de donner un concert en Israël, car la situation de ces deux pays est trop asymétrique.

Cet avis est également celui de la population palestinienne dans son ensemble, et vous l’aurez constaté d’une part en recevant une lettre du PACBI, et d’autre part en vous voyant refusé l’accès à une salle de Ramallah, puisque que vous ne respectez pas leur appel au boycott, aux désinvestissements et aux sanctions tant qu’Israël ne respectera pas le droit international.

Maintenant que vous ne pouvez plus jouer pour les deux populations, allez-vous quand même décider de ne donner un concert que du côté de l’apartheid, tandis que la plupart des Palestiniens en seront privés parce que relégués derrière le mur de séparation, en prison ou réfugiés ?

Récemment, Natacha Atlas a annulé son concert prévu en Israël, et elle s’est courageusement exprimée sur ce sujet. Mireille Mathieu ou Oumou Sangaré ont prétexté des soucis de santé pour faire de même avec plus de discrétion. Quelque soit votre préférence, nous vous enjoignons à rejoindre Vanessa Paradis, Lhasa, Gilles Vigneault, Annie Lennox, Elvis Costello, Roger Waters, Brian Eno, Gil Scott-Heron, Jello Biafra ou Carlos Santana ; Jean-Luc Godard, Ken Loach, Mike Leigh, Meg Ryan ou Dustin Hoffman, qui boycottent Israël tant que cet état ne respectera pas le droit international.

Ne décevez pas vos fans, ne privilégiez pas le divertissement au détriment de votre engagement moral, éthique et politique. Nous vous remercions par avance de bien vouloir annuler les concerts que vous avez prévu de donner en Israël.

Nous restons toujours à votre entière disposition pour tout supplément d’information.

Cordialement,

La Campagne BDS France et la Campagne BDS Belgique (COBI)

http://www.bdsfrance.org/




Victoire: Oumou Sangaré annule son concert en Israël !

La Campagne BDS félicite Oumou Sangaré pour avoir annulé son concert qui était prévu le 09 décembre prochain à Tel Aviv.

La Campagne BDS lui avait écrit une lettre ouverte pour l’inviter à renoncer à jouer à Tel Aviv, pour ne pas soutenir la politique d’apartheid menée par l’état d’israel contre le peuple Palestinien.

La Campagne BDS Italie et le groupe « Refrain Playin Israel » l’avait aussi par la suite interpellée.

Voir la lettre de la Campagne BDS :
http://www.bdsfrance.org/index.php?option=com_content&view=article&id=562:lettre-ouverte-adressee-a-la-chanteuse-malienne-oumou-sangare&catid=9:evenements-bds-

Lettre de « Refrain Playin Israel » :
http://www.bdsfrance.org/index.php?option=com_content&view=article&id=577%3Aun-nouveau-groupe-de-la-campagne-bds-internationale-ecrit-a-oumou-sangare-&catid=10%3Aactualites-bds-dans-le-monde&Itemid=1

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La lettre de la Campagne BDS Italy:
http://warisacrime.org/content/oumou-sangar%C3%A9-honor-palestinian-women-and-your-music-cancel-your-concert-israel




Lettre d’artistes de Gaza à Mireille Mathieu

Vous avez chanté autrefois votre complainte des soldats partant en guerre, «  En rang, soldats de l’amour », en les exhortant, « Partez au nom de l’amour ». Et pourtant vous projetez d’aller divertir les forces armées israéliennes…

Gaza assiégée, Palestine occupée

Chère Mireille Mathieu,

Nous sommes un groupe d’artistes, musiciens et chanteurs de Gaza. Nous avons appris que vous projetiez de donner un spectacle dans l’Israël de l’Apartheid ! Pour nous cela a été une surprise, considérant vos positions contre la guerre, et une musique qui se voue à dénoncer ce genre d’agressions que nous, Palestiniens, vivons jour après jour sous l’occupation militaire de la quatrième puissance militaire du monde. Vous avez chanté autrefois votre complainte des soldats partant en guerre, «  En rang, soldats de l’amour », en les exhortant, « Partez au nom de l’amour ». Et pourtant vous projetez d’aller divertir les forces armées israéliennes qui contrôlent, limitent et abaissent notre existence elle-même, et beaucoup d’entre ces soldats seront dans la foule pour laquelle vous avez l’intention de chanter. En ce moment même, des soldats israéliens commettent en toute impunité toutes sortes de crimes de guerre largement établis contre nous, la population indigène de Palestine.

Nous vous demandons, maintenant, de prendre en considération notre appel à boycotter le seul régime d’apartheid au monde qui nous garde emprisonnés (1). De l’intérieur de ce que les principales organisations pour les droits de l’homme appellent la plus grande prison à ciel ouvert de l’histoire contemporaine, nous vous le disons, il faut que cessent ces cinq ans de blocus d’Israël et ces 63 ans de dépossession et de nettoyage ethnique. D’ici-là, nous comptons sur les personnes de conscience, et notamment les artistes et musiciens, pour prendre position et refuser de se produire en Israël.

Vous êtes connue comme une personne ayant de la compassion, qui est passée par la pauvreté et les privations ; votre propre mère était une réfugiée. Imaginez alors la vie que nous avons dans Gaza ! Plus des deux tiers d’entre nous sommes des réfugiés reconnus par les Nations-Unies, victimes d’un nettoyage ethnique et jetés hors de nos maisons par la toute nouvelle armée israélienne en 1948, pour aller vivre le reste de notre vie dans le camp de concentration de Gaza. Des millions d’autres réfugiés, vivant en exil, se voient toujours privés de leur droit à revenir dans leur foyer et de revoir leurs êtres chers, à cause de la politique d’Israël qui entrave nos déplacements et de son refus à se conformer au droit international.

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Avec le patrimoine de musique et de danse qui est le nôtre et que nous aimons faire vivre en scène, nous sommes privés des instruments, de la possibilité d’accueillir des spectacles internationaux et de faire connaître notre musique à l’étranger.

Cinq années de blocus continu de la bande de Gaza où nous vivons ont rendu notre existence encore plus insupportable, elles réduisent au minimum les nourritures et les gens qui pénètrent dans Gaza, provoquant de graves pénuries de vivres, de produits de base et de matériaux essentiels comme le ciment, indispensable à la reconstruction des 17 000 maisons détruites par les attaques israéliennes. Nos blessés et nos malades ne sont pas autorisés à aller à l’étranger recevoir toutes sortes de traitements médicaux devenus indisponibles à Gaza : ainsi, 600 malades sont décédés parce qu’ils n’avaient pas d’autre choix que de rester dans la bande de Gaza assiégée, où ils vécurent leurs derniers jours, au désespoir de leurs familles. Pour nous, musiciens, avec le patrimoine de musique et de danse qui est le nôtre et que nous aimons faire vivre en scène, nous sommes privés, par le siège israélien des instruments, de la possibilité d’accueillir des spectacles internationaux et de faire connaître notre musique à l’étranger. Le blocus aérien, terrestre et maritime d’Israël sur toutes nos frontières fait que depuis des années, les instruments de musique sont interdits d’entrer dans Gaza (2).

En plus de ce siège barbare, pendant l’hiver 2008/2009, Israël a attaqué Gaza, commettant des crimes de guerre et des violations des droits humains contre une population dont plus de la moitié, soit 800 000 êtres humains, se compose de mineurs. Durant cet assaut sans merci qui dura 23 jours, 1417 personnes ont été tuées, dont des centaines d’enfants, et plus de 5500 furent blessées. Ces crimes odieux ont été rapportés en détail dans un rapport des Nations-Unies, le rapport Goldstone (3).

Face à une conspiration internationale du silence, la société civile palestinienne, quasi unanimement, a appelé les artistes de niveau international à refuser de se produire en Israël, dans le cadre d’une campagne BDS (Boycott, Désinvestissement et Sanctions), méthode non violente visant à ce qu’Israël soit tenu responsable de ses violations des normes relatives à l’égalité et aux droits des êtres humains et auxquelles sont coutumières toutes les nations modernes. Votre spectacle en Israël serait un rejet de cet appel qui est celui de tout le mouvement BDS mondial. Un mouvement qui comprend des centaines de vos fans luttant pour la justice pour le peuple palestinien à travers la campagne BDS. L’appel BDS est aussi approuvé par beaucoup de héros anti-apartheid d’Afrique du Sud, tel l’archevêque Desmond Tutu qui a qualifié d’« inadmissible » (4) le spectacle de Cape Town Opera, sud-africain, présenté en Israël au début de cette année.

Une foule de musiciens de renommée internationale a déjà rejoint cet appel en refusant de se produire en Israël, notamment Carlos Santana, Annie Lennox, Faithless, Elvis Costello, les Pixies, Gil Scott Heron, Massive Attack, Leftfield, Gorillaz Sound System, Bono, Snoop Dogg, Jean-Luc Godard, Devendra Banhart. Roger Waters des Pink Floyd, autre icône des années soixante qui se dévoue contre la guerre et l’oppression, a écrit une lettre annonçant son soutien au boycott culturel d’Israël. Il dit que selon son opinion, « …le contrôle épouvantable et draconien qu’Israël exerce sur les Palestiniens assiégés dans Gaza, et sur les Palestiniens en Cisjordanie occupée, ajouté à son déni des droits des réfugiés à revenir dans leurs foyers en Israël, exige que les gens empreints d’honnêteté à travers le monde soutiennent les Palestiniens dans leur résistance civile, non violente » (5).

Nous vous demandons de rejoindre leur combat, notre combat pour les droits fondamentaux des êtres humains, pour l’égalité et la justice. Il est temps pour le monde d’agir réellement pour que cessent les crimes de guerre d’Israël contre les enfants, les femmes et les hommes ; il est temps pour les personnes de conscience de se placer du bon côté de l’histoire en refusant de cautionner les crimes de guerre de l’État israélien.

Nous, musiciens, chanteurs et artistes palestiniens, ici dans le ghetto de Gaza, nous espérons profondément qu’un jour, nous aurons tous les droits qui nous sont refusés et auxquels tout musicien a légitimement droit, c’est tout ce que nous demandons. Nous ne serons pas parmi le public qui assistera à votre concert à Tel Aviv !

Nous vous exhortons à dire oui à l’appel palestinien pour un boycott de l’Israël de l’apartheid, jusqu’à ce que ce pays respecte le droit international ; nous vous demandons de vous mettre du bon côté de l’histoire et de vous abstenir de divertir un régime qui a commis, et continue de commettre, des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité. Accepterez-vous de revenir sur votre projet ?

[1] http://www.pacbi.org/etemplate.php?…
[2] http://www.gazagateway.org/tag/musi…
[3] http://www2.ohchr.org/english/bodie…
[4] http://www.guardian.co.uk/global/20…
[5] http://www.bdsmovement.net/2011/wat…

Lettre signée par :

Mohammed Musa (chanteur)
Mohammed Shahwan (violoniste)
Yousuf Fares (jouer d’oud)
Saadullah El Banna (chanteur)
Khamis Wafi (musicien)
Wael Wafi (musicien)
Isam Banna (joueur d’oud)
Said Wafi (musicien)
Khaled Faraj (chanteur)
Mohammed Shaath (violoniste)
Mohammed Assaf (chanteur)
Fahmy Saqqa (chef d’orchestre)
Mounir Hallaq (violoniste)
Jammal Abu Shammala (chanteur)
Mohammed Ahmed (chanteur)
Fedaa Jerjawi (chanteur)
Amjad Masri (tambours)
Jaber El Hajj (guitariste)
Mahmoud Nawajha (joueur d’oud)
Belal Shaaer (musicien)
Issa Abu Oudeh (tambours)
Jamal Abu Oudeh (chanteur)
Khaled Salim (chanteur)
Ahmed Musran (Musician)
Mohammed Najjar (flutiste)
Mohammed Abu Ghalioun (musicien)
Fawqi Jawadeh (joueur de kanoun)
Shadi El Aqqad (musicien)
Basem El Haj (tambours)
Emad Masoud (chanteur)
Bassam Abu Jiab (chanteur)
Fadl Lelli (compositeur)
Samir Shataly (chorégraphe)
Ismail El-Agha (musicien)
Naim Nasr (compositeur)
Samir Mousa (chanteur)
Ibrahim Zinaty (musicien)
Ibrahim Lulu (joueur d’oud)
Mohammed Abu Eisha (musicien)
Basem Shakhsa (chef d’orchestre)
Salah Abu Hamad (compositeur)
Akram Ubaid (directeur)
Soud Mohanna (directeur)
Wael Yazji (compositeur)
Mohammed El Masri (compositeur)
Hassan Kharoubi (musicien)
Akram Hassan (chanteur)
Mohammed Bardawil (joueur d’oud)
Rami Okasha (chanteur)
Samir Shatali (chorégraphe)
Ali Abu Yasin (directeur)
Zuhair Balbisi (acteur)
Sami Sattoum (acteur)
Hassan Khatib (acteur)
Inas Saqqa (actrice)
Majeda Taleb (actrice)
Hazem Abu Humaid (directeur)
Wael Hajjou (acteur)
Jawad Harrouda (acteur)
Said Eid (directeur, acteur)
Rami Abu Shawish (acteur)
Mervat Hafez (actrice)
Hassan Aydi (directeur)
Abdulnaser Eid (acteur)
Mohammed Lelli (acteur)
Fadi Ledawi (acteur)
Daoud El Haj Ahmed (joueur d’oud)
Mohammed Abu Sido (directeur)
Ahmed Abu Nasr (dramaturge)
Mohammed Abu Nasr(dramaturge)

18 novembre 2011 – The One Democratic State Group – traduction : JPP

Source info Palestine ici

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« Nous refusons d’être complices » : déclaration des artistes en Suisse

« Nous refusons d’être complices. »

Déclaration des artistes en Suisse en réponse à l’appel des Palestiniens à la solidarité.

Au moment où Israël, avec le festival « Culturescapes Israel », mène en Suisse une vaste opération visant à promouvoir son image, au moment où, avec le programme « Swiss Season  », des artistes suisses sont invités à présenter leurs créations en Israël dans des cadres prestigieux, les artistes et acteurs culturels signataires de la présente déclaration, choisissent d’exprimer leur rejet des politiques d’État israéliennes qui violent depuis plus de 60 ans les droits du peuple palestinien.

L’image flatteuse d’un pays où la créativité s’épanouit librement, qu’Israël s’efforce d’entretenir, contraste avec la réalité que doit endurer le peuple palestinien : les réfugiés sont toujours interdits de droit au retour, ceux qui vivent en Israël subissent des ségrégations légales et culturelles ; la bande de Gaza est toujours sous blocus, les Territoires palestiniens de Cisjordanie et de Jérusalem Est sont toujours sous occupation militaire. Au mépris du droit et des protestations, Israël poursuit la colonisation et la construction du Mur de séparation en Cisjordanie et à Jérusalem. Nous reconnaissons dans ces politiques les traits d’un régime d’Apartheid, tel qu’il est défini dans le droit international.

 

Pour faire face à cette situation d’oppression, et pour lutter contre l’impunité dont bénéficie l’État d’Israël auprès des grandes puissances, la société civile palestinienne a lancé un appel à la solidarité par le moyen du boycott, des désinvestissements et des sanctions contre l’État israélien (BDS). Nous observons que le boycott pacifique, quand il est suivi par de nombreuses personnes, constitue un moyen de pression efficace sur les puissants. La société israélienne Agrexco, qui exploitait les terres cultivables dans les territoires occupés vient de faire faillite ; la multinationale Veolia, qui est impliquée dans la construction du tramway qui relie les colonies illégales au centre de Jérusalem, a aussi subi avec succès la pression des adhérents du BDS. Le BDS est même relayé par des citoyens israéliens réunis dans le groupe Boycott from Within, qui poursuivent leur action en dépit de la loi anti-boycott votée récemment par le parlement israélien. De leur côté, les artistes et intellectuels palestiniens ont lancé, à l’intention de leurs confrères du monde entier, l’Appel palestinien au boycott culturel et académique de l’État d’Israël (PACBI), auquel ont répondu des personnalités reconnues au niveau international comme John Berger, Bjork, Elvis Costello, Brian Eno, Eduardo Galeano, Mike Leigh, Ken Loach, Henning Mankell, Massive Attack, Arundhati Roy, Carlos Santana. L’actuelle offensive de séduction médiatique israélienne en Suisse nous donne l’occasion de répondre à notre tour à cet appel des Palestiniens à la solidarité.

 

Nous refusons d’être complices. Conscients de notre responsabilité politique d’artistes et de citoyens, nous exprimons notre adhésion au boycott et nous nous engageons à refuser de présenter nos créations en Israël tant que persistera l’occupation et la colonisation des Territoires palestiniens, tant que l’égalité des droits sera refusée aux citoyens palestiniens vivant en Israël et tant qu’Israël refusera le droit au retour des réfugiés palestiniens.

 

Premiers signataires

Myriam Abourousse (artiste plasticienne)
Joël Aguet (historien du théâtre, dramaturge)
Laurence Amy (comédienne)
Ariane Arlotti (photographe)
Oke Asso (artiste peintre)
Pascal Auberson (chanteur, compositeur)
Jacques Basler (sculpteur)
Julien Basler (metteur en scène, comédien)
Carmen Bayenet (peintre)
Ahmed Belbachir (comédien)
Martine Benoît (art thérapeute)
Néfissa Bénouniche (conteuse)
Fabienne Berger (danseuse, chorégraphe)
Marco Berrettini (chorégraphe)
Éliane Beytrison (plasticienne)
Jean-Luc Bideau (comédien)
William Blank (compositeur, chef d’orchestre)
Jean-Philippe Bolle (peintre, dessinateur)
Wolfgang Bortlik (écrivain)
Alain Bottarelli (distributeur cinéma)
Pascal Bourquin (peintre)
Maya Bösch (metteuse en scène)
Giorgio Brasey (comédien, metteur en scène)
Michel Bühler (chanteur, écrivain)
Antonio Buil Pueyo (comédien)
Ozan Çagdas (musicien, chanteur, saz)
Mat Callahan (musicien, producteur)
Fiamma Camesi (comédienne, metteuse en scène)
Nicolas Cantillon (danseur, chorégraphe)
Nicolas Carrel (poète sonore)
Isabelle Chladek (comédienne)
Frédéric Choffat (cinéaste)
Paed Conca (musicien, compositeur)
Martine Corbat (comédienne)
Catherine Corthésy (plasticienne)
Michèle Courvoisier (pianiste)
Roger Cuneo (écrivain, chanteur, comédien)
Sami Daher (conteur)
Claude Darbellay (baryton basse)
Tareq Daoud (réalisateur)
Anne Delahaye (danseuse, chorégraphe)
Amina Djahnine (cinéaste)
Alois Dubach (sculpteur)
Valentine Dubois (créatrice de bijoux)
Jean-Jacques Dünki (pianiste, compositeur)
Yan Duyvendak (performeur)
Christine Ferrier (communication culturelle)
Heike Fiedler (auteure, poétesse, performeure)
Deirdre Foster (comédienne, conteuse)
Foofwa d’Imobilité (danseur-chorégraphe)
Maoro Frascotti (peintre, bédéiste)
Céline Froidevaux (plasticienne)
Hubert Froidevaux (Plonk & Replonk, éditeur)
Jacques Froidevaux (Plonk & Replonk, éditeur)
Massimo Furlan (performeur)
Jorge Gajardo Muñoz (historien)
Jacques Gardel (metteur en scène)
Rita Gay (comédienne)
André Gazut (réalisateur)
Julie Gilbert (dramaturge, scénariste)
Oskar Gómez Mata (metteur en scène, comédien)
Claude Goretta (cinéaste)
Pascal Gravat (chorégraphe, danseur)
Jean Grädel (metteur en scène)
Sébastien Grosset (auteur, dramaturge)
Karine Guignard, La Gale (rappeuse)
Christine Guye (pianiste)
François Guye (violoncelliste)
Anne-Marie Haller (réalisatrice)
Wenzel A. Haller (directeur artistique)
Nadia Hammadi (créatrice de bijoux)
Redouane Haribe (musicien, oud)
Blaise Hofmann (écrivain)
Yann Hynek (peintre)
Robert Indermaur (sculpteur)
Anina Jendreyko (comédienne)
Jopo (saxophoniste)
Nathan Jucker (graphiste, vidéaste)
Huguette Junod (écrivaine)
Michael Khouri (créationiste)
Heidi Kipfer (comédienne)
Yaëlle Kneubühler (créatrice de bijoux)
Oliver Krähenbühl (artiste plasticien)
Daniel Künzi (cinéaste)
Thomas Laubacher (comédien)
Pierre Lautomne (chanteur)
Béatrice Leresche (conteuse)
Frédérique Leresche (comédienne)
Nicolas Leresche (comédien, chorégraphe)
Logovarda (peintre)
Juan-José Lozano (réalisateur)
Yann Marussich (performeur)
Janine Massard (écrivaine)
Jean Mayerat (photographe)
Fernand Melgar (réalisateur)
Yann Mercanton (comédien, metteur en scène)
Michèle Millner (chanteuse, comédienne)
Patrick Mohr (metteur en scène, comédien)
Muchach (rappeur)
Thaddeus Nsumpi (chanteur, compositeur)
Guido Nussbaum (peintre)
Martine Paschoud (metteuse en scène, comédienne)
Maria Pérez (comédienne)
Daniel Perrin (compositeur)
Michaël Perruchoud (écrivain)
Dany Petermann (peintre)
Yves Pinguely (comédien, metteur en scène)
Stefania Pinnelli (comédienne)
Ingeborg Poffet (chanteuse, accordéoniste)
POL (musicien électronique)
Isabelle Pralong (scénariste-dessinatrice)
Arthur de Pury (curateur)
Francis Reusser (cinéaste)
Claire de Ribaupierre (dramaturge)
La Ribot (chorégraphe)
François Rochaix (metteur en scène)
Coralia Rodriguez (conteuse)
Edurne Rodriguez (plasticienne)
Annette Rommel (gestionnaire culturelle)
Rafik Ben Salah (écrivain)
Boubacar Samb (comédien)
Suzan Samanci (écrivaine)
Samir (cinéaste)
Christoph Schaub (cinéaste)
Lucas Schlaepfer (sculpteur)
Karim Slama (humoriste
Alain Tanner (cinéaste)
Tenko (peintre, illustrateur)
Udo Theiss (illustrateur, bédéiste)
Anne-Dominique Thiébaud (créatrice de bijoux)
José Tippenhauer, Geos (rappeur)
Tom Tirabosco (illustrateur, bédéiste)
Teslim Töre (écrivain)
David Valère (comédien)
Roberto Ventrella (designer)
Jacqueline Veuve (réalisatrice)
Grégoire Vuilleumier, Greis (rappeur)
Nicolas Wadimoff (réalisateur)
Dominique Ziegler (auteur, metteur en scène)
Vanessa Zurini (comédienne)

(La liste est actualisée régulièrement.)

Envoyez-nous un message à l’adresse suivante : culture@bds-info.ch
Déclaration en PDF avec les 136 premiers signataires publié dans le « Le Courrier » du 19 novembre 2011.

Source BDS Suisse ici

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Quelques nouvelles sur le front culturel

La Campagne BDS France rappelle et condamne la tenue prochaine d’un festival de Oud en Israël, sous le patronnage de Nir Barkat, le Maire de Jérusalem, responsable de l’expulsion de familles palestiniennes de leurs quartiers pour les remplacer par des familles de colons racistes et violents. Ce festival présente honteusement le Oud arabe comme un instrument de musique israélien, de la même façon que la propagande sioniste confisque le Houmous, plat palestinien, comme une spécialité israélienne.

A l’initiative de la campagne internationale pour le BDS culturel, de nombreux artistes grecs et turcs ont été interpelés, et nous vous rappelons que la Campagne BDS France a également écrit au musicien iranien, vivant en France, Bijan Chemirani (qui peut être contacté aux adresses suivantes: info@helicomusic.com, promotion@helicomusic.com, booking@helicomusic.com), en espérant sa rétractation prochaine du programme du festival.

Peut-être serait-il judicieux de le contacter à nouveau pour lui préciser que deux des invités les plus célèbres de ce festival ont déjà annulés leur participation, la grecque Martha Frintzila et le turc Hosam Hayek, et qu’il ne tient qu’à lui de se placer du bon côté de l’Histoire…

D’autres bonnes nouvelles sur le front du BDS culturel:

Le groupe anglais les Yardbirds a « reporté » son concert prévu la semaine dernière, sans donner ni d’explication ni de nouvelle date. En gros, ils ont annulé!
http://www.facebook.com/Yardbirds.Dont.Play.Apartheid.Israel

Le couturier italien Roberto Cavalli a, lui aussi, cessé d’apparaître dans le programme de la Semaine de la Mode prévue à Tel Aviv fin novembre. Là aussi, ça ressemble à une annulation discrète…

Nous nous en réjouissons,

La Campagne BDS France




Un nouveau groupe de la Campagne BDS internationale écrit à Oumou Sangaré !

Chère Oumou Sangaré,
En 2005, la société civile palestinienne, presque à l’unanimité, a appelé les artistes internationaux à refuser de se produire en Israël et ce, dans le cadre de la campagne BDS (Boycotts, Désinvestissements et Sanctions), une campagne à méthode non violente qui veut qu’Israël ait des comptes à rendre quant au respect des normes d’égalité et de droits humains auxquelles les nations  comme les nôtres sont habituées. Si vous vous produisez en Israël, ce sera un refus de cet appel qui n’est pas lancé juste par le mouvement BDS palestinien, mais par le mouvement BDS mondial.
Quand vous avez retenu votre concert en Israël, vous n’avez probablement pas pensé au siège de Gaza ou aux tapis de bombes israéliennes tombées sur la bande de Gaza, des bombes au phosphore blanc et d’autres armes brutales qui ont provoqué la mort de plus de 1400 Palestiniens, dont plus de 300 enfants, et des milliers de personnes handicapées.
Par un aspect spécifique de la propagande israélienne, les gens sont conduits à approuver les besoins des Israéliens et à se concentrer sur les souffrances israéliennes, tout en ignorant celles, ô combien plus grandes, imposées par Israël qui contraint des millions de Palestiniens à vivre comme des réfugiés et dans le dénuement. Le boycott consiste à se détourner de cette politique d’apaisement de l’oppresseur et à se dresser solidairement aux côtés de l’opprimé.
La campagne qui vous demande d’annuler votre concert n’a aucunement l’intention de vous blesser ou de vous embarrasser, cependant, une grande douleur et une grande consternation se sont emparées de beaucoup de vos fans quand ils vous ont entendue choisir d’aller divertir l’État qui a provoqué les massacres de tant d’enfants à Gaza. Oumou Sangaré, beaucoup de vos chansons dénoncent la violence contre les femmes. Le mal qu’Israël inflige aux femmes et aux enfants palestiniens se retrouve bien dans le travail artistique des enfants et dans l’œuvre d’art intitulée  « Tourment », de Najah.
1
« Tourment » de Najah
(http://boycott-israel-harp-contest.posterous.com/palestinian-art-depicts-womans-childrens-suff)

Tous les artistes qui s’opposent aux actions du régime israélien et qui ont retenu des représentations en Israël les ont justifiées comme des actes de soutien aux « peaceniks » israéliens. Récemment, une autre musicienne de scène, Natacha Atlas, a écrit : « J’ai pensé que me produire en Israël serait une occasion unique d’encourager et de soutenir chez mes fans une opposition aux actes du gouvernement et à sa politique actuelle. J’aurais personnellement demandé à mes fans israéliens de faire face pour combattre cet apartheid avec la paix dans leur cœur… »
Natacha Atlas confirmait ensuite sa décision d’annulation, expliquant : « Après avoir bien réfléchi, je voix maintenant qu’il est plus efficace de déclarer ne pas aller en Israël tant que cet apartheid systématisé ne sera pas aboli une fois pour toute. Par conséquent, je retire publiquement ma décision, bien intentionnée, de me rendre et de me produire en Israël… » (http://www.facebook.com/pages/Natacha-Atlas-Official/125501987488351)
Certains des artistes qui au début ne respectaient pas le boycott et se produisaient en Israël, croyant soutenir la justice en apaisant ceux que l’on appelle les « peaceniks » israéliens, appuient désormais sans réserve le boycott culturel. Par exemple, Roger Waters ne respectait pas le boycott, puis il a changé sa position et plus tard il a déclaré : « Là où les gouvernements refusent d’agir, les gens le doivent, avec les moyens pacifiques dont ils disposent. Pour moi, cela signifie déclarer mon intention d’être solidaire, non seulement avec le peuple de Palestine mais aussi avec ces milliers d’Israéliens qui désapprouvent la politique de leur gouvernement, en rejoignant la campagne de Boycott, Désinvestissements et Sanctions contre Israël. Ceci est (cependant) un appel à mes collèges de l’industrie de la musique, et aussi aux artistes des autres disciplines, à se joindre à ce boycott culturel. »
Les artistes ont eu raison de refuser de jouer à Sun   City en Afrique du Sud jusqu’à ce que l’apartheid tombe et que les populations blanche et noire jouissent de droits égaux. Et nous avons raisons de refuser de jouer en Israël. » (http://www.guardian.co.uk/commentisfree/2011/mar/11/cultural-boycott-west-bank-wall)
L’archevêque sud-africain Desmond Tutu a cette opinion : « Les boycotts, désinvestissements et sanctions contre le régime d’apartheid, combinés avec un combat de masse à l’intérieur de l’Afrique du Sud, ont conduits à notre victoire… Tout comme nous avons dit durant l’apartheid qu’il n’était pas opportun pour les artistes internationaux de se produire en Afrique du Sud dans une société fondée sur des lois discriminatoires et une exclusivité raciale, de même il serait une erreur… de se produire en Israël ».
Oumou Sangaré, votre association défend la liberté, la justice, et les droits des enfants et des femmes dans le monde. Pour cette raison, nous pensons que vous êtes une musicienne de l’intégrité, et nous espérons que vous aussi soutiendrez les Palestiniens opprimés. Nous savons que vous avez ressenti la douleur de Gaza quand Israël l’a pilonnée avec des milliers de tonnes d’explosifs. Vous savez que les enfants à Gaza ne sont pas juste des enfants. Comme dans ce court métrage bouleversant : « Une famille à Gaza », les enfants jouent dans les décombres de leur maison, mais leurs petites âmes ne peuvent échapper au traumatisme d’être pris pour cible et de voir leur maison bombardée et leur frère recevoir des balles, plusieurs fois, même après qu’il fut mort. Jen Marlowe, qui a réalisé ce film, montre les enfants jouant, elle ne montre pas les bombardements, mais laissent leurs parents aimants parler de leurs angoisses :
Vidéo
L’État israélien a une hasbara (l’équivalent hébreu pour le mot propagande) de plusieurs millions de dollars et des milliers de recrues pour propager la hasbara, spécialement en prenant pour cible les réseaux sociaux. Les promoteurs israéliens qui font venir les artistes ont même été invités à la Knesset (parlement) israélienne pour discuter d’une campagne anti-boycott et le régime israélien a accepté de soutenir financièrement ceux qui font venir les artistes de l’étranger. Des ministres israéliens ont affirmé l’importance de la culture dans l’absolution des crimes d’Israël (ils ont utilisé une autre expression mais nous serions heureux de vous envoyer les citations).
Inutile de vous dire comment les grands médias en France font dans l’ignorance des crimes israéliens contre les Palestiniens, depuis la Nakba en 1948 jusqu’à l’apartheid et le racisme d’aujourd’hui.
De temps à autre, nous recevons un bon coup de fouet pour notre campagne, quand des artistes choisissent de faire une déclaration dans les médias, comme Massive Attack (sur http://www.newstatesman.com/music/2010/09/israel-interview-boycott-naja).
Pareillement lorsque Elvis Costello a publié son message sur son propre site, que les médias internationaux et israéliens ont repris largement.
Contre la hasbara israélienne, massive et bien huilée, nous avons la sphère publique, notamment les blogs et les réseaux sociaux comme Facebook. Voilà comment nous diffusons le mot de BDS à toutes celles et tous ceux qui se soucient des droits humains. En l’honneur des droits des femmes palestiniennes, de la liberté, de la justice et des droits des enfants innocents, tels les êtres chers du film de Jen Marlowe, s’il vous plaît, abstenez-vous d’aller en Israël.
Cordialement
« Ne jouez pas dans l’Israël d’apartheid »
Nous sommes un groupe de 780 membres, représentant de nombreuses nations à travers le monde, qui pensent qu’il est essentiel pour les musiciens et tous les autres artistes de répondre à l’appel de PACBI, et de rejoindre le boycott d’Israël. C’est essentiel afin d’œuvrer pour la justice pour le peuple palestinien sous occupation, et aussi dans les camps de réfugiés et la diaspora dans le monde.

 http://refrainplayingisrael.posterous.com/open-letter-to-oumou-sangaredont-close-your-e

voir aussi :
lettre ouverte de BDS à Oumou Sangaré :
http://www.bdsfrance.org/index.php?option=com_content&view=article&id=562:lettre-ouverte-adressee-a-la-chanteuse-malienne-oumou-sangare&catid=9:evenements-bds-france

Traduction : JPP



Un promoteur de concert libanais intente un procès à des militants BDS

Des militants libanais anti-israéliens sont poursuivis en justice par un promoteur de concert pour leur campagne de boycott contre un groupe de rock britannique populaire.
Durant la campagne de boycott, l’an dernier.
(Photo archives al-Akhbar)

Samah Idriss, directeur de la maison d’édition Dar al-Adab, a reçu ce jeudi une convocation du tribunal de commerce de Beyrouth. Idriss est cité en justice pour son implication l’année dernière dans la campagne libanaise de boycott contre le groupe de rock britannique Placebo. Jihad el-Murr, qui dirige la société qui avait organisé l’évènement, a déposé plainte le 10 juillet 2011.

El-Murr poursuit Idriss, ainsi que trois autres organisations engagées dans la campagne : le Centre Aidoun pour les droits des réfugiés, la Campagne pour le boycott des partisans d’Israël au Liban, et la Campagne mondiale BDS au Liban. El-Murr, un homme d’affaires qui se dit lui-même célèbre issu d’une grande famille, demande 180 000 dollars US d’indemnisation pour le préjudice financier pour sa société que lui aurait causé, selon lui, la campagne de boycott.

Les militants libanais avaient appelé au boycott pour protester contre la représentation de Placebo à Tel Aviv quatre jours avant la date de son concert à Beyrouth, programmé pour le 9 juin 2010, au Forum de Beyrouth. Ce n’est qu’en juillet 2011, un an après la tenue du spectacle, qu’el-Murr remarque « le préjudice financier » qu’il dit avoir subi du fait de la campagne. Il qualifie la campagne contre toute normalisation culturelle avec Israël à la fois de « calomnieuse et trompeuse ». El-Murr soutient que la loi libanaise de 1955 permettant un boycott limité d’Israël n’est pas applicable pour le concert de Placebo. «  Le célèbre groupe de rock ne s’occupe même pas de politique » ajoute-t-il.

Idriss, qui est également rédacteur en chef du magazine al-Adab, avance un point de vue différent pour justifier le boycott de groupes comme Placebo. « Le groupe a joué à Tel Aviv peu après l’offensive contre la flottille du Mavi Marmara. Ce qui démontre une indifférence manifeste pour les crimes perpétrés par l’occupation (israélienne). » Il poursuit, « Si nous choisissions de rentrer dans la même logique que le plaignant, nous pourrions dire que le concert du groupe en Israël, auquel 7000 personnes ont assisté, a rapporté plus de 3 millions de dollars US aux organisateurs et tourisme israéliens. Par conséquent, les artistes qui se produisent en Israël ne font pas que participer à absoudre les crimes de l’entité sioniste, ils apportent aussi des revenus financiers à Israël. Les boycotts culturels, artistiques et universitaires d’Israël ne servent pas qu’à mettre moralement en avant les crimes israéliens ; ils représentent aussi un effort pour réduire le soutien financier à Israël. »

Idriss a évoqué l’action de Placebo dans le cadre du climat plus général du militantisme. « Le boycott contre le spectacle de Placebo au Liban s’inscrit dans le contexte des victoires de plus en plus nombreuses des campagnes BDS mondiales. Des artistes de portée internationale, comme Carlos Santana, Elvis Costello, et Gorillaz, ont suivi les appels BDS ». El-Murr semble se préoccuper plus des pertes financières de sa société, s’élevant à quelques milliers de dollars, que de la politique. En revanche, des stars comme Roger Waters de Pink Floyd ont refusé de se produire dans des spectacles à haut budget en Israël qui contribuaient à camoufler la réalité de l’apartheid d’Israël. Dès que des informations arriveront sur le procès, des écrivains, intellectuels et artistes ont annoncé d’ores et déjà qu’ils seraient solidaires d’Idriss et de ses amis.

Une de ces lettres de soutien vient de l’auteur et intellectuel public libanais Elias Khoury, qui écrit à Idriss, « Nous sommes avec vous dans cette bataille ».

(JPG)

Samah Idriss
(Photo Stefan Christoff – The Electronic Intifada)

Traduit de l’arabe. Article actualisé le 17 octobre 2011. Une version antérieure date par erreur la loi libanaise relative au boycott à 1985, au lieu de 1955.

16 octobre 2011 – Al-Akhbar – traduction : JPP




BDS culturel : deux articles sur les artistes israéliens

Ein Hod : un village d’artistes très fermé
Emmanuel Dror
Le Courrier (Genève)
15 octobre 2011
http://www.lecourrier.ch/occupation_artistique
 
On entend souvent dire qu’il ne faut pas mélanger la culture et la politique, que les artistes sont des agents de paix et qu’une œuvre d’art ne doit pas payer le prix de son origine géographique. En temps de guerre, les circonstances sont parfois plus complexes. Exemple avec le village d’Ein Hod, au nord-ouest d’Israël, l’un des seuls villages d’artistes au monde. Comme partout ailleurs dans le pays, les quelques centaines de Palestiniens de ce village – autrefois appelé Ayn Hawd – ont été expulsés lors de la guerre de 1948 (la Nakba). La plupart se réfugient alors en Cisjordanie, dans le camp de Jénine. Une trentaine d’entre eux s’échappent néanmoins, se cachent dans les collines environnantes et construisent un nouveau village à moins de 2 km du premier, qu’ils baptisent à nouveau Ayn Hawd.

L’histoire de ces deux villages ne s’arrête pas là. Après l’expropriation des villages palestiniens, l’armée israélienne avait pour habitude d’en détruire systématiquement les maisons. L’ancien village de Ayn Hawd fait figure d’exception grâce au peintre et architecte Marcel Janco, qui travaillait alors pour le gouvernement israélien: il obtient en 1953 l’autorisation de préserver les maisons et d’en faire le village d’artistes qu’on connaît aujourd’hui sous le nom légèrement modifié de Ein Hod.

C’est la raison pour laquelle on est frappé par la beauté de ses maisons, palestiniennes et par conséquent très différentes des autres habitations de cette région du nord d’Israël. Les villages palestiniens avoisinants, comme ceux de Kafr Saba, Al Tira, Qaqun ou Tantoura, n’ont pas eu cette «chance»: ils ont été rayés de la carte après l’expulsion de leurs habitants, forcés de s’enfuir, ou massacrés dans le cas de Tantoura. A Ein Hod, seule la mosquée a été partiellement détruite pour être transformée en café-restaurant aujourd’hui envahi par les touristes.

Symbole de la «ségrégation»
Le Fonds national juif a planté des centaines de milliers de pins sur les collines, pour cacher les ruines des villages palestiniens détruits. Fierté de l’agriculture sioniste qui faisait «fleurir le désert», ces arbres causent par la suite d’importants dégâts écologiques: inadaptés à l’écosystème local, ils doivent être replantés fréquemment et leurs aiguilles, en tombant au sol, détruisent la flore autochtone. En décembre 2010, c’est la présence massive de ces pins qui a accéléré les incendies dramatiques durant lesquels les villages de Ein Hod et Ayn Hawd ont été touchés et temporairement évacués. Aujourd’hui, une coalition d’artistes réunis autour de Dan Ben-Arye, sculpteur à Ein Hod, exige l’arrachage de ces arbres…

A leur manière, ces deux villages illustrent la «ségrégation» en Israël et montrent ce qu’impliquerait, pour chaque Israélien, de renoncer à certains privilèges pour rendre justice aux Palestiniens. En effet, les artistes de Ein Hod créent des œuvres d’art et habitent dans de magnifiques maisons dont les véritables propriétaires palestiniens vivent juste à côté, dans des habitations de fortune et des conditions précaires. Jusqu’en 2005, bien que payant des impôts, les Palestiniens de Ayn Hawd n’étaient pas reliés à une route goudronnée, n’avaient pas accès à l’éducation, ni aux services de santé publique, à l’eau courante et l’électricité.

A Ein Hod, en revanche, les quelques 600 artistes israéliens bénéficient de 22 galeries, 14 ateliers, deux musées, une salle de concerts et un amphithéâtre. Depuis 1953, le village de Ein Hod est régi par un comité, avec des règles strictes pour accepter ou refuser tout résident. Jamais ce comité n’a accepté que d’anciens habitants palestiniens du village y reviennent, comme des citoyens égaux en droit. C’est au prix d’un combat de plusieurs décennies que les habitants de Ayn Hawd ont finalement obtenu, en 2005 et sans l’aide de leurs voisins, que l’Etat israélien reconnaisse officiellement leur existence et leur accorde les ressources dont sont encore privés des dizaines d’autres villages palestiniens non reconnus.

Plutôt que de chercher le dialogue, les artistes de Ein Hod préfèrent oublier, voire nier l’existence de leurs voisins de Ayn Hawd. Le journaliste Max Blumenthal relate ainsi en 2010 que, selon une guide officielle de Ein Hod, aucune recherche historique ne permettait d’affirmer avec certitude que ce village avait été occupé par des Arabes avant 1948! D’autres habitants de Ein Hod lui certifient que les relations entre les deux villages sont «bonnes», alors que les Palestiniens de Ayn Hawd affirment qu’elles sont inexistantes.

Plutôt conformistes
La fierté des artistes de Ein Hod est que dix d’entre eux ont reçu le prestigieux «Prix Israël» depuis 1955. Parmi ceux-ci, on trouve Haim Hefer, ancien soldat et auteur de chansons nationalistes et militaristes, ou Nathan Zach, poète d’origine allemande. Tous deux s’étant rendus célèbres pour leurs remarques racistes à l’encontre de la communauté juive sépharade, on imagine sans peine ce qu’ils pensent des Palestiniens. Fer de lance de l’art en Israël, Dana Gilerman constate pour sa part, dans un article de Haaretz, qu’«aucun artiste révolutionnaire n’est jamais sorti de Ein Hod». Plutôt conformistes, ils aspirent surtout à recevoir des subventions étatiques et leurs créations dérivent lentement vers un artisanat pittoresque pour touristes.

Enfin, sur le plan politique, ils se mobilisent essentiellement pour préserver leur village. Ainsi, dans le même article, l’architecte Ayelet Shalev redoute qu’à cause des promoteurs immobiliers, Ein Hod ne devienne «un simple village pour riches». Le directeur administratif du village s’inquiète quant à lui qu’une modification de la législation puisse attirer de nouveaux citoyens de l’ancienne Union soviétique, de Turquie ou de France. Mais à aucun moment ils n’envisagent qu’il puisse y avoir des candidats Palestiniens…

L’exemple d’Ein Hod montre donc que culture et politique sont bien imbriquées, mais que les artistes israéliens ne sont pas toujours du côté de la réconciliation et de la justice.
———————-
En Israël : des artistes complices ou solidaires?
Emmanuel Dror
Inédit
15 octobre 2011

On note que, dans leur ensemble, les artistes de Ein Hod n’ont pas particulièrement œuvré pour la paix et qu’ils furent souvent sourds, indifférents, voire complices de la dépossession initiale et de la discrimination ultérieure des Palestiniens. Aujourd’hui encore, ils nient l’existence de leurs voisins de Ayn Hawd, ou évitent le sujet, comme dans la plupart des interviews qu’ils donnent dans les journaux ou les notices historiques qu’on trouve dans leurs divers musées. Le site web officiel du village, par la voix de l’artiste multimédia Amichai Shavit, loue la diversité (juive) du village et cite les occupants antérieurs « des croisades chrétiennes à l’Empire turc », contournant ainsi les mots « arabe », « musulman » ou « palestinien ». A Ein Hod comme ailleurs en Israël, la stricte séparation et l’inégalité de traitement des Juifs et des Palestiniens, pourtant tous citoyens israéliens, rappelle le système d’apartheid qui sévissait en Afrique du Sud.

C’est dans ce contexte général que s’est développé l’appel au boycott des institutions israéliennes, y compris culturelles, jusqu’à ce qu’Israël respecte le droit international et les droits humains. La campagne BDS (Boycott, Désinvestissement et Sanctions) contre l’État d’Israël s’est développée sur le modèle de la lutte contre l’apartheid en Afrique du Sud dans les années 1980, quand Marlon Brando, Bob Dylan ou Peter Gabriel refusaient de s’y rendre tant que le système raciste y serait en vigueur. Insufflée par la société civile palestinienne en 2005, la campagne BDS a depuis trouvé de nombreux relais dans le monde entier et plusieurs organisations appellent notamment au boycott du festival Culturescapes qui se déroule en Suisse jusqu’au 27 novembre, dont l’invité d’honneur cette année est l’Etat d’Israël (http://www.bds-info.ch/). Porte-parole de la campagne BDS en Suisse, Birgit Althaler dénonce: « en mettant en avant la créativité et la diversité culturelle israéliennes, Culturescapes occulte volontairement la destruction de la culture et de la société palestinienne, et contribue ainsi à l’apartheid ». Si les spectateurs sont invités à ne pas participer au festival, il est également demandé aux artistes de prendre position, comme l’a fait le Trio Joubran en renonçant à participer à Culturescapes.

Cet événement possède un volet international puisque la fondation Culturescapes organise également la « Swiss Season », où ce sont des artistes suisses qui sont invités en Israël. Cette année, les chorégraphes Guilherme Botelho et Heinz Spoerli, ou l’acteur Bruno Ganz ont déjà été sollicités. La campagne BDS leur demande de ne pas servir de caution morale au blocus de Gaza, à l’occupation militaire et à la discrimination institutionnalisée des Palestiniens en Israël. Elle leur demande un acte symbolique fort, celui d’annuler leur voyage pour signifier leur désaccord avec la politique israélienne, comme l’ont fait avant eux les cinéastes Ken Loach, Jean-Luc Godard ou Mike Leigh, les musiciens Roger Waters, Elvis Costello ou Natacha Atlas, les intellectuels John Berger, Naomi Klein ou Slavoj Zizek, quelques 500 artistes montréalais, 150 artistes irlandais, une trentaine d’artistes plasticiens indiens et des dizaines d’autres à travers le monde…




BDS culturel en Suisse

Culturescapes et Swiss Season: deux cibles, une seule campagne!

Alors que le festival Culturescapes se déroule en ce moment en Suisse, avec pour invité de deshonneur l’Etat israélien, un festival « symétrique » va bientôt commencer, la « Swiss Season » où ce sont des artistes suisses qui sont invités à se rendre dans le pays de l’apartheid.

La Campagne BDS France s’associe à ses amis suisses dans leurs initiatives pour empêcher ces honteuses manifestations de se dérouler normalement:

La lettre aux partenaires de Culturescapes: http://www.bds-info.ch/fr/file_download/42
La lettre aux participants de la Swiss Season: http://www.bds-info.ch/fr/file_download/63
La page de la Campagne BDS Suisse:http://www.bds-info.ch/fr/?id=73




Omar Barghouti lance un appel aux célébrités à rejoindre BDS

Au cours de l’entretien, il déclare :

« Israël et ses groupes de pressions bien huilés ont essayé tous les trucs dans leur panoplie de diffamation, d’intimidation, de pression et de terrorisme intellectuel pour décourager ou calomnier les militants et les dirigeants BDS partout dans le monde. Jusqu’ici, ils ont misérablement échoué, comme ils l’admettent parfois eux-mêmes ».

Ayant perdu la bataille pour gagner les coeurs et les esprits dans plusieurs États occidentaux-clés, ils ont eu recours à l’arme ultime, à savoir criminaliser la dissidence et museler entièrement le débat ».

« L’écrivain britannique de renommée mondiale, Iain Banks, a écrit dans le Guardian que la meilleure manière dont les artistes, les écrivains et les universitaires internationaux peuvent « convaincre Israël de sa déchéance morale est « simplement de n’avoir plus rien à faire avec cet Etat hors-la-loi », [2] position qui a été ultérieurement appuyée par Stéphane Hessel, coauteur de la déclaration universelle des droits de l’homme, survivant de l’holocauste et ancien diplomate français.

Interview avec Omar Barghouti

Omar Barghouti est commentateur palestinien, militant des droits humains et écrivain. Il est l’un des dirigeants du mouvement boycott, désinvestissement et sanctions (BDS) lancé par la société civile palestinienne et l’un des membres fondateurs de la campagne palestinienne pour le boycott universitaire et culturel d’Israël, lancé en 2004. Il a récemment écrit un livre intitulé « BDS – The Global Struggle for Palestinian Rights » (BDS-la lutte mondiale pour les droits des Palestiniens ).

HC : vous êtes un des membres fondateurs du mouvement boycott, désinvestissement et sanctions (BDS), campagne qui a été lancée en 2005. Qu’est-ce qui vous a incité à participer à ce mouvement et pourquoi l’année 2005 était-elle propice pour lancer l’initiative mondiale de BDS ?

OB : j’ai toujours cru que dans la réalité palestinienne très complexe du siège israélien, caractérisé par l’oppression coloniale et l’apartheid, la résistance populaire et pacifique est la forme la plus efficace de lutte pour obtenir nos droits inaliénables en vertu du droit international.

Chercher à atteindre nos objectifs de liberté, de justice et d’égalité -but du mouvement BDS- a toujours été notre principale motivation. Après des décennies de nettoyage ethnique permanent et de dépossession de notre peuple par Israël, la société civile palestinienne s’est rendue compte que la prétendue « communauté internationale » sous l’hégémonie des USA, ne peut absolument pas nous obtenir nos droits, ni forcer Israël à respecter ses obligations en vertu du droit international. Inspirés par un siècle de résistance civile palestinienne au colonialisme et aux expulsions et fortement influencés par le mouvement anti-apartheid d’Afrique du Sud, les figures clés de la société civile palestinienne ont décidé de lancer la campagne BDS. Immédiatement, la grande majorité de partis politiques palestiniens, de syndicats, de mouvements de masse mobilisés par des ONG, de réseaux de défense des droits des réfugiés, et d’autres ont appuyé la campagne, dont ils ont ainsi montré le pouvoir unique d’unifier, de donner le pouvoir d’agir, d’assurer la cohérence morale et une large représentation.

Nous avons lancé le BDS le 9 juillet 2005, premier anniversaire de l’avis consultatif de la Cour internationale de Justice condamnant Israël pour l’illégalité du mur et des colonies construites sur le territoire palestinien occupé. Dans son avis, la CIJ disait expressément que tous les États « sont dans l’obligation de ne pas reconnaître la situation illicite découlant de la construction du mur et de ne pas prêter aide ou assistance au maintien de la situation créée par cette construction ; tous les États parties à la Quatrième Convention de Genève relative à la protection des personnes civiles en temps de guerre, du 12 août 1949, ont en outre l’obligation, dans le respect de la Charte des Nations Unies et du droit international, de faire respecter par Israël le droit international humanitaire incorporé dans cette convention ». Quand les gouvernements n’ont pas rempli cette obligation minimale, la société civile palestinienne à décidé d’en appeler aux personnes de conscience, aux citoyens et à la société civile internationale pour qu’ils assument la responsabilité morale de demander des comptes à Israël.

HC : pour ceux qui ne le sauraient pas déjà, quels sont les principaux objectifs du mouvement BDS et à quel stade estimerez-vous que vos demandes auront été satisfaites et mettrez-vous fin à la campagne ?

OB : le BDS vise à permettre au peuple palestinien d’exercer son droit inaliénable à l’autodétermination en mettant fin au système à trois niveaux appliqué par Israël qui nous refuse nos droit fondamentaux sanctionnés par les Nations unies. Plus précisément, nous demandons la fin de l’occupation israélienne de toutes les terres arabes qu’ Israël contrôle depuis 1967, notamment à Jérusalem-Est ; la pleine égalité pour les citoyens palestiniens d’Israël et la fin du système israélien institutionnalisé et légalisé de discrimination raciale à leur rencontre ; le respect et la mise en application du droit au retour des réfugiés reconnu par la communauté internationale, réfugiés chassés lors du nettoyage ethnique par les forces sionistes et ensuite par Israël lors de la Nakba de 1948 et depuis lors.

HC : à quel rythme estimez-vous que le mouvement BDS prendra racine à un niveau comparable au mouvement BDS mondial qui a permis de renverser l’apartheid en Afrique du Sud ? Faudra-t-il d’après vous au mouvement BDS des dizaines d’années pour avoir un impact ou êtes-vous confiant qu’elle aura des effets plus rapides ?

OB : les Sud-Africains ont lancé leur appel au boycott à la fin des années 50. Dans les pays les plus puissants du monde, particulièrement en Occident, les couches du mainstream ont effectivement adopté le boycott et le désinvestissement contre le régime d’apartheid en Afrique du Sud au cours des années 80. Par comparaison, bien que le boycott n’ait que six ans, le mouvement BDS mondial lancé par les Palestiniens a déjà atteint le grand public en Occident et a remporté des victoires majeures dans les domaines économique, culturel et universitaire. Le nombre de personnalités culturelles, d’intellectuels et d’artistes de premier plan qui, soit ont appuyé le BDS soit l’ont au moins respecté, a progressé à une vitesse impressionnante depuis la guerre d’agression illégale et manifestement immorale lancée par Israël contre la bande de Gaza sous siège et toujours occupée.

HC : beaucoup de publicité a entouré notamment les musiciens qui ont récemment décidé de ne pas jouer en Israël. Est-il important que ces célébrités participent également au mouvement BDS ?

OB : après qu’ Israël eut massacré neuf Turcs sans armes, humanitaires et défendeurs des droits humains -dont un avait la double nationalité turque/US- et en eut blessé des dizaines d’autres en provenance de plusieurs pays, de grands artistes et orchestres ont répondu à notre appel au boycott culturel.

L’écrivain britannique de renommée mondiale, Iain Banks, a écrit dans le Guardian que la meilleure manière dont les artistes, les écrivains et les universitaires internationaux peuvent« convaincre Israël de sa déchéance morale est « simplement n’avoir plus rien à faire avec cet Etat hors-la-loi »[2], position qui a été ultérieurement appuyée par Stéphane Hessel, coauteur de la déclaration universelle des droits de l’homme, survivant de l’holocauste et ancien diplomate français.

Beaucoup de personnalités littéraires et universitaires britanniques ont publié une lettre dans The Independent disant « nous lançons un appel aux écrivains et savants britanniques afin qu’ils boycottent toutes les visites littéraires, culturelles et universitaire en Israël sponsorisées par le gouvernement israélien, notamment celles qui sont organisées par des fondations culturelles et des universités israéliennes ».

Dans le monde du spectacle, parmi d’autres grands orchestres, Massive Attack, a refusé de jouer en Israël pour protester contre la manière dont celui-ci traite les Palestiniens ; les Klaxons, le Gorillaz Sound System, les Pixies et d’autres groupes de premier plan ont annulé les concerts qui étaient déjà au programme. L’auteur de best-sellers mondiaux, le Suédois Henning Mankell, qui se trouvait à bord de la flottille lorsqu’elle a été attaquée a demandé des sanctions mondiales de type sud-africain contre Israël pour protester contre sa brutalité.

L’auteure US de best-sellers , Alice Walker, rappelant le boycott déclenché par Rosa Parks et dirigé par Martin Luther King contre une société de bus raciste de Montgomery en Alabama pendant le mouvement US pour les droits civils, a appelé à un large soutien au mouvement BDS contre Israël, devoir moral de solidarité avec les Palestiniens « afin d’atténuer la douleur et de partager les peines d’un peuple maltraité depuis des générations ».

Au cours des semaines qui ont précédé l’attaque de la flottille, des artistes du calibre de Elvis Costello, Gil Scott-Heron et Carlos Santana ont tous annulé des concerts déjà programmés en Israël après avoir reçu des appels émanant de groupes BDS palestiniens et internationaux.

Récemment, Roger Waters a explicitement appuyé le BDS dans un article annoncé de longue date dans le Guardian. La chanteuse française, Vanessa Paradis et le baryton allemand, Thoman Quasthoff, ont également annulé leur concert en Israël.

Lorsque les célébrités de cet acabit annulent leur venue en Israël à cause de son non-respect des droits humains, elles contribuent à faire connaître la véritable nature de cet État qui pratique l’occupation, le colonialisme-colonisation et l’apartheid ; elles aident aussi à contester l’impunité de ce pays et ses infractions au droit international.

HC : Votre dernier livre « BDS – The Global Struggle for Palestinian Rights » a reçu et un accueil très favorable de la part des universitaires et des militants de la paix tels que le professeur Ilan Pappé, l’archevêque Desmond Tutu, le prix Nobel de la paix Mairead Maguire et beaucoup d’autres ; comment a-t-il été accueilli dans la communauté israélienne et par le leadership israélien en général ?

OB : franchement, je n’en ai pas la moindre idée.

HC : vous avez vécu de longues années aux USA et en fait vous avez obtenu votre Bachelor et votre Mastère à la Columbia University de New York ; vous deviez aller aux USA pour présenter votre nouveau livre sur le BDS, et pourtant on vous a refusé le visa. Vous a-t-on donné la raison de ce refus et quelle serait la vraie raison pour laquelle les USA vous refusent l’entrée dans leur pays ?

OB : mon visa a été « retardé » pendant de longues semaines sans être refusé. L’on s’est contenté de dire qu’il fallait d’autres « démarches administratives », même après qu’il eut été approuvé en janvier ce dont j’avais été officiellement informé au consulat US à Jérusalem. De l’avis de mon éditeur Haymarket, et du mien, ce retard tenait à des raisons politiques ; il était délibéré pour nous obliger à annuler ma tournée d’auteur. On ne peut que voir une influence israélienne directe sur ce « processus » du consulat US. Après une campagne de lettres, organisée par Haymarket, et aussi par Jewish Voice for Peace, j’ai reçu mon visa quelques jours avant mon envol vers les USA. En dépit de cela nous avons réussi notre tournée de promotion du livre dans les principales universités telles que Harvard, Columbia, Princeton, Brown, Brandeis, Massachusetts-Amherst, et Rutgers. La merveilleuse détermination, l’engagement et la créativité des groupes de solidarité palestinienne dans tous les campus ont été la clé du succès de notre tournée.

HC : que répondriez-vous à ceux qui disent que leur décision de boycotter les marchandises israéliennes ne changera rien de tangible sur le terrain pour les Palestiniens parce qu’ ils ne représentent « qu’une personne » ? Une personne peut-elle vraiment changer les choses s’agissant du BDS ?

OB : Moi aussi, je n’étais qu’« une personne » dans la lutte contre l’apartheid sud-africain à Columbia University dans les années 80. A moi aussi, les sceptiques ont dit « arrête de rêver ! Crois-tu que l’apartheid sera aboli de ton vivant ? » Et je répondais chaque fois : « non, il est probable que non, mais je crois néanmoins que montrer sa solidarité avec les opprimés en participant à cette lutte est une obligation morale ». Toutefois, l’apartheid s’est effondré en Afrique du Sud ! Et cela personne ne peut me l’enlever. Les efforts collectifs d’un grand nombre de personnes peuvent permettre de faire un bond, d’arriver au point de rupture où le prix du maintien d’un système d’oppression dépasse de loin ses avantages et amène finalement son démantèlement.

En outre, je crois que le principe fondateur de la solidarité internationale est d’écouter les opprimés eux-mêmes exprimer leurs besoins et leurs aspirations, non pas de penser à leur place, comme si nous ne pouvions pas penser juste ou que nous ne comprenions pas ce qui nous sert le mieux. C’est l’ attitude coloniale et condescendante par excellence.

HC : en février, la Knesset a voté un projet de loi criminalisant essentiellement les activités de soutien au boycott d’Israël. Si cette loi est adoptée, les citoyens israéliens appuyant le BDS pourraient encourir des amendes d’environ $ 8200 (en équivalent) ; ceux qui ne sont pas citoyens et qui participent aux actions BDS en Israël pourraient être interdits de séjour pendant au moins 10 ans. Cela prouve sans aucun doute combien Israël craint les effets du BDS. Que répondriez-vous à la réaction israélienne envers le mouvement BDS ?

OB : Israël et ses groupes de pression bien huilés ont essayé tous les trucs dans leur panoplie de diffamation, d’ intimidation, de pressions et de terrorisme intellectuel pour décourager ou calomnier les militants et les dirigeants BDS partout dans le monde. Jusqu’ici ils ont misérablement échoué, comme ils l’ admettent parfois eux-mêmes. Étant donné que son programme est moralement cohérent, non-violent, fondé sur la défense des droits humains et qu’il défend la règle du droit international, la pleine égalité de tous les êtres humains et le rejet catégorique de toutes les formes de racisme, y compris l’antisémitisme, le mouvement mondial BDS a traîné Israël sur le « champ de bataille » où nous avons une supériorité éthique décisive et où nous neutralisons l’impressionnant arsenal israélien d’armes, y compris des armes nucléaires.

Ayant perdu la bataille pour gagner les coeurs et les esprits dans plusieurs États occidentaux clés, ils ont eu recours à l’arme ultime, à savoir criminaliser la dissidence et entièrement museler le débat ».

Ceci s’inscrit dans la logique de cette nouvelle mesure draconienne que le gouvernement Israélien d’extrême droite espère faire adopter dans un parlement israélien pas moins fanatique. Le problème est uniquement pragmatique. Si cette mesure anti BDS prend force de loi, Israël aura renoncé à une de ses dernières couches ou masques de « démocratie », mettant à nu son système irréparable d’oppression colonialiste et raciste qui appelle le même traitement que celui qui a été appliqué à l’apartheid en Afrique du Sud : le BDS. Loin de décourager le BDS au d’arrêter sa progression impressionnante, cette loi anti BDS peut en fait se retourner contre ses auteurs et donner une forte impulsion au mouvement dans le monde entier. Comme l’établissement israélien s’est plusieurs fois tiré une balle dans le pied, on peut très bien imaginer qu’il adopte cette loi indépendamment des considérations pragmatiques évidentes.

Israël et ses lobbys répètent que le BDS, axé sur les trois droits palestiniens fondamentaux, « délégitime » Israël et cherche sa « destruction ». Ils visent spécifiquement, le deuxième droit, celui de la pleine égalité pour tous les citoyens palestiniens Israël. Si l’égalité « détruit » Israël, qu’est-ce que cela révèle sur Israël ? L’égalité a-t-elle « détruit » l’Afrique du Sud ? A-t-elle « délégitimé » les Blancs dans les États du Sud des USA après l’abolition de la ségrégation ? La seule chose que l’égalité, le respect des droits humains et la justice détruisent véritablement est le système d’injustice, d’inégalité et de discrimination raciale. Nous, dans le mouvement BDS disons ouvertement et fièrement que nous visons l’occupation israélienne, son régime d’apartheid et le déni des quatre droits des réfugiés sanctionnés par les Nations unies ; nous travaillons à la réalisation des slogans de notre mouvement : liberté, justice et égalité.

HC : que répondez-vous à ceux qui reprochent au boycott universitaire de restreindre la liberté d’expression et d’empêcher la tenue de débats sérieux dans un forum universitaire ?

OB : la campagne palestinienne pour le boycott universitaire et culturel d’Israël est un élément-clé de la campagne BDS étant donné la collusion enracinée et persistante des institutions universitaires et culturelles israéliennes avec le maintien et le blanchiment de l’occupation de l’apartheid israélien. Il importe de souligner que notre campagne vise les institutions universitaires et culturelles Israéliennes et non pas les individus ; par conséquent, prétendre que notre boycott empêcherait les universitaires ou les artistes israéliens d’avoir des échanges avec leurs homologues dans le monde est simplement faux et intentionnellement fallacieux. Peu importe, ceux qui s’opposent au boycott parce qu’ils croient à tort qu’il empiète sur la liberté d’expression en Israël semblent oublier que les Palestiniens ont, eux aussi, ce droit. Le fait que l’oppression coloniale israélienne, qui dure depuis des décennies, prive les Palestiniens de leurs droits fondamentaux, y compris de leur liberté d’expression et souvent de leur droit à l’éducation, ne mérite pas cette critique. Lorsque Israël a criminalisé l’éducation palestinienne et a fermé toutes les universités palestiniennes (certaines pendant quatre années consécutives), des écoles et même des jardins d’enfants pendant la première intifada, qui était extrêmement pacifique, nous n’avons pas entendu de protestation de la part de ceux qui attaquent actuellement le boycott universitaire à cause de son prétendu impact sur la liberté universitaire israélienne. C’est cette hypocrisie qui nous amène à demander si ces gens croient véritablement que tous les êtres humains méritent des droits égaux indépendamment de leur identité.

HC : quelle est la prochaine étape du mouvement BDS ? Les groupes pro palestiniens font déjà de leur mieux pour faire connaître la campagne en protestant (avec succès) devant les magasins comme ceux de Ahava (qui fabrique des produits de beauté dans les colonies israéliennes illégales avec des ressources volées sur les terres palestiniennes volées) ; ou en demandant à des célébrités de ne pas participer à des concerts ni à des remises de prix en Israël etc. Quelle est la prochaine grande étape que les militants du BDS doivent franchir pour que le mouvement réalise vraiment son potentiel maximum ?

OB : il nous faut continuer, étant donné que notre action semble porter des fruits. Le mouvement BDS augmente de façon impressionnante depuis l’attaque israélienne mortelle contre la bande de Gaza occupées et assiégée (que le premier ministre britannique a appelé « un camp de prisonniers »). Son principal moteur est la créativité et l’engagement moral de nombreux citoyens de conscience dans le monde qui sont fatigués de l’impunité et de l’exception Israéliennes et du rôle que jouent leurs impôts dans le maintien d’un système injuste et oppressant. Il nous faut encore plus de créativité et de persévérance et l’extension de notre réseau pour que le mouvement remonte plus haut dans le grand public. Basé sur les trois droits fondamentaux au coeur du BDS et sur le besoin essentiel de concevoir et de mettre efficacement en oeuvre des tactiques et des stratégies BDS au niveau local en tenant compte du contexte, nous pouvons étendre le BDS davantage au sein de la société civile internationale. Nos droits en vertu du droit international ne sont pas négociables, par conséquent l’application du boycott et le choix des cibles les plus pratiques sont à décider par les militants sur le terrain dans leur contexte particulier.

Dans un avenir proche, nous intensifierons les campagnes de désinvestissement et viserons des sociétés qui profitent de l’occupation israélienne et d’autres violations du droit international. La campagne que Jewish Voice for Peace a entreprise aux USA pour que le plan de retraite TIAA-CREF se désinvestisse de cinq sociétés qui profitent de l’occupation et des crimes israéliens est un bon exemple de l’évolution du militantisme BDS, spécialement aux USA. Le travail accompli par la campagne de solidarité avec la Palestine au Royaume-Uni qui cherche à obtenir l’appui des syndicats pour le BDS et à mettre en oeuvre une campagne efficace à cet égard illustre également un effort BDS très important particulièrement prometteur qui inspire les Palestiniens. L’énorme coalition anti Agrexco/Carmel en France avec des partenaires en Italie, en Belgique, en Espagne, au Royaume-Uni et ailleurs, est un modèle de militantisme BDS bien ciblé, intelligent et rapide, basé sur le vaste appui de la société civile. L’établissement de la plate-forme européenne pour le boycott universitaire et culturel d’Israël avec des représentants de nombreuses campagnes européennes, promet de relever le niveau de coordination entre les campagnes nationales et d’avoir plus d’impact sur les politiques européennes.

La campagne mondiale pour le déraillement de Veolia/Alstom dont le succès impressionnant à coûté à Veolia des milliards de dollars en contrats perdus à cause de son implication dans le projet de tram colonial israélien absolument illégal en territoire palestinien occupé est peut-être le cas le plus significatif à incorporer dans la campagne BDS. Récemment, l’université de Johannesburg a décidé de rompre ses liens avec l’université israélienne Ben Gourion cette dernière coopérant avec l’État pour violer le droit international ; on peut prétendre que c’est le premier succès concret et pratique de boycott universitaire dans le monde.

Ces victoires et beaucoup d’autres enregistrées du Brésil à l’Inde, à la Norvège et au Canada montrent que nous sommes finalement arrivés au stade de l’Afrique du Sud .

(JPG)

* Omar Barghouti est un commentateur palestinien, militant des droits de humains et écrivain.

6 mai 2011 – Middle East Monitor – Cet article peut être consulté ici :

Source anglaise sur le Middle East Monitor
Source en français : http://www.info-palestine.net/article.php3?id_article=10625
Traduction : Anne-Marie Goossens




Roger Waters, de Pink Floyd : mon ralliement à BDS

Je suis venu à Jérusalem et à Bethléhem. Rien n’aurait pu me préparer à ce que j’ai vu ce jour-là.

En 1980, une de mes chansons, Une autre brique dans le mur (partie 2), a été interdite par le gouvernement d’Afrique du Sud parce qu’elle était reprise par les enfants noirs sud-africains pour mettre en avant leurs droits à l’égalité dans l’enseignement. Ce gouvernement d’apartheid imposait, pour ainsi dire, un blocus culturel sur certaines chansons, dont la mienne.

Vingt-cinq ans plus tard, en 2005, des enfants palestiniens qui participaient à un festival en Cisjordanie ont chanté la même chanson pour protester contre le mur d’apartheid d’Israël. Ils chantaient « Nous n’avons pas besoin de l’occupation ! Nous n’avons pas besoin du mur raciste ! ». A l’époque, je n’avais pas vu, par moi-même, ce qu’ils évoquaient par cette chanson.

Un an plus tard, en 2006, j’ai signé un contrat pour jouer à Tel Aviv.

Des Palestiniens du mouvement qui promeut le boycott universitaire et culturel d’Israël m’ont exhorté à revoir ma position. Je m’étais déjà exprimé contre le mur, mais je n’étais pas certain qu’un boycott culturel était la bonne façon d’agir. Les Palestiniens militant pour le boycott m’ont alors invité à me rendre dans les territoires palestiniens, pour voir le Mur de mes propres yeux, avant de prendre toute décision. J’ai accepté.

Sous la protection des Nations-Unies, je suis venu à Jérusalem et à Bethléhem. Rien n’aurait pu me préparer à ce que j’ai vu ce jour-là. Le Mur est un édifice effroyable à voir. Il est surveillé par de jeunes soldats israéliens qui m’ont traité, moi l’observateur occasionnel qui venait d’un autre monde, avec une agressivité méprisante. S’il en était ainsi pour moi, un étranger, un visiteur, vous pouvez imaginer ce que ce doit être pour les Palestiniens, pour les sous-prolétaires, pour les porteurs d’autorisations. J’ai su alors que ma conscience ne me laisserait pas m’éloigner de ce Mur, du sort des Palestiniens que j’avais rencontrés, un peuple dont la vie est quotidiennement étouffée d’une multitude de façons par l’occupation israélienne. En solidarité, et me sentant quelque peu impuissant, j’ai écrit sur le Mur, ce jour-là : « Nous n’avons pas besoin de contrôle de la pensée ».

C’est alors, réalisant que ma présence sur une scène à Tel Aviv légitimerait malgré moi l’oppression dont j’étais le témoin, que j’ai décidé d’annuler mon concert de rock au stade de football de Tel Aviv et que je l’ai déplacé à Neve Shalom, une communauté agricole qui se consacre à la culture de pois chiches et aussi, admirablement, à la coopération entre les gens de confessions différentes, et où musulmans, chrétiens et juifs vivent et travaillent côte à côte en harmonie.

Contre toute attente, cela a été le plus grand évènement musical de la courte histoire d’Israël. 60 000 fans se sont confrontés aux embouteillages pour y assister. Cela a été extraordinairement émouvant pour moi et mon groupe, et à la fin du concert, j’ai pris l’initiative d’exhorter les jeunes qui étaient rassemblés là à exiger de leur gouvernement de faire la paix avec leurs voisins et de respecter les droits civils des Palestiniens qui vivent en Israël.

Malheureusement, dans les années qui ont suivi, le gouvernement israélien n’a rien tenté pour mettre en œuvre une législation garantissant des droits civils aux Arabes israéliens à égalité de ceux dont profitent les juifs israéliens, et le Mur est devenu plus long, annexant inexorablement, illégalement, toujours plus de la Cisjordanie.

J’ai appris ce jour de 2006, à Bethléhem, un peu de ce que cela veut dire, vivre sous une occupation, emprisonné derrière un Mur.

Cela signifie qu’un agriculteur palestinien doit regarder ses oliviers, vieux de plusieurs siècles, être déracinés. Cela signifie qu’un élève palestinien ne peut se rendre à son école, parce que le check-point est fermé. Cela signifie qu’une femme peut accoucher dans une voiture, parce que le soldat n’a pas voulu la laisser passer et aller à l’hôpital pourtant à 10 minutes de voiture. Cela signifie qu’un artiste palestinien ne peut se rendre à l’étranger pour exposer ses œuvres, ou présenter son film dans un festival international.

Pour la population de Gaza, enfermée dans une quasi prison, derrière le mur du blocus illégal d’Israël, cela signifie toute une série d’autres injustices. Cela signifie que les enfants vont dormir le soir avec la faim, que beaucoup souffrent d’une malnutrition chronique. Cela signifie que les pères et les mères, qui ne peuvent trouver de travail dans une économie laminée, n’ont aucun moyen de subvenir aux besoins des leurs. Cela signifie que les étudiants universitaires avec des bourses d’études pour l’étranger voient la chance de leur vie s’éloigner parce qu’ils ne sont pas autorisés à voyager.

De mon point de vue, le contrôle odieux et draconien qu’Israël exerce sur les Palestiniens assiégés dans la bande de Gaza et les Palestiniens de Cisjordanie occupée (y compris Jérusalem-Est), associé à son déni des droits des réfugiés de rentrer dans leurs foyers en Israël, exige de toutes celles et tous ceux qui sont épris de justice à travers le monde de soutenir les Palestiniens dans leur résistance civile, non violente.

Quand les gouvernements refusent d’agir, les peuples le doivent, avec tous les moyens pacifiques à leur disposition. Pour certains, cela a consisté à rejoindre la Marche pour la Liberté pour Gaza, pour d’autres, la flottille humanitaire qui a tenté d’acheminer une aide humanitaire si nécessaire à Gaza.

Pour moi, cela signifie de clamer mon intention de me porter solidaire, non seulement avec le peuple de Palestine, mais aussi avec les milliers d’Israéliens qui désapprouvent les politiques racistes et colonialistes de leurs gouvernements, en rejoignant la campagne de Boycott, Désinvestissements et Sanctions (BDS) contre Israël, jusqu’à ce qu’il se conforme à ces trois droits humains fondamentaux, tel qu’exigé par le droit international :

Ma conviction est née avec cette idée que tous les peuples méritent les droits humains fondamentaux. Ma position n’est pas antisémite. Elle n’est pas une attaque contre le peuple d’Israël. Elle est, néanmoins, un appel à l’adresse de mes collègues de l’industrie de la musique, et aussi des artistes des autres disciplines, pour qu’ils rejoignent le boycott culturel.

Les artistes ont eu raison de refuser de jouer à Sun City, en Afrique du Sud, jusqu’à ce que tombe l’apartheid et que Blancs et Noirs jouissent des mêmes droits. Et nous avons raison de refuser de jouer en Israël jusqu’à ce que le jour vienne – et sûrement qu’il viendra – où le Mur de l’occupation tombera, et que les Palestiniens vivront aux côtés des Israéliens, dans la paix, la liberté, la justice et la dignité que tous, ils méritent. »

Le 25 février 2011

http://www.info-palestine.net/article.php3?id_article=10286

Lire également sur ce site : L’engagement de Roger Waters, de Pink Floyd, à BDS à la télévision et sur internet

Voir aussi :

- McEwan, ne faites pas que critiquer l’occupation, refusez-la ! – Boycott de l’intérieur – 24 février 2011
- Vanessa Paradis annule son concert en Israël – AFP – 16 janvier 2011
- BDS 2010 : plus puissant que l’épée – Eric Walberg – Moyen-Orient en ligne – 27 décembre 2010
- S’il vous plaît, boycottez-nous ! – Israélien anonyme – Ramallah on line – 24 décembre 2010
- Le boycott vise les stars, d’Elvis à Elton – Nathan Guttman – JDF – 19 mai 2010
- Roger Waters : Une autre pierre contre le mur – Ana Carbajo – El Païs – 20 août 2009

6 mars 2011 – Alternative Information Center – traduction : JPP




Le groupe Faithless appelle par un message vidéo les artistes a ne pas se produire en israel.

Le groupe Faithless est en tournée en ce moment en Afrique du Sud. Ils en profitent pour faire une campagne de pub (radio) avec le message suivant:

« Il y a 20 ans, nous n’aurions pas joué en Afrique du Sud de l’Apartheid.
Aujourd’hui, nous refusons de jouer en israel.
Soyez du bon côté de l’histoire. Ne jouez pas pour l’Apartheid.
Rejoignez le boycott international d’israel. »

http://www.youtube.com/watch?v=XpE5AjsBiqw
http://www.southafricanartistsagainstapartheid.com




Boycott ? Oui ! Culturel ? Aussi !


La campagne BDS

Face à la campagne de Boycott, Désinvestissement et Sanctions (BDS) contre l’Etat d’Israël, pour le forcer à respecter le droit international et les droits humains des Palestiniens, même les défenseurs d’Israël en sont réduits à demander : « Pourquoi ne boycotter que Israël et pas aussi les autres pays qui ne respectent pas non plus le droit international ? ». Au-delà de l’argument d’efficacité, la justification principale de cette stratégie (car le BDS est avant tout une stratégie) est qu’elle répond à un appel à la solidarité qui nous vient des Palestiniens eux-mêmes, depuis 2005[1]. Ce sont eux qui, aujourd’hui, nous demandent de mettre en œuvre cette campagne, et qui en définissent les contours.

Si BDS recueille un soutien populaire grandissant, c’est que l’opinion publique a fini par se lasser du « processus de paix » promis par nos dirigeants et jamais mis en place. Face à l’impuissance, si ce n’est à la collaboration active des gouvernements occidentaux dans la colonisation de la Palestine, la Campagne BDS[2] est une initiative non-violente dont peuvent s’emparer toutes les personnes solidaires du peuple palestinien, chacune à sa façon, en tant que militants politiques, consommateurs, professeurs, artistes, sportifs ou autres. La popularité de cette approche résulte également de sa résonance avec le boycott contre l’apartheid en Afrique du Sud dans les années 1980. Le succès historique de cette campagne est une source d’inspiration pour les Palestiniens qui espèrent voir une solidarité similaire se mettre en place dans le monde entier.

Critiques du boycott culturel

Certains voudraient voir la campagne BDS se limiter aux biens de consommation, et en exclure l’art et la culture. Examinons les arguments en faveur d’une telle position, qui sont souvent les mêmes dans les domaines culturels et universitaires. Ils relèvent de quelques préjugés pourtant régulièrement démentis par des faits aisément vérifiables : le premier d’entre eux est que ce type de boycott va nous couper des artistes et des universitaires israéliens, pourtant les plus progressistes de leur société. L’appel au boycott, tel que défini par les Palestiniens, ne concerne que les institutions de l’Etat israélien, pas les individus. La campagne BDS n’empêche donc pas les rencontres avec des artistes israéliens, en particulier s’ils sont progressistes, pour faire avancer nos causes communes. Néanmoins, contrairement aux idées reçues, ces artistes, universitaires et intellectuels israéliens progressistes sont peu nombreux et ostracisés par leurs collègues qui, dans leur écrasante majorité, font corps avec les politiques d’occupation, de colonisation et de discrimination de leur gouvernement. D’aucuns pourraient donc, au contraire, attendre des intellectuels, comme lors de la lutte contre l’apartheid sud-africain, d’être à l’avant-garde de la prise de conscience humaine et politique de la détresse palestinienne. Dans ce cas, la campagne de pression internationale devrait porter en premier lieu sur les artistes et universitaires israéliens, plutôt que de les laisser dans leurs tours d’ivoire.

Un autre préjugé, qui dépasse le cadre moyen-oriental, affirme qu’on ne peut pas mélanger l’Art et la politique. Vraiment ? Les artistes israéliens ne sont-ils pas également des citoyens israéliens ? Leur art n’est-il pas influencé par la situation géopolitique et humaine dans laquelle ils se trouvent ? Et si ce n’est pas le cas, n’est-ce pas un luxe que la colonisation leur procure, mais qui est interdit aux artistes palestiniens ? Si l’on ne peut pas mélanger l’art et la politique alors pourquoi les artistes palestiniens sont-ils discriminés, en tant que Palestiniens, mais aussi en tant qu’artistes, avec moins d’accès aux ressources financières pour créer et diffuser leurs œuvres ? La culture est tellement politique que des artistes et intellectuels tels que Ghassan Kanafani ou Naji Al Ali furent assassinés par les services secrets israéliens, et que Annemarie Jacir, Cat Stevens ou Noam Chomsky se sont vus refuser le droit d’entrer en Israël.

La culture comme arme de guerre

L’art est tellement politique que l’Etat d’Israël l’utilise de plus en plus pour tenter de redorer son blason terni par le sang des 1400 Gazaouis massacrés en 2009 ou des 9 Turcs assassinés en 2010. Il finance profusion de festivals de littérature israélienne, d’évènements autour de l’anniversaire de Tel-Aviv, de tournées de troupes nationales de danse, etc. Cette campagne de marketing consiste à jeter de la poudre culturelle aux yeux du grand public, pour se donner une image positive, cultivée, moderne, « normale » en quelque sorte… Mais si Israël veut être traité comme un Etat « normal », il doit renoncer à l’impunité dont il bénéficie aujourd’hui. Tant que ce ne sera pas le cas, il sera montré du doigt, et aucun festival n’y changera quoi que ce soit.

Mise en œuvre du boycott culturel

L’appel palestinien définit très bien le cadre dans lequel le boycott culturel contre l’Etat israélien doit être mis en œuvre. Puisqu’il s’agit d’un boycott institutionnel, les Palestiniens ne nous demandent pas de boycotter des individus ou des groupes d’artistes en raison de leur nationalité israélienne. C’est donc, pour le moment, un boycott “doux”, contrairement au boycott de l’Afrique du Sud qui s’étendait également aux artistes, à titre individuel. En second lieu, le boycott ne s’applique aux évènements culturels en dehors d’Israël que s’ils sont financés ou soutenus par une agence gouvernementale israélienne (ministère, ambassade, consulat…), ou explicitement sioniste (le Fond National Juif, ou KKL, par exemple).

Les artistes

A titre individuel, un artiste peut simplement refuser de se produire en Israël, mais c’est à titre collectif que le boycott prend tout son sens politique : lorsque cette décision est rendue publique et qu’elle s’accompagne d’autres initiatives semblables. Depuis les bombardements sur Gaza, ce mouvement prend une ampleur considérable et il n’est pas une semaine sans qu’on apprenne qu’un artiste de premier plan annule un voyage prévu en Israël, profitant parfois de l’occasion pour écrire de véritables pamphlets dénonçant les conditions dans lesquelles vivent les Palestiniens. Rien que pour l’année 2010, les acteurs Meg Ryan et Dustin Hoffman, le metteur en scène Mike Leigh[3], les écrivains Henning Mankell, Iain Banks[4] et Alice Walker[5], les musiciens Carlos Santana, Devendra Banhart[6], Tommy Sands, Elvis Costello[7], Gil Scott-Heron, Annie Lennox[8] et les groupes The Klaxons, Gorillaz, The Pixies, Leftfield, Faithless[9], Tindersticks et Massive Attack[10] ont renoncé à se rendre en Israël !

Plus de 500 artistes montréalais[11] réunis dans la première des organisations « Artists Against Apartheid », plus de 150 artistes irlandais[12] et une centaine d’intellectuels norvégiens[13] se sont également engagés par écrit à boycotter Israël. Ils rejoignent ainsi des cinéastes (Ken Loach, Jean-Luc Godard…), des musiciens (Roger Waters, Brian Eno, Gilles Vigneault, Lhasa…), ou des écrivains de tous les pays (l’Uruguayen Eduardo Galeano, l’Indienne Arundhati Roy, le Sud-africain Andre Brink, la Canadienne Naomi Klein, le Brésilien Augusto Boal, l’Italien Vincenzo Consolo, l’Anglais John Berger, les Américaines Adrienne Rich, Sarah Schulman ou Judith Butler…).

Les citoyens

Pour ce qui est des évènements qui se déroulent en Israël, les militants ou les citoyens peuvent tenter de convaincre les artistes ressortissants de leurs pays de ne pas y participer et, si possible, de rendre leur décision publique. Dans le cas de Leonard Cohen, les nombreux courriers envoyés n’avaient pas réussi à lui faire annuler sa tournée en Israël en 2009, mais elles ont convaincu Amnesty International qui avait, au départ, prévu de s’associer à ces concerts, de se retirer de cette farce pseudo humanitaire et indirectement pro-gouvernementale[14].

Pour ce qui est des évènements qui se déroulent dans le reste du monde, le boycott doit s’attaquer à la stratégie israélienne de tentative d’amélioration de son image de marque internationale (le « rebranding »). Un festival de cinéma fera-t-il oublier les massacres et le blocus de Gaza ? Une exposition de peinture blanchira-t-elle l’assaut meurtrier de la Flottille de la Liberté ? La décision de participer ou de ne pas participer à ces manifestations culturelles revêt désormais un sens politique, car elle est identifiée comme un soutien ou comme une dénonciation de l’Etat d’Israël et de sa politique d’oppression. A titre individuel, le spectateur responsable refusera donc d’y collaborer ! A titre collectif, le citoyen responsable tentera d’élargir le soutien à la campagne de boycott, en revendiquant sa position, voire en la publiant. Le but de la campagne BDS n’est-il pas aussi de reprendre la parole dans les médias ? De parler de la Palestine et, qui plus est, d’en parler avec nos termes ?

Boycott de l’intérieur [15]

Si certains en France pensent que le boycott devrait se limiter aux produits de consommation et ne pas s’étendre à l’art, à l’éducation et à la culture, en Israël, paradoxalement, c’est le contraire qui se produit. Alors que seul un petit groupe d’Israéliens est convaincu par le boycott économique, une coalition beaucoup plus large, de 150 personnalités, universitaires, écrivains, artistes et acteurs israéliens a signé l’été dernier une pétition appelant à boycotter les manifestations culturelles et universitaires dans les colonies des territoires occupés depuis 1967[16]. Aux côtés d’intellectuels connus pour leur engagement contre l’occupation, tels Niv Gordon, Gideon Levy ou Shlomo Sand, on trouve des personnalités généralement plus discrètes comme l’historien Zeev Sternhell ou les célèbres écrivains David Grossman, A.B. Yehoshua et Amos Oz. Tandis qu’ils étaient sévèrement critiqués par le gouvernement israélien, ces personnalités israéliennes ont reçu une lettre de soutien de 150 autres artistes[17], principalement américains et anglais, dont Vanessa Redgrave, Cynthia Nixon ou Tony Kushner. Au-delà de ce coup d’éclat récent, les Palestiniens en appellent aux artistes israéliens progressistes de ne pas participer à des évènements culturels, festivals ou expositions financés par le gouvernement israélien. Certains, tel le cinéaste Eyal Sivan, le musicien Gilad Atzmon, l’éditrice Yaël Lerer ou l’écrivain Aharon Shabtai, se conforment à cet engagement moral.

Si nous dénonçons les discriminations que subissent les Palestiniens et, singulièrement, les artistes palestiniens, notre rôle est aussi de lutter contre cette discrimination. Car la politique israélienne, au-delà d’un simple favoritisme budgétaire, tente d’éteindre la résistance palestinienne en niant sa culture. Dans un contexte d’occupation coloniale, l’art palestinien contemporain est éminemment influencé par la situation politique. L’art palestinien est politique, et comment pourrait-il en être autrement ? La poésie de Mahmoud Darwish est politique, les écrits d’Edward Saïd ou de Ghassan Kanafani sont politiques, l’art plastique d’Emily Jacir est politique, les films de Michel Khleifi sont politiques, etc. A travers l’art de ces femmes et de ces hommes, ce sont l’histoire, la vie, les revendications et les souffrances des Palestiniens qu’on apprend à mieux connaître. A travers la musique « classique » de Rim Banna, du Trio Joubran ou de Kamilya Jubran, autant qu’à travers le rap de DAM, Ramallah Underground ou Shadia Mansour, c’est une culture vivante qui s’exprime et qui tente de nous transmettre une vérité qu’on ne lit pas dans les journaux. Au-delà du boycott des institutions culturelles israéliennes, il est donc également important d’écouter ce que les artistes palestiniens ont à nous dire…

Conclusion

Rappelons que le droit international exige de l’Etat israélien qu’il mette fin à l’occupation des terres arabes et au blocus de Gaza, qu’il démantèle le Mur de séparation, qu’il cesse toute discrimination basée sur l’origine ethnique ou religieuse et qu’il respecte le droit au retour des réfugiés palestiniens dans leurs villages.

On aurait souhaité que « les deux parties » négocient une paix juste, mais l’histoire démontre que le dominant ne cède jamais de bon cœur aux exigences, même légitimes, du dominé. Pour que le colonisateur cesse de coloniser, il faut que le prix que lui coûte la colonisation soit plus élevé que celui qu’elle lui rapporte. Ce « prix » aujourd’hui ne se mesure pas en vies humaines, ni même en monnaie sonnante et trébuchante. Le prix que nous tentons de faire payer à l’Etat d’Israël est celui de sa réputation, en le montrant du doigt. La pression exercée par le boycott en général, et le boycott culturel en particulier, ne vise pas à ruiner les Israéliens, ni même à les priver de tout accès à la culture, elle ne vise qu’à rétablir la justice. La campagne BDS cessera lorsqu’Israël respectera, au minimum, les résolutions de l’ONU et de la Cour Internationale de Justice.

Les artistes ont joué un rôle clé pour isoler le régime d’apartheid en Afrique du Sud dans les années 1980, alors même que les gouvernements occidentaux poursuivaient leurs relations diplomatiques et économiques, dans une complicité criminelle. Aujourd’hui encore, il est trop tôt pour attendre de nos gouvernements de mettre Israël au ban des nations, ou même au banc des accusés ! Mais les artistes peuvent et doivent montrer la voie, suivis par les citoyens que nous sommes tous, pour qu’enfin cesse l’oppression du peuple palestinien.

Dror

[1] Appel des Palestiniens au BDS contre Israël : http://bdsmovement.net/?q=node/52#French

[2] Relais français de la campagne BDS internationale : http://www.bdsfrance.org/

[3] Déclaration de Mike Leigh :
http://artsbeat.blogs.nytimes.com/2010/10/18/war-of-words-after-mike-leigh-cancels-israeli-trip/?ref=movies

[4] Déclaration de Iain Banks :
http://www.guardian.co.uk/world/2010/jun/03/boycott-israel-iain-banks

[5] Déclaration de Alice Walker : http://electronicintifada.net/v2/article11319.shtml

[6] Déclarations de Devendra Banhart et de Tommy Sands :
http://english.pnn.ps/index.php?option=com_content&task=view&id=8365&Itemid=56

[7] Déclaration d’Elvis Costello :
http://www.elviscostello.com/news/it-is-after-considerable-contemplation/44

[8] Déclaration d’Annie Lennox :
http://www.haaretz.com/culture/annie-lennox-i-have-no-interest-in-going-to-israel-1.318380?localLinksEnabled=false

[9] Déclaration de Maxi Jazz, de Faithless : http://www.maxijazz.co.uk/Welcome.htm

[10] Déclaration de Robert Del Naja, de Massive Attack :
http://www.newstatesman.com/music/2010/09/israel-interview-boycott-naja

[11] 500 artistes montréalais contre l’apartheid israélien : http://www.tadamon.ca/post/5824

[12] 150 artistes irlandais s’engagent à boycotter Israël : http://www.ipsc.ie/pledge/

[13] 100 intellectuels norvégiens : http://akulbi.net/

[14] Déclaration d’Amnesty International à propos de la tournée de Leonard Cohen :
http://www.france-palestine.org/article12450.html

[15] Relais israélien de la campagne de boycott : http://boycottisrael.info/

[16] 150 artistes israéliens boycottent les colonies israéliennes :
http://www.haaretz.com/print-edition/news/150-academics-artists-back-actors-boycott-of-settlement-arts-center-1.311149

[17] 150 artistes américains et anglais soutiennent les 150 artistes israéliens :
http://jvp.org/campaigns/making-history-support-israeli-artists-who-say-no-normalizing-settlements-4




Vanessa Paradis annule son concert en Israël – Communiqué de la Campagne BDS France

  La Campagne BDS France avait envoyée le 27 décembre dernier une lettre ouverte à l’attention de l’artiste l’invitant à refuser de se produire dans le pays de l’apartheid et des crimes de guerre. Une lettre signée par plusieurs israéliens membres du groupe « Boycott de l’intérieur » lui avait également été envoyée afin de lui demander de ne pas accepter d’être complice de la politique israélienne en donnant un concert dans ce pays.

A travers les invitations faites à différents artistes à se produire en Israel, l’état israelien veut redorer son image alors que les palestiniens continuent à subir l’apartheid, l’occupation, la colonisation et les crimes de guerres.

Ken Loach, Jean-Luc Godard, Meg Ryan, Dustin Hoffman ou Mike Leigh, Annie Lennox, Carlos Santana, Elvis Costello, Gil Scott-Heron, les Pixies ou Massive Attack, entre autres, avaient déjà annulé leurs prestations artistiques dans différentes villes israéliennes.

Inspirés par la lutte des Sud-Africains contre l’apartheid, la campagne « BDS » initiée en 2005 par toutes les composantes de la société civile palestinienne appelle au Boycott, Désinvestissement et Sanctions contre l’État d’Israël jusqu’à ce qu’il applique le droit international et les principes universels des droits de l’homme.

La Campagne BDS France
campagnebdsfrance@yahoo.fr

Voir aussi à ce sujet :
 http://www.purepeople.com/article/vanessa-paradis-annule-sa-venue-en-israel-suite-a-des-pressions-politiques_a71988/

et la lettre qui avait été envoyée à Vanessa Paradis par la campagne BDS France