Douze acteurs palestiniens rappellent l’apartheid israélien à la direction du festival de Cannes

Par la Campagne BDS France, le 12 juillet 2021

Let It Be Morning (Et il y eut un matin en français) est un film écrit et réalisé par Eran Kolirin, d’après une nouvelle de Sayed Kashua, qui a été sélectionné au festival de Cannes 2021 dans la catégorie « Un certain regard »

Cette année, le Festival de Cannes a accueilli plusieurs cinéastes israéliens, parmi lesquels le réalisateur Eran Kolirin, qui présente sa production dans l’un des événements cinématographiques les plus importants au monde.

Son film Let It Be Morning, adaptation du livre de Sayed Kashua, -un écrivain palestinien citoyen d’Israël- sera présenté au festival de Cannes mais les acteurs palestiniens ne monteront pas les marches et ne fouleront pas le tapis rouge…

Dans une lettre envoyée à la direction du festival par les membres palestiniens de la distribution, Alex Bakri, Juna Suleiman, Ehab Elias Salameh, Salim Daw, Izabel Ramadan, Samer Bisharat, Yara Jarrar, Marwan Hamdan, Duraid Liddawi, Areen Saba, Adib Safadi et Sobhi Hosary déclarent qu’ils boycottent l’ensemble de l’événement.

« Nous sommes fiers et soutenons notre participation au film de notre ami et allié, Eran Kolirin, qui est basé sur le livre de Sayed Kashua « Let It Be Morning », lit-on dans le discours d’ouverture. « Néanmoins, nous ne pouvons ignorer la contradiction selon laquelle le film a été accepté à Cannes sous l’étiquette « film israélien ». La lettre décrit également la politique d’Israël dans les territoires occupés à partir de 1948, qui comprend le déni des droits, l’apartheid, le contrôle militaire, la violence contre les Palestiniens, la négation de l’identité palestinienne et plus encore…

Des sources du ministère de la Culture ont confirmé que le film était bien soutenu par l’État d’Israël.

Eran Kolirin a confirmé : « Le film est soutenu par le Fonds du film israélien à hauteur de deux millions de shekels et environ deux millions de shekels de plus de France et d’Allemagne. Le film sera projeté en tant que film israélien… ». « Ils ne boycottent pas, ils sont très fiers d’avoir participé à ce film, ils aiment ce film et sont fiers qu’il soit projeté à Cannes”, a déclaré Kolirin. “Ils ont décidé d’être absents comme acte politique de protestation contre l’invisibilisation culturelle.  Je comprends cela et je soutiens leur décision. Je suis triste qu’ils ne soient pas là pour célébrer leur superbe travail mais je respecte leur position.”

Il faut rappeler que la société civile palestinienne a lancé en 2005 la campagne BDS (Boycott Désinvestissements Sanctions) qui appelle au boycott de l’état d’Israël  jusqu’ à ce que les revendications de justice du peuple palestinien soient prises en compte et que le droit international soit respecté. La campagne BDS s’oppose à toute opération de propagande qui permettrait de blanchir, à travers la culture ou le sport, les crimes israéliens manifestes tels que l’occupation, la colonisation et l’apartheid

La campagne BDS France salue le courage de ces artistes et demande au festival de Cannes de ne pas participer à nier l’identité palestinienne.

Nous appelons donc à soutenir le cinéma palestinien, notamment les quatre films suivants qui font partie de la sélection du festival cette année : Alpes de Nael Khleifi, Concrete land de Asmahan Bkerat, Three Promises de Yousef Srouji, et The Projectionist de Alex Bakri.

Nous nous associons à la lettre de ces artistes qui demandent « aux institutions artistiques du monde entier d’amplifier les voix des artistes palestiniens, de s’opposer à l’État colonial Israélien et de soutenir la résistance du peuple palestinien et son droit à l’existence et à la créativité. »

La campagne BDS France




Festival de Cannes : lettre d’artistes palestiniens concernant leur refus de participer au festival

Nous, l’équipe de tournage du film ‘Let It Be Morning’ souhaitons faire le communiqué suivant concernant notre décision de ne pas participer au festival de Cannes:

Nous soutenons notre ami et camarade Eran Kolirin et nous sommes fiers d’avoir participé au projet de film inspiré du roman éponyme de Sayed Kashua Let It Be Morning’. Nous sommes heureux que le film ait été sélectionné à Cannes.

Ce film est le fruit d’une production collective qui décrit “l’état de siège” que nous vivons comme l’a écrit le célèbre poète palestinien Mahmoud Darwich. Cet état de siège se matérialise par des murs, des checkpoints, mais aussi par des obstacles matériels et psychologiques ainsi que  par des politiques d’asservissement et de violation de l’identité des Palestiniens et Palestiniennes, de leur culture, de leur liberté de mouvement ainsi que de leurs droits humains élémentaires.

C’est cet état de siège que le film aspire à questionner et c’est ce vers quoi nous, l’équipe du film, avons décidé collectivement d’en orienter le contenu. Pourtant, nous ne pouvons ignorer la contradiction qui consiste à classer ce film au festival de Cannes comme un film Israélien, pendant qu’Israël continue et ce depuis des décennies, sa politique coloniale et ses pratiques de purification ethnique, d’expulsion et d’apartheid contre nous – le peuple palestinien.

Depuis 1948, les Palestiniens en Palestine historique et dans la diaspora ont dû faire face à une purification ethnique constante et à une fragmentation coloniale à travers les différentes restrictions imposées par Israël. Les gouvernements et institutions culturelles du monde entier ont suivi ces restrictions contre nous, les Palestiniens en Israël, à Jérusalem Est, en Cisjordanie, à Gaza et ailleurs dans le monde. Leur but : nous diviser pour nous détruire en tant que peuple, nous fragmenter et nous séparer de notre histoire commune.

Systématiquement, l’industrie du cinéma nous assigne, nous et notre production, à une étiquette ‘Israélienne’ qui contribue à imposer aux artistes palestiniens, une situation inacceptable : la colonisation sioniste qui nous opprime en niant notre langue, notre histoire et notre identité, par la censure et la promulgation de lois racistes.

Nous écrivons ces lignes alors que nous sommes témoins d’attaques quotidiennes par des colons racistes et extrémistes protégés par la police et l’armée israéliennes dans des villes et des quartiers palestiniens. Ces attaques illégales qui visent nos fils et nos filles se perpétuent. Nous refusons de représenter un état qui a permis et encouragé les récentes vagues de violence car cela reviendrait à normaliser l’apartheid et à accepter cette violence ainsi que la négation des crimes à l’encontre des Palestiniens.

Notre refus de participer au festival de Cannes dans la catégorie film ‘Israélien’ n’est pas seulement un geste symbolique. Nous nous opposons fermement à toute participation à ce genre d’évènement qui justifie notre exclusion et notre invisibilisation en tant que Palestiniens et Palestiniennes.

Nous sommes unis pour vous adresser ce message et  demander aux institutions artistiques du monde entier d’amplifier les voix des artistes palestiniens, de s’opposer à l’État colonial Israélien et de soutenir la résistance du peuple palestinien, son droit à l’existence et à la créativité.

L’équipe de tournage : Alex Bakri, Juna Suleiman, Ehab Elias Salameh, Salim Daw, Izabel Ramadan, Samer Bisharat, Yara Jarrar, Marwan Hamdan, Duraid Liddawi, Areen Saba, Adib Safadi et Sobhi Hosary, le 7 juillet 2021

Retrouvez la lettre en anglais ici