Des militants s’opposent au Festival du film israélien au Kenya

Lettre ouverte au Centre culturel français à Nairobi
source: info-palestine.net

Les institutions culturelles et universitaires israéliennes, de même que les produits culturels comme les films contribuent directement à maintenir, défendre ou blanchir l’oppression contre les Palestiniens, alors que la nation juive cherche délibérément à améliorer son image internationale.

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Tel Aviv : ils sont des centaines d’Israéliens à manifester dans le quartier pauvre de Hatikva contre la communauté migrante africaine.
(Photo : R. Shutzer/AFP/Getty images)

 

Alliance française,
Loita/Monrovia Street – Nairobi, Kenya

à l’Alliance française, 6 juin 2013

Objet : le Festival du film israélien à Nairobi, 2013

Il a été porté à notre attention que l’Alliance française allait accueillir le Festival du film israélien du 11 au 15 juin, présenté par l’Ambassade d’Israël. En tant que Kenyans et personnes soucieuses de la justice sociale et des droits humains, nous tenons à vous exprimer notre point de vue sur la tenue d’une telle initiative.

Pour commencer, nous voulons attirer l’attention sur les nombreuses violations des droits humains qu’Israël commet régulièrement. Dès sa création en 1948, Israël a cherché à supprimer définitivement et massivement la population palestinienne indigène du pays, afin de créer un État juif. Depuis, Israël s’oppose aux droits fondamentaux palestiniens à la liberté, à l’égalité, à l’autodétermination par le nettoyage ethnique, la colonisation, la discrimination raciale et l’occupation militaire (1). Israël viole également, de façon répétée et systématique, les droits humains et le droit humanitaire internationaux, et ne tient aucun compte des résolutions des Nations-Unies.

Pour donner juste quelques exemples : depuis 2006, quand le Hamas a gagné les élections à Gaza, les Palestiniens dans la bande de Gaza ont été paralysés par les sanctions économiques imposées par Israël. En 2008 et 2009, au cours des 22 jours de l’opération militaire Plomb durci, on estime qu’Israël a tué 1387 Palestiniens à Gaza, notamment des familles et des enfants, et qu’il a utilisé à plusieurs reprises des munitions à phosphore blanc sur des zones peuplées, comme cela a été méticuleusement documenté par Human Rights Watch. En novembre 2012, Israël a bombardé Gaza une nouvelle fois dans l’opération Pilier de défense. Selon B’Tselem, le centre d’information israélien pour les droits de l’homme dans les territoires occupés, 167 Palestiniens ont été tués par l’armée israélienne. Plus de la moitié étaient des civils.

En Cisjordanie occupée, un territoire tenu sous le contrôle des checkpoints militaires, Israël a continué de construire des colonies sur la terre occupée, en dépit du fait que ces colonies sont considérées comme illégales en droit international. Ce ne sont là que quelques-unes des violations qu’Israël perpétue en Palestine occupée. Nous n’avons pas parlé en détail de la détention des prisonniers politiques, du déplacement des communautés bédouines, du harcèlement et des humiliations quotidiennes des Palestiniens sur les checkpoints, du nivelage des terres aux bulldozers, de l’arrachage des oliviers et ainsi de suite.

Il n’y a pas que les Palestiniens à avoir souffert des politiques mises en œuvre par le gouvernement israélien ou à avoir été assassinés par l’armée israélienne. En 2003, une militante américaine de la paix, Rachel Corrie, est morte écrasée sous un bulldozer par les Forces de défense israéliennes (FDI). En 2010, 9 militants turcs à bord d’un navire humanitaire se dirigeant vers Gaza, le Mavi Marmara, ont été tués dans une opération israélienne. Il y a seulement trois jours, Israël a pris la décision d’expulser 60 000 migrants d’Érythrée et du Soudan vers un troisième pays non précisé. L’année dernière, des dizaines de demandeurs d’asile africains ont été blessés dans des émeutes raciales violentes à Tel Aviv (2).

Dans un rapport officiel commandé par le gouvernement sud-africain en 2009, le Conseil de recherches en sciences humaines a confirmé qu’Israël, par sa politique et ses pratiques, se rend coupable du crime d’apartheid. Beaucoup d’autres, notamment des Sud-Africains qui ont connu directement l’oppression raciale, par exemple le lauréat du Prix Nobel de la paix Desmond Tutu, ont dit de la vie sous la répression israélienne qu’elle était semblable, voire pire, que celle sous l’apartheid en Afrique du Sud (3).

Des gens de partout dans le monde condamnent la politique d’Israël envers les Palestiniens. Beaucoup ont rejoint la campagne de Boycott, Désinvestissements et Sanctions (BDS) qui appelle au boycott d’Israël jusqu’à ce que les droits palestiniens soient reconnus en toute conformité du droit international. Des citoyens israéliens soutiennent fortement eux aussi l’appel aux campagnes de BDS.

Il est important de souligner que les institutions culturelles et universitaires israéliennes, de même que les produits culturels comme les films, contribuent directement à maintenir, défendre ou blanchir l’oppression des Palestiniens alors que la nation juive cherche délibérément à améliorer son image internationale par le biais de collaborations universitaires et culturelles. Dans le cadre du boycott, des universitaires, des artistes et des consommateurs font campagnes contre de telles collaborations et tels « relookings ». (4)

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Surtout, un certain nombre d’artistes, spécialement des musiciens, cinéastes et écrivains, ont refusé de se produire en Israël ou ont annulé leurs spectacles prévus après une pression du mouvement BDS, notamment Bono, Snoop Dogg, Jean-Luc Godard, Elvis Costello, Gil Scot Heron, Carlos Santana, Devendra Banhart, Dustin Hoffman, Meg Ryan, Faithless, les Pixies, Cassandra Wilson, Cat Power et Zakir Hussain. L’auteur britannique John Berger, l’écrivain indien Arundhati Roy, la poétesse étatsunienne Adrienne Rich, les Britanniques Ken Loach, réalisateur, et Paul Laverty, scénaristes, sont parmi d’autres voix éminentes qui ont rejoint l’appel BDS (5).

Alors que les Kényans et d’autres soutiennent la lutte palestinienne pour la liberté, la justice et la fin de l’apartheid, nous exhortons l’Alliance française à annuler le Festival du film israélien et à trouver les moyens de faire monter la sensibilisation sur l’occupation en Palestine. Il est paradoxal que l’ambassade israélienne veuille utiliser ce Festival pour « célébrer ses 50 ans de relations avec le Kenya » et « améliorer l’opinion des Kényans sur la vie et la culture israéliennes » quand le Kenya a vécu sa propre histoire de colonisation, avec ce qui l’accompagne, les violations, tortures et répressions. Pour nous, célébrer nos cinquante années d’indépendance et reconnaître ceux qui ont combattu et sont morts pour elle, il est impératif que nous nous positionnions contre la colonisation et l’oppression des autres.

S’il vous faut des raisons supplémentaires pour annuler le Festival, alors nous voulons attirer votre attention sur certains thèmes problématiques de films qui seront projetés. Les films Tourner à gauche à la fin du monde et Feu de camp dépeignent tous les deux les colonies qui, comme indiqué ci-dessus, sont illégales en vertu du droit international. Aucun film n’aborde cette réalité au contraire, les films détournent l’attention en abordant des thèmes tels que l’amour romantique et les communautés culturelles.

Ce Festival du film pourrait paraître comme un événement public anodin, mais en réalité, il ne l’est pas. Soutenir les produits culturels d’Israël pendant que les Palestiniens se battent pour se libérer de l’occupation israélienne c’est s’affirmer politiquement. Nous vous exhortons, en tant que personnes qui croient dans les droits de tous les peuples à vivre dans la dignité et libres de toute oppression, à vous tenir solidaires de la lutte palestinienne pour l’autodétermination et aux côtés des personnes dans le monde qui se sont engagées dans la campagne de Boycott, Sanctions et Désinvestissements contre Israël.

Sincèrement,

Comité Solidarité Palestine – Kenya

Notes

(1) Campagne de Boycott, Désinvestissements et Sanctions (en ligne) : Apartheid, Colonisation et Occupation

(2) The Guardian, (en ligne), Des demandeurs d’asile africain blessés dans des émeutes raciales à Tel Aviv – 24 mai 2012

(3) Artistes sud-africains contre l’Apartheid

(4) Mouvement BDS, (en ligne), Introduction au BDS

(5) Mouvement BDS (en ligne), Victoires BDS

12 juin 2013 – Pambazuka News – traduction : Info-Palestine/JPP




Cinq raisons pour lesquelles le professeur Stephen Hawking a raison de boycotter Israël

Comme l’a annoncé le Comité britannique pour les Universités de Palestine (BRICUP) et repris par la suite The Guardian, Reuters et d’autres, le professeur Stephen Hawking, physicien et cosmologue de renommée mondiale, a décidé de tenir compte de l’appel palestinien au boycott et de quitter une conférence israélienne mise sur pied par le président Shimon Peres en juin. Après une centaine confusion initiale, la chose a été confirmée – Hawking se tiendra à l’écart de la conférence pour des raisons politiques. (*)

Voici cinq raisons pour lesquelles le professeur Hawking a raison d’appliquer un boycott :

5. Le blanchiment de l’apartheid

Le gouvernement israélien et divers groupes de pression utilisent des événements comme la « Conférence présidentielle » pour blanchir les crimes passés et actuels d’Israël. Il s’agit d’une tactique parfois appelée le « rebranding » (changement d’image, réétiquetage). Comme l’a a expliqué un fonctionnaire du ministère des Affaires étrangères après le massacre de Gaza en 2009, c’est le genre d’approche qui à l’intention « d’envoyer des romanciers et écrivains bien connus à l’étranger, des compagnies de théâtre ou des objets d’art » afin de « montrer la meilleure facette d’Israël, de sorte qu’on ne pense pas à nous en fonction du seul contexte de la guerre ». La « Brand Israël – Label Israël » vise entièrement à créer une image positive d’un pays qui est la cible des militants des droits de l’homme dans le monde entier – comme si ses innovations technologiques ou ses conférences de haut niveau pouvaient cacher la réalité de l’occupation et de l’épuration ethnique.

4. Shimon Peres

En dépit de sa réputation de « colombe » en Occident, la carrière de Peres à ce jour comprends des crimes de guerre au Liban, le soutien des punitions collectives infligées aux Palestiniens de Gaza et, lors de discussions privées, d’incitations contre les citoyens non juifs. Tout le monde ferait bien d’éviter une conférence accueillie par un tel hypocrite. Le simple fait de n’être pas Ariel Sharon n’enlève rien à la chose ; Peres devrait être inscrit pour un petit voyage à La Haye, et non pour accueillir des dignitaires et célébrités de l’étranger.

3. Le boycott n’est pas incompatible avec le « dialogue »

Contrairement au discours des officiels et sympathisants israéliens, le boycott n’est pas opposé au dialogue. La décision de Hawking, par exemple, signifiera que des gens vont discuter de la politique et des stratégies israéliennes en vue de mettre un terme à l’occupation. Ce n’est nullement atypique – les initiatives BDS encouragent souvent un échangé sensé de points de vue et de perspectives. Toutefois, certaines personnes abusent du concept de dialogue pour défendre un statu quo asymétrique qui laisse intacte une dynamique de pouvoir colonial où, pour reprendre les mots du poète sud-africain James Matthews, « l’oppresseur est assis paré de son butin / sans le moindre désir de partager l’égalité : laissant les opprimés cherchant la chaleur / auprès du feu éteint / du dialogue ». Le boycott n’a rien à voir avec le fait d’avoir ou pas des conversations – il s’agit d’une demande de comptes et d’une opposition concernant des violations fondamentales des droits d’un peuple. Assister et résister à la réalité de l’apartheid israélien engendre un dialogue qui est pleinement conçu dans le contexte de l’égalité et de la décolonisation.

2. L’impunité et la responsabilité

Le boycott s’appuie solidement sur la réalité bien documentée de la politique israélienne. Le ministère américain des Affaires étrangères fait état de la « discrimination institutionnelle » à laquelle sont confrontés les citoyens palestiniens, tandis que Human Rights Watch affirme qu’Israël maintient un « système à deux vitesses » en Cisjordanie. Depuis le contrôle et la distribution « discriminatoires » des ressources en eau (Amnesty International) jusqu’au « transfert forcé de la population autochtone » (Union européenne), il n’est pas étonnant que la Commission de l’ONU sur l’élimination de la discrimination raciale a rapporté qu’Israël enfreignait des interdictions de « ségrégation raciale et d’apartheid ».

Les implantations illégales sont utilisées pour coloniser la Cisjordanie ; les Palestiniens de Gaza subissent un blocus et des bombardements ; les Palestiniens de Jérusalem-Est sont confrontés à la démolition de leurs maisons et, pendant tout ce temps, évidemment, des réfugiés palestiniens expulsés et vivant à quelques kilomètres à peine de leurs propriétés sont toujours empêchés de rentrer chez eux sur base du fait qu’ils ne sont pas juifs. Et remarquez que la ligne de discours « Mais alors, et la Chine, le Myanmar, la Syrie, etc. ? » est absolument déplacée ici (en même temps qu’elle place Israël en compagnie plutôt intéressante). Un boycott est une tactique, conseillable dans certains contextes et pas dans d’autres. Il ne concerne pas l’ampleur d’un injustice ou de mauvais agissements. Il concerne une stratégie ciblant systématiquement des violations des droits de l’homme et des infractions aux lois internationales et ce sont les colonisés mêmes qui la réclament. Ce qui nous amène à ceci…

1. L’appel des Palestiniens à la solidarité

Les Palestiniens souffrant de l’apartheid israélien réclament les Boycott, Désinvestissement et Sanctions (BDS) en tant que stratégie en vue de l’obtention de leurs droits fondamentaux, et c’est un fait que de nombreux sionistes choisissent d’ignorer quand ils s’en prennent aux campagnes de boycott. L’appel de la société civile palestinienne en faveur des BDS a été officiellement lancé le 9 juillet 2005, un an après l’avis consultatif de la Cour internationale de justice à propos de l’illégalité du Mur de séparation d’Israël. Parmi les signataires de l’appel aux BDS, on trouve des représentants des Palestiniens en Cisjordanie et à Gaza, des citoyens palestiniens d’Israël et des réfugiés palestiniens. Depuis lors, un nombre sans cesse croissant de personnes en provenance des universités, des milieux artistiques, des syndicats et des communautés religieuses ont répondu à l’appel aux BDS par des initiatives qui attirent fermement l’attention sur les violations incessantes des lois internationales par Israël et sur la nécessité de mettre un terme à la complicité dans ces crimes. Il convient de féliciter le professeur Hawking pour avoir demandé leur avis aux universitaires palestiniens et pour avoir tenu compte de leur demande de solidarité internationale au cours d’une lutte de plusieurs décennies en faveur de la liberté et de la justice.

 

Publié le 9 mai sur Al Jazeera. Traduction pour le site :  http://www.pourlapalestine.be : JM Flémal.

Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement la politique éditoriale d’Al Jazeera.

(*) Déjà en 2009 Stephen Hawking condamna fermement la guerre d’agression d’Israël contre Gaza comme vous pouvez l’entendre dans cette vidéo. (ajoute de la rédaction de ce site) :

L’auteur de l’article, Ben White est un journaliste freelance, écrivain et activiste spécialisé dans les questions concernant la Palestine et Israël. Il visite régulièrement la région depuis 2003 et ses articles ont été largement publiés dans The Guardian’s Comment is free, Al Jazeera, New Statesman, Salon, Christian Science Monitor, et bien d’autres.

Son dernier ouvrage de, Palestinians in Israel: Segregation, Discrimination and Democracy (Les Palestiniens en Israël : ségrégation, discrimination et démocratie) a été publié par Pluto Press.

Vous pouvez suivre Ben White sur Twitter : @benabyad

Source: http://www.pourlapalestine.be