Le « deux poids deux mesures » flagrant du monde en faveur d’Israël

L’American Studies Association a peut-être ciblé Israël avec le boycott, mais si vous regardez les sanctions graves, douloureuses, que le monde inflige à des États oppresseurs, Israël s’en tire bien, il est laissé hors du coup.

A la date de vendredi midi, une recherche Google sur « sanctions – droits de l’homme » vous sortait plus de 40 millions de résultats. Avec des sanctions et autres punitions, pour violation des droits de l’homme, contre la Chine, la Russie, l’Iran, la Syrie, le Zimbabwe, le Soudan, le Yémen, la Biélorussie, Cuba, la Corée du Nord, et bien d’autres pays. Et ces sanctions n’ont pas été mises en place par quelque groupe universitaire peu important comme l’American Studies Association, elles l’ont été par les États-Unis d’Amérique, l’Union européenne et/ou le Conseil de sécurité des Nations-Unies. En outre, ces sanctions touchent ces pays autrement plus durement que le boycott par l’ASA des facultés israéliennes est susceptible de toucher Israël.

Et pourtant, à voir la réaction au récent boycott de l’ASA, on pourrait croire qu’il n’y a aucun autre pays au monde à être puni pour ses violations des droits de l’homme. Tout le monde saute sur la citation du président de l’ASA, Curtis Marez, expliquant pourquoi l’organisation a agi contre Israël plutôt que contre d’autres États qui sont de bien pires malfaiteurs : « On doit commencer quelque part, » a-t-il déclaré au New York Times. Mais si l’ASA a pu commencer avec Israël, les puissances dans le monde s’en sont prises à un certain nombre de pays qui violent les droits de l’homme, sans pour autant en arriver à Israël et à ses 46 années de dictature militaire sur les Palestiniens.
 
Si vous regardez les sanctions graves, douloureuses, que le monde inflige aux États oppresseurs, Israël s’en tire bien, il est laissé hors du coup.

Les défenseurs d’Israël aimeraient-ils voir le monde traiter ce pays comme il traite l’Iran, – en « le mettant à genoux », avec des « sanctions qui le paralysent », sans parler de la clameur qui monte de certains milieux pour que soient bombardées ses installations nucléaires ?

Ou aimeraient-ils qu’Israël soit traité comme la Syrie : avec le gel de ses actifs à l’étranger et le refus de laisser entrer tout Israélien impliqué dans l’occupation ? Voudraient-ils que les USA arment certains groupes qui combattent Israël ? Préfèreraient-ils qu’Israël soit à la limite de se faire bombarder par les USA ? Seraient-ils plutôt pour que les puissances mondiales détruisent les armes chimiques d’Israël,… ou choisiraient-ils le boycott de l’ASA ?

Ou, si ce n’est pas comme la Syrie, les défenseurs d’Israël préfèreraient-ils être traités comme la Chine : avec le veto des États-Unis à ses demandes de prêts internationaux, et les États-Unis et l’UE qui imposent un embargo sur ses armes ? À ce propos, de nombreux pays sont confrontés à des embargos sur les armes par les USA, l’UE et/ou les Nations-Unies, notamment le Congo, l’Érythrée, la Somalie, le Soudan et le Zimbabwe. Israël, par contre, obtient 3 milliards de dollars en armement, de l’Amérique, tous les ans.

Et que diraient-ils du Zimbabwe, est-ce qu’Alan Dershowitz échangerait le boycott d’Israël par l’ASA contre les sanctions du Zimbabwe, nation africaine non seulement confrontée à un embargo sur les armes, mais aussi à un refus de prêts internationaux ? Son intrépide dirigeant, Robert Mugabe, est devenu radioactif, et toute personne qui traite avec lui s’attend à voir ses actifs gelés et à se voir interdite d’entrée aux États-Unis et dans l’UE.

Même chez les grands, la puissante Russie est pire qu’Israël : les 18 officiels russes qui se sont dits impliqués dans le meurtre en prison de l’avocat dissident Sergei Magnitzki en 2009 ont eu leurs avoirs gelés et se sont vus interdits d’entrer aux États-Unis, et il est demandé constamment à l’UE de faire de même. Combien de Palestiniens ont-ils été tués injustement par les soldats, la police, les agents du Shin Bet et les colons israéliens durant l’occupation ? Les USA et l’UE ont-ils puni l’un d’eux, ou l’un de leurs supérieurs, pour cela ?

Et aujourd’hui, à cause de lois et de déclarations homophobes et d’un climat de dénigrement des homosexuels qu’elles ont encouragé, la Russie fait face à des boycotts bien plus forts que celui imposé par l’ASA. Les bars homosexuels dans le monde boycottent la vodka russe. Et le mouvement pour le boycott des Jeux olympiques d’hiver du mois prochain à Sotchi est en plein essor. Et là, comble d’ironie, Bibi Netanyahu lui-même vient d’accepter de se joindre aux autres dirigeants mondiaux, à commencer par Obama, pour boycotter les Jeux. Obama, Cameron, Hollande et leurs collègues boycottent-ils un quelconque évènement à cause de l’occupation, alors qu’elle est un crime incomparablement plus grave que les lois et le harcèlement homophobes de la Russie ?

Les puissances occidentales peuvent punir la Russie, elles peuvent punir la Chine, elles peuvent taper sur l’Iran, la Syrie, la Corée du Nord, le Zimbabwe, le Soudan, etc., mais elles ne toucheront pas à Israël (nonobstant les « lignes directrices » anémiques de l’Union européenne). En effet, le pays le plus puissant du monde non seulement ne punira pas Israël pour son près de demi-siècle de tyrannie contre les Palestiniens, mais il continuera de le fournir en armes tout en le protégeant des Nations-Unies. L’Amérique dorlote Israël, dernier avant-poste du colonialisme dans le monde, comme peu de pays ont pu être choyés par une superpuissance dans l’histoire.

L’occupation n’est pas, par quelque moyen que ce soit, une violation des droits de l’homme à l’échelle de la boucherie d’Assad, ou de celles du Congo, du Soudan, du Zimbabwe, par exemple. Mais c’en est une plus importante que, par exemple, le programme nucléaire de l’Iran, ou le communisme de Cuba, ou le meurtre par la Russie de Sergei Magnitzky et de sa politique homophobe, et pourtant, Israël s’en sort indemne. Le monde ne punit pas ce pays injustement, il ne le punit pas du tout, pendant que l’Amérique le récompense généreusement.

Le boycott de l’ASA, et les autres réussites du mouvement BDS, ne sont pas un exemple d’un deux poids deux mesures contre Israël ; ce sont des actions chevaleresques, d’arrière-garde, contre le « deux poids deux mesures » flagrant du monde en faveur d’Israël. Si ce pays était traité avec une part ne serait-ce que minuscule de la sévérité dont fait preuve habituellement l’Occident à l’égard des violeurs des droits de l’homme, l’occupation serait finie depuis longtemps.

http://972mag.com/the-worlds-blatant-double-standard-in-israels-favor/84499/
traduction : JPP pour BDS FRANCE