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Lettre du PACBI à Jane Birkin : pas d’équilibrisme avec l’apartheid !

Chère Jane Birkin,

En 2003, quand vous avez chanté à Tel-Aviv et dans les Territoires palestiniens occupés, bien des gens ont jugé votre projet progressiste, voire audacieux, malgré qu’il présentait symétriquement les oppresseurs et les opprimés. Aujourd’hui, sept ans après que la campagne palestinienne pour le boycott universitaire et culturel d’Israël (PACBI) [1] ait été lancée avec le soutien massif des centres culturels et artistique palestiniens [2],votre performance annoncée à Tel-Aviv saboterait notre boycott contre les institutions culturelles d’Israël et fournirait à l’Israël une apparence de normalité utilisable pour détourner l’attention de son système d’occupation, de colonialisme et d’apartheid [3] contre le peuple palestinien.

L’archevêque Desmond Tutu, un des leaders moraux de la lutte contre l’apartheid en Afrique du Sud, non seulement reconnaît aujourd’hui qu’Israël est un « pire » système d’apartheid, mais soutient notre appel BDS, y compris dans le champ culturel. Lorsque l’Opéra du Cap, une importante institution musicale d’Afrique du Sud, a décidé l’an dernier d’ignorer notre appel au boycott et de jouer à Tel-Aviv, Tutu écrivit : « De même que nous avons dit pendant l’apartheid qu’il est inapproprié pour des artistes internationaux de jouer en Afrique du Sud dans une société fondée sur des lois discriminatoires et un exclusivisme racial, il serait incorrect que l’Opéra du Cap joue en Israël ». [4]

L’appel palestinien de 2004 demandait aux artistes internationaux de refuser de jouer en Israël ou de participer à des événements servant à établir une égalité entre occupants et occupés [5] et à contribuer ainsi à la continuation de l’injustice. Par la suite, en 2005, une majorité écrasante de la société civile palestinienne a appelé à une campagne BDS globale sur la base des principes des droits humains, de la justice, de la liberté et de l’égalité [6]. Le mouvement BDS adopte une stratégie non-violente et moralement cohérente pour faire qu’Israël adopte les mêmes standards des droits humains que les autres nations. Il demande aux artistes de prêter attention à l’appel au boycott jusqu’à ce qu’ « Israël se retire de toutes les territoires occupés en 1967, y compris Jérusalem Est, supprime toutes les colonies sur ces terres ; se conforme aux résolutions des Nations unies concernant la restitution des droits des réfugiés palestiniens  et démantèle son système d’apartheid ». [7]

Votre spectacle en Israël constituerait un rejet de l’appel de plus de 170 organisations de la société civile qui constituent le mouvement BDS palestinien.

Aujourd’hui, les groupes de la société civile palestinienne appellent les artistes à délaisser Tel-Aviv de la même façon que les militants Sud-africains appelaient les artistes à boycotter Sun city. Nous vous demandons seulement de vous retenir de franchir une ligne de dissuasion appelée par la société civile palestinienne, soutenue par des organisations internationales, et de plus en plus soutenue par des israéliens progressistes [8]. La société civile palestinienne vous demande de votre part cette contribution essentielle à notre lutte pour parvenir à la paix et à la justice.

Respectueusement,

PACBI

 

INFORMATIONS CONTEXTUELLES

Israël soumet les Palestiniens à un système cruel de dépossession et de discrimination raciale

Vous n’êtes peut-être pas assez familière avec les pratiques d’Israël, largement reconnues comme des violations du droit international. Si c’est le cas, nous espérons alors que vous reconsidérerez votre concert après avoir réfléchi à certaines des transgressions d’Israël. Votre spectacle servirait à justifier ces pratiques, en faisant croire que le business avec Israël doit continuer comme d’habitude. Concrètement, Israël viole quotidiennement les droits humains élémentaires des Palestiniens de plusieurs façons :

1. Les Palestiniens de Cisjordanie et de la bande de Gaza vivent sous une occupation militaire brutale et illégale. Israël restreint le droit de mouvement et de parole des Palestiniens, bloquent l’accès aux terres, à la santé, à l’éducation, emprisonnent les leaders palestiniens et les militants des droits humains sans motif ni procès et infligent quotidiennement humiliation et violence sur plus de 600 check-points et obstacles militaires qui étranglent la Cisjordanie. En même temps, Israël continue de construire son mur illégal sur la terre palestinienne et de soutenir l’expansion du réseau illégal de colonies exclusivement pour Juifs qui divisent la Cisjordanie en bantoustans.

2. Les citoyens palestiniens d’Israël font face un système d’apartheid en expansion à l’intérieur des frontières d’Israël, avec des lois et des pratiques qui leur refusent les droits dont bénéficient leurs semblables juifs. Ces lois et ses pratiques concernent l’éducation, la propriété de la terre, le logement, l’emploi, le mariage et tous les autres aspects de la vie quotidienne des gens. À beaucoup d’égards, ce système ressemble étroitement à celui de Jim Crow et à l’apartheid d’Afrique du Sud.

3. Depuis 1948, lorsqu’Israël a dépossédé plus de 750 000 Palestiniens pour former un État exclusivement juif, Israël a refusé aux réfugiés palestiniens leur droit, internationalement reconnu, à rentrer chez eux. Israël continue aussi d’expulser des gens de chez eux à Jérusalem et au Naqab (Néguev). Actuellement, il y a plus de 7 millions de réfugiés palestiniens qui luttent toujours pour leur droit à revenir chez eux, comme tous les réfugiés dans le monde.

4. À Gaza, les Palestiniens ont été soumis à un siège criminel et immoral depuis 2006. Dans le cadre de ce siège, Israël a interdit non seulement à plusieurs types de médicaments, les bougies, les livres, les crayons, les vêtements, les chaussures, les couvertures, les pâtes, le café et le chocolat, mais aussi aux instruments de musique de parvenir au 1,5 millions de Palestiniens incarcérés dans la plus grande prison à ciel ouvert du monde [9].

Israël emploie les arts et la culture pour masquer ses violations du droit international et des droits humains.

En décembre 2008 et janvier 2009, Israël a mené une guerre d’agression contre Gaza qui a causé la mort de 1400 Palestiniens, en majorité des civils [10] et conduit le rapport Goldstone de l’ONU à déclarer qu’Israël avait commis des crimes de guerre [11]. Dans le cours de cet assaut, et pour sauver son image en déclin, Israël a redoublé ses efforts pour se vendre comme une démocratie libérale éclairée [12]. Les arts et la culture jouent un rôle unique dans cette campagne de propagande [13], car la présence d’artistes occidentaux internationalement acclamés vise à affirmer l’appartenance d’Israël au club privilégié des démocraties libérales « cultivées ». Mais pour un Etat qui viole en permanence le droit international et les droits de l’homme, ceci ne devrait pas couler de source. Votre spectacle servirait cette campagne israélienne de maintien d’image et serait employée par le gouvernement israélien comme un fait publicitaire.

De nombreuses personnalités culturelles et intellectuelles ont rejoint l’appel au BDS.

Après l’assaut contre Gaza et plus encore après le massacre de la flottille en mai 2010, de nombreux artistes, intellectuels et travailleurs culturels internationaux ont rejeté l’utilisation cynique des arts par Israël pour blanchir sa politique coloniale et d’apartheid. Parmi ceux qui ont soutenu le mouvement BDS se trouvent des artistes, des écrivains et des militants antiracistes distingués tels l’archevêque Desmond Tutu [14], John Berger, Arundhati Roy, Adrienne Rich, Ken Loach, Naomi Klein, Roger Waters, et Alice Walker [15].

Des artistes de renommée mondiale, parmi lesquels Vanessa Paradis, Bono, Snoop Dogg, Jean Luc Godard, Elvis Costello, Gil Scott Heron, Carlos Santana, Devendra Banhart, Faithless et les Pixies ont aussi annulé leurs spectacles en Israël sur la base de son bilan sur les droits de l’homme. Maxi Jazz (qui parle pour Faithless) a dit qu’il maintenait sa position de principe de ne pas divertir l’apartheid :

« Alors que des êtres humains se voient délibérément refuser non seulement leurs droits mais leurs besoins pour leurs enfants, leurs grands-parents et eux-mêmes, je crois profondément que je ne devrais pas envoyer le signal, même tacite, que [jouer en Israël] est ‘normal’ ou ’OK’. Ce n’est ni l’un ni l’autre et je ne peux pas le soutenir. Cela m’attriste que les choses en soit là et je prie chaque jour pour que les êtres humains commencent à se soucier les uns des autres, fermes dans la sagesse que nous sommes tout ce que nous avons » [16]

SVP, dites non à un spectacle en Israël

Si vous n’êtes toujours pas convaincue à cause des affirmations qu’un boycott culturel d’Israël peut enfreindre la liberté d’expression et d’échange culturel, permettez-nous de vous rappeler les mots judicieux d’Eguna S. Eddy, directeur du Centre de l’ONU contre l’Apartheid, qui répondait en 1984 à une critique similaire contre le boycott culturel de l’Afrique du Sud en disant :

« Le moins qu’on puisse dire est qu’il est assez étrange que le régime sud africain, qui refuse toutes les libertés…à la majorité africaine … deviendrait un défenseur de la liberté des artistes et des sportifs du monde entier. Nous avons une liste des gens qui ont joué en Afrique du Sud par ignorance de la situation, par attrait de l’argent ou par indifférence au racisme. Il faut les convaincre de cesser de distraire l’apartheid, de cesser de profiter de l’argent de l’apartheid et de cesser de servir les objectifs de propagande de l’apartheid ». [17]


[1] http://www.pacbi.org/etemplate.php?id=869

[2] http://www.pacbi.org/etemplate.php?id=315

[3] Dans sa dernière session au Cap en Afrique du Sud, le Tribunal Russell sur la Palestine a conclus que “la domination d’Israël sur le peuple palestinien, où qu’il réside, représente collectivement un unique régime intégré d’apartheid” http://www.russelltribunalonpalestine.com/en/sessions/south-africa.

[4] Tutu presse l’Opéra du Cap à annuler sa tournée en Israël. Times, 26 Octobre 2010. http://www.timeslive.co.za/local/article727749.ece/Tutu-urges-Cape-Town-Opera-to-call-off-Israel-tour.

[5] http://pacbi.org/etemplate.php?id=1047

[6] http://bdsmovement.net/?q=node/52

[7] http://www.pacbi.org/etemplate.php?id=868

[8] http://boycottisrael.info/

[9] http://news.bbc.co.uk/2/hi/middle_east/7545636.stm

[10] http://www.amnestyusa.org/document.php?id=ENGMDE150212009

[11] http://www.ohchr.org/EN/NewsEvents/Pages/DisplayNews.aspx?NewsID=91&LangID=E

[12] http://walt.foreignpolicy.com/posts/2009/05/13/truth_and_advertising

[13] http://mondoweiss.net/2009/03/ny-times-offers-the-rationale-for-the-cultural-boycott-of-israel.html

[14] http://www.timeslive.co.za/world/article675369.ece/Israeli-ties–a-chance-to-do-the-right-thing

[15] http://usacbi.wordpress.com/endorsers/

[16] http://www.wallofsilence.org/news.html

[17] http://www.tcg.org/publications/at/mayjune08/positions.cfm

source : http://www.pacbi.org/etemplate.php?id=1779

Traduction : JPB-CCIPPP