Sortie du livre : « Être palestinien en Israël – Ségrégation, discrimination et démocratie » de Ben White

Les éditions La Guillotine, avec le soutien de la campagne BDS France, annoncent la publication d’ÊTRE PALESTINIEN EN ISRAËL

Le livre traite d’une question clé ignorée par le “processus de paix” officiel et par les commentateurs les plus influents : celle de la minorité palestinienne à l’intérieur d’Israël. Malgré sa considérable population palestinienne en pleine croissance, ce pays se définit, non comme un État de ses citoyens, mais comme un État juif. White démontre que l’insistance à privilégier constamment un groupe ethnoreligieux sur un autre n’est pas compatible avec les valeurs démocratiques. À moins d’y remédier, cette politique ne peut que saper toute tentative de trouver une paix durable. Ce livre démolit de façon convaincante le mythe d’Israël “seule démocratie” du Moyen-Orient. Comme le montre Ben White, le traitement des Palestiniens en Israël est la preuve ultime qu’Israël est tout sauf démocratique.

ÊTRE PALESTINIEN EN ISRAEL est la traduction française du livre de Ben White « Palestinians in Israel » publié par Pluto Press en 2011.

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 https://assolaguillotine.wordpress.com/etre-palestinien-en-israel-de-ben-white/

editionlaguillotine@gmail.com

Lire ici un extrait du livre

Parution le 12 mai 2015. 160 pages, prix public: 10€. Voir les conditions de commande ci-dessous.

Les commandes individuelles et de librairies peuvent être adressées dès maintenant à La Guillotine: https://assolaguillotine.wordpress.com/commander/

Le livre est disponible au prix de 7€/exemplaire, port compris, avec un minimum de commandes de 5 exemplaires, pour tous les comités (associations et collectifs)

soutenant la cause de la justice en Palestine. Pour passer commande, écrire à palenisbw@gmail.com




BDS et la guerre menée par Israël contre l’enseignement supérieur palestinien

Article publié sur Middle East Monitor le 28/01/2015.

Par Ben White
Source: ISM

Un rapport de l’UNESCO a documenté les « dégâts matériels, humains et éducatifs » qu’ont subi les institutions de l’enseignement supérieur palestinien (Higher Education Institutions – HEIs) pendant l’attaque israélienne de l’été dernier. Les conclusions de l’agence onusienne font état « d’institutions de l’enseignement supérieur directement visées durant les hostilités ».

BDS et la guerre menée par Israël contre l'enseignement supérieur palestinien

L’UNESCO fait aussi état du « manquement d’Israël à considérer les lieux d’enseignement comme des lieux sûrs et à protéger les universités de toute attaque » qui a constitué « une violation grave du droit à l’instruction et est condamné par le Droit International ».

L’agence onusienne s’est appuyée sur des données primaires, des questionnaires et des interviews provenant d’études de terrain conduites par des chercheurs auprès de 26 HEIs de la Bande de Gaza. D’après le rapport, « les personnels et les étudiants ont subi de lourdes pertes durant le conflit, y compris des pertes humaines et des blessés graves ». La vie a basculé pour des dizaines de personnes devenues handicapées. Les chiffres présentés sont une lecture sinistre.

Photo
avant et après une attaque aérienne israélienne, juillet 2014 (photo @YousefMunayyer/Twitter)

Les forces israéliennes ont tué 421 étudiants et en ont blessé 1.128 autres durant l’opération dite « Bordure protectrice ». Dans ce que l’UNESCO qualifie de « statistique choquante », les morts d’étudiants ont représenté 27,4 % – soit plus du quart – du nombre total des civils tués dans la bande de Gaza. La majorité des étudiants tués pendant le conflit sont morts dans des bombardements.

La mort de 9 membres des personnels universitaire et administratif, dont l’âge varie entre 25 et 70 ans, est également à déplorer, tandis que 20 autres ont été blessés. Les victimes qui appartenaient au personnel universitaire enseignaient différentes matières telles que l’anglais, la chimie, les affaires sociales, la planification du développement et les soins médicaux.

Le rapport détaille également les dommages considérables qui ont été causés aux bâtiments et aux infrastructures. Au total, 14 HEIs ont été endommagées durant les hostilités, pour « un coût total des réparations et reconstructions des bâtiments des HEIs, de leurs installations et de leurs équipements » estimé à un peu plus de 16 millions de dollars.

Selon une des personnes interviewées, « prendre les HEIs pour cibles directes était devenu une routine durant le conflit », tandis que les forces israéliennes lançaient des attaques « avec des drones, des explosifs antichars et des frappes aériennes directes et indirectes ». Les chercheurs ont trouvé des classes et des laboratoires entièrement détruits, « des couloirs envahis par les gravats, des campus jonchés de verre brisé, de bouts de métal tordus et de débris de la guerre ».

De nombreux étudiants et personnels ont également perdu leurs domiciles, à l’instar de tant de Palestiniens, dans une vision élargie à l’ensemble des attaques israéliennes. Presque 400 membres des personnels des HEIs ont vu leurs habitations détruites, ainsi que plus de 7.000 étudiants qui ont subi la même situation. A l’université Al-Azhar, 66 % des étudiants ont eu leurs domiciles détruits.

Le rapport de l’UNESCO inclut plusieurs récits personnels, comme celui de Islam Olwan, une étudiante âgée de 21 ans. Sa maison « a été totalement détruite, y compris la pièce dans laquelle elle travaillait, dormait et passait du temps avec ses 4 sœurs ».

Il y a trois ans, elle a perdu sa mère, et cette année, sa jeune sœur handicapée âgée de 11 ans a été retrouvée morte sous les décombres. Lorsque l’année universitaire a repris en septembre dernier, Islam n’a pas pu reprendre les cours. Pas encore remise de ses blessures et vivant sous une tente, elle n’a plus de livres, de vêtements, de fournitures scolaires. Suite à l’expérience traumatisante qu’elle a vécue, elle ne parvient plus à se concentrer et est constamment perturbée par les souvenirs qu’elle en a. Elle continue à pleurer fréquemment.

Ce type de témoignage atteste des conséquences actuelles du bombardement d’une ampleur sans précédent qui a frappé l’enseignement supérieur de Gaza. Comme le rapport l’indique, « les dégâts relatifs aux infrastructures, aux équipements, aux installations ainsi qu’au matériel d’enseignement réduisent inévitablement l’accès à l’instruction et impactent potentiellement à long terme la qualité de l’enseignement et de l’apprentissage ».

Les attaques israéliennes « n’ont pas seulement endommagé des infrastructures vitales, mais ont aussi détruit le capital humain », touchant ainsi des « spécialisations spécifiques (en particulier les matières liées à l’enseignement et aux affaires) et anéantissant une génération de jeunes universitaires. » Depuis la guerre, 14 salariés parmi les personnels administratif et enseignant ont quitté leurs fonctions, et 149 étudiants ont été dans l’incapacité de reprendre leurs études pour cette année universitaire.

Et tandis que les universités et les étudiants palestiniens souffraient des lourdes pertes qui leur étaient infligées, les institutions de l’enseignement supérieur israélien étaient occupées à soutenir l’offensive. L’Université de Tel Aviv a adressé ses « remerciements » à « ceux qui rejoignaient le service de réserve », et a offert de prendre en charge l’ensemble des frais de scolarité des soldats ; l’Université hébraïque déclarant quant à elle qu’elle se « joignait à l’effort de guerre pour soutenir ses étudiants guerriers ».

Le soutien des universités israéliennes aux crimes de guerre en train d’être perpétrés à Gaza n’a été que le dernier exemple de leur complicité au système d’apartheid et à la colonisation. Ainsi, le laboratoire The Technion est spécialisé dans le développement de nouvelles technologies – tel un bulldozer guidé à distance – destinées à supprimer les Palestiniens occupés ; l’Université hébraïque de Jérusalem travaille avec les colons de Jérusalem Est occupée ; l’Université de tel Aviv se vante de ses dizaines de contrats financés par la Direction de la Recherche et du Développement (R&D) au ministère de la Défense.

Le 2 août 2014, les militaires israéliens ont bombardé l’Université Islamique, touchant le bâtiment qui abritait « le bureau du président de l’université, ainsi que les bureaux des vice-présidents, des doyens de facultés, des directeurs de fépartements, des personnels administratifs, et enfin, le centre d’apprentissage et d’assistance aux étudiants déficients visuels ». L’armée a prétendu que la cible était une installation « utilisée pour la recherche et le développement dans la production d’armes ».

Imaginons un instant que ce soit vrai – un argument similaire avait été utilisé pour justifier une attaque de l’opération « Plomb durci », et avait ensuite été jugé sans fondement par la Commission d’enquête de l’ONU qui avait suivie – Si la R&D en armement transforme une université palestinienne en une cible légitime pour être bombardée (selon la logique des Forces de « défense » israéliennes), il est d’autant plus évident que les universités israéliennes sont une cible légitime de boycott.

Bien sûr, les opposants au boycott vont vous dire que c’est s’attaquer à la liberté universitaire. Et peu importe pour eux l’argumentation parfaitement claire sur ce point des activistes palestiniens. Les universitaires et les étudiants palestiniens n’ont ni libre accès, ni liberté de circulation dans Gaza et en Cisjordanie , et d’autres sont complètement exclus de leur territoire d’origine. Pendant que les défenseurs d’Israël se tordent les mains pour une invitation annulée à une conférence, les universitaires palestiniens enterrent collègues et étudiants tués par les armes développées dans les universités israéliennes.

On nous dit aussi que le boycott universitaire s’attaque au groupe le plus libéral de la société israélienne. Mais alors, où se sont exprimées les protestations des professeurs l’été dernier, lorsque des familles furent tuées dans leurs maisons et des enfants bombardés sur la plage ? Où se trouvaient ces hordes de contestataires quand leurs institutions ont adressé leurs chaleureuses félicitations à ceux qui, parmi leurs personnels et étudiants, participaient au massacre ?

Le point central de l’appel au boycott universitaire, presque toujours passé sous silence par les opposants à BDS, est la complicité des institutions de l’enseignement supérieur israélien. Comme l’a très bien expliqué elle-même une opposante au boycott universitaire : « La nation entière est complice de l’occupation, et il n’existe aucun havre de sécurité dans les bibliothèques ou les laboratoires à l’intérieur de la Ligne Verte ».

La fierté que tirent les universités israéliennes de leur rôle dans les brutalités que subissent les Palestiniens et dans la colonisation de leurs terres contraste vivement avec les campus tachés de sang et parsemés de gravats de Gaza. Face à la guerre menée par Israël contre l’enseignement supérieur palestinien, la réalité des faits donne un nouvel élan à tous ceux qui, à travers le monde, militent en faveur du boycott universitaire.

Source : Middle East Monitor

Traduction : CR pour ISM




Ces boycotts qui aident les Palestiniens

Ben White expose les quatre raisons principales pour lesquelles un boycott des marchandises israéliennes profite au peuple palestinien.
Les Palestiniens qui travaillent dans les colonies – contrairement à l’impression que veut donner la propagande pro-Israël – doivent endurer des conditions de travail déplorables et dégradantes.

Alors que les gouvernements et les organisations de la société civile à travers le monde développent leurs efforts pour cibler les marchandises produites dans les colonies illégales d’Israël, le gouvernement israélien et les anti-BDS renforcent leur propagande contre la campagne BDS.

L’une des principales tactiques adoptées par ceux qui veulent enrayer l’afflux de boycotts consiste à déclarer qu’en fait, ces mesures nuisent aux Palestiniens. C’est sur une telle base que le ministère des Affaires étrangères israélien (MAE) s’oppose au boycott depuis quelques temps, mais vu les récents développements en Afrique du Sud et dans l’Union européenne, l’accent a été remis sur les effets contreproductifs d’une telle tactique.

Il y a eu des initiatives propagandistes israéliennes conjointes, gouvernement-colons, et un document officiel du MAE a même circulé sur « les conséquences de l’étiquetage des produits des colonies sur l’économie palestinienne ». « Si les Européens réussissent à interdire les produits israéliens venant de Cisjordanie » a déclaré en juin l’ambassadeur d’Israël aux Nations-Unies, « il en résultera une perte d’emplois pour plusieurs milliers de Palestiniens ».

Il est intéressant de noter ici qu’on retrouve un parallèle avec les arguments autrefois utilisés contre la campagne internationale de boycott contre l’apartheid en Afrique du Sud et auxquels les militants de l’ANC étaient confrontés, prétendant que «  la population non blanche serait la première touchée par les boycotts extérieurs ». Cette comparaison mise à part, l’argument est irrecevable, et ce pour quatre raisons.

La première : malgré la préoccupation affichée par les lobbyistes anti-BDS pour le bien-être du travailleur palestinien, le principal ennemi de celui-ci est, en réalité, l’occupation israélienne. Le régime colonial d’Israël – au cœur duquel on trouve les colonies – est caractérisé par les restrictions aux déplacements et par un accès discriminatoire aux terres, et régulièrement la Banque mondiale et le FMI soulignent qu’il est le principal frein à la croissance économique.

Rappel du contexte. Les colonies ont été à plusieurs reprises condamnées comme illégales au regard du droit international. La Résolution 452 du Conseil de sécurité des Nations-Unies décrit la politique de colonies de peuplement d’Israël comme « n’ayant aucun fondement légal » et constituant « une violation de la Quatrième Convention de Genève », un avis partagé par les Hautes Parties contractantes de la Convention. L’Assemblée générale des Nations-Unies et la Cour internationale de Justice ont adopté des avis similaires.

De surcroît bien sûr, l’impact des colonies sur la population palestinienne est considérable et désastreux, avec comme conséquences « des agriculteurs palestiniens qui perdent leurs terres et leurs moyens de vivre » comme l’a indiqué la Croix-Rouge. Les colonies et leur régime associé «  restreignent la capacité (des Palestiniens) à se déplacer librement » ont déclaré les Nations-Unies, et constituent «  une violation grave de l’interdiction de discrimination » (Amnesty International).

Deuxième raison : les Palestiniens qui travaillent dans les colonies – contrairement à l’impression que veut donner la propagande pro-Israël – doivent endurer des conditions de travail déplorables et dégradantes. En 2012, le contrôleur de l’État d’Israël a fait un rapport sur les zones industrielles des colonies de Cisjordanie et il a noté, entre autres, « des risques graves pour l’environnement », et des négligences « dans le domaine de la sécurité et de l’hygiène » qui mettent en évidence un « mépris pour la vie humaine », et « mettent réellement en danger le bien-être, la santé et la vie des travailleurs ».

En outre, 93 % des travailleurs palestiniens dans les colonies « n’ont ni syndicat ni comités pour les représenter », et la plupart « gagnent moins du salaire minimum israélien ». Les permis de travail exigent «  l’approbation du Service de sécurité national israélien » et on estime qu’un travailleur palestinien sur dix dans les colonies « travaille en fait sur des terres qui leur ont été confisquées et appartenaient auparavant à leurs familles ou à l’un de leurs parents ».

Troisième raison : évoquer les Palestiniens qui travaillent dans les colonies comme une raison pour ne pas cibler l’apartheid israélien pour le boycott relève d’un cynisme particulier, étant donné que la population occupée n’a que des possibilités très limitées d’emploi dans une économie et une société gravement sous pression du fait de la colonisation israélienne. Il n’est pas surprenant qu’une étude ait révélé que 82 % des travailleurs palestiniens « ont le désir et la volonté de quitter leur travail dans les colonies, à condition qu’une alternative acceptable se présente » – des alternatives qui ne se présentent pas, justement à cause de l’occupation israélienne.

En réalité et mis à part le parallèle avec l’époque de l’apartheid d’Afrique du Sud, ceux qui attaquent le boycott, au nom des « travailleurs palestiniens », renvoient à ce que prétendent ces sociétés qui défendent les ateliers clandestins : « Et alors, au moins ils ont un travail ! » – une raison fort justement rejetée par les militants des campagnes et les organisations des droits humains.

Enfin, quatrième raison : l’appel BDS émane des Palestiniens eux-mêmes, notamment des organisations comme les Comités palestiniens d’entre-aides agricoles (PARC – Palestinian Agricultural Relief Committees), l’Association des agriculteurs palestiniens (Palestinian Farmers Association), le Syndicat des agriculteurs palestiniens (Palestinian Farmers Union), et le Syndicat des comités du travail agricole (Union of Agricultural Work Committees). Les voix anti-BDS, du gouvernement israélien aux libéraux condescendants, ne tiennent aucun compte de ces exigences pour la solidarité et le boycott, mais fort heureusement, d’autres, beaucoup plus nombreuses, les entendent.

Ben White est journaliste indépendant, écrivain et militant, spécialiste Palestine/Israël. Il est diplômé de l’université de Cambridge.

Suivre sur Twitter : @benabyad

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16 août 2013 – Al Jazeera – traduction : Info-Palestine/JPP