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BDS et la guerre menée par Israël contre l’enseignement supérieur palestinien

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Article publié sur Middle East Monitor le 28/01/2015.

Par Ben White
Source: ISM

Un rapport de l’UNESCO a documenté les « dégâts matériels, humains et éducatifs » qu’ont subi les institutions de l’enseignement supérieur palestinien (Higher Education Institutions – HEIs) pendant l’attaque israélienne de l’été dernier. Les conclusions de l’agence onusienne font état « d’institutions de l’enseignement supérieur directement visées durant les hostilités ».

BDS et la guerre menée par Israël contre l'enseignement supérieur palestinien

L’UNESCO fait aussi état du « manquement d’Israël à considérer les lieux d’enseignement comme des lieux sûrs et à protéger les universités de toute attaque » qui a constitué « une violation grave du droit à l’instruction et est condamné par le Droit International ».

L’agence onusienne s’est appuyée sur des données primaires, des questionnaires et des interviews provenant d’études de terrain conduites par des chercheurs auprès de 26 HEIs de la Bande de Gaza. D’après le rapport, « les personnels et les étudiants ont subi de lourdes pertes durant le conflit, y compris des pertes humaines et des blessés graves ». La vie a basculé pour des dizaines de personnes devenues handicapées. Les chiffres présentés sont une lecture sinistre.

Photo
avant et après une attaque aérienne israélienne, juillet 2014 (photo @YousefMunayyer/Twitter)

Les forces israéliennes ont tué 421 étudiants et en ont blessé 1.128 autres durant l’opération dite « Bordure protectrice ». Dans ce que l’UNESCO qualifie de « statistique choquante », les morts d’étudiants ont représenté 27,4 % – soit plus du quart – du nombre total des civils tués dans la bande de Gaza. La majorité des étudiants tués pendant le conflit sont morts dans des bombardements.

La mort de 9 membres des personnels universitaire et administratif, dont l’âge varie entre 25 et 70 ans, est également à déplorer, tandis que 20 autres ont été blessés. Les victimes qui appartenaient au personnel universitaire enseignaient différentes matières telles que l’anglais, la chimie, les affaires sociales, la planification du développement et les soins médicaux.

Le rapport détaille également les dommages considérables qui ont été causés aux bâtiments et aux infrastructures. Au total, 14 HEIs ont été endommagées durant les hostilités, pour « un coût total des réparations et reconstructions des bâtiments des HEIs, de leurs installations et de leurs équipements » estimé à un peu plus de 16 millions de dollars.

Selon une des personnes interviewées, « prendre les HEIs pour cibles directes était devenu une routine durant le conflit », tandis que les forces israéliennes lançaient des attaques « avec des drones, des explosifs antichars et des frappes aériennes directes et indirectes ». Les chercheurs ont trouvé des classes et des laboratoires entièrement détruits, « des couloirs envahis par les gravats, des campus jonchés de verre brisé, de bouts de métal tordus et de débris de la guerre ».

De nombreux étudiants et personnels ont également perdu leurs domiciles, à l’instar de tant de Palestiniens, dans une vision élargie à l’ensemble des attaques israéliennes. Presque 400 membres des personnels des HEIs ont vu leurs habitations détruites, ainsi que plus de 7.000 étudiants qui ont subi la même situation. A l’université Al-Azhar, 66 % des étudiants ont eu leurs domiciles détruits.

Le rapport de l’UNESCO inclut plusieurs récits personnels, comme celui de Islam Olwan, une étudiante âgée de 21 ans. Sa maison « a été totalement détruite, y compris la pièce dans laquelle elle travaillait, dormait et passait du temps avec ses 4 sœurs ».

Il y a trois ans, elle a perdu sa mère, et cette année, sa jeune sœur handicapée âgée de 11 ans a été retrouvée morte sous les décombres. Lorsque l’année universitaire a repris en septembre dernier, Islam n’a pas pu reprendre les cours. Pas encore remise de ses blessures et vivant sous une tente, elle n’a plus de livres, de vêtements, de fournitures scolaires. Suite à l’expérience traumatisante qu’elle a vécue, elle ne parvient plus à se concentrer et est constamment perturbée par les souvenirs qu’elle en a. Elle continue à pleurer fréquemment.

Ce type de témoignage atteste des conséquences actuelles du bombardement d’une ampleur sans précédent qui a frappé l’enseignement supérieur de Gaza. Comme le rapport l’indique, « les dégâts relatifs aux infrastructures, aux équipements, aux installations ainsi qu’au matériel d’enseignement réduisent inévitablement l’accès à l’instruction et impactent potentiellement à long terme la qualité de l’enseignement et de l’apprentissage ».

Les attaques israéliennes « n’ont pas seulement endommagé des infrastructures vitales, mais ont aussi détruit le capital humain », touchant ainsi des « spécialisations spécifiques (en particulier les matières liées à l’enseignement et aux affaires) et anéantissant une génération de jeunes universitaires. » Depuis la guerre, 14 salariés parmi les personnels administratif et enseignant ont quitté leurs fonctions, et 149 étudiants ont été dans l’incapacité de reprendre leurs études pour cette année universitaire.

Et tandis que les universités et les étudiants palestiniens souffraient des lourdes pertes qui leur étaient infligées, les institutions de l’enseignement supérieur israélien étaient occupées à soutenir l’offensive. L’Université de Tel Aviv a adressé ses « remerciements » à « ceux qui rejoignaient le service de réserve », et a offert de prendre en charge l’ensemble des frais de scolarité des soldats ; l’Université hébraïque déclarant quant à elle qu’elle se « joignait à l’effort de guerre pour soutenir ses étudiants guerriers ».

Le soutien des universités israéliennes aux crimes de guerre en train d’être perpétrés à Gaza n’a été que le dernier exemple de leur complicité au système d’apartheid et à la colonisation. Ainsi, le laboratoire The Technion est spécialisé dans le développement de nouvelles technologies – tel un bulldozer guidé à distance – destinées à supprimer les Palestiniens occupés ; l’Université hébraïque de Jérusalem travaille avec les colons de Jérusalem Est occupée ; l’Université de tel Aviv se vante de ses dizaines de contrats financés par la Direction de la Recherche et du Développement (R&D) au ministère de la Défense.

Le 2 août 2014, les militaires israéliens ont bombardé l’Université Islamique, touchant le bâtiment qui abritait « le bureau du président de l’université, ainsi que les bureaux des vice-présidents, des doyens de facultés, des directeurs de fépartements, des personnels administratifs, et enfin, le centre d’apprentissage et d’assistance aux étudiants déficients visuels ». L’armée a prétendu que la cible était une installation « utilisée pour la recherche et le développement dans la production d’armes ».

Imaginons un instant que ce soit vrai – un argument similaire avait été utilisé pour justifier une attaque de l’opération « Plomb durci », et avait ensuite été jugé sans fondement par la Commission d’enquête de l’ONU qui avait suivie – Si la R&D en armement transforme une université palestinienne en une cible légitime pour être bombardée (selon la logique des Forces de « défense » israéliennes), il est d’autant plus évident que les universités israéliennes sont une cible légitime de boycott.

Bien sûr, les opposants au boycott vont vous dire que c’est s’attaquer à la liberté universitaire. Et peu importe pour eux l’argumentation parfaitement claire sur ce point des activistes palestiniens. Les universitaires et les étudiants palestiniens n’ont ni libre accès, ni liberté de circulation dans Gaza et en Cisjordanie , et d’autres sont complètement exclus de leur territoire d’origine. Pendant que les défenseurs d’Israël se tordent les mains pour une invitation annulée à une conférence, les universitaires palestiniens enterrent collègues et étudiants tués par les armes développées dans les universités israéliennes.

On nous dit aussi que le boycott universitaire s’attaque au groupe le plus libéral de la société israélienne. Mais alors, où se sont exprimées les protestations des professeurs l’été dernier, lorsque des familles furent tuées dans leurs maisons et des enfants bombardés sur la plage ? Où se trouvaient ces hordes de contestataires quand leurs institutions ont adressé leurs chaleureuses félicitations à ceux qui, parmi leurs personnels et étudiants, participaient au massacre ?

Le point central de l’appel au boycott universitaire, presque toujours passé sous silence par les opposants à BDS, est la complicité des institutions de l’enseignement supérieur israélien. Comme l’a très bien expliqué elle-même une opposante au boycott universitaire : « La nation entière est complice de l’occupation, et il n’existe aucun havre de sécurité dans les bibliothèques ou les laboratoires à l’intérieur de la Ligne Verte ».

La fierté que tirent les universités israéliennes de leur rôle dans les brutalités que subissent les Palestiniens et dans la colonisation de leurs terres contraste vivement avec les campus tachés de sang et parsemés de gravats de Gaza. Face à la guerre menée par Israël contre l’enseignement supérieur palestinien, la réalité des faits donne un nouvel élan à tous ceux qui, à travers le monde, militent en faveur du boycott universitaire.

Source : Middle East Monitor

Traduction : CR pour ISM

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