Bordeaux : Quatre organisations s’attaquent à la liberté d’expression

Du 24 au 30 mars dernier, la LICRA Bordeaux Gironde, l’UEJF, l’UNEF Science Po Bordeaux et MET Science Po Bordeaux ont fait pression sur la direction de Science-Po Bordeaux pour interdire la conférence du Professeur sud africain Farid Esack, prévue le 30 mars à l’IEP dans le cadre de la semaine contre l’apartheid israélien 2015*.

Farid Esack est une figure majeure de la lutte sud africaine pour la libération, ancien commissaire pour l’égalité des genres nommé par Nelson Mandela et éminent universitaire international.

Sa conférence à Bordeaux ayant pour objet de nous proposer une étude comparative entre l’apartheid israélien et l’apartheid sud africain et les raisons qui motivent l’appel au boycott académique d’Israël, nous nous attendions à quelques réactions hostiles exercées habituellement dans le cadre de la vie démocratique (manifestation, tractage, intervention lors de la conférence, etc).

Cependant la LICRA Bordeaux Gironde, l’UEJF, l’UNEF Science Po Bordeaux et MET Science Po Bordeaux ont choisi d’user de la diffamation pour tenter de faire censurer la conférence en colportant publiquement via les réseaux sociaux, tracts et au directeur de l’IEP que le Professeur Esack était antisémite : «L’uejf et la LicraBordeaux33 demandent à ScPoBx d’interdire la venue du pdt du BDS Afrique du Sud réputé pour ses actions antisémites! » Tweets de La LICRA et de l’UEJF / « BDS (Boycott Désinvestissements Sanctions) et Solidaires Etudiants IEP invitent Farid Esack, président BDS Afrique du Sud, organisation réputée pour ses actions violentes et antisémites.» Extrait du tract signé par UNEF Science Po Bordeaux, MET Science Po Bordeaux et UEJF.

Une pétition est lancée le 26 mars dernier afin de demander le maintien de la conférence. Celle-ci sera signée par 5 ministres sud-africains et plus de 400 universitaires renommés dans le monde entier et souligne que «le professeur Esack, dans toutes ses publications et discours, a montré un engagement remarquable pour les principes de justice et de lutte contre toutes formes de racisme -y compris l’antisémitisme, le sexisme, l’exploitation économique et l’homophobie. Son engagement dans la lutte pour la justice en faveur du peuple palestinien n’est que la suite logique d’une vie d’engagement pour la justice.»

En amont de la conférence, le directeur de Sciences Po Bordeaux, Vincent Hoffmann-Martinot, nous a adressé par message sa position en indiquant ne «pas souhaiter donner suite aux différentes demandes qui lui ont été adressées visant à annuler la conférence prévue […]. Le principe de respect de la liberté d’expression a motivé cette décision..» La conférence s’est donc bien tenu le 30 mars.

Alors que la LICRA Bordeaux Gironde, l’UEJF et MET Science Po Bordeaux ne semblent plus vouloir s’exprimer sur ce sujet, nous nous interrogeons quant à la crédibilité de ces organisations qui usent de la diffamation sans scrupule et s’attaquent à l’un des droit fondamental de la démocratie à savoir la LIBERTE D’EXPRESSION.

Nous rappelons que d’après la loi du 29 Juillet 1881, l’article 29 stipule que: « Toute allégation ou imputation d’un fait qui porte atteinte à l’honneur ou à la considération de la personne ou du corps auquel le fait est imputé est une diffamation ». La diffamation est donc passible de sanction au regard de la loi.

Nous exigeons de la LICRA Bordeaux Gironde, l’UEJF et MET Science Po Bordeaux une explication claire concernant les graves allégations colportées et leurs positions tenues publiquement du 24 au 30 mars 2015.

L’UNEF s’est d’ores et déjà désolidarisé de la position de l’UNEF Science-Po Bordeaux via un communiqué de presse défendant le respect du principe de liberté d’expression.

* La Semaine contre l’apartheid israélien consiste en une série d’initiatives internationales qui visent à  sensibiliser l’opinion sur le système d’apartheid contre le peuple palestinien et à renforcer le soutien au mouvement de boycott, désinvestissement et sanctions (BDS).

GENERATION PALESTINE et SOLIDAIRES ETUDIANT-E-S
Avec le soutien de la CAMPAGNE BDS FRANCE




« Les Sud-Africains ressentent avec acuité ce que vivent les Palestiniens »

Photo : Rassemblement de Sud-Africains devant le ministère des Relations internationales à Pretoria, le 11 Juillet 2014, pour protester contre les frappes aériennes israéliennes sur la bande de Gaza (Ihsaan Haffejee / Agence Anadolu)

Pouvez-vous nous décrire l’action de la campagne BDS en Afrique du Sud ?

alt

Farid Esack : La campagne BDS en Afrique du Sud suit les mêmes méthodes que partout ailleurs dans le monde. La campagne fête d’ailleurs ses 10 ans cette année et sa sixième année en Afrique du Sud. Nous agissons sur les plans économique, politique, culturel et académique, et dans chacun de ces domaines, nous avons obtenu de grandes victoires. L’université de Johannesburg où j’enseigne est par exemple la première université au monde à avoir arrêté toute coopération avec les universités israéliennes en protestation contre l’apartheid d’Etat en Israël.

Il y’a tout de même deux grandes différences entre la branche sud-africaine du mouvement BDS et les autres dans le monde. Tout d’abord, les Sud-Africains ressentent avec une plus grande acuité ce que vivent les Palestiniens du fait de notre histoire récente et de nos souffrances communes. Pour nous, qualifier la politique israélienne d’apartheid n’est pas un simple slogan. Chacun de nos leaders ayant visité Israël rapportent que les conditions de vie des Palestiniens sont pires que celles dans lesquelles nous avons vécu en Afrique du Sud. L’autre différence est le soutien important que nous apporte le gouvernement sud-africain. J’ai appris il y’a peu que les ministres de l’Economie, de l’Enseignement supérieur et de la Sciences et de la Technologie ont condamné l’interdiction de mon intervention à l’université Paris 1.

Existe-t-il un soutien homogène au sein de la population à la cause palestinienne et au mouvement BDS ?

La grande majorité des Sud-Africains soutient la cause palestinienne. Il y a néanmoins deux catégories qui sont plus distants. La première est composée d’une partie de la communauté juive qui ne représentent qu’une toute petite frange de la population et qui est globalement plus à droite que les Israéliens eux-mêmes. Alors que Netanyahou n’a recueilli que 22% des voix israéliennes aux dernières élections, 58% des juifs sud-africains ayant voté ont choisi le Likoud [parti de Netanyahou] et le reste des électeurs ont voté pour les autres formations de droites. Tous les juifs ne sont toutefois pas pro-israéliens. Plusieurs organisations juives éminentes ont lutté contre l’apartheid en Afrique du Sud et soutiennent aujourd’hui le mouvement de boycott contre Israël. On peut citer notamment le Jewish Organization for Peace et Stop the Jewish National Fund qui ont apporté leur soutien au mouvement BDS.

La deuxième catégorie soutenant Israël est composée des groupes chrétiens de droite qui ne représentent que 1% des électeurs, et disposent actuellement de deux sièges au parlement sur 400 élus. Malgré leur faible représentativité, ils reçoivent un appui de plus en plus important de la part d’organisations américaines.

Ces deux groupes sont les principaux supporters sud-africains d’Israël qui ne sont pas même Afrikaners. La plupart des blancs sont indifférents à cette cause et lorsqu’ils doivent se positionner, ils sont plutôt pro-palestiniens. La situation au sein de la communauté noire est différente puisque 99% d’entre eux se disent favorables aux Palestiniens.

Le terme « d’apartheid » est souvent utilisé pour définir le régime israélien : selon-vous, est-ce pertinent ?

J’utilise moi-même le terme d’apartheid en ce qui concerne Israël. Ces analogies ont tout de même des limites puisque ce terme a été utilisé dans un contexte particulier. Je ne pense pas qu’Israël puisse être comparé à un Etat d’apartheid mais il a des pratiques d’apartheid. Parler d’Etat colonial ne signifie pas qu’il n’y ait qu’un seul type de colonisation ou encore qu’un seul degré de cruauté. Les deux tiers du monde ont vécu à un moment donné sous colonisation. Pourtant, certaines colonisations étaient moins brutales que d’autres. C’est pareil avec l’apartheid.

alt

Manifestation dans les rues de Durban contre les opérations de l’armée israélienne à Gaza, le 25 Juillet 2014 (AFP PHOTO / RAJESH JANTILAL)

Vous avez vécu la lutte contre l’apartheid dans votre pays et vous étiez engagé dans les mouvements de libération. Pensez-vous que la campagne de boycott lancée contre Israël pourra être aussi efficace que celle qui avait été lancée contre le régime sud-africain ?

C’est difficile à dire. Le contexte international est différent aujourd’hui. Nous ne sommes plus dans un monde bipolaire où l’opposition entre les blocs américain et soviétique avaient pu être utilisé à notre avantage. Maintenant, les Etats-Unis dominent les relations internationales malgré l’ascension de nouvelles puissances comme la Chine. Il n’y a plus d’impératif à soutenir le mouvement de boycott. S’ajoute à cela les divisions internes au sein du leadership palestiniens qui n’étaient pas aussi forte au sein de la direction de l’ANC. Lorsque l’on évoque notre lutte, les gens ont tendance à ne se rappeler que des dernières années avec les grandes conférences de Londres et les millions de manifestants dans les rues. Ils oublient que les membres de l’ANC se sont battus pendant plus de 25 ans dans les arrière-salles de Paris, Stockholm, Londres, Washington où personne ne leur prêtait attention. Il y a encore six ans, Mandela était toujours inscrit sur la liste américaine des terroristes. Lorsque l’on compare les victoires obtenues par la campagne BDS et celles obtenues par l’ANC, les premières sont plus importantes. Malgré tout cela ne dit rien de l’issue du combat.




« Un de nous est blessé… » par Farid Esack

Farid Esack est en tournée en France dans le cadre de l’édition 2015 de l’Israeli Apartheid Week.

Introduction à la vidéo de Sally Shawl, texte lu par Farid Esack, An Open Letter to the Palestinian People, https://www.youtube.com/watch?v=1skU_nVaMl8.

Je suis allé en Israël et en Cisjordanie en novembre 2010 pour y voir sur place la situation : pour rencontrer les gens et entendre leurs histoires ; pour sentir la réalité de la vie quotidienne de part et d’autres d’Israël comme de la Cisjordanie.

En chemin entre une rencontre à Jérusalem et une autre près de Ramallah, la route nous a mené au long du mur de séparation froid et gris érigé par Israël. Alors que nous roulions, j’ai commencé à remarquer qu’il y avait un texte près du sommet, qui s’étendait dans les deux sens aussi loin que l’on pouvait voir. Il ressemblait à un message parlant de l’apartheid. Nous avons fait demi-tour, nous sommes revenus au début et nous l’avons filmé dans sa totalité. Comme il s’est avéré, c’est une Lettre ouverte au peuple de Palestine du théologien sud-africain le docteur Farid Esack. Voici son message ci-après.

Un de nous est blessé…

Mes chers sœurs et frères palestiniens,

Je suis arrivé dans votre pays, et j’y ai reconnu les ombres qui ont plané sur mien. Mon pays a été, autrefois, un pays où certains s’imaginaient pouvoir construire leur sécurité au dépens de la sécurité d’autres personnes. Selon eux, leur peau plus claire et leurs origines européennes leur donnaient le droit de déposséder ceux à la peau plus noire qui vivaient dans le pays depuis des millénaires. Je viens d’un pays où un groupe de personnes, les Afrikaners, ont connu de réelles souffrances aux mains des Anglais.  Ces Anglais les méprisaient et en ont emprisonné beaucoup dans des camps de concentration. Près d’un sixième de leur population a péri à l’époque.

Alors les Afrikaners ont dit, “Plus jamais !” Ils voulaient dire par là qu’il ne fallait plus jamais qu’on les fasse souffrir sans comprendre que leur humanité était liée à celle de tous autres humains. De leur douleur est née l’idée qu’ils étaient un peuple élu par Dieu pour vivre dans une Terre Promise. Et c’est ainsi qu’ils ont occupé cette terre, cette terre qui appartenait à d’autres, et qu’ils se sont construit leur sécurité aux dépens de la sécurité du peuple noir. Plus tard, ces Afrikaners se sont alliés aux descendants de leurs ennemis d’autrefois, ceux qu’on appelait « les Anglais ». Les nouveaux alliés, appelés maintenant simplement « les Blancs », se sont dressés contre les Noirs, qui ont du payer un terrible tribut : dépossédés, exploités et marginalisés par le racisme des Blancs qui s’est entremêlé avec les peurs des Afrikaners et l’idée du peuple élu. Et bien sûr, avec ce crime vieux comme le monde : la rapacité.

Je suis issu de l’Afrique du Sud au temps de l’apartheid.

A mon arrivée dans votre pays, le sentiment du « déjà vu » était incontournable. Je suis frappé par les similitudes. Nous sommes tous en quelque sorte les enfants de notre histoire. Mais nous pouvons aussi choisir d’être touchés par les histoires des autres. Cette capacité est sans doute ce que nous appelons la moralité. Nous ne sommes pas toujours en mesure d’agir face à ce que nous voyons, mais nous avons toujours la liberté de voir, et d’être touchés.

Je viens d’un pays où des gens, au nom de la liberté, ont affronté des attaques au bulldozer, des tirs de fusil, de mitrailleuse et de gaz lacrymogènes. Nous avons résisté à une époque où résister n’était pas à la mode. Et maintenant que nous sommes libres, tout le monde affirme qu’ils ont toujours été avec nous. C’est un peu comme en Europe après la deuxième guerre mondiale. Pendant la guerre, les résistants étaient peu nombreux. Après, on ne trouvait plus un seul sympathisant des nazis, et la très grande majorité déclarait avoir toujours soutenu la résistance.

Je suis étonné de voir à quel point des gens tout à fait honnêtes et bien intentionnés par ailleurs se mettent à tergiverser dès qu’il est question d’Israël et des souffrances des Palestiniens. Voyant cela, je me pose des questions sur ce que nous entendons par honnêteté. L’objectivité, la modération, la capacité de voir les choses des deux côtés, tout ce qui marque la pensée honnêtes, n’ont-elles pas des limites? La modération en présence d’une réelle injustice est-elle réellement de mise ? Les deux parties méritent-elles toujours le même traitement, par exemple dans une situation de violence conjugale – une femme battue par un homme qui avait lui-même subi des violences de son père il y a longtemps – parce l’homme aussi est une « victime »?

Nous demandons au monde d’agir maintenant pour mettre fin à la dépossession des Palestiniens. Nous devons faire cesser leur humiliation quotidienne aux checkpoints, en finir avec la honte de ce Mur de l’Apartheid qui coupe les gens de leurs terres, de leur travail et de leur histoire, et lutter contre la torture, l’incarcération sans jugement et les assassinats ciblés de ceux qui osent résister. Notre humanité exige que chacun qui reconnaît le mal en son temps se dresse contre lui, même si ce n’est pas à la mode. Reconnaître et agir contre le mal, c’est réellement renforcer notre humanité. Devant l’oppression, la dépossession ou l’occupation, nous agissons pour que notre propre humanité ne soit pas diminuée par notre silence face à la dégradation d’autres membres de notre famille humaine. Si on vous dévalorise en tant qu’être humain, on me dévalorise aussi. En agissant pour vous défendre, je me défends aussi – je défends l’humain que je suis aujourd’hui, mais aussi mon humanité vulnérable de demain.

Parler de moralité, c’est parler de la capacité d’être touché par des intérêts au-delà de son appartenance ethnique, religieuse ou nationale. Quand notre vision du monde et nos relations avec les autres sont modelés par l’égocentrisme — vis à vis de notre religion, notre survie, notre sécurité ou notre ethnicité – alors, inéluctablement, nous en deviendrons  tôt ou tard les victimes à notre tour. Quand les humains revendiquent « la réalité », ou la « realpolitik », comme des valeurs en soi, ils le font en général dans leur propre intérêt, même s’ils le justifient selon une logique fondée sur l’ethnicité. Ainsi, même si le but de votre action est d’obtenir du pétrole ou un avantage stratégique, vous la justifiez en invoquant la nécessité d’instaurer la démocratie. Ou encore, vous cherchez à justifier votre pratique de l’esclavage sous le prétexte rassurant que les victimes noires du système seraient peut-être mortes de faim si on les avait laissé en Afrique. Etre un humain, un vrai – être mensch – c’est autre chose. C’est être capable de dépasser les intérêts particuliers et de comprendre que l’approfondissement de l’humanité est liée au bien de l’autre. Quand la ségrégation des humains devient un dogme et une idéologie, quand elle est imposée et mise en application par la loi, cela s’appelle l’apartheid. Quand certains sont privilégiés simplement parce qu’il sont nés dans un groupe ethnique donné et qu’ils exploitent leurs privilèges pour déposséder d’autres personnes et user de pratiques discriminatoires à leur encontre, cela s’appelle l’apartheid. Aussi réel que soit le traumatisme qui l’a engendré, aussi profonde que soit la croyance religieuse qui sous-tend le tout, cela s’appelle l’apartheid. Notre façon de répondre à notre propre souffrance et à l’indifférence ou la culpabilité du monde ne justifie jamais le fait de faire souffrir d’autres personnes ou de rester indifférent face au traumatisme qu’ils subissent. La ségrégation devient alors un principe qui permet d’ignorer l’existence de l’autre avec lequel nous partageons un espace de vie. Et il devient aussi le moyen de nier les souffrances et les humiliations subies par l’autre.

Nous ne nions en aucun cas les souffrances subies par les oppresseurs au cours de leur existence individuelle ou collective; simplement, nous refusons l’idée que d’autres doivent en devenir les victimes par la suite. Nous refusons la manipulation de ces souffrances pour servir des intérêts politiques et expansionnistes. Nous n’acceptons pas de payer le prix de la dépossession parce qu’une puissance impérialiste a besoin d’un allié solide en cette partie du globe.

Pour les Sud-africains, s’exprimer sur la vie ou la mort du peuple palestinien, c’est aussi tenter de préserver notre idéal d’une société morale qui ne serait jamais complice de la souffrance des autres. Il existe bien sûr d’autres exemples d’oppression, de dépossession et de marginalisation dans le monde. Pourtant, aucun n’est aussi reconnaissable pour nous qui avons subi, survécu et finalement surmonté l’apartheid. Pour ceux d’entre nous qui avons vécu l’apartheid en Afrique du Sud et lutté pour nous libérer de ce régime et de tout ce qu’il représentait, la Palestine illustre à bien des égards ce qui reste inachevé dans notre lutte.

Je suis donc venu ici, comme beaucoup d’autres qui ont participé à la lutte contre l’apartheid, et nous avons vu des choses qui nous rappellent ce que nous avons subi. L’Archevêque Desmond Tutu avait évidemment raison de dire à quel point la condition des Palestiniens lui rappelait ce qui nous était arrivé en Afrique du Sud, et de se demander: “Pourquoi avons-nous la mémoire si courte ?  Les Juifs qui sont nos frères et sœurs ont-ils oublié leur propre humiliation ?” Pourtant, à plusieurs égards, ce que nous voyons ici dans votre pays est plus brutal encore, plus implacable et plus inhumain que tout ce que nous avons vécu pendant l’apartheid. En quelque sorte, mes frères et sœurs, je suis gêné de vous voir obligés d’utiliser ce mot qui était autrefois réservé à notre situation, afin d’attirer l’attention à la vôtre.

Les Blancs d’Afrique du Sud ont bien sûr essayé de contrôler les Noirs. Cependant, ils n’ont jamais tenté de nier l’existence même des Noirs, ni entretenu le fantasme de leur disparition pure et simple. Nous n’avons pas vécu une occupation militaire qui privait les occupés de tous leurs droits. Nous n’avons pas connu la barbarie multiforme de ces punitions collectives consistant à démolir les maisons et détruire les vergers appartenant aux familles de rebelles présumés, ni l’expulsion physique de ces familles. Les tribunaux de l’apartheid en Afrique du Sud n’ont jamais légitimé la torture. Les Blancs sud-africains n’ont jamais eu carte blanche pour humilier les Sud-africains noirs comme les colons semblent l’avoir ici. Mêmes les pires fanatiques n’auraient jamais imaginé quelque chose d’aussi macabre que ce mur. Ni la police ni l’armée de l’apartheid n’a jamais tiré des missiles ou envoyé des bombes sur des cibles majoritairement civiles. Les Blancs en Afrique du Sud formaient une communauté stable qui, au bout de plusieurs siècles, a finalement du composer avec les Noirs (ne serait-ce que parce que leur économie en dépendait). L’idée sioniste qui fait d’Israël le lieu de rassemblement de tous les Juifs – anciens et nouveaux, convertis, reconvertis ou « régénérés » – est profondément problématique, car l’idée de tendre la main à son voisin n’y a aucune place.  L’idée semble au contraire de se débarrasser de ses voisins –  ce l’on appelle le nettoyage ethnique – et de les remplacer systématiquement par d’autres.

Au temps de notre résistance à l’apartheid, nous étions conscients de la contribution inestimable de la solidarité internationale à la lutte pour mettre fin à des siècles d’oppression.   Aujourd’hui, nous n’avons d’autre choix que de contribuer à notre tour au combat des Palestiniens pour la liberté. Nous le faisons en ayant pleinement conscience que votre liberté contribuera aussi à la liberté de bien des Juifs de réaliser pleinement leur humanité, tout comme la fin de l’apartheid a rendu cette même liberté aux Blancs d’Afrique du Sud. Au plus fort de notre combat pour la liberté, nous n’avons jamais cessé de rappeler à notre peuple que notre combat était aussi un combat pour la libération des Blancs. L’apartheid diminuait les Blancs dans leur humanité tout comme l’injustice envers les femmes diminue l’humanité des hommes. C’est la libération qui permet à l’oppresseur de reconquérir son humanité, et Israël ne fait pas exception à cet égard. Lors des rassemblements publics pendant le combat pour la liberté en Afrique du Sud, l’orateur du moment lançait souvent « Un de nous est blessé… » et la foule répondait « …Nous sommes tous blessés! ». A l’époque, pour nous, la portée de cette phrase était quelque peu limitée, et peut-être en sera-t-il toujours ainsi. Mais ce que nous savons, c’est que la blessure infligée au peuple palestinien est une blessure pour nous tous. Inéluctablement, une blessure infligée à autrui revient hanter l’agresseur. Il est impossible d’arracher la peau d’un autre humain sans porter atteinte en même temps à sa propre humanité. Face à cette monstruosité, ce Mur de l’apartheid, nous vous offrons autre chose – notre solidarité avec le peuple palestinien. Nous vous déclarons notre engagement à vos côtés dans votre combat pour mettre fin à la ségrégation, pour surmonter l’injustice et pour venir à bout de la rapacité, la division et l’exploitation.

Nous avons vu que nos opprimés de hier – en Afrique du Sud pendant l’apartheid et en Israël aujourd’hui – peuvent devenir les oppresseurs d’aujourd’hui.  Nous sommes donc à vos côtés pour réaliser votre rêve de créer une société où tous, de toutes origines ethniques et de toutes religions, vivront libres et égaux.

Nous continuons à nous inspirer des paroles de Nelson Mandela, père de notre nation et héros du peuple palestinien. En 1964, il a été jugé coupable de trahison et condamné à mort. Il s’est tourné vers les juges et leur a dit: « J’ai lutté contre la domination des blancs, et j’ai lutté contre la domination des noirs. J’ai chéri l’idéal d’une société libre et démocratique dans laquelle tout le monde vivrait en harmonie et avec les mêmes chances. C’est un idéal pour lequel j’espère vivre. Mais, s’il le faut, c’est un idéal pour lequel je suis prêt à mourir ».

 

Traduit en français par Ilona Bossanyi

Texte original: Farid Esack: Open Letter to the Palestinian People

Source: An Injury to one… http://electronicintifada.net/content/injury-one/8223

Mur_texte_Farid_Esack_02

Je suis allé en Israël et en Cisjordanie en novembre 2010 pour y voir sur place la situation : pour rencontrer les gens et entendre leurs histoires ; pour sentir la réalité de la vie quotidienne de part et d’autres d’Israël comme de la Cisjordanie.

En chemin entre une rencontre à Jérusalem et une autre près de Ramallah, la route nous a mené au long du mur de séparation froid et gris érigé par Israël. Alors que nous roulions, j’ai commencé à remarquer qu’il y avait un texte près du sommet, qui s’étendait dans les deux sens aussi loin que l’on pouvait voir. Il ressemblait à un message parlant de l’apartheid. Nous avons fait demi-tour, nous sommes revenus au début et nous l’avons filmé dans sa totalité. Comme il s’est avéré, c’est une Lettre ouverte au peuple de Palestine du théologien sud-africain le docteur Farid Esack. Voici son message ci-après.

(Introduction à la vidéo de Sally Shawl, texte lu par Farid Esack, An Open Letter to the Palestinian People, https://www.youtube.com/watch?v=1skU_nVaMl8).

Un de nous est blessé…

Mes chers sœurs et frères palestiniens,

Je suis arrivé dans votre pays, et j’y ai reconnu les ombres qui ont plané sur mien. Mon pays a été, autrefois, un pays où certains s’imaginaient pouvoir construire leur sécurité au dépens de la sécurité d’autres personnes. Selon eux, leur peau plus claire et leurs origines européennes leur donnaient le droit de déposséder ceux à la peau plus noire qui vivaient dans le pays depuis des millénaires. Je viens d’un pays où un groupe de personnes, les Afrikaners, ont connu de réelles souffrances aux mains des Anglais.  Ces Anglais les méprisaient et en ont emprisonné beaucoup dans des camps de concentration. Près d’un sixième de leur population a péri à l’époque.

Alors les Afrikaners ont dit, “Plus jamais !” Ils voulaient dire par là qu’il ne fallait plus jamais qu’on les fasse souffrir sans comprendre que leur humanité était liée à celle de tous autres humains. De leur douleur est née l’idée qu’ils étaient un peuple élu par Dieu pour vivre dans une Terre Promise. Et c’est ainsi qu’ils ont occupé cette terre, cette terre qui appartenait à d’autres, et qu’ils se sont construit leur sécurité aux dépens de la sécurité du peuple noir. Plus tard, ces Afrikaners se sont alliés aux descendants de leurs ennemis d’autrefois, ceux qu’on appelait « les Anglais ». Les nouveaux alliés, appelés maintenant simplement « les Blancs », se sont dressés contre les Noirs, qui ont du payer un terrible tribut : dépossédés, exploités et marginalisés par le racisme des Blancs qui s’est entremêlé avec les peurs des Afrikaners et l’idée du peuple élu. Et bien sûr, avec ce crime vieux comme le monde : la rapacité.

Je suis issu de l’Afrique du Sud au temps de l’apartheid.

A mon arrivée dans votre pays, le sentiment du « déjà vu » était incontournable. Je suis frappé par les similitudes. Nous sommes tous en quelque sorte les enfants de notre histoire. Mais nous pouvons aussi choisir d’être touchés par les histoires des autres. Cette capacité est sans doute ce que nous appelons la moralité. Nous ne sommes pas toujours en mesure d’agir face à ce que nous voyons, mais nous avons toujours la liberté de voir, et d’être touchés.

Je viens d’un pays où des gens, au nom de la liberté, ont affronté des attaques au bulldozer, des tirs de fusil, de mitrailleuse et de gaz lacrymogènes. Nous avons résisté à une époque où résister n’était pas à la mode. Et maintenant que nous sommes libres, tout le monde affirme qu’ils ont toujours été avec nous. C’est un peu comme en Europe après la deuxième guerre mondiale. Pendant la guerre, les résistants étaient peu nombreux. Après, on ne trouvait plus un seul sympathisant des nazis, et la très grande majorité déclarait avoir toujours soutenu la résistance.

Je suis étonné de voir à quel point des gens tout à fait honnêtes et bien intentionnés par ailleurs se mettent à tergiverser dès qu’il est question d’Israël et des souffrances des Palestiniens. Voyant cela, je me pose des questions sur ce que nous entendons par honnêteté. L’objectivité, la modération, la capacité de voir les choses des deux côtés, tout ce qui marque la pensée honnêtes, n’ont-elles pas des limites? La modération en présence d’une réelle injustice est-elle réellement de mise ? Les deux parties méritent-elles toujours le même traitement, par exemple dans une situation de violence conjugale – une femme battue par un homme qui avait lui-même subi des violences de son père il y a longtemps – parce l’homme aussi est une « victime »?

Nous demandons au monde d’agir maintenant pour mettre fin à la dépossession des Palestiniens. Nous devons faire cesser leur humiliation quotidienne aux checkpoints, en finir avec la honte de ce Mur de l’Apartheid qui coupe les gens de leurs terres, de leur travail et de leur histoire, et lutter contre la torture, l’incarcération sans jugement et les assassinats ciblés de ceux qui osent résister. Notre humanité exige que chacun qui reconnaît le mal en son temps se dresse contre lui, même si ce n’est pas à la mode. Reconnaître et agir contre le mal, c’est réellement renforcer notre humanité. Devant l’oppression, la dépossession ou l’occupation, nous agissons pour que notre propre humanité ne soit pas diminuée par notre silence face à la dégradation d’autres membres de notre famille humaine. Si on vous dévalorise en tant qu’être humain, on me dévalorise aussi. En agissant pour vous défendre, je me défends aussi – je défends l’humain que je suis aujourd’hui, mais aussi mon humanité vulnérable de demain.

Parler de moralité, c’est parler de la capacité d’être touché par des intérêts au-delà de son appartenance ethnique, religieuse ou nationale. Quand notre vision du monde et nos relations avec les autres sont modelés par l’égocentrisme — vis à vis de notre religion, notre survie, notre sécurité ou notre ethnicité – alors, inéluctablement, nous en deviendrons  tôt ou tard les victimes à notre tour. Quand les humains revendiquent « la réalité », ou la « realpolitik », comme des valeurs en soi, ils le font en général dans leur propre intérêt, même s’ils le justifient selon une logique fondée sur l’ethnicité. Ainsi, même si le but de votre action est d’obtenir du pétrole ou un avantage stratégique, vous la justifiez en invoquant la nécessité d’instaurer la démocratie. Ou encore, vous cherchez à justifier votre pratique de l’esclavage sous le prétexte rassurant que les victimes noires du système seraient peut-être mortes de faim si on les avait laissé en Afrique. Etre un humain, un vrai – être mensch – c’est autre chose. C’est être capable de dépasser les intérêts particuliers et de comprendre que l’approfondissement de l’humanité est liée au bien de l’autre. Quand la ségrégation des humains devient un dogme et une idéologie, quand elle est imposée et mise en application par la loi, cela s’appelle l’apartheid. Quand certains sont privilégiés simplement parce qu’il sont nés dans un groupe ethnique donné et qu’ils exploitent leurs privilèges pour déposséder d’autres personnes et user de pratiques discriminatoires à leur encontre, cela s’appelle l’apartheid. Aussi réel que soit le traumatisme qui l’a engendré, aussi profonde que soit la croyance religieuse qui sous-tend le tout, cela s’appelle l’apartheid. Notre façon de répondre à notre propre souffrance et à l’indifférence ou la culpabilité du monde ne justifie jamais le fait de faire souffrir d’autres personnes ou de rester indifférent face au traumatisme qu’ils subissent. La ségrégation devient alors un principe qui permet d’ignorer l’existence de l’autre avec lequel nous partageons un espace de vie. Et il devient aussi le moyen de nier les souffrances et les humiliations subies par l’autre.

Nous ne nions en aucun cas les souffrances subies par les oppresseurs au cours de leur existence individuelle ou collective; simplement, nous refusons l’idée que d’autres doivent en devenir les victimes par la suite. Nous refusons la manipulation de ces souffrances pour servir des intérêts politiques et expansionnistes. Nous n’acceptons pas de payer le prix de la dépossession parce qu’une puissance impérialiste a besoin d’un allié solide en cette partie du globe.

Pour les Sud-africains, s’exprimer sur la vie ou la mort du peuple palestinien, c’est aussi tenter de préserver notre idéal d’une société morale qui ne serait jamais complice de la souffrance des autres. Il existe bien sûr d’autres exemples d’oppression, de dépossession et de marginalisation dans le monde. Pourtant, aucun n’est aussi reconnaissable pour nous qui avons subi, survécu et finalement surmonté l’apartheid. Pour ceux d’entre nous qui avons vécu l’apartheid en Afrique du Sud et lutté pour nous libérer de ce régime et de tout ce qu’il représentait, la Palestine illustre à bien des égards ce qui reste inachevé dans notre lutte.

Je suis donc venu ici, comme beaucoup d’autres qui ont participé à la lutte contre l’apartheid, et nous avons vu des choses qui nous rappellent ce que nous avons subi. L’Archevêque Desmond Tutu avait évidemment raison de dire à quel point la condition des Palestiniens lui rappelait ce qui nous était arrivé en Afrique du Sud, et de se demander: “Pourquoi avons-nous la mémoire si courte ?  Les Juifs qui sont nos frères et sœurs ont-ils oublié leur propre humiliation ?” Pourtant, à plusieurs égards, ce que nous voyons ici dans votre pays est plus brutal encore, plus implacable et plus inhumain que tout ce que nous avons vécu pendant l’apartheid. En quelque sorte, mes frères et sœurs, je suis gêné de vous voir obligés d’utiliser ce mot qui était autrefois réservé à notre situation, afin d’attirer l’attention à la vôtre.

Les Blancs d’Afrique du Sud ont bien sûr essayé de contrôler les Noirs. Cependant, ils n’ont jamais tenté de nier l’existence même des Noirs, ni entretenu le fantasme de leur disparition pure et simple. Nous n’avons pas vécu une occupation militaire qui privait les occupés de tous leurs droits. Nous n’avons pas connu la barbarie multiforme de ces punitions collectives consistant à démolir les maisons et détruire les vergers appartenant aux familles de rebelles présumés, ni l’expulsion physique de ces familles. Les tribunaux de l’apartheid en Afrique du Sud n’ont jamais légitimé la torture. Les Blancs sud-africains n’ont jamais eu carte blanche pour humilier les Sud-africains noirs comme les colons semblent l’avoir ici. Mêmes les pires fanatiques n’auraient jamais imaginé quelque chose d’aussi macabre que ce mur. Ni la police ni l’armée de l’apartheid n’a jamais tiré des missiles ou envoyé des bombes sur des cibles majoritairement civiles. Les Blancs en Afrique du Sud formaient une communauté stable qui, au bout de plusieurs siècles, a finalement du composer avec les Noirs (ne serait-ce que parce que leur économie en dépendait). L’idée sioniste qui fait d’Israël le lieu de rassemblement de tous les Juifs – anciens et nouveaux, convertis, reconvertis ou « régénérés » – est profondément problématique, car l’idée de tendre la main à son voisin n’y a aucune place.  L’idée semble au contraire de se débarrasser de ses voisins –  ce l’on appelle le nettoyage ethnique – et de les remplacer systématiquement par d’autres.

Au temps de notre résistance à l’apartheid, nous étions conscients de la contribution inestimable de la solidarité internationale à la lutte pour mettre fin à des siècles d’oppression.   Aujourd’hui, nous n’avons d’autre choix que de contribuer à notre tour au combat des Palestiniens pour la liberté. Nous le faisons en ayant pleinement conscience que votre liberté contribuera aussi à la liberté de bien des Juifs de réaliser pleinement leur humanité, tout comme la fin de l’apartheid a rendu cette même liberté aux Blancs d’Afrique du Sud. Au plus fort de notre combat pour la liberté, nous n’avons jamais cessé de rappeler à notre peuple que notre combat était aussi un combat pour la libération des Blancs. L’apartheid diminuait les Blancs dans leur humanité tout comme l’injustice envers les femmes diminue l’humanité des hommes. C’est la libération qui permet à l’oppresseur de reconquérir son humanité, et Israël ne fait pas exception à cet égard. Lors des rassemblements publics pendant le combat pour la liberté en Afrique du Sud, l’orateur du moment lançait souvent « Un de nous est blessé… » et la foule répondait « …Nous sommes tous blessés! ». A l’époque, pour nous, la portée de cette phrase était quelque peu limitée, et peut-être en sera-t-il toujours ainsi. Mais ce que nous savons, c’est que la blessure infligée au peuple palestinien est une blessure pour nous tous. Inéluctablement, une blessure infligée à autrui revient hanter l’agresseur. Il est impossible d’arracher la peau d’un autre humain sans porter atteinte en même temps à sa propre humanité. Face à cette monstruosité, ce Mur de l’apartheid, nous vous offrons autre chose – notre solidarité avec le peuple palestinien. Nous vous déclarons notre engagement à vos côtés dans votre combat pour mettre fin à la ségrégation, pour surmonter l’injustice et pour venir à bout de la rapacité, la division et l’exploitation.

Nous avons vu que nos opprimés de hier – en Afrique du Sud pendant l’apartheid et en Israël aujourd’hui – peuvent devenir les oppresseurs d’aujourd’hui.  Nous sommes donc à vos côtés pour réaliser votre rêve de créer une société où tous, de toutes origines ethniques et de toutes religions, vivront libres et égaux.

Nous continuons à nous inspirer des paroles de Nelson Mandela, père de notre nation et héros du peuple palestinien. En 1964, il a été jugé coupable de trahison et condamné à mort. Il s’est tourné vers les juges et leur a dit: « J’ai lutté contre la domination des blancs, et j’ai lutté contre la domination des noirs. J’ai chéri l’idéal d’une société libre et démocratique dans laquelle tout le monde vivrait en harmonie et avec les mêmes chances. C’est un idéal pour lequel j’espère vivre. Mais, s’il le faut, c’est un idéal pour lequel je suis prêt à mourir ».

Traduit en français par Ilona Bossanyi

Texte original: Farid Esack: Open Letter to the Palestinian People

Source: An Injury to one… http://electronicintifada.net/content/injury-one/8223




Tournée de Farid Esack, militant sud-africain anti-apartheid

Actuellement Professeur d’études islamiques à l’université de Johannesbourg, ce militant politique a développé une théologie islamique de la libération, en écho au courant chrétien de lutte contre les inégalités initié en Amérique du Sud. Il a notamment été révélé au public français avec son ouvrage Coran, mode d’emploi (Ed. Albin Michel, 2004), mais il est l’auteur de nombreux livres sur le combat islamique pour la justice sociale, religieuse et ethnique, dont Qur’an, Liberation and Pluralism (Oxford).

Né en 1959 dans une famille musulmane indo-pakistanaise de la banlieue du Cap, sa lutte contre l’apartheid commence dès 1974, quand il devient le président d’un groupe local de lutte contre la ségrégation. Il participa en 1993 à la création de l’organisation sud-africaine Muslims against Oppression qui prendra le nom de Call of Islam. Celle-ci deviendra une filiale importante de l’United Democratic Front, qui figure parmi les plus importantes organisations de lutte contre l’apartheid dans les années 1980.

Devenant l’une des principales figures de la Conférence mondiale des religions pour la paix, il organisa des centaines de manifestations contre l’apartheid, notamment en compagnie des autres religions, insistant sur la nécessité du rapprochement entre les religions dans le combat pour la justice.

Défenseur de toutes les formes d’égalité, Farid Esack est également connu pour sa dénonciation de la politique sioniste, qu’il compare à l’apartheid.

Nous vous invitons à venir le rencontrer dans votre ville :

– Jeudi 26 mars: Conférence à Paris
18h30 : Paris 1 Panthéon Sorbonne – 90, rue de Tolbiac, 75013 Paris – Métro Olympiades ligne 14 / Rdv dans la fosse (devant la fac)
https://www.facebook.com/events/723659931082049/

– Vendredi 27 mars: Conférence à Lyon
19h : Bourse du Travail – Place Guichard, Lyon 3ème (métro B – Guichard) Salle Moissonnier 3° étage (Entrée rue Créqui au n° 205)
https://www.facebook.com/events/1593593640853956/

– Samedi 28 mars : Rencontre inter universitaire avec l’Aurdip et rencontre interne avec le réseau Palestine

– Dimanche 29 mars : Conférence à Lille

15h : Maison des étudiants (MDE) de Lille 1- Avenue Carl Gauss, 59650 Villeneuve-d’Ascq
https://www.facebook.com/events/1598682983702263/

– Lundi 30 mars: Conférence à Bordeaux
17h30 : IEP/Science Po – Amphi C (Tram B – Montaigne Montesquieu)

– Mardi 31 mars: Conférence à Toulouse
12h30 : Université Mirail -Jean-Jaurès
20h30 : Salle Barcelone – 22 allées de Barcelone (métro B – Compans Caffarelli)
https://www.facebook.com/events/1810622669163175/

– Mercredi 1 avril: Conférence à Montpellier

* La Semaine contre l’apartheid israélien (IAW), mise en place depuis 2005, consiste en une série d’initiatives internationales qui visent à sensibiliser l’opinion sur le système d’apartheid contre le peuple palestinien et à renforcer le soutien au mouvement de boycott, désinvestissement et sanctions (BDS). En 2014, les initiatives de l’IAW, comprenant des rassemblements, conférences, spectacles culturels, projections de film, expositions multimédias et actions BDS, ont été organisées dans plus de 200 villes et campus universitaires, dans 28 pays.
http://apartheidweek.org/