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Tribunal Russel pour la Palestine et BDS

Une conséquence cruciale des conclusions du TRP est le soutien au développement de la Campagne BDS – c’est-à-dire de Boycott, Désinvestissement, Sanctions contre Israël jusqu’à ce que cet Etat se conforme au droit international.
Le TRP a caractérisé la politique israélienne comme étant une politique d’apartheid et donc sujette aux sanctions ciblant tout régime d’apartheid.
Dans la synthèse des conclusions de sa troisième session, qui a eu lieu en Afrique du Sud à Cap Town entre les 5 et 7 novembre 2011 le Tribunal exhorte explicitement : « la société civile mondiale (y compris tous les groupes et individus qui travaillent de leur mieux en Israël et en territoire palestinien occupé pour lutter contre le système de domination raciale qui y règne) à reproduire l’esprit de solidarité qui a contribué à mettre fin à l’apartheid en Afrique du Sud, notamment en conscientisant les parlements nationaux par rapport aux conclusions de ce Tribunal et en soutenant la campagne de Boycott, de Désinvestissement et de Sanctions (BDS) »

Cette déclaration est renouvelée à plusieurs reprises dans les conclusions finales formulées à Bruxelles.

Ainsi dans une partie intitulée « Futures actions et pistes pour l’avenir. Les initiatives de la société civile » nous pouvons lire :

« Le Tribunal renouvelle son soutien et se félicite de la campagne BDS, qui doit s’intensifier au sein de l’Union européenne et s’étendre à d’autre Etats, organisations régionales et institutions intergouvernementales »

Et plus loin :

« Le Tribunal promeut l’idée d’un partenariat entre les organes de l’ONU et la société civile afin de faire pression sur Israël sur les questions de BDS en s’inspirant directement de l’expérience du mouvement anti-apartheid en Afrique du Sud dans les années 1970, 1980 et 1990 »

Tout ceci me conduit à vous donner des précisions sur l’histoire, les fondements et le contenu du mouvement BDS, puis à vous expliquer que la Campagne BDS ça marche, et qu’il faut donc persévérer dans cette voie.

La campagne BDS a été lancée le 9 juillet 2005 par plus de 170 associations de la société civile palestinienne un an après la condamnation par la Cour Internationale de Justice du Mur dit de Séparation, condamnation restée sans suite.

Ces associations déclarent :

« Nous, représentants de la Société civile palestinienne, invitons les organisations des sociétés civiles internationales et les gens de conscience du monde entier à imposer de larges boycotts et à mettre en application des initiatives de retrait d’investissement contre Israël tels que ceux appliqués à l’Afrique du Sud à l’époque de l’Apartheid. Nous faisons appel à vous pour faire pression sur vos états respectifs afin qu’ils appliquent des embargos et des sanctions contre Israël. Nous invitons également les Israéliens honnêtes à soutenir cet appel, dans l’intérêt de la justice et d’une véritable paix. Ces mesures de sanction non-violentes devraient être maintenues jusqu’à ce qu’Israël honore son obligation de reconnaître le droit inaliénable des Palestiniens à l’autodétermination et respecte entièrement les préceptes du droit international»

Puis ces associations de la société civile palestinienne énoncent les 3 objectifs du mouvement BDS :
« 1. Mettre fin à l’occupation et à la colonisation de toutes les terres arabes et démanteler le Mur ;

A ce premier objectif s’est ajouté depuis 2005 l’exigence de mettre fin au blocus de Gaza.
2. Reconnaître les droits fondamentaux des citoyens arabo-palestiniens d’Israël à une égalité absolue ; et
3. Respecter, protéger et favoriser les droits des réfugiés palestiniens à revenir dans leurs maisons et propriétés comme stipulé dans la résolution 194 de l’ONU »

La campagne se développe dans de nombreux pays (en Europe, en Amérique, au Japon, au Maroc, etc), y compris en Israël où le mouvement « Boycott from Within » (Boycott de l’intérieur), bien que très minoritaire, apporte une aide précieuse à la Campagne BDS.

Elle a pris son essor en France depuis l’opération « Plomb durci » contre le peuple gazaoui au cours de l’hiver 2008-2009. Le site de la Campagne BDS France est : www.bdsfrance.org

La campagne se déploie selon plusieurs axes, comme c’était le cas du boycott de l’Afrique du Sud : les boycotts économique, sportif, universitaire et culturel.

Le boycott économique appelle les consommateurs ou n’importe organisme à ne pas se rendre complices d’une politique de violation du droit international et des droits humains en achetant des produits israéliens, qu’ils viennent des colonies de Cisjordanie ou du territoire israélien dans les frontière de 1967. Il vise aussi certaines sociétés non israéliennes qui participent directement à la répression du peuple palestinien.

Parmi l’ensemble de ces cas, citons les campagnes qui ciblent les entités suivantes :

  • la société Mehadrin, exportatrice de produits agricoles israéliens souvent issus des colonies,

  • les magasins Séphora qui commercialisent les produits de beauté Ahava issus de la Mer Morte,

  • la société qui commercialise les produits Sodastream (dont le gazéificateur),

  • Keter (qui fournit du petit matériel d’équipement),

  • les médicaments génériques TEVA (pour lesquels il est régulièrement fait une publicité sur France Info),

  • la société anglo-danoise G4S qui équipe les prisons israéliennes de son matériel dit de sécurité,

  • la société américaine Caterpillar, qui participe à la destruction du patrimoine palestinien et est complice de l’écrasement par ses bulldozers de citoyens Palestiniens et aussi de la militante pacifiste Rachel Corrie.

D’autres campagnes visent à ce que des sociétés se désinvestissent de leurs partenariats complices de la politique coloniale israélienne.

Ainsi la société Orange, qui a conclu un partenariat avec l’entreprise israélienne Partner Communications, qui installe des antennes et relais sur des terres confisquées aux Palestiniens pour le seul bénéfice de l’armée ou des colons. Ainsi aussi Veolia qui gère une déchetterie au service des colons et a d’importants projets d’investissements en Israël.

Venons-en à présent au boycott sportif, pour attirer l’attention sur le fait qu’il dénonce notamment la politique israélienne qui consiste à empêcher le peuple palestinien de pratiquer librement les sports et à se doter des moyens nécessaires, et qui consiste aussi à emprisonner arbitrairement des joueurs récalcitrants.

Les boycotts universitaire et culturel visent quant à eux des initiatives sponsorisées par l’Etat d’Israël. Nous nous adressons aussi aux artistes qu’Israël invite à des festivals pour avoir l’air d’être un Etat très ouvert à tous les courants culturels, et nous les exhortons à ne pas accepter de servir de caution morale destinée à blanchir Israël de ses crimes. Des responsables israéliens de haut niveau avouent d’ailleurs eux-mêmes que la culture leur est très utile pour leur propagande.

BDS remporte d’importants succès, et particulièrement au cours de la dernière période.

Signalons la faillite en 2011 de l’entreprise d’exportation de produits agricoles Agrexco, les grosses pertes de marchés pour les entreprises Alstom, qui a construit le tramway reliant Jérusalem à des colonies, et Veolia, dont le cours de l’action a chuté, la crise de la banque franco-belge Dexia qui participe au financement des colonies …

D’importantes sociétés de fonds de pension se désinvestissent de sociétés israéliennes travaillant pour l’occupation, et récemment PGGM, la plus grande société de gestion de fonds de pension des Pays-Bas, a décidé de retirer l’ensemble de ses investissements de cinq grandes banques d’Israël. En Grande Bretagne, Hollande et Suisse des directions de grandes surfaces ont décidé de retirer de leurs étalages les produits des colonies, se conformant ainsi à l’esprit des lignes directrices de l’Union Européenne, aussi nommées « guidelines » entrées en application le 1er janvier 2014 et visant à proscrire tout financement et toute subvention aux sociétés travaillant pour les colonies.

Vivens, le plus gros fournisseur d’eau potable des Pays-Bas, a depuis peu mis fin à sa coopération avec Mekorot, la compagnie nationale d’eau israélienne.
Dans des pays tels que l’Afrique du Sud, la Norvège, la Grande Bretagne, les Pays Bas, de très importantes fédérations syndicales renoncent aux services et aux contrats avec des firmes internationales complices de l’occupation, telles que Veolia et G4S.
D’importantes universités ont également rompu leurs relations, notamment en Afrique du Sud ou même aux Etats-Unis. Récemment l’une des principales institutions universitaires américaines, l’American Studies Association (ASA) a invité tous ses membres à couper toutes relations de nature institutionnelle avec les universités israéliennes.Diverses églises importantes se réclamant de divers courants religieux appellent aussi à BDS.

La Campagne BDS jouit également du soutien d’artistes de renom international, qui sont de plus en plus nombreux à refuser ou à annuler des tournées en Israël, d’intellectuels et de personnalités publiques jouissant d’une grande influence, dont des membres ou des parrains du Tribunal Russell : Desmond Tutu, Roger Waters des Pink Floyds, Naomi Klein, Alice Walker, Judith Butler, John Berger, Ken Loach, Angela Davis, le cosmologue Stephen Hawking qui a refusé de participer à une conférence de haut niveau en Israël …

Avant de conclure sur les perspectives du mouvement BDS, je veux signaler 2 questions importantes qui mobilisent la Campagne BDS France, questions que je ne développerai pas pour ne pas dépasser le temps qui m’est imparti.

La première c’est notre engagement actif contre le KKL, ou Fonds National Juif, qui est un organisme paraétatique israélien qui est depuis plus d’un siècle le fer de lance de la dépossession du peuple palestinien. Les dons à l’antenne française du KKL bénéficient d’une déductibilité d’impôts, cet organisme se faisant passer pour une association d’intérêt général, écolo et de bienfaisance, et nous sommes actuellement mobilisés contre le projet du KKL France de tenir le 2 février prochain une grande journée de propagande au Palais Brongniart à Paris.

La seconde question est que la France est le seul pays où des militants de la Campagne BDS sont poursuivis en justice, ce qui est conforté par la circulaire Alliot Marie, qui assimile les actions de sensibilisation à BDS à des appels à la discrimination raciale. Nous exigeons, avec de nombreuses associations, le retrait de cette circulaire et la relaxe des militants poursuivis, ce que d’ailleurs de nombreux juges comprennent.

Et je tiens à souligner que cette situation ne nous empêche pas de développer le mouvement BDS et ne fléchit pas notre détermination.

Quelles sont les perspectives du mouvement BDS ?

L’économie israélienne est certes encore forte, notamment pour ce qui concerne la vente de matériel à usage répressif, testé sur le peuple palestinien, mais la Campagne BDS progresse inexorablement. Elle entre en résonance avec d’autres causes, notamment l’antiracisme, les mouvements anti-guerre, les mouvements pour la justice sociale. Elle est porteuse de valeurs universelles.

Ce n’est pas sans raison que Netanyahou le premier ministre israélien, et d’autres ministres de ce pays ont déclaré que le mouvement BDS est une menace stratégique pour Israël. Il est significatif aussi qu’une centaine de grands patrons israéliens, redoutant le succès des appels au boycott, lancent un appel pour la paix avec les Palestiniens. Quand de son côté Omar Barghouti, co-fondateur de la Campagne BDS, pose la question « L’année 2014 verra-telle un tournant décisif pour la Campagne BDS ? », nous accueillons ce propos avec optimisme.

L’année 2014 a été déclarée année de la Palestine par décision de l’ONU. Nous veillerons à ce qu’elle soit en même temps l’année de BDS. Les régimes d’apartheid ne durent pas jusqu’à la fin des temps. L’Etat d’Israël fait et continuera de tout faire pour essayer de réduire le développement de BDS et pour vider de leur substance des mesures telles que les lignes directrices de l’Union Européenne.

Nous continuerons de nous y opposer résolument. Nous continuerons nos activités militantes avec enthousiasme, parce que les droits des peuples et la vraie justice sont de notre côté.

L’apartheid a été vaincu en Afrique du Sud, il le sera aussi en Palestine et Israël !

Jean-Guy Greilsamer, militant de la Campagne BDS France

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Campagne de BDS contre Israël : l’année 2014 verra-t-elle un tournant décisif ?

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Il est à la fois curieux et surprenant de constater qu’Israël se sente vulnérable alors qu’il se trouve au sommet de sa puissance économique et militaire, notamment en matière de nucléaire. Cette fois, l’ironie veut que la menace provienne d’un mouvement non-violent ancré dans le droit international et dans la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme.

Au mois de juin de cette année, le Premier Ministre israélien Benyamin Netanyahu a en effet déclaré que le mouvement mondial de Boycott, Désinvestissement et Sanctions (BDS), dirigé par les Palestiniens, représente une « menace stratégique » pour le régime israélien d’occupation, de colonisation et d’apartheid. Pour cela, Netanyahu a décidé de confier la responsabilité totale de la lutte contre le BDS au Ministre des Affaires Stratégiques.

Cette évolution spectaculaire reflète l’échec de « Brand Israel », une campagne israélienne bien huilée menée par le Ministre des Affaires Étrangères depuis le lancement du mouvement BDS en 2005, et dont la stratégie consistait à utiliser la culture comme instrument de propagande en faisant appel à des artistes et des écrivains israéliens dans l’objectif de présenter au monde entier une « meilleure image d’Israël. »

C’est en effet grâce aux gens de conscience depuis les quatre coins du monde, qui ont compris qu’on pouvait mettre fin à l’impunité d’Israël au moyen d’une résistance populaire en Palestine même et associée à une pression et responsabilité internationale à la fois efficace, moralement cohérente et permanente.

C’est cette prise de conscience qui a donné un grand élan aux campagnes de BDS. Plusieurs de ceux qui étaient jusqu’ici des partisans et des sympathisants d’Israël ont fini par s’en éloigner à cause, entre autres, 1) du brutal blocus israélien sur la Bande de Gaza, 2) de la construction sauvage de colonies illégales et du mur de séparation en Cisjordanie occupée, 3) de sa « stratégie de judaïsation » à Jérusalem, en Galilée, dans la Vallée du Jourdain et dans le Naqab (Le Néguev), comme démontré par des rapports officiels de l’ONU 4) de l’adoption de nouvelles lois racistes, et enfin 5) du déni des droits des réfugiés.

Il convient donc de considérer que les succès du mouvement de BDS au cours des dernières années seraient le facteur qui a ébranlé le régime Israélien. Le soutien en décembre 2012 du Congrès National Africain (The African National Congress) ; le soutien au BDS et l’annulation d’évènements qui devaient inclure les noms d’artistes et de groupes de musique de renommée mondiale ; la décision prise par l’éminent scientifique Stephen Hawking et qui consistait à appliquer le boycott et à annuler sa participation à une conférence à l’Université Hébraïque ; et la dernière vague de résolutions en faveur du boycott adoptées par des associations universitaires US, sont des éléments qui conforte l’analyse selon laquelle le mouvement de BDS atteindra bientôt le niveau de la mobilisation internationale contre l’apartheid en Afrique du sud.

Quant à sa position aux yeux de l’opinion publique mondiale, il faut reconnaitre que la réputation d’Israël s’est quelque peu érodée depuis un certain temps déjà. Deux facteurs majeurs en sont la cause. Il s’agit, premièrement, de la force morale du mouvement de BDS, y compris sa composante israélienne anticolonialiste cruciale. Et en second lieu, le changement politique israélien qui s’est clairement orienté vers l’extrême droite. Dans un sondage réalisé en 2013 par la BBC, les résultats ont fait ressortir la concurrence entre Israël et la Corée du Nord, perçus par la grande majorité des personnes en Europe et ailleurs, comme le troisième ou le quatrième des pires pays au monde.

Qu’est-ce que la campagne de Boycott, Désinvestissement et Sanctions ?

Le 9 juin 2005 a été le jour où l’appel au BDS était pour la première fois lancé par une alliance de plus de 170 organisations palestiniennes : syndicats, réseaux de réfugiés, ONG et associations locales. Le message transmis ce jour était un appel aux organisations de la société civile internationale et aux gens de conscience, afin qu’ils « imposent un boycott général et mettent en place des initiatives de désinvestissement contre Israël, emboitant ainsi le pas aux mesures appliquées en Afrique du Sud durant la période où sévissait l’apartheid. »

Plus précisément, le BDS appelle à la fin de l’occupation israélienne des territoires palestiniens et arabes occupés depuis 1967, avec le démantèlement du mur et des colonies, la fin du système israélien de discrimination raciste contre ses citoyens palestiniens et le droit au retour inhérent et reconnu par l’ONU des réfugiés Palestiniens dans leur terre d’origine.

Ces trois droits fondamentaux correspondent aux trois composantes majeures du peuple palestinien : les citoyens de la Bande de Gaza et de la Cisjordanie, y compris Jérusalem-Est (38% de la population palestinienne d’après des statistiques de 2011), ceux du territoire de 1948 qui vivent sous le régime d’apartheid israélien (12%) et ceux de la diaspora, en exil (50%). Plus de deux tiers des Palestiniens ont le statut de réfugiés ou sont des personnes déplacées à l’intérieur de leur pays.

Agir et s’imposer avec diplomatie et délicatesse

Pour Desmund Tutu, Roger Waters, Naomi Klein, Alice Walker, Judith Butler, John Berger, Ken Loach, Angela Davis, Arundhati Roy, Marcel Khalife et Aijaz Ahmed – personnalités publiques jouissant d’une forte influence – la conclusion est on ne peut plus claire : c’est la même lutte menée en Afrique du sud du temps de l’Apartheid qui doit être suivie aujourd’hui. En effet, le mouvement de BDS est absolument indispensable pour obliger Israël à respecter ses obligations en vertu du droit international.

En faisant appel aux gens de conscience, partout dans le monde, afin d’aider à mettre fin au système israélien d’oppression à trois facettes, le mouvement de BDS n’entend pas solliciter une action héroïque mais plutôt l’accomplissement et le respect d’une profonde obligation morale qu’est le renoncement à la complicité dans l’oppression.

Chaque année, les pays occidentaux, à l’instar des États-Unis et de l’Allemagne offrent des milliards de dollars à Israël, sans oublier le commerce militaire lucratif. De ce fait, les contribuables de ces pays occidentaux subviennent aux violations israéliennes du droit international pendant que leurs programmes sociaux domestiques subissent des coupes sombres, que le chômage atteint des niveaux alarmants et que l’environnement se fait massacrer et détruire. Tirer un trait sur la complicité avec les crimes israéliens ne joue pas en faveur du peuple palestinien seulement, mais il conviendra sans nul doute aux « 99% » des personnes aux quatre coins du monde qui luttent contre une guerre perpétuelle et pour une justice socio-économique.

S’appuyant sur son influence mondiale, le mouvement de BDS dirigé par la principale coalition dans la société civile palestinienne, le BNC [BDS National Committee] enregistre une percée à travers le monde, couronnée par d’importantes victoires.

Quelques jours auparavant, The American Studies Association [l’Association des Études Américaines] a adopté le principe du boycott universitaire d’Israël avec un ratio de soutien stupéfiant de 2:1 de l’ensemble de ses membres. En avril, The Association for Asian-American Studies [L’Association pour les Études Asiatiques Américaines] est devenue la première instance universitaire américaine à adopter le boycott d’Israël. Dans la même période, The Federation of French-Speaking Belgian Students (La Fédération des Étudiants Belges Francophones) qui compte 100 000 membres a également adopté le boycott des institutions universitaires israéliennes, tout comme le Syndicat des Enseignants Irlandais. En mars 2011, l’Université de Johannesburg a rompu des liens avec l’Université Ben Gourion à cause des violations des droits de l’homme.

Pour leur part, les Conseils d’Étudiants à travers plusieurs universités nord-américaines, dont l’Université de Californie, Berkeley, ont opté pour le désinvestissement de toutes les sociétés qui tirent profit de l’occupation israélienne.

Une liste de plus en plus longue

A travers des millions de membres – originaires, entre autres, d’Afrique du sud, de Grande-Bretagne, d’Irlande, d’Inde, du Brésil, de Norvège, du Canada, d’Italie, de France, de Belgique et de Turquie – ce sont les principales fédérations syndicales internationales qui ont apporté leur soutien au mouvement de BDS

Veolia qui est une société complice avec l’occupation israélienne, a perdu ou a dû se retirer d’appels d’offres qui valent des milliards de dollars, principalement en Suède, en Grande-Bretagne, en Irlande et maintenant aux États-Unis.

Le militantisme du BDS en Norvège, en Afrique du Sud, au Parlement Européen et dans plusieurs Universités Britanniques et ailleurs, a pu frapper G4S, la plus grande société de services de sécurité à l’échelle mondiale. L’entreprise fait actuellement face à d’importants échecs tout à fait significatifs résultant de son implication dans les prisons israéliennes où des détenus Palestiniens, notamment des enfants se font torturer. Elle est également impliquée dans plusieurs projets qui enfreignent le droit international.

En Grande-Bretagne, la cinquième plus grande chaîne de supermarché Co-op a adopté la politique de boycott des sociétés qui opèrent dans les Territoires Palestiniens Occupés.

L’an dernier, The United Methodist Church [L’Église Méthodiste Unie] a appelé au boycott des produits en provenance des colonies israéliennes. Une décision suivie par l’Église Presbytérienne Américaine et l’Église Unie du Canada. L’Église Mennonite Américaine est allée encore plus loin en décidant de ne pas investir dans les entreprises impliquées dans l’occupation israélienne.

Pour sa part, le gouvernement néerlandais a publiquement « dissuadé » les entreprises de son pays à renoncer au business avec les entités israéliennes opérant dans les Territoires Palestiniens Occupés, ce qui a poussé la plus grande entreprise de construction aux Pays-Bas, Royal Haskoning DHV, à se retirer d’un projet de traitement des eaux usées avec la municipalité israélienne de Jérusalem-Est occupée. Dans le même contexte, l’entreprise publique des eaux Vitens a également résilié un contrat avec l’entreprise israélienne des eaux, Mekorot.

Il en va de même pour le gouvernement britannique qui a publié une directive sur l’implication des entreprises dans les colonies illégales israéliennes. Ces étapes suivent la publication des directives européennes contre le financement des projets et entités israéliens dans les Territoires Palestiniens.

Deutsche Bahn, la compagnie allemande des chemins de fer et qui est contrôlée par le gouvernement, s’est retirée d’un projet israélien qui empiète et confisque la terre palestinienne occupée. Des responsables du Ministère allemand des Affaires Étrangères ont informé des représentants de la société civile palestinienne qu’ils ont recommandé à toutes les institutions académiques allemandes d’éviter tout échange avec l’université d’Ariel, une colonie israélienne en Cisjordanie.

Il est vrai que la violente répression israélienne, sa politique de nettoyage ethnique et son blocus à l’encontre des Palestiniens augmentent jour après jour. Néanmoins, nous demeurons confiants et convaincus que nous surmonterons les obstacles et que nous vaincrons. Grâce au mouvement de BDS, aujourd’hui devenu mondial et ayant réussi à conquérir les cœurs et les esprits des peuples, il se pourrait bien que nous atteignons le point ou tout basculera.

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Omar Barghouti est militant Palestinien indépendant des droits de l’homme et membre fondateur du mouvement de BDS. Il est l’auteur de « Boycott, Divestment, Sanctions : The Global Struggle for Palestinian Rights, » (Haymarket : 2011).

Du même auteur :

- Le succès ultime d’Israël pourrait bien signer la fin de son régime colonial – 9 octobre 2013
- Le mouvement BDS expliqué – Pourquoi j’ai boycotté Israël – 28 février 2013
- A propos du soutien des juifs israéliens au régime d’apartheid en Israël – 25 octobre 2012
- BDS : Les Palestiniens veulent « toute la panoplie des droits » – 27 juin 2012
- BDS pour les droits des Palestiniens : « L’égalité ou rien ! » – 6 mai 2012
- BDS, des armes économiques pour relayer la politique – 31 décembre 2011
- Un criminel de la Haganah témoigne sur la Nakba – 30 décembre 2011
- Veolia toujours impliquée dans les violations israéliennes du droit international – 24 novembre 2011
- L’obstacle fondamental sur le chemin d’une solution à un État – 18 novembre 2011
- Ashton : l’attaque des colons contre la mosquée en Cisjordanie sape la paix au Proche-Orient – 12 septembre 2011
- Le dernier masque de démocratie tombe – 6 août 2011

22 décembre 2013 – Al Jazeera English – Vous pouvez consulter cet article en anglais à :
http://www.aljazeera.com/indepth/op…
Traduction : Info-Palestine.eu – Niha




Alarmes israéliennes

Le 4 mars 2013, le premier ministre israélien s’exprimait, comme chaque année, lors de la convention de l’American Israel Public Affairs Committee (Aipac), le principal lobby pro-israélien aux Etats-Unis. Les sujets abordés par M. Benyamin Netanyahou n’ont guère surpris les observateurs : défense de la sécurité d’Israël, Syrie, nucléaire iranien, exigences vis-à-vis des négociateurs palestiniens, etc. Mais, ce jour-là, un sujet nouveau a occupé un quart du temps de parole de l’intervenant : la campagne internationale Boycott, désinvestissement et sanctions (BDS) menée contre la politique d’Israël. Le sigle fut cité à dix-huit reprises…

Lancée en juillet 2005 par cent soixante-douze organisations palestiniennes (1), cette campagne préconise des «mesures de sanction non violentes (…) jusqu’à ce qu’Israël honore son obligation de reconnaître le droit inaliénable des Palestiniens à l’autodétermination et respecte entièrement les préceptes du droit international (2)». Les mesures recommandées sont de trois types : boycott de l’économie et des institutions israéliennes, retrait des investissements étrangers, sanctions contre l’Etat et ses dirigeants.

Lors de la conférence de l’Aipac, M. Netanyahou a accusé les promoteurs de BDS de «faire reculer la paix», de «durcir les positions palestiniennes» et de «rendre improbables les concessions mutuelles». A la critique des fondements et des objectifs de la campagne s’est ajouté le déni de son efficacité : à en croire le premier ministre, elle n’entamerait en rien la prospérité économique israélienne.

Le paradoxe manifeste entre l’attention consacrée à BDS et l’affirmation de son inefficacité ne serait qu’apparent. «Le fait que le mouvement va échouer ne signifie pas qu’il ne doit pas être vigoureusement combattu», explique M. Netanyahou, trahissant ainsi le dilemme majeur des officiels israéliens : reconnaître que BDS affecte leur pays, c’est encourager les artisans de la campagne; l’ignorer, c’est leur laisser le champ libre.

Avocats et adversaires de BDS s’accordent sur un point essentiel : le mouvement a connu, dans la période récente, des développements sans précédent, que même ses organisateurs n’osaient espérer. Ainsi, le secrétaire d’Etat américain John Kerry a évoqué le risque d’isolement que courrait Israël en cas d’échec des pourparlers en cours.

A Munich, le 1er février 2014, il a averti : «En ce qui concerne Israël, on voit se construire une campagne croissante de délégitimation. Les gens y sont sensibles. On parle de boycott, et de toutes sortes de choses.» Ces propos ont suscité une avalanche de critiques en Israël, certains accusant — à tort — M. Kerry de justifier le boycott et d’utiliser BDS pour faire pression sur le gouvernement israélien afin de lui imposer un accord défavorable à ses intérêts.

Les récentes victoires de la campagne expliquent l’inquiétude des autorités américaines. Fin janvier 2014, le fonds souverain de la Norvège, le plus important du monde avec 629 milliards d’euros d’en-cours (3), a ajouté à sa «liste noire» deux compagnies israéliennes, Africa Israel Investments et Danya Cebus, en raison de leur rôle dans la construction de colonies à Jérusalem. Invoquant le même motif, l’un des principaux fonds de pension néerlandais, PGGM (150 milliards d’euros d’en-cours), a retiré plusieurs dizaines de millions d’euros de cinq banques israéliennes.

De son côté, le gouvernement allemand a annoncé qu’il refuserait désormais de subventionner les entreprises de haute technologie israéliennes situées dans les colonies de Jérusalem ou de Cisjordanie.

L’« affaire Sodastream»

En outre, la campagne BDS a remporté récemment des victoires dans d’autres domaines que l’économie. En février dernier, l’American Studies Association, une société savante de cinq mille membres, a adopté, par 66% des suffrages, une résolution préconisant la rupture des relations avec les institutions universitaires israéliennes. Ce coup de tonnerre dans le milieu académique suivait le désistement, en mai 2013, du célèbre astrophysicien Stephen Hawking d’une conférence organisée en Israël. Un mois plus tôt, la Teachers Union of Ireland (TUI, quatorze mille membres) avait voté une motion de soutien à la campagne BDS, et dénoncé Israël comme un «Etat d’apartheid».

Pour M. Omar Barghouti, un des principaux animateurs du mouvement, ces succès importent autant, sinon davantage, que ceux obtenus dans le secteur économique : «L’impact de ce boycott institutionnel par des organisations importantes, comme l’American Studies Association, va bien au-delà de l’Université et installe la campagne BDS
comme un sujet de débat légitime dans les médias (4).»

Toutefois c’est très probablement l’«affaire Sodastream» qui a révélé l’ampleur prise par le mouvement de solidarité avec les Palestiniens. La multinationale israélienne fabrique des appareils de gazéification des boissons, en particulier dans la colonie de Maale Adumim, située près de Jérusalem. Sodastream est depuis longtemps la cible de BDS.

En janvier 2011, l’association israélienne Who Profits, spécialisée dans l’étude des entreprises bénéficiant de la colonisation, l’accusait dans un rapport d’exploiter les ressources et la main-d’oeuvre palestiniennes. Les divers groupes impliqués dans la campagne ont ciblé les appareils Sodastream, ainsi que les enseignes qui les vendent, comme Darty en France.

Pour redorer son image, l’entreprise s’est offert les services de la comédienne Scarlett Johansson, l’une des actrices fétiches du réalisateur Woody Allen. Elle a tourné un spot pour la marque, qui devait notamment être diffusé le 2 février dernier lors de la finale du Super Bowl (le championnat de football américain). Mais la publicité a été rapidement repérée, détournée et parodiée par les artisans de BDS pour dénoncer la colonisation et la caution que lui apportait la comédienne.

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Ils ont ensuite interpellé l’organisation non gouvernementale (ONG) Oxfam, active dans les territoires palestiniens, qui comptait depuis 2007 l’actrice parmi ses ambassadrices. Le 30 janvier, l’ONG a annoncé la rupture : «Bien qu’Oxfam respecte l’indépendance de ses ambassadeurs, le rôle de promotion de l’entreprise Sodastream par Mme Johansson est incompatible avec celui d’ambassadrice mondiale d’Oxfam. (…) Oxfam est opposé à tout échange commercial avec des
colonies israéliennes, illégal en vertu du droit international (5).»

L’«affaire Sodastream» a immédiatement rebondi en France. Alertés par des militants propalestiniens, plusieurs dessinateurs ont découvert que l’entreprise figurait parmi les partenaires officiels du Festival international de la bande dessinée d’Angoulême.

Dans une lettre ouverte rendue publique le 31 janvier, plus d’une centaine d’entre eux, parmi lesquels une dizaine d’anciens primés, ont exprimé leur indignation. Se déclarant «surpris, déçus et en colère de découvrir que Sodastream est un sponsor officiel du Festival international de la bande dessinée d’Angoulême», les signataires ont demandé aux organisateurs «de couper tous les liens entre le Festival et cette entreprise honteuse».

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Le dessinateur Jacques Tardi et la chanteuse Dominique Grange ont de leur côté regretté «avoir été pris en otage par ceux qui dirigent [le Festival] et n’ont pas estimé nécessaire de nous informer que l’édition de cette année était en partie financée par une entreprise installée dans les territoires palestiniens occupés, cautionnant ainsi la politique de colonisation de l’Etat d’Israël, le blocus de Gaza et les violations récurrentes des droits du peuple palestinien».

L’«affaire Sodastream» témoigne des limites objectives, pour ne pas dire des contradictions, de la stratégie israélienne de lutte contre BDS. Quoi que puisse en dire M. Netanyahou, les autorités israéliennes considèrent cette campagne comme une «menace stratégique». En juin 2013, le premier ministre israélien lui a d’ailleurs consacré une réunion restreinte. Il a confié la responsabilité de la lutte contre cette «entreprise de délégitimation d’Israël» à son ministre des affaires stratégiques, M. Yuval Steinitz, désormais chargé de la coordination des organes de sécurité, de renseignement et de diplomatie affectés à la lutte contre les «menaces stratégiques» — au nombre desquelles le nucléaire iranien figure au premier chef.

Cette nouvelle attribution du ministère, réputé pour ses opérations de déstabilisation et de désinformation, révèle à quel point Israël prend au sérieux la campagne BDS. Mais la contre-attaque est-elle efficace?

Rendre l’occupation respectable

La stratégie consistant à combattre BDS tout en feignant de l’ignorer pourrait en effet se retourner contre ses utilisateurs. De la campagne publicitaire de Sodastream au parrainage d’initiatives culturelles, en passant par les invitations adressées à des intellectuels ou à des artistes de renommée internationale, la tactique israélienne vise à rendre respectables l’occupation et la colonisation. Bien souvent, elle a surtout pour résultat de faire naître l’indignation dans des secteurs jusqu’alors peu ou pas mobilisés.

Les déclarations de Mme Tzipi Livni, ministre de la justice, illustrent cette impasse : «Nous vivons dans une bulle. Le pays entier est déconnecté de la réalité internationale. (…) Le boycott avance et progresse uniformément et de manière exponentielle. Ceux qui ne veulent pas le voir finiront bien par l’éprouver (6).» La riposte choisie manque d’efficacité parce qu’elle se situe quasi exclusivement sur le terrain du discours, et oublie la nature de plus en plus visible de l’obstination israélienne à refuser tout compromis avec les Palestiniens.

L’activisme des militants ne suffit pas à expliquer le développement de la campagne BDS, même s’il joue un rôle moteur. La mobilisation se nourrit de la réalité de la politique israélienne : du blocus de Gaza et des bombardements meurtriers à l’hiver 2008-2009 aux perpétuelles relances de la construction dans les colonies, en passant par l’assaut meurtrier contre la «flottille de la liberté» en mai 2010.

Grâce à la campagne BDS et à son implantation à la base, le mouvement de solidarité avec les Palestiniens atteint progressivement les échelons intermédiaires, voire supérieurs, de certaines institutions. Révélatrice d’une indignation grandissante face à la politique israélienne, cette dynamique ne pourra être défaite par une stratégie  de «dédiabolisation» de Tel-Aviv.
«Piétiner les droits des Palestiniens au nom de notre droit exclusif à la terre risque d’aboutir à un ostracisme international d’Israël, et si cela se produit, ce ne sera pas de l’antisémitisme (7)», a averti récemment, avec lucidité, l’historien israélien Zeev Sternhell.
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Julien Salingue
Source: http://www.monde-diplomatique.fr/2014/06/SALINGUE/50475
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(1) Pour plus de détails sur les origines de la campagne BDS, lire Willy Jackson, « Israël est-il menacé par une campagne de désinvestissement ? », Le Monde diplomatique, septembre 2009.
(2) Cf. l’intégralité de l’appel sur www.bdsfrance.org [http://www.bdsfrance.org]
(3) Ce fonds d’Etat géré par la Banque de Norvège est alimenté par les revenus du pétrole et les placements à l’étranger, www.regjeringen.no [http://www.regjeringen.no]
(4) Jan Walraven, « BDS is on the rise [http://palestinemonitor.org/details.php?id=c9ut5wa6325y6r8i8ocqj] », Palestine Monitor, 24 février 2014.
(5) « Israël-Sodastream : Scarlett Johansson n’est plus ambassadrice pour Oxfam [http://www.almanar.com.lb/french/adetails.php?eid=153195&cid=19&fromval=1] », dépêche de l’Agence France-Presse du 30 janvier 2014.
(6) « Livni : We’re living in bubble, disconnected from world [http://www.ynetnews.com/articles/0,7340,L-4471199,00.html] », Ynetnews, 30 décembre 2013.
(7) Catherine Gouëset, « Pourquoi le boycott commence à faire peur à Israël [http://www.lexpress.fr/actualite/monde/proche-moyen-orient/pourquoi-le-boycottcommence-
a-faire-peur-a-israel_1320947.html
] », 6 février 2014.




Cinq raisons pour lesquelles le professeur Stephen Hawking a raison de boycotter Israël

Comme l’a annoncé le Comité britannique pour les Universités de Palestine (BRICUP) et repris par la suite The Guardian, Reuters et d’autres, le professeur Stephen Hawking, physicien et cosmologue de renommée mondiale, a décidé de tenir compte de l’appel palestinien au boycott et de quitter une conférence israélienne mise sur pied par le président Shimon Peres en juin. Après une centaine confusion initiale, la chose a été confirmée – Hawking se tiendra à l’écart de la conférence pour des raisons politiques. (*)

Voici cinq raisons pour lesquelles le professeur Hawking a raison d’appliquer un boycott :

5. Le blanchiment de l’apartheid

Le gouvernement israélien et divers groupes de pression utilisent des événements comme la « Conférence présidentielle » pour blanchir les crimes passés et actuels d’Israël. Il s’agit d’une tactique parfois appelée le « rebranding » (changement d’image, réétiquetage). Comme l’a a expliqué un fonctionnaire du ministère des Affaires étrangères après le massacre de Gaza en 2009, c’est le genre d’approche qui à l’intention « d’envoyer des romanciers et écrivains bien connus à l’étranger, des compagnies de théâtre ou des objets d’art » afin de « montrer la meilleure facette d’Israël, de sorte qu’on ne pense pas à nous en fonction du seul contexte de la guerre ». La « Brand Israël – Label Israël » vise entièrement à créer une image positive d’un pays qui est la cible des militants des droits de l’homme dans le monde entier – comme si ses innovations technologiques ou ses conférences de haut niveau pouvaient cacher la réalité de l’occupation et de l’épuration ethnique.

4. Shimon Peres

En dépit de sa réputation de « colombe » en Occident, la carrière de Peres à ce jour comprends des crimes de guerre au Liban, le soutien des punitions collectives infligées aux Palestiniens de Gaza et, lors de discussions privées, d’incitations contre les citoyens non juifs. Tout le monde ferait bien d’éviter une conférence accueillie par un tel hypocrite. Le simple fait de n’être pas Ariel Sharon n’enlève rien à la chose ; Peres devrait être inscrit pour un petit voyage à La Haye, et non pour accueillir des dignitaires et célébrités de l’étranger.

3. Le boycott n’est pas incompatible avec le « dialogue »

Contrairement au discours des officiels et sympathisants israéliens, le boycott n’est pas opposé au dialogue. La décision de Hawking, par exemple, signifiera que des gens vont discuter de la politique et des stratégies israéliennes en vue de mettre un terme à l’occupation. Ce n’est nullement atypique – les initiatives BDS encouragent souvent un échangé sensé de points de vue et de perspectives. Toutefois, certaines personnes abusent du concept de dialogue pour défendre un statu quo asymétrique qui laisse intacte une dynamique de pouvoir colonial où, pour reprendre les mots du poète sud-africain James Matthews, « l’oppresseur est assis paré de son butin / sans le moindre désir de partager l’égalité : laissant les opprimés cherchant la chaleur / auprès du feu éteint / du dialogue ». Le boycott n’a rien à voir avec le fait d’avoir ou pas des conversations – il s’agit d’une demande de comptes et d’une opposition concernant des violations fondamentales des droits d’un peuple. Assister et résister à la réalité de l’apartheid israélien engendre un dialogue qui est pleinement conçu dans le contexte de l’égalité et de la décolonisation.

2. L’impunité et la responsabilité

Le boycott s’appuie solidement sur la réalité bien documentée de la politique israélienne. Le ministère américain des Affaires étrangères fait état de la « discrimination institutionnelle » à laquelle sont confrontés les citoyens palestiniens, tandis que Human Rights Watch affirme qu’Israël maintient un « système à deux vitesses » en Cisjordanie. Depuis le contrôle et la distribution « discriminatoires » des ressources en eau (Amnesty International) jusqu’au « transfert forcé de la population autochtone » (Union européenne), il n’est pas étonnant que la Commission de l’ONU sur l’élimination de la discrimination raciale a rapporté qu’Israël enfreignait des interdictions de « ségrégation raciale et d’apartheid ».

Les implantations illégales sont utilisées pour coloniser la Cisjordanie ; les Palestiniens de Gaza subissent un blocus et des bombardements ; les Palestiniens de Jérusalem-Est sont confrontés à la démolition de leurs maisons et, pendant tout ce temps, évidemment, des réfugiés palestiniens expulsés et vivant à quelques kilomètres à peine de leurs propriétés sont toujours empêchés de rentrer chez eux sur base du fait qu’ils ne sont pas juifs. Et remarquez que la ligne de discours « Mais alors, et la Chine, le Myanmar, la Syrie, etc. ? » est absolument déplacée ici (en même temps qu’elle place Israël en compagnie plutôt intéressante). Un boycott est une tactique, conseillable dans certains contextes et pas dans d’autres. Il ne concerne pas l’ampleur d’un injustice ou de mauvais agissements. Il concerne une stratégie ciblant systématiquement des violations des droits de l’homme et des infractions aux lois internationales et ce sont les colonisés mêmes qui la réclament. Ce qui nous amène à ceci…

1. L’appel des Palestiniens à la solidarité

Les Palestiniens souffrant de l’apartheid israélien réclament les Boycott, Désinvestissement et Sanctions (BDS) en tant que stratégie en vue de l’obtention de leurs droits fondamentaux, et c’est un fait que de nombreux sionistes choisissent d’ignorer quand ils s’en prennent aux campagnes de boycott. L’appel de la société civile palestinienne en faveur des BDS a été officiellement lancé le 9 juillet 2005, un an après l’avis consultatif de la Cour internationale de justice à propos de l’illégalité du Mur de séparation d’Israël. Parmi les signataires de l’appel aux BDS, on trouve des représentants des Palestiniens en Cisjordanie et à Gaza, des citoyens palestiniens d’Israël et des réfugiés palestiniens. Depuis lors, un nombre sans cesse croissant de personnes en provenance des universités, des milieux artistiques, des syndicats et des communautés religieuses ont répondu à l’appel aux BDS par des initiatives qui attirent fermement l’attention sur les violations incessantes des lois internationales par Israël et sur la nécessité de mettre un terme à la complicité dans ces crimes. Il convient de féliciter le professeur Hawking pour avoir demandé leur avis aux universitaires palestiniens et pour avoir tenu compte de leur demande de solidarité internationale au cours d’une lutte de plusieurs décennies en faveur de la liberté et de la justice.

 

Publié le 9 mai sur Al Jazeera. Traduction pour le site :  http://www.pourlapalestine.be : JM Flémal.

Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement la politique éditoriale d’Al Jazeera.

(*) Déjà en 2009 Stephen Hawking condamna fermement la guerre d’agression d’Israël contre Gaza comme vous pouvez l’entendre dans cette vidéo. (ajoute de la rédaction de ce site) :

L’auteur de l’article, Ben White est un journaliste freelance, écrivain et activiste spécialisé dans les questions concernant la Palestine et Israël. Il visite régulièrement la région depuis 2003 et ses articles ont été largement publiés dans The Guardian’s Comment is free, Al Jazeera, New Statesman, Salon, Christian Science Monitor, et bien d’autres.

Son dernier ouvrage de, Palestinians in Israel: Segregation, Discrimination and Democracy (Les Palestiniens en Israël : ségrégation, discrimination et démocratie) a été publié par Pluto Press.

Vous pouvez suivre Ben White sur Twitter : @benabyad

Source: http://www.pourlapalestine.be