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27/07/17

5 mythes sur le boycott d’Israël que chaque amoureux du théâtre devrait prendre en compte

21 Juillet 2017

Dan Fishback est un dramaturge new-yorkais et membre du Jewish Voice for Peace Artists Council. Sa comédie musicale « The Material World » a été nommée dans les 10 meilleures pièces de 2012 par Time Out New York.
 

Depuis qu’un groupe de comédiens de haut rang a demandé au Lincoln Center d’annuler les prochaines représentations d’une pièce de théâtre financée par le gouvernement israélien,  la communauté dramaturge de la ville de New York est ébranlée par la gêne. Bien que beaucoup de professionnels du théâtre soutiennent la cause palestinienne, peu, en leur for intérieur, sont prêts à annuler une pièce, particulièrement dans un contexte actuel peu favorable à la culture, où le président prévoit de supprimer la NEA et que des soutiens de Trump interrompent Jules César.

Dans l’ère anti-culture de Trump, tous ceux qui travaillent dans le milieu de la culture souhaitent d’avantage de liberté d’expression et non moins. Alors pourquoi tant d’entre nous, de la gauche culturelle, soutiennent le mouvement Boycott, Désinvestissement et Sanctions (BDS) contre l’Etat d’Israël ?

En tant que dramaturge juif qui croit fortement que le BDS est le seul chemin vers une paix juste en Israël/Palestine, il est important pour moi que mes camarades artistes de théâtre comprennent ce qu’est le boycott, et ce qu’il n’est pas. Il existe tant de mythes au sujet de ce mouvement. La couverture médiatique lui est presque entièrement négative, et aujourd’hui 42 sénateurs, aussi bien Républicains que Démocrates, soutiennent un projet de loi visant à rendre illégal le soutien au BDS.

Un bref coup d’œil sur la campagne BDS pourrait nous diaboliser et il ne vous permettrait pas d’évaluer la situation catastrophique des Palestiniens ; vous ne pourriez évaluer à quel point le BDS est nécessaire à leur liberté, ni même comment le boycott fut méticuleusement élaboré dans le but de défendre les principes fondamentaux de la liberté d’expression.

Mythe 1: Nous boycottons toutes les pièces israéliennes

Nous ne boycottons pas les “pièces de théâtre israéliennes” en général, mais plutôt les pièces financées par l’état israélien, ou produites par des institutions qui soutiennent activement l’occupation. A titre d’exemple, au prochain festival du Lincoln Center, nous n’appelons pas à boycotter une pièce, qui pourtant est israélienne : nos détracteurs se gardent bien de le mentionner

Par exemple, les compagnies de théâtre que nous boycottons (Ha’bima et Cameri) acceptent toutes les deux des financements de l’état israélien et se produisent régulièrement dans les colonies illégales des territoires palestiniens occupés, qu’Israël continue de maintenir et de répandre en violation du droit international.

Ce n’est donc pas la nationalité des artistes qui nous importe, mais bien leur complicité dans une structure politique oppressive.

En pourtant, des voix pro-israéliennes comme Jonathan Greenblatt de la Ligue Anti-Diffamation attaque le boycott, en disant :

“Lorsque vous rejetez une œuvre d’art en vous basant sur sa seule origine nationale et lorsque vous essayer d’empêcher les autres de la voir et d’en tirer leurs propres conclusions, ce n’est pas une position politique. C’est un préjudice, pure et simple.”

Bien sûr nous ne boycottons pas une pièce “en nous basant uniquement sur ses origines nationales”. Mais, comme souvent, nos critiques ne prennent pas la peine d’écouter notre point de vue, ou même de lire les grands principes du boycott. Il est plus facile pour eux de diffuser des mensonges et, ironiquement, de “diffamer” leurs opposants.

Mythe 2: Boycotter une pièce c’est toujours de la censure

En vérité, tout comme l’appel au BDS exclu de boycotter sur la base de la nationalité, il exclu tout aussi explicitement toute censure basée sur le contenu de l’œuvre. Nous nous focalisons uniquement sur les relations de l’artiste à l’état d’Israël.

Une des principales raisons pour lesquelles nous nous focalisons autant sur les financements de l’état pour les voyages est que, pour accepter ces financements, les artistes doivent officiellement accepter de devenir des instruments de propagande. Le contrat dit :

“[L’artiste] est conscient que le but de faire appel à ses services est de promouvoir les intérêts politiques de l’état d’Israël via la culture et l’art, tout en contribuant à créer une image positive d’Israël.”

En fait, la raison explicite de ce financement est d’utiliser la culture afin de distraire le monde des brutalités de l’occupation. Et ceci n’est pas une théorie du complot, Israël l’admet. Ils ont créé le bureau de la “Brand Israel” en 2005 avec cet objectif. Un élu a même déclaré : “nous voyons la culture comme un outil de hasbara [“propagande” en hébreu] de premier choix, et je ne fais pas de différence entre hasbara et culture.”

Dans ce contexte, ce n’est pas que BDS “censure” l’œuvre, c’est que BDS résiste à une campagne de propagande élaborée dans le but d’influencer la politique internationale.

Les militants anti-boycott disent souvent que cette approche n’a pas de sens aux vues des nombreux artistes israéliens en tournée qui sont critiques du gouvernement israélien. Mais je réponds à ça que cet art “critique” n’est pas une partie négligeable de la campagne de propagande de la Brand Israel, il en est en fait le centre. Israël désire activement que les citoyens étatsuniens imaginent qu’Israël est un endroit où les idées sont exprimées librement, et non, en fait, un endroit où soutenir le BDS est un délit et où la culture palestinienne est activement effacée.

Mythe 3: le boycott culturel porte atteinte à l’échange libre d’idées, nécessaire pour changer les choses

Honnêtement, l’appel pour le BDS n’arrête pas les artistes israéliens de voyager aux Etats-Unis – il leur demande seulement de rejeter les financements d’état, par principe. Si quelqu’un empêche vraiment l’échange libre d’idées, c’est l’état d’Israël, qui cherche systématiquement à détruire la culture palestinienne basée sur l’identité des artistes et le contenu de leurs œuvres.

Il y a des exemples évidents, comme l’arrêt des subventions et l’intimidation des théâtres palestiniens à l’intérieur d’Israël. Mais il y aussi les injustices plus circonstancielles, comme les différentes manières qu’Israël a de limiter les déplacements des Palestiniens, d’entraver leur accès à l’éducation et de supprimer l’histoire culturelle palestinienne du territoire.

Donc quand Israël envoie des danseurs, acteurs ou réalisateurs israéliens autour du monde, se vendant comme le lieu de la diversité des voix artistiques, ils cachent la réalité : Israël est un lieu d’anéantissement culturel, où les Palestiniens doivent se battre, non seulement pour l’autonomie politique et la justice économique, mais pour leur langue, leur histoire et leur voix culturelle.

L’appel au BDS a pour objectif, à long terme, de libérer ces voix, afin d’avoir plus de culture, et non moins.

Mythe 4: le boycott est antisémite car il ostracise Israël

Nombre de détracteurs du BDS disent : “Il se peut qu’Israël fasse des choses horribles, mais d’autres pays sont encore pires ! Pourquoi ne pas les boycotter?” Avec cette logique, il est vrai qu’il semble antisémite que, de tous les pays du monde, nous nous concentrions uniquement sur l’état juif.

La réalité est que, contrairement à ces autres pays, Israël est un endroit où une population oppressée a spécifiquement demandé le boycott à la communauté international, comme forme de solidarité. Lorsqu’une population oppressée appelle à des formes d’aides spécifiques, nous avons la responsabilité de prendre au sérieux ses demandes.

Outre le contexte spécifique de l’appel palestinien au boycott, il existe nombre de raisons pour lesquelles un étatsunien devrait concentrer ses énergies politiques sur Israël/Palestine, entre autres :

  • Un supporter du BDS pourrait être Palestinien, ou avoir de la famille ou des amis palestiniens. Cela pourrait être très personnel.
  • Un supporter du BDS pourrait être juif et en avoir assez qu’Israël utilise son identité à des fins politiques oppressives.
  • Un supporter d’Israël pourrait savoir comment le gouvernement donne des milliards de dollars U.S à Israël chaque année, et se sentir personnellement responsable de l’occupation que tous les contribuables étatsuniens, en vérité, financent. En d’autres termes, nous sommes déjà tous impliqués.

Mythe 5: BDS n’est pas la manière la plus efficace de protester contre les crimes d’Israël

Un argument que les sionistes libéraux donnent souvent contre le BDS est qu’eux aussi sont contre l’occupation par Israël de la Cisjordanie et la Bande de Gaza, mais que le boycott n’est pas une forme de résistance efficace contre cette injustice. “Cela met les gens trop mal à l’aise,” disent-ils, “et la cible est trop large.” Ils pensent que les militants BDS ont l’air de brutes quand nos campagnes impactent même les “bons” Israéliens qui ne sont pas activement impliqués dans l’oppression des Palestiniens.

Pour répondre à cette accusation, je dois faire un immense pas en arrière. Quand j’étais enfant, les sionistes libéraux autour de moi me disaient, encore et encore, que si les Palestiniens ne pratiquaient que la non-violence, ils auraient un état viable. Maintenant nous y sommes, plus d’une décennie du mouvement non violent le plus large pour les droits humains palestiniens depuis que  750 000 Palestiniens furent expulsés de chez eux en 1948, et qu’est-ce qu’on entend ? On entend que le BDS, lui aussi, est la mauvaise tactique. On entend qu’il faut quelque chose d’encore plus doux.

A cela, je répondrai simplement : il n’y a pas de temps, et la situation est trop désespérée : Israël n’a pas de volonté politique de démanteler l’occupation ; les Etats-Unis continuent d’envoyer des milliards de dollars pour soutenir le siège de Gaza ; même les politiciens étatsuniens de gauche font la courbette au lobby israélien ; et même des sionistes libéraux comme Bernie Sanders sont appelés “antisémites” pour avoir affirmé tièdement l’humanité des Palestiniens.

Nous ne pouvons plus attendre que nos politiques poussent Israël à respecter les droits humains des Palestiniens. Nous ne pouvons plus dire : “Non, CECI n’est pas la bonne manière de se battre” chaque fois que les Palestiniens tentent d’obtenir justice. Au bout d’un moment, il faut prendre position pour la dignité humaine, même si cela nous rend mal à l’aise, et même si ce n’est pas comme ça que nous ferions “normalement” les choses. Car aussi longtemps que l’oppression des Palestiniens correspond à notre signification du mot “normal”, nous permettrons que cela continue.

source: http://forward.com/scribe/377463/5-myths-about-israel-boycotts-that-every-theater-lover-should-consider/

Traduction: Lauriane G. pour BDS France