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19/12/22

Du Réseau palestinien des arts du spectacle à la société internationale Brecht : Déménagement du Symposium loin de l’apartheid israélien

Les compagnies de théâtre et les organisations culturelles palestiniennes exhortent la société à « respecter l’essence de la pensée de Bertolt Brecht » dans leur lettre ouverte disponible ci-dessous, et à ne pas compromettre la lutte des Palestiniens pour la liberté, la justice et l’égalité.

Date d'origine : 06/12/2022
Auteur : Palestinian Performing Arts Network
Traduit par : AGP pour BDS France

Chère Société Internationale Brecht,

Nous, les organisations culturelles palestiniennes travaillant sous l’occupation militaire israélienne, vous demandons instamment de déplacer votre 17e symposium, prévu du 11 au 15 décembre 2022, loin de l’Israël de l’apartheid et de ses institutions académiques complices. Nous vous demandons de respecter l’essence de la pensée de Bertolt Brecht et de ne pas saper notre lutte pour la liberté, la justice et l’égalité.

Comment pouvez-vous, en toute conscience, organiser votre 17e symposium, intitulé « Racisme, oppression politique et dictature », dans un État qui a soumis des millions de Palestiniens à un régime de colonialisme de peuplement et d’apartheid pendant des décennies ? Ne reconnaissez-vous pas que le nettoyage ethnique, le siège, le vol de terres et de ressources, les massacres permanents sont quelques-uns des symptômes du système d’oppression d’Israël ?

Les Palestiniens autochtones disent au monde entier depuis de nombreuses années qu’Israël commet le crime contre l’humanité qu’est l’apartheid, et désormais de grandes organisations internationales de défense des droits de l’homme comme Amnesty International et Human Rights Watch affirment la même chose. Amnesty International déclare qu’Israël traite tous les Palestiniens comme un « groupe racial inférieur ». Ne voyez-vous pas comment votre conférence blanchirait toute cette oppression ?

Quelles que soient les intentions, la tenue de votre conférence à l’université de Tel Aviv et en collaboration avec l’université de Haïfa et l’université hébraïque, parmi de nombreuses autres institutions israéliennes profondément complices, constitue une grave déformation des principes de Brecht. Son œuvre a toujours été associée à la lutte culturelle en tant qu’outil de résistance en temps de guerre et de paix, et en tant qu’outil de construction de l’identité nationale et du récit local, en particulier dans son approche de la construction du modèle du théâtre épique.

Les Brechtiens doivent chercher à éduquer à travers l’approche théâtrale de Brecht. Brecht considérait la scène comme un espace de protestation et de rejet de l’oppression, de toutes les oppressions. Il a compris que ces actes nécessitaient une assise consciente et vigilante, ainsi que la prise de conscience de l’environnement, la compréhension de la réalité, sa critique, son rejet et l’évaluation des révolutions, afin d’aspirer à un changement véritable. Par conséquent, le rôle de l’acteur est un travail qui nécessite d’étudier, de lire et de mener des recherches. L’acteur est un révolutionnaire actif, et un élément du changement à venir. Tenir votre colloque sous le parrainage d’un régime qui contredit tout cela serait un affront à la mémoire de Brecht.

L’université de Tel Aviv, où se tiendra votre conférence, est située sur des terres qui appartenaient autrefois à Sheikh Muwanis, un village palestinien victime de nettoyage ethnique en 1948. L’université hébraïque, l’université de Haïfa et l’université de Tel Aviv mènent des recherches et des formations militaires, entretiennent des partenariats avec les forces militaires israéliennes et des entreprises d’armement et de services militaires, ont des liens avec les services de sécurité générale (GSS), la célèbre agence de renseignement intérieure d’Israël, et offrent des avantages aux étudiants réservistes. L’Université hébraïque est partiellement construite sur des terres palestiniennes volées.

Nous vous demandons instamment de suivre l’exemple de centaines de départements universitaires, de sociétés et de syndicats, ainsi que de dizaines de milliers d’universitaires et de chercheurs du monde entier qui expriment leur solidarité avec la lutte du peuple palestinien et qui, en nombre croissant, s’engagent à respecter l’appel palestinien au boycott universitaire et culturel d’Israël et de ses institutions complices.

Nous appelons d’abord et avant tout les organisations et institutions internationales à respecter le piquet de grève palestinien pacifique. Nous demandons également aux organisations internationales de ne pas aider ou participer aux tentatives de ceux qui traversent le piquet de grève d’organiser des gestes  » d’équilibrage « . Dans ce cas précis, nous demandons au Goethe Institut de cesser ses efforts de blanchiment pour organiser des rencontres entre les Palestiniens et les universitaires internationaux qui ont décidé d’ignorer l’appel au boycott des Palestiniens et de participer à cette conférence dans le pays d’apartheid qu’est Israël.

Nous demandons instamment à la Société internationale Brecht de se ranger du côté de la justice. Dans le cas où vous décideriez de poursuivre votre projet d’organiser votre événement sous le parrainage du régime israélien de colonisation et d’apartheid, nous déclarons notre refus de rencontrer les participants à l’événement, car nous refusons de vous offrir la moindre couverture médiatique ou de contribuer à la fausse perception de symétrie entre l’oppresseur colonial et le colonisé.

Réseau palestinien des arts du spectacle

Organisations théâtrales :

Freedom Theater – Jenin

Théâtre Al Harah – Beit Jala

Théâtre Ashtar – Ramallah

Théâtre Yes – Hébron

Théâtre populaire – Ramallah

Musique :

Conservatoire national de musique Edward Said – Jérusalem

Association Al-Kamandjati – Ramallah

Institut Magnificat – Jérusalem

Danse :

Centre d’art populaire – Al Bireh

Troupe de danse palestinienne El-Funoun – Al Bireh

Troupe Wishah – Al Bireh

Cirque :

École de cirque palestinienne – Birzeit