Appel des artistes et travailleur·ses culturel·les au Président de la République du Sénégal, concernant le génocide perpétré par Israël contre les Palestinien·nes à Gaza.
À Son Excellence M. Bassirou Diomaye Faye, Président de la République du Sénégal
Monsieur le Président,
Nous, artistes, écrivain·nes et travailleur·ses culturel·les au Sénégal et originaires du Sénégal vous écrivons à un moment historique, alors que l’âme de notre humanité collective semble trembler. Si le cessez-le-feu à Gaza aurait dû offrir un répit bien nécessaire à ses 2,3 millions d’habitant·es palestinien·nes, les auteur·rices du génocide israélien en cours – tel qu’il a été reconnu par l’ONU – continuent de bénéficier d’une impunité totale pour continuer à tuer et à poursuivre leur occupation illégale, ainsi que leur régime d’apartheid.
Nous sommes submergé·es par la douleur, l’indignation et le désespoir face à l’horreur qui continue à se dérouler à Gaza, alors qu’Israël a détruit toutes les conditions nécessaires qui soutiennent la vie. Depuis plus de deux ans, chaque jour, les images, les récits, les cris des civils, des enfants, des mères et des personnes âgées nous hantent. Le génocide perpétré par Israël, parallèlement à son appropriation continue de terres et au nettoyage ethnique en Cisjordanie, y compris à Jérusalem, détruit les fondements mêmes du droit international et du système multilatéral. Le silence, l’inaction et l’ambivalence ne sont plus acceptables.
Comme vous l’avez dit, Monsieur le Président, lors de la 80e Assemblée générale des Nations Unies : « Devant tant d’inhumanité, se taire, ne pas agir, ce n’est pas une option, ce serait même une complicité passive ». Nous saluons et louons votre détermination: des paroles précieuses dans un monde qui reste trop souvent silencieux. Nous faisons appel à vous, Votre Excellence Monsieur le Président, de montrer par l’exemple comment votre exigence morale envers l’humanité peut se traduire en mesures de redevabilité au Sénégal susceptibles d’inspirer de nombreuses nations.
À cet égard, nous appelons le Sénégal, ainsi que tous les États, à respecter leurs obligations en vertu du droit international, telles qu’elles ont été définies l’année dernière par la Cour internationale de justice (CIJ). Comme vous le savez, Monsieur le Président, la CIJ a décidé qu’Israël commettait de manière plausible un génocide et, par la suite, que sa présence à Gaza et en Cisjordanie, y compris à Jérusalem-Est, était illégale, équivalait à de l’apartheid et devait prendre fin.
À la suite de la décision de la CIJ, des dizaines d’expert·es des droits humains des Nations unies ont appelé tous les États à respecter leurs obligations légales en imposant « un embargo total sur les armes à Israël, en mettant fin à tous les accords, importations, exportations et transferts d’armes, y compris les biens à double usage », ainsi qu’en annulant ou en suspendant « les relations économiques, les accords commerciaux et les relations universitaires avec Israël qui pourraient contribuer à sa présence illégale et à son régime d’apartheid dans les territoires palestiniens occupés ».
C’est dans les moments de crise que les nations forgent leur grandeur. L’Afrique, qui a connu l’esclavage, le colonialisme et l’apartheid, doit dire non à l’injustice et à l’oppression. Monsieur le Président, vous avez également déclaré à l’ONU que le droit international et la protection des civils ont été anéantis dans les décombres de Gaza. Votre Excellence, quel rôle votre gouvernement jouera-t-il pour sauver le droit international des décombres de Gaza?
Le peuple sénégalais attend des mesures concrètes et urgentes. Nous voudrions donc vous demander solennellement d’envisager les décisions suivantes:
- Mettre fin aux relations diplomatiques avec Israël, en commençant par expulser son ambassadeur.
- Rompre les liens commerciaux, militaires, de développement et autres liens de complicité avec Israël, et mettre fin à tous les contrats avec les entreprises israéliennes complices.
- Participer pleinement au Groupe de La Haye et mobiliser les États africains pour qu’ils y adhèrent.
- De concert avec d’autres pays africains, veiller à ce qu’Israël ne retrouve pas son statut d’observateur auprès de l’Union Africaine.
- Empêcher tout transfert maritime de matériel militaire vers Israël via les eaux territoriales et les ports du Sénégal et suivre l’exemple d’autres nations en interdisant à la compagnie maritime phare d’Israël, ZIM, d’opérer dans nos ports.
- Soutenir les efforts internationaux croissants visant à bannir Israël, coupable de génocide, des compétitions sportives, y compris des Jeux Olympiques de la Jeunesse de Dakar 2026.
Nous vous prions de bien vouloir agréer, Votre Excellence Monsieur le Président de la République, l’expression de notre très haute considération.