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Qui a peur de BDS ?

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Qui a peur de BDS ?

Par Joseph Dana et Co écrit avec M. Blumenthal

 

 

 

Le lendemain du jour où la pop star Macy Gray a annoncé son projet controversé de se produire à Tel Aviv en Mars, nous étions assis pour un verre à Pua, dans un bar niché au cœur d’un des quartiers les plus chics de Jaffa. Lorsque la serveuse , d’une vingtaine d’années ,qui fait partie de la jeune communauté juive de cette ville, nous informa de l’arrivée d’une nouvelle bière , tout juste acquise par le restaurant, nous lui avons fait part de rumeurs concernant l’origine de cette bière, brassée et produite dans une colonie des hauteurs du Golan. La serveuse, très choquée, a nié qu’il s’agisse d’une  » bière des colonies  » .Elle nous a assuré que le propriétaire,  » un vrai type de Tel Aviv ne proposerait pas un tel produit » .Nous étions troublés ;  » qu’est ce qu’un vrai type de Tel Aviv?  « Avons nous demandé .Lorsqu’elle revint avec 2 bières européennes, nous avons demandé plus d’infos et la conversation commença .Elle nous dit que le propriétaire « travaillait pour lui même et pour ses amis à T.A. « Elle nous déclara qu’il ne s’intéressait pas à la politique et qu’il voulait juste vivre sa vie. Nous l’avons alors interrogée sur ses idées au sujet de la politique et de l’occupation.

« Je suis photographe. J’avais l’habitude d’aller à Bilin, mais c’était trop violent ; maintenant je passe mon temps avec mes amis et j’essaye d’être une bonne personne .Je ne peux plus essayer de changer quoi que ce soit. » Lorsque nous lui avons demandé son opinion sur BDS, la réponse fut brève et rapide : » vous ne pouvez combattre le mal par le mal.»Elle insista sur le fait que tous les boycotts étaient mauvais .Nous avons gentiment insisté sur les résultats des boycotts (à propos du boycott des bus à Montgomery par le MLK, ou le boycott contre l’apartheid en Afrique du Sud), mais il était évident qu’elle ne voulait pas s’engager dans cette voie .Elle connaissait l’Occupation, les colonies, le racisme de plus en plus envahissant, mais elle s’était délibérément  enfermée dans la coquille de ce bar à l’ambiance européenne et dans un mode de vie cosmopolite , typique de Tel Aviv. Peut être qu’elle aurait pu contribuer à la lutte pour une vraie démocratie en Israël et pour la justice envers les Palestiniens sous occupation, mais elle s’était soumise à la culture de l’indifférence approuvée par une « élite ».

 

 

Nous commencions à comprendre le pouvoir du Boycott pour secouer l’apathie qui prévaut dans les classes moyennes de la société urbaine israélienne. L’indifférence permet aux israéliens de vivre confortablement derrière leurs murs de fer en se croyant protégés de l’occupation et vaccinés contre ces horreurs. La culture de l’indifférence leur permet de regarder les infos et d’exprimer leur mécontentement sans s’engager sérieusement en politique. Dans le cas de la serveuse de Pua, son indifférence la rendait inapte à témoigner de la brutale répression policière contre les protestations politiques légitimes en Cisjordanie , ce qui lui permettait de rentrer chez elle et d’ignorer sa propre culpabilité.

Le boycott culturel oblige les israéliens à prendre en compte le comportement d’Israël envers les palestiniens en ciblant les points sensibles: au cœur de leurs zones de vie les plus protégées.

 

L’extrême droite de Lieberman et le mouvement de colonisation doivent être dénoncés mais ce ne sont que les représentations les plus extrêmes d’une idéologie officielle de racisme envers les palestiniens et le monde arabe.

Ces tendances se sont répandues comme des métastases, à l’aide d’une activité politique intense, par le charisme et la démagogie, tandis que le  » Gentil Israël  » de Tel Aviv  se tient à côté, impassible et même cynique , observant les vagues qui déferlent sur leur société et la submergent .C’est la culture de l’indifférence qui soutient la Machine d’Occupation.

Beaucoup de citoyens d’origine ashkénaze ont un deuxième passeport qui leur permet de voyager et de tirer parti du monde occidental. Ils ont développé une stratégie de fuite face aux manifestations oppressantes et violente du nationalisme juif. Pendant ce temps, les palestiniens vivent sous un contrôle permanent mis au point et financé par des universités états-uniennes et européennes et des centres de haute technologie. Un réseau très élaboré de murs, de barrières électrifiées, de contrôles biométriques, de drones prédateurs et aussi d’un réseau de collabos, ce qui permet de faire en sorte que chaque aspect de leur vie est dominé par l’Occupation. Parce que les habitants de Jérusalem n’ont pas le droit de vivre où ils veulent, avec leurs épouses cisjordaniennes, même les histoires d’amour sont sous occupation. Comment réagirait la serveuse de Pua si sa vie était soumise à de telles limites ?

 

Nous avons souvent entendu l’argument suivant: Macy Gray et d’autres artistes devraient jouer à Tel Aviv ET à Ramallah. Cette idée non seulement renforce le concept de ségrégation entre juifs et palestiniens, mais elle évacue entièrement le but de l’appel au boycott. Le boycott culturel est fait pour fissurer la  » normalisation  » israélienne. Les palestiniens ne veulent pas forcément voir des concerts de rock à Ramallah, ils veulent la fin de l’occupation. Les 170 organisations civiles qui ont

créé l’appel BDS ont pour but, par cette initiative réaliste et non violente, de forcer les israéliens à vivre pleinement la responsabilité de leurs actes. C’était une des idées à l’origine du boycott contre l’apartheid en Afrique du Sud et l’une des raisons pour lesquelles les  » Artistes Sud africains contre l’Apartheid « travaillent à présent pour le boycott en Israël.

 

Mon collègue, Noam Shiezaf a publié un texte intéressant sur son site, proposant à Macy Gray d’exiger qu’un certain nombre de billets soient vendus en Cisjordanie pour son concert à T.A. Les palestiniens achèteraient et ensuite Israël leur refuserait l’entrée à T.A. , ce qui offrirait à Macy Gray un bon prétexte pour annuler son spectacle C’est une idée astucieuse mais une question surgit :

Pourquoi M. Gray aurait elle besoin d’un prétexte pour annuler son concert ?

La plus longue occupation dans l’histoire n’offre t elle pas une raison valable pour le boycott ?

De plus, Israël aurait beau jeu .d’indiquer que les palestiniens de Cisjordanie n’ont pas le droit d’entrer à Tel aviv, d’après le droit souverain de l’Etat. Ce qui renforcerait encore l’idée qu’une société israélienne  militarisée et radicalisée est parfaitement Kasher. En contournant la substance même de l’appel BDS, cela permettrait d’accréditer l’idée que le boycott culturel est une forme de punition collective.

 

Trop de commentaires sur BDS sont d’une totale vacuité ; il est vrai que BDS est une partie des tactiques non violentes palestiniennes. Plus simplement, BDS est l’aspect mondialisé des actions non violentes contre l’occupation .Alors , pourquoi certaines organisations juives des Etats-Unis et les Sionistes Libéraux d’Israël apportent ils leur soutien en paroles à la lutte non violente à SheikhJarrah et ailleurs et diabolisent ensuite  l’appel BDS en le taxant d’antisémitisme et en le mettant au ban des gens modérés ?

Iraient ils s’asseoir avec les familles expulsées de force pour leur dire que leur tactique est illégitime ?

Il est facile de se laver les mains en participant à de nobles causes contre l’Occupation. Mais confronter sa propre responsabilité dans cette crise est plus difficile, et même impossible pour beaucoup. Peut être que le pas le plus difficile pour l’aile gauche de l’establishment juif est de céder sa place pour le contrôle du débat, tandis que les palestiniens prennent la tête de la lutte pour la liberté.

Si la communauté internationale et en particulier la communauté juive américaine dénie aux palestiniens une forme globale de résistance non violente contre l’Occupation, que leur restera t il ?

Si la violence est hors de question – et chacun voit que ce serait une option épouvantable -, les palestiniens doivent ils simplement accepter l’Occupation qui les balaiera comme de la poussière ?

C’est la question posée par le poète national palestinien Mahmoud Darwich:

 » Où irons-nous après la dernière frontière ?

Où s’envoleront les oiseaux après le dernier ciel ? « 

BDS n’est peut être pas la panacée, mais BDS assure aux palestiniens qu’un horizon fermé par l’Occupation peut s’entrouvrir jusqu’à l’apparition d’une solution juste.

      

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Traduit par Anne J

This piece by Joseph Dana is co-written with Max Blumenthal 

http://972mag.com/bds-is-the-best-and-last-non-violent-recourse/

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