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12/02/10

Actualités – Boycott Universitaire

Boycottez Ariel et le reste ! Toutes les institutions universitaires israéliennes sont complices de l’occupation et de l’apartheid.
PACBI, 10 février 2010
http://pacbi.org/etemplate.php?id=1175

En réponse à la récente décision du gouvernement israélien d’élever le statut du soi-disant Centre Universitaire Ariel de Samarie (AUCS) à celui d’université, la Campagne Palestinienne pour le Boycott Académique et Culturel d’Israël (PACBI) réitère son appel pour un boycott d’AUCS et de toutes les autres institutions universitaires en raison de leur complicité dans le maintien de l’occupation, de la colonisation et de l’apartheid israéliens contre le peuple palestinien.

PACBI acclame les récentes protestations contre la décision de reconnaître AUCS — localisé dans la quatrième plus grande colonie juive des territoires palestiniens occupés — en université, mais met en garde contre les tentatives d’éloigner le mouvement de boycott de sa fondation — les droits complets reconnus par l’ONU, gravés dans l’appel palestinien à boycotter Israël – en direction d’un accent sélectif sur une seule partie de ses droits.

Les universitaires, journalistes et autres de la « gauche » sioniste qui se sont opposés au boycott universitaire pendant des années soutiennent maintenant avec enthousiasme un boycott visant seulement le collège Ariel, parce qu’il est construit illégalement sur le territoire palestinien. Toutefois, ceci réduit le boycott académique à un boycott des institutions des colonies, tout en exonérant les universités israéliennes en général, qui sont aussi complice qu’Ariel, sinon plus, dans le maintien et la justification de l’appareil colonial et d’apartheid israélien. Mais même si le boycott ne devait s’appliquer qu’aux universités construites sur les territoires palestiniens occupés, pourquoi le fait que le campus de l’université hébraïque de Mont Scopus est situé sur une terre palestinienne occupée à Jérusalem Est n’a-t-il pas provoqué la même sorte de condamnation qu’Ariel ?

Toutes les universités israéliennes sont étroitement liées à l’appareil militaro-sécuritaire, et jouent des rôles indispensables — directs et indirects — dans le maintien des violations de la loi internationale et des droits fondamentaux palestiniens depuis des décennies. Aucune université ni association universitaire israélienne n’a jamais pris position publiquement contre l’occupation, encore moins contre le système israélien d’apartheid et le refus des droits des réfugiés Palestiniens. Les universités israéliennes sont profondément complices du développement des systèmes d’armes et des doctrines militaires déployées au cours des crimes de guerre récents à Gaza [1] ; justifient la poursuite de la colonisation de la terre palestinienne et le nettoyage ethnique graduel des Palestiniens [2] ; fournissent une justification morale pour les assassinats extrajudiciaires et les attaques indiscriminées de civils [3] ; discriminent systématiquement les étudiants « non-Juifs » dans les admissions, le droit aux chambres d’étudiants, les aides financières, etc. ; et bien d’autres violations implicites et explicites des droits humains et de la loi internationale [4].

Alors que le BDS prend son essor mondialement, un nombre croissant de voix israéliennes s’expriment pour soutenir cette stratégie en tant que voie la plus efficace, non-violente, pour conduire à des changements vers la justice et une paix durable. La participation d’artistes et d’universitaires Israéliens à des actions spécifiques de boycott ces dernières années est appréciée et bien connue. Après la guerre d’agression israélienne sur Gaza, plusieurs personnalités universitaires et culturelles sont venues soutenir le BDS [5]. Bien avant le massacre de Gaza, toutefois, des Israéliens, supporters décidés des droits des Palestiniens, comme Rachel Giora, Ilan Pappe, Haim Bresheeth, Oren Ben-Dor, Anat Matar et feu Tanya Reinhart avaient adopté le BDS et l’avaient défendu contre les critiques Israéliens, en particulier contre les universitaires soi-disant « de gauche » [6]. Le groupe récemment formé Boycott! Supporting the Palestinian BDS Call from Within [7] est particulièrement digne d’éloges, car il accepte sans conditions le BDS défini et guidé par le Comité National Palestinien du BDS (le BNC), et le BNC le considère par conséquent comme un partenaire fiable et intègre dans le mouvement.

Ces voix émergeant du sein de la société israélienne indiquent l’attrait croissant du BDS et l’admission de son pouvoir à effectuer des changements réels vers une paix juste. Il est pourtant crucial de souligner que le mouvement BDS tire ses principes à la fois des demandes de l’appel palestinien du BDS signé par plus de 170 organisations de la société civile palestinienne en juillet 2005 [8] et, dans les domaines universitaires et culturels, de l’Appel palestinien au boycott universitaire et culturel d’Israël (PACBI), publié un an auparavant en juillet 2004 [9]. Ensemble, les appels du BDS et du PACBI représentent les déclarations stratégiques les plus qualifiées et les plus largement soutenues venues de Palestine depuis des décennies ; toutes les factions politiques, les organisations du travail, étudiantes et de femmes, et les groupes de réfugiés dans le monde arabe ont soutenu et ratifié ces appels. Les deux appels soulignent la croyance prépondérante des Palestiniens, que la forme la plus efficace de solidarité avec le peuple palestinien est l’action directe visant à mettre fin au régime colonial et d’apartheid d’Israël — de la même façon que le régime d’apartheid en Afrique du Sud a été aboli — en isolant internationalement Israël par des boycotts et des sanctions, le forçant à se plier à la loi internationale et à respecter les droits palestiniens.

Depuis que ces appels ont été formulés, beaucoup d’accent a été mis sur la définition des principes du mouvement de boycott. Enraciné dans des valeurs et des principes universels, l’appel du BDS rejette catégoriquement toute forme de racisme, de discrimination raciale et d’oppression coloniale. Le PABCI a aussi traduit les principes inscrits dans son appel en un guide d’action pratique pour la réalisation du boycott universitaire et culturel international d’Israël [10]. En même temps, le mouvement palestinien du boycott a été clair sur l’orientation et les buts du mouvement BDS.

À cet égard, l’importance de l’appel BDS de 2005 réside dans son approche globale du système colonial et d’apartheid d’Israël pris comme un tout, et de sa soumission du peuple palestinien, soit comme citoyens de deuxième classe à l’intérieur d’Israël, soit comme sujets à une occupation militaire, soit comme réfugiés dépossédés. Ceci a été résumé dans l’appel palestinien du BDS par les exigences concises qu’Israël doit reconnaitre le droit inaliénable du peuple palestinien à l’autodétermination et se soumette complètement à la loi internationale en : respectant, protégeant et promouvant le droit au retour de tous les réfugiés Palestiniens ; en mettant fin à l’occupation de toutes les terres palestiniennes et arabes ; en reconnaissant la pleine égalité pour les citoyens Palestiniens d’Israël. En ce sens, l’appel du BDS s’oppose effectivement à la fragmentation israélienne systématique du peuple palestinien et à la réduction de la lutte pour la liberté et l’autodétermination à un jeu de marchandage interminable sur la terre de Cisjordanie et de la bande de Gaza occupées.

Au centre des trois demandes du mouvement palestinien BDS, il y a la compréhension qu’Israël est un État d’apartheid. Israël correspond à la définition de l’ONU de l’apartheid, pas seulement en Cisjordanie et dans la bande de Gaza ; il se définit lui-même comme un État juif, pas comme un État de tous ses citoyens. Plus important, les lois, politiques et pratiques israéliennes discriminent ouvertement les citoyens Palestiniens – c.a.d. « non-Juifs » — de l’État. Le racisme et la discrimination omniprésents et institutionnalisés sont particulièrement évidents dans les domaines vitaux de la possession et de l’usage de la terre, dans l’éducation, l’emploi, l’accès aux services publics et la planification urbaine. Le caractère d’apartheid fait partie du logiciel d’Israël depuis ses origines [11].

L’État d’Israël a été établi en 1948 en déplaçant la grande majorité de la population Arabe indigène de Palestine de ses foyers par la force. Aujourd’hui, ces réfugiés Palestiniens sont empêchés de revenir chez eux et sur les terres d’où ils ont été expulsés. À l’inverse, toute personne qui déclare une ascendance juive de n’importe où dans le monde peut devenir un citoyen israélien de nationalité juive selon la loi dite du retour. De plus, la guerre brutale d’Israël à Gaza n’a pas été une anomalie ; elle représente plutôt l’exemple le plus récent de la politique systématique de nettoyage ethnique et d’oppression coloniale qu’Israël a mené contre le peuple palestinien pendant plus de six décennies. Au cours de ce récent assaut militaire, Israël a tué plus de 1440 Palestiniens, dont 431 enfants, et en a blessé 5380 [12]. Israël a soumis la population assiégée de Gaza à trois semaines de terrorisme d’État incessant.

Malgré la clarté avec laquelle le mouvement BDS palestinien a énoncé les buts de la lutte palestinienne, certains Israéliens et d’autres soutiens du boycott ont tenté d’en limiter la portée. Ils ont tenté de limiter les buts du mouvement BDS en le restreignant géopolitiquement et en le confinant à un appel à terminer l’occupation israélienne de la Cisjordanie et de la bande de Gaza. Cette « interprétation » du BDS est très dangereuse parce qu’elle cherche à s’approprier le droit de redéfinir les termes de la lutte en Palestine et d’imposer un programme politique idéologiquement suspect, qui laisse Israël indemne des accusations d’apartheid et de pratique de la forme la plus pernicieuse de racisme et de discrimination dans tous les territoires sous son contrôle.

Certains Israéliens basent aussi leur soutien au BDS sur un argument purement utilitaire, celui de ‘sauver Israël de lui-même’, plutôt que sur une solidarité raisonnée avec les Palestiniens. Mais cette perspective « pragmatique », autocentrée reproduit une attitude coloniale de supériorité où la population indigène, ses droits inaliénables et sa lutte pour la liberté ne sont même pas reconnus. Ce qui compte, selon cette perspective, ce sont les propres intérêts d’Israël, son image internationale et son futur. Mais si certains entreprennent de préserver le caractère d’Israël dans le futur sans remettre en cause ses lois et politiques coloniales et d’apartheid, comment peuvent-ils être comptés comme de vrais alliés du mouvement palestinien du BDS mondial ?

Quant aux cibles choisies pour les actions BDS, la force du mouvement BDS réside dans le fait qu’il n’impose pas de cibles et de tactiques spécifiques au groupe de solidarités autour du monde. Se basant sur le principe de la prise en compte du contexte et du respect de l’autonomie et de l’intégrité des groupes internationaux démocratiques qui soutiennent les droits des Palestiniens, la direction palestinienne collective du BDS a toujours pensé que les personnes et organisations de conscience qui soutiennent les droits humains connaissent le mieux leurs situations respectives et sont les plus capables de décider des moyens et des rythmes appropriés pour construire le mouvement BDS dans leur environnement. Quelquefois, viser tactiquement des produits faits seulement dans les colonies peut-être le meilleur moyen pour faire progresser une campagne. À d’autres moments, cela peut-être des résolutions de syndicats locaux soutenant le BDS, où des événements de boycott culturel, etc. Mais même si on ne s’intéressait qu’à l’occupation israélienne, et pas à son refus des droits des réfugiés ou à son système d’apartheid, ceci ne justifierait pas une position de principe pour le boycott des seuls « produits des colonies », comme si les colonies israéliennes elles-mêmes étaient l’entité coupable du colonialisme, et non l’État qui les a établis et qui les fait croître. Il n’y a pas d’autres cas de boycott dans le monde où des gens appellent à boycotter une manifestation des violations de la loi internationale par un État, plutôt que l’État lui-même. Après tout, d’après la loi internationale, les Etats sont les entités légales supposées être responsables des crimes et des violations qu’ils commettent.

De toutes façon, ce n’est jamais aux universitaires et militants israéliens, quels que soient leurs principes, de définir les paramètres de référence et les priorités du mouvement, particulièrement pour les militants du monde entier. Presque toujours, les membres de la gauche sioniste ont refusé de reconnaître l’appel du BDS émanant de l’immense majorité des organisations de la société civile palestinienne, son ancrage et sa direction, le Comité National Palestinien du BDS, le BNC [13]. Ce faisant ils manquent au respect des aspirations du peuple palestinien et à notre droit à définir les objectifs de notre lutte. De plus, pour répondre à l’insistance de la gauche sioniste pour focaliser sur les symptômes d’oppression coloniale du système israélien, n’appelant qu’à la fin de l’occupation israélienne de la Cisjordanie et de la bande de Gaza, il est bon de souligner que dans l’Afrique du Sud de l’apartheid il aurait été ridicule de se focaliser uniquement sur les bantoustans. La lutte contre les bantoustans fut une partie intrinsèque de la lutte pour mettre fin au système d’apartheid et à une structure de domination dans laquelle la minorité blanche dominait et opprimait la population noire sud-africaine.

Peuple vivant sous l’apartheid israélien et exilé de sa terre, c’est aux Palestiniens et à leurs organisations de masse de définir leurs priorités, leurs objectifs et leurs stratégies pour atteindre nos droits selon la loi internationale. Le soutien israélien est une partie bienvenue et nécessaire de ce mouvement. Mais il doit se construire dans l’esprit d’une réelle solidarité, comme c’est le cas de Boycott From Within, qui respecte les vœux et les aspirations du peuple palestinien lui-même.

[1] Voir, par exemple, les preuves suivantes incriminant le partenariat de l’université de Tel Aviv avec l’armée et les industries d’armement israéliennes
:http://www.electronicintifada.net/downloads/pdf/090708-soas-palestine-society.pdf
[2] http://www.pacbi.org/etemplate.php?id=63
[3] http://www.haaretz.com/hasen/spages/1062127.html et Reuven Pedatzur, The Israeli Army House Philosopher, Haaretz, 24 février 2004.
[4]
http://www.alternativenews.org/images/stories/downloads/Economy_of_the_occupation_23-24.pdf
[5] Voir, par exemple, l’article BDS de Neve Gordon à :http://www.ujfp.org/modules/news/article.php?storyid=589 et Udi Aloni à : http://www.protection-palestine.org/spip.php?article8278
[6] Voir, par exemple, la lettre de Tanya Reinhart à l’universitaire israélien Baruch Kimmerling à:http://www.mediamonitors.net/tanya13.html
[7] http://www.boycottisrael.info
[8] http://bdsmovement.net/?q=node/52#French
[9] http://www.pacbi.org/etemplate.php?id=869
[10] http://www.bdsfrance.org/index.php?option=com_content&view=article&id=11&Itemid=13#CR
et http://www.pacbi.org/etemplate.php?id=1107
[11] Plus sur le regime israélien d’occupation, le colonisation et d’apartheid sur ce papier stratégique du BNC: http://www.protection-palestine.org/IMG/pdf/Francais-BNC_Position_paper_Durban_Review.pdf
[12] http://www.ochaopt.org/gazacrisis/index.php?section=3
[13] Par exemple l’article d’Uri Avnery balayant l’appel palestinien au BDS et le BNC: http://www.france-palestine.org/article12564.html

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