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Afrique du Sud : solidarité avec les Palestiniens

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L’ANC doit se pencher sur la façon dont il peut, concrètement, soutenir davantage la lutte palestinienne…
(Dessin Carlos Latuff)

 

En tant que Sud-Africain ayant vécu et souffert sous un apartheid, et passé près de trente années de ma vie adulte dans ses prisons pour lui avoir résisté, je peux et je dois, humblement, prétendre connaître quelque chose de ce qu’est un apartheid. Vous ne pouvez, comme je l’ai fait, avoir accompagné aussi loin et aussi longtemps le Congrès national africain (ANC), des dirigeants comme Govan Mbeki, Walter Sisulu et Nelson Mandela, sans reconnaître un Apartheid quand vous en voyez et en vivez un.

Récemment, je suis allé au Tribunal Russel sur la Palestine, et j’ai entendu des témoignages de Palestiniens, Israéliens et Sud-Africains.

Le Tribunal a conclu qu’Israël répondait à la définition juridique d’un État d’apartheid. Cela me fait mal d’admettre que, en me fondant sur ce que j’en ai souffert et, plus important encore, ce que j’en ai appris, je suis profondément convaincu que ce que les Palestiniens sont en train de vivre est identique – et à bien des égards, pire – à ce que nous avons connu sous l’apartheid en Afrique du Sud. Ceci a été également mis en avant de façon convaincante par le Professeur John Dugard, l’un des plus éminents juristes d’Afrique du Sud.

Les routes séparées d’Israël, la loi de facto sur les mariages mixtes, les procès par les tribunaux militaires, les répartitions inéquitables des ressources (et particulièrement de l’eau), les lois racistes sur la citoyenneté attribuant et refusant les droits des personnes sur la base de l’ethnicité, les destructions des maisons d’une population originaire du pays qui a vécu et travaillé cette terre pendant des siècles et qui sont destinées à faire la place à de nouveaux arrivants ayant un patrimoine génétique commun avec les dirigeants, les déracinements d’oliviers, les détentions sans jugement, les lois sur le droit de se déplacer, la moindre parcelle de terre qui est donnée à la plus grande partie de la population… je ne connais pas d’autre mot pour cela que celui d’apartheid.

Je me rappelle comment les apologistes de l’Apartheid d’Afrique du Sud ont tenté, au niveau international, de faire valoir que la « situation » sud-africaine était plus complexe que ce que l’ANC voulait bien le faire croire. En effet cela aurait pu être le cas, mais l’argument de la complexité était aussi utilisé comme une arme entre les mains des puissants pour désarmer les faibles et ceux qui agissaient en solidarité avec eux.

Je crains que le même argument puisse passer aujourd’hui. Nelson Mandela nous prévenait déjà en 1996 : « La tentation dans notre situation est de parler de façon étouffée d’un sujet comme le droit du peuple de Palestine à son propre État. Nous pouvons facilement nous trouver incités à voir la réconciliation et l’équité comme une parité entre justice et injustice. Ayant acquis notre liberté, nous pourrions tomber dans le piège de nous laver les mains des difficultés auxquelles les autres sont confrontés. Mais nous serions moins humains si nous le faisions. » (4 décembre 1997).

Certains voudraient nous faire croire que l’histoire sud-africaine n’était simplement qu’une question de dialogue et de réconciliation. C’est aussi cela effectivement. Mais c’est aussi une lutte contre l’occupation et une lutte pour la justice.

Notre lutte de libération a de tout nouveaux « admirateurs » et en grand nombre, dont certains ont souvent comploté avec le régime d’apartheid. Il n’est pas surprenant que non seulement ils prétendent avoir participé à la lutte, mais encore qu’ils veuillent nous donner des leçons sur ce qu’a été notre lutte, et comment les appliquer à la lutte palestinienne pour la justice.

L’ANC doit se pencher sur la façon dont il peut, concrètement, soutenir davantage la lutte palestinienne pour la justice et l’autodétermination. Je crois que nous devons considérer très sérieusement l’appel lancé par l’archevêque Desmond Tutu et par beaucoup d’autres dans le monde, aujourd’hui. Quand l’université de Johannesburg a chargé une équipe de déterminer si l’université devait mettre fin à ses relations institutionnelles avec l’université Ben-Gourion d’ Israël et imposer un boycott universitaire (ce qu’elle a fait), l’archevêque Desmond Tutu leur a écrit, leur disant :

« Ensemble, avec les personnes éprises de paix sur cette Terre, je condamne toute forme de violence, mais assurément, ne devons-nous pas reconnaître qu’un peuple enfermé, affamé et dépouillé de ses droits matériels et politiques fondamentaux, doive résister à son Pharaon ? Résister ne fait-il pas de nous des humains ? Les Palestiniens ont choisi, comme nous l’avons fait, les moyens non violents que sont les boycotts, les désinvestissements et les sanctions (BDS). »

Notre appel ce soir n’est pas un appel à la violence, ni à la lutte armée, notre appel est un appel à la non-violence et à la réconciliation. Historiquement, l’ANC a toujours réclamé un règlement pacifique et négocié. Nous disions aussi, cependant, que si vous continuiez sur la voie de l’Apartheid, et que nous ne puissions vous arrêter, à tout le moins, vous le feriez alors sans notre consentement, sans notre accord en ce qui concerne l’économique, le culturel et le politique.

Camarades et amis, s’agissant de la justice pour les Palestiniens, de notre solidarité avec eux et de la coexistence de tous les peuples dans cette région, nous ne pouvons faire mieux que répéter les paroles de sagesse, exprimées avec une si grande clarté par notre propre dirigeant, Nelson Mandela :

« Quand, en 1977, les Nations unies ont voté la résolution inaugurant la Journée internationale de la solidarité avec le peuple palestinien, elles affirmaient reconnaître que des injustices et des violations flagrantes des droits humains étaient commises en Palestine. Dans la même période, les Nations-Unies ont pris une position forte contre l’apartheid et au fil des années, un consensus international s’est dégagé qui a contribué à mettre un terme à ce système inique. Mais nous ne savons que trop bien que notre liberté sera incomplète tant que les Palestiniens n’auront pas la leur, tant que ne seront pas résolus les conflits au Timor oriental, au Soudan et en d’autres parties du monde. L’Afrique du Sud est fière de faire partie de ce consensus international qui affirme le droit de la Palestine à l’autodétermination et à un État. Nous sommes déterminés à assumer notre humble contribution, dans les limites de nos ressources, pour aider à ce que la Palestine prenne sa juste place dans l’arène mondiale. » (11 août 1988)

« Les Sud-Africains comprennent la souffrance du peuple palestinien ; les Palestiniens continuent d’endurer l’humiliation et les difficultés économiques. Ceux qui vivent en exil, les réfugiés, ont été longtemps soutenus par leur espoir d’une fin au conflit, et de l’avènement d’un avenir meilleur. » (25 novembre 1988)

Voir notamment sur ce site :

- L’apartheid est en Israël plus qu’un système, c’est la conception même de l’État – Pierre Galand – NPA
- L’ancien président sud-africain, F. W. de Klerk, compare l’apartheid d’Israël à celui de l’Afrique du Sud – Progressive Alaska
- Mettre l’Apartheid israélien au coeur de la cible de la campagne BDS européenne – José-Luis Moraguès
- Pourquoi le boycott universitaire de l’université Ben Gourion par l’Afrique du Sud s’est-il enraciné ? – S. Vally, L. Boctor
- L’Apartheid à Hébron – Letty Cottin Pogrebin – The Jewish Forward
- Le boycott d’Israël par l’Afrique du Sud – Ronnie Kasrils
- Le grand et le petit apartheid d’Israël : la signification d’un Etat juif – Jonathan Cook
- Apartheid en Israël – Jaume Saladrigas – La Vanguardia (Esp)
- L’Afrique du Sud et Gaza – Alain Gresh – Le Monde diplomatique
- Apprendre de l’Afrique du Sud – Savera Kalideen & Haidar Eid – The Electronic Intifada
- Desmond Tutu plonge au cœur du conflit israélo-palestinien – Mehdi Lebouachera – The Guardian

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25 mars 2012 – MJC – traduction : Info-Palestine.net/JPP

Source Info-Palestine