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Des cas de boycotts, désinvestissements et sanctions contre Israël

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Rafeef Ziadah  – 4 août 2014 – Al Jazeera-America – 4 août 2014

Les succès du mouvement BDS jusqu’ici démontrent que la tactique est efficace.

Le massacre qui a lieu en ce moment dans Gaza doit être arrêté. Mais quand il aura pris fin, les Palestiniens ne peuvent accepter de revenir à une simple normalité. Pendant des décennies, le statu quo pour eux a été intolérable. À quoi bon revenir à sept années nouvelles de siège, à attendre un prochain massacre ? Vingt ans après la signature des Accords d’Oslo entre l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) et le gouvernement israélien, ce qu’a fait Israël c’est seulement de renforcer son emprise sur les territoires occupés. Avec plus de colonies, plus de confiscations de terres et la normalisation d’un régime d’apartheid.

Une autre voie est possible pour avancer. En 2005, 170 organisations de la société civile palestinienne – notamment les grands syndicats, les réseaux populaires et les partis politiques – ont mis en avant une vision alternative pour conquérir la liberté et la justice, basée sur la réaffirmation des droits de l’ensemble du peuple palestinien. Reconnaissant l’importance de l’unité du peuple palestinien, les exigences du mouvement de boycott, désinvestissement et sanctions (BDS) font pression sur Israël, non seulement pour qu’il mette fin à son occupation, mais aussi jusqu’à ce qu’il respecte l’égalité des Palestiniens en Israël et le droit des réfugiés à retourner dans leurs foyers.

L’appel BDS appelle la solidarité des peuples du monde entier à exercer une pression réelle, directe, sur Israël jusqu’à ce qu’il se mette en conformité avec les lois internationales, et à agir pour que cesse la complicité des entreprises et des gouvernements dans les violations israéliennes des droits humains. BDS s’appuie sur l’exemple de la lutte internationale contre l’apartheid en Afrique du Sud et sur l’histoire de la résistance palestinienne, enracinée dans les traditions locales d’autonomie, de soutien mutuel populaire et d’anti-normalisation.

Ce dont la plupart des gens ne se rendent pas compte, c’est qu’avec le soutien des syndicats, des groupes confessionnels, des organisations non gouvernementales et des mouvements populaires dans le monde, la campagne BDS s’est très répandue, et elle a obtenu des succès importants ces dernières années.

Des grands noms

Le nombre de grandes vedettes de la musique prêtes à se produire en Israël est en baisse. Gill Scott Heron, Elvis Costello, Roger Waters des Pink Floyd, Massive Attack et des centaines d’autres artistes ont choisi de soutenir le boycott culturel d’Israël en refusant d’y produire leur spectacle. Le physicien de renommée mondiale, Steven Hawking, a annulé sa présence à une conférence israélienne après des appels venant d’universitaires palestiniens.

L’action de la société SodaStream, à base israélienne, a perdu près de 50 % de sa valeur en dix mois quand des experts en investissements ont prévenu que la campagne internationale contre le fabriquant de machines à soda en faisait un investissement risqué. Des détaillants en Europe ont réagi à des manifestations devant leurs magasins par des groupes de solidarité Palestine en abandonnant les produits venant des colonies israéliennes et, dans certains cas, en coupant aussi les liens avec les exportateurs israéliens.

L’entrepreneur britannique en matière de sécurité, G4S, a indiqué qu’il allait mettre fin à son rôle dans les prisons israéliennes où les prisonniers politiques palestiniens sont détenus sans inculpation et soumis à la torture. La campagne internationale a rendu le soutien de cette entreprise à l’apartheid israélien trop coûteux ; des syndicats et des organismes publics à travers l’Europe ont annulé leurs contrats, et des investisseurs traditionnels comme la Fondation Bill et Melinda Gates, et la plus grande Église protestante traditionnelles aux États-Unis se sont désinvesties de l’entreprise à cause de la campagne.

La compagnie multinationale à base française Veolia a annoncé ce mois-ci qu’elle cédait la plus grande partie des aspects de ses affaires en Israël après que la campagne populaire qui s’oppose à sa fourniture de services d’infrastructure a persuadé des municipalités en Europe de boycotter la compagnie, ce qui lui en coûta des milliards d’euros. Veolia participe toujours à l’exploitation du tramway de Jérusalem, qui relie les colonies à l’ouest de Jérusalem, mais la pression qui se poursuit pourrait bien forcer la compagnie également à quitter Israël.

BDS est aussi considéré comme une méthode clé de solidarité par des croyants, poussant les grandes Églises occidentales à agir. En juin, l’assemblée générale de l’Église presbytérienne des USA a voté son désinvestissement de Caterpillar, Hewlet-Packard et Motorola Solutions, parce qu’elles fournissent des équipements et des services à l’occupation d’Israël. Et des groupes d’étudiants ont persuadé des syndicats étudiants aux USA et au Canada de soutenir le BDS, captant l’attention de la presse nationale sur le processus, et de nombreux syndicats étudiants européens et certaines universités ont instauré le boycott des produits israéliens et annulé des contrats avec des entreprises comme G4S.

« Menace stratégique »

Cet effort populaire est en train de créer un environnement dans lequel des grands investisseurs et institutions se sont sentis obligés d’agir. Au cours des douze derniers mois, une vague d’investisseurs européens, notamment les fonds de pension néerlandais géants PGGM et ABP, la Dankse Bank, la plus grande banque du Danemark, la banque norvégienne Nordea, et les fonds de pension d’État en Norvège et au Luxembourg, se sont totalement désinvestis des entreprises militaires, banques et entreprises israéliennes impliquées dans la construction des colonies.

Même si chacun de ces succès individuels peut, à lui seul, être présenté comme modeste, pris tous ensemble ils représentent une érosion significative du soutien international dont dépend l’impunité d’Israël. Ils pourraient même devenir le tremplin pour un isolement international décisif d’Israël, comme l’a été le mouvement BDS sud-africain dans les années 1980.

Trop conscients de cette réalité, les dirigeants israéliens ont décrit BDS comme une menace stratégique, ils ont fait voter une loi qui permet aux entreprises israéliennes de poursuivre en justice les partisans du boycott israélien et ils ont embauché dans leurs ministères et ambassades pour lutter contre le mouvement BDS. Le ministre des Finances israélien, Yar Lapid, a prévenu que « le statu quo allait frapper chacun de nous à la poche. » La Maison-Blanche a mis en garde contre « une possibilité d’isolement d’Israël ». Le mouvement BDS fait preuve d’une capacité à bouleverser l’équilibre des forces existant d’une façon qu’aucune autre stratégie n’a pu le faire depuis Oslo.

Alors que la solidarité internationale prépare ses campagnes, la diplomatie palestinienne devrait s’aligner sur les mêmes principes stratégiques. Après l’échec de la logique du processus de paix d’Oslo à apporter quoi que ce soit aux Palestiniens, la résistance et l’anti-normalisation doivent redevenir la pierre de touche de toutes les interactions avec Israël. Les sociétés qui tirent profit des crimes d’Israël, comme Veolia et G4S, doivent voir leurs contrats annulés partout au Moyen-Orient. En l’absence de solutions politiques, la seule force qui peut faire avancer les choses dans la bande de Gaza est la force du peuple qui se donne une puissance populaire.

Les récentes attaques contre Gaza ont eu lieu avec la totale complicité des gouvernements occidentaux, lesquels pendant des décennies ont refusé de sanctionner Israël pour son mépris flagrant du droit international. Même à la vue des massacres, l’unique réponse occidentale est une rhétorique vide. Cela souligne la nécessité urgente de repenser les stratégies palestiniennes et pro-palestiniennes d’une manière plus constructive que les scénarios répétés ces dernières décennies. Contrairement aux interminables sessions de négociations, BDS ne compte pas sur la conviction délirante d’une bonne volonté des gouvernements occidentaux et de la neutralité des institutions internationales. Alors que les actions d’Israël se poursuivent avec la même violence, la tâche de se doter d’une capacité à faire pression est plus urgente que jamais.

 

Rafeef Ziadah est militante des droits de l’homme, membre du Comité national palestinien pour le Boycott, Désinvestissement et Sanctions, et cadre dans l’organisation caritative War On Want.

 

Al Jazeera America : http://america.aljazeera.com/opinions/2014/8/boycott-divestmentsanctionsisraelgazahumanrights.html

Traduction : JPP pour BDS FRANCE

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