Home»MATERIEL»Lettres d'interpellation»Frank Barat: Sur le boycott d’Israël…et Charles Enderlin

Frank Barat: Sur le boycott d’Israël…et Charles Enderlin

1
Shares
Pinterest Google+
image_pdfimage_print

Sur le boycott d’Israël…et Charles Enderlin, par Frank Barat

Le mouvement B.D.S (Boycott, Désinvestissement et Sanctions), qui a débuté en 2005 après un appel de la société civile palestinienne et qui, depuis, a pris une ampleur importante a travers le monde, y compris en France et aux États Unis (ou la semaine contre l’apartheid israélien connaît un succès retentissant depuis son lancement), est encore aujourd’hui trop souvent l’objet de débats qui ne devraient pas avoir lieu d’être.

La désinformation au sujet de ce mouvement grandit avec le mouvement lui même, et se trouve parfois là ou on ne l’attend pas.

Monsieur Charles Enderlin, grand reporter de France 2 et l’un des journaliste les plus respectés en France par les citoyens solidaires avec le peuple palestinien, a à ce sujet, publié une tribune intitulée « Sur le Boycott d’Israël… » le 21 décembre dernier sur son blog.

Ce blog, a entraîné, dès sa publication, de nombreuses réponses, sur la page Facebook de Monsieur Enderlin, qui a lui même, par la suite, répondu aux gens concernés dans un autre billet, toujours sur son blog, sobrement intitulé « réactions ».

Etant l’une des personnes ayant contribué à alimenter cette discussion, et étant de plus cité dans plusieurs billets et commentaires de Monsieur Enderlin, j’ai donc pensé que la meilleure chose a faire était de répondre directement et globalement, à ses écrits.

Que ce soit dans le premier ou deuxième billet, Monsieur Enderlin, sans à aucun moment ouvertement prendre position pour ou contre BDS, donne le ton. L’autorité palestinienne n’appelle pas à un boycott global d’Israël (vrai, mais l’autorité Palestinienne n’a jamais dit qu’elle était contre celui-ci, comme l’entend M. Enderlin), les pro-BDS traitent Mahmoud Abbas de « collabo » « le mouvement BDS n’est donc pas antisémite parce que certains de ses militants le sont », l’un des objectifs du mouvement BDS -le droit au retour- va à « l’encontre du processus de paix », certains « pro-palestiniens ont parfois du mal à accepter des arguments contraires aux leurs» et enfin pour finir en beauté « les positions du BDS se rapprochent plus d’organisations dures comme celles du Hamas » (l’un des sous titres de son blog était d’ailleurs à l’origine « Le BDS plus proche du Hamas », monsieur Enderlin ayant changé cela suite à mon premier message).

Ensuite, lors d’échanges privés, et sur des commentaires sur Facebook, Monsieur Enderlin parle plus ouvertement. Affichant clairement sa réticence envers ce mouvement global de solidarité, Monsieur Enderlin parle « d’erreur » ou de « connerie ». Lors de sa récente visite au Québec, M. Enderlin, ce coup-ci en public, répète les mêmes choses. Il demande aussi au mouvement BDS de « nous faire part de sa position par rapport au plan de pays arabe ».

Ayant relu plusieurs fois les deux billets de M. Enderlin, ses réponses, et ses commentaires sur Facebook, une chose apparaît clairement. Comme beaucoup avant lui, comme la plupart de nos « dirigeants » et comme la majorité des médias dominant, M. Enderlin prend un point de vue « coté oppresseur ». Vous allez me dire que dire cela de quelqu’un qui a été traîné dans la boue et pire, à cause de son intégrité pendant l’affaire Al-dura, est mal placé. Mais laissez moi aller plus loin.

M. Enderlin, parle de « pro-palestiniens » sans jamais expliquer ce que cela veut vraiment dire. Une analyse simple voudrait donc dire qu’il y a des « pro-palestiniens » et des « pro-israéliens ». Qu’il y a donc deux « entités » ou « pays » ou encore « état » se battant pour une terre, une narrative, un objectif qui les mets en conflit. Cela renvoie a une notion de parité, ou d’équité. D’un conflit qui doit trouver une « solution » à travers un processus de paix équitable entre les deux parties. Pourtant, et M. Enderlin le sait bien, tout cela n’est que mythe. Le mouvement BDS est pro-justice ou encore pro-peuple. C’est un mouvement non discriminatoire qui veut que justice soit faite en terre de Palestine et qui s’appuie sur les concepts les plus basiques et les plus acceptés du droit international. Sur le terrain, il y a clairement un oppresseur et un opprimé, n’est ce pas ? Pouvons nous, dans ce cas là, vraiment parler de « pro » et de « contre » ? Notre rôle n’est t’il pas clairement de se positionner, de dépasser notre « neutralité » que ce soit de journaliste ou autre, et de parler d’un point de vue citoyen ?

M. Enderlin enfonce le clou en parlant des positions de l’historien israélien Ilan Pappé. Pour lui, les positions de Monsieur Pappé (qui appelle pour un état démocratique pour tous « une personne, un vote ») sont « anti-israélienne et n’engagent que lui ». Encore une fois, que veut dire M. Enderlin par là? Les 20% de palestiniens vivant en Israël (ayant la citoyenneté israélienne) n’aimeraient-t-ils pas avoir les mêmes droits que les Israéliens juifs ? N’aimeraient t’ ils pas vivre dans un état démocratique ? Et quid des israéliens juifs qui appellent au boycott d’Israël  et à un état commun ? Ces gens là sont-ils eux aussi, anti-Israéliens ?

A moins que Monsieur Enderlin ne parle des positions du «gouvernement Israélien », ou encore de la majorité des Israéliens juifs, ou peut-être même du mouvement sioniste? Cela n’est précisé nulle part.

De plus, pourquoi demander au mouvement BDS de prendre position sur le plan de paix Arabe, alors qu’Israël l’a rejeté a chaque fois qu’il a était mis sur la table ? Est-ce que cela changerait quelque chose ? Le mouvement BDS est-il si puissant que cela a ses yeux ? N’est-t-il pas plus important de poser ces questions à l’oppresseur ?

Monsieur Enderlin, en fin de compte, malgré qu’il réaffirme plusieurs fois, comme tout bon journaliste (exerçant dans les médias dominants), qu’il est « neutre », qu’il doit être « objectif » et ne pas prendre de « positions », fait tout le contraire.

Il prend clairement position contre le mouvement BDS, un mouvement qui je le rappelle émane du peuple palestinien même, de la société civile oppressée, un mouvement qui comprend la majorité des syndicats, des ONGs et des parties politiques palestiniens, un mouvement né après des années de lutte, un mouvement non violent. Il prend aussi position contre l’analyse de plus en plus courante qui parle de l’état d’Israël comme un état d’apartheid (analyse venant de juristes respectes comme John Dugard, Richard Falk, John Reynolds, mais aussi, récemment de parlementaires et de diplomates Européens ou encore de figures clefs du mouvement anti-apartheid, comme l’archevêque Desmond Tutu). Je lui pose donc la question : comment appeler une occupation de plus de 45 ans, ayant mis en place des lois différentes pour les palestiniens et les israéliens, des routes réservées aux colons? Comment expliquer la politique de judaisation en Israël même (Jérusalem mais aussi en Galilée), comment expliquer qu’un citoyen non juif n’a pas les mêmes droits qu’un juif alors qu’il est né dans le pays? Cela ne ressemble t’il pas à la définition même de la convention contre l’apartheid de 1973 ? Un régime institutionnalisé et systématique de discrimination et de domination d’un peuple envers un autre ?

Surtout, M. Enderlin se place du coté des gouvernements, du coté des puissants, des « décideurs » alors que les peuples de la planète entière ont compris (révolutions arabes, intifadas, occupy wall street, Zapatistes et bien d’autres) que leurs futurs leurs appartenaient, s’ils le voulaient bien. Que le messie politique n’arriverait pas, et que la démocratie, c’était eux. C’était nous.

Les 99%.

Cher Charles, si vous y réfléchissez bien, cela vous concerne aussi. Vous faites partie du peuple, malgré votre statut de journaliste. Quand l’heure aura sonné, les « gouvernants », vos « employeurs » et les « décideurs » ne regarderont pas derrière pour voir si vous tenez le coup ou pas. Ils vous abandonneront sans sourcilier. Nous serons là. Nous attendrons. Nous célébrerons le jour ou vous nous rejoindrez.

Et ne me dites pas que vous n’êtes pas un « militant » ou un « activiste ». A notre époque, militer et résister, veut aussi dire vivre. Tout simplement.

Frank Barat

Previous post

Nelson Mandela est mort mais l'apartheid est toujours vivant

Next post

The Lab, le film qui dérange.