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Huit années de BDS : où en sommes-nous depuis 2005 ?

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Huit années en contexte : les indicateurs BDS

Huit ans après l’Appel BDS de 2005, la question principale pour le mouvement est de savoir si la tactique est incorporée au sein d’une vision palestinienne et d’un engagement politique communs ? Il est important de cultiver une culture de résistance « interne » (au sein du territoire palestinien), qui alimente des actions aux niveaux « externes » (international). Plusieurs facteurs contribuent à l’état actuel d’inaction politique parmi la population palestinienne : la réforme en cours de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), des factions politiques palestiniennes fragmentées, le règne de l’Autorité palestinienne et la logique d’Oslo, la déception généralisée envers les résultats de la direction palestinienne et la croissance d’une « culture ONG » orientée vers les objectifs des donateurs plutôt que vers des préoccupations collectives. En conséquence, les valeurs nationales palestiniennes de lutte pour la libération ont reculé.

Nous attendons, et espérons, que le mouvement BDS jouera un rôle important dans la relance des valeurs de résistance, marginalisées par l’approche d’Oslo (1). Cependant, l’impact du BDS « interne » ne peut être un facteur déterminant dans la fin de l’apartheid et la garantie de justice, puisque la capacité de s’extraire du système est à bien des égards impossible (2). Au contraire, le boycott, le désinvestissement et les sanctions vont réussir en recueillant un élan de l’étranger – en motivant des gouvernements de pays tiers, le secteur privé et la population internationale d’agir en leur responsabilité pour lutter contre l’injustice. Dans le même temps, alors que le BDS se nourrit de et évolue avec une aide extérieure, il doit dériver de l’activisme palestinien lui-même, au sein d’un groupe de pression palestinien. Ainsi, l’engagement palestinien et la participation à des campagnes BDS, reste la clé de voûte pour mobiliser une solidarité internationale effective.

Sur le plan international, cependant, la question de savoir si le mouvement BDS s’est déplacé de l’organisation d’actes de soutien symbolique à l’influence des décideurs politiques et de l’opinion publique, n’est pas encore claire. Bien que la sensibilisation de la population soit croissante, et que les initiatives argumentées visant des produits, des événements ou des sociétés spécifiques, soient de plus en plus prolifiques, ces activités n’ont pas encore atteint le point où les États et les gouvernements se retrouvent contraints d’aligner de manière significative leurs politiques avec les droits de l’homme. Des petits changements, comme les directives de financement de l’Union européenne pour 2014, montrent l’influence potentielle que pourrait avoir le BDS. Le succès du mouvement BDS sera évalué par sa capacité à mettre internationalement les droits des Palestiniens à l’ordre du jour des élections locales.

En plus de causer des changements de politique au niveau international, l’impact du mouvement BDS sera évalué par l’engagement palestinien au mouvement, et la capacité du BDS à soutenir une renaissance des valeurs nationales et de la culture de résistance chez les communautés palestiniennes. En outre, l’efficacité du BDS est étroitement liée au maintien des priorités palestiniennes – à savoir, les trois principes fondamentaux énoncés dans l’Appel BDS de 2005 (3) – contre les pressions visant à minimiser ces priorités en provenance des intervenants internationaux, y compris des militants, Etats tiers et ONG bien intentionnés.

Faire progresser le BDS avec une conscience politique et une boussole morale, est un combat qui a besoin d’une évaluation régulière et d’une critique constructive. De telles pratiques aideront à faire en sorte que le BDS reste l’un des principaux outils pour promouvoir les droits des Palestiniens et réaliser la libération.

Table des matières :

Ce numéro d’al-Majdal comprend quatre analyses du BDS comme tactique, suivies par quatre exemples de campagnes BDS en cours.

Manar Makhoul décrit les caractéristiques du discours BDS au cours des huit dernières années, avec quelques suggestions sur les objectifs du mouvement à l’avenir. En complément de l’article de Manar, Amjad Alqasis se demande où est passé le « S » du BDS, développant une présentation de BADIL lors de la conférence BDS annuelle qui s’est tenue à Bethléem au début de cette année. Steven Friedman relie l’expérience de l’Afrique du Sud de la lutte anti-apartheid, qui a finalement conduit à des sanctions étatiques sur le régime d’apartheid, à celle de la Palestine. Après avoir posé la centralité d’une base populaire à la campagne de boycott, Friedman propose deux voies pour centrer la campagne palestinienne BDS sur des « politiques efficaces » : un large appel et une organisation bien développée. Dans une réédition de la critique de Nimer Sultany de 2011, le commentaire détaille trois pièges intellectuels à surveiller et à réparer sur la route d’un boycott collectif.

Des universitaires du monde entier ont lancé une campagne BDS contre la conférence d’histoire orale qui se tiendra à l’Université hébraïque en 2014. Rosemary Sayigh détaille le rôle de l’université dans les violations des droits de l’homme et démontre la responsabilité de l’enseignement de ne pas s’abstenir d’une telle complicité. Aneta Jerska, Coordinatrice du Comité de Coordination européen pour la Palestine, cartographie les défis et les opportunités pour l’activisme BDS à travers le continent (4). En particulier, Jerska évalue les directives de l’Union européenne récemment publiées, qui exigeront de l’UE de distinguer le territoire palestinien occupé dans les budgets de financement post-2014. Dans son article, une militante belge, Sophie Abdellah, parle de « casser un mur de briques » au sujet de la campagne BDS. Le « mur de briques » renvoie à la résistance parmi certaines populations occidentales à entendre parler du statut de paria d’Israël au sein de la communauté juridique internationale. Abdellah décrit la formule que certains militants ont appliquée pour franchir cette barrière. L’auteur démontre l’adaptabilité des militants BDS en Belgique et leur utilisation d’une communication efficace et ciblée. Enfin, Bisan Mitri évalue le potentiel de mise en œuvre du BDS dans le secteur du tourisme palestinien dans le territoire palestinien occupé. Mitri documente les recommandations d’un atelier sur le BDS et le tourisme palestinien, qui s’est tenu à Bethléem.

Pour faire avancer un changement dans l’opinion publique, les priorités du mouvement BDS doivent être ancrées dans les besoins du peuple palestinien. Une tâche difficile, une première étape serait de délimiter clairement la voie pour que les non-Palestiniens puissent remplir un rôle de soutien, de solidarité de principe. Dans le même temps, en ce moment de vide dans la représentation palestinienne, le mouvement BDS doit se retenir d’outrepasser les frontières entre son rôle en tant que tactique de résistance, et celui de représentant des Palestiniens.

Notes de lecture :

(1) L’approche d’Oslo se caractérise par sa facilitation de la domination des Palestiniens par les Israéliens. Dans la pratique, la rhétorique de l’Autorité palestinienne des « négociations », dérivée du processus d’Oslo, accompagne la poursuite de la colonisation violente de la Palestine et fournit un moyen de limiter les initiatives palestiniennes (de la planification urbaine, à la protestation publique), soit un double standard acide.

(2) Cela ne diminue pas la responsabilité des Palestiniens de l’intérieur à développer des alternatives qui ne reposent pas sur les institutions israéliennes, et à promouvoir le BDS au niveau local.

(3) Les trois principes énoncés dans l’Appel de 2005 sont : 1. Mettre fin à l’occupation et à la colonisation de toutes les terres arabes et démanteler le Mur ; 2. Reconnaitre les droits fondamentaux des citoyens Arabes-palestiniens d’Israël à une égalité absolue ; et 3. Respecter, protéger et promouvoir les droits des réfugiés palestiniens à revenir dans leurs maisons et propriétés, comme énoncé dans la résolution 194 de l’ONU. Ces principes peuvent être trouvés à http://www.bdsmovement.net/call.

(4) Aneta Jerska, coordinatrice  du Comité de Coordination Européen pour la Palestine : « Campaigning for Palestinian Rights in Europe », en anglais sur BADIL – al Majdal, en français sur BDS-France.

Source : Badil

Traduction : SB pour Etat d’Exception et ISM

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