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Le boycott des institutions universitaires israéliennes – Conseils aux anthropologues

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Les Anthropologues pour le boycott des institutions universitaires israéliennes sont un groupe d’universitaires concernés, faisant partie du mouvement mondial grandissant qui appelle aux Boycotts, Désinvestissement et Sanctions (BDS) contre l’État d’Israël. Le mouvement de boycott vise à mettre fin aux violations généralisées, méthodiques, et de longue date, par Israël, des droits du peuple palestinien que celui-ci soit en exil, sous occupation, ou relégué à une citoyenneté de deuxième classe. Le boycott universitaire s’attache particulièrement aux violations par Israël du droit des Palestiniens à l’éducation et à la liberté universitaire, ainsi qu’à la complicité de l’institution universitaire israélienne dans ces injustices systémiques.

Nous menons campagne pour que l’Association américaine d’anthropologie (AAA) approuve et adopte le boycott universitaire. Ce boycott exigerait de l’AAA, en tant qu’organisation, de ne pas collaborer avec les institutions universitaires israéliennes. Le boycott n’empêcherait aucunement les universitaires israéliens, en tant que personnes, de participer aux activités de l’AAA, et n’imposerait pas davantage la moindre exigence ou restriction sur les relations personnelles de membres de l’AAA avec des universitaires ou institutions israéliens.

Plus de 1100 anthropologues se sont déjà engagés à boycotter les institutions universitaires israéliennes à titre individuel. Pour les universitaires, à titre personnel, le boycott englobe la collaboration à des projets et des évènements impliquant des institutions universitaires israéliennes ; l’enseignement ou la participation à des conférences et à d’autres évènements dans de telles institutions ; et la publication dans des revues universitaires basées en Israël. Par leurs actions, les anthropologues, en tant que personnes, peuvent montrer à l’AAA que le boycott universitaire n’est pas seulement une question d’urgence éthique et politique, mais qu’il est encore réalisable, et qu’il est effectivement déjà en cours, en pratique, bien que sans avoir la visibilité et l’impact qu’un boycott d’organisations pourrait lui donner.

Ce document délivre des conseils pour aider les anthropologues à mettre en application le boycott à titre personnel. Il comprend des principes généraux et des suggestions pour faire face à des questions spécifiques, et il s’appuie sur les lignes directrices de juillet 2014 publiées par la Campagne palestinienne pour le boycott universitaire et culturel d’Israël (PACBI). Les conseils contenus ici concernent seulement les individus qui font le choix de respecter le boycott ; tout futur boycott adopté par l’AAA, en tant qu’organisation, ne régirait pas la conduite de ses membres et par conséquent, n’intégrerait pas ce matériel.

Ce document ne couvre pas toutes les éventualités. Il vise plutôt à fournir un cadre utile pour aider les universitaires à prendre des décisions avisées, pratiques, pour eux-mêmes, dans la mise en œuvre du boycott. Dans cette optique, nous nous sommes inspirés des principes de responsabilité professionnelle de l’AAA, lesquels « abordent les circonstances, les priorités et les relations générales, et fournissent également des exemples spécifiques utiles qui devraient être examinés dans un travail anthropologique et une prise de décision éthique. L’anthropologue, en tant que personne, doit être disposé à faire des choix éthiques soigneusement étudiés, et être prêt à préciser les hypothèses, faits et considérations sur lesquels ces choix sont basés ».

Les principes généraux

Les buts

Le boycott universitaire est un acte de protestation contre la dépossession, l’occupation et la discrimination systématiques que vit le peuple palestinien aux mains de l’État d’Israël, y compris et surtout les violations du droit à l’éducation et à la liberté universitaire. Pour les universitaires en relation avec les États-Unis, le boycott est également un moyen important pour s’opposer au soutien militaire, financier et politique inconditionnel de Washington à Israël. Enfin, le boycott est une expression de solidarité avec nos collègues palestiniens, qui nous ont fait appel pour qu’on les aide à assurer leurs droits universitaires et éducatifs fondamentaux.

Israël bénéficie de relations étroites avec les États-Unis et de nombreux pays d’Europe, et notamment de liens universitaires. En tant qu’universitaires, nous sommes bien placés pour perturber ces relations, comme un moyen de signaler aux gouvernements israéliens et états-unien que leurs actions ne sont pas légitimes et que nous refusons de continuer à faire « comme si de rien n’était » en de telles circonstances.

Dans le même temps, le boycott est conçu pour permettre de la souplesse et rendre possibles des activités d’une résistance commune soutenant des collègues dans les institutions israéliennes qui militent sans relâche pour s’opposer aux actions de l’État. Dans tous les cas, nous espérons que les universitaires seront en mesure de porter des jugements éclairés sur la meilleure façon d’apprécier le but, qui est de refuser une légitimité aux institutions israéliennes, en fonction du besoin d’une souplesse individuelle.

Pour faire face à toute situation non couverte par ce document, il est préférable de garder à l’esprit le but global qui est de protester contre les actions illégales d’Israël et de faire pression sur les institutions israéliennes, tout en conservant quelque souplesse pour soutenir des alliés sur le terrain. Nous encourageons les universitaires à traiter ce qui suit comme un guide et un additif aux lignes directrices de PACBI et aux principes de responsabilité professionnelle de l’AAA, alors qu’ils appliquent le boycott dans leur propre vie professionnelle.

Qui peut participer au boycott ?

Tout universitaire peut rejoindre le boycott universitaire, même si ce document est écrit avec à l’esprit les anthropologues.

Ce boycott ne demande pas aux citoyens israéliens ni aux Palestiniens vivant sous le régime israélien d’y participer.

À qui le boycott s’applique-t-il ?

Le boycott s’applique à l’État israélien et aux institutions universitaires israéliennes telles que les universités, collèges, instituts de recherche, associations universitaires, groupes de réflexion, publications et maisons d’édition, à moins qu’ils n’aient reconnu (1) les droits inaliénables du peuple palestinien en vertu du droit international et qu’ils n’aient agi (2) pour mettre fin à toute complicité avec la violation de ces droits.

En cas de doute quant à savoir si une institution est touchée par le boycott, les universitaires devraient apprécier quelle est la meilleure façon de faire avancer les buts du boycott tels qu’exposés par la société civile palestinienne. Ils peuvent aussi consulter PACBI pour recueillir des conseils, sur pacbi[at]pacbi.org.

Les universitaires peuvent individuellement aussi souhaiter étendre le boycott à des institutions et évènements non israéliens explicitement engagés dans le soutien à l’État d’Israël et à sa politique.

À qui le boycott ne s’applique-t-il pas ?

Le boycott ne s’applique pas aux universitaires israéliens qui agissent à titre individuel. La simple affiliation d’universitaires israéliens à une institution universitaire israélienne ne constitue pas un motif pour les boycotter. De la même manière, le fait que des universitaires israéliens reçoivent des fonds de leur gouvernement ou de leur institution en soutien à leurs activités universitaires, comme participer à des conférences internationales, n’est pas en soi un motif pour les boycotter.

Une collaboration avec des universitaires israéliens, en tant que personnes, sur des projets recevant des fonds de l’État d’Israël ou d’institutions universitaires israéliennes est généralement touchée par le boycott. De telles collaborations, cependant, ne sont pas touchées par le boycott si le financement officiel va simplement à des participants israéliens et si le projet ne légitime pas les institutions israéliennes par une reconnaissance ou des remerciements publics pour le soutien.

La déclaration publique des actions de boycott

Le boycott est un acte de protestation. En conséquence, nous proposons que tout refus de participer à une activité, parce qu’on la boycotte, doit être annoncé publiquement si possible avec les motifs de ce refus.

Boycotter « silencieusement » en invoquant des raisons sans lien avec le boycott, ou sans en donner la moindre raison, fait perdre beaucoup de son efficacité à la recherche du but qui est de mettre une pression publique sur les institutions universitaires israéliennes. Les Anthropologues pour le boycott des institutions universitaires israéliennes sont ravis d’accueillir de telles déclarations sur leur site, et elles peuvent leur être adressées à anthroboycott[at]gmail.com.

Il y a certaines circonstances où les universitaires peuvent ne pas pouvoir faire de telles déclarations publiques. Celles et ceux qui risquent des représailles s’ils se déclarent publiquement comme soutenant le boycott doivent soigneusement évaluer leur situation, surtout s’ils craignent de se voir refuser l’entrée en Palestine/Israël et s’ils ont besoin de s’y rendre pour leur travail, la famille ou pour toute autre raison. De même, les étudiants et celles et ceux en situation d’emploi précaire peuvent aussi souhaiter soupeser avec beaucoup d’attentions les conséquences d’une déclaration publique.

La portée du boycott

Les évènements universitaires

Les évènements universitaires parrainés par Israël ou les institutions universitaires israéliennes, ce qui inclue les conférences, les colloques, les ateliers et les expositions de livres ou de musées, doivent être boycottés, qu’ils aient lieu en Israël/Palestine ou à l’étranger. Les universitaires invités à participer à un évènement pouvant être soumis au boycott devraient envisager plutôt d’intervenir en un autre lieu proche, comme un moyen pour attirer l’attention sur le boycott et sur plus de collaboration avec les alliés qui militent activement pour mettre fin aux injustices d’Israël. Pour plus d’informations sur la façon de déterminer si un lieu alternatif est compatible avec le boycott, voir la section ci-dessus : « À qui le boycott s’applique-t-il ? ».

Les affiliations universitaires

Les nominations et autres affiliations universitaires avec les institutions israéliennes sont touchées par le boycott et devraient en conséquence être refusées. Ceci comprend les nominations de chercheurs et d’enseignants dans les universités et collèges, les inscriptions dans des programmes éducatifs (qu’ils confèrent des diplômes universitaires ou non), et l’appartenance à des associations universitaires israéliennes.

Les honneurs, prix, et récompenses

Les honneurs, prix et récompenses décernés par Israël et les institutions universitaires israéliennes devraient être refusés.

Les publications

Les publications dans des revues, dans la presse, ou d’autres publications universitaires israéliennes sont touchées par le boycott, comme le sont les publications publiées sous l’égide de l’État d’Israël ou les institutions universitaires israéliennes. Le boycott exclue aussi de siéger dans un comité de rédaction ou d’être membre du personnel de telles publications, ou d’y participer en tant que critique ou commentateur externe.

Le boycott n’empêche pas les auteurs israéliens de publier dans des publications non israéliennes.

Le financement

Le boycott touche la réception de fonds en provenance de l’État d’Israël et des institutions universitaires israéliennes. En outre, les projets, les évènements universitaires, et les activités qui reçoivent des fonds d’Israël ou des institutions universitaires israéliennes devraient être boycottés. Pour les collaborations avec des universitaires israéliens, en tant que personnes, qui reçoivent des fonds de l’État ou des institutions, voir la section ci-dessus : « À qui le boycott ne s’applique-t-il pas ? ».

Le service universitaire

Le travail de service universitaire pour les institutions israéliennes est généralement touché par le boycott. En conséquence, les universitaires qui sont sollicités pour siéger à des comités de doctorat, ou pour intervenir en tant qu’examinateurs ou critiques externes pour des dissertations, thèses ou des départements, devraient examiner les lignes directrices du BDS et bien évaluer leurs recommandations avant d’accepter de telles demandes.

Écrire des lettres d’admission, d’embauche, de promotion ou de titularisation aux institutions israéliennes devrait également être examiné à la lumière des lignes directrices du BDS. Il est conseillé aux universitaires qui souhaitent, en tant que personnes, écrire ces lettres pour des étudiants ou des collègues de ne pas adresser ces lettres aux institutions israéliennes (afin de ne pas légitimer ces dernières) et plutôt, à la place, d’utiliser un service dossier comme Interfolio.

Le mentorat ou le conseil informels d’universitaires dans les institutions israéliennes ne sont pas touchés par le boycott, ni la rédaction de lettres de référence pour des emplois ou des bourses dans les institutions non israéliennes.

La recherche

Conduire des recherches en Israël/Palestine n’est pas, en soi, touché par le boycott. Si la réalisation de ces recherches dans des infrastructures israéliennes, telles que les archives, n’implique aucune affiliation officielle avec ces infrastructures (par exemple, sous la forme d’un statut d’invité), alors, l’activité n’est pas soumise au boycott.

Si la recherche exige l’autorisation de l’État d’Israël ou d’institutions universitaires israéliennes, alors, le fait de solliciter une telle autorisation est généralement compatible avec le boycott, tant que le boycott n’est pas violé d’une toute autre façon. Par exemple, si une condition préalable pour une licence de recherche consiste à accepter de collaborer avec les institutions universitaires israéliennes ou à participer à des conférences universitaires israéliennes, alors les universitaires devraient boycotter.

À noter qu’en vertu des principes juridiques internationaux, Israël devrait s’abstenir de mener des fouilles archéologiques dans les territoires occupés, notamment à Jérusalem-Est et sur le plateau du Golan. Par conséquent, une demande de licence en provenance d’Israël pour des fouilles, quelles qu’elles soient, dans les territoires occupés en 1967 est touchée par le boycott.

Source: Aurdip http://www.aurdip.fr/le-boycott-des-institutions.html

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