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Les cinémas Utopia déprogramment un film israélien

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Les cinémas Utopia déprogramment un film israélien : « Il passera lorsque le blocus de Gaza sera levé »

9 juin 2010. Sur Le Post, la co-fondatrice du réseau français de cinémas indépendants explique sa décision.

A 5 heures de Paris, film israélien qui se déroule dans la banlieue ouvrière de Tel-Aviv, ne sera pas diffusé sur les écrans des cinémas d’Art et Essai Utopia, rapporte France Info.
La raison? Utopia veut marquer sa désapprobation avec l’attaque de l’armée israélienne contre la « Flottille de la liberté », lundi dernier.
Interrogé par France Info, un représentant de Memento Films, le distributeur de A 5 heures de Paris, estime que cette déprogrammation n’est « pas une bonne idée ». Il juge « déplacé » de « stigmatiser les peuples pour ce que font leur gouvernement ».
Sur Le Post, Anne-Marie Faucon, co-fondatrice du réseau français de cinémas indépendants Utopia, explique sa démarche. « Oui, c’est une décision politique », dit-elle. « Les peuples ne sont pas impuissants face aux gouvernements, ils peuvent réagir et c’est ce que nous faisons ».

Pourquoi avez-vous choisi de déprogrammer A 5 heures de Paris? Est-ce une décision politique?
« Oui, c’est une décision politique. Au moment où nous rédigions notre gazette pour présenter nos films, nous avons appris l’agression du navire par l’armée israélienne. On s’est dit ‘Qu’est-ce qu’on peut faire?’. Nous avons alors décidé de déprogrammer le film, qui est par ailleurs un bon film, ni politique, ni polémique. Nous avons aussi pris la décision de projeter Rachel, une oeuvre cinématographique dont l’action est située à Gaza. Cette projection sera suivie d’un débat. »

Utopia a longue tradition de liberté d’expression et d’ouverture au débat d’idées. Est-ce que cette annulation de programmation ne va pas à l’encontre de vos principes?
« Non, absolument pas. On peut toujours passer A 5 heures de Paris un jour ou l’autre. Nous le programmerons lorsque le blocus de Gaza sera levé. Notre démarche est un appel à la réflexion et à la liberté. C’est aussi un message aux réalisateurs israéliens, pour les inciter à réfléchir à ce qui se passe dans leur pays. Les cinéastes qui travaillent avec des fonds israéliens cautionnent, dans un sens, la politique de leur pays. »

Le distributeur d’A 5 heures de Paris estime que votre démarche « stigmatise les peuples pour ce que font leur gouvernement ». Que répondez-vous?
« Il faut arrêter d’imaginer que les peuples sont impuissants face aux politiques. Les Israéliens votent, ce sont eux qui ont élu un gouvernement d’extrême-droite. Ils sont donc partie prenante de ce qui se passe. Les individus peuvent réagir, c’est d’ailleurs ce que nous faisons en déprogrammant le film. Si tout le monde tire le signal d’alarme, ça peut avoir une incidence. Les peuples ne sont pas impuissants face aux gouvernements. »

Source : http://www.lepost.fr/article/2010/06/04/2099839_les-cinemas-utopia-deprogramment-un-film-israelien.html


L’« affaire Utopia » autour du film israélien : une polémique obscène

Par Simone Bitton | Cinéaste | 14/06/2010

Les échos du brouhaha autour de la déprogrammation du film « A cinq heures de Paris » par le réseau de salles Utopia – et son remplacement par mon film « Rachel » – me sont parvenus tardivement, plus d’une semaine après le début de cette étonnante polémique. Je suis actuellement au Maroc où j’enseigne à l’école de cinéma de Marrakech, et ne suis bien entendu pour rien dans cette initiative des animateurs d’Utopia, de même que mon producteur ou mon distributeur français , qui me disent avoir simplement remarqué une très légère hausse dans le volume des demandes d’exploitation du film, tant en France qu’à l’étranger, ce qui est tout à fait normal s’agissant d’un film dont le sujet résonne fortement avec l’actualité.

Tout comme Leon Prudovsky (le réalisateur du film déprogrammé), je ne contrôle pas la distribution de mes films , ces choses se passent entre exploitants et distributeurs. Comme lui, il m’est arrivé à plusieurs reprises d’avoir la mauvaise surprise d’apprendre qu’une sortie en salles ou une diffusion télévisée d’un de mes films était annulée ou repoussée afin de laisser place à un autre film, à une rediffusion ou à une émission spéciale suite à tel ou tel événement.

Ce sont des choses désagréables qui arrivent souvent dans notre métier, mais s’agissant de « A cinq heures de Paris », qui bénéficie d’une sortie française sur une cinquantaine d’écrans, cette déprogrammation n’a rien de dramatique, d’autant que le film sera montré dans les salles Utopia un peu plus tard.

Une Israélienne remplace un Israélien !

Je ne connais pas Léon Prudovsky, mais j’ai lu quelque part que tout en étant « un peu attristé » par cette mésaventure , il n’en fait pas lui-même un si grand cas, et ce n’est pas lui, ni son distributeur, qui ont initié la polémique un peu grotesque qui voudrait faire de lui la victime d’un terrible acte de censure « antisémite ». Il faut dire que s’agissant d’antisémitisme, il y a plus caractérisé que de remplacer le film d’un Israélien par le film d’une Israélienne !

« Rachel », qui est distribué en France depuis quelques mois, est une enquête cinématographique sur la mort de Rachel Corrie, une jeune pacifiste américaine écrasée par un bulldozer militaire israélien dans la bande de Gaza en mars 2003, alors qu’elle tentait d’empêcher la destruction d’une maison palestinienne.

Rachel était la première militante internationale a payer de sa vie son engagement non-violent aux côtés des Palestiniens, et c’est pourquoi l’un des bateaux de la flotille militante arraisonnée par l’armée israélienne, avec les conséquences tragiques que l’on sait, portait son nom.

On comprendra aisément que j’ai été – et que je suis encore – particulièrement choquée par la mort des passagers du « Marmara » et l’arraisonnement du « Rachel Corrie ».

On comprendra aussi qu’après avoir enquêté pendant trois ans sur la mort de Rachel Corrie pour réaliser mon film, et en particulier après avoir enquêté sur l’enquête militaire interne israélienne particulièrement baclée qui avait suivi cette tragédie, je suis assez bien placée pour pouvoir apporter un éclairage circonstancié sur les événement actuels.

Mais, fort étrangement, si j’ai bien été sollicitée ces derniers jours par quelques journalistes français, c’était en général pour me demander de réagir à « l’affaire Utopia », et pas à l’assassinat de neuf militants pacifistes par l’armée israélienne, des militants qui ressemblaient à Rachel, et qu’il me semble connaître sans même savoir leurs noms.

Je n’ai pas envie de participer à cet emballement médiatique bien franchouillard, avec son cortège de formules passe-partout inlassablement recyclées dans la centrifugeuse des échanges de communiqués, de pétitions, de tribunes et d’invectives.

Une polémique dérisoire et obscène

Si j’écris ce petit texte, plutôt que de répondre à ces sollicitations qui me consternent, c’est simplement pour dire combien tout cela me parait bien dérisoire, déplacé et quelque peu obscène. Des dangers de « l » importation du conflit » et autres « amalgames », jusqu’à la sanctifictation de la « diversité culturelle », en passant par la dénonciation rituelle de la « censure » , du « boycot », et de l » « antisémitisme qui avance masqué sous l’antisionisme ».

Tout ce ronflement de mots creux autour de cette petite affaire de remplacement d’un film par un autre dans quelques salles de cinéma en France, tout cet espace médiatique envahi par ce non-événement alors que les corps des victimes de l’assaut meurtrier sont à peine enterrés et que la place manque pour parler d’eux, raconter leurs courtes vies, enquêter sur leur mort, démonter la machine de propagande bien huilée qui s’est mise en branle immédiatement pour transformer des commandos d’elite armés jusqu’aux dents en pauvres gamins agressés et des pacifistes assassinés en dangereux suppots du terrorisme international – en bref : pour informer sérieusement sur l’essentiel plutôt que de se vautrer dans l’accessoire.

Les soldats qui ont donné l’assaut au « Marmara » dans les eaux internationales et ceux qui ont « interrogé » les survivants menés contre leur gré en Israël ont confisqué leurs appareils photos, leurs caméras, leurs téléphones portables qui avaient enregistré des images terrifiantes. Images dévastatrices, non pas pour « l’image d’Israël » (cet autre formule creuse affectionnée par les commentateurs du vide), mais dévastatrices tout court.

Certaines de ces images ont été sauvées de l’anéantissement et circulent sur le web. Très peu de médias français les publient. Ceux qui ouvrent généreusement leurs colonnes à « l’affaire Utopia » et aux pourfendeurs de la « censure » n’ont curieusement plus de place pour elles, ou ne les trouvent pas aussi intéressantes qu’un énième rabâchage paranoïaque, un énième texte prétentieux et donneur de leçons à un petit circuit de salles indépendants.

On se demande : qui censure qui et qui boycotte quoi ?

Utopia accueille des films du monde entier

Et pourquoi ce déferlement de réactions furieuses – même ministérielles ! – à l’encontre d’une équipe qui accueille depuis belle lurette des films d’auteurs du monde entier, et parmi eux beaucoup de films israéliens et palestiniens de qualité, en les gardant à l’affiche plusieurs semaines alors que les gros circuits s’en débarrassent dès qu’un film plus rentable financièrement pointe le bout de son nez ?

Une équipe qui pousse le respect des œuvres et des cinéastes jusqu’à expliquer et à assumer ses choix , ses hésitations, ses coups de gueule et ses élans de solidarité alors que d’autres se contentent de relayer les dossiers de presses fournis par les distributeurs, toutes choses rarissimes et d’autant plus précieuses.

Traiter les gens d’Utopia de « censeurs » et de « boycotteurs de culture », c’est grotesque. Pour offrir à leur public un regard personnel venant d’Israël, ils ont fait, cette semaine, le choix peu lucratif du documentaire plutôt que celui de la fiction. N’est-ce pas cela, aussi, qui dérange ? N’est-ce pas cela qui fait peur ?

Lundi matin, je retrouverai mes étudiants marocains, et je me replongerai avec eux dans le travail riche et intense de leur initiation à la pratique du mode d’expression qui est le mien. Ensemble, nous ouvrons les yeux sur les réalités qui nous entourent, nous apprenons à les décrypter et à les restituer par le prisme de nos regards subjectifs.

Jour après jour, lors de longues journées de tournage dans la chaleur, la poussière et l’éblouissement des couleurs, nous nous exposons à la splendeur des paysages, à la richesse des traditions et des dialectes, à l’humour populaire et au raffinement des lettrés mais aussi, et parfois sans transition, à la misère des douars, à la détresse des pauvres, aux contraintes et aux interdits imposés par des politiques effrayés par la parole des citoyens.

Aider leurs spectateurs à ne pas être dupes

Nous mettons les propagandes et les discours officiels à l’épreuve du réel, en nous gardant bien de tomber dans le piège de la dénonciation manichéenne et de la manipulation des discours. Bref, nous faisons, jour après jour, l’apprentissage toujours renouvelé de la rigueur documentaire, tout en restant avant tout des artistes, des poètes, des magiciens de l’image, des sons, de la musique.

Nous apprenons à raconter une histoire en laissant une place à l’imaginaire du spectateur. Et chaque soir, lorsque nous revenons dans nos univers familiers, c’est avec un regard neuf, lavé par le chemin accompli vers l’autre, que nous reprenons contact avec les représentations médiatiques de l’actualité.

Nous sommes alors en condition de mesurer, le plus souvent, l’accablante superficialité de ces représentations . Comme je le dis souvent à ces jeunes gens qui ont choisi le cinéma : nos films n’ont pas le pouvoir de changer le monde. Mais ils ont certainement celui d’aider leurs spectateurs à ne pas être dupes de la représentation médiatique du monde.

Source Rue89 : http://www.rue89.com/bitton/2010/06/14/laffaire-utopia-autour-du-film-israelien-une-polemique-obscene-154777


Merci Utopia !

16 juin 2010

Nous soussignés, citoyens israéliens, cinéastes, enseignants et ouvriers de la culture, nous souhaitons remercier le circuit des salles Utopia pour leur décision de décaler la programmation du film israélien “A 5 heures de Paris” et de programmer le film “Rachel” en réaction à l’attaque menée par l’armée israélienne sur la flottille de la Liberté. “Rachel”, de la cinéaste marocaine-israélienne-française Simone Bitton, raconte l’histoire de Rachel Corrie, une militante américaine de 23 ans écrasée par un bulldozer de l’armée israélienne alors qu’elle se posait en bouclier humain pour les habitants de Gaza. Un des bateaux de la flottille “Free Gaza” repoussée par les bulldozers israéliens portait le nom de Rachel Corrie. La décision du réseau Utopia a été prise au moment où le bateau “Rachel Corrie” faisait route vers la Bande de Gaza sous blocus et alors que la comédie sentimentale “A 5 heures de Paris” sort dans 50 salles à travers la France.

Nous voyons dans la décision d’Utopia la continuation d’une longue tradition de programmation de films israéliens et palestiniens et d’un engagement profond aux côtés de la culture, des spectateurs et des cinéastes. C’est à la lumière de cet engagement qu’Utopia a modifié son programme et a proposé à ses spectateurs de connaître en profondeur la réalité à Gaza – à travers les yeux d’une cinéaste israélienne. Il ne s’agit pas de censure. Personne n’appelle au boycott des artistes israéliens. Il s’agit d’un acte de solidarité citoyenne, solidarité avec les civils palestiniens de Gaza, avec les membres du mouvement international de solidarité et avec des citoyens israéliens comme nous, qui aspirent à une vie fondée sur l’égalité et la justice en Israël-Palestine.

Malheureusement, la machine de propagande israélienne utilise également la création artistique, y compris le cinéma, pour donner d’Israël l’image d’un Etat démocratique et éclairé, afin de camoufler des crimes de guerre, la ségrégation, l’occupation et la répression. L’establishment israélien inaugure des campagnes de “repositionnement” publicitaire et des opérations d’image de marque en collaboration avec le ministère des affaires étrangères et celui de la culture, alors qu’en Israël, la ministre de la culture répète que « le cinéma israélien prouve à chaque fois que la culture est la meilleure ambassadrice de l’Etat”. La même ministre s’en prend violemment et publiquement à toute critique de l’occupation et de l’apartheid, que celle-ci soit exprimée par des artistes citoyens israéliens ou étrangers.

Le gouvernent israélien emploie un appareil de terreur et de censure contre toute possibilité d’expression artistique palestinienne libre. Cet appareil persécute des artistes et des intellectuels palestiniens, empêche des projections de films, des conférences académiques et des évènements culturels. Et interdit l’entrée sur le territoire aux artistes et intellectuels internationaux qui souhaitent exprimer leur solidarité avec les opprimés.

Nous refusons de faire partie de cette machine bien huilée de propagande, nous refusons de prendre part au camouflage de l’occupation et de la répression et de contribuer à la création d’une image de “démocratie éclairée”. Nous refusons toute tentative de transformer le persécuteur en persécuté, et l’agresseur en agressé – que ce soit dans les eaux internationales ou dans le monde de la culture.

Nous sommes heureux que les gens d’Utopia soient nos alliés et partenaires dans notre combat pour l’égalité et la justice.

Merci Utopia !

Premiers Signataires :
Udi ALONI, réalisateur Ariella AZOULAY, cinéaste et essayiste Mohammad BAKRI, réalisateur et comédien Daphna BARAM, écrivaine Yael BERDA, sociologue, poète Tamar BERGER, écrivaine Haim BRESHEETH, cinéaste et universitaire Amit BREUER, productrice Shai CARMELI POLLAK, réalisateur Sami Shalom CHETRIT, cinéaste, écrivain, poète Scandar COPTI, réalisateur Anat EVEN, réalisatrice Jack FABER, artiste visuel Yael FREIDMAN, enseignante en cinéma Natalie HAZIZA, réalisatrice Ala HLEHEL, écrivain et scénariste Avi HERSHKOVITZ, réalisateur Rachel Leah JONES, réalisatrice Hagit KEYSAR, artiste visuelle Yael LERER, éditrice, éditions Andalus Juliano MER-KHAMIS, cinéaste, metteur en scène, comédien Erez MILER, artiste visuel Ruchama MARTON, présidente de PHR Rela MAZALI, écrivaine Judd NE’EMAN, réalisateur, lauréat du Prix Israël du Cinéma Ofer NEIMAN, universitaire Ilan PAPPE, historien Erez PERI, directeur du Festival des Films de Sud à Sderot Zmira RON, metteur en scène Oz SHELACH, écrivain Eyal SIVAN, réalisateur Renee SIVAN, muséologue Mati SHEMOELOF, poète Amir TERKEL, cinéaste Eran TORBINER, réalisateur Einat WEIZMAN, comédienne.

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