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Lettre ouverte à Richard Bona

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A l’attention de Richard Bona,

Paris, le 9 juillet 2012

Cher Richard Bona,

A la fin du mois vous avez prévu de donner des concerts au Festival de Jazz d’Eilat, sponsorisé par l’Etat d’Israël pour redorer son blason. Vous êtes pourtant déjà allés à ce festival l’an dernier, et vous avez sans doute remarqué qu’Eilat était une station balnéaire, éloignée de la politique et des événements tragiques qui parcourent cette région.

Mais suffit-il de s’éloigner du champ de bataille pour ne plus entendre ce qui se passe à quelques dizaines de kilomètres de là ? Nous posons cette question aux spectateurs israéliens, soldats en permission qui cherchent à oublier les crimes commis la veille ou membres du ministère de la culture qui cherchent à faire oublier les exactions de leurs collègues au ministère de la défense. Nous posons cette question aux Palestiniens qui auraient bien aimé venir vous écouter, mais qui ne pourront pas le faire parce qu’ils sont relégués derrière un mur de séparation. Enfin, nous vous posons cette question : savez-vous qu’Eilat n’est qu’une ville d’un Etat qui pratique une politique d’apartheid à l’égard de sa population palestinienne (sans compter les immigrés africains qu’Israël enferme dans des camps avant de les expulser), en réduisant ses droits les plus fondamentaux: accès à l’eau, à l’éducation, aux soins, à la nationalité, liberté de circulation ?

C’est un peuple colonisé en Cisjordanie, un peuple sous blocus à Gaza, un peuple discriminé en Israël, un peuple réfugié dont le droit au retour a été reconnu par l’ONU mais jamais mis en application par Israël. La communauté internationale ferme les yeux et le gouvernement israélien agit en toute impunité.

Face à ces injustices, la société civile palestinienne a décidé en 2005 d’appeler au boycott, aux désinvestissements et aux sanctions contre l’Etat d’Israël, tant qu’il ne respectera pas le droit international. Cette lutte, inspirée par le combat des sud-africains contre l’apartheid, a pris une dimension internationale et des campagnes de boycott des institutions israéliennes se développent dans tous les pays, en particulier en Afrique du Sud, et y compris à l’appel de certains israéliens qui sont engagés dans le mouvement Boycott From Within.

Vous avez personnellement connu les discriminations en France, votre pays d’origine, le Cameroun, a longtemps été colonisé. Nous sommes étonnés que vous puissiez donner un concert dans un pays colonisé en vous plaçant du côté de l’Etat colonial, et en faisant comme si rien d’inacceptable ne s’y déroulait. Auriez-vous chanté à Sun City en 1985 ?

Aujourd’hui, de nombreuses personnalités artistiques du monde entier ont choisi de ne pas se produire en Israël tant que cet État ne changera pas sa politique. Au festival d’Eilat l’an dernier, le groupe américain Tuba Skinny, le pianiste américain Jason Moran et le pianiste portoricain Eddie Palmieri avaient annulé leur participation. Certes, Elton John, Lady Gaga, Justin Bieber ou Madonna ont cédé aux sirènes commerciales et rompu le blocus, mais tel n’est pas le cas de Cassandra Wilson, Natacha Atlas, Cat Power, Jello Biafra, Lhasa, Gilles Vigneault, Roger Waters, Elvis Costello, Carlos Santana, Annie Lennox, Gil Scott-Heron ou Massive Attack.

Nous pouvons imaginer que vous ne connaissez pas bien la situation sur place, mais dorénavant vous ne pourrez plus dire « je ne savais pas ». Si vous souhaitez être informé plus en détails de la politique du gouvernement israélien, nous le ferons volontiers.

Cher Richard Bona, nous vous demandons de rejoindre les artistes qui boycottent Israël tant que cet état ne respectera pas le droit international et d’annuler votre concert au Festival d’Eilat.

Nous restons à votre entière disposition pour tout supplément d’information.

Cordialement,

La Campagne BDS France
CICP
21 ter rue Voltaire
75011 Paris
campagnebdsfrance@yahoo.fr
http://www.bdsfrance.org

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