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Libération: » Deux militants pro-palestiniens relaxés »

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Tous deux comparaissaient devant le tribunal correctionnel pour «provocation à la discrimination», après avoir mené un happening relayant la campagne Boycott désinvestissement sanction (BDS), qui appelle à des mesures de rétorsions économiques et financières contre Israël. L’enjeu était de savoir si l’appel au boycott est constitutif d’une discrimination au titre de l’appartenance à un Etat. Mais le procès n’a pas eu lieu : Me Antoine Comte, qui défendait les prévenus, a plaidé la nullité des poursuites, pour raisons de procédure. Le tribunal lui a donné raison.

Chariots. Le 9 mai 2009, les prévenus avaient pris la tête de 80 militants qui, à l’hypermarché Carrefour de Montigny (Val-d’Oise), ont entrepris de remplir des chariots de produits importés d’Israël. Alima Boumediene-Thiery expliquait : «Nous demandons à l’Europe et en particulier à la France de boycotter les produits israéliens importés en France.» Omar Slaouti ajoutait : «La situation à Gaza, et de manière générale en Palestine, exige aujourd’hui un boycott à l’égard de l’Etat d’Israel.» Il proposait «qu’il y ait des engagements de Carrefour pour que ces produits-là, ni ici ni ailleurs, ne reviennent sur les étals ». Interpellée à l’époque à l’Assemblée par le député UMP Eric Raoult, qui dénonçait la stigmatisation des produits «israéliens ou casher», Michèle Alliot-Marie, alors ministre de l’Intérieur (UMP), recensait 21 opérations de ce type. Aucune plainte, selon elle, n’avait été déposée.

C’était compter sans le Bureau national de vigilance contre l’antisémitisme (BNVCA), dirigé par Sammy Ghozlan, qui se fixe notamment pour objectif de défendre l’image d’Israël. Pour le BNVCA, antisionisme et antisémitisme ne peuvent être distingués. Au diapason d’Avocats sans frontières et de la chambre de commerce France-Israël, coplaignants, le BNVCA considère que le fait d’appeler au boycott constitue une provocation «à la discrimination, à la haine ou à la violence», pour laquelle la peine encourue va jusqu’à 45 000 euros d’amende et un an d’emprisonnement.

Me Comte a soutenu le contraire, et le tribunal lui a donné raison. Si les deux prévenus d’hier sont tirés d’affaire, il reste d’autres procédures en cours. Le BNVCA a porté plainte contre Stéphane Hessel, haute figure de la Résistance et de la défense des droits de l’homme. D’autres affaires sont en cours à Mulhouse et Perpignan. Et la justice a condamné pour ce motif, le 10 février dernier, une militante de la Ligue des droits de l’homme (LDH), Sakina Arnaud, après une action dans un centre commercial de Mérignac (Gironde). Elle a fait appel. La décision sera rendue le 22 octobre.

Textes. Même si la LDH est hostile au boycott, son président, Jean-Pierre Dubois, a dénoncé des poursuites «insultantes voire infamantes» contre Sakina Arnaud. Deux textes de soutien aux prévenus d’hier ont aussi fédéré, entre ceux qui adhèrent à leur engagement et ceux qui défendent le droit à la liberté d’expression : Michel Rocard (PS), Pierre Laurent (PCF), le philosophe Etienne Balibar, la chercheuse Esther Benbassa et le sociologue Eric Fassin notamment ont signé en leur faveur.

Dernier ouvrage paru : «Histoire de la guerre d’indépendance algérienne», Flammarion, 2005.

http://www.liberation.fr/societe/01012296391-deux-militants-propalestiniens-relaxes