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« Pourquoi un boycott des universités israéliennes est pleinement justifié »

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Ben White
The Guardian

La majorité des universitaires israéliens font peu en soutien des droits des Palestiniens, et leurs institutions sont complices de l’occupation.

Des jeunes Palestiniens lancent des pierres sur un bulldozer D9 de l’armée israélienne.
Ce sont des scientifiques de l’Institut de technologie Technion-Israël qui ont développé sa version télécommandée.
Photo : AP

Selon Steve Caplan, les appels au boycott universitaire d’Israël, qui entrent dans le cadre de la campagne plus large du BDS (Boycott, Désinvestissements, Sanctions), sont hypocrites et contreproductifs. Indépendamment de sa version de l’histoire avec ses « thèmes » en faveur d’Israël, l’argumentation de Caplan comporte trois défauts majeurs.
Tout d’abord, et c’est son seul argument réellement important contre le boycott en tant que tactique, il affirme que celui-ci « vise justement la partie de la population » – celle des universités – qui est pour un État palestinien et des « compromis ».
Mais son allégation selon laquelle les professeurs israéliens particulièrement seraient en faveur des droits palestiniens repose sur de bien maigres preuves. Le militant israélien Ofer Neiman, soulignant que « en tant qu’individus, ils ne sont pas boycottés », m’a dit que « l’écrasante majorité des professeurs d’universités n’agit pas en tant que dissidents. Le mieux qu’ils font, c’est d’opiner, et même très timidement. Très peu d’entre eux se servent de leurs énormes privilèges – et ceux qui le font sont des exceptions. »
En effet, un article du journal israélien Ha’aretz du mois dernier a rapporté que même les universitaires qui se disent « de gauche » et votent Parti travailliste ou Meretz sont heureux d’enseigner au collège d’Ariel, une colonie illégale de Cisjordanie.
Tels sont les « progressistes » qui soutiendraient, apparemment, les droits des Palestiniens, même style de déformation de la réalité que les louanges de Caplan à l’endroit de Yitzhak Rabin. Alors qu’en réalité, la « solution permanente » de l’ancien Premier ministre israélien – comme il l’a déclaré à la Knesset peu avant d’être assassiné – consistait à donner aux Palestiniens « une entité inférieure à un État », avec une « Jérusalem unifiée » comme capitale d’Israël et « l’établissement de blocs de colonies » en Cisjordanie.
Deuxième problème avec la position de Caplan, c’est qu’il oublie un élément essentiel de l’argumentation en faveur du boycott : la complicité des institutions universitaires israéliennes dans une occupation où les violations du droit international et des droits humains ne sont que routine.
Un rapport de 2009, Le Boycott universitaire d’Israël et la complicité des institutions universitaires israéliennes dans l’occupation des territoires palestiniens a fait un excellent travail de documentation sur comment « les institutions universitaires israéliennes n’ont pas fait le choix d’une position neutre, apolitique à l’égard de l’occupation israélienne, mais celui d’un soutien total aux forces de sécurité et politiques israéliennes envers les Palestiniens ».
Comme Sara Hirschhorn, qui est en fait une opposante au boycott, l’indique dans un édito du Times d’Israël :
« La nation tout entière est complice dans l’occupation, et il n’y a aucun lieu de refuge dans les bibliothèques et laboratoires à l’intérieur de la Ligne verte… Le réseau éducatif d’Israël – quelles que soient les convictions politiques de la faculté – est déjà bien installé dans l’occupation ».
L’Institut de technologie Technion-Israël, université de réputation internationale pour la recherche – et pour ses liens étroits avec l’armée et les manufactures d’armes israéliennes – en est un exemple.
Les scientifiques de Technion ont développé un bulldozer télécommandé qui est utilisé pour démolir les maisons palestiniennes, et l’université propose des programmes « sur mesure » aux « FDI (Forces de défense israéliennes – ou plutôt Forces d’occupation israélienne – ndt) et au ministère de la Défense ».
Technion est aussi en étroites relations avec des sociétés comme Elbit Systems – un fabricant de drones pris pour cible à travers le monde pour qu’on s’en désiste compte tenu de son implication dans les « violations du droit humanitaire international ».
Enfin, troisième problème, il est révélateur que Caplan omette également de mentionner que ce sont les Palestiniens occupés et colonisés qui appellent au boycott, en tant que tactique dans une campagne pour les droits fondamentaux.
La Campagne palestinienne pour le boycott universitaire et culturel d’Israël (PACBI) a été lancée en 2004, et elle a aidé au démarrage de la campagne BDS l’année suivante. PACBI insiste pour qu’un boycott soit appliqué, par exemple en s’abstenant de « collaboration ou de projets communs avec les institutions israéliennes ». Cela n’a donc rien à voir, comme Caplan le prétend à tort, avec « l’exclusion de quelqu’un en raison de l’opinion de son gouvernement ».
Comme pour l’Afrique du Sud, ce sont ceux qui souffrent sous les politiques de ségrégation et qui sont contraints aux déplacements qui appellent aux campagnes de boycotts comme le moyen d’en finir avec l’impunité d’Israël et de réaliser leurs droits fondamentaux.
BDS fait le lien entre les crimes israéliens et la réponse à leur apporter : la forme de la non-violence, les campagnes populaires qui ont longtemps été utilisées pour combattre l’injustice. L’université n’en est pas à l’abri.
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Ben White est journaliste indépendant, et l’auteur de deux livres. Diplômé de l’université de Cambridge, il intervient régulièrement sur Israël/Palestine à l’université des collèges de Londres et son nouveau livre, préfacé par la députée Haneen Zoabi, s’intitule «  Les Palestiniens en Israël : ségrégation, discrimination et démocratie ».
Sur Twitter (@benabyad) and Facebook.
Du même auteur :

12 septembre 2012 – The Guardian – traduction : JPP

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