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Retour sur l’affaire Stephen Hawking

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Le boycott de Stephen Hawking frappe Israël là où ça fait mal : la science

Hilary Rose et Steven Rose – The Guardian – le 13 mai 2013

 

Ce qui énerve vraiment Israël, c’est que ce rejet provient d’un grand scientifique, et que la science est le moteur de son économie, de son prestige et de sa force militaire.

 

La décision de Stephen Hawking de boycotter la conférence du président israélien prend des proportions endémiques. Plus de 100 000 échanges Facebook pour l’article du Guardian au dernier décompte. Quelle que soit son ampleur à venir, la lettre de Hawking est sans équivoque. Son refus a été décidé suite aux demandes d’universitaires palestiniens.

 

En témoigne l’empressement avec lequel le lobby pro-israélien s’est saisi de l’affirmation initiale, et fausse, de l’université de Cambridge prétendant qu’il se serait retiré pour des raisons de santé, pour dénoncer le mouvement de boycott, et leur embarras quand, dans les heures qui ont suivi, l’université, d’un air penaud, a dû elle-même rectifier. Hawking a aussi clairement indiqué que s’il y était allé, il aurait profité de l’occasion pour critiquer la politique d’Israël envers les Palestiniens.

 

Pendant que les journalistes l’appelaient « l’archétype du boycott universitaire », et que les partisans du mouvement de boycott, désinvestissement et sanctions (BDS) le fêtaient, le journal Ha’aretz, le plus progressiste de la presse israélienne, attirait l’attention sur le langage incendiaire utilisé par les organisateurs de la conférence, qui se prétendaient « indignés », au lieu de simplement dire qu’ils « regrettaient » la décision de Hawking.

 

Que le scientifique le plus célèbre du monde ait reconnu le bien-fondé de la cause palestinienne est potentiellement un tournant dans la campagne BDS. Et que sa position ait été approuvée par une majorité de deux contre un dans le sondage du Guardian qui a suivi son annonce, montre simplement à quel point l’opinion publique s’est retournée contre l’accaparement incessant des terres et l’oppression d’Israël.

 

Le refus public de Hawking rejoint ceux de chanteurs, artistes et auteurs de renom, de Brian Eno à Mike Leig, Alice Walker et Adrienne Rich, qui ont, tous, refusé publiquement les invitations à se produire en Israël. Mais ce qui énerve Israël, c’est le fait que ce rejet vient d’un grand scientifique, alors que c’est la science et la technologie qui mènent son économie. La décision de Hawking risque d’ouvrir les vannes entraînant avec lui de plus en plus de scientifiques qui en viennent à considérer Israël comme un État paria. Il lui faut protéger ses relations dans le domaine de la recherche avec les scientifiques européens et américains.

 

Qu’Israël, pays du Moyen-Orient, ait réussi à obtenir son adhésion à l’Espace européen de la Recherche et à s’assurer de nombreux liens de collaboration avec des laboratoires européens souligne l’importance de ces relations. Quand les parlementaires européens ont remis en cause son adhésion en raison des nombreuses violations par Israël des résolutions des Nations-Unies et des conventions européennes des droits de l’homme, la Commission européenne a réagi en disant que la recherche l’emportait sur les droits de l’homme.

 

La science et la technologie ne sont pas, pour Israël, juste une source de prestige et d’innovation technologique, elles sont à la base de sa force militaire. C’est un ingénieur israélien qui a développé les drones que les États-Unis utilisent maintenant en grand nombre. Les armes chimiques fabriquées localement par Israël égalent à peu de chose près celles de la Syrie, et les universités israéliennes alimentent amplement les Forces de défense d’Israël en méthodes sociologiques, psychologues et technologiques, lesquelles sont employées à la répression des manifestations palestiniennes contre l’occupation.

 

La complicité du monde universitaire israélien avec la politique de l’État israélien est indéniable. Cependant, c’est la première fois qu’un savant de la stature de Hawking prend position aussi publiquement – et la réponse outrancière des organisateurs de la conférence de Jérusalem (à noter que l’université hébraïque de Jérusalem, où se tenait la conférence à laquelle Hawking a refusé de participer, est construite sur des terres palestiniennes, annexées en toute illégalité), cette réponse n’a fait qu’amplifier son impact sur l’opinion.

 

Finalement, il y a eu des débats très ouverts au public sur le pour et le contre du boycott universitaire, débats qui ont attiré l’attention sur la servilité des universités israéliennes devant l’État. Jusqu’à ce que le boycott soit lancé, les critiques internes étaient rarissimes, et certains des plus acerbes, comme Ilan Pappe, ont dû quitter le pays. Cependant, cette servilité commence à faiblir. Quand, en 2012, le ministre de l’Éducation a tenté de fermer le département de politique à l’université Ben Gourion, pour des « raisons universitaires », cela a été immédiatement vu comme une attaque politique contre l’un des rares départements où les universitaires acceptaient d’appeler Israël, État d’apartheid. Le professeur Gilad Haran, de l’Institut Weizmann, a lancé une pétition déclarant « Nous avons le sentiment que la liberté universitaire dans le système de l’enseignement supérieur d’Israël est en grand danger ». Le département est toujours ouvert – une petite victoire.

 

 

Hilary Rose est une sociologue de sciences, féministe, et professeure émérite à l’université de Bradford. Steven Rose, son époux, est professeur émérite de neurosciences à l’Université ouverte. Ils ont récemment co-écrit « Gênes, cel­lules et cerveau : Les pro­messes pro­mé­théennes de la nou­velle bio­logie » et ils font partie des cofondateurs de Bricup, le comité britannique pour les universités de Palestine.

 

The Guardian : http://www.theguardian.com/science/political-science/2013/may/13/stephen-hawking-boycott-israel-science

 

Traduction : JPP pour BDS France

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