Huit heures pour la Palestine et BDS à Clermont-Fd

Environ 230 personnes d’origines diverses (dont une demi-douzaine de Palestiniens) ont participé le 30 novembre aux 8h pour la Palestine à l’espace Nelson Mandela de Clermont-Ferrand, à l’appel de l’AFPS 63 et BDSF 63, dont 150 ont assisté à la conférence de Sarah Katz et Pierre Stambul sur Gaza, à des échanges en direct avec Gaza (Nabila Kilani, enseignante) et Hébron (coopérative Al Sanabel), à un spectacle de hip-hop clermontois, et aux témoignages de 8 voyageurs de retour de Palestine et de leur rencontre avec le BNC et des syndicats.

L’importance du BDS pour soutenir la lutte palestinienne a été soulignée, notamment dans le cadre de la journée d’action contre AXA du 29 novembre. Une protestation contre le projet parlementaire de résolution Maillard a été signifiée. En soirée 140 personnes ont partagé un buffet palestinien et assisté à deux spectacles musicaux (rap RLM, et qanûn et chant par Christine Zahed). Nous avons eu des retours positifs unanimes pour ces 8h (voir CR complet), dont les bénéfices seront reversés à nos partenaires (Assoc Hébron-France, et Coop Al Sanabel).

  




Nelson Mandela est mort mais l’apartheid est toujours vivant

Par Michel Bôle-Richard (Ancien journaliste au Monde et correspondant en Afrique du Sud et en Israël)

Le Monde.fr | 12.12.2013

Un clash entre soldats israéliens et jeunesse palestinienne à Bilin.
Un homme brandit un portrait de Nelson Mandela, face à des soldats perplexes.
ABBAS MOMANI – IMAGEGLOBE

Après avoir salué la disparition d’un « dirigeant moral de premier ordre », Benyamin Netanyahou a décidé de ne pas se rendre aux obsèques de Nelson Mandela en raison du coût du voyage. Le motif invoqué est pour le moins surprenant alors que le monde entier rend hommage au héros de la lutte antiapartheid. Le premier ministre israélien s’est-il souvenu que son pays avait entretenu d’étroites relations économiques et militaires avec le régime blanc de l’Afrique du Sud ? L’un de ses proches lui a-t-il rappelé que Nelson Mandela avait affirmé le 4 décembre 1997 que « notre liberté est incomplète sans la liberté des Palestiniens » ?

A-t-il eu peur d’être montré du doigt comme le propagateur d’un système d’exclusion et de ségrégation qui, par de nombreux côtés, s’apparente à celui qui a prévalu en Afrique du Sud jusqu’en juin 1991, date à laquelle les quatre principaux piliers de l’apartheid ont été abolis ? Une aberration contre laquelle Nelson Mandela s’est battu avec un acharnement constant ? La question mérite d’être posée. Nelson Mandela est mort, mais l’apartheid vit toujours sous une forme non codifiée, non légalisée mais bien réelle, notamment en Israël. Un apartheid masqué, rampant, une mise à l’écart. Beaucoup pensent que l’utilisation du terme « apartheid » est exagérée voire outrageante pour l’Etat juif, mais ils oublient que l’apartheid prend des formes diverses héritées de la domination d’un groupe sur un autre ou sur plusieurs autres et aboutit à l’exclusion, la marginalisation, voire l’expulsion. L’apartheid n’est pas seulement le produit de l’occupation, il est le corollaire de la colonisation et de la volonté de se débarrasser d’un groupe de population en le cantonnant dans des endroits spécifiques ou des bantoustans afin de faire de la place à un autre groupe. Ecarter ou cantonner les Palestiniens pour laisser le champ libre à la communauté juive. N’est-ce pas la définition qui en a été donnée par l’ONU en 1973 dans sa résolution 3068 qui décidait que « le crime d’apartheid désigne les actes inhumains commis en vue d’instituer ou d’entretenir la domination d’un groupe racial d’être humains sur n’importe quel autre groupe racial d’êtres humains et d’opprimer systématiquement celui-ci ». Qui peut nier qu’il ne s’agit pas d’une réalité en Israël actuellement ? Depuis des années, les dirigeants occidentaux exigent régulièrement qu’il soit mis fin à la colonisation, aux destructions des maisons palestiniennes, aux brutalités de l’armée, à la fin du blocus de Gaza, à la libération des prisonniers politiques sans obtenir le moindre écho des autorités israéliennes.

Chaque semaine ou presque, de nouveaux programmes de logement sont annoncés en Cisjordanie ou à Jérusalem. Chaque semaine ou presque, des Palestiniens sont tués.

Vingt-six depuis le début de l’année. Le dernier en date, le 7 décembre. Il avait quinze ans, tué d’une balle dans le dos à Ramallah. L’avant-dernier, le 30 novembre, un travailleur palestinien en situation irrégulière en Israël, abattu par un garde- frontière. Selon l’ONU, un tiers des blessés au cours de l’année 2013 sont des enfants. La justice militaire vient de clore une enquête en refusant toute poursuite à l’encontre d’un soldat qui avait tué un manifestant en décembre 2011 en tirant une grenade lacrymogène à quelques mètres de son visage. Le gouvernement de Benyamin Netanyahou poursuit la mise en place du plan Prawer visant à sédentariser les Bédouins du Néguev qui, depuis des temps immémoriaux vivent en nomades, afin de faire de la place aux colons. Naftali Bennett, ministre de l’économie, a proposé, le 8 décembre, d’annexer « la zone où vivent 400 000 colons et seulement 70 000 Arabes ».

Comment faut-il qualifier une telle politique ? Comment appeler les restrictions imposées en zone C (62% de la Cisjordanie) qui, si elles étaient levées, permettraient d’augmenter le PIB de l’Autorité palestinienne de 35% selon la Banque mondiale ? Que faut-il conclure de la toute récente enquête de l’OCDE qui souligne qu’un Arabe sur deux vit sous le seuil de la pauvreté alors que le pourcentage est de un sur cinq pour les Juifs. Depuis 1948, date de la création d’Israël, aucune ville ni village arabe n’ont été construits alors que la population a été multipliée par dix et que 600 municipalités juives ont été créées. Plus d’une trentaine de lois-cadres « discriminant directement ou indirectement les citoyens palestiniens d’Israël » ont été répertoriées par Adalah, une organisation de défense des droits de l’homme. Y a-t-il un terme pour caractériser les 600 kilomètres de routes réservées aux seuls colons en Cisjordanie, la bonne centaine de permis de type différent que doivent posséder les Palestiniens pour pouvoir se déplacer, des infrastructures séparées pour chaque communauté et leur cloisonnement pratiquement intégral ?

Faut-il allonger la liste, donner des détails supplémentaires ? En octobre 1999, lors d’une visite à Gaza, Nelson Mandela avait invité les Palestiniens à ne pas renoncer, à poursuivre la lutte car, comme il l’avait souligné lors de sa libération « notre marche vers la liberté est irréversible. Nous ne pouvons pas laisser la peur l’emporter ». La peur, ce sentiment qui domine la politique israélienne et au nom duquel tout peut se justifier. Mandela l’avait compris. Yitzhak Rabin aussi. Il a été assassiné. Personne ne l’a remplacé. Et si Marwan Barghouti, leader du Fatah, emprisonné depuis onze ans, affirme que « l’apartheid a été vaincu en Afrique du Sud, il ne l’emportera pas en Palestine », on ne voit pas qui, pour le moment, va pouvoir y mettre un terme.

Michel Bôle-Richard est l’auteur de Israël : le nouvel apartheid, Edition Les liens qui libèrent, Paris, 2013.

http://www.lemonde.fr/idees/article/2013/12/12/nelson-mandela-est-mort-mais-l-apartheid-est-toujours-vivant_4333270_3232.html?fb_action_ids=10202641081849975&fb_action_types=og.recommends&fb_source=other_multiline&action_object_map=[473984026047539]&action_type_map=[%22og.recommends%22]&action_ref_map




Explications de l’OLP suite aux déclarations d’Abbas en Afrique du Sud

Sous la pression, l’OLP essaie de limiter les dégâts provoqués par l’attaque d’Abbas contre le boycott d’Israël

Ali Abunimah, 20 décembre 2013.

 

Ebranlée par les critiques des activistes palestiniens et internationaux, l’Autorité Palestinienne (AP) s’est écartée des commentaires de son dirigeant de facto Mahmoud Abbas qui a désavoué le mouvement de boycott, désinvestissement et sanctions (BDS). En Afrique du Sud pour la commémoration de Nelson Mandela au début du mois, Abbas a déclaré : « Non, nous ne soutenons pas le boycott d’Israël ».

Contrairement à la position du Comité National de Boycott (BNC) – le comité directeur de la campagne BDS – Abbas a dit que toute initiative de boycott devait se limiter aux produits fabriqués dans les colonies israéliennes, en Cisjordanie occupée.

Omar Barghouti, co-fondateur de la campagne BDS et parlant en son nom propre, a récusé les commentaires d’Abbas. Le Comité Palestine Solidarité en Afrique du Sud a dit que les déclarations d’Abbas étaient « choquantes » et représentaient « une attaque contre le mouvement mondial de solidarité. »

Les propos d’Abbas ont été en revanche bien accueillis par les soutiens d’Israël toujours prompts à saper et à discréditer BDS.

Communiqué de l’ambassade de l’OLP

Mais aujourd’hui, dans une déclaration commune avec le groupe de la campagne BDS Afrique du Sud, l’ambassade de l’Organisation de Libération de la Palestine à Pretoria, qui est fidèle au régime de facto d’Abbas, a tenté de calmer la fureur.

Le communiqué réaffirme l’appel du régime d’Abbas au boycott, précisément les produits des colonies, mais ajoute :

« L’Organisation de Libération de la Palestine et l’Etat de Palestine ne s’opposent pas au mouvement de Boycott, Désinvestissement et Sanctions (BDS) lancé par la société civile palestinienne contre Israël. Les responsables et les dirigeants palestiniens respectent et soutiennent le droit de la société civile palestinienne d’initier et de mener des campagnes BDS mondiales contre Israël comme moyen d’obtenir les droits inaliénables du peuple palestinien, parmi lesquels le droit suprême à l’auto-détermination. De plus, la direction palestinienne a toujours profondément apprécié le travail des groupes et militants de la solidarité internationale en Afrique du Sud et ailleurs, dont ceux qui sont impliqués dans le mouvement mondial BDS, pour le respect du droit international et des principes universels des droits de l’homme en soutenant la lutte palestinienne pour la liberté, la justice et l’auto-détermination. Nous sommes parfaitement conscients que la solidarité internationale, en particulier les boycotts, désinvestissement et sanctions (BDS) furent un des quatre piliers de la lutte contre l’apartheid ici en Afrique du Sud. »

La déclaration n’est pas une ratification de la campagne BDS mais elle vise spécifiquement à contrer les tentatives des progagandistes israéliens d’utiliser les déclarations d’Abbas contre le mouvement de solidarité.

La déclaration commune se félicite également « de la résolution de boycott universitaire adoptée par l’American Studies Association [ASA] » ainsi que diverses autres décisions internationales récentes de boycott des activités spécifiquement reliées aux colonies. La résolution de l’ASA, en particulier, ne limite pas son appel au boycott aux seules institutions israéliennes en Cisjordanie occupée.

En outre, le fait que l’Autorité palestinienne dirigée par Abbas ait jugé nécessaire de diffuser une telle déclaration démontre sa faiblesse politique face au soutien palestinien et international croissant pour la campagne BDS. On doit considérer ceci comme un message clair aux activistes de la solidarité internationale que l’AP ne peut pas faire obstacle à ou saper leurs efforts.

Débordements

Il faut également replacer la controverse dans un contexte de tentatives de contrôle des dégâts similaires provoqués par des débordements antérieurs où Abbas a exprimé des positions hostiles aux droits palestiniens et à la lutte pour les obtenir.

L’an dernier, Abbas a provoqué une vague d’indignation parmi les Palestiniens lorsqu’il a déclaré à la télévision israélienne qu’il renonçait au droit des réfugiés palestiniens à revenir chez eux. Dans les « clarifications » consécutives, Abbas a tenté de limiter les dégâts et la confusion en accusant les médias d’avoir « déformé » ses commentaires.
Mais sur le fond, ses déclarations successives sont dans la ligne de sa volonté, ancienne, d’accepter les exigences israéliennes, à savoir que les Palestiniens dans leur grande majorité devraient être définitivement exclus de leur patrie, au prétexte purement raciste qu’ils ne sont pas juifs.
De même, il faut considérer la déclaration d’aujourd’hui comme un signe que l’AP comprend qu’elle ne peut pas imposer ses opinions impopulaires à la société civile palestinienne. Mais cela ne signifie pas qu’elle y a complètement renoncé.

Déclaration

DECLARATION COMMUNE DE « L’AMBASSADE DE L’ETAT DE PALESTINE EN REPUBLIQUE D’AFRIQUE DU SUD » ET DE « BDS AFRIQUE DU SUD »

Clarifications concernant des commentaires faits par le président palestinien Mahmoud Abbas alors qu’il était en Afrique du Sud sur le boycott des colonies et des produits israéliens

Des commentaires récents exprimés en Afrique du Sud par le Président palestinien Mahmoud Abbas (et Président de l’Organisation de Libération de la Palestine) au sujet du boycott des colonies et des produits israéliens semblent avoir été sortis de leur contexte et mal interprétés par quelques membres des médias et du lobby israélien. Certains journalistes et lobbyistes israéliens ont rapporté que le Président Abbas, lors d’une conférence de presse sud-africaine, a dit qu’il est opposé au boycott international. Ceci est faux. L’Ambassade de l’Etat de Palestine en Afrique du Sud et BDS Afrique du Sud souhaitent confirmer les positions suivantes :

1) Nous, avec les organismes internationaux, dont l’Organisation des Nations Unies, considérons les colonies israéliennes en territoires palestiniens occupés en 1967 comme illégales et toutes les activités avec ces colonies illégales comme une violation du droit international ;

2) Les colonies de peuplement d’Israël violent plusieurs résolutions de l’ONU et continuent d’être l’obstacle principal au processus de paix ;

3) Dans l’idée que les colonies israéliennes sont illégitimes et une obstruction à une paix juste, l’Autorité palestinienne a en conséquence lancé un boycott officiel de tous les produits des colonies israéliennes dans le territoire palestinien occupé ;

4) En 2010, l’Autorité palestinienne a promulgué une loi, signée par le Président Mahmoud Abbas, interdisant les produits, le commerce, les relations avec les colonies illégales et autres activités avec ces entités illégales construites en territoires palestiniens occupés en 1967 ;

5) L’Organisation de Libération de la Palestine et l’Etat de Palestine ne s’oppose pas au mouvement de Boycott, Désinvestissement et Sanctions (BDS) lancé par la société civile palestinienne contre Israël. Les responsables et les dirigeants palestiniens respectent et soutiennent le droit de la société civile palestinienne à initier et à mener des campagnes mondiales BDS contre Israël comme moyen d’obtenir les droits inaliénables du peuple palestinien, parmi lesquels le droit suprême à l’auto-détermination. De plus, la direction palestinienne a toujours profondément apprécié le travail des groupes et militants de la solidarité internationale en Afrique du Sud et ailleurs, dont ceux qui sont impliqués dans le mouvement mondial BDS, pour le respect du droit international et des principes universels des droits de l’homme en soutenant la lutte palestinienne pour la liberté, la justice et l’auto-détermination. Nous sommes parfaitement conscients que la solidarité internationale, en particulier le boycott, désinvestissement et sanctions (BDS) furent un des quatre piliers de la lutte contre l’apartheid ici en Afrique du Sud ;

6) L’an dernier, en décembre 2012, un membre représentant l’OLP a déclaré dans son discours au Congrès National Africain (ANC) : « Le [bras international de la] lutte sud-africaine a commencé avec la campagne de boycott des raisins et du vin d’Afrique du Sud, de même les colonie israéliennes illégales peuvent être mises en échec par le Boycott, le Désinvestissement et les Sanctions (BDS) ». Le 14 décembre, le Fatah (l’organisation qui dirige l’Organisation de Libération de la Palestine et l’Autorité palestinienne) a adressé une lettre officielle au Président sud-africain, Jacob Zuma, et aux membres de l’ANC, exprimant que « le Fatah appuie sans réserve le mouvement BDS. » ;

7) Tandis que le mouvement BDS est concentré au sein de la société civile, à un niveau gouvernemental, l’Etat de Palestine appelle tous les pays à assumer leurs responsabilités en vertu du droit international en commençant par mettre immédiatement fin à tous commerces et relations avec des entreprises venant de ou impliquées dans les colonies israéliennes illégales ;

8) Nous saluons la décision récente de l’Union européenne d’interdire les relations financières avec des entités israéliennes opérant dans les colonies israéliennes illégales installées dans les territoires palestiniens occupés en 1967 ; les instructions récentes du gouvernement britannique qu’aucune entreprise ne doit fonctionner à Jérusalem Est ni participer à aucune activité liée aux colonies israéliennes illégales ; la résolution de boycott académique adoptée par l’American Studies Association ; et la décision, la semaine dernière, prise par Vitens, l’Autorité néerlandaise de l’Eau, de mettre fin à ses relations avec Mekorot, la compagnie nationale israélienne de l’eau, complice dans les colonies israéliennes illégales.
Le peuple palestinien vaincra ; si Nelson Mandela et le peuple d’Afrique du Sud ont vaincu l’apartheid, les Palestiniens aussi vaincront l’occupation israélienne des terres palestiniennes.
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Source: http://electronicintifada.net/blogs/ali-abunimah/under-pressure-plo-tries-limit-damage-abbas-attack-israel-boycott
Traduction: Mireille

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Voeux 2014 pour BDS, par Jean-Guy Greilsamer

Ces deux grands hommes sont Stéphane Hessel, décédé le 26 février, et Nelson Mandela, décédé le 5 décembre.

Il serait un peu scolaire de comparer minutieusement les deux hommes, qui ont eu une vie très différente. Mais le bilan de leurs vies respectives dégage des enseignements communs qui, quand bien même paraissent-ils très simples, ont vocation à nous guider en tant que militants.

1. Toute notre politique part de notre révolte contre des injustices.

C’est évident concernant Mandela et l’Histoire sud-africaine, et Stéphane Hessel a atteint quant à lui une célébrité maximum après la publication de son petit livre « Indignez-vous ! »

Quant à nous, nous ne nous habituerons pas à la politique d’apartheid et d’épuration ethnique israélienne, nous ne nous résignerons pas, nous continuerons de manifester vivement la colère que suscite en nous cette politique cynique qui vise à constamment déposséder, humilier, persécuter, détruire, mettre à genoux tout un peuple, le peuple palestinien.

2. Etre inflexibles et persévérants sur les objectifs.

Les droits des peuples à la dignité, la justice, l’égalité, sont inaliénables.

Toute politique qui consiste à se contenter de remplacer une injustice par une « demi » injustice est inacceptable.

Mandela a refusé tout compromis qui lui aurait permis de sortir de prison beaucoup plus tôt.

La campagne internationale BDS se fixe trois objectifs (mettre fin à l’occupation et la colonisation, droit au retour des réfugiés et égalité absolue des droits des Palestiniens d’Israël) et, ainsi que le demandent les associations de la société civile palestinienne, elle n’est pas disposée à se contenter d’une réalisation partielle de ces objectifs.

3. Mettre en œuvre une politique rassembleuse.

C’est ce qui a toujours guidé aussi bien Mandela que Hessel.

Leur volonté de ne pas se polariser sur des divisions secondaires a permis d’amplifier les politiques dont ils étaient porteurs.

Il en va de même concernant la campagne BDS. Nous avons des sensibilités, des histoires ou même des approches diverses, mais il nous appartient de faire prédominer notre volonté commune de faire progresser concrètement nos objectifs.

4. Le rapport aux ennemis.

Sur ce point, les rapports de Mandela et de Hessel étaient remarquables aussi.

Ils ne confondaient pas les ennemis avec l’ensemble des communautés dont ils étaient issus. Ils avaient à cœur de permettre à ces communautés d’évoluer vers une reconnaissance des droits des opprimés et concevaient la perspective d’un avenir où les populations réconciliées vivraient pleinement dans l’égalité et la justice.

En Palestine et Israël nous sommes loin d’un processus de « Vérité et Réconciliation » tel qu’il a été mis en oeuvre en Afrique du Sud, mais les Juifs israéliens anticolonialistes et anti-apartheid, si minoritaires soient-ils, ont toute leur place dans le mouvement BDS.

 

Le principal représentant direct en France de la politique israélienne, le CRIF, n’avait pas hésité à insulter la mémoire de Stéphane Hessel lors de son décès. Concernant Mandela, il n’a pas osé renouveler ce comportement, préférant oublier les liens étroits que l’Etat d’Israël entretenait avec l’Afrique du Sud à l’époque de l’apartheid.

Le mouvement BDS progresse, et gagne à s’inspirer de l’esprit constructif qui animait les deux grands hommes. Il a remporté de nouvelles victoires, tant en ce qui concerne les boycotts économique, culturel et académique.

Récemment, la prestigieuse « Association of American Studies », l’un des principaux syndicats américains de chercheurs et d’enseignants, a rejoint le boycott universitaire. En Europe, des désinvestissements et des sanctions se précisent. Le géant néerlandais de l’eau potable Vitens a arrêté sa collaboration avec la compagnie israélienne de distribution d’eau Mekorot.

L’Union Européenne a adopté en juillet dernier des lignes directrices destinées à cesser à partir du 1er janvier 2014 toute subvention et tout financement profitant aux colonies. Ici même, le mouvement BDS est fermement décidé à ne pas plier face aux procès intentés par les officines sionistes.

Des campagnes nationales se développent contre des sociétés telles que Mehadrin, qui est devenu le n° 1 des entreprises d’exportation des produits agricoles coloniaux israéliens, Sodastream (le gazéificateur), Orange (qui coopère avec la société de téléphonie israélienne Partner).

Nos appels en direction d’artistes pour les dissuader d’être utilisés pour blanchir l’apartheid israélien ne faiblissent pas et sont médiatisés, même s’ils ne sont pas toujours victorieux.

Formons le vœu qu’en 2014 le mouvement BDS continue de progresser de plus en plus et parvienne à convaincre de nombreux décideurs, qu’il s’agisse d’organismes, de sociétés, d’institutions ou d’Etats, à exercer des sanctions efficaces contre Israël.

Ainsi que l’a déclaré Marwan Barghouti, emprisonné depuis onze ans, « l’apartheid a été vaincu en Afrique du Sud, il ne l’emportera pas en Palestine. »

Jean-Guy Greilsamer, militant de la Campagne BDS France et de l’UJFP




Le boycott fait ses preuves contre tous les apartheids

par Loic Dupont et Anya Bouamama, 25 ans et 23 ans
http://www.humanite.fr/monde/le-boycott-fait-ses-preuves-contre-tous-les-aparth-555383

Aujourd’hui, des milliers d’organisations à travers le monde appellent à ce mode d’action contre Israël.

À l’heure où Madiba est réduit à être une icône, il semble nécessaire de réaffirmer quel a été son combat. Rendre hommage à Nelson Mandela, c’est avant tout poursuivre sa lutte : contre le régime d’apartheid, contre le racisme et pour l’égalité entre les peuples.

Sa lutte, c’est aussi un soutien avéré à celle du peuple palestinien, comme en témoignent ses paroles : « Nous savons bien que notre liberté est incomplète sans la liberté des Palestiniens. » Il est certain que les liens entre les luttes des peuples sud-africain et palestinien sont forts et nombreux.

En 2011, une session du Tribunal Russell sur la Palestine, cour formée par des personnalités, des citoyens et des associations, s’est tenue au Cap. Les conclusions ont montré l’existence, en Israël, d’un régime d’apartheid tel qu’il est défini dans le droit international, à partir de trois critères. Tout d’abord, deux groupes distincts peuvent être identifiés : juifs israéliens et Arabes palestiniens. Des actes inhumains sont commis à l’encontre du groupe dominé : blocus de Gaza, destructions d’habitations, check-points, attaques sur les civils palestiniens, mur de séparation, etc. Enfin, ces actes sont commis dans le cadre d’un régime institutionnalisé de domination d’un groupe sur l’autre : statut privilégié des juifs sur les non-juifs israéliens, contrôle des check-points par l’armée, existence de deux systèmes juridiques différents en Cisjordanie, droit militaire pour les Palestiniens et droit civil pour les colons israéliens. Cette politique d’apartheid a même un nom officiel en Israël : « hafrada », « séparation » en hébreu.

Ahmed Kathrada, camarade de lutte et de détention de Mandela, est par exemple engagé dans la campagne internationale de libération de Marwan Barghouti, membre du Fatah condamné cinq fois à vie et détenu depuis 2002, et de tous les prisonniers palestiniens.

L’arme du boycott, porté par un fort mouvement de solidarité internationale, a aussi été un outil indispensable à la chute du régime raciste sud-africain. Cette action revêtait une dimension économique, contre les oranges Outspan, ou encore contre les entreprises qui collaboraient avec l’État, comme Shell et Total. Elle avait aussi une dimension académique et sportive.

Depuis 2005, plus de 170 organisations palestiniennes lancent l’appel BDS (boycott, désinvestissement, sanctions) contre Israël. À l’instar des combattants sud-africains, les Palestiniens appellent à un boycott total, qui montre déjà ses résultats. Un éditorialiste du quotidien Haaretz s’inquiétait hier des premiers succès de cette campagne. « L’analogie pourrait alimenter la conviction qu’Israël aujourd’hui peut être mis à genoux de la même manière que l’Afrique du Sud hier », écrit-il.

En France, la garde des Sceaux, Christiane Taubira, refuse d’abroger la circulaire visant à engager des poursuites contre les personnes participant aux actions de boycottage des produits israéliens.




En Afrique du Sud, Mahmoud Abbas s’oppose au boycott d’Israël

Mahmoud Abbas, leader de facto de l’Autorité Palestinienne basée à Ramallah, a prononcé sa déclaration la plus claire s’opposant à la campagne mondiale de Boycott, Désinvestissement, Sanctions contre Israël en solidarité avec le peuple palestinien. Ses commentaires infligent une ferme condamnation des activistes palestiniens et sud-africains.

Par ailleurs il est apparu que le grand rabbin qui a parlé à la cérémonie pour Mandela est un partisan engagé de la colonisation israélienne de terres spoliées, qui refuse d’admettre les abus d’Israël à l’encontre des droits palestiniens et a vécu dans une implantation juive radicale.

Abbas s’oppose au BDS

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« Non nous ne soutenons pas le boycott d’Israël » a dit Mahmoud Abbas à une conférence de presse en Afrique du Sud, à l’occasion du mémorial Mandela auquel il assistait, rapportait le quotidien The Star le 11 décembre 2013. (1)

« Nous demandons à chacun de boycotter les produits des colonies. Parce que les colonies sont sur nos territoires. C’est illégal. Mais nous ne demandons à personne de boycotter Israël lui-même. Nous avons des relations avec Israël, nous avons une reconnaissance mutuelle avec Israël ».

Ce qu’Abbas entend par « reconnaissance mutuelle » n’est pas clair. Alors qu’Abbas et l’Organisation de Libération de la Palestine ont reconnu Israël, Israël ne reconnaît pas un état palestinien ni même aucun des droits des Palestiniens et il continue à voler agressivement des terres palestiniennes.

« Oublieux » de la lutte palestinienne

La déclaration d’Abbas est en conflit « avec le consensus national palestinien qui a fermement soutenu BDS contre Israël depuis 2005 » a affirmé Omar Barghouti à E.I.
Barghouti, qui est l’un des fondateurs du mouvement, a souligné qu’il commentait à titre personnel.

« Il n’y a aucun parti politique, syndicat, réseau d’ONG ni organisation de masse en Palestine qui ne soutienne fortement BDS. Aussi un responsable palestinien dépourvu de mandat démocratique et de tout soutien public réel ne peut prétendre parler au nom du peuple palestinien quand il s’agit de décider nos stratégies ou notre résistance au régime d’occupation, de colonisation et d’apartheid israéliens » ajoute Barghouti.

L’appel civique palestinien pour le BDS incite « les gens de conscience partout dans le monde à imposer un large boycott et à mettre en œuvre des initiatives de désinvestissement à l’encontre d’Israël, comme on les avait appliqués à l’Afrique du Sud de l’époque apartheid » et ne restreint pas ces campagnes aux seules marchandises des colonies.

« Tout responsable palestinien qui aujourd’hui s’exprime explicitement contre un boycott d’Israël – et en particulier dans un pays comme l’Afrique du Sud, où le parti au pouvoir, les principaux syndicats, les églises et d’autres groupes de la société civile ont chaudement – approuvé BDS – montre simplement combien il est loin des aspirations de son propre peuple pour la justice, la liberté et l’égalité, et combien il oublie notre lutte pour ses droits inaliénables » développe Barghouti.

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De plus en plus de gens dans le monde manifestent avec les Palestiniens pour dénoncer l’apartheid en Israël (Mamoun Wazwaz / APA images)

Israël et son lobby en Afrique du Sud seront particulièrement satisfaits d’entendre le commentaire d’Abbas, qui arrive quelques semaines après que la ministre sud-africaine des Relations Internationales, Maite Nkoana-Mashabane, a dit que son pays réduisait ses relations avec Israël

Comme des leaders de bantoustans

Salim Vally, porte-parole du Comité de Solidarité avec la Palestine en Afrique du Sud a dit à E.I. que les commentaires d’Abbas étaient « choquants » et constituaient une « attaque contre le mouvement global de solidarité ».

Les paroles d’Abbas étaient « semblables à ce qu’auraient dit autrefois nos leaders de bantoustans, ce qui a le pouvoir de défaire tout le travail du mouvement de solidarité qui est soutenu par la vaste majorité des Sud-Africains » ajoute Vally.

Les bantoustans étaient des « états » en principe indépendants créés par le régime de l’apartheid, avec des dirigeants fantoches pour travestir et légitimer l’apartheid ». Mandela et son mouvement se sont battus contre les dirigeants de bantoustans toute leur vie » explique Vally.

Saper la lutte palestinienne

Ce n’est pas la première fois qu’Abbas et l’A.P. cherchent à saper un mouvement BDS de plus en plus reconnu.

En 2010 l’AP lançait une campagne qui fit long feu et qui incitait les Palestiniens à boycotter les marchandises coloniales. Tout en se faisant bien entendre par les uns, comme je l’écrivais à ce moment-là, son vrai but paraissait de saper le mouvement BDS aux visées plus étendues.

Abbas en personne prit part à cette campagne tout en poussant à faire du commerce avec Israël. « Nous ne boycottons pas Israël, parce que nous avons des accords et des importations avec lui » avait-il dit.

Le commerce avec Israël profite directement aux élites palestiniennes et à l’A.P., qui dépend totalement du bon vouloir israélien.

Un site web de l’A.P. à présent défunt, censé encourager le boycott des marchandises coloniales, déclarait même que « Concernant le commerce avec Israël, le ministre palestinien de l’Economie confirme qu’il continue sa coopération comme convenu au sommet de Paris [en 1994] ».

L’A.P. dirigée par Abbas est profondément engagée dans l’occupation israélienne et compte sur Israël pour avoir des armes à utiliser dans sa répression de toute forme de résistance palestinienne.

Récemment, en octobre, Abbas se vantait du travail accompli par les forces de sécurité A.P. pour l’armée d’occupation israélienne. L’A.P. a atteint un taux de succès de 100 % dans la coordination sécuritaire avec Israël » a dit Abbas.

Abbas a aussi mené une campagne implacable contre le droit au retour des réfugiés palestiniens. Les droits des réfugiés sont un pilier de l’appel BDS.

Le grand rabbin (colon) d’ Afrique du Sud

Cette semaine, le grand rabbin d’Afrique du Sud Warren Goldstein a été l’un des orateurs officiels à la cérémonie d’hommage à l’ancien président Nelson Mandela, et il a loué « la puissante capacité de pardon » de ce combattant pour la liberté.

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Bannière BDS dans le stade de Soweto lors de la cérémonie d’hommage à Nelson Mandela (BDS South Africa)

Goldstein a été éduqué dans une école religieuse radicale d’une colonie israélienne en Palestine occupée. C’est la yeshiva (école talmudique) de Beit El, l’organisation qui a fondé et exploite le réseau médiatique Arutz Sheva, identifié au sionisme religieux. Arutz Sheva, est une organisation d’extrême droite et anti-palestinienne.

Beit El est une colonie près de Ramallah en Cisjordanie occupée. Sa yeshiva fut fondée en 1977 par des colons juifs radicaux de l’école Mercaz Harav à Jérusalem.

Selon Haaretz, « les fondements des implantations religieuses en Cisjordanie ont été conçus à Mercaz Harav » et c’est de là que les premiers colons furent envoyés coloniser les territoires occupés après la guerre de 1967.

La Yeshiva de Beit El a été installée avec le soutien de l’armée d’occupation qui a fourni des logements aux colons dans une de ses bases.

Samedi dernier, l’écolier palestinien Wajih Wajdi al-Ramahi, 14 ans, était abattu par un sniper israélien. Selon le père de l’enfant, les balles qui ont tué son fils ont été tirées depuis la tour de guet de Beit El qui domine le camp de réfugiés voisin de Jalazone où vit cette famille.

Négationniste de l’occupation

Conformément aux enseignements extrémistes de la yeshiva de Beit El, Goldstein lui-même a adopté des positions fortement anti-palestiniennes. Il va jusqu’à dénier l’occupation.

« Le mensonge … c’est l’accusation d’occupation illégale de terres arabes » écrivait Goldstein dans une lettre à l’archevêque Desmond Tutu.

Qualifiant le vice ministre sud-africain aux Relations internationales Ebrahim Ebrahim « d’incapable de remplir des fonctions officielles », Goldstein a exigé qu’il démissionne en raison du soutien donné par le gouvernement aux droits palestiniens.

Goldstein a même accusé Ebrahim de « contrôler et de censurer l’information dans le style de l’apartheid », pour avoir appelé les Sud-Africains à éviter de visiter Israël en raison des abus contre les droits humains qui y sont perpétrés.

Dans une interview récente, Goldstein appelait toute comparaison entre l’occupation israélienne et l’apartheid sud-africaine « une allégation moderne de sacrifices humains ».

Baleka Mbete, présidente de l’ANC (African Natioal Congress) et maîtresse de cérémonie au service d’hommage à Mandela, désapprouverait. L’an dernier, elle déclarait que le traitement qu’Israël réserve aux Palestiniens « est bien pire que l’apartheid sud-africaine ».(2)

(1) article disponible sur : http://www.pressdisplay.com/pressdi…
(2) http://electronicintifada.net/blogs…

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* Ali Abunimah est l’auteur de « One Country, A Bold Proposal to End the Israeli-Palestinian Impasse ». Il a contribué à « The Goldstone Report : The Legacy of the Landmark Investigation of the Gaza Conflict ». Il est le cofondateur de la publication en ligne The Electronic Intifada et consultant politique auprès de Al-Shabaka, The Palestinian Policy Network.

Du même auteur :

- La direction d’Al Jazeera ordonne le retrait d’un article de Joseph Massad, dans un acte de censure pro-Israël – puis, le remet
- Un soldat israélien diffuse une photo Instagram troublante d’un enfant dans la ligne de mire de son fusil
- Pourquoi la marque « Yes to Carrots » tente-t-elle de dissimuler ses liens avec Israël ?
- Touché par la campagne de boycott, Véolia se retire d’un important appel d’offres à Londres
- Quand les faits changent, la solution devrait suivre
- Un raciste et fasciste notoire va contrôler la Croix-Rouge israélienne

Source: http://www.info-palestine.net/spip.php?article14265

12 décembre 2013 – Electronic Intifada – Vous pouvez consulter cet article à :
http://electronicintifada.net/blogs…
Traduction : Info-Palestine.eu – Marie Meert




Nelson Mandela : « Tout discours sur la paix restera creux tant qu’Israël continuera à occuper un territoire arabe »

mandela




Le message fort de Gideon Levy : le refuge ultime du patriote israélien, c’est le le boycott

Haaretz – 14 Juillet 2013

Quiconque s’inquiète réellement de l’avenir du pays doit maintenant être en faveur du boycott économique.

Une contradiction dans les termes? On a examiné les alternatives. Le boycott est le moindre mal et il pourrait avoir des effets bénéfiques de portée historique. C’est l’option la moins violente et celle qui a le moins de chances d’aboutir à un bain de sang. Elle serait douloureuse, comme les autres, mais les autres seraient pires.

Si l’on convient que le statu quo actuel ne peut durer toujours, c’est l’option la plus raisonnable pour convaincre Israël  de changer. Son efficacité a déjà été prouvée. De plus en plus d’Israéliens ont pris conscience récemment de la menace que représente le boycott. Lorsque la ministre de la justice, Tzipi Livni alerte sur son développement et appelle, en conséquence, à sortir de l’impasse diplomatique, elle apporte une preuve de la nécessité du boycott. Elle et d’autres rejoignent ainsi le mouvement boycott, désinvestissement, sanctions. Bienvenue au club !

Le changement ne viendra pas de l’intérieur. C’est clair depuis longtemps. Tant que les Israéliens ne paient pas le prix de l’occupation, ou tout du moins ne font pas le lien entre la cause et l’effet, ils n’ont aucune raison d’y mettre fin. Et pourquoi le résidant lambda de Tel Aviv devrait-il se soucier de ce qui arrive dans la ville de Jénine en Cisjordanie ou dans la bande de Gaza ? Ces endroits sont très éloignés et pas particulièrement intéressants. Tant que l’arrogance et l’auto-victimisation continuent au sein du Peuple Elu, le plus élu du monde, toujours la seule victime, la situation réelle du monde n’y changera rien.

Nous disons que c’est de l’antisémitisme. Le monde entier est contre nous, sans que nous ne soyons responsables de son attitude à notre égard. Et par dessus le marché, en dépit de tout, le chanteur anglais Cliff Richard est venu se produire ici. L’opinion publique israélienne est pour l’essentiel coupée de la réalité – la réalité dans les territoires et à l’étranger. Et il y a ceux qui veillent à ce que cette déconnexion dangereuse se maintienne. Parallèlement à la déshumanisation et à la diabolisation des Palestiniens et des Arabes, les gens ici sont trop soumis à un lavage de cerveau nationaliste pour retrouver leurs esprits.

Le changement ne viendra que de l’extérieur. Personne – y compris bien sûr l’auteur de ces lignes- ne souhaite un nouveau cycle sanguinaire. Un soulèvement palestinien non-violent est une possibilité mais il est peu probable à court terme. Ensuite, il y a la pression diplomatique américaine et le boycott économique européen. Mais les Etats-Unis ne vont faire aucune pression. Si l’administration Obama n’en a pas fait, aucune autre Administration n‘en fera. Et puis l’Europe. La ministre de la justice Tzipi Livni dit que le discours en Europe est devenu idéologique. Elle sait de quoi elle parle. Elle a aussi dit qu’un boycott européen ne s’arrêterait pas  aux produits des colonies de Cisjordanie.

Il n’y a aucune raison qu’il s’y arrête. La distinction entre les produits de l’occupation et des produits israéliens est une création artificielle. Ce ne sont pas les colons qui sont les principaux coupables, mais plutôt ceux qui cultivent leur existence. Tout Israël est immergé dans l’entreprise de colonisation, alors tout Israël doit en assumer la responsabilité et payer le prix pour cela. Tout le monde est impliqué dans l’occupation, y compris ceux qui ont envie de regarder ailleurs. Nous sommes tous des colons.

Le boycott économique a prouvé son efficacité en Afrique du Sud. Quand les milieux d’affaires du régime d’apartheid ont interpellé les dirigeants du pays en leur disant que la situation ne pouvait pas continuer comme cela, le sort en a été jeté. Le soulèvement, la stature de leaders tels Nelson Mandela et Frédérik de Klerk, le boycott des sportifs sud-africains et l’isolement diplomatique du pays ont bien sûr contribué à la chute de l’odieux régime. Mais le ton a été donné par les milieux d’affaires.

Et cela peut arriver ici aussi. L’économie israélienne ne résistera pas au boycott. Il est vrai qu’au début cela va accroître le sentiment de victimisation, d’isolement et le nationalisme, mais ce ne sera pas le cas à long terme. Le boycott pourrait donner lieu à un changement  majeur d’attitude. Lorsque les milieux d’affaires s’adresseront au gouvernement, le gouvernement écoutera et peut-être agira. Quand la détérioration touchera le porte-monnaie de chaque citoyen, davantage d’Israéliens se demanderont, peut-être pour la première fois, de quoi il s’agit et pourquoi cela arrive.

Il est difficile et douloureux, presque impossible pour un Israélien qui a passé toute sa vie ici, qui n’a pas boycotté le pays, qui n’a jamais envisagé d’émigrer et qui se sent de tout son être attaché à son pays, d’appeler à un tel boycott. Je ne l’ai jamais fait. J’ai compris ce qui motive le boycott et j’ai pu y trouver des justifications. Mais je n’ai jamais appelé d’autres à faire ce pas. Néanmoins, Israël s’engageant dans une nouvelle phase de paralysie profonde tant diplomatique qu’idéologique, l’appel au boycott est une exigence, dernier refuge d’un patriote.

 

Traduction SF, 15 juillet 2013