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Une lettre à la Convention générale à propos de la justice en Terre sainte

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3 juillet 2018/ Par Archevêque Desmond Tutu, Canon Bonnie Anderson, Patti Browning

Afrique du Sud

L’archevêque Desmond Tutu et d’autres membres dirigeants de l’Église épiscopale disent à la Convention générale de l’Église [aux États-Unis] qu’investir dans des entreprises soutenant l’occupation militaire d’Israël « rend l’Église complice des injustices dont souffrent les Palestiniens ». Ils exhortent L’Église à adopter pour ses investissements des décisions basées sur les droits humains, qui garantissent qu’elle « ne profite pas de la souffrance d’autrui ».

Un message sur la justice en Terre sainte, adressé à la 79e Convention générale de l’Église épiscopale [des États-Unis] par Desmond Tutu, archevêque émérite, Bonnie Anderson et Patti Browning

Nous nous joignons à tous ceux qui sont rassemblés à Austin pour la 79e Convention générale et nous nous tournons vers eux avec amour. C’est la première Convention depuis que notre bien-aimé Edmond Browning, 24e  évêque président, a quitté cette vie pour rejoindre la compagnie des cieux. Nous nous rappelons son claironnant appel pour que cette Église qui est la nôtre soit ouverte à tous : « Il n’y aura pas de parias ».

Dans les jours qui viennent, l’Église épiscopale, réunie en Convention générale, examinera plusieurs résolutions concernant la situation urgente en Israël et en Palestine. Nous reconnaissons que, alors que la convention examine ces résolutions, nous devons poursuivre le voyage de réconciliation avec nos frères et nos sœurs juifs pour les siècles de comportement oppressif et antisémite qui ont culminé dans notre complicité avec l’Holocauste. En même temps, nous ne devons pas laisser ces horribles injustices nous aveugler sur les injustices perpétrées contre le peuple palestinien.

Certaines des résolutions appellent à l’application d’une pression économique sur Israël pour mettre fin à son occupation de 51 ans en Cisjordanie, à Jérusalem-Est et à Gaza. La Convention a spécifiquement l’opportunité de déterminer quand et comment dire non à des investissements financiers qui rendent l’Église complice de l’occupation. La situation sur le terrain est bien pire que ce que nous pouvons imaginer. Les Palestiniens en Cisjordanie occupée, à Jérusalem-Est et à Gaza, vivent sous un régime militaire israélien oppressif et discriminatoire. Ils ont enduré, et continuent à endurer, le vol de leurs terres au profit de colonies israéliennes qui ont été jugées illégales par la communauté internationale, qui violent une politique officielle américaine de longue date, et menacent la solution à deux états. Des familles continuent d’être déplacées et leurs maisons et leurs terres agricoles d’être détruites pour faire place aux colonies israéliennes et aux murs qui séparent les Palestiniens les uns des autres.

Le réseau des checkpoints militaires qu’Israël a imposés en Cisjordanie rend impossible la vie quotidienne des Palestiniens, les empêchant de se déplacer d’un endroit à un autre pour travailler, étudier, accéder à des soins médicaux urgents ou rendre visite à leur famille et à leurs amis. Lorsqu’ils sont accusés d’un crime, les Palestiniens y compris les enfantssont jugés par des tribunaux militaires israéliens que les organisations des droits humains estiment injustes. Simultanément, les colons israéliens vivant illégalement à proximité sur des terres palestiniennes occupées jouissent des droits accordés aux citoyens israéliens, sont jugés dans des trbunaux civils et peuvent se déplacer librement.

Dans la bande de Gaza, 2 millions de Palestiniens ont souffert pendant plus d’une décennie sous un siège cruel et illégal mené par Israël, sans pouvoir quitter le territoire minuscule et appauvri qui a été appelé « la plus grande prison du monde à ciel ouvert ». Au cours des quelques derniers mois, près de 120 Palestiniens non armés de Gaza ont été tués par des snipers israéliens, et des milliers ont été blessés, y compris des femmes, des enfants, un membre du personnel médical, un journaliste et un footballeur, pendant les manifestations hebdomadaires réclamant leur liberté et leurs droits. L’usage par l’armée israélienne de violence mortelle contre des manifestants non armés a provoqué l’indignation de la communauté internationale et des groupes en faveur des droits humains.

Dans cet environnement inhumain de souffrance et d’oppression, l’Église se trouve elle-même investie dans des compagnies connues de longue date pour fournir des produits et des services à ceux qui sont responsables de l’occupation. Cette année, l’Église épiscopale a soutenu des résolutions d’actionnaires afin de mettre deux de ces compagnies face à leurs responsabilités : Caterpillar et Motorola Solutions. Mais le comportement des entreprises a longtemps été résistant. Adopter des décisions d’investissements basées sur les droits humains garantira que l’Église ne profite pas de la souffrance d’autrui. Par une telle action, nous serons aux côtés de confessions amies, comme l’Église luthérienne évangélique d’Amérique, l’Église presbytérienne (USA) et les Méthodistes unis, qui ont déjà pris des mesures comme celle d’appliquer des critères sélectifs d’investissement ou d’autres mesures économiques afin de garantir qu’eux non plus ne profitent pas de la souffrance du peuple palestinien.

Exactement comme nous entendons à juste titre le cri des migrants cherchant un abri et un asile aux frontières des USA, notre conscience demande aussi que nous faisions campagne pour mettre un terme à la détention d’enfants et de prisonniers politiques pris dans le vice vieux de 51 ans de l’occupation

Il n’y a pas d’échappatoire au fait que l’investissement de ressources financières dans des compagnies qui soutiennent l’infrastructure de cette occupation brutale rend l’Église complice des injustices dont souffrent les Palestiniens. Nous offrons notre constante prière pendant que vous cherchez à percevoir ce que Jésus exige, ici et dans toutes les tristes injustices auxquelles, en ces temps, nous sommes confrontés.

Desmond Tutu, archevêque émériteCape Town

Canon Bonnie Anderson, DD – 32e présidente de la Chambre des députés [de la Convention générale de l’Eglise épiscopale des États-Unis] (2006-2012)

Patti Browning, DD – Récipiendaire du Episcopal Peace Fellowship John Nevin Sayre Award pour son action en faveur des droits humains palestiniens, et épouse d’Edmond Browning, 24e  évêque président

Source: BDS Movement

Traduction: C.G pour BDS France

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