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Appel contre la censure universitaire en Italie

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Nous, les soussignés, sommes choqués et effarés d’apprendre que l’Université de Rome 3 a fait marche arrière quant à l’accueil d’une conférence universitaire importante sur des thèmes d’actualité importants tels que les conflits, le nationalisme,  et les identités politiques et culturelles en Palestine-Israël et plus largement au Moyen Orient. Cet événement, qui devait se tenir à l’Université de Rome 3, dans les locaux du Centre d’Études Italo-françaises, comprenait la participation d’universitaires nationaux et internationaux et d’intellectuels invités à dialoguer avec le célèbre historien israélien Ilan Pappe.

Le retrait de la salle, à la dernière minute – alors que l’événement avait été largement annoncé– risquait de ne pas laisser la possibilité aux organisateurs de trouver une autre salle et de se réorganiser. Cela a plongé les organisateurs, les conférenciers invités et le public, dans l’indignation. L’Université a ensuite proposé une salle en ruine, inconnue, en même temps qu’elle ôtait toute légitimité à cet événement en demandant aux organisateurs de retirer le logo de l’Université de tous les tracts et invitations, et en supprimant l’information sur l’événement du site internet de l’Université.

L’Université a refusé de donner des explications claires en dehors de soi-disant problèmes techniques et de procédure quant à la façon dont les organisateurs auraient fait la demande de la salle. Ces allégations étaient infondées puisque les formalités et procédures ont été totalement respectées.

De nombreuses sources ont néanmoins révélé (notamment des sites internet, dont une partie de la communauté juive a revendiqué la paternité) que la véritable raison était une pression exercée par la communauté juive et l’Ambassade d’Israël à Rome afin que cet événement ne puisse avoir lieu dans une salle considérée comme « impropre » du fait de sa localisation à proximité de l’ancien ghetto juif de Rome. Cela, si c’était confirmé, ajoute l’insulte au préjudice. Interdire un débat  parce que certains intervenants sont fortement impliqués dans la dénonciation des violations de longue date par Israël des droits des Palestiniens, via une manipulation sinistre et cynique de la mémoire de l’Holocauste, insulte à la fois le droit de la détresse palestinienne à être entendue et la mémoire des victimes du génocide commis sur le sol européen par des régimes fascistes et antisémites.

Dans ces conditions, nous percevons cet acte comme une tentative de faire taire les débats et les voix critiques et comme une grave atteinte à la liberté universitaire et à la liberté de parole.

Il semble qu’en Italie, comme dans le reste de l’Europe, offenser des Musulmans par des caricatures du prophète soit considéré comme l’enjeu par excellence de la liberté de parole, tandis que la liberté de parole sur le Moyen Orient  et sur la Palestine est sévèrement restreinte sinon niée. Le deux poids deux mesures et le régime d’exception visibles dans tous les débats sur Israël tournent en dérision le discours sur la liberté de parole qui a été pieusement mis en avant en France dans la foulé des horribles attaques à Paris cet hiver.

Ces actions n’ont toutefois pas empêché l’événement d’avoir lieu. La conférence s’est déroulée dans une autre salle et a été suivie par une audience très nombreuse de plus de deux cent cinquante personnes : des universitaires, des étudiants, des journalistes, de simples citoyens y ont participé, dans le cadre d’un débat riche et vivant qui a contribué au succès de cet événement.

Pour autant, cela nous laisse avec avec un sentiment profond d’injustice et d’indignation eu égard à la façon dont l’Université de Rome 3 s’est dérobée à sa première responsabilité ; en tant qu’institution d’enseignement supérieur, elle devrait avoir comme but premier  de développer les opportunités de débats favorisant une pensée critique au lieu de les censurer. En se prêtant à des formes inacceptables d’intimidation et de pressions externes, l’université discrédite non seulement ses propres universitaires et la communauté académique, mais également les nombreux citoyens, journalistes, militants, étudiants qui, à Rome et en Italie défendent les principes de la liberté de parole et de liberté académique, et qui croient en l’indépendance des institutions d’éducation supérieure vis-à-vis de pressions extérieures.

En dépit de la conduite honteuse de l’Université de Rome 3, nous, en tant qu’universitaires, maintenons notre engagement à développer une pensée critique et des débats, que ce soit sur le Moyen Orient, la question de la Palestine ou tout autre région du monde où sont perpétrées des violations des droits et où ces droits sont bafoués. Nous maintenons notre engagement à dénoncer ces violations par nos recherches et nos écrits et nous incitons toutes les communautés universitaires du monde à se manifester contre le recours sélectif aux principes de liberté de parole et de liberté académique.

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Source : https://callforacademicfreedom.wordpress.com/
Traduction SF pour BDS France

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