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Boycott ? Oui. Culturel ? Aussi !

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Par Sylvette Rougier –

 

La culture comme arme de guerre

Les arts sont tellement politiques que l’Etat d’Israël les utilise de plus en plus pour tenter de redorer son blason terni par le sang des 1400 Gazaouis massacrés en 2009 ou des 9 Turcs assassinés en 2010. Il finance profusion de festivals, d’évènements culturels, de tournées de troupes nationales, etc. Cette campagne de marketing consiste à jeter de la poudre culturelle aux yeux du grand public, pour se donner une image positive, cultivée, moderne, « normale » en quelque sorte… Mais si Israël veut être traité comme un Etat « normal », il doit renoncer à l’impunité dont il bénéficie aujourd’hui. Tant que ce ne sera pas le cas, il sera montré du doigt, et aucun festival n’y changera quoi que ce soit.

 

Ken Loach, cinéaste britannique (Palme d’Or 2006 à Cannes) :

(…) J’ai pris conscience, et de plus en plus au cours des années qui ont suivi, qu’Israël avait été créé sur un crime contre les Palestiniens. D’autres crimes ont suivi par après. L’oppression des Palestiniens qui ont perdu leur terre, dont les vies ont été brisées par l’occupation, qui vivent dans un état de dépression permanente, … Cela continue encore aujourd’hui et c’est un problème qu’il nous faut régler. (…)

(…) de nombreux peuples sont opprimés à travers le monde mais de nombreux aspects rendent le conflit israélo-palestinien particulier. Israël se présente comme une démocratie, un pays comme tous les autres pays occidentaux, alors qu’il commet des crimes contre l’humanité. Israël a mis en place un État divisé par des frontières raciales, comme le régime d’Apartheid en Afrique du Sud, avec le soutien militaire et financier de l’Europe et des États-Unis. C’est d’une hypocrisie sans bornes. Nous soutenons un pays qui prétend être une démocratie, nous le soutenons à tous les niveaux, et pourtant, il est impliqué dans des crimes contre l’humanité. (…)

Vous avez été une des premières personnalités à mettre en pratique et à soutenir l’appel au boycott culturel d’Israël et nombreux sont ceux qui vous ont suivi depuis. Certains disent que vous ne devriez pas boycotter la culture, que leur répondez ?

Nous sommes en premier lieu des citoyens. Et lorsque nous nous trouvons confrontés à de tels crimes, il nous faut d’abord réagir en tant qu’êtres humains, artistes, VIP, ou quoi que ce soit d’autre, peu importe. La première chose est de faire tout notre possible pour informer les gens de la situation. Un boycott, c’est une tactique. Celle-ci est efficace contre Israël parce qu’Israël se présente comme un pilier culturel. Le boycott culturel le gêne donc beaucoup. Nous devrions n’être impliqués dans aucun projet soutenu par le gouvernement israélien. Les individus ne sont évidemment pas concernés, ce sont les actions de l’État israélien qu’il nous faut cibler. Nous devons le faire car il nous est impossible de rester là sans rien faire, à regarder les gens vivre dans des camps de réfugiés toutes leurs vies.

FB: Israël utilise l’art et les films pour sa campagne « Brand Israël » (« Marque Israël »). L’art est donc politique. Même si certains artistes s’en défendent et répondent à l’appel du BDS en disant qu’ils sont chanteurs, comédiens, musiciens mais pas politiciens. En ce qui vous concerne, tous vos films sont politiques. À votre avis alors, l’art peut-il être une arme contre l’oppression ?

KL: Oui. Fondamentalement, quelque soit l’histoire que vous décidez de raconter ou les images que vous choisissez de montrer, votre sélection indique vos préoccupations. Si vous faites quelque chose de complètement idéaliste dans un monde où règne l’oppression, cela montre quelles sont vos priorités. Un gros film commercial, pour faire beaucoup d’argent, montre quelque chose. Cela dénote une position politique et a des conséquences. La plupart des créations artistiques a une implication politique. (…)

 

Eyal Sivan, réalisateur israélien :

A titre personnel, j’ai décidé de ne pas participer à la rétrospective qui a été faite au Forum des Images à l’occasion du centième anniversaire de Tel-Aviv, qui s’appelait « Tel-Aviv le paradoxe ». C’était une grande rétrospective pour laquelle ont été invités plusieurs cinéastes israéliens et plusieurs films. Je n’avais pas à boycotter en soi la manifestation, sauf que ce festival était à la fois soutenu par l’ambassade d’Israël et ouvert par le maire de Tel-Aviv. A ce titre-là, cela devenait une manifestation à laquelle je ne pouvais pas participer. Je ne peux pas être à la fois opposant à une politique et servir cette politique, surtout quand elle se cache derrière ce grand slogan qui est « Nous sommes la seule démocratie au Proche-Orient ». (…)

(…) d’abord je refuse de participer à cette manifestation à cause de la politique du gouvernement Israélien qui soutient ce festival. Deuxièmement, je ne veux pas faire partie d’une famille artificielle créée pour l’occasion, dans laquelle il y a des cinéastes, tous mis dans le même bain, tout simplement parce qu’ à des degrés différents ils font des films qui peuvent être considérés comme critiques à l’étranger, mais qui n’ont rien dit au moment de la guerre du Liban, ont gardé le silence lors de l’attaque barbare sur Gaza, et qui, d’une certaine manière refusent de s’exprimer publiquement tout en se cachant derrière de soi disant œuvres « critiques ». C’est aussi envoyer un message très clair aux intellectuels et aux artistes, en France en l’occurrence, pour dire : tout le cinéma israélien et tous les Israéliens exprimant soi disant une critique ne sont pas des opposants. Car parfois justement le gouvernement israélien se sert de cette soi-disant critique comme d’un instrument de propagande. Je conclus ma lettre avec une phrase du réalisateur palestinien Michel Khleifi : « Nous devons faire notre travail cinématographique, non pas grâce à la démocratie israélienne mais malgré la démocratie israélienne. »

Le Festival Henri Langlois pourrait paraître comme un évènement public anodin, mais il ne l’est pas. Les réalisateurs israéliens qui sont représentés sont en mission pour Israël comme en atteste la présence du logo de l’Ambassade d’Israël en France sur le dépliant-programme, et cela alors que les Palestiniens vivent et meurent sous le poids de l’occupation israélienne. Accueillir leurs films et assister à leur projection, c’est être complice des exactions de cet Etat.

Aussi, en tant que personne attachée aux droits des peuples à vivre dans la dignité et libres de toute oppression, et solidaire de la lutte palestinienne pour l’autodétermination, comme des milliers de personnes dans le monde et comme le demandent les Palestiniens, je m’engage dans la campagne de Boycott, Sanctions et Désinvestissements contre Israël, y compris le boycott culturel. Je n’assiste pas au Festival.

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