Omar Barghouti : L’extrémisme israélien encouragera le boycott mondial

Omar Barghouti est un militant palestinien, cofondateur du mouvement « Boycott, Désinvestissement, Sanctions ». Il est l’auteur de “Boycott, Désinvestissement, Sanctions: la lutte mondiale pour les droits palestiniens.”


Israël a élu le gouvernement le plus fanatique de son histoire. Mais de nombreux militants et politiciens œuvrant pour les droits de l’homme des Palestiniens espèrent que ce gouvernement, un cocktail indigeste de droite, d’extrême-droite et de partis fondamentalistes juifs, fera apparaître une lueur d’espoir.
Ce glissement radical à droite ne peut pas, à court terme, être de bon augure pour des Palestiniens sous le joug du régime d’oppression d’Israël. Le siège de Gaza, la construction illégale de colonies, surtout à Jérusalem, la destruction des communautés palestiniennes dans la vallée du Jourdain et dans le Naqab (Negev) iront en empirant avec un coût humain encore plus élevé.

Mais le flot de faux-semblants démocratiques d’Israël et son adoption de politiques coloniales manifestes vont aussi faire croître le développement déjà impressionnant de Boycott, Désinvestissement et Sanctions (BDS), mouvement mondial et non-violent mené par des Palestiniens.
Lancé en 2005 par la plus grande coalition de la société civile palestinienne, BDS en appelle à la fin de l’occupation israélienne qui date de 1967, à la fin de sa discrimination raciale institutionnalisée qui rentre dans la définition faite par l’ONU de l’apartheid, et au respect du droit de retour des réfugiés palestiniens déracinés et dépossédés en 1948.

Un gouvernement dirigé par un premier ministre qui s’oppose à la souveraineté de la Palestine et provoque publiquement les citoyens palestiniens d’Israël d’une manière raciste et dont le partenaire principal, le Foyer juif, prône la création de bantoustans palestiniens, rendra la tâche de défendre Israël devant l’opinion publique internationale bien plus difficile.

Récemment, l’annulation par la star américaine Lauryn Hill d’un concert près de Tel Aviv a juste été le dernier indicateur de l’impact général de BDS. Quelques semaines plus tôt, au Royaume-Uni, près de 1000 artistes ont signé un engagement de boycott culturel contre Israël.
En 2014, de grands fonds de pension néerlandais et norvégiens ont désinvesti des banques et entreprises israéliennes qui travaillent illégalement dans le territoire palestinien occupé.

Plusieurs associations d’étudiants ont approuvé le boycott académique des institutions israéliennes, brisant ainsi un tabou, alors que le désinvestissement s’est propagé parmi les conseils d’élus étudiants dans les universités américaines.
Il y a aussi de plus en plus de Juifs qui soutiennent BDS. Un sondage récent révèle qu’un Juif américain sur six se prononce pour le boycott des produits israéliens et qu’un sur quatre est favorable au boycott des colonies.

L’ancien chef du Mossad Shabtai Shavit est convaincu que BDS représente maintenant un défi “de taille” pour Israël, alors que l’ancien premier ministre Ehud Barak reconnaît que BDS est en train d’atteindre “un sommet”. Sa mise en garde de 2011, avertissant que le gouvernement provocateur de droite d’Israël suscitera un “tsunami” de sanctions, semble désormais raisonnable et pertinente.

Il se pourrait qu’Israël vive bientôt son heure sud-africaine.

Le flot de faux-semblants démocratiques et l’adoption de politiques coloniales manifestes renforcera un mouvement qui constitue une menace sérieuse pour Israël.

Traduction : E.C pour l’Agence Média Palestine

Source : New York Times http://www.nytimes.com/roomfordebate/2015/05/08/can-the-us-make-peace-with-netanyahus-new-government/israeli-extremism-will-encourage-global-boycott




Ce que craint Israël avec le succès du mouvement de Boycott, Désinvestissement et Sanctions

Des amendements à la Chambre et au Sénat [étatsuniens] prennent pour cible le mouvement BDS. C’est donc qu’il doit être en train de faire quelque chose de bien.

David Palumbo-Liu

La plupart des gens comprennent comment les politiciens se servent du processus de l’amendement pour ajouter après coup des messages apparemment sans lien, mais politiquement efficaces, pour une autre législation qui n’a rien d’habituel et d’inoffensif. Qui aurait imaginé qu’un projet de loi ordinaire relatif au commerce serait utilisé pour prendre une position controversée, et même radicale, sur le conflit Israël-Palestine, et en particulier sur le mouvement de Boycott, Désinvestissement et Sanctions ? Et pourtant, c’est exactement ce qui est arrivé.

Récemment, la Chambre et le Sénat ont voté des amendements similaires au projet de loi qui autorise les négociations pour le Partenariat transatlantique pour le commerce et l’investissement (TTIP) avec l’Europe, des amendements qui tentent, d’un coup de plume, de légaliser les colonies israéliennes qui sont reconnues comme illégales tant par les Nations-Unies que par le droit international. Allant à l’inverse, les amendements sanctionnent les entreprises pour leur respect du droit international destiné à protéger contre la colonisation.

L’amendement à la Chambre, co-parrainé par Peter Roskam de l’Illinois, et Juan Vargas de Californie, comprend un passage déclarant que « l’objectif principal des USA dans les négociations » inclurait désormais de décourager à la fois « les actions, par des partenaires commerciaux potentiels, qui porteraient directement ou indirectement préjudice ou décourageraient une activité commerciale entre les États-Unis et uniquement Israël », et « les actions politiquement motivées pour le boycott, le désinvestissement ou des sanctions contre Israël et visant à l’élimination des barrières non tarifaires politiquement motivées sur les produits, services et autres commerces israéliens, imposées à l’État d’Israël ».

L’amendement au Sénat est quasiment le même ; deux amendements qui ciblent clairement le mouvement de Boycott, Désinvestissement et Sanctions en plein essor, lancé en 2005, en un effort parfaitement légal, non violent, pour le respect du droit international et des conventions des droits humains, et la reconnaissance et le rétablissement de leurs droits pour les Palestiniens. Les deux amendements tentent également d’occulter cette vérité gênante que l’occupation est illégale, et illégal aussi de faire du business avec des entreprises en Cisjordanie.

Ces amendements visent non seulement à faciliter, mais encore à normaliser le commerce avec les entreprises coloniales en Cisjordanie et à Jérusalem-Est, sous le prétexte qu’un tel commerce est en réalité tout aussi légitime que le commerce avec Israël lui-même. Cette initiative cherche à élider l’illégalité réelle et internationalement reconnue de l’occupation et celle, spécifique, de faire des affaires avec les entreprises de la colonisation. En utilisant cette expression, « en Israël ou sur les territoires contrôlés par Israël », les amendements fusionnent les deux, comme s’ils formaient une seule et même entité. Et, étrangement, comme J. J. Goldbert le fait remarquer, l’expression est « la même que celle d’un projet de loi anti-boycott israélien, voté par la Knesset en 2011 et confirmé par la Haute Cour de justice d’Israël il y a quelques jours, qui sanctionne les Israéliens prônant une forme ou une autre de boycott. »

Au niveau des États, nous trouvons un effort similaire pour vaincre le BDS. Au Tennessee, le journal Algemeiner rapporte que la résolution mixte 170 du Sénat stipule que le mouvement BDS est « l’un des principaux supports de diffusion de l’antisémitisme et de l’exhortation à l’élimination de l’État juif ». En outre, la résolution déclare que le mouvement BDS et son programme sont « intrinsèquement antithétiques et profondément dommageables pour les causes de la paix, de la justice, de l’égalité, de la démocratie et des droits de l’homme pour tous les peuples au Moyen-Orient ».

Si ce langage paraît familier, c’est par ce qu’il est : ces attaques virulentes contre le BDS au Congrès et au Tennessee sont la résonance des mots de Benjamin Netanyahu. Dans un discours de 2014 devant l’AIPAC, Netanyahu a critiqué le BDS à pas moins de 18 reprises : « Les tentatives de boycott, désinvestissement et de sanctions contre Israël, la démocratie la plus menacée sur terre, sont simplement le dernier chapitre de la longue et sombre histoire de l’antisémitisme. Ceux qui portent l’étiquette BDS devraient être traités exactement comme nous traitons tout antisémite ou doctrinaire. Ils devraient être dénoncés et condamnés ». Les propos de Netanyahu ne font que rabâcher l’équation aujourd’hui archiconnue entre ceux qui critiquent la politique israélienne et les antisémites, afin de donner à Israël l’immunité d’un questionnement raisonnable – comme, par exemple, la contestation de l’allégation qu’Israël serait la « démocratie la plus menacée sur terre », une fois qu’on l’a associée à ce qu’indique Netanyahu dans son évocation alarmiste des « foules » d’ « Arabes israéliens » venant voter aux dernières élections. Nous savons maintenant ce qu’il ressent être la plus grande menace à la « démocratie », et ce n’est pas le BDS. Dans un double mouvement, ensuite, nous voyons s’effondrer la distinction entre Israël et ses colonies, et entre la critique d’Israël et l’antisémitisme. La question est, faire que les gens gobent cela, et s’ils le gobent, pendant combien de temps vont-ils continuer à le gober ?

Et maintenant, la législature de l’État de l’Indiana a suivi celle du Tennessee en condamnant le BDS avec sa propre résolution, en réaction au succès des étudiants de l’institution Quaker, le collège Earlham, qui ont voté un projet de désinvestissement, et vendredi, les législateurs de l’Illinois prendront deux mesures anti-boycott :
–     Selon le Centre pour les droits constitutionnels (CCR), le projet 4011 de l’Illinois à la Chambre et le projet 1761 au Sénat contiennent une disposition qui oblige les fonds de pension de l’État à « créer des listes noires des entreprises qui boycottent Israël pour ses violations des droits de l’homme, et qui les mandate pour qu’ils retirent leurs investissements de ces entreprises ». La mesure a été adoptée mardi par le parquet de la Chambre et le comité judiciaire du Sénat.

–     Le CCR affirme qu’ « il faut s’opposer à ces projets (de boycott) afin de protéger le droit de se livrer à des boycotts reflètant une action collective pour répondre à des problèmes liés aux droits humains, action qui est, a déclaré la Cour suprême des États-Unis, protégée en tant qu’expression et activité associative ».

Il est clair que la pression des étudiants sur les campus, non seulement aux États-Unis mais aussi dans le monde entier, avec les mouvements de boycott dans des organisations professionnels et des syndicats, suscite ces mesures réactives. Et comme ces mesures sont destinées à être votées, cela crée un dilemme pour les Démocrates et les libéraux.

Il est notable qu’après l’apparition controversée de Netanyahu devant le Congrès, qui s’est aliénée l’Administration Obama et de nombreux démocrates au Congrès, et après son propos aux dernières élections selon lesquels il n’y aurait aucune solution à deux États sous son gouvernement, il y a eu a priori une brèche dans la politique américaine concernant le soutien autrefois solide à Israël. Désormais, alors que les Républicains poursuivent farouchement, voire accroissent, leur soutien à Israël, des Démocrates populaires commencent à se diviser sur la question. Néanmoins, les amendements au Congrès semblent indiquer qu’un changement sensible ne s’est pas encore produit au niveau de la direction, avec même un Démocrate comme Vargas à s’engager dans cette escroquerie bizarre.

En dépit de cela, si à notre Congrès et aux sièges de notre Parlement, nous pouvons considérer de telles tentatives comme témoignant de la force du lobby pro-Israël, en dehors de ces espaces, nous pouvons voir encore plus l’énorme efficacité qui est en ce moment celle du BDS (pourquoi autrement y concentrer une telle attention ?). Il constitue sans conteste l’unique alternative, la plus identifiable et la plus puissante, à la diplomatie conventionnelle, laquelle pendant des décennies s’est avérée totalement inefficace s’agissant des violations, de longue date, par Israël du droit international et des conventions et pactes relatifs aux droits de l’homme. Il ne fait aucun doute qu’avec Netanyahu à la barre, tout changement devra émaner de l’extérieur d’Israël, via un consensus international. Et c’est ce qui fait peur à Israël quand il voit le succès du BDS.

Dans un communiqué publié par l’organisation Une Voix juive pour la Paix, le rabbin Joseph Berman a noté : « Cette législation, qui encourage effectivement la construction de colonies de peuplement illégales tout en renforçant l’extrême droite en Israël, montre que BDS est un moyen de plus en plus puissant pour remettre en cause l’impunité d’Israël s’agissant des droits des Palestiniens. Nous exhortons le Congrès à rejeter cette législation. »

Ce qu’on retrouve ici, c’est une bataille pour la volonté politique des Démocrates, et les dirigeants démocrates au Congrès risquent de plus en plus de se trouver eux-mêmes en décalage avec les électeurs mécontents d’un soutien législatif à la colonisation de la Cisjordanie.

David Palumbo-Liu est professeur Louise Hewlett Nixon à l’université de Stanford.

 

Source: http://www.salon.com/2015/05/07/what_israel_fears_with_the_successes_of_the_boycott_divestment_and_sanctions_movement/

traduction : JPP pour BDS FRANCE




Réponse à l’article d’Oudy Bloch dans le Huffington Post

FACE AUX DIFFAMATIONS, DROIT DE REPONSE
La Campagne BDS ayant été gravement diffamée dans une tribune publiée par le Huffington Post, nous avons adressé un droit de réponse.
Le Huffington Post n’a malheureusement pas voulu le publier dans son intégralité, et particulièrement pour les raisons suivantes : sur le fond les termes « épuration ethnique » et « incitation au génocide » sont refusés, et sur la forme notre réponse ne préciserait pas quels sont les passages contestés et serait plus longue que la tribune à laquelle il est répondu.
Voici ci-dessous la tribune diffamatoire et notre réponse.
Jean-Guy Greilsamer, pour la Campagne  BDS France

La « tribune »d’Oudy Bloch: http://www.huffingtonpost.fr/oudy-bloch/massacre-tuerie-camp-de-yarmouk_b_7078672.html


Monsieur Oudy BLOCH, avocat, ayant publié sur le site du Huffington Post un article très diffamatoire à l’encontre de la campagne internationale pour le Boycott, les Désinvestissements et les Sanctions (BDS) contre Israël, menée en France par BDS France, nous apportons plusieurs rectifications et démentis de ses propos.

Monsieur Oudy BLOCH,

Vous avez publié le 20 avril sur le site du Huffington Post un article intitulé « Quand on tue à Yarmouk, on boycotte à Paris »

Cet article étant un tissu de propos diffamatoires à l’encontre de la Campagne BDS France, nous tenons à formuler les mises au point suivantes.

1. Vous dénoncez, et pour cela nous sommes d’accord avec vous, les atrocités commises au camp de Yarmouk.

Mais vous commencez par accuser des pays arabes d’être coupables du sort des réfugiés palestiniens. Nous vous rappelons que l’Etat responsable de la situation des réfugiés palestiniens est Israël, qui les a expulsés massivement en 1947 et 1948 lors de la création de l’Etat d’Israël, puis a fermement refusé de mettre en œuvre leur droit au retour voté puis confirmé par plusieurs résolutions de l’O.N.U. Il est donc tout à fait légitime de pointer la responsabilité d’Israël sur la question du droit au retour, ce qui est l’un des objectifs de la Campagne BDS

2. Vous écrivez ensuite que le sort des Palestiniens de Yarmouk ne préoccupe pas en France les amis du peuple palestinien.

Là, vous nous insultez carrément. La Campagne BDS France a participé le 17 avril dernier et comme en témoignent ces photos*, au rassemblement de solidarité avec les Palestiniens de Yarmouk sur le parvis des Droits de l’Homme à Paris, qui était organisé par l’ambassade de Palestine. 

Par ailleurs, votre insinuation selon laquelle les amis du peuple palestinien seraient insensibles aux autres causes n’est qu’un procédé pour masquer votre volonté de dénigrement.

3. Les interventions devant ou dans les magasins LIDL. 

Ces interventions sont la continuation des campagnes de sensibilisation qui visent à attirer l’attention des consommateurs sur la vente de produits israéliens dont certains sont étiquetés comme provenant d’Israël alors qu’ils proviennent des colonies illégales de Cisjordanie ou du Golan. La France a souscrit à plusieurs dispositions dénonçant l’illégalité des colonies en territoires palestiniens, d’où sont issus ces produits. Nous tenons à la disposition du Huffington Post toutes précisions à ce sujet.

4. Les tracts de propagande dans des sacs de livraisons d’un magasin Monoprix ne proviennent pas de la Campagne BDS France.

5. Les médicaments génériques TEVA et le boycott de toutes les entreprises israéliennes.

La campagne BDS, lancée en 2005 par plus de 170 associations de la société civile palestinienne, vise à mettre fin à l’impunité d’Israël, qui dépossède, persécute et humilie constamment le peuple palestinien. Elle est à l’image de la campagne qui avait contribué à mettre fin au régime d’apartheid en Afrique du Sud. Beaucoup d’éminentes personnalités dans le monde entier s’accordent pour affirmer que ce que subit la majorité des Palestiniens est pire que ce qu’a subi la population noire sud-africaine.
Ainsi, lors d’une session spéciale après les massacres de l’été dernier à Gaza, le Tribunal Russell pour la Palestine, qui est un tribunal de conscience international composé de personnalités prestigieuses et compétentes, a conclu que le crime d’incitation au génocide et des crimes contre l’Humanité ont été commis.
C’est dans ce contexte que la Campagne BDS appelle à boycotter toutes les entreprises israéliennes, dont l’entreprise de médicaments génériques TEVA dont les bénéfices profitent à la politique d’occupation, alors que le droit à la santé des Palestiniens est entravé

6. Les boycotts concernant les échanges universitaires, culturels et scientifiques.

Ces boycotts, rappelons-le, ne visent pas indistinctement des citoyens israéliens ou se rendant en Israël, mais des politiques de coopération ou des invitations émanant directement de l’Etat d’Israël ou de ses institutions. Israël se sert des artistes ou de diverses personnalités pour se blanchir de ses crimes, et divers responsables israéliens reconnaissent cette situation en évoquant l’utilité de la propagande par les biais des arts et de la culture.

7. La légalité de BDS

Cette légalité a été confirmée par de nombreuses juridictions.
La Campagne BDS n’est pas une provocation à la discrimination ethnique, religieuse, communautaire ou en raison de l’appartenance à une nation, mais une réponse citoyenne et non-violente à une politique illégale, largement condamnée par de nombreuses résolutions internationales, et fondée sur une colonisation, une occupation, et le refus du droit au retour des réfugiés et de l’égalité des droits des Palestiniens d’Israël.
De nombreux boycotts ont été développés sans la moindre sanction, dont le dernier en date concerne les mesures de boycott de la Russie à cause de sa politique contre l’Ukraine.
La plupart des plaintes déposées en France contre des militants de BDS ont soit été classées soit se sont terminées par des relaxes. Concernant le procès de Colmar que vous citez un recours est en cours.
Les soutiens à la politique d’Israël s’acharnent à vouloir faire condamner les militants de BDS, mais leur obsession est largement condamnée, tant politiquement que moralement, par le développement international du mouvement BDS

8. Les deux militants de Montpellier.

Ils ont certes commis une étourderie en ne cliquant pas sur l’image qu’ils ont diffusée. Encore faut-il préciser que cette image, qu’ils ont retirée immédiatement après avoir vu ce qu’elle cachait, avait été diffusée dans la précipitation lors des mobilisations pendant les massacres à Gaza (qualifiés rappelons-le de « crime d’incitation au génocide et crimes contre l’Humanité » par le Tribunal Russell sur la Palestine). Mais chercher à débusquer la moindre maladresse commise par des militants qui combattent un massacre en cours est un geste indigne, visant à discréditer les mobilisations de solidarité avec le peuple palestinien. C’est pourquoi nous soutenons les deux militants.

9. La mobilisation pour l’exclusion d’Israël de la FIFA

Israël empêche les sportifs palestiniens de se déplacer librement, emprisonne ceux qui tiennent tête à cette politique, bloque la livraison de matériels sportifs qui leur sont destinés, a détruit des stades pendant les offensive à Gaza, discrimine les joueurs palestiniens qui vivent en Israël …  

10. La banalisation de l’antisémitisme

L’antisémitisme, comme l’islamophobie, les racismes anti-arabe, anti-roms existent et se développent, et la Campagne BDS, dont le fondement même est l’anti-racisme les combat vigoureusement.

Mais les défenseurs de la politique coloniale, d’apartheid et d’épuration ethnique de l’Etat d’Israël contribuent gravement à la banalisation de cet antisémitisme en assimilant la population juive du monde entier à cette politique – alors que nombreux Juifs ont rallié la Campagne BDS.

Le Campagne BDS est riche de la grande diversité de ses militants. Nous ne nous laisserons pas intimider par des calomnies, et nous continuerons de militer avec confiance, parce que le droit et la justice sont de notre côté. 

Jean-Guy Greilsamer, militant de la Campagne BDS France


*https://plus.google.com/photos/101056143108562695304/albums/6138837605193504401?authkey=CL3Mve-bvvOsFg




« Un de nous est blessé… » par Farid Esack

Farid Esack est en tournée en France dans le cadre de l’édition 2015 de l’Israeli Apartheid Week.

Introduction à la vidéo de Sally Shawl, texte lu par Farid Esack, An Open Letter to the Palestinian People, https://www.youtube.com/watch?v=1skU_nVaMl8.

Je suis allé en Israël et en Cisjordanie en novembre 2010 pour y voir sur place la situation : pour rencontrer les gens et entendre leurs histoires ; pour sentir la réalité de la vie quotidienne de part et d’autres d’Israël comme de la Cisjordanie.

En chemin entre une rencontre à Jérusalem et une autre près de Ramallah, la route nous a mené au long du mur de séparation froid et gris érigé par Israël. Alors que nous roulions, j’ai commencé à remarquer qu’il y avait un texte près du sommet, qui s’étendait dans les deux sens aussi loin que l’on pouvait voir. Il ressemblait à un message parlant de l’apartheid. Nous avons fait demi-tour, nous sommes revenus au début et nous l’avons filmé dans sa totalité. Comme il s’est avéré, c’est une Lettre ouverte au peuple de Palestine du théologien sud-africain le docteur Farid Esack. Voici son message ci-après.

Un de nous est blessé…

Mes chers sœurs et frères palestiniens,

Je suis arrivé dans votre pays, et j’y ai reconnu les ombres qui ont plané sur mien. Mon pays a été, autrefois, un pays où certains s’imaginaient pouvoir construire leur sécurité au dépens de la sécurité d’autres personnes. Selon eux, leur peau plus claire et leurs origines européennes leur donnaient le droit de déposséder ceux à la peau plus noire qui vivaient dans le pays depuis des millénaires. Je viens d’un pays où un groupe de personnes, les Afrikaners, ont connu de réelles souffrances aux mains des Anglais.  Ces Anglais les méprisaient et en ont emprisonné beaucoup dans des camps de concentration. Près d’un sixième de leur population a péri à l’époque.

Alors les Afrikaners ont dit, “Plus jamais !” Ils voulaient dire par là qu’il ne fallait plus jamais qu’on les fasse souffrir sans comprendre que leur humanité était liée à celle de tous autres humains. De leur douleur est née l’idée qu’ils étaient un peuple élu par Dieu pour vivre dans une Terre Promise. Et c’est ainsi qu’ils ont occupé cette terre, cette terre qui appartenait à d’autres, et qu’ils se sont construit leur sécurité aux dépens de la sécurité du peuple noir. Plus tard, ces Afrikaners se sont alliés aux descendants de leurs ennemis d’autrefois, ceux qu’on appelait « les Anglais ». Les nouveaux alliés, appelés maintenant simplement « les Blancs », se sont dressés contre les Noirs, qui ont du payer un terrible tribut : dépossédés, exploités et marginalisés par le racisme des Blancs qui s’est entremêlé avec les peurs des Afrikaners et l’idée du peuple élu. Et bien sûr, avec ce crime vieux comme le monde : la rapacité.

Je suis issu de l’Afrique du Sud au temps de l’apartheid.

A mon arrivée dans votre pays, le sentiment du « déjà vu » était incontournable. Je suis frappé par les similitudes. Nous sommes tous en quelque sorte les enfants de notre histoire. Mais nous pouvons aussi choisir d’être touchés par les histoires des autres. Cette capacité est sans doute ce que nous appelons la moralité. Nous ne sommes pas toujours en mesure d’agir face à ce que nous voyons, mais nous avons toujours la liberté de voir, et d’être touchés.

Je viens d’un pays où des gens, au nom de la liberté, ont affronté des attaques au bulldozer, des tirs de fusil, de mitrailleuse et de gaz lacrymogènes. Nous avons résisté à une époque où résister n’était pas à la mode. Et maintenant que nous sommes libres, tout le monde affirme qu’ils ont toujours été avec nous. C’est un peu comme en Europe après la deuxième guerre mondiale. Pendant la guerre, les résistants étaient peu nombreux. Après, on ne trouvait plus un seul sympathisant des nazis, et la très grande majorité déclarait avoir toujours soutenu la résistance.

Je suis étonné de voir à quel point des gens tout à fait honnêtes et bien intentionnés par ailleurs se mettent à tergiverser dès qu’il est question d’Israël et des souffrances des Palestiniens. Voyant cela, je me pose des questions sur ce que nous entendons par honnêteté. L’objectivité, la modération, la capacité de voir les choses des deux côtés, tout ce qui marque la pensée honnêtes, n’ont-elles pas des limites? La modération en présence d’une réelle injustice est-elle réellement de mise ? Les deux parties méritent-elles toujours le même traitement, par exemple dans une situation de violence conjugale – une femme battue par un homme qui avait lui-même subi des violences de son père il y a longtemps – parce l’homme aussi est une « victime »?

Nous demandons au monde d’agir maintenant pour mettre fin à la dépossession des Palestiniens. Nous devons faire cesser leur humiliation quotidienne aux checkpoints, en finir avec la honte de ce Mur de l’Apartheid qui coupe les gens de leurs terres, de leur travail et de leur histoire, et lutter contre la torture, l’incarcération sans jugement et les assassinats ciblés de ceux qui osent résister. Notre humanité exige que chacun qui reconnaît le mal en son temps se dresse contre lui, même si ce n’est pas à la mode. Reconnaître et agir contre le mal, c’est réellement renforcer notre humanité. Devant l’oppression, la dépossession ou l’occupation, nous agissons pour que notre propre humanité ne soit pas diminuée par notre silence face à la dégradation d’autres membres de notre famille humaine. Si on vous dévalorise en tant qu’être humain, on me dévalorise aussi. En agissant pour vous défendre, je me défends aussi – je défends l’humain que je suis aujourd’hui, mais aussi mon humanité vulnérable de demain.

Parler de moralité, c’est parler de la capacité d’être touché par des intérêts au-delà de son appartenance ethnique, religieuse ou nationale. Quand notre vision du monde et nos relations avec les autres sont modelés par l’égocentrisme — vis à vis de notre religion, notre survie, notre sécurité ou notre ethnicité – alors, inéluctablement, nous en deviendrons  tôt ou tard les victimes à notre tour. Quand les humains revendiquent « la réalité », ou la « realpolitik », comme des valeurs en soi, ils le font en général dans leur propre intérêt, même s’ils le justifient selon une logique fondée sur l’ethnicité. Ainsi, même si le but de votre action est d’obtenir du pétrole ou un avantage stratégique, vous la justifiez en invoquant la nécessité d’instaurer la démocratie. Ou encore, vous cherchez à justifier votre pratique de l’esclavage sous le prétexte rassurant que les victimes noires du système seraient peut-être mortes de faim si on les avait laissé en Afrique. Etre un humain, un vrai – être mensch – c’est autre chose. C’est être capable de dépasser les intérêts particuliers et de comprendre que l’approfondissement de l’humanité est liée au bien de l’autre. Quand la ségrégation des humains devient un dogme et une idéologie, quand elle est imposée et mise en application par la loi, cela s’appelle l’apartheid. Quand certains sont privilégiés simplement parce qu’il sont nés dans un groupe ethnique donné et qu’ils exploitent leurs privilèges pour déposséder d’autres personnes et user de pratiques discriminatoires à leur encontre, cela s’appelle l’apartheid. Aussi réel que soit le traumatisme qui l’a engendré, aussi profonde que soit la croyance religieuse qui sous-tend le tout, cela s’appelle l’apartheid. Notre façon de répondre à notre propre souffrance et à l’indifférence ou la culpabilité du monde ne justifie jamais le fait de faire souffrir d’autres personnes ou de rester indifférent face au traumatisme qu’ils subissent. La ségrégation devient alors un principe qui permet d’ignorer l’existence de l’autre avec lequel nous partageons un espace de vie. Et il devient aussi le moyen de nier les souffrances et les humiliations subies par l’autre.

Nous ne nions en aucun cas les souffrances subies par les oppresseurs au cours de leur existence individuelle ou collective; simplement, nous refusons l’idée que d’autres doivent en devenir les victimes par la suite. Nous refusons la manipulation de ces souffrances pour servir des intérêts politiques et expansionnistes. Nous n’acceptons pas de payer le prix de la dépossession parce qu’une puissance impérialiste a besoin d’un allié solide en cette partie du globe.

Pour les Sud-africains, s’exprimer sur la vie ou la mort du peuple palestinien, c’est aussi tenter de préserver notre idéal d’une société morale qui ne serait jamais complice de la souffrance des autres. Il existe bien sûr d’autres exemples d’oppression, de dépossession et de marginalisation dans le monde. Pourtant, aucun n’est aussi reconnaissable pour nous qui avons subi, survécu et finalement surmonté l’apartheid. Pour ceux d’entre nous qui avons vécu l’apartheid en Afrique du Sud et lutté pour nous libérer de ce régime et de tout ce qu’il représentait, la Palestine illustre à bien des égards ce qui reste inachevé dans notre lutte.

Je suis donc venu ici, comme beaucoup d’autres qui ont participé à la lutte contre l’apartheid, et nous avons vu des choses qui nous rappellent ce que nous avons subi. L’Archevêque Desmond Tutu avait évidemment raison de dire à quel point la condition des Palestiniens lui rappelait ce qui nous était arrivé en Afrique du Sud, et de se demander: “Pourquoi avons-nous la mémoire si courte ?  Les Juifs qui sont nos frères et sœurs ont-ils oublié leur propre humiliation ?” Pourtant, à plusieurs égards, ce que nous voyons ici dans votre pays est plus brutal encore, plus implacable et plus inhumain que tout ce que nous avons vécu pendant l’apartheid. En quelque sorte, mes frères et sœurs, je suis gêné de vous voir obligés d’utiliser ce mot qui était autrefois réservé à notre situation, afin d’attirer l’attention à la vôtre.

Les Blancs d’Afrique du Sud ont bien sûr essayé de contrôler les Noirs. Cependant, ils n’ont jamais tenté de nier l’existence même des Noirs, ni entretenu le fantasme de leur disparition pure et simple. Nous n’avons pas vécu une occupation militaire qui privait les occupés de tous leurs droits. Nous n’avons pas connu la barbarie multiforme de ces punitions collectives consistant à démolir les maisons et détruire les vergers appartenant aux familles de rebelles présumés, ni l’expulsion physique de ces familles. Les tribunaux de l’apartheid en Afrique du Sud n’ont jamais légitimé la torture. Les Blancs sud-africains n’ont jamais eu carte blanche pour humilier les Sud-africains noirs comme les colons semblent l’avoir ici. Mêmes les pires fanatiques n’auraient jamais imaginé quelque chose d’aussi macabre que ce mur. Ni la police ni l’armée de l’apartheid n’a jamais tiré des missiles ou envoyé des bombes sur des cibles majoritairement civiles. Les Blancs en Afrique du Sud formaient une communauté stable qui, au bout de plusieurs siècles, a finalement du composer avec les Noirs (ne serait-ce que parce que leur économie en dépendait). L’idée sioniste qui fait d’Israël le lieu de rassemblement de tous les Juifs – anciens et nouveaux, convertis, reconvertis ou « régénérés » – est profondément problématique, car l’idée de tendre la main à son voisin n’y a aucune place.  L’idée semble au contraire de se débarrasser de ses voisins –  ce l’on appelle le nettoyage ethnique – et de les remplacer systématiquement par d’autres.

Au temps de notre résistance à l’apartheid, nous étions conscients de la contribution inestimable de la solidarité internationale à la lutte pour mettre fin à des siècles d’oppression.   Aujourd’hui, nous n’avons d’autre choix que de contribuer à notre tour au combat des Palestiniens pour la liberté. Nous le faisons en ayant pleinement conscience que votre liberté contribuera aussi à la liberté de bien des Juifs de réaliser pleinement leur humanité, tout comme la fin de l’apartheid a rendu cette même liberté aux Blancs d’Afrique du Sud. Au plus fort de notre combat pour la liberté, nous n’avons jamais cessé de rappeler à notre peuple que notre combat était aussi un combat pour la libération des Blancs. L’apartheid diminuait les Blancs dans leur humanité tout comme l’injustice envers les femmes diminue l’humanité des hommes. C’est la libération qui permet à l’oppresseur de reconquérir son humanité, et Israël ne fait pas exception à cet égard. Lors des rassemblements publics pendant le combat pour la liberté en Afrique du Sud, l’orateur du moment lançait souvent « Un de nous est blessé… » et la foule répondait « …Nous sommes tous blessés! ». A l’époque, pour nous, la portée de cette phrase était quelque peu limitée, et peut-être en sera-t-il toujours ainsi. Mais ce que nous savons, c’est que la blessure infligée au peuple palestinien est une blessure pour nous tous. Inéluctablement, une blessure infligée à autrui revient hanter l’agresseur. Il est impossible d’arracher la peau d’un autre humain sans porter atteinte en même temps à sa propre humanité. Face à cette monstruosité, ce Mur de l’apartheid, nous vous offrons autre chose – notre solidarité avec le peuple palestinien. Nous vous déclarons notre engagement à vos côtés dans votre combat pour mettre fin à la ségrégation, pour surmonter l’injustice et pour venir à bout de la rapacité, la division et l’exploitation.

Nous avons vu que nos opprimés de hier – en Afrique du Sud pendant l’apartheid et en Israël aujourd’hui – peuvent devenir les oppresseurs d’aujourd’hui.  Nous sommes donc à vos côtés pour réaliser votre rêve de créer une société où tous, de toutes origines ethniques et de toutes religions, vivront libres et égaux.

Nous continuons à nous inspirer des paroles de Nelson Mandela, père de notre nation et héros du peuple palestinien. En 1964, il a été jugé coupable de trahison et condamné à mort. Il s’est tourné vers les juges et leur a dit: « J’ai lutté contre la domination des blancs, et j’ai lutté contre la domination des noirs. J’ai chéri l’idéal d’une société libre et démocratique dans laquelle tout le monde vivrait en harmonie et avec les mêmes chances. C’est un idéal pour lequel j’espère vivre. Mais, s’il le faut, c’est un idéal pour lequel je suis prêt à mourir ».

 

Traduit en français par Ilona Bossanyi

Texte original: Farid Esack: Open Letter to the Palestinian People

Source: An Injury to one… http://electronicintifada.net/content/injury-one/8223

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Je suis allé en Israël et en Cisjordanie en novembre 2010 pour y voir sur place la situation : pour rencontrer les gens et entendre leurs histoires ; pour sentir la réalité de la vie quotidienne de part et d’autres d’Israël comme de la Cisjordanie.

En chemin entre une rencontre à Jérusalem et une autre près de Ramallah, la route nous a mené au long du mur de séparation froid et gris érigé par Israël. Alors que nous roulions, j’ai commencé à remarquer qu’il y avait un texte près du sommet, qui s’étendait dans les deux sens aussi loin que l’on pouvait voir. Il ressemblait à un message parlant de l’apartheid. Nous avons fait demi-tour, nous sommes revenus au début et nous l’avons filmé dans sa totalité. Comme il s’est avéré, c’est une Lettre ouverte au peuple de Palestine du théologien sud-africain le docteur Farid Esack. Voici son message ci-après.

(Introduction à la vidéo de Sally Shawl, texte lu par Farid Esack, An Open Letter to the Palestinian People, https://www.youtube.com/watch?v=1skU_nVaMl8).

Un de nous est blessé…

Mes chers sœurs et frères palestiniens,

Je suis arrivé dans votre pays, et j’y ai reconnu les ombres qui ont plané sur mien. Mon pays a été, autrefois, un pays où certains s’imaginaient pouvoir construire leur sécurité au dépens de la sécurité d’autres personnes. Selon eux, leur peau plus claire et leurs origines européennes leur donnaient le droit de déposséder ceux à la peau plus noire qui vivaient dans le pays depuis des millénaires. Je viens d’un pays où un groupe de personnes, les Afrikaners, ont connu de réelles souffrances aux mains des Anglais.  Ces Anglais les méprisaient et en ont emprisonné beaucoup dans des camps de concentration. Près d’un sixième de leur population a péri à l’époque.

Alors les Afrikaners ont dit, “Plus jamais !” Ils voulaient dire par là qu’il ne fallait plus jamais qu’on les fasse souffrir sans comprendre que leur humanité était liée à celle de tous autres humains. De leur douleur est née l’idée qu’ils étaient un peuple élu par Dieu pour vivre dans une Terre Promise. Et c’est ainsi qu’ils ont occupé cette terre, cette terre qui appartenait à d’autres, et qu’ils se sont construit leur sécurité aux dépens de la sécurité du peuple noir. Plus tard, ces Afrikaners se sont alliés aux descendants de leurs ennemis d’autrefois, ceux qu’on appelait « les Anglais ». Les nouveaux alliés, appelés maintenant simplement « les Blancs », se sont dressés contre les Noirs, qui ont du payer un terrible tribut : dépossédés, exploités et marginalisés par le racisme des Blancs qui s’est entremêlé avec les peurs des Afrikaners et l’idée du peuple élu. Et bien sûr, avec ce crime vieux comme le monde : la rapacité.

Je suis issu de l’Afrique du Sud au temps de l’apartheid.

A mon arrivée dans votre pays, le sentiment du « déjà vu » était incontournable. Je suis frappé par les similitudes. Nous sommes tous en quelque sorte les enfants de notre histoire. Mais nous pouvons aussi choisir d’être touchés par les histoires des autres. Cette capacité est sans doute ce que nous appelons la moralité. Nous ne sommes pas toujours en mesure d’agir face à ce que nous voyons, mais nous avons toujours la liberté de voir, et d’être touchés.

Je viens d’un pays où des gens, au nom de la liberté, ont affronté des attaques au bulldozer, des tirs de fusil, de mitrailleuse et de gaz lacrymogènes. Nous avons résisté à une époque où résister n’était pas à la mode. Et maintenant que nous sommes libres, tout le monde affirme qu’ils ont toujours été avec nous. C’est un peu comme en Europe après la deuxième guerre mondiale. Pendant la guerre, les résistants étaient peu nombreux. Après, on ne trouvait plus un seul sympathisant des nazis, et la très grande majorité déclarait avoir toujours soutenu la résistance.

Je suis étonné de voir à quel point des gens tout à fait honnêtes et bien intentionnés par ailleurs se mettent à tergiverser dès qu’il est question d’Israël et des souffrances des Palestiniens. Voyant cela, je me pose des questions sur ce que nous entendons par honnêteté. L’objectivité, la modération, la capacité de voir les choses des deux côtés, tout ce qui marque la pensée honnêtes, n’ont-elles pas des limites? La modération en présence d’une réelle injustice est-elle réellement de mise ? Les deux parties méritent-elles toujours le même traitement, par exemple dans une situation de violence conjugale – une femme battue par un homme qui avait lui-même subi des violences de son père il y a longtemps – parce l’homme aussi est une « victime »?

Nous demandons au monde d’agir maintenant pour mettre fin à la dépossession des Palestiniens. Nous devons faire cesser leur humiliation quotidienne aux checkpoints, en finir avec la honte de ce Mur de l’Apartheid qui coupe les gens de leurs terres, de leur travail et de leur histoire, et lutter contre la torture, l’incarcération sans jugement et les assassinats ciblés de ceux qui osent résister. Notre humanité exige que chacun qui reconnaît le mal en son temps se dresse contre lui, même si ce n’est pas à la mode. Reconnaître et agir contre le mal, c’est réellement renforcer notre humanité. Devant l’oppression, la dépossession ou l’occupation, nous agissons pour que notre propre humanité ne soit pas diminuée par notre silence face à la dégradation d’autres membres de notre famille humaine. Si on vous dévalorise en tant qu’être humain, on me dévalorise aussi. En agissant pour vous défendre, je me défends aussi – je défends l’humain que je suis aujourd’hui, mais aussi mon humanité vulnérable de demain.

Parler de moralité, c’est parler de la capacité d’être touché par des intérêts au-delà de son appartenance ethnique, religieuse ou nationale. Quand notre vision du monde et nos relations avec les autres sont modelés par l’égocentrisme — vis à vis de notre religion, notre survie, notre sécurité ou notre ethnicité – alors, inéluctablement, nous en deviendrons  tôt ou tard les victimes à notre tour. Quand les humains revendiquent « la réalité », ou la « realpolitik », comme des valeurs en soi, ils le font en général dans leur propre intérêt, même s’ils le justifient selon une logique fondée sur l’ethnicité. Ainsi, même si le but de votre action est d’obtenir du pétrole ou un avantage stratégique, vous la justifiez en invoquant la nécessité d’instaurer la démocratie. Ou encore, vous cherchez à justifier votre pratique de l’esclavage sous le prétexte rassurant que les victimes noires du système seraient peut-être mortes de faim si on les avait laissé en Afrique. Etre un humain, un vrai – être mensch – c’est autre chose. C’est être capable de dépasser les intérêts particuliers et de comprendre que l’approfondissement de l’humanité est liée au bien de l’autre. Quand la ségrégation des humains devient un dogme et une idéologie, quand elle est imposée et mise en application par la loi, cela s’appelle l’apartheid. Quand certains sont privilégiés simplement parce qu’il sont nés dans un groupe ethnique donné et qu’ils exploitent leurs privilèges pour déposséder d’autres personnes et user de pratiques discriminatoires à leur encontre, cela s’appelle l’apartheid. Aussi réel que soit le traumatisme qui l’a engendré, aussi profonde que soit la croyance religieuse qui sous-tend le tout, cela s’appelle l’apartheid. Notre façon de répondre à notre propre souffrance et à l’indifférence ou la culpabilité du monde ne justifie jamais le fait de faire souffrir d’autres personnes ou de rester indifférent face au traumatisme qu’ils subissent. La ségrégation devient alors un principe qui permet d’ignorer l’existence de l’autre avec lequel nous partageons un espace de vie. Et il devient aussi le moyen de nier les souffrances et les humiliations subies par l’autre.

Nous ne nions en aucun cas les souffrances subies par les oppresseurs au cours de leur existence individuelle ou collective; simplement, nous refusons l’idée que d’autres doivent en devenir les victimes par la suite. Nous refusons la manipulation de ces souffrances pour servir des intérêts politiques et expansionnistes. Nous n’acceptons pas de payer le prix de la dépossession parce qu’une puissance impérialiste a besoin d’un allié solide en cette partie du globe.

Pour les Sud-africains, s’exprimer sur la vie ou la mort du peuple palestinien, c’est aussi tenter de préserver notre idéal d’une société morale qui ne serait jamais complice de la souffrance des autres. Il existe bien sûr d’autres exemples d’oppression, de dépossession et de marginalisation dans le monde. Pourtant, aucun n’est aussi reconnaissable pour nous qui avons subi, survécu et finalement surmonté l’apartheid. Pour ceux d’entre nous qui avons vécu l’apartheid en Afrique du Sud et lutté pour nous libérer de ce régime et de tout ce qu’il représentait, la Palestine illustre à bien des égards ce qui reste inachevé dans notre lutte.

Je suis donc venu ici, comme beaucoup d’autres qui ont participé à la lutte contre l’apartheid, et nous avons vu des choses qui nous rappellent ce que nous avons subi. L’Archevêque Desmond Tutu avait évidemment raison de dire à quel point la condition des Palestiniens lui rappelait ce qui nous était arrivé en Afrique du Sud, et de se demander: “Pourquoi avons-nous la mémoire si courte ?  Les Juifs qui sont nos frères et sœurs ont-ils oublié leur propre humiliation ?” Pourtant, à plusieurs égards, ce que nous voyons ici dans votre pays est plus brutal encore, plus implacable et plus inhumain que tout ce que nous avons vécu pendant l’apartheid. En quelque sorte, mes frères et sœurs, je suis gêné de vous voir obligés d’utiliser ce mot qui était autrefois réservé à notre situation, afin d’attirer l’attention à la vôtre.

Les Blancs d’Afrique du Sud ont bien sûr essayé de contrôler les Noirs. Cependant, ils n’ont jamais tenté de nier l’existence même des Noirs, ni entretenu le fantasme de leur disparition pure et simple. Nous n’avons pas vécu une occupation militaire qui privait les occupés de tous leurs droits. Nous n’avons pas connu la barbarie multiforme de ces punitions collectives consistant à démolir les maisons et détruire les vergers appartenant aux familles de rebelles présumés, ni l’expulsion physique de ces familles. Les tribunaux de l’apartheid en Afrique du Sud n’ont jamais légitimé la torture. Les Blancs sud-africains n’ont jamais eu carte blanche pour humilier les Sud-africains noirs comme les colons semblent l’avoir ici. Mêmes les pires fanatiques n’auraient jamais imaginé quelque chose d’aussi macabre que ce mur. Ni la police ni l’armée de l’apartheid n’a jamais tiré des missiles ou envoyé des bombes sur des cibles majoritairement civiles. Les Blancs en Afrique du Sud formaient une communauté stable qui, au bout de plusieurs siècles, a finalement du composer avec les Noirs (ne serait-ce que parce que leur économie en dépendait). L’idée sioniste qui fait d’Israël le lieu de rassemblement de tous les Juifs – anciens et nouveaux, convertis, reconvertis ou « régénérés » – est profondément problématique, car l’idée de tendre la main à son voisin n’y a aucune place.  L’idée semble au contraire de se débarrasser de ses voisins –  ce l’on appelle le nettoyage ethnique – et de les remplacer systématiquement par d’autres.

Au temps de notre résistance à l’apartheid, nous étions conscients de la contribution inestimable de la solidarité internationale à la lutte pour mettre fin à des siècles d’oppression.   Aujourd’hui, nous n’avons d’autre choix que de contribuer à notre tour au combat des Palestiniens pour la liberté. Nous le faisons en ayant pleinement conscience que votre liberté contribuera aussi à la liberté de bien des Juifs de réaliser pleinement leur humanité, tout comme la fin de l’apartheid a rendu cette même liberté aux Blancs d’Afrique du Sud. Au plus fort de notre combat pour la liberté, nous n’avons jamais cessé de rappeler à notre peuple que notre combat était aussi un combat pour la libération des Blancs. L’apartheid diminuait les Blancs dans leur humanité tout comme l’injustice envers les femmes diminue l’humanité des hommes. C’est la libération qui permet à l’oppresseur de reconquérir son humanité, et Israël ne fait pas exception à cet égard. Lors des rassemblements publics pendant le combat pour la liberté en Afrique du Sud, l’orateur du moment lançait souvent « Un de nous est blessé… » et la foule répondait « …Nous sommes tous blessés! ». A l’époque, pour nous, la portée de cette phrase était quelque peu limitée, et peut-être en sera-t-il toujours ainsi. Mais ce que nous savons, c’est que la blessure infligée au peuple palestinien est une blessure pour nous tous. Inéluctablement, une blessure infligée à autrui revient hanter l’agresseur. Il est impossible d’arracher la peau d’un autre humain sans porter atteinte en même temps à sa propre humanité. Face à cette monstruosité, ce Mur de l’apartheid, nous vous offrons autre chose – notre solidarité avec le peuple palestinien. Nous vous déclarons notre engagement à vos côtés dans votre combat pour mettre fin à la ségrégation, pour surmonter l’injustice et pour venir à bout de la rapacité, la division et l’exploitation.

Nous avons vu que nos opprimés de hier – en Afrique du Sud pendant l’apartheid et en Israël aujourd’hui – peuvent devenir les oppresseurs d’aujourd’hui.  Nous sommes donc à vos côtés pour réaliser votre rêve de créer une société où tous, de toutes origines ethniques et de toutes religions, vivront libres et égaux.

Nous continuons à nous inspirer des paroles de Nelson Mandela, père de notre nation et héros du peuple palestinien. En 1964, il a été jugé coupable de trahison et condamné à mort. Il s’est tourné vers les juges et leur a dit: « J’ai lutté contre la domination des blancs, et j’ai lutté contre la domination des noirs. J’ai chéri l’idéal d’une société libre et démocratique dans laquelle tout le monde vivrait en harmonie et avec les mêmes chances. C’est un idéal pour lequel j’espère vivre. Mais, s’il le faut, c’est un idéal pour lequel je suis prêt à mourir ».

Traduit en français par Ilona Bossanyi

Texte original: Farid Esack: Open Letter to the Palestinian People

Source: An Injury to one… http://electronicintifada.net/content/injury-one/8223




Angela Davis : « Si Israël se retrouve isolé, il ne pourra pas continuer son apartheid »

Née en 1944 en Alabama, Angela Davis est devenue – sans vraiment le vouloir, confia-t-elle dans ses mémoires – l’une des principales figures du Mouvement des droits civiques américains. Opposante à la guerre du Vietnam, membre du Parti communiste, marxiste, féministe et proche du philosophe Herbert Marcuse, Davis fut inculpée en 1971 – l’État de Californie l’accusant d’avoir pris part à une sanglante prise d’otages – puis acquittée un an plus tard. En tant que citoyenne, auteure et professeure, elle milita depuis contre le système carcéral, le port d’armes, la peine de mort, la discrimination à l’endroit des homosexuels, la guerre d’Irak et l’occupation de la Palestine. Entretien.


davis

Vous évoquez souvent la puissance du collectif et l’importance de ne pas mettre en avant les individualités, mais le mouvement dans son ensemble. Comment est-ce possible, dans notre société qui promeut et sacralise l’individu-roi ? Et que pensez-vous, d’ailleurs, de l’idolâtrie dont Nelson Mandela fut l’objet dans les médias de masse après sa mort ?

Depuis l’essor du capitalisme global et des idéologies associées au néolibéralisme, il est devenu particulièrement important d’identifier les dangers de l’individualisme. Les luttes progressistes (contre le racisme, la répression, la pauvreté, etc.) sont vouées à l’échec si elles ne s’accompagnent pas du développement d’une conscience certaine de la promotion insidieuse de l’individualisme capitaliste. Alors même que Nelson Mandela a toujours insisté sur le fait que ce qu’il avait accompli était le fruit d’un effort collectif, mené avec tous les camarades qui ont lutté à ses côtés, les médias n’ont eu de cesse de l’ériger personnellement au rang de héros. Un processus similaire a tout fait pour dissocier Martin Luther King Jr. du grand nombre de femmes et d’hommes qui constituait le cœur du mouvement pour la liberté au milieu du XXesiècle. Il est essentiel de récuser et de résister à cette description de l’Histoire comme le succès de quelques héros, afin que chacun, aujourd’hui, puisse reconnaître son potentiel et le rôle qu’il peut jouer dans les combats toujours plus nombreux qui sont menés.

Que reste-t-il aujourd’hui du mouvement Black Power ? « Il est essentiel de récuser et de résister à cette description de l’Histoire comme le succès de quelques héros. »

Pour moi, le mouvement Black Power, ou ce que nous appelions à l’époque le Mouvement noir de libération, a été un moment précis de l’évolution de notre quête pour la liberté des Noirs. C’était, à de nombreux égards, une réponse à ce que nous percevions comme les limites du Mouvement des droits civiques : nous ne devions pas réclamer uniquement des droits légaux dans la société existante, mais aussi revendiquer des droits fondamentaux (logement, emploi, soins de santé, éducation, etc.) et remettre en question la structure même de la société. Toutes les demandes de ce genre (visant également l’enfermement sur bases racistes, la violence policière et l’exploitation capitaliste) étaient résumées dans le programme en dix points du parti Black Panther. Même si des personnes noires ont conquis des positions hiérarchiques au niveau économique, social et politique (l’exemple le plus flagrant étant l’élection de Barack Obama en 2008), le racisme dont la grande majorité de la population noire est victime au niveau économique, carcéral et dans le système éducatif est bien plus important aujourd’hui qu’avant le mouvement des droits civiques. Les revendications du programme des Black Panther sont aussi pertinentes à l’heure actuelle, si ce n’est plus, que dans les années 1960 lorsqu’elles ont été formulées pour la première fois.

L’élection de Barack Obama a été très largement célébrée comme une victoire contre le racisme. N’était-ce pas là un écran de fumée qui a, pendant longtemps, paralysé la gauche et les Afro-Américains engagés dans la lutte pour l’émancipation ?

Les significations qui ont été données à l’élection d’Obama sont, pour la plupart, totalement fallacieuses. Tout particulièrement celles qui font de l’accession d’un homme noir à la présidence des États-Unis le symbole de la victoire sur le racisme. Je pense, cependant, que cette élection était importante en elle-même, étant donné que la plupart des gens – dont la majorité de la population noire – ne pensait pas possible, au départ, qu’une personne noire puisse un jour être élue à la tête de l’État. La jeunesse a vraiment créé un mouvement – qu’on pourrait même appeler un cybermouvement – qui a rendu l’impossible possible. Le problème est qu’ils n’ont pas alimenté cette puissance collective pour continuer à faire pression sur Obama et le pousser à prendre des mesures plus progressistes (contre l’incursion militaire en Afghanistan, pour le démantèlement de Guantanamo, vers la mise en place d’un meilleur régime d’assurance santé). Même si nous sommes critiques envers Obama, je pense qu’il est important de préciser que cela n’aurait pas été mieux avec Romney à la Maison Blanche. Ce n’est pas le bon président qui nous a fait défaut ces cinq dernières années, mais des mouvements populaires bien organisés.
rights © Library of Congress
Comment définiriez-vous le « féminisme noir » ? Quel rôle pourrait-il jouer dans les sociétés contemporaines ?

Le féminisme noir a émergé comme tentative théorique et pratique de démontrer que la race, le genre et la classe sont inséparables dans le monde social que nous constituons. Au moment de son apparition, il était régulièrement demandé aux femmes noires ce qui était le plus important à leurs yeux : le mouvement noir ou le mouvement des femmes. Nous répondions alors que ce n’était pas la bonne question. Ce qu’il fallait se demander était comment comprendre les points de jonction et les connexions entre les deux mouvements. Nous cherchons toujours aujourd’hui à comprendre la manière dont la race, la classe, le genre, la sexualité, la Nation et le pouvoir sont inextricablement liés, mais aussi le moyen de dépasser ces catégories pour comprendre les interactions entre des idées et des processus en apparence sans liens, indépendants. Mettre en avant les connexions entre les luttes contre le racisme aux États-Unis et celles contre la répression des Palestiniens par Israël est, dans ce sens, un procédé féministe.

Que pensez-vous de l’idée qui consiste à se désengager totalement du système des partis politiques et de rompre avec la démocratie dite « représentative » ? « Nous cherchons aujourd’hui à comprendre la manière dont la race, la classe, le genre, la sexualité, la nation et le pouvoir sont inextricablement liés. »

Je ne pense évidemment pas que les partis politiques existants puissent être nos principaux chevaux de bataille, mais je pense que nous pouvons utiliser l’arène électorale comme un terrain sur lequel nous organiser. Aux États-Unis, nous avons besoin, depuis longtemps, d’un parti politique indépendant, un parti des travailleurs, antiraciste et féministe. C’est sur cette base d’activisme que nous allons pouvoir construire de nouveaux mouvements radicaux.

Pourquoi demander aux populations arabes de se révolter alors que nous ne faisons rien, chez nous, pour changer nos propres institutions ?

En effet, peut-être devrions-nous inverser la demande : je pense qu’il est tout a fait justifié que les populations du monde arabe nous demande d’empêcher nos gouvernements de mettre en place et de soutenir des régimes répressifs, et tout particulièrement Israël. La soi-disante « Guerre contre la terreur » a fait d’inestimables dégâts dans le monde, parmi lesquels l’intensification du racisme anti-musulman aux États-Unis, en Europe et en Australie. Et nous, progressistes du « Nord global », n’avons certainement pas reconnu et assumé nos responsabilités dans la perpétuation des attaques idéologiques et militaires contre les populations du monde arabe.

Vous étiez dernièrement à Londres pour donner une conférence sur la Palestine, G4S [une entreprise britannique de services de sécurité] et le complexe industrialo-pénitentiaire : quelles sont les connexions entre ces trois thèmes ?

G4S a insidieusement profité des soi-disant menaces sécuritaires et des politiques sécuritaires imposées par les États pour s’infiltrer dans la vie des populations du monde entier, et plus spécialement en Grande-Bretagne, aux États-Unis et en Palestine. Cette société, qui est la troisième plus grande entreprise privée du monde derrière Walmart et Foxcomm, et le plus grand employeur privé du continent africain, a appris à profiter du racisme, des politiques anti-immigration et des technologies de sanction en Israël et partout dans le monde. G4S est directement responsable des conditions d’incarcération des prisonniers politiques palestiniens, des prisons en Afrique du Sud, de la nature quasi carcérale de certaines écoles aux États-Unis, du mur d’apartheid en Israël/Palestine et du mur de séparation sur la frontière entre le Mexique et les États-Unis. Et, bizarrement, nous apprenons lors de cette rencontre à Londres, que G4S gère également des centres d’aide aux victimes d’agression sexuelle en Angleterre.

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© U.S. Air Force Photo – Staff Sgt. Jim Verchio

Vous dites souvent que le complexe industrialo-pénitentiaire s’apparente à de « l’esclavage moderne ». À quel point cette industrie est-elle rentable ?

 Comme elle est en continuelle expansion, le cas G4s en est la preuve, on peut supposer qu’elle l’est de plus en plus. Elle inclut maintenant, en plus des prisons privées (et publiques, qui sont plus privatisées qu’on pourrait le penser et de plus en plus soumises à la dictature du profit), les centres de détentions pour mineurs, les prisons militaires et les centres d’interrogation. Qui plus est, le secteur le plus rentable de l’industrie pénitentiaire est celui des centres de détention pour migrants. On peut alors comprendre pourquoi la loi anti-immigration la plus répressive, ici aux États-Unis, a été rédigée par des prisons privées, dont l’objectif explicite était de maximiser leurs profits.

Qu’est-ce que l’essor du complexe industrialo-pénitentiaire nous dit de notre société ?

L’accroissement inexorable du nombre de personnes incarcérées dans le monde et le développement des moyens toujours plus profitables qui permettent de les maintenir en captivité est une des illustrations les plus dramatiques des tendances destructrices du capitalisme global. Mais les bénéfices obscènes que génère l’incarcération de masse sont des corollaires de profits engendrés par les industries de l’éducation, de la santé et d’autres services qui devraient être, en réalité, accessibles à tous gratuitement.

Vous imaginez une société sans prisons : n’est-ce pas utopique ? Comment cela pourrait-il fonctionner et que mettez-vous en place sur le terrain pour faire accepter cette idée ?

Je suis convaincue qu’une société sans prison est réaliste et envisageable dans le futur, mais dans une société nouvelle basée sur les besoins de la population et non sur le profit. L’abolition des prisons est aujourd’hui perçue comme utopique justement parce que la prison et les idéologies qu’elle s’attache à véhiculer avec force sont totalement ancrées dans notre monde contemporain. L’utilisation de plus en plus massive de l’incarcération comme stratégie de détournement et l’accroissement du nombre de personnes emprisonnées aux États-Unis (environ 2,5 millions), empêchent de mettre en lumière et de traiter les problèmes sociaux fondamentaux (le racisme, la pauvreté, le chômage, le défaut d’éducation, etc.). La population finira par se rendre compte que la prison n’est qu’une fausse solution. Le plaidoyer pour l’abolition des prisons doit et ne peut se faire que dans un ensemble de revendications plus large incluant celles pour une éducation de qualité, la fin des discriminations à l’emploi, la gratuité des soins de santé et d’autres réformes progressistes. Cela participera à la promotion de la critique anticapitaliste et les initiatives vers le socialisme.

Dans une des séquences de The Black Power Mixtape, un documentaire sur les Black Panthers et le mouvement afro-américain, vous avez répondu, à un journaliste qui vous demandait si vous approuviez l’utilisation de la violence : « Me demander si j’approuve la violence n’a aucun sens. » Pouvez-vous développez ?

Je voulais mettre l’accent sur le fait que cette question sur la légitimité de la violence aurait dû être posée aux institutions qui avaient, et ont toujours, le monopole de la violence : la police, les prisons, l’armée. J’ai expliqué que j’avais grandi dans le sud des États-Unis, à une époque où le gouvernement permettait au Ku Klux Klan d’entreprendre des attaques terroristes contre les communautés noires. J’étais en prison en ce temps-là, injustement accusée de conspiration, kidnapping et meurtre. J’étais devenue la cible privilégiée de violences institutionnelles et on ne demandait qu’à moi si j’approuvais la violence. Très bizarre… Je voulais aussi mettre en lumière que militer pour un changement révolutionnaire n’était pas en premier lieu une question de violence mais consistait à s’attaquer à des problématiques de fond, comme l’amélioration des conditions de vie des personnes les plus pauvres et des personnes de couleur.

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1968, © Stephen Shames

Nombreux sont ceux qui pensent encore que vous faisiez partie des Black Panthers — certains sont même convaincus que vous en étiez l’une des fondatrices. Pouvez-vous nous expliquer quelles étaient vos relations avec ce mouvement à l’époque et le rôle que vous avez joué ?

Je n’étais pas un des membres fondateurs du parti des Black Panthers. J’étudiais en Europe quand le parti a été créé en 1966. Après avoir rejoint le Parti Communiste, je suis également devenue membre des Black Panthers et ai travaillé avec une des branches de l’organisation à Los Angeles en tant que responsable de l’éducation politique. Un jour, les leaders du parti ont décidé que les membres des Black Panthers ne pouvaient être affiliés à aucune autre organisation, alors j’ai choisi de poursuivre mon engagement avec le Parti Communiste, tout en continuant à soutenir et à collaborer avec les Panthers. Ils ont d’ailleurs été très actifs pour obtenir ma libération lorsque j’ai été incarcérée.

Vous parliez de « légitimité de la violence » ; cela renvoie à la situation en Palestine. On entend aujourd’hui la communauté internationale, les médias et le monde exiger des Palestiniens l’arrêt de la violence comme précondition à des négociations. Exactement comme il avait été demandé aux leaders du mouvements pour les droits civiques ou aux Indiens d’Amérique. Qui impose cette règle qui veut que l’opprimé assure la sécurité de l’oppresseur ?

Mettre la question de la violence au premier plan permet de masquer les véritables problématiques qui font le coeur de la lutte pour la justice. Le même processus a été utilisé pendant la lutte anti-apartheid en Afrique du Sud. Il est intéressant de noter que Nelson Mandela, qui a été sanctifié comme un des plus grands défenseurs de la paix de notre ère, figurait sur la liste des terroristes des États-Unis jusqu’en 2008. Les vraies problématiques de la lutte palestinienne pour la liberté et l’auto-détermination sont rendues invisibles par ceux qui, usant du terrorisme, portent la résistance palestinienne au même niveau d’horreur que l’apartheid israélien.

À quand remonte votre dernière visite en Palestine ? Quelle impression vous a-t-elle laissée ?

J’y suis allée en juin 2011 avec un groupe d’Indiens d’Amérique et de femmes de couleur, universitaires et activistes. La délégation comptait des femmes qui avaient grandi sous le régime d’apartheid en Afrique du Sud, dans le sud des États-Unis sous les lois Jim Crow et dans les réserves indiennes. Bien que nous étions déjà tous engagés dans le mouvement pour la justice en Palestine, nous avons été profondément choqués par ce que nous avons vu et avons décidé d’encourager nos différents groupes à rejoindre le mouvement BDS et à intensifier la campagne de lutte pour une Palestine libre. Certains d’entre nous ont plus récemment réussi à faire passer une résolution exhortant l’American Studies Association à participer au boycott académique et culturel d’Israël. D’autres ont œuvré pour le passage d’une résolution par la Modern Language Association visant à censurer Israël pour avoir refusé l’entrée en Cisjordanie à des universitaires qui voulaient faire des recherches et dispenser des cours dans des universités palestiniennes.

Il existe de nombreux moyens de résistance pour les populations opprimées — la loi internationale stipulant même qu’il est possible de résister par la lutte armée. Aujourd’hui, le mouvement de solidarité palestien a pris le chemin de la résistance non-violente. Est-ce, selon vous, la bonne route ?

Les mouvements de solidarité sont, par nature, non-violents. En Afrique du Sud, alors même q’un mouvement de solidarité international s’organisait, l‘ANC et le SACP en sont venus à la conclusion qu’il leur fallait une branche armée : Umkhonto we Sizwe. Ils avaient tout à fait le droit de prendre cette décision. De la même manière, c’est aux Palestiniens de définir quelles méthodes ils pensent les plus à même de les conduire à la victoire. En même temps, il est clair que si Israël se retrouve isolé économiquement et politiquement, comme tente de le faire la campagne BDS, il ne pourra pas continuer de développer son régime d’apartheid. Si nous, aux États-Unis par exemple, pouvions forcer Obama à cesser de donner 8 millions de dollars par jour à Israël, nous ferions un grand pas vers la fin de l’occupation israélienne.

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© Thomas Diego Badia

Vous faites partie d’un comité pour la libération de Marwan Barghouti et tous les prisonniers politiques. Pourquoi est-ce une priorité à vos yeux ?

Il est essentiel que Marwan Barghouti et tous les prisonniers politiques incarcérés dans les prisons israéliennes soient libérés. Marwan Barghouti a passé plus de deux décennies derrière les barreaux. Sa situation est d’ailleurs tout a fait symptomatique de l’expérience de la plupart des familles palestiniennes dont au moins un membre a été emprisonné par les autorités israéliennes. Il y a actuellement plus de 5000 prisonniers palestiniens et nous savons que depuis 1967, 800 000 Palestiniens, soit 40 % de la population masculine, ont été incarcérés par Israël. Demander la libération de tous les prisonniers politiques palestiniens est un élément essentiel des revendications pour mettre fin à l’occupation.

Lors d’une conférence à Londres, en octobre 2013, vous avez déclaré que la question palestinienne devait se globaliser, qu’elle était une problématique sociale que tous les mouvements luttant pour la justice devaient inscrire dans leur programme. Que vouliez-vous dire par là ?

Tout comme le combat contre le régime d’apartheid en Afrique du Sud a fini par devenir une des préoccupations premières d’une grande majorité des mouvements de lutte pour la justice dans le monde, la question palestinienne doit devenir la priorité de tous les mouvements progressistes aujourd’hui. On a eu tendance à considérer la Palestine comme une question à part et, malheureusement, souvent marginale. Le moment est venu d’encourager tous ceux qui croient en l’égalité et la justice à se joindre à la lutte pour libérer la Palestine.

Que répondez-vous si l’on vous dit : le combat est sans fin ?

Je dirais que nos luttes murissent, grandissent, produisent de nouvelles idées, font surgir de nouvelles problématiques et de nouveaux terrains sur lesquels nous devons mener notre quête de liberté. À l’instar de Nelson Mandela, nous devons avoir la volonté d’entreprendre la longue marche vers la liberté.

Source: Revue Ballast




BDS et la guerre menée par Israël contre l’enseignement supérieur palestinien

Article publié sur Middle East Monitor le 28/01/2015.

Par Ben White
Source: ISM

Un rapport de l’UNESCO a documenté les « dégâts matériels, humains et éducatifs » qu’ont subi les institutions de l’enseignement supérieur palestinien (Higher Education Institutions – HEIs) pendant l’attaque israélienne de l’été dernier. Les conclusions de l’agence onusienne font état « d’institutions de l’enseignement supérieur directement visées durant les hostilités ».

BDS et la guerre menée par Israël contre l'enseignement supérieur palestinien

L’UNESCO fait aussi état du « manquement d’Israël à considérer les lieux d’enseignement comme des lieux sûrs et à protéger les universités de toute attaque » qui a constitué « une violation grave du droit à l’instruction et est condamné par le Droit International ».

L’agence onusienne s’est appuyée sur des données primaires, des questionnaires et des interviews provenant d’études de terrain conduites par des chercheurs auprès de 26 HEIs de la Bande de Gaza. D’après le rapport, « les personnels et les étudiants ont subi de lourdes pertes durant le conflit, y compris des pertes humaines et des blessés graves ». La vie a basculé pour des dizaines de personnes devenues handicapées. Les chiffres présentés sont une lecture sinistre.

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avant et après une attaque aérienne israélienne, juillet 2014 (photo @YousefMunayyer/Twitter)

Les forces israéliennes ont tué 421 étudiants et en ont blessé 1.128 autres durant l’opération dite « Bordure protectrice ». Dans ce que l’UNESCO qualifie de « statistique choquante », les morts d’étudiants ont représenté 27,4 % – soit plus du quart – du nombre total des civils tués dans la bande de Gaza. La majorité des étudiants tués pendant le conflit sont morts dans des bombardements.

La mort de 9 membres des personnels universitaire et administratif, dont l’âge varie entre 25 et 70 ans, est également à déplorer, tandis que 20 autres ont été blessés. Les victimes qui appartenaient au personnel universitaire enseignaient différentes matières telles que l’anglais, la chimie, les affaires sociales, la planification du développement et les soins médicaux.

Le rapport détaille également les dommages considérables qui ont été causés aux bâtiments et aux infrastructures. Au total, 14 HEIs ont été endommagées durant les hostilités, pour « un coût total des réparations et reconstructions des bâtiments des HEIs, de leurs installations et de leurs équipements » estimé à un peu plus de 16 millions de dollars.

Selon une des personnes interviewées, « prendre les HEIs pour cibles directes était devenu une routine durant le conflit », tandis que les forces israéliennes lançaient des attaques « avec des drones, des explosifs antichars et des frappes aériennes directes et indirectes ». Les chercheurs ont trouvé des classes et des laboratoires entièrement détruits, « des couloirs envahis par les gravats, des campus jonchés de verre brisé, de bouts de métal tordus et de débris de la guerre ».

De nombreux étudiants et personnels ont également perdu leurs domiciles, à l’instar de tant de Palestiniens, dans une vision élargie à l’ensemble des attaques israéliennes. Presque 400 membres des personnels des HEIs ont vu leurs habitations détruites, ainsi que plus de 7.000 étudiants qui ont subi la même situation. A l’université Al-Azhar, 66 % des étudiants ont eu leurs domiciles détruits.

Le rapport de l’UNESCO inclut plusieurs récits personnels, comme celui de Islam Olwan, une étudiante âgée de 21 ans. Sa maison « a été totalement détruite, y compris la pièce dans laquelle elle travaillait, dormait et passait du temps avec ses 4 sœurs ».

Il y a trois ans, elle a perdu sa mère, et cette année, sa jeune sœur handicapée âgée de 11 ans a été retrouvée morte sous les décombres. Lorsque l’année universitaire a repris en septembre dernier, Islam n’a pas pu reprendre les cours. Pas encore remise de ses blessures et vivant sous une tente, elle n’a plus de livres, de vêtements, de fournitures scolaires. Suite à l’expérience traumatisante qu’elle a vécue, elle ne parvient plus à se concentrer et est constamment perturbée par les souvenirs qu’elle en a. Elle continue à pleurer fréquemment.

Ce type de témoignage atteste des conséquences actuelles du bombardement d’une ampleur sans précédent qui a frappé l’enseignement supérieur de Gaza. Comme le rapport l’indique, « les dégâts relatifs aux infrastructures, aux équipements, aux installations ainsi qu’au matériel d’enseignement réduisent inévitablement l’accès à l’instruction et impactent potentiellement à long terme la qualité de l’enseignement et de l’apprentissage ».

Les attaques israéliennes « n’ont pas seulement endommagé des infrastructures vitales, mais ont aussi détruit le capital humain », touchant ainsi des « spécialisations spécifiques (en particulier les matières liées à l’enseignement et aux affaires) et anéantissant une génération de jeunes universitaires. » Depuis la guerre, 14 salariés parmi les personnels administratif et enseignant ont quitté leurs fonctions, et 149 étudiants ont été dans l’incapacité de reprendre leurs études pour cette année universitaire.

Et tandis que les universités et les étudiants palestiniens souffraient des lourdes pertes qui leur étaient infligées, les institutions de l’enseignement supérieur israélien étaient occupées à soutenir l’offensive. L’Université de Tel Aviv a adressé ses « remerciements » à « ceux qui rejoignaient le service de réserve », et a offert de prendre en charge l’ensemble des frais de scolarité des soldats ; l’Université hébraïque déclarant quant à elle qu’elle se « joignait à l’effort de guerre pour soutenir ses étudiants guerriers ».

Le soutien des universités israéliennes aux crimes de guerre en train d’être perpétrés à Gaza n’a été que le dernier exemple de leur complicité au système d’apartheid et à la colonisation. Ainsi, le laboratoire The Technion est spécialisé dans le développement de nouvelles technologies – tel un bulldozer guidé à distance – destinées à supprimer les Palestiniens occupés ; l’Université hébraïque de Jérusalem travaille avec les colons de Jérusalem Est occupée ; l’Université de tel Aviv se vante de ses dizaines de contrats financés par la Direction de la Recherche et du Développement (R&D) au ministère de la Défense.

Le 2 août 2014, les militaires israéliens ont bombardé l’Université Islamique, touchant le bâtiment qui abritait « le bureau du président de l’université, ainsi que les bureaux des vice-présidents, des doyens de facultés, des directeurs de fépartements, des personnels administratifs, et enfin, le centre d’apprentissage et d’assistance aux étudiants déficients visuels ». L’armée a prétendu que la cible était une installation « utilisée pour la recherche et le développement dans la production d’armes ».

Imaginons un instant que ce soit vrai – un argument similaire avait été utilisé pour justifier une attaque de l’opération « Plomb durci », et avait ensuite été jugé sans fondement par la Commission d’enquête de l’ONU qui avait suivie – Si la R&D en armement transforme une université palestinienne en une cible légitime pour être bombardée (selon la logique des Forces de « défense » israéliennes), il est d’autant plus évident que les universités israéliennes sont une cible légitime de boycott.

Bien sûr, les opposants au boycott vont vous dire que c’est s’attaquer à la liberté universitaire. Et peu importe pour eux l’argumentation parfaitement claire sur ce point des activistes palestiniens. Les universitaires et les étudiants palestiniens n’ont ni libre accès, ni liberté de circulation dans Gaza et en Cisjordanie , et d’autres sont complètement exclus de leur territoire d’origine. Pendant que les défenseurs d’Israël se tordent les mains pour une invitation annulée à une conférence, les universitaires palestiniens enterrent collègues et étudiants tués par les armes développées dans les universités israéliennes.

On nous dit aussi que le boycott universitaire s’attaque au groupe le plus libéral de la société israélienne. Mais alors, où se sont exprimées les protestations des professeurs l’été dernier, lorsque des familles furent tuées dans leurs maisons et des enfants bombardés sur la plage ? Où se trouvaient ces hordes de contestataires quand leurs institutions ont adressé leurs chaleureuses félicitations à ceux qui, parmi leurs personnels et étudiants, participaient au massacre ?

Le point central de l’appel au boycott universitaire, presque toujours passé sous silence par les opposants à BDS, est la complicité des institutions de l’enseignement supérieur israélien. Comme l’a très bien expliqué elle-même une opposante au boycott universitaire : « La nation entière est complice de l’occupation, et il n’existe aucun havre de sécurité dans les bibliothèques ou les laboratoires à l’intérieur de la Ligne Verte ».

La fierté que tirent les universités israéliennes de leur rôle dans les brutalités que subissent les Palestiniens et dans la colonisation de leurs terres contraste vivement avec les campus tachés de sang et parsemés de gravats de Gaza. Face à la guerre menée par Israël contre l’enseignement supérieur palestinien, la réalité des faits donne un nouvel élan à tous ceux qui, à travers le monde, militent en faveur du boycott universitaire.

Source : Middle East Monitor

Traduction : CR pour ISM




Omar Barghouti devant une salle comble à Columbia : Israël n’a pas de réponse au BDS

Philippe Weiss, 6 décembre 2014

L’apparition d’Omar Barghouti à l’université Columbia mardi soir a été ressentie comme un jalon dans le mouvement palestinien de solidarité aux USA. Une grande salle de la fac de droit était bondée et l’ambiance était festive. Des sommités de la communauté participaient, parmi elles Lila Abu-Lughod, Rula Jebreal, Rashid Khalidi, Rebecca Vilkomerson, Nadia Abu El-Haj, Dorothy Zellner et Lia Tarachansky. Le discours de Barghouti a été extrêmement optimiste. Il a dit que le mouvement Boycott Désinvestissement Sanctions remportait des victoires bien plus vite que les organisateurs n’avaient imaginé quand ils ont commencé il y a neuf ans, plus vite que le mouvement sud-africain n’avait progressé. Et le mouvement BDS reçoit le soutien « secret » de l’administration Nétanyahou, qui fait tout son possible pour faire la preuve qu’une démocratie juive est un sophisme.

Le suspense de l’attente que les soutiens d’Israël s’expriment fit long feu, on n’eut pas le genre de show habituel en de telles occasions. La professeure de droit Katherine Franke avait invité la foule à ne pas se comporter civilement dans la discussion sur une des questions morales les plus contestées de notre époque, et à la fin, un homme à l’arrière dit qu’il avait une question courte.

« Croyez-vous que le peuple juif a un droit à l’autodétermination ? » Et si oui, « Où devrait-il être ? ».

Barghouti répondit que ce n’était pas à lui, comme Palestinien, de décider si les communautés juives constituent une nation, ni où elles devraient avoir un Etat. Quoiqu’il fit remarquer qu’il n’y a pas de consensus mondialement parmi les juifs sur s’ils forment ou non un peuple, c’est un débat récent, et en fait jusqu’en 1945 la majorité des juifs ne soutenaient pas une souveraineté juive. Puis il dit fermement :

« Une chose que je sais : pas à mes dépens. S’ils sont une nation et ont un droit à l’autodétermination, pas à mes dépens. Ceci ne leur donne pas le droit de nous expulser ni de prendre notre terre. »

L’audience éclata en applaudissements, la première fois en deux heures qu’un orateur était interrompu par des applaudissements. Barghouti en vint rapidement aux autres questions. L’interrogateur sortit de la salle.

Ceci résume l’esprit de cet événement. Son titre était, « Le moment sud-africain de la Palestine ? ». Barghouti dit qu’enfin la Palestine semblait s’approcher de ce moment. L’orateur Mahmood Mamdani dit qu’il n’en est rien. Je traiterai de l’analyse de Mamdani dans quelques jours. Mais en attendant, voici un résumé des remarques de Barghouti.

Barghouti commença en citant la déclaration de Zeev Jabotinsky de 1923 disant que parce que les Palestiniens n’accepteront jamais la saisie sioniste de leurs terres, les Sionistes doivent construire un « mur de fer » et convaincre les Palestiniens qu’il est impossible de résister à la colonisation. Barghouti dit que dans la vue géopolitique de l’époque, il était réaliste pour les sionistes de conclure que les Palestiniens abandonneraient la lutte, et si Jabotinsky pouvait voir le Président Mahmoud Abbas aujourd’hui, il « ferait la fête dans sa tombe : ‘Voyez, je vous l’avais dit, ils ont laisser tomber’ ».

Mais l’histoire récente montre que les Palestiniens n’ont pas abandonné, et en réalité ils inspirent la sympathie et l’attention du monde.

« Les dernières discussions en Israël sur la loi de l’État-nation juive a mis sur l’avant-scène la possible divulgation de tout le projet sioniste. Et ce ne sont pas mes paroles, ce sont les paroles de certains leaders très importants en Israël, qui le disent. Ce qui se passe, c’est que le caractère d’oxymore d’une identité « juive et démocratique » de l’État d’Israël se révèle.

Je peux comprendre la frustration de l’extrême droite en Israël. « Pourquoi le monde entier, même les USA, est contre nous sur cette nouvelle loi ? Pourquoi sont-ils aussi furieux ? Nous n’avons jamais cessé de le faire, nous ne faisons que formaliser ».

Depuis sa mise en place en 1948, Israël a discriminé en permanence par la loi les Palestiniens du pays. Autrement qu’en les nettoyant ethniquement, bien sûr. Alors pourquoi tout le monde est-il si mécontent quand ils essaient de codifier l’identité juive de l’État ? Certains disent que c’est aux dépens de l’identité démocratique. Quelle identité démocratique ? Quand vous avez 50 lois qui discriminent contre une minorité parmi vos citoyens, ce n’est pas de la démocratie….

Ce que font Nétanyahou et son gouvernement d’extrême droite, c’est de démonter cet oxymore. Il ne peut plus exister. Soyons vraiment honnêtes, oubliez la démocratie. Il s’agit d’une ethnocratie… C’est un État juif suprématiste. Alors – pas de faux semblant de démocratie. Et il s’agit d’un développement très important parce qu’il révèle la nature réelle d’Israël. Le masque de la soi-disant démocratie d’Israël a été jeté. »

Barghouti continua sur les tactiques et les succès du mouvement Boycott, Désinvestissement et Sanctions.

« Nous le voyons comme notre but, dans le cadre de ce que le mouvement BDS  fait dans ce pays: détromper les Américains du mythe d’un empire bénéficiant à tous… Seulement quand la majorité des gens de ce pays réaliseront qu’Israël ne sert pas l’intérêt général des Américains, mais les intérêts d’1%. La grande majorité des Américains ne peuvent nullement bénéficier de ce qu’Israël fait au peuple palestinien.

Shabtai Shavit, un ancien chef du Mossad a écrit dans Haaretz il y a une quinzaine de jours que pour la première fois de sa vie, il s’inquiétait réellement de l’avenir du projet sioniste. Shabtai Shavit n’est pas un gauchiste. Ce n’est pas votre Che Guevara typique mais un sioniste endurci honnête et bon teint. Il s’inquiète vraiment, vraiment… Il dit : l’Europe se ferme devant nous, les marchés européens, même les USA, notre meilleur ami, la relation ne peut pas être pire, c’est un abîme sans précédent. Et le troisième point qu’il mentionne comme indicateur de son désespoir, c’est que les campus universitaires occidentaux, comme le vôtre, sont les incubateurs des futurs dirigeants de leur pays. Il dit : nous perdons la bataille du soutien pour Israël dans le monde universitaire. De plus en plus d’étudiants juifs se détournent d’Israël. Le mouvement BDS mondial a grandi et pas mal de juifs en sont membres.

C’est une des rares fois où un leader israélien mentionne la dimension juive du mouvement BDS. Elle est complètement ignorée. »

Barghouti a dit que quand il a écrit un éditorial pour le New York Times en janvier, « Pourquoi Israël craint le boycott », il a dû insister pour inclure le fait que BDS a un soutien juif petit mais fort. Ce fut un « point extrêmement difficile que j’ai eu à négocier avec le New York Times ».

Lors de ses venues aux États-Unis, on lui demande systématiquement d’en rabattre sur le troisième pilier de l’appel BDS, honorer le droit au retour des réfugiés palestiniens. En vérité, c’est le droit le plus significatif du peuple palestinien. Le pourcentage de Palestiniens réfugiés, en incluant ceux déplacés à l’intérieur d’Israël, avoisine 69 %. « C’est pourquoi, absolument, le droit au retour est le droit le plus significatif de l’appel BDS ».

Ensuite, Barghouti est allé décrire le grand succès du mouvement, et pourquoi il croit qu’Israël s’approche de son moment sud-africain.

L’appel BDS a été modelé sur l’appel sud-africain de boycott et de désinvestissement, mais on ne fait pas du copier-coller. Il y a des différences importantes. « Sur plusieurs aspects, Israël est un système pire que l’apartheid sud-africain ». Israël a commis un nettoyage ethnique et des massacres qui sont pires que les épisodes sud-africains, comme lui ont dit ses partenaires.

« « Nous n’avons jamais vu de bombes de F16 sur nos Bantoustans. Nous n’avons jamais vu de plaques d’immatriculation différentes sur les voitures ». Et ainsi de suite. »

Israël un système plus sophistiqué et évolué d’oppression que l’Afrique du Sud. Et le mouvement BDS s’est développé plus vite qu’en Afrique du Sud.

« Depuis que le mouvement BBS a été lancé, nous avons réalisé bien plus en neuf ans que ce que nous avions pensé possible à l’origine. En vérité, le mouvement est parti bien, bien plus rapidement qu’en Afrique du Sud. Il y a de nombreuses raisons à cela. Israël est au centre de l’univers ; les Israéliens tendent à y croire – mais d’une certaine façon, ils y sont, à cause du pouvoir des USA, de l’holocauste, de nombreux facteurs. Internet. »

Les communiqués du mouvement antiapartheid sud-africain à ses supporters dans l’université de Columbia venaient par quelques fax clandestins dans le sous-sol de quelqu’un, dit Barghouti. Maintenant, les médias sociaux et les e-mails rendent ces communications vastes et instantanées.

En 2013, Israël a classé officiellement BDS comme « menace stratégique », quand il a transféré la lutte contre le mouvement du ministère des affaires étrangères, un ministère de propagande, au ministère des affaires stratégiques.

« Pourquoi Israël, une puissance nucléaire toujours très puissante économiquement, serait-elle effrayée de cette nuisance non violente comme ils nous ont qualifié au début ? Eh bien, j’aurais très peur à leur place. Je peux être un peu plus malin qu’eux sur le moyen de la combattre. Mais je ne vais pas leur dire. [Rires]. Je pense que leur Q.I. est en baisse. Je ne sais pas ce qui arrive au sionisme. Mais quand je venais étudier ici, les sionistes étaient très malins… Soit les personnes malignes ont abandonné le sionisme soit le Q.I. moyen des sionistes a baissé, mais vraiment ils ne pensent pas de façon cohérente. Parce qu’ils ne sont pas parvenus à une seule tactique intelligente pour combattre BDS…depuis 2005. Je ne vais pas me rendre arrogant. Je veux dire, sérieusement, que nous ne sommes pas sérieusement défiés. Ça devient une porte ouverte. »

Pendant des années la bataille a porté sur l’image d’Israël. Israël a injecté des milliards pour requalifier le pays en démocratie libérale, en paradis pour les homosexuels, les scientifiques, les artistes et les entrepreneurs et pour exploiter abusivement le génocide des juifs pour renforcer son image, a dit Barghouti. Et pourtant il lutte en impopularité avec la Corée du Nord qui n’a rien dépensé en propagande.

« À nouveau le problème est – si on parle de QI, – vous faites un massacre à Gaza et ça [la campagne d’image] disparaît d’un seul coup. Ça ne marche pas. OK vous pouvez exporter vos ballerines et vos musiciens. Mais alors vous commettez un grand crime de guerre et ça s’évanouit. Les gens ne sont pas idiots. »

Barghouti décrivit une liste des triomphes du BDS lors des une ou deux dernières années, dont beaucoup dans les communautés universitaires et religieuses. Il y a un an, il n’aurait pas pu dire si le mouvement avait un impact économique sur Israël. Maintenant il peut. Il cita les désinvestissements bancaires en Europe et la vente par Bill Gates d’actions dans un entrepreneur pour les prisons israéliennes, G4S.

Il y eut une époque dit-il, où la phrase « Made in Afrique du Sud » était « toxique, intouchable ». Il ajoute : « Nous n’en sommes pas là, mais nous nous en rapprochons ».

Israël a aidé cette tendance.

« Ils ne viennent pas avec des solutions rationnelles au BDS. Pas qu’il y ait une solution facile… Il n’y aura pas de solution jusqu’à ce que le système d’oppression qui a été révélé au monde… principalement grâce au mouvement BBS et au gouvernement d’apartheid [,finisse]. Nous devons en louer Nétanyahou. Sans lui nous ne serions pas parvenus aussi loin à présent. Cela pourrait avoir pris plus, bien plus de temps, mais grâce au gouvernement israélien, notre plus grand soutien clandestin dans le monde, nous avançons bien plus vite. »

Il ressort de plus en plus que le Moment sud-africain d’Israël arrive enfin, a-t-il dit.
Voir plus à: http://mondoweiss.net/2014/12/netanyahu-barghouti-celebratory#sthash.uDF2Fwqe.dpuf

Traduction : JBB-CCIPPP




Note de l’ONG Whoprofits sur TEVA

Note de « Whoprofits » sur TEVA – TEVA PHARMACEUTICAL INDUSTRIES

Une entreprise pharmaceutique mondiale et le plus grand fabricant de médicaments génériques au monde. La société développe, produit et commercialise des médicaments génériques, innovateurs et de marque. Teva est présent actuellement dans environ 60 pays et a environ 45 000 employés à travers le monde.

Teva est la plus grande société commerciale (et industrielle) du marché israélien de par ses capitaux propres, son bénéfice net, son bénéfice d’exploitation et sa valeur de marché. La société est également, par le volume des ventes, le plus grand fournisseur de produits et de services de santé sur le marché israélien. Teva est distributeur de produits et services de santé, y compris des produits de soins destinés au grand public, des fournitures d’hôpitaux, équipements de dialyse et fournitures jetables, et des services de diagnostic et de soins à domicile. Une filiale israélienne – Salomon, Levin et Elstein, fournit le soutien logistique pour les ventes de Teva et ses activités de distribution en Israël, y compris la distribution des produits de succursales de plusieurs sociétés pharmaceutiques multinationales.

En tant que partie dominante de l’industrie pharmaceutique israélienne, Teva bénéficie des avantages créés par l’occupation israélienne des terres palestiniennes qui permettent à l’entreprise d’exploiter le marché palestinien. « Des raisons de qualité et de sécurité » en conjonction avec les justifications économiques et politiques créent un marché captif palestinien pour les entreprises israéliennes et multinationales.

Le Protocole de Paris, une annexe aux Accords d’Oslo, qui régit les relations financières entre Israël et le futur Etat palestinien, a assujetti les deux entités à la même enveloppe d’imposition. Par conséquent, les Palestiniens continuent de dépendre de la politique israélienne, de sa législation et de ses services douaniers pour l’ importation et l’exportation des marchandises. Cette dépendance a d’importants effets économiques négatifs sur l’industrie pharmaceutique palestinienne. Divers obstacles génèrent des surcoûts qui nuisent au développement de l’industrie locale : le fardeau de la licence annuelle requise pour les matières premières importées, les coûts de livraisons « dos-à-dos » venant de et allant vers la Cisjordanie et la Bande de Gaza, les coûts d’expédition des médicaments en vrac via la Jordanie, l’exclusion des grands marchés arabes ainsi que ceux en Israël, et l’incapacité de l’industrie de Gaza à se développer et s’agrandir en raison de l’ interdiction d’exporter.

Teva, comme d’autres entreprises israéliennes et multinationales, jouit de plusieurs façons de la situation mentionnée ci-dessus. La société bénéficie d’un accès facile au marché palestinien, sans frais de douane ni points de contrôle, par exemple sans changement de camion aux points de contrôle de la cargaison. Les agents de Teva n’ont pas  à  modifier leurs produits pour les vendre dans les Territoires Palestiniens Occupés. Ainsi, l’entreprise peut vendre des médicaments non étiquetés en arabe. Teva rencontre peu ou pas de concurrence par l’industrie des médicaments génériques moins chers, à cause de l’obligation par le Ministère de la santé israélien de n’utiliser que des médicaments enregistrés en Israël et de son extension au marché palestinien.

Pour plus de renseignements, consulter notre rapport sur l’industrie pharmaceutique : économie captive:

http://www.whoprofits.org/sites/default/files/captive_economy_0.pdf

Traduction : M L et JPB pour BDS France




Israël n’a pas le droit d’être un État d’apartheid, déclare le fondateur de Boycott From Within

Interview réalisé par Adri Nieuwhof, le 28 mai 2014
Source: http://www.pourlapalestine.be

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Ronnie Barkan (à gauche) participe à une action de protestation contre le mur d’Israël en Cisjordanie.
(Anne Paq / ActiveStills)

Ces quelques dernières années, le parlement israélien, la Knesset, a discuté de mesures destinées à criminaliser les activistes qui expriment leur solidarité pour les Palestiniens. Le résultat de ces discussions a été qu’un loi a été adoptée en 2011, autorisant les poursuites contre les Israéliens qui insistent sur un boycott des marchandises ou institutions israéliennes.

Ronnie Barkan est précisément le genre de militant directement visé par cette loi. Il est l’un des membres fondateurs de Boycott from Within (Boycott depuis l’intérieur), un groupe israélien qui soutient activement l’appel palestinien aux boycott, désinvestissement et sanctions (BDS) contre Israël.

Barkan était aux Pays-Bas (*) la semaine dernière. Adri Nieuwhof l’a interviewé à Utrecht.

Adri Nieuwhof. Pouvez-vous vous présenter ?

Ronnie Barkan. Je suis un Juif israélien, blanc, masculin, privilégié. Les deux premières caractéristiques sont décidées par la nature, la dernière est du ressort de l’État. Il est important de mentionner que je fais partie des privilégiés. C’est le noyau même de ce dont nous parlons.

L’État d’Israël a été créé sur base d’une épuration ethnique, d’une suprématie ethnique codifiée sous forme de lois. Ce qui a débuté en 1948 s’est poursuivi sous le couvert de lois, afin de priver d’autres personnes de leurs droits.

Je suis aux Pays-Bas dans le cadre d’une tournée européenne traitant principalement de la campagne BDS et visant à encourager les gens à faire des actions. Puisque je fais partie des privilégiés, cela signifie que je puis dire des choses que d’autres personnes ne peuvent pas dire. Par exemple, que les BDS ne visent pas les Israéliens, mais bien l’État d’Israël. Que les BDS ne sont pas antisémites, mais opposés à toutes les formes de racisme, y compris le sionisme. Être privilégié signifie que ma voix est empreinte d’une plus grande signification et responsabilité. Les gens devraient écouter les Palestiniens mais, en tant que personne privilégiée résistant aux côtés des Palestiniens, je dois parler pour les sans voix.

AN. Quelles sont vos principales activités ? Boycott from Within gagne-t-il en ampleur ?

RB. Le plus clair de mon temps passe dans des activités BDS, surtout avec ce petit groupe que nous avons créé, Boycott from Within. Nous ne disons pas aux Palestiniens ce qu’ils doivent faire, nous les soutenons, et nous nous joignons à eux en tant que groupe privilégié. Le groupe permet aux Israéliens d’exprimer leur soutien à l’appel en faveur des BDS. Après que des personnes comme [les universitaires] Ilan Pappe et Tanya Reinhart ont été attaqués personnellement pour leur soutien aux BDS, nous avons décider de fonctionner en tant que groupe. Ce n’est pas une question de nombres. Il est clair que ce que nous cherchons, c’est un consentement et un soutien des activités BDS.

Une autre chose que nous faisons consiste à fournir des informations, puisque nous sommes sur le terrain même et que nous avons accès aux sources en langue hébraïque, afin de soutenir les BDS. Et il s’avère que cela fonctionne bien.

Tertio, nous nous concentrons sur le boycott culturel. Les lignes maîtresses de la PACBI (Palestinian Campaign for the Academic and Cultural Boycott of Israel – Campagne palestinienne pour le boycott universitaire et culturel d’Israël) sont claires. Les artistes israéliens seront boycottés s’ils agissent en tant qu’ambassadeurs d’Israël ou s’ils aident à blanchir l’apartheid israélien. Quand aux artistes se produisant en Israël, nous essayons de les approcher.

Nous leur expliquons qu’il y a une ligne, une limite clairement indiquée et ils choisissent de quel côté de la ligne ils se situent. Leur décision de se produire en Israël est politique et le fait que « la musique est universelle » n’est pas un argument. S’ils choisissent de se produire sous l’apartheid, ils le cautionnent et ils seront utilisés par le régime. Ils peuvent choisir de rester du bon côté de l’histoire et de ne pas se produire.

Je suis très heureux que de tels artistes fassent plus d’effort pour comprendre où ils se situent. Actuellement, en Israël, quand un spectacle est prévu, les médias se posent déjà la question de savoir si les artistes vont se produire.

Le boycott culturel touche un nerf de la société israélienne. Au contraire du boycott des sociétés qui reste très ouvert dans le cadre de 1967 [la Cisjordanie occupée et Gaza]. Il concerne davantage le refus de légitimer l’État d’Israël dans sa forme actuelle. Il attise le débat sur le boycott. En Israël, il y a davantage de discussion, il n’est pas aimé, mais les gens se sentent obligés d’en parler. C’est important.

Avant que les BDS ne soient rendus publics, il était très fréquent de présenter Israël comme la seule démocratie du Moyen-Orient, même si ce n’est pas une démocratie et que ce ne l’a jamais été, et même pas à l’état embryonnaire. IL y a quelques années, les Israéliens et les médias dans le monde entier se sont mis à parler d’Israël comme d’une démocratie ratée. Et, aujourd’hui, dix ans plus tard, [le ministre américain des Affaires étrangères] John Kerry fait état de l’apartheid, quand il parle d’Israël.

C’est extrêmement important. L’apartheid est un crime contre l’humanité et tous les gens et tous les États sont dans l’obligation de combattre ce crime.

AN. Avez-vous des contacts avec des activistes BDS d’autres pays ? Avez-vous des idées pour améliorer la campagne BDS ?

RB. La campagne BDS est décentralisée et la direction palestinienne en établit les lignes maîtresses. Certaines personnes se sont de mauvaises idées en pensant qu’il s’agit de rompre les liens et les communications. Mais nous voyons que c’est le contraire, qui est vrai. Nous continuons à bâtir des ponts, de nouvelles voies de communication avec chaque groupe BDS possible ou avec ses affiliés.

Boycott from Within joue un rôle en réfléchissant sur les activités futures à l’échelle mondiale. Je pense que ce qu’il faudrait, c’est un peu plus de stratégie. Nous avons accompli beaucoup de progrès. Cela a atteint les officiels américains et [le Premier ministre israélien Benjamin] Netanyahu s’est exprimé à ce sujet lors d’une conférence de l’AIPAC [American Israel Public Affairs Committee – Commission américaine sur les Affaires publiques israéliennes].

Puisque nous sommes de taille relativement réduite et que nous sommes assez disparates, notre point fort est de travailler ensemble et de définir des stratégies. Nous devons généraliser la discussion. Quand Scarlett Johansson est entrée dans le royaume des BDS, il a fallu une poignée d’activistes pour la défier, elle et le rôle d’Oxfam. C’est devenu l’un des problèmes les plus sérieux. Quand cela arrive dans les médias américains traditionnels, c’est que nous nous y sommes bien pris. C’est un grand pas en avant.

Je pense que nous pouvons améliorer la campagne BDS en partageant des expériences, des événements qui sont organisés, et partageant des informations.

AN. Certains groupes e-mail le font sur certains sujets, par exemple, dans la mobilisation contre les sociétés qui tirent du profit de l’occupation, comme Veolia et G4S.

RB. Les groupes e-mail sont limités. Si quelqu’un d’Utrecht veut être impliqué, l’information doit être accessible. Cela ne devrait pas dépendre du fait que nous connaissez un ami qui a un ami qui pourrait avoir des informations. Les groupes Facebook peuvent agir comme une plate-forme. Le défi consiste à impliquer sans cesse de nouvelles personnes. Nous devons trouver une manière qui donne la possibilité à un nombre croissant de personnes de participer à la campagne BDS.

AN. Vous êtes objecteur de conscience. Êtes-vous en contact avec d’autres objecteurs de conscience ? Comment pouvons-nous soutenir les objecteurs ?

RB
. Quand j’étais objecteur de conscience, je n’utilisais pas cette terminologie. J’avais juste le sentiment de ne pas vouloir faire partie de l’armée. Quand j’ai été exempté de l’armée, c’était le moment où New Profile (Nouveau profil) a été créé [New Profile est un groupe qui œuvre à la démilitarisation de la société israélienne]. La principale chose qu’il y a lieu de faire est de donner des informations concises plutôt que les informations partiales ou la propagande qui sont disponibles. Et d’agir en tant que réseau de soutien.

Actuellement, il y a deux objecteurs de conscience en prison, un Druze et un Juif orthodoxe. Les objecteurs font un travail admirable en s’opposant à tout ce que représente la société israélienne. Toutefois, je ne pense que que le mouvement aille en croissant. Il y a une poignée de dissidents et c’est tout.

Tous ceux qui parlent de la gauche israélienne ou du camp de la paix, soit mentent, soit sont ignorants. Il n’y a pas de gauche israélienne et il n’y en a jamais eu. Rien qu’une poignée de dissidents.

Mais ce n’est pas qu’une question de nombres. Prendre la parole contre l’oppression est important en soi. Quand la loi anti-BDS a été adoptée, nous avons publié notre déclaration à partir de Boycott from Within. Cela s’appelait « Nous ne resterons pas silencieux » et nous tirions notre inspiration des dissidents allemands de la White Rose Society. Il est important de s’exprimer et de ne pas accorder une seule once de légitimité au projet sioniste en Palestine.

AN. Quelle est votre réponse à ceux qui prétendent que les BDS vont détruire Israël ?

RB. Oui, c’est ce qu’on entend. Si nous insistons sur l’égalité des droits pour tous [l’une des revendications de l’appel aux BDS], cela aboutira à la destruction d’Israël. Cela en dit beaucoup sur cet Israël. Détruire l’apartheid concernait l’apartheid, cela ne parlait pas de détruire l’État qu’était l’Afrique du Sud.

Les BDS soutiennent le combat pour l’égalité des droits. Les BDS s’en prennent au véritable caractère de l’État d’Israël qui s’appuie sur la séparation ethnique et sur la suprématie ethnique. Chaque gouvernement israélien est préoccupé par le maintien de la majorité démographique. Si l’appareil de sécurité de l’État estime que modifier la composition démographique constitue une menace pour la sécurité, qu’est-ce que cela dit ? Cela dit que c’est complètement illégitime.

Quand Netanyahu pose une conditions pour négocier avec Abbas autour de la reconnaissance d’Israël en tant qu’État juif, il s’agit d’une exigence totalement illégale. Aucun pays n’a le droit d’être un État suprémaciste. De la même façon que l’Afrique du Sud ne pouvait être suprémaciste pour les blancs, Israël ne peut l’être pour les Juifs.

Cette pensée ethnique suprémaciste est tellement prédominante que même les organisations prétendument libérales, qui prétendent parler en faveur de la paix et des droits de l’homme, ou qui portent les droits de l’homme dans leur dénomination, ne reconnaîtraient ces droits aux Palestiniens que s’ils n’empiétaient pas sur leurs propres droits ou privilèges.

Ils s’opposeront à l’occupation de 1967, tout en légitimant la nature suprémaciste de l’État d’Israël. Ces organisations ont développé un discours mensonger sur Israël au point d’en faire des œuvres d’art. Elles parlent de la forte base démocratique d’Israël, de combattre pour la démocratie, tout en refusant de dire un seul mot de l’apartheid ou même des réfugiés palestiniens. Elles protégeront les droits des réfugiés de l’Afrique tant qu’aucun réfugié de Palestine ne sera autorisé à rentrer chez lui.

Publié sur The Electronic Intifada le 28 mai 2014. Traduction : JM Flémal.

(*) Ronnie Barkan était également de passage en Belgique et présent à Yella Palestina.

On peut le suivre sur Twitter : @ronnie_barkan

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Adri Nieuwhof est une avocate des Droits de l’Homme, installée en Suisse et collaboratice de l’Electronic Intifadah.




Le terme « apartheid » s’applique-t-il à Israël ? Évidemment que oui.

La vive controverse déclenchée par les propos du Secrétaire d’état John F. Kerry, affirmant qu’Israël risquait de devenir un « état d’apartheid », nous rappelle une fois de plus que les faits, les données et l’apparente complexité des règles du droit international semblent souvent avoir un effet sur les discussions tenues en haut lieu à propos d’Israël. Comme ce fut déjà le cas à l’époque lorsque d’autres figurent majeures du pays avaient brandis le « A-word » à propos d’Israël (on pense à Jimmy Carter), la réaction politique aux propos de Kerry fut instantanée et émotionnelle. « Israël est la seule démocratie du Proche Orient, et établir un lien entre Israël et l’apartheid est insensé et ridicule, » déclarait la Sénatrice de Californie Barbara Boxer. Fin de l’histoire, donc ?

Pas vraiment. Les politiciens pourront se contenter de déclarations plates et sans fondement, mais pour quiconque est poussé par un minimum de curiosité, il n’est pas inutile de s’arrêter quelques instants pour réfléchir au terme et à son application à Israël.

Le terme « apartheid » n’est pas simplement une invective ; il s’agit d’un mot ayant une signification légale spécifique, laquelle est définie par la Convention Internationale sur l’Élimination et la Répression du Crime d’Apartheid, adoptée par l’Assemblée des Nations Unies en 1973 et ratifiée par la plupart des États membres (à l’exception éhontée d’Israël et des États-Unis).

Selon l’Article II de cette convention, le terme s’applique à des actes « commis dans le but d’établir et de maintenir la domination d’un groupe racial sur un autre et de les oppresser systématiquement. » Priver les membres de ce groupe du droit à la vie et à la liberté, les soumettre aux arrestations arbitraires, les exproprier, les priver de leur droit de quitter ou de retourner dans leur pays, entraver leur liberté de mouvement ou de résidence, créer des réserves ou ghettos pour les membres d’un groupe racial différent, empêcher les mariages mixtes – ce sont là tous des exemples du crime d’apartheid tels que spécifiquement mentionnés dans la convention.

A propos de la référence à un groupe racial, certains vont parler de race au sens prétendument biologique du terme ou en terme de couleur de peau. C’est une manière plutôt simpliste (et

dépassée) de considérer l’identité raciale. En outre, pour être plus précis,la notion « d’identité raciale » est définie par la Convention internationale sur l’Élimination de Toutes Formes de Discrimination Raciales de 1965 (dont Israël est signataire), et à laquelle se réfère explicitement la convention sur l’apartheid.

A cet effet, la notion de « discrimination raciale » est définie par « toute distinction, exclusion, restriction ou préférence basée sur la race, la couleur, l’ascendance, l’origine ethnique ou nationale, ayant pour but d’annuler ou de nuire à la reconnaissance, la jouissance ou l’exercice, sur un pied d’égalité, des droits humains et des libertés fondamentales, dans le domaine politique, social, culturel ou tout autre domaine de la vie publique. »

Quelques réalités basiques sont désormais établies.

L’État Juif (après tout, c’est ainsi qu’il se qualifie lui-même) maintient un système formel et informel de discrimination au logement à la fois en Israël et dans les territoires occupés. Tout le monde sait, évidemment, que les colonies juives en Cisjordanie ne sont pas franchement pleines à craquer de palestiniens. En outre, en Israël même, des centaines de communautés ont été construites pour des résidents juifs sur des terres dont des Palestiniens ont été expropriés, et sur lesquelles la ségrégation est maintenue, par exemple, via des comités d’admission autorisés à utiliser le critère ethnique – critère banni depuis longtemps aux USA – ou via l’impossibilité pour des citoyens palestiniens d’accéder aux terres détenues au profit exclusif du peuple Juif par le Fonds National Juif (et ce avec la bénédiction des pouvoirs publics).

Les résidents juifs en territoire occupé profitent de nombreux droits et privilèges dont leurs voisins palestiniens sont privés. Tandis que les premiers bénéficient des protections du code civil israélien, les derniers sont soumis à la dureté de la loi militaire. Ainsi, pendant que leurs voisins juifs vont et viennent librement, les palestiniens de Cisjordanie subissent les arrestations arbitraires et les détentions, la privation de leur liberté de centres d’éducations ou centres médicaux, aux sites religieux chrétiens ou musulmans, etc.

Dans le même temps, les citoyens palestiniens d’Israël doivent faire face à près de 50 lois et projets de loi qui, selon l’organisation des droits de l’homme israélo-palestinienne Adalah, soit privilégient les Juifs soit discriminent directement la minorité palestinienne. Une des composantes clé du code israélien de la nationalité, la Loi du Retour, par exemple, ne s’applique qu’aux Juifs, et exclut les Palestiniens y compris les Palestiniens nés dans ce qui est aujourd’hui l’État d’Israël. Alors que les citoyens juifs peuvent aller et venir sans entrave, la loi israélienne interdit expressément aux citoyens palestiniens de faire venir en Israël leur conjointe vivant dans les territoires occupés.

Les systèmes éducatifs pour les deux populations en Israël (sans parler des territoires occupés) sont maintenus séparés et inégaux. Là où les écoles palestiniennes en Israël sont surpeuplées, les étudiants juifs bénéficient de plus de ressources et d’options dans leurs parcours scolaires.

Il n’est pas possible légalement en Israël pour un citoyen juif d’épouser une citoyenne non-juive. Par ailleurs, une multitude de lois, règlements et décrets militaires dictant quelles personnes peuvent vivre dans quels espaces particuliers rendent les mariages mixtes au sein des territoires occupés simplement impossibles.

Et ainsi vont les choses dans chaque domaine de la vie, de la naissance à la mort : une politique rigoureuse et systématique de séparation de deux populations et un mépris total du principe d’égalité. Un groupe – dépossédés de ses biens et de ses droits – expulsé, humilié, réprimé, démoli, emprisonné et parfois conduit jusqu’aux limites de la famine (reposant sur un calcul calorique méticuleux) dépérit. Un autre groupe – dont la liberté de mouvement et de développement n’est non seulement pas entravée mais activement encouragée – prospère, et voit ses symboles culturels et religieux orner les atours de l’État et former le blason du drapeau national.

La question n’est pas de savoir si le terme « apartheid » s’applique ou non à Israël. Mais plutôt de savoir pourquoi utiliser ce terme suscite un tel tollé.

 

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Saree Makdisi, professeur d’anglais et de littérature comparée à l’UCLA (Unversity of California Los Angeles), est l’auteur de « Palestine Inside Out: An Everyday Occupation. »

 

Traduction: Youssouf R. pour BDS France

Lire aussi à ce sujet l’article de Virginia Tilley « Israël est-il vraiment un Etat d’apartheid ? OUI » :  http://www.protection-palestine.org/spip.php?article10343




Critères pour choisir la cible optimale BDS

Editorial du PACBI

Tandis que le mouvement BDS continue de progresser à vive allure, beaucoup de militants dans le monde, y compris en Palestine, se demandent quelle institution ou compagnie cibler et comment. Qu’il s’agisse d’une campagne BDS académique, culturelle, économique, sportive ou autre, sélectionner la cible du boycott ou du désinvestissement n’est pas aussi évident que beaucoup l’imaginent, surtout si on prend en considération la stratégie intégrée BDS. Ici, nous nous focalisons spécifiquement sur les cibles du boycott culturel et académique.

Chaque institution académique et culturelle israélienne – et nous considérons les chorales, orchestres et troupes de danse comme des institutions – est complice du régime d’occupation israélien, du colonialisme de peuplement et de l’apartheid, à moins qu’elle dénonce publiquement les violations du droit international par Israël et qu’elle admette l’intégralité et l’égalité des droits pour les Palestiniens.

Selon les lignes directrices adoptées par la société civile palestinienne pour le boycott international d’Israël (1), le simple fait qu’une institution reçoive un financement de l’Etat n’est pas une condition suffisante pour appeler à la boycotter. Mais recevoir une aide financière de l’Etat oblige d’autant plus l’institution en question à s’opposer publiquement au régime d’oppression pratiqué par cet Etat contre le peuple palestinien.

Comme pour la lutte contre l’Apartheid en Afrique du Sud, une institution ne peut se revendiquer « au-dessus » de la politique (2) simplement parce qu’elle fournit un travail littéraire ou scientifique. L’institution est complice et donc soumise au boycott tant qu’elle profite du régime injuste en vigueur et choisit de n’en rien dire. Si un forum international invite une institution ainsi complice, il devient alors lui aussi complice et boycottable.

Cependant, le mouvement BDS, et PACBI en tant qu’un de ses membres, ne boycotte pas tous les événements, produits ou institutions boycottables, car cela ne permettrait pas d’atteindre des résultats concrets. Notre stratégie est de soigneusement sélectionner nos cibles et la façon de mener nos interventions dans chaque cas.

Si une manifestation risque de nous procurer plus d’ennemis que d’amis, nous l’évitons.

Si une protestation « artistique » digne marche mieux, alors nous la faisons. Comme par exemple, à Londres en 2011, l’éclatante interruption musicale, dont un numéro de soprano, par nos partenaires britanniques contre l’Orchestre Philharmonique d’Israël, dont une partie a été diffusée sur la BBC avant que la station ne réalise ce qui se passait (3). Si un simple communiqué est jugé préférable, nous l’émettons. Si ignorer l’événement boycottable tout en mettant les projecteurs sur des cibles plus importantes nous aide à mieux attirer l’attention et à gagner un meilleur soutien dans le grand public, alors c’est ce que nous faisons. Après tout, BDS concerne un mouvement qui se construit de la base au sommet.

Indépendamment des tactiques d’intervention, pour être stratégiquement valable, le processus de sélection d’une cible de BDS tirerait profit à prendre en considération les trois critères suivants :

  1. Le niveau de complicité : Plus la complicité est profonde, plus il est facile de mobiliser un soutien à une action BDS contre quelque cible que ce soit. Par exemple, le fait que les Universités de Tel Aviv et Technion soient grandement impliquées dans le développement de produits et de disciplines militaires utilisés par Israël dans la perpétration de crimes de guerre contre des civils palestiniens et libanais fait de ces deux institutions des cibles parfaites pour BDS.

  2. Le potentiel pour obtenir une large coalition transversale contre la cible : Boycotter par exemple le géant de la sécurité G4S est beaucoup plus significatif que boycotter une compagnie qui viole simplement les droits des Palestiniens, alors que G4S viole les droits des immigrants, est gravement impliqué dans la privatisation de services publics vitaux dans de nombreux pays, etc., ce qui en fait une cible idéale qui encourage la formation d’une vaste coalition contre elle (syndicats, groupes anti-privatisation, artistes, réseaux d’avocats des demandeurs d’asile, entre autres).

  3. La possibilité de réussir : Même si nous satisfaisons aux deux conditions ci-dessus, nous ne lançons pas une campagne contre une cible sans avoir une chance raisonnable de succès. Parfois, réussir signifie simplement atteindre un très large public et gagner son soutien, plutôt que réussir vraiment à faire annuler un événement, convaincre un supermarché de ne plus se fournir dans telle ou telle société impliquée dans l’occupation ou l’apartheid israélien, ou obtenir l’annulation d’un programme d’échanges avec une université israélienne.

Mais des victoires symboliques seules ne suffisent pas. Nous sommes engagés dans BDS pour obtenir enfin les droits des Palestiniens, pas pour marquer des points et nous sentir bien avec de simples gestes symboliques. Seuls des succès soutenus, cumulés, croissants et grand public peuvent permettre à BDS d’atteindre ses objectifs – liberté, justice et égalité.

1) Lignes directrices du boycott académique : http://www.pacbi.org/etemplate.php?id=1108

Lignes directrices du boycott culturel : http://www.pacbi.org/etemplate.php?id=1047

(2): http://www.pacbi.org/etemplate.php?id=2010

(3): http://www.nytimes.com/2011/09/03/world/europe/03london.html?pagewanted=all

Envoyé le 05.05.2014

Traduction : J.Ch. pour BDS France

Source: http://www.pacbi.org/etemplate.php?id=2424




L’Association des Études américaines : 700 nouveaux membres depuis son appel au boycott d’Israël

Adam Horowitz – 10 avril 2014

L’Association des Études américaines (ASA) a publié aujourd’hui un communiqué de presse montrant que la recrudescence des attaques auxquelles elle fait face depuis son vote en soutien du boycott universitaire d’Israël n’a fait que la renforcer.

Extrait du communiqué de presse : « À la suite du soutien apporté en décembre 2013 par l’Association des Études américaines à l’appel de la société civile palestinienne pour le boycott d’Israël – et alors que deux tentatives de promulgation de lois anti-boycotts universitaires ont avorté dans les institutions législatives des États de l’Illinois et du Maryland –, l’ASA s’est renforcée de nouveaux membres et appuis. Au cours des derniers mois, l’ASA a accueilli plus de 700 nouveaux membres. L’ASA a également collecté plus de cotisations d’adhérents au cours de ces trois derniers mois que dans n’importe quelle période de trois mois au cours de ce dernier quart de siècle… »


L’Association des Études américaines progresse en adhésions et en appuis, elle domine la pression qui fait suite à son soutien au boycott universitaire d’Israël.

À la suite du soutien apporté en décembre 2013 par l’Association des Études américaines à l’appel de la société civile palestinienne pour le boycott d’Israël – et alors que deux tentatives de promulgation de lois anti-boycotts universitaires ont avorté dans les institutions législatives des États de l’Illinois et du Maryland –, l’ASA s’est renforcée de nouveaux membres et appuis. Au cours des derniers mois, l’ASA a accueilli plus de 700 nouveaux membres. L’ASA a également collecté plus de cotisations d’adhérents au cours de ces trois derniers mois que dans n’importe quelle période de trois mois au cours de ce dernier quart de siècle, et sa campagne populaire de financement en cours, « Soutenez l’ASA », a d’ores et déjà dépassé toutes les attentes de l’association.

La semaine dernière, l’archevêque sud-africain Desmond Tutu, Prix Nobel de la paix, a publié un communiqué en soutien des efforts de l’ASA en faveur du boycott. Communiqué dans lequel il déclare : « En Afrique du Sud, nous n’aurions pas gagné notre démocratie sans l’aide de celles et ceux, dans le monde, qui pensèrent que les moyens non violents, comme les boycotts et désinvestissements, pousseraient leurs gouvernements et d’autres acteurs comme les entreprises à faire marche arrière dans leur soutien de plusieurs décennies au régime d’apartheid… Les lois (anti-boycott) proposées aux États-Unis auraient rendu toute participation à un mouvement comme celui qui a mis fin à l’apartheid en Afrique du Sud extrêmement difficile. » La veille de la publication de sa déclaration, une commission sénatoriale de l’État de l’Illinois rejetait une résolution condamnant les boycotts universitaires. Un projet de loi visant à couper les vivres des universités qui subventionnent des associations universitaires avec des organisations soutenant les boycotts était, elle aussi, sabordée dans le Maryland, projet dans lequel furent insérés à la place des termes réprobateurs mais non contraignants.

Le président de l’ASA, Curtis Marez, a déclaré, « Malgré les réactions violentes de ces derniers mois, l’ASA se développe. Le vote pour le boycott est conforme à notre soutien de longue date aux droits des êtres humains et à notre opposition à la guerre et au militarisme. De nombreux Américains, aujourd’hui et pour la première fois, sont conscients que leur gouvernement soutient l’occupation et les lois discriminatoires contre les Palestiniens. Je suis fier que l’ASA ait aidé à ouvrir le débat sur le BDS (Boycott, Désinvestissement, et Sanctions) et au changement auquel il peut conduire. » Des déclarations de dirigeants, membres et sympathisants de l’ASA ont été publiées dans le Los Angeles Times, Chronicle of Higher Education, Washington Post, New York Times, et sur CNN.com, de même que dans le Chicago Tribune, entre autres organes de presse.

En réponse aux menaces législatives de politiciens, à la menace de poursuites judiciaires, et même aux menaces physiques de certains, des avocats chevronnés n’ont pas hésité à proposer leur assistance à l’ASA pour faire face à une telle intimidation juridique pour avoir pris une position de principe de soutien aux droits humains des Palestiniens. L’ASA n’est pas la seule organisation à être confrontée à de telles menaces. Rien qu’en 2013, le groupe Palestine Solidarity Legal Support (Soutien juridique à la solidarité avec la Palestine), une initiative montée en partenariat avec le Centre des droits constitutionnels, recensait plus de 100 cas d’intimidations juridiques et autres contre des militants pour les droits des Palestiniens sur les campus des États-Unis.

La nouvelle présidente de l’ASA, Lisa Duggan, a noté, « Nous attendons avec impatience notre prochaine conférence annuelle en novembre, qui mettra en avant une profusion de comités et initiatives présentant des bourses scolaires ASA fort bien dotées sur des sujets allant de la politique du colonialisme d’implantation et des études transnationales sur les Noirs à la culture populaire et à l’art vivant contemporain. Nous y accueillerons des universitaires palestiniens et israéliens en même temps que d’importants contingents d’autres membres internationaux de l’ASA prêts à continuer de s’attaquer aux questions de portée internationale qui nous affectent tous. »

Source : Mondoweiss : http://mondoweiss.net/2014/04/american-association-boycott.html

Traduction : JPP pour BDS FRANCE




L’appel au boycott entre dans le cadre normal de la liberté d’expression

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Ghislain Poissonnier, magistrat | Actualité Juridiques Pénal (février 2014) | 20 mars 2014 |

Dans un jugement rendu le 20 décembre 2013, le tribunal correctionnel de Pontoise a relaxé des militants de la campagne Boycott Désinvestissement Sanctions (BDS) qui étaient poursuivis pénalement pour avoir lancé des appels au boycott des produits israéliens dans un supermarché Carrefour.

Le tribunal, reprenant la solution dégagée par la Cour d’appel de Paris dans un arrêt du 24 mai 2012, considère que ces appels au boycott en vue d’obtenir le respect du droit international en Palestine entrent dans le cadre normal de la liberté d’expression. Ils ne peuvent pas être pénalisés, car selon le tribunal de Pontoise, ils constituent une critique passive de la politique d’un État, critique relevant du libre jeu du débat politique qui se trouve au coeur même de la notion de société démocratique.

La solution et la motivation de ce jugement du tribunal correctionnel de Pontoise, conformes au droit français et européen, doivent être approuvées. Ils sont commentés dans la revue Actualité Juridiques Pénal du mois de février 2014 par Ghislain Poissonnier, magistrat.

Forte de cette nouvelle décision de justice, l’AURDIP continue de demander au ministère de la justice de faire cesser les poursuites pénales contre les militants de la campagne BDS et d’abroger la circulaire Alliot-Marie.

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Signer la pétition à Christiane Taubira demandant l’abrogation de la lettre – circulaire Alliot-Marie




Ces boycotts qui aident les Palestiniens

Ben White expose les quatre raisons principales pour lesquelles un boycott des marchandises israéliennes profite au peuple palestinien.
Les Palestiniens qui travaillent dans les colonies – contrairement à l’impression que veut donner la propagande pro-Israël – doivent endurer des conditions de travail déplorables et dégradantes.

Alors que les gouvernements et les organisations de la société civile à travers le monde développent leurs efforts pour cibler les marchandises produites dans les colonies illégales d’Israël, le gouvernement israélien et les anti-BDS renforcent leur propagande contre la campagne BDS.

L’une des principales tactiques adoptées par ceux qui veulent enrayer l’afflux de boycotts consiste à déclarer qu’en fait, ces mesures nuisent aux Palestiniens. C’est sur une telle base que le ministère des Affaires étrangères israélien (MAE) s’oppose au boycott depuis quelques temps, mais vu les récents développements en Afrique du Sud et dans l’Union européenne, l’accent a été remis sur les effets contreproductifs d’une telle tactique.

Il y a eu des initiatives propagandistes israéliennes conjointes, gouvernement-colons, et un document officiel du MAE a même circulé sur « les conséquences de l’étiquetage des produits des colonies sur l’économie palestinienne ». « Si les Européens réussissent à interdire les produits israéliens venant de Cisjordanie » a déclaré en juin l’ambassadeur d’Israël aux Nations-Unies, « il en résultera une perte d’emplois pour plusieurs milliers de Palestiniens ».

Il est intéressant de noter ici qu’on retrouve un parallèle avec les arguments autrefois utilisés contre la campagne internationale de boycott contre l’apartheid en Afrique du Sud et auxquels les militants de l’ANC étaient confrontés, prétendant que «  la population non blanche serait la première touchée par les boycotts extérieurs ». Cette comparaison mise à part, l’argument est irrecevable, et ce pour quatre raisons.

La première : malgré la préoccupation affichée par les lobbyistes anti-BDS pour le bien-être du travailleur palestinien, le principal ennemi de celui-ci est, en réalité, l’occupation israélienne. Le régime colonial d’Israël – au cœur duquel on trouve les colonies – est caractérisé par les restrictions aux déplacements et par un accès discriminatoire aux terres, et régulièrement la Banque mondiale et le FMI soulignent qu’il est le principal frein à la croissance économique.

Rappel du contexte. Les colonies ont été à plusieurs reprises condamnées comme illégales au regard du droit international. La Résolution 452 du Conseil de sécurité des Nations-Unies décrit la politique de colonies de peuplement d’Israël comme « n’ayant aucun fondement légal » et constituant « une violation de la Quatrième Convention de Genève », un avis partagé par les Hautes Parties contractantes de la Convention. L’Assemblée générale des Nations-Unies et la Cour internationale de Justice ont adopté des avis similaires.

De surcroît bien sûr, l’impact des colonies sur la population palestinienne est considérable et désastreux, avec comme conséquences « des agriculteurs palestiniens qui perdent leurs terres et leurs moyens de vivre » comme l’a indiqué la Croix-Rouge. Les colonies et leur régime associé «  restreignent la capacité (des Palestiniens) à se déplacer librement » ont déclaré les Nations-Unies, et constituent «  une violation grave de l’interdiction de discrimination » (Amnesty International).

Deuxième raison : les Palestiniens qui travaillent dans les colonies – contrairement à l’impression que veut donner la propagande pro-Israël – doivent endurer des conditions de travail déplorables et dégradantes. En 2012, le contrôleur de l’État d’Israël a fait un rapport sur les zones industrielles des colonies de Cisjordanie et il a noté, entre autres, « des risques graves pour l’environnement », et des négligences « dans le domaine de la sécurité et de l’hygiène » qui mettent en évidence un « mépris pour la vie humaine », et « mettent réellement en danger le bien-être, la santé et la vie des travailleurs ».

En outre, 93 % des travailleurs palestiniens dans les colonies « n’ont ni syndicat ni comités pour les représenter », et la plupart « gagnent moins du salaire minimum israélien ». Les permis de travail exigent «  l’approbation du Service de sécurité national israélien » et on estime qu’un travailleur palestinien sur dix dans les colonies « travaille en fait sur des terres qui leur ont été confisquées et appartenaient auparavant à leurs familles ou à l’un de leurs parents ».

Troisième raison : évoquer les Palestiniens qui travaillent dans les colonies comme une raison pour ne pas cibler l’apartheid israélien pour le boycott relève d’un cynisme particulier, étant donné que la population occupée n’a que des possibilités très limitées d’emploi dans une économie et une société gravement sous pression du fait de la colonisation israélienne. Il n’est pas surprenant qu’une étude ait révélé que 82 % des travailleurs palestiniens « ont le désir et la volonté de quitter leur travail dans les colonies, à condition qu’une alternative acceptable se présente » – des alternatives qui ne se présentent pas, justement à cause de l’occupation israélienne.

En réalité et mis à part le parallèle avec l’époque de l’apartheid d’Afrique du Sud, ceux qui attaquent le boycott, au nom des « travailleurs palestiniens », renvoient à ce que prétendent ces sociétés qui défendent les ateliers clandestins : « Et alors, au moins ils ont un travail ! » – une raison fort justement rejetée par les militants des campagnes et les organisations des droits humains.

Enfin, quatrième raison : l’appel BDS émane des Palestiniens eux-mêmes, notamment des organisations comme les Comités palestiniens d’entre-aides agricoles (PARC – Palestinian Agricultural Relief Committees), l’Association des agriculteurs palestiniens (Palestinian Farmers Association), le Syndicat des agriculteurs palestiniens (Palestinian Farmers Union), et le Syndicat des comités du travail agricole (Union of Agricultural Work Committees). Les voix anti-BDS, du gouvernement israélien aux libéraux condescendants, ne tiennent aucun compte de ces exigences pour la solidarité et le boycott, mais fort heureusement, d’autres, beaucoup plus nombreuses, les entendent.

Ben White est journaliste indépendant, écrivain et militant, spécialiste Palestine/Israël. Il est diplômé de l’université de Cambridge.

Suivre sur Twitter : @benabyad

Du même auteur :

Un processus de paix qui protège Israël
Le gouvernement israélien intensifie la lutte anti-boycott
Pourquoi un boycott des universités israéliennes est pleinement justifié
Un syndicat d’étudiants au Royaume-Uni appuie les initiatives de boycott sur les campus
B.D.S. : Trois simples lettres, pour l’un des conflits les plus polémiques au monde, peuvent-elles écrire Libération ?
Une année déjà, depuis qu’Amir Makhoul a été emprisonné pour avoir exercé ses droits politiques
Semaine de l’apartheid israélien : un manuel du débutant
Beit Sahour : un microcosme de la colonisation israélienne

[…]

16 août 2013 – Al Jazeera – traduction : Info-Palestine/JPP




Cinq raisons pour lesquelles le professeur Stephen Hawking a raison de boycotter Israël

Comme l’a annoncé le Comité britannique pour les Universités de Palestine (BRICUP) et repris par la suite The Guardian, Reuters et d’autres, le professeur Stephen Hawking, physicien et cosmologue de renommée mondiale, a décidé de tenir compte de l’appel palestinien au boycott et de quitter une conférence israélienne mise sur pied par le président Shimon Peres en juin. Après une centaine confusion initiale, la chose a été confirmée – Hawking se tiendra à l’écart de la conférence pour des raisons politiques. (*)

Voici cinq raisons pour lesquelles le professeur Hawking a raison d’appliquer un boycott :

5. Le blanchiment de l’apartheid

Le gouvernement israélien et divers groupes de pression utilisent des événements comme la « Conférence présidentielle » pour blanchir les crimes passés et actuels d’Israël. Il s’agit d’une tactique parfois appelée le « rebranding » (changement d’image, réétiquetage). Comme l’a a expliqué un fonctionnaire du ministère des Affaires étrangères après le massacre de Gaza en 2009, c’est le genre d’approche qui à l’intention « d’envoyer des romanciers et écrivains bien connus à l’étranger, des compagnies de théâtre ou des objets d’art » afin de « montrer la meilleure facette d’Israël, de sorte qu’on ne pense pas à nous en fonction du seul contexte de la guerre ». La « Brand Israël – Label Israël » vise entièrement à créer une image positive d’un pays qui est la cible des militants des droits de l’homme dans le monde entier – comme si ses innovations technologiques ou ses conférences de haut niveau pouvaient cacher la réalité de l’occupation et de l’épuration ethnique.

4. Shimon Peres

En dépit de sa réputation de « colombe » en Occident, la carrière de Peres à ce jour comprends des crimes de guerre au Liban, le soutien des punitions collectives infligées aux Palestiniens de Gaza et, lors de discussions privées, d’incitations contre les citoyens non juifs. Tout le monde ferait bien d’éviter une conférence accueillie par un tel hypocrite. Le simple fait de n’être pas Ariel Sharon n’enlève rien à la chose ; Peres devrait être inscrit pour un petit voyage à La Haye, et non pour accueillir des dignitaires et célébrités de l’étranger.

3. Le boycott n’est pas incompatible avec le « dialogue »

Contrairement au discours des officiels et sympathisants israéliens, le boycott n’est pas opposé au dialogue. La décision de Hawking, par exemple, signifiera que des gens vont discuter de la politique et des stratégies israéliennes en vue de mettre un terme à l’occupation. Ce n’est nullement atypique – les initiatives BDS encouragent souvent un échangé sensé de points de vue et de perspectives. Toutefois, certaines personnes abusent du concept de dialogue pour défendre un statu quo asymétrique qui laisse intacte une dynamique de pouvoir colonial où, pour reprendre les mots du poète sud-africain James Matthews, « l’oppresseur est assis paré de son butin / sans le moindre désir de partager l’égalité : laissant les opprimés cherchant la chaleur / auprès du feu éteint / du dialogue ». Le boycott n’a rien à voir avec le fait d’avoir ou pas des conversations – il s’agit d’une demande de comptes et d’une opposition concernant des violations fondamentales des droits d’un peuple. Assister et résister à la réalité de l’apartheid israélien engendre un dialogue qui est pleinement conçu dans le contexte de l’égalité et de la décolonisation.

2. L’impunité et la responsabilité

Le boycott s’appuie solidement sur la réalité bien documentée de la politique israélienne. Le ministère américain des Affaires étrangères fait état de la « discrimination institutionnelle » à laquelle sont confrontés les citoyens palestiniens, tandis que Human Rights Watch affirme qu’Israël maintient un « système à deux vitesses » en Cisjordanie. Depuis le contrôle et la distribution « discriminatoires » des ressources en eau (Amnesty International) jusqu’au « transfert forcé de la population autochtone » (Union européenne), il n’est pas étonnant que la Commission de l’ONU sur l’élimination de la discrimination raciale a rapporté qu’Israël enfreignait des interdictions de « ségrégation raciale et d’apartheid ».

Les implantations illégales sont utilisées pour coloniser la Cisjordanie ; les Palestiniens de Gaza subissent un blocus et des bombardements ; les Palestiniens de Jérusalem-Est sont confrontés à la démolition de leurs maisons et, pendant tout ce temps, évidemment, des réfugiés palestiniens expulsés et vivant à quelques kilomètres à peine de leurs propriétés sont toujours empêchés de rentrer chez eux sur base du fait qu’ils ne sont pas juifs. Et remarquez que la ligne de discours « Mais alors, et la Chine, le Myanmar, la Syrie, etc. ? » est absolument déplacée ici (en même temps qu’elle place Israël en compagnie plutôt intéressante). Un boycott est une tactique, conseillable dans certains contextes et pas dans d’autres. Il ne concerne pas l’ampleur d’un injustice ou de mauvais agissements. Il concerne une stratégie ciblant systématiquement des violations des droits de l’homme et des infractions aux lois internationales et ce sont les colonisés mêmes qui la réclament. Ce qui nous amène à ceci…

1. L’appel des Palestiniens à la solidarité

Les Palestiniens souffrant de l’apartheid israélien réclament les Boycott, Désinvestissement et Sanctions (BDS) en tant que stratégie en vue de l’obtention de leurs droits fondamentaux, et c’est un fait que de nombreux sionistes choisissent d’ignorer quand ils s’en prennent aux campagnes de boycott. L’appel de la société civile palestinienne en faveur des BDS a été officiellement lancé le 9 juillet 2005, un an après l’avis consultatif de la Cour internationale de justice à propos de l’illégalité du Mur de séparation d’Israël. Parmi les signataires de l’appel aux BDS, on trouve des représentants des Palestiniens en Cisjordanie et à Gaza, des citoyens palestiniens d’Israël et des réfugiés palestiniens. Depuis lors, un nombre sans cesse croissant de personnes en provenance des universités, des milieux artistiques, des syndicats et des communautés religieuses ont répondu à l’appel aux BDS par des initiatives qui attirent fermement l’attention sur les violations incessantes des lois internationales par Israël et sur la nécessité de mettre un terme à la complicité dans ces crimes. Il convient de féliciter le professeur Hawking pour avoir demandé leur avis aux universitaires palestiniens et pour avoir tenu compte de leur demande de solidarité internationale au cours d’une lutte de plusieurs décennies en faveur de la liberté et de la justice.

 

Publié le 9 mai sur Al Jazeera. Traduction pour le site :  http://www.pourlapalestine.be : JM Flémal.

Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement la politique éditoriale d’Al Jazeera.

(*) Déjà en 2009 Stephen Hawking condamna fermement la guerre d’agression d’Israël contre Gaza comme vous pouvez l’entendre dans cette vidéo. (ajoute de la rédaction de ce site) :

L’auteur de l’article, Ben White est un journaliste freelance, écrivain et activiste spécialisé dans les questions concernant la Palestine et Israël. Il visite régulièrement la région depuis 2003 et ses articles ont été largement publiés dans The Guardian’s Comment is free, Al Jazeera, New Statesman, Salon, Christian Science Monitor, et bien d’autres.

Son dernier ouvrage de, Palestinians in Israel: Segregation, Discrimination and Democracy (Les Palestiniens en Israël : ségrégation, discrimination et démocratie) a été publié par Pluto Press.

Vous pouvez suivre Ben White sur Twitter : @benabyad

Source: http://www.pourlapalestine.be 




Dattes Karsten Kalahari: BOYCOTT !

Chers amis,
Plusieurs personnes nous ont demandé si des dattes vendues par la compagnie sud-africaine Karsten Farms (parfois commercialisées sous le nom « Kalahari Medjoul Dates ») doivent être boycottées.
Cette semaine BDS South Africa et Palestine Solidarity Alliance ont communiqué directement avec Karsten Farm.  Nous avons fait une enquête et avons trouvé qu’effectivement, Karsten n’a  pas respecté l’appel de BDS en passant un accord commercial avec une coopérative, Hadiklaim, laquelle fait des opérations dans des colonies israéliennes illégales.  Donc, nous soutenons et encourageons le boycott de Karsten Farms et nous lui demandons d’arrêter immédiatement ses relations commerciales en Israël.

En 2005 les palestiniens ont demandé le boycott, le désinvestissement et des sanctions (BDS) contre Israël jusqu’à ce que cet état respecte le droit international et les droits humains fondamentaux (www.bdsmovement.net/bdsintro).

Karsten Farms et Hadiklaim d’Israël ont un accord commercial par lequel Karsten Farms exporte les dattes Kalahari Medjoul de l’Afrique du Sud à la coopérative israélienne Hadiklaim, ensuite la coopérative emballe et commercialise les dattes Karsten Farms’ Medjoul avant qu’elles entrent en Europe et sur d’autres marchés (par les soins de la coopérative et sous d’autres marques telles que Jordan River, King Solomon, Kalahari, etc.).  Ainsi Karsten Farms a un accord formel avec la coopérative israélienne Hadiklaim et se trouve clairement en violation de l’appel de BDS.  En plus, non seulement une compagnie israélienne, la coopérative israélienne Hadiklaim profite directement et est complice de l’occupation israélienne des terres palestiniennes et l’oppression du peuple palestinien.

·         Hadiklaim (le partenaire israélien de Karsten Farms) admet ouvertement que la source de ses dattes se trouve dans les colonies israélienne illégales d’Almog, Beit Ha’arava (près de la Mer Morte), Mitzpe Shalem, Kalia, Vered Yeriho, Patza’el, Messua, Mehola et Tomer (http://corporateoccupation.wordpress.com/2010/08/12/hadiklaim-in-the-jordan-valley/)
·         Le PDG de Hadiklaim a déclaré dans le journal israélien, YNet News, que la vallée du Jourdain palestinienne occupée est une « région importante » pour Hadiklaim.  L’occupation israélienne de la vallée du Jourdain est illégale selon le droit international.  (www.corporatewatch.org/?lid=3694)
·         L’étiquette des dattes Hadiklaim indique « produit d’Israël » sans indiquer que certaines de ces dattes sont cultivées dans les territoires palestiniens occupés.  Ceci va à l’encontre des exigences internationales d’étiquetage.   (www.whoprofits.org/sites/default/files/agricultural_export___flash_report_0.pdf)
·         En Europe, les dattes Kalahari Medjoul de la compagnie sud-africaine Karsten Farms  ont été emballées et vendues sous des marques israéliennes et dans des emballages israéliens.  Ceci mène à la confusion du consommateur, et à des allégations de non respect du boycott par Karsten Farms et Hadiklaim.  Des militants BDS affirment que des « joint ventures » (affiliations) comme celle-ci (entre Karsten Farms compagnie sud-africaine et Hadiklaim israélienne) confondent délibérément le mouvement boycott international contre Israël.  (www.corporatewatch.org/?lid=3694)

·         La coopérative israélienne est aussi complice dans la subjection des travailleurs palestiniens à des conditions de travail hasardeuses.  Par exemple, les ouvriers sont hissés dans des arbres avec un outil pour cueillir les dattes et sont souvent laissés sur une plateforme haute toute la journée sans pause repas ou WC.  La majorité des ouvriers sont des migrants palestiniens ou thaïlandais  — qui sont uniformément payés moins du salaire minimum.  Dans un documentaire récent, un ouvrier palestinien a remarqué que les travailleurs sont traités comme des « singes » forcés à sauter d’arbre en arbre.  (www.leedspsc.org.uk/?p=1671)

Manœuvres dilatoires par Karsten Farms
En 2009, le porte-parole de Karsten Farms, Pieter Karsten, a dit qu’il était préoccupé par la situation difficile des palestiniens et qu’il réétudierait son affiliation avec Kadiklaim  (www.alaaltalk.wordpress.com/2009/09/01/karsten-farms-cleared-in-date-saga/).  Cependant, quand un groupe de défense des consommateurs, Corporate Watch, a parlé avec Karsten en 2010 la compagnie sud-africaine vendait encore des dattes à la coopérative israélienne Hadiklaim et malgré le fait que Pieter Karsten a répété qu’il allait considérer’ la « révision de l’affiliation [israélienne] », il n’y a pas eu signe d’évolution (www.corporatewatch.org/?lid=3725).
Mercredi de cette semaine (18 juillet 2012), Pieter Karsten a encore confirmé la collaboration continuée avec Hadiklaim.  C’est évident que Karsten Farms ne tient pas compte des appels à mettre fin à  leur affiliation avec Israël.   Si Karsten Farms fait du commerce avec Israël, nous pouvons choisir de ne pas soutenir une telle complicité en boycottant la compagnie.
Une victoire significative de BDS par l’église presbytérienne – en relation avec Karsten Farms
La 220e assemblée générale de l’église presbytérienne aux Etats-Unis, qui compte plus de 2 millions de fidèles, a voté plus tôt ce mois (le 8 juillet 2012) à boycotter la coopérative Hadiklaim – la même compagnie que Karsten Farms a choisi comme partenaire commercial. Le vote à boycotter la compagnie a été emporté par une majorité écrasante, 457 à 180. (www.globes.co.il/serveen/globes/docview.asp?did=1000763491&fid=1725)
À la lumière de ce qui précède, il est honteux qu’une compagnie sud-africaine continue à faire du commerce avec une coopérative qui est directement complice de l’occupation israélienne de la Palestine en violation de l’appel de BDS palestinien.
Agissez dès maintenant
1.       Refusez d’acheter des produits de Karsten Farms .
2.       Informez les commerçants de votre décision et demandez-leur de communiquer ceci à Karsten Farms.
3.       Ecrivez directement à Karsten Farms leur informant de votre décision et insistant que leur affiliation avec Israël soit terminée immédiatement : pieterk@karsten.co.za or www.karsten.co.za/framework/contact-general.php
4.       Visitez-nous en ligne pour des outils de campagne et d’autres moyens de vous impliquer :  www.bdssouthafrica.com/2009/07/dates-karstens-farms-and-hadiklaim.html
Nous vous exhortons tous, y compris Karsten Farms, de tenir compte des paroles de l’archevêque Desmond Tutu : « La question d’un engagement de principe à la justice est au cœur des réponses à la souffrance du peuple palestinien et c’est l’absence d’un tel engagement qui permet à un grand nombre d’y fermer les yeux. »
Boycott, désinvestissement et sanctions en Afrique du Sud (BDS South Africa)
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Fondamentaux sur le boycott culturel

Le boycott culturel expliqué par Dror

La nécessité du boycott culturel

Ilan Pappe

S’il y a quelque chose de neuf dans l’interminable et triste histoire de la Palestine, c’est le glissement manifeste qui s’est opéré dans l’opinion publique au Royaume-Uni. Je me souviens d’être venu dans les îles britanniques en 1980, à l’époque où le soutien à la cause palestinienne était confiné à la gauche et, au sein même de celle-ci, à une section et un courant idéologique très particuliers.

Le 23 juin 2009

Le traumatisme de l’après-Holocauste et le complexe de culpabilité, les intérêts militaires et économiques et la mascarade prétendant qu’Israël était la seule démocratie du Moyen-Orient, tout cela jouait un rôle pour assurer l’immunité à l’État d’Israël. Très peu de gens étaient émus, semblait-il, par un État qui avait dépossédé la moitié de la population native de la Palestine, démoli la moitié de ses villages et villes, pratiqué via un système d’apartheid des discriminations à l’égard des personnes vivant dans ses propres frontières et divisé et enclavé deux millions et demi de personnes au cours d’une occupation militaire brutale et répressive.

Presque trente ans plus tard, il semble que tous les filtres et cataractes ont été retirés. L’ampleur de l’épuration ethnique de 1948 est bien connue, la souffrance des gens des territoires occupés a été rapportée et décrite, même par le président des États-Unis, comme insupportable et inhumaine. De façon similaire, la destruction et le dépeuplement de la zone du grand Jérusalem sont mentionnés quotidiennement et la nature raciste des mesures politiques à l’égard des Palestiniens en Israël est fréquemment critiquée et condamnée.
La réalité aujourd’hui, en 2009, est décrite par l’ONU comme « une catastrophe humaine ». Les sections conscientes et consciencieuses de la société britannique savent très bien qui a causé cette catastrophe et qui l’a produite. La chose n’est pas associée à de vagues circonstances ou au « conflit », mais est perçue clairement comme le résultat de la politique israélienne au fil des années. Quand on demanda à l’archevêque Desmond Tutu quelle était sa réaction après ce qu’il avait vu dans les territoires occupés, il fit tristement remarquer que c’était encore pire que l’apartheid. Et il était bien placé pour en parler.

Comme dans le cas de l’Afrique du Sud, ces personnes décentes, soit en tant qu’individus, soit en tant que membres d’organisations, expriment leur indignation face à ce mélange permanent, en Palestine, d’oppression, de colonisation, de nettoyage ethnique et de privations provoquées. Ces personnes cherchent des façons d’exprimer leurs protestations et certaines espèrent même convaincre leur gouvernement de modifier sa vieille politique d’indifférence et d’inaction face à la destruction permanente de la Palestine et des Palestiniens. Beaucoup de ces gens sont des Juifs, puisque ces atrocités sont commises en leur nom, selon la logique de l’idéologie sioniste, et quelques-uns d’entre eux sont des vétérans d’anciennes luttes civiles dans ce pays pour des raisons similaires à celles qu’on rencontre dans le monde entier. Ils ne sont plus confinés dans un seul parti politique et ils viennent de toutes les classes sociales.

Jusqu’à présent, le gouvernement britannique n’est toujours pas ému. Il a également été passif quand le mouvement anti-apartheid de ce pays lui a demandé d’imposer des sanctions à l’Afrique du Sud. Il a fallu plusieurs décennies de militantisme à la base pour atteindre les hautes sphères politiques. Cela prend encore plus de temps dans le cas de la Palestine : la culpabilité à propos de l’Holocauste, les récits historiques déformés et la dénaturation contemporaine d’Israël en tant que démocratie cherchant la paix et des Palestiniens en tant qu’éternels terroristes islamiques, tout cela a bloqué le flux de l’impulsion populaire. Mais l’affaire commence à trouver sa voie et à asseoir sa présence, en dépit de l’accusation permanente d’antisémitisme collée à toute revendication et malgré la diabolisation de l’Islam et des Arabes. Le troisième secteur, ce lien important entre les civils et les agences gouvernementales, nous a montré la voie. Un syndicat après l’autre, un groupe professionnel après l’autre, tous ont envoyé récemment un message clair : assez, c’est assez. C’est fait au nom de la décence, de la moralité humaine et de l’engagement civique fondamental à ne pas rester immobile face aux atrocités du genre qu’Israël inflige au peuple palestinien.

Ces huit dernières années, la politique criminelle d’Israël a connu une escalade permanente et les activistes palestiniens ont cherché de nouveaux moyens d’y faire face. Ces moyens, il les ont tous essayés, la lutte armée, la guérilla, le terrorisme et la diplomatie : rien n’a marché. Et pourtant ils ne renoncent pas et, maintenant, ils proposent une stratégie non violente – celle du boycott, des sanctions et du refus d’investir. C’est avec ces moyens qu’ils souhaitent persuader les gouvernements occidentaux de les sauver non seulement eux-mêmes, les Palestiniens, mais aussi – ironiquement – les Juifs d’Israël d’une catastrophe et d’un bain de sang imminents. C’est cette stratégie qui a nourri l’appel au boycott culturel d’Israël. Cette revendication a été exprimée par chaque partie de la vie palestinienne : par la société civile sous occupation et par les Palestiniens en Israël. Elle est soutenue par les réfugiés palestiniens et elle est dirigée par les membres des communautés palestiniennes en exil. Elle est venue à un moment très opportun et elle a donné aux individus et aux organisations en Grande-Bretagne une façon d’exprimer leur dégoût à l’égard de la politique israélienne et, en même temps, une occasion de participer aux pressions de partout sur le gouvernement afin qu’il modifie sa politique consistant à accorder l’immunité à ceux qui jouissent de l’impunité sur le terrain.

Il est ahurissant que ce glissement de l’opinion publique n’ait pas eu d’impact sur la politique, jusqu’à présent. Mais, une fois encore, on nous rappelle la voie tortueuse qu’a dû emprunter la campagne contre l’apartheid avant de devenir une politique. Il est également utile de rappeler que c’étaient deux braves femmes à Dublin, s’échinant dans les rayons d’un supermarché local, qui avaient initié cet énorme mouvement de changement en refusant de vendre des marchandises sud-africaines. Vingt-neuf ans plus tard, la Grande-Bretagne en a rejoint d’autres en imposant des sanctions contre l’apartheid. Ainsi, alors que les gouvernements hésitent pour des raisons cyniques, par crainte d’être accusés d’antisémitisme ou peut-être à cause d’inhibitions islamophobes, des citoyens et des activistes font tout leur possible, symboliquement et physiquement, pour informer, protester et revendiquer. Ils ont une campagne mieux organisée, celle du boycott culturel, ou ils peuvent rallier leurs syndicats dans la politique coordonnée des pressions. Ils peuvent également utiliser leur nom ou leur renommée pour nous montrer à tous que les gens décents de ce monde ne toléreront pas ce que fait Israël ni ce qu’il représente. Ils ne savent pas si leur action provoquera un changement immédiat où s’ils auront la chance de voir un changement se produire de leur vivant. Mais dans leur carnet personnel qui mentionne qui ils sont et ce qu’ils ont fait dans leur vie et dans le regard impitoyable de l’évaluation de l’Histoire, ils seront comptés au nombre des gens qui ne sont pas demeurés indifférents quand l’inhumanité faisait rage sous le déguisement de la démocratie, que ce soit dans leur propre pays ou partout ailleurs.

Par ailleurs, les citoyens de ce pays, et particulièrement les gens célèbres, qui continuent à répéter, très souvent par ignorance ou pour des raisons plus sinistres, la fable disant qu’Israël est une société occidentale cultivée ou la « seule démocratie au Moyen-Orient », ces gens ne font pas que se tromper de fait. Ils fournissent l’immunité à l’une des pires atrocités de notre époque. Certains d’entre eux exigent que nous laissions la culture à l’écart de nos actions politiques. Cette approche de la culture et du savoir israéliens en tant qu’entités séparées de l’armée, de l’occupation et de la destruction est moralement viciée et logiquement révolue. Finalement, un jour, cette indignation venue d’en bas, y compris en Israël aussi, produira une nouvelle politique – l’actuelle administration américaine en montre déjà de petits signes avant-coureurs. L’histoire n’a pas traité avec bienveillance ces cinéastes qui ont collaboré avec le sénateur américain Joseph McCarthy, dans les années 1950, ou qui ont avalisé l’apartheid. Elle adoptera une attitude similaire à l’égard de ceux qui se taisent aujourd’hui à propos de la Palestine.

À ce sujet, un événement intéressant s’est déroulé le mois dernier à Edimbourg. Le cinéaste Ken Loach dirigeait une campagne contre les connexions officielles et financières que le festival du film de cette ville avait avec l’ambassade d’Israël. L’intention était de faire circuler un message disant que cette ambassade représente non seulement les cinéastes d’Israël, mais également ses généraux qui ont massacré le peuple de Gaza, ses bourreaux qui torturent des Palestiniens dans les prisons, ses juges qui ont envoyé 10.000 Palestiniens – dont une moitié d’enfants – en prison sans procès, ses maires racistes qui veulent chasser les Arabes de leurs villes, ses architectes qui construisent des murs et des clôtures afin d’enclaver les gens et les empêcher d’avoir accès à leurs champs, leurs écoles, leurs cinémas ou leurs bureaux et ses politiciens qui mettent encore au point des stratégies visant à réaliser complètement l’épuration ethnique de la Palestine qu’ils ont entamée en 1948. Ken Loach a compris que seul un appel à boycotter le festival dans son ensemble allait amener ses directeurs à adopter un sens moral et une perspective éthique. Il avait raison, ce fut le cas parce que l’affaire était vraiment bien définie et que l’action était très si simple et pure.

On ne sera pas surpris d’avoir entendu une voix s’exprimer en sens contraire. C’est une bataille qui a toujours cours et elle ne sera pas gagnée facilement. Au moment où j’écris ces mots, nous commémorons le 42e anniversaire de l’occupation israélienne – la plus longue et l’une des plus cruelles des temps modernes. Mais le temps a également produit la lucidité nécessaire pour de telles décisions. C’est pourquoi l’action de Ken a été efficace sur-le-champ. La prochaine fois, ce ne serait même plus nécessaire. L’une des personnes qui l’ont critiqué a essayé de faire remarquer le fait que les gens en Israël aiment les films de Ken, si bien que son acte pouvait être perçu comme de l’ingratitude. Je puis assurer ce critique que ceux d’entre nous, en Israël, qui regardent les films de Ken sont également ceux qui le saluent pour sa bravoure et que, contrairement à ce critique, nous ne pensons pas que cet acte soit semblable à un appel à la destruction d’Israël, mais qu’il représente plutôt la seule façon de sauver les Juifs et les Arabes qui y vivent. Mais il est difficile, quoi qu’il en soit, de prendre une telle critique au sérieux quand elle est accompagnée de la description des Palestiniens en tant qu’entité terroriste et d’Israël en tant que démocratie du même genre que la Grande-Bretagne.
La plupart d’entre nous, au Royaume-Uni, se sont considérablement éloignés de cette stupidité propagandiste et ils sont prêts pour le changement. Nous attendons désormais que le gouvernement de ces îles prenne la relève.

Traduit par Jean-Marie Flémal et révisé par Magali Urbain pour Investig’Action.

Source : The Electronic Intifada haut


Lettre du cinéaste israélien Eyal Sivan

mercredi 28 octobre 2009

alt Lettre adressée par le réalisateur Eyal Sivan au Forum des Images qui l’a invité à programmer son dernier film dans la rétrospective ’Tel-Aviv, le Paradoxe’ , organisée par ce cinéma parisien en novembre prochain.

à Mme. Laurence Briot & Mme. Chantal Gabriel
Direction du programme
Forum des images
2, rue du Cinéma. 75045 Paris Cedex 01. France

London Octobre 6th 2009

Chère Laurence Briot et Chantal Gabriel

Je vous écris suite à la demande que vous avez adressé à mes producteurs, Mme Trabelsi et M. Eskenazi, de programmer mon dernier film « Jaffa, La mécanique de l’orange » dans la rétrospective ’Tel-Aviv, le Paradoxe’ que vous organisez le mois prochain au Forum des Images, dans le cadre de la célébration du centenaire de la ville de Tel-Aviv.

Je tiens d’abord à vous remercier pour votre offre de participer à cet événement et je vous demande d’excuser mon retard à répondre à vos chaleureuses sollicitations. Je suis sincèrement honoré que vous ayez envisagé de programmer mon film « Jaffa, La mécanique de l’orange » pour clôturer votre rétrospective. Toutefois, après mûre réflexion, j’ai décidé de décliner votre invitation. Les raisons de cette décision sont complexes et de nature politique, c’est pourquoi je voudrais, si vous le voulez bien, vous les expliquer dans le détail.

Comme vous le savez probablement, l’ensemble de mon travail cinématographique, qui compte plus de quinze films, a principalement pour objets la société israélienne et le conflit israélo-palestinien. En m’opposant à la politique israélienne à l’égard du peuple palestinien, je me suis toujours efforcé d’agir indépendamment pour qu’il n’y ait aucune ambiguïté sur le fait que je ne représente pas la « démocratie (juive) israélienne « . C’est pourquoi, depuis le tout début de ma carrière cinématographique, il y a plus de 20 ans, je n’ai jamais bénéficié d’aucune aide ou d’aucun support d’une quelconque institution officielle israélienne.

J’ai toujours agi de manière à éviter que mon travail puisse être instrumentalisé et revendiqué comme une preuve de l’attitude libérale d’Israël ; une liberté d’expression et une tolérance qui ne sont accordées par l’autorité israélienne qu’à l’égard, bien sûr, des critiques juives israéliennes.

La politique raciste et fasciste du gouvernement israélien et le silence complice de la plupart de ses milieux culturels pendant le récent carnage opéré à Gaza comme face à l’occupation continue et aux violations des droits humains et aux multiples discriminations à l’égard des Palestiniens sous occupation, ou ceux, citoyens palestiniens de l’Etat israélien –toutes ces raisons justifient que je maintienne une distance vis-à-vis de tout événement qui pourrait être interprété comme une célébration de la réussite culturelle en Israël ou un cautionnement de la normalité du mode de vie israélien. Puisque votre rétrospective fait partie de la campagne internationale de célébration du centenaire de Tel-Aviv et qu’elle bénéficie, à ce titre, du soutien du gouvernement israélien, je ne peux que décliner votre invitation.

Par ailleurs, considérant les attaques blessantes, humiliantes et continues dont mon travail fait l’objet, tant en France qu’en Israël, et les très rares confrères israéliens qui se sont exprimés pour me défendre et manifester leur solidarité sincère (je ne tiens pas compte des déclarations de principe en faveur du privilège hégémonique de la « liberté d’expression »), il ne m’est pas possible de me sentir solidaire d’un tel groupe.

Je ne peux être associé à une rétrospective qui célèbre des artistes et cinéastes jouissant d’une position de privilège absolu et d’une totale immunité, mais qui ont choisi de se taire quand des crimes de guerre étaient commis au Liban ou à Gaza et qui continuent d’éviter de s’exprimer clairement au sujet de la brutale répression des populations palestiniennes, du blocus de trois ans et de l’enfermement de plus d’un million de personnes dans la Bande de Gaza.

Je tiens à me démarquer de ceux de mes collègues qui utilisent de façon opportuniste, voire cynique, le conflit et l’occupation comme décor de leurs travaux cinématographiques, et comme représentation néo-exotique de notre pays – pratiques qui peuvent expliquer leur succès en Occident, et particulièrement en France – et je refuse d’être associé à eux dans le cadre de votre manifestation.

Même si votre invitation avait suscité chez moi une seconde d’hésitation, celle-ci aurait été balayée à la lecture, il y a une quinzaine de jours, d’un article signé d’Ariel Schweitzer, l’organisateur de votre rétrospective, et publié dans Le Monde. Dans cet article qui s’opposait au boycott culturel de l’establishment israélien, il déclare : “Des mauvaises langues diront que cette politique cultuelle sert d’alibi, visant à donner du pays l’image d’une démocratie éclairée, une posture qui masque sa véritable attitude répressive à l’égard des Palestiniens. Admettons. Mais je préfère franchement cette politique culturelle à la situation existante dans bien des pays de la région où l’on ne peut point faire des films politiques et sûrement pas avec l’aide de l’Etat.”

Sur ce point, il me faut remercier votre organisateur M. Schweitzer pour sa naïve sincérité et pour ses arguments sectaires qui m’ont permis d’articuler les raisons pour lesquelles je préfère garder mes distances vis-à-vis de votre rétrospective et d’autres événements semblables. Car comme le confirme M. Schweitzer ils sont, en effet, une célébration de la politique culturelle israélienne et une défense de l’idéologie du ‘moindre mal’. Tant mon histoire et ma tradition juives que mes convictions et mon éthique personnelles m’obligent, dans les circonstances politiques actuelles – alors que les autorités des démocraties occidentales et leurs intelligentsias ont fait le choix de rester aux côtés de la politique criminelle israélienne – à m’opposer publiquement par cet acte ferme et non-violent à l’actuel régime d’apartheid qui existe aujourd’hui, en Israël. Je terminerai en reprenant les termes de mon collègue et ami le célèbre réalisateur palestinien Michel Khleifi qui ne cesse de nous rappeler que le défi auquel nous devons faire face, en tant qu’artistes et intellectuels, est de poursuivre nos travaux non pas GRACE À la démocratie israélienne, mais MALGRÉ elle.

C’est pourquoi, toujours de manière non-violente, je continuerai à m’opposer, et à inciter mes pairs à faire de même, contre le régime israélien d’apartheid et contre le « traitement spécial » réservé dans les démocraties occidentales à la culture israélienne officielle d’opposition.

Souhaitant que vous accepterez et comprendrez ma position, et espérant avoir l’opportunité de montrer mon travail dans d’autres circonstances.

Croyez en ma gratitude et mon respect,

Eyal Sivan, Filmmaker
Research Professor in Media Production
School of Humanities and Social Sciences
University of East London (UEL) – United-Kingdom

> Source : CAPJPO-Europalestine haut


Grande Bretagne – 20-04-2006



Roger Waters refuse d’être une autre brique dans le mur israélien

Par PACBI, Palestinian Campaign for the Academic and Cultural Boycott of Israël

Réitérant sa position sur l’occupation israélienne et exprimant son soutien au peuple palestinien dans « sa lutte pour la liberté », la rockstar internationalement connue Roger Waters a annoncé qu’il déplace son concert prévu à Tel Aviv, à un moment où Israël amplifie la répression et l’apartheid pour déposséder les Palestiniens de leur terre, les ghettoïser et procéder, à la fin, à un véritable nettoyage ethnique.

L’ancien membre des Pink Floyd et auteur du morceau intemporel « Une autre brique dans le mur », a annulé son concert de Tel Aviv. Il tient compte ainsi d’un appel de nombreuses associations culturelles palestiniennes et de ses fans à travers le monde qui craignent qu’une telle prestation, assurée par un artiste respecté et progressiste comme Waters, ne légitime le mur colonial israélien, condamné comme illégal par la Cour Internationale de Justice de La Haye en juillet 2004.

En soutien à la lettre adressée à Waters par les Palestiniens, un groupe de refuzniks israéliens (objecteurs de conscience) lui demande soit d’annuler sa prestation à Tel Aviv, soit de la dédier explicitement à la lutte contre l’occupation militaire israélienne. Waters a constamment condamné le mur israélien, qu’il accuse d’infliger pauvreté et ravages aux Palestiniens des Territoires Occupés.

Dans le communiqué de presse où il annonce l’annulation de son concert, Waters écrit : « La souffrance endurée par le peuple palestinien depuis quarante ans d’occupation israélienne est inimaginable pour nous qui vivons à l’ouest et je soutiens leur lutte de libération. J’ai fait changer le lieu du concert, qui aura lieu à Wahat al Salam / Neve Shalom en signe de solidarité avec les voix de la raison, Palestiniennes ou Israéliennes, qui cherchent une voie non-violente pour une paix juste. »

En annulant le concert de Tel Aviv, Roger Waters confirme son engagement pour la liberté, l’égalité et la paix basées sur la justice. Il nous prouve que sa « boussole » morale est non seulement vivante, mais qu’elle indique également la bonne direction. Apprenant cette nouvelle, la société civile palestinienne a chaudement salué Roger Waters pour son courage et sa contribution à la chute de tous les murs de l’oppression et de l’assujettissement, le mur israélien de la honte inclus.

BOYCOTTONS ISRAEL !

Source : http://www.pacbi.org
Traduction : MR pour ISM – source : http://www.ism-suisse.org/news/article.php?id=4655&type=analyse&lesujet=Boycott


Le boycott ne censure pas, il révèle

Juin 2010, par F. (CCIPPP)

Commençons par resituer le boycott dans son contexte. Israël est un Etat qui viole les droits humains les plus élémentaires, comme beaucoup d’autres Etats certes à travers le monde. Mais Israël a quelque chose en plus, que les « dictatures » du monde n’ont pas. Il a l’image de la démocratie, d’un pays normal qui malheureusement dérape à cause d’une extrême-droite trop virulente. Israël jouit d’une impunité que n’a aucun autre pays : la récente attaque contre la flottille a été certes critiquée, mais la majeure partie des pays occidentaux n’ont pas fait suivre leur critique de sanctions. Or le boycott est un outil politique qui vise à remédier à cette situation. Loin de vouloir censurer, nous voulons révéler, faire éclater à la face du monde la politique d’oppression et de spoliation, le manquement aux droits humains, qu’Israël masque encore derrière l’image de la démocratie. Le boycott ne censure pas, il fait entendre les voix qu’Israël fait taire : nous voulons montrer que l’image de la démocratie ne couvre ni les pleurs ni les cris de douleur. Le boycott culturel ne consiste pas à escamoter un film ou un livre en cachette, pour que personne n’en parle : le refus de programmer tel film, de vendre tel livre ou de recevoir tel chercheur n’a de sens que s’il est argumenté, s’il rend visible une prise de position politique. C’est exactement ce qu’a fait toute l’équipe des cinémas Utopia dans un travail politique intelligent.

Le boycott ne vise donc pas tel ou tel artiste israélien : il ne s’agit pas de s’en prendre à des individus. Il vise l’Etat d’Israël. On peut expliquer que l’Israeli Film Fund promeut la production de voix alternatives, ce n’en est pas moins un organe étatique. Par conséquent, il est logique qu’un mouvement de boycott visant la politique d’un Etat (et non pas de tel ou tel gouvernement) cible cet organisme. L’argent de l’Etat israélien, qui permet à la créativité israélienne (et éventuellement à la pensée critique israélienne) de s’épanouir, n’est pas un argent innocent : il est entaché par l’occupation, par le blocus, par la discrimination sourde, par les expulsions et les destructions de maisons, par le refus d’appliquer le droit international. L’Etat israélien s’est construit sur des crimes et continue à vivre sur des crimes.

Le boycott vise à rendre ces crimes visibles aux yeux du monde : Israël n’est pas un Etat normal, et il nous paraît nécessaire de souligner que des institutions d’apparence anodine ont partie liée avec une politique d’oppression systématique. La violence de l’Etat d’Israël n’est pas une dérive fanatique d’extrême droite, c’est l’extrême droite fanatique qui dérive d’une violence systématique de l’Etat d’Israël. L’Etat d’Israël s’est construit dans une logique coloniale où une population dominante s’est constituée en s’opposant à une population autochtone dominée. Les structures politiques et sociales d’Israël reposent aujourd’hui encore sur ce paradigme. Israël se construit encore sur l’exclusion des Palestiniens. Ils sont enfermés à Gaza ou derrière le mur de séparation en Cisjordanie, expulsés progressivement de Jérusalem, relégués à des positions subalternes dans la société israélienne. Les Palestiniens sont niés, considérés comme un obstacle, un problème à traiter.

A l’ombre de l’Etat d’Israël, toutes les voix ne considèrent pas le problème de la même manière. Certaines en appellent à une expulsion radicale du problème ; d’autres au compromis, à un traitement plus apaisé du problème. Mais les voix israéliennes qui veulent considérer les Palestiniens non plus comme un problème, comme un caillou dans la chaussure, mais comme des partenaires pour construire un vivre-ensemble ne peuvent pas s’exprimer dans le cadre de l’Etat d’Israël. Elles doivent se faire dissidentes. Dans le cadre de l’Etat d’Israël, les Palestiniens ne peuvent pas être considérés comme des égaux. Le boycott vise à dénoncer cette violence structurelle de l’Etat d’Israël qui relègue les Palestiniens et perpétue la domination politique. L’appel palestinien a été rejoint par des Israéliens qui ne se reconnaissent pas dans leur Etat et qui ne voient pas les Palestiniens comme un problème, mais comme des égaux en humanité.

Bien sûr, le boycott ne se justifierait pas aussi aisément si nos gouvernements européens et américains s’attachaient à faire respecter le droit international en faisant adopter des sanctions à l’encontre d’Israël au lieu de rehausser des accords de coopération pour l’UE, ou d’accepter Israël au sein de l’OCDE. Le boycott est aussi et surtout une action des citoyens pour interpeler leurs gouvernements démocratiquement élus pour qu’ils portent les valeurs de justice et de dignité qu’ils sont censés défendre. Nous continuerons donc nos opérations de boycott, pour dénoncer le caractère colonial et la violence institutionnalisée de l’Etat d’Israël, pour faire entendre et non pour faire taire.

http://www.protection-palestine.org/spip.php?article9043

Appel au boycott académique et culturel d’Israël

6 juillet 2004, version corrigée du 28 janvier 2006
http://pacbi.org/etemplate.php?id=869

Attendu que l’oppression coloniale israélienne du peuple palestinien,
basée sur l’idéologie sioniste, comprend :


Le déni de sa responsabilité dans la Nakba – en particulier
dans les vagues de nettoyage ethnique et de dépossession qui ont
créé le problème des réfugiés palestiniens – et par conséquent le
refus d’accepter les droits inaliénables des réfugiés et déplacés, droits
stipulés par et protégés par le droit international ;


L’occupation militaire et la colonisation de la Cisjordanie
(incluant Jérusalem Est) et de Gaza depuis 1967, en violation du droit
international et des résolutions de l’ONU ;


Le système bien établi de discrimination raciale et de
ségrégation contre les citoyens palestiniens d’Israël, qui ressemble au
système d’apartheid défunt d’Afrique du Sud ;

Puisque les institutions académiques israéliennes (essentiellement
contrôlées par l’État) et la vaste majorité des intellectuels et
universitaires Israéliens ont, soit contribué directement au maintien, à la
défense ou à la justification des formes d’oppression susmentionnées,
soit ont été complices par leur silence,

Etant donné que toutes les formes d’intervention internationales
ont jusqu’à présent échoué à forcer Israël à se conformer au droit
international ou à mettre fin à sa répression des Palestiniens, ce qui
s’est manifesté de multiples façons, dont des sièges, des tueries
indiscriminées, des destructions gratuites et le mur colonial raciste,

Au vu du fait que les personnes de conscience dans la communauté
internationale des spécialistes et intellectuels ont porté historiquement
la charge morale de combattre l’injustice, comme leur lutte pour abolir
l’Apartheid en Afrique du Sud par différentes sortes de boycott en a

donné l’exemple,

Reconnaissant que le mouvement montant du boycott international
contre Israël a exprimé la nécessité d’un cadre palestinien de référence
traçant le contour des principes directeurs,

Dans l’esprit de la solidarité internationale, de la cohérence morale et
de la résistance à la justice et à l’oppression,

Nous, universitaires et intellectuels palestiniens, appelons
nos collègues dans la communauté internationale à boycotter
complètement et en permanence toutes les institutions académiques
et culturelles israéliennes pour contribuer à la lutte pour terminer
l’occupation, la colonisation et le système d’apartheid israéliens, en
appliquant ce qui suit :

1. Retenez-vous de participer à toute sorte de coopération,
collaboration ou projet culturel conjoint, académique ou culturelle, avec
des institutions israéliennes ;

2. Faites-vous les porte-parole d’un boycott complet des institutions
israéliennes aux niveaux nationaux et internationaux, y compris de la
suspension de toute forme de financement et de subvention pour ces
institutions ;

3. Promouvez le désengagement dans Israël par les institutions
universitaires internationales ;

4. Travaillez vers la condamnation de la politique israélienne
en poussant à l’adoption de résolutions par les organisations et
associations académiques, professionnelles et culturelles ;

5. Soutenez directement les institutions académiques et culturelles
palestiniennes sans leur demander qu’être partenaires de contreparties
israéliennes soit une condition explicite ou implicite d’un tel soutien.

Soutenu par :

Fédération palestinienne des syndicats d’enseignants et employés
universitaires;