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« Pourquoi je soutiens le mouvement BDS contre Israël », par Chris Hedges

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Juillet 27, 2015 « Information Clearing House » – « Truthdig »

Les Palestiniens sont pauvres. Ils sont sans pouvoir. Ils n’ont pas de voix ou d’influence dans les allées du pouvoir. Ils sont diabolisés. Ils n’ont pas des lobbyistes bien en place distribuant des contributions à des campagnes et faisant passer une législation pro-palestinienne. Aucun candidat présidentiel ne fait appel à des donateurs – comme l’a fait Hillary Clinton quand elle a envoyé une lettre au magnat des médias, Haim Saban en dénonçant les critiques contre Israël – en promettant d’avancer les intérêts du peuple palestinien. Les Palestiniens, comme les gens de couleur pauvres aux Etats-Unis sont superflus.

La justice pour la Palestine ne viendra jamais des institutions gouvernementales traditionnelles ou de partis politiques qui administrent le pouvoir. Ces institutions ont capitulé devant les intérêts des nantis. La justice ne viendra que de nous. Et le seul mécanisme restant pour assurer la justice pour la Palestine est le boycott, divestment and sanctions (BDS) movement contre Israël. Des sanctions ont abattu le régime d’apartheid d’Afrique du Sud. Et c’est ce qui va abattre le régime d’apartheid d’Israël. Le BDS est non violent. Il appelle à la conscience, et cela marche.

On doit boycotter tous les produits israéliens y compris les agrumes de Jaffa, les cosmétiques Ahava, les machines à boire SodaStream, l’eau en bouteille Eden Springs et le vin israélien. On doit refuser de faire des affaires avec des compagnies de service israéliennes. Et on doit boycotter les entreprises qui font des affaires avec Israël, y compris  Caterpillar, HP et Hyundai. On doit mettre la pression sur les institutions, depuis les églises aux universités, pour désinvestir de compagnies et  d’entreprises israéliennes qui ont des contrats avec Israël. La lutte contre l’apartheid en Afrique du Sud a été longue et dure. Cette lutte-ci le sera aussi.

Gaza, un an après qu’Israël ait exécuté sa campagne de bombardements dévastateurs qui a duré près de deux mois, est en ruine. Presque toute l’eau est insalubre à boire. Il ya des coupures d’énergie jusqu’à 12 heures par jour. 40% des 1,8 millions d’habitants sont au chômage, y compris 67% des jeunes – le chômage des jeunes, le plus élevé au monde. Des 17.000 logements détruits par Israël dans le siège, pas un n’a été reconstruit. 60.000 des gens restent sans-abris. Seulement un quart des 3,5 milliards promis comme aide de donateurs internationaux a été remis – dont beaucoup transféré à l’Autorité palestinienne, le régime fantoche israélien qui gouverne la Cisjordanie. Et personne à Washington – Républicain ou Démocrate – ne s’opposera au lobby d’Israël. Personne n’appellera à la justice ni n’enrayera la machine à tuer israélienne. Les sénateurs US, y compris Bernie Sanders, au point culminant des bombardements israéliens, l’été dernier, ont voté à l’unanimité pour défendre le massacre israélien de gens sans armée, sans marine, sans force aérienne, sans unités mécanisées, sans artillerie ou de commandement et de contrôle. C’était un vote digne de l’ancienne Union soviétique. Chaque sénateurs a levé son verre au lobby d’Israël et a choisi le pur intérêt personnel plutôt que la justice.

Israël, comme les Etats-Unis, est empoisonné par la psychose de la guerre permanente. Il est aussi gouverné par une élite oligarchique corrompue pour qui la guerre est devenue une affaire lucrative. Il s’est aussi dupé lui-même en commettant des crimes de guerre et en jouant ensuite le rôle de la victime. Les systèmes d’éducation israéliens et sa presse – de nouveau imité aux Etats-Unis – ont endoctriné les Israéliens à croire qu’ils ont le droit de tuer quiconque que l’état condamne comme un terroriste. Et les militants les plus courageux des droits humains, des intellectuels et des journalistes sont diffamés et censurés dans leur propre pays, tout comme le sont des critiques américains comme Norman FinkelsteinMax Blumenthal et Noam Chomsky aux EtatsUnis.

Ceux qui sont devenus intoxiqué par le brandissement d’instruments de guerre, aveuglés par un orgueil démesuré et le goût du pouvoir deviennent finalement des victimes de guerre. C’est aussi vrai pour Israël que pour les Etats-Unis.

Le but d’Israël est de faire de la vie de tous les Palestiniens un enfer, avec une épuration ethnique aussi poussée que possible et soumettre ceux qui restent. Le processus de paix est un faux-semblant. Il a permis à Israël la saisie de plus de la moitié des terres en Cisjordanie, y compris les aquifères, et l’attroupement de Palestiniens dans des ghettos sordides et fermés (ringed) ou Bantustans tout en attribuant des terres et des maisons de Palestiniens à des colons juifs. Israël augmente ses colonies, spécialement à Jérusalem-Est. Des lois raciales, autrefois défendues par le démagogue de droite Meir Kahane, discriminent ouvertement les Arabes et les Palestiniens israéliens. Ilan Pappe appelle l’attaque depuis des décennies du peuple palestinien « un génocide régulier ».

A Gaza, Israël pratique même une forme plus extrême de cruauté. Il emploie une formule mathématique pour limiter les délivrances extérieures de nourriture à Gaza pour maintenir le niveau calorique des 1,8 millions de Palestiniens juste au-dessus de la famine. Cela a laissé 80% des Palestiniens à Gaza dépendants d’œuvres de bienfaisance islamiques et de l’aide extérieur pour survivre. Et les attaques militaires périodiques contre Gaza, appelées par euphémisme « tondre le gazon » sont exécutées l’une ou l’autre année pour s’assurer que les Palestiniens restent brisés, terrifiés et dans la misère. Il y a eu trois attaques israélienne contre Gaza depuis 2008. Chacune est plus violente et indiscriminée que la dernière. Le Ministre des Affaires étrangères israélien, Avigdor Lieberman a dit qu’une quatrième attaque contre Gaza était « inévitable ».

Pendant ses 51 jours de siège de Gaza, l’été dernier, Israël a déversé par ordonnance pour $370 millions sur des taudis en béton et des camps de réfugiés qui détiennent le taux de densité de population le plus élevé de la planète.2604 Palestiniens ont été tués, 66% – 1462 –  étaient des civils, 495, des enfants. 10.000  ont été blessés. (Pendant l’attaque, 6 civils israéliens et 66 soldats ont été tués.) 400 business palestiniens ont été éliminés. 70 mosquées ont été détruites et 130, endommagées. 24 installations médicales ont été bombardées, et 16 ambulances ont été atteintes, comme si Gaza n’était qu’une usine d’énergie électrique. Israël l’a compté : 390.000 bombes de tanks, 34.000 bombes d’artillerie, 4,8 millions de balles. La plupart des civils sont qui sont  morts ont été tués dans leur maison, beaucoup de victimes déchirées en lambeaux par des fléchettes envoyées par les tanks. Des enfants ont été brûlés avec du phosphore blanc ou enterrés avec leur famille sous les décombres causés par 2.000 livres de bombes en fer à fragmentation. D’autres sont morts par un explosif métallique dense, inerte ou bombes DIME ( dense inert metal explosive, or DIME, bombs), des armes expérimentales qui envoient d’extrêmement petites particules carcinogènes qui traversent à la fois les tissus tendres et les os. Les Forces de défense israéliennes, comme l’a rapporté Amira Hass, considèrent chaque Palestiniens de plus de 12 ans comme une cible militaire légitime. Le nouveau livre de Max Blumenthal, « La guerre de 51 jours” est une chronique qui donne des frissons, d’atrocités sauvages perpétrés par Israël à Gaza l’été dernier. Aussi horrible qu’ait pu être l’état d’apartheid d’Afrique du Sud, cette nation n’a jamais utilisé sa force aérienne et une artillerie pour bombarder ou tirer sur des townships noirs.

Un rapport de Action sur la violence des armes (AOAV) constate qu’Israël a tué et blessé plus de civils avec des armes explosives en 2014 que tout autre pays au monde. Les tirs indiscriminés du Hamas de missiles fortement inexacts – Finkelstein les appelle à bon escient « des feux d’artifices rehaussés » – en Israël étaient, comme un rapport de l’ONU les a récemment accusés, un crime de guerre, bien que le rapport ait oublié de noter que d’après le droit international, Hamas avait le droit d’user de la force pour se défendre lui-même d’attaques.
La disparité de la puissance de feu dans le conflit de 2014 était énorme : Israël a versé 20.000 tonnes d’explosifs sur Gaza, alors que le Hamas a utilisé 20 à 40 tonnes d’explosifs pour riposter. Le massacre en masse de civils par Israël est sur une échelle uniquement égalée par l’Etat islamique et Boko Haram. Pourtant Israël, dans notre monde de double standards, est exempté de condamnation à Washington et approvisionné en armes et de milliards en aide étrangère US pour perpétuer la tuerie. Ce n’est pas une surprise. Les Etats-Unis utilisent une force mortelle indiscriminé en Irak, en Syrie, en Afghanistan, au Pakistan, au Yémen et en Somalie, qui surpasse même Israël, laissant derrière eux des victimes civiles, des réfugiés et des villes et des détruits en grand nombre.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou, qui pendant sa derrière campagne électoral a reçu 90% de son argent d’oligarques US comme Sheldon Adelson,  a monté à l’intérieur une campagne de répression d’état contre des défenseurs des droits humains, des journalistes et des dissidents. Il a alimenté un racisme ouvert envers des Palestiniens et des Arabes et des travailleurs africains migrants qui vivent dans les bas quartiers de Tel Aviv. « Mort aux Arabes » est un slogan populaire dans les matches de football israéliens. Des voyous de groupes de droite comme Im Tirtzu rossent routinièrement des dissidents, des Palestiniens, des Arabes israéliens et des immigrants africains dans les rues de Tel Aviv. C’est une forme de fascisme juif.

Israël n’est pas une anomalie, c’est une fenêtre sur un monde dystopique, militarisé qui est en préparation pour nous tous, un monde avec des vastes disparités de revenus et des systèmes draconiens de sécurité intérieure. Il n’y aura pas de liberté pour les Palestiniens, ou pour ceux enfermés dans nos propres colonies intérieures et terrorisés par une violence policière indiscriminée, jusqu’à ce que nous détruisions le capitalisme entrepreneurial et l’idéologie néolibérale qui le soutient. Il n’y aura pas de justice pour  Michael Brown jusqu’à ce qu’il y ait justice pour Mohammed Abu Khdeir. La lutte des Palestiniens est notre lutte. Si les Palestiniens ne sont pas libérés, aucun d’entre nous ne sera libéré. On ne peut pas prendre au hasard et choisir lesquels des opprimés conviennent ou ne conviennent pas à défendre. Nous serons aux côtés des tous les opprimés ou d’aucun. Et quand nous nous tenons aux côtés des opprimés, nous serons traités comme les opprimés.

Chris Hedges (…) a travaillé pour The Christian Science Monitor, National Public Radio, The Dallas Morning News et The New York Times, dont il a été correspondant à l’étranger pendant 15 ans.

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