Compte-rendu du rassemblement pour les prisonniers politiques palestiniens devant le CICR

Vendredi 13 mai, la Campagne BDS France Paris  était présente au rassemblement près du siège du Comité International de la Croix Rouge.
 
Voici ci dessous le compte-rendu établi à l’issue de la rencontre avec le CICR, et les photos ici .

Compte-rendu de la délégation
auprès de trois responsables français du Comité International de la Croix Rouge au sujet de la situation dramatique des 1 800 prisonniers politiques palestiniens à leur 26e jour de grève de la faim illimitée commencée le 17 avril 2017.

Nous étions 5 camarades représentant l’Association de Palestiniens en Ile-de-France, l’Union Générale des Étudiants de Palestine, le  Forum Palestine Citoyenneté, l’Association Femmes Égalité, l’Association France Palestine Solidarité Paris-Sud – Campagne BDS France et avons :

  • rappelé le caractère unitaire de cette grève pour la dignité et la liberté et les risques encourus par les prisonniers politiques palestiniens (la mort, si le silence complice des diverses institutions, dont celui du CICR se perpétue), ainsi que leurs revendications, dont : fin de la détention administrative illégale, la fin des interdictions et interruptions des visites familiales, l’accès aux soins médicaux appropriés et la fin de la négligence médicale délibérée, la libération des prisonniers malades, en particulier des personnes handicapées et celles atteintes de maladies incurables, la fin de la tortures et humiliations…
 
  • décrit la barbarie des mesures que les autorités de l’occupation israélienne leur font subir : mises à l’isolement, déplacements continus d’une prison à l’autre, du Nord au Sud alors que les prisonniers sont affaiblis par leur grève, refus de visites des familles et des avocats, refus de soins pour les malades, confiscations du sel, d’objets personnels, des vêtements, inspections des cellules avec des chiens, menaces d’alimentation forcée, intervention dans les prisons de forces spéciales anti-émeutes…(Chronique de la grève de la faim – Cirepal).
 
  • Insisté sur l’emprisonnement des enfants, l’interdiction de poursuivre les études
Nous avons également rappelé les principes du CICR : « Le CICR est une institution indépendante et neutre qui fournit protection et assistance aux victimes de conflits armés et d’autres situations de violence. Il apporte une aide humanitaire dans les situations d’urgence, et s’emploie également à promouvoir le respect du droit international humanitaire et son intégration dans les législations nationales. »

 Nous avons fait remarquer aux représentants français du CICR que depuis plus de 50 ans, cette organisation, qui prétend combattre pour le respect du droit humanitaire et apporter une protection, se contente de visiter les prisons israéliennes et d’observer un silence complice sur les crimes des autorités d’occupation.
Ces dernières, qui selon eux leur donne le choix entre parler ouvertement ou être interdit de visite pour le CICR.

Devant notre dénonciation du système Silence = Complicité, ils nous déclarent que dans cette situation, ce n’est pas le CICR qui est l’ennemi.

 Les  représentants du CICR ont répété à plusieurs reprises que cette organisation a choisi la confidentialité et que ses délégués mènent des discussions aussi bien avec les israéliens qu’avec les prisonniers, établissant ainsi une sorte d’égalité entre les bourreaux et les victimes.

 Nous avons dénoncé l’inefficacité de la méthode du CICR puisqu’il n’a obtenu aucune amélioration des conditions de détention des prisonniers politiques palestiniens, que celles-ci  se sont aggravées, sont  contraires à la dignité humaine et qu’elles les ont amenées a décidé une grève de la faim illimitée.

 Suite à cette rencontre et d’après les déclarations de ces trois représentants, la confidentialité du CICR se poursuivra, même en cas de décès de l’un des prisonniers.

 Cette déclaration confirme que le CICR a échoué dans sa mission de protéger les personnes emprisonnées en temps d’occupation et qu’il ne dénoncera pas les conditions de détentions qui condamne les prisonniers palestiniens à plus ou moins long terme à mort. Là est leur complicité dans les crimes de l’occupation.

 Tout en continuant à affirmer notre solidarité avec la résistance des prisonniers politiques palestiniens, nous devons aussi dénoncer tous ceux qui comme le CICR se rendent complices de l’occupant en lui écrivant :

Siège du Comité International de la Croix Rouge (CICR) à Paris
10 Bis Passage d’Enfer, 75014 Paris –



BDS : Défendre nos droits, résister à la Nakba permanente

Le BNC commémore le 69ème anniversaire de la Nakba palestinienne

     C’est possible…

     C’est possible au moins parfois

     C’est possible surtout maintenant

     De monter à cheval

     Dans une cellule

     Et de s’échapper…

     C’est possible pour des murs de prison

     De disparaître

     Pour la cellule de devenir une terre lointaine

     Sans frontières

     –Mahmoud Darwish

Palestine occupée, le 15 mai 2017 Aujourd’hui c’est le 69ème anniversaire de la Nakba de 1948, l’expulsion massive des Palestiniens de leur terre natale. Entre 1947 et 1949, les paramilitaires sionistes, puis les forces israéliennes, ont transformé 750.000 à un million de Palestiniens indigènes en réfugiés pour installer un État à majorité juive en Palestine.

Le Comité National palestinien de Boycott, Désinvestissement et Sanctions (BNC) appelle les gens de conscience du monde entier à intensifier encore plus les campagnes BDS pour rompre les liens de complicité académique, culturelle, sportive, militaire et économique avec le régime d’occupation, de colonisation de peuplement et d’apartheid d’Israël. C’est le moyen le plus efficace pour être solidaire du peuple palestinien en poursuivant nos droits naturels et stipulés par l’ONU et en résistant dans la non- violence à l’intensification de la Nakba permanente.

Le régime israélien poursuit aujourd’hui sans pitié l’unique constante stratégie de son projet de peuplement colonial – le pillage et la colonisation simultanés d’autant de terre palestinienne que possible et le nettoyage ethnique progressif d’autant de Palestiniens que réalisable sans susciter de sanctions internationales.

Avançant dans les pas de tous les gouvernements israéliens précédents, l’actuel gouvernement d’extrême droite, le plus ouvertement raciste de l’histoire d’Israël, tient compte des paroles du dirigeant sioniste Ze’ev Jabotinsky qui écrivait en 1923 :

« Toute population native dans le monde résiste aux colons aussi longtemps qu’elle a le plus léger espoir de pouvoir se débarrasser du danger d’être colonisée. […] La colonisation sioniste doit s’arrêter, ou elle doit avancer sans tenir compte de la population d’origine. Ce qui veut dire qu’elle ne peut avancer et se développer que sous la protection d’un pouvoir indépendant de la population d’origine – derrière un mur de fer dans lequel la population native ne pourra pas ouvrir une brèche. »

Soixante neuf ans après le déracinement et la dépossession systématiques et prémédités de la plupart des Arabes palestiniens indigènes de la terre de Palestine aux mains des gangs sionistes et plus tard de l’État d’Israël, la Nakba n’est pas finie. Israël est résolu à construire son « mur de fer » dans l’esprit des Palestiniens, pas seulement sur nos terres, en étendant ses colonies illégales et ses murs de béton sur le territoire palestinien occupé, son siège génocidaire sur plus de 2 millions de Palestiniens à Gaza, son refus du droit au retour des réfugiés palestiniens, ses lois et sa politique racistes contre les Palestiniens d’Israël et l’escalade de son violent nettoyage ethnique à Jérusalem, dans la Vallée du Jourdain et dans le Naqab (Negev). Il ne fait grâce d’aucune brutalité dans ses tentatives incessantes, acharnées pour marquer au fer rouge nos consciences de la futilité de la résistance et de la vanité de l’espoir.

La grève de la faim massive actuelle de plus d’un millier de prisonniers palestiniens dans les prisons israéliennes et le soutien populaire qu’elle a déclenché nous donne de l’espoir.

Le soutien croissant à BDS dans les syndicats étrangers, dont le plus récent adopté par la Confédération Norvégienne des Syndicats (LO) – qui représente plus de 910.000 travailleurs – à un « boycott international économique, culturel et académique d’Israël » pour permettre aux Palestiniens d’accéder à la totalité de leurs droits, nous donne de l’espoir.

Le fait qu’aucun des 26 nommés aux Oscar, qui s’étaient vu offrir un voyage d’une valeur de 55.000 $ par le gouvernement israélien, n’ait accepté ce cadeau de propagande et que six des onze joueurs de la Ligue Nationale de Football ait refusé un voyage aussi fastueusement offert par Israël nous donne de l’espoir.

Le mouvement BDS a réussi à faire vivement grimper le prix de la complicité des corps constitués avec les crimes d’Israël contre le peuple palestinien. Il a contraint des sociétés de la taille d’Orange et de Veolia à mettre fin à leur complicité et a poussé le géant mondial G4S à commencer à se retirer du marché israélien. Des églises, des conseils municipaux et des milliers de personnes dans le monde ont pris l’engagement de boycotter Hewlett Packard (HP) à cause de son énorme complicité avec l’occupation et l’apartheid israéliens. Tout ceci nous donne, et aux nombreuses campagnes pour les droits de l’Homme dans le monde, grand espoir.

La décision de la municipalité de Barcelone de mettre fin à sa complicité avec l’occupation israélienne, qui a suivi de près les dizaines de conseils locaux de l’État espagnol qui se sont déclarés « zones libres d’apartheid israélien », nous donne de l’espoir.

Le désinvestissement de quelques unes des principales églises des États Unis, dont l’Église Méthodiste Unie, l’Église Presbytérienne des USA et l’Église Unie du Christ, des banques israéliennes ou des entreprises internationales complices nous donne de l’espoir.

L’expansion de campagnes BDS remarquablement efficaces de l’Afrique du Sud à la Corée du Sud, d’Égypte au Chili, et du Royaume Uni aux États Unis nous donne un véritable espoir.

L’augmentation d’alliances croisées qui émergent dans de nombreux pays, reconnectant naturellement la lutte pour les droits des Palestiniens avec les différentes luttes internationales pour la justice raciale, économique, de genre, climatique et indigène nous donne un espoir sans limites.

En 1968, vingt ans après la Nakba, mais sans relations avec elle, le Dr. Martin Luther King a dit : « Il ne peut pas y avoir de justice sans la paix et il ne peut pas y avoir de paix sans justice. » Depuis 70 ans, envers et contre tout, les Palestiniens ont continué à affirmer notre droit à l’autodétermination et à une paix sincère, qui ne peuvent émerger que de la liberté, la justice et l’égalité.

Mais pour atteindre cette juste paix, nous réalisons que nous devons nourrir notre espoir en une vie digne en nous engageant sans limites dans une résistance à l’injustice, une résistance à l’apathie et, essentiellement, une résistance aux « murs de fer » du désespoir.

Dans ce contexte, le mouvement BDS mondial conduit par les Palestiniens, avec sa croissance impressionnante et son impact indiscutable, est aujourd’hui une composante indispensable de notre résistance populaire et la forme la plus prometteuse de solidarité internationale avec notre lutte pour nos droits.

Aucun mur de fer de leur part ne peut éteindre ou éclipser le soleil levant de notre émancipation.

Source: bdsmovement

Traduction : J. Ch. pour BDS France




Justice pour la Palestine, maintenant! En finir avec la complicité européenne.

Justice pour la Palestine, maintenant! En finir avec la complicité européenne.

7 février 2017 – Un appel d’organisations de toute l’Europe

Plus de 250 organisations européennes publient un appel – Justice pour la Palestine, maintenant ! En finir avec la complicité européenne – marquant 100 ans d’injustice envers le peuple palestinien.

L’année 2017 marque :

-* les 100 ans de la « déclaration Balfour » de 1917, par laquelle le gouvernement britannique promettait unilatéralement l’établissement en Palestine d’un foyer national juif,
-* les 70 ans du plan de partage de la Palestine voté par l’ONU en 1947 dont a résulté la Nakba de 1948 – la destruction de plus de 530 villages palestiniens et l’expulsion de 750 000 Palestiniens de leur patrie dans un processus de nettoyage ethnique -,
-* les 50 ans de l’occupation par Israël, en 1967, de la Cisjordanie, de Jérusalem Est, de la Bande de Gaza et du plateau du Golan, et du processus continu de leur colonisation et de leur occupation par l’État d’Israël.

La dépossession continue des Palestiniens de leur territoire et de leurs moyens d’existence, notamment par les démolitions de maison, les confiscations de terre et le mur de l’apartheid ; le déni de leur culture et de leur mémoire ; le blocus de Gaza depuis plus de 10 ans qui crée des conditions de vie inhumaines associées à des attaques militaires récurrentes contre sa population ; la répression constante qui se traduit aujourd’hui par plus de 7000 prisonniers dont 400 enfants en détention militaire ; la situation catastrophique des réfugiés palestiniens encore accrue par la guerre en Syrie ; les lois discriminatoires et draconiennes en Israël même : ces faits, produits de plus de 100 ans de déni des droits du peuple palestinien, ne peuvent plus être acceptés.

Les anniversaires que porte l’année 2017
nous rappellent à quel point la logique coloniale, la négation des droits du peuple palestinien, le refus d’appliquer le droit international et les résolutions de l’ONU, conduisent à la catastrophe. Ils soulignent la responsabilité des pays européens et occidentaux dans cette situation, et l’impuissance dans laquelle s’est enfermée l’Union européenne, qui affiche les principes de respect du droit international sans prendre les moyens de les faire appliquer.

Ils nous rappellent aussi que la construction de la paix ne peut s’affranchir des faits historiques  ; reconnaître l’Histoire est de la responsabilité de tous, et en premier lieu de l’État et du peuple israéliens, à l’opposé de la politique négationniste constamment menée par Israël et poussée à son paroxysme par son gouvernement actuel. Les Etats européens, acteurs du système colonial entre les deux guerres mondiales, ont ensuite fait porter par la Palestine les conséquences du monstrueux génocide des Juifs européens par les nazis, puis n’ont rien fait pour qu’Israël respecte les résolutions de l’ONU : ils doivent eux aussi reconnaître la très grande responsabilité qu’ils portent dans la tragédie que subit aujourd’hui le peuple palestinien.

Nous appelons l’Union européenne et les États européens :

-* à faire de 2017 l’année de la réalisation des droits du peuple palestinien, dans un calendrier contraignant : le droit à l’autodétermination, la fin de l’occupation de la Cisjordanie y compris Jérusalem Est et de la Bande de Gaza, le droit à l’égalité pour tous les citoyens d’Israël, le droit au retour de tous les réfugiés palestiniens dans les modalités de leur choix,
-* à cesser toute complicité avec la colonisation continue et les innombrables violations du droit international par Israël, et d’exiger la levée immédiate du blocus de la Bande de Gaza et la liberté de mouvement pour tous les citoyens palestiniens,
-* à prendre des mesures contraignantes vis-à-vis de l’Etat d’Israël, tant que celui-ci continuera à bafouer le droit international et les droits de l’Homme, y compris la suspension de l’accord d’association entre l’Union Européenne et Israël tant que l’Etat d’Israël ne se conformera pas au droit international ; à commencer par la coopération militaire et sécuritaire, mal dissimulée dans plusieurs projets du programme Horizon 2020, qui doivent être suspendus d’urgence.

Nous, soussignées, organisations de la société civile européenne, associations, partis politiques, syndicats, réaffirmons solennellement qu’en 2017, après 100 ans de spoliations, de dénis et de nettoyage ethnique, les droits du peuple palestinien doivent enfin être mis en œuvre.

Chacun avec notre sensibilité, nous nous engageons à agir dans ce sens, avec la conviction que la paix ne peut venir que de l’application du droit.

Les signataires :

1. ECCP – European Coordination of Committees and Associations for Palestine

2. Transform ! Europe

3. PHM – Europe (People’s Health Movement)

4. Frauen in Schwarz (Wien), Austria

5. SODePAZ – Basque country

6. Internazionalistak Auzolanean – Basque country

7. ASOCIACIÓN BILADI РBasque country

8. Fundacion Mundubat, Basque country

9. PVDA/PTB – political party, Belgium

10. CNCD-11.11.11 – NGO platform, Belgium

11. 11.11.11 – NGO platform, Belgium

12. Broederlijk Delen – NGO, Belgium

13. Pax Christi – Flanders – NGO, Belgium

14. Solidarité socialiste – NGO, Belgium

15. Mouvement Ouvrier Chrétien, Belgium

16. Comac, Belgium

17. G3W–M3M – NGO, Belgium

18. Intal, Belgium

19. Association Belgo-Palestinienne WB, Belgium

20. Palestina Solidariteit, Belgium

21. Union des Progressistes Jiufs de Begique, Belgium

22. Vrede vzw, Belgium

23. Agir pour la Paix, Belgium

24. CADTM Belgique (Comité pour l’Abolition des Dettes illégitimes), Belgium

25. BACBI – Belgian Campaign For An Academic and Cultural Boycott of Israel, Belgium

26. Samidoun Palestinian Prisoner Solidarity Network, Belgium

27. Plate-forme Charleroi-Palestine, Belgium

28. Solidarity With Bedouins Committee, Belgium

29. PJPO Ittre, Belgium

30. Via Velo Palestina, Belgium

31. Les Amis du Monde Diplomatique, Belgium

32. Composantes de la Communauté Arabe de Belgique – CoCABe, Belgium

33. V-SB (Vlaams-Socialistische Beweging)

34. Croiseregard asbl. Belgium

35. International Solidarity Movement, Czech Republic group

36. Finnish-Arab Friendship Society, Finland

37. The Israeli Committee Against House Demolitions (ICAHD)– Finland

38. EELV (Europe Ecologie les Verts) – political party, France

39. Ensemble – political party, France

40. Parti Communiste Français – political party, France

41. Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA), political party, France

42. Parti des Indigènes de la République – political party, France

43. Federation Syndicale Unitaire – trade union federation, France

44. Union syndicale Solidaires – trade union, France

45. La Cimade, France

46. CCFD-Terre Solidaire, France

47. CEMEA Association Nationale, France

48. AFPS (Association France Palestine Solidarite), France

49. Plateforme des ONG françaises pour la Palestine, France

50. MRAP (Mouvement contre le racisme et pour l’Amitie entre les peuples), France

51. Mouvement de la Paix, France

52. Union Juive Française pour la Paix, France

53. BDS France

54. Mouvement pour une Alternative Non-violente (MAN), France

55. Femmes Egalité, France

56. Collectif Judeo Arabe et Citoyen pour la Palestine, France

57. Collectif Interuniversitaire pour la Cooperation avec les Universites Palestiniennes, France

58. CVPR-PO, France

59. La Forge, France

60. AJPF, France

61. CPPI Saint-Denis [Collectif Paix Palestine Israel], France

62. PHM France

63. Centre for Global Education, France

64. Espaces Marx, France

65. AURDIP (Association des Universitaires pour le Respect du Droit International en Palestine
Union syndicale Solidaires), France

66. CJPP5 Comité Justice et Paix en Palestine et au Proche-Orient 5e
PG, France

67. Droit Solidarité, France

68. MJCF Mouvement Jeunes Communistes de France, France

69. UTIT Union des Travailleurs Immigrés Tunisiens, France

70. LA COURNEUVE-PALESTINE, France

71. Association des Travailleurs Maghrébins de France (ATMF), France

72. Terre des Hommes France, France

73. Association « Pour Jérusalem », France

74. Atelier Israël Palestine du GAIC : Groupe d’Amitié Islamo Chrétienne, France

75. The Fédération Artisans du Monde, France

76. Forum Palestine Citoyenneté, France

77. Participation et Spiritualité Musulmanes, France

78. AILES femmes du Maroc, France

79. Pax Christi Erding-Dorfen – NGO, Germany

80. Bundesarbeitskreis der LINKEN Gerechter Frieden in Nahost – Federal Working Group on “Just Peace in the Middle East”), Germany

81. DIE LINKE. Niedersachsen LAG Gerechter Frieden Nahost – State Working Group Lower Saxony on “Just Peace in the Middle East”), Germany

82. Jewish Voice of Peace, Germany

83. German-Palestinian Association e.V., Germany

84. Palästinakomitee Stuttgart, Germany

85. Jewish-Palestinian Dialogue Group Munich, Germany

86. AK Nahost Berlin, Germany

87. Arbeitskreis Palästina, Nürnberg, Germany

88. Attac rhein-sieg, Germany

89. BDS Berlin, Germany

90. BDS Hamburg, Germany

91. BDS-Gruppe Bonn, Germany

92. « Das Palästina Portal », Germany

93. Deutsch-Palästinensische Gesellschaft Bremen e.V., Germany

94. Deutsch-Palästinensische Gesellschaft, Regionalgruppe Düsseldorf, Germany

95. Deutsch-Palästinensische Gesellschaft Nordrhein-Westfalen (Süd), Germany

96. Deutsch-Palästinensische Gesellschaft e.v. Regionalgruppe Ruhrgebiet, Germany

97. Deutscher Freidenker-Verband ; Landesverband Hessen, Germany

98. German Freethinkers Association, Germany

99. Frauennetzwerk für Frieden e.V., Germany

100. Frauen wagen Frieden (Projektgruppe in der evangelischen Frauenarbeit der Pfalz), Germany

101. Gesellschaft zur Humanitären Unterstützung der Palästinenser e.V., Germany

102. Israel-Palästina Solidaritätskreis Darmstadt, Germany

103. Keep Hope Alive, Germany

104. Palästina/Nahost-Initiative Heidelberg, Germany

105. Solidarität International e.V., Germany

106. The European Alliance in Defence of Palestinian Detainees, Germany

107. Union of Palestinian Communities, Institutions and Activities in Europe, Germany

108. Vitaminepalestine, Germany

109. Fiom-Cgil – trade union, Italy

110. Confederazione Cobas – trade union, Italy

111. ARCI, Italy

112. ArciMilano, Italy

113. ArciLombardia, Italy

114. AssopacePalestina, Italy

115. Associazione di Amicizia Italo-Palestinese Onlus, Italy

116. Associazione per la Pace, Italy

117. Associazione Oltre il Mare, Italy

118. BDS Italia, Italy

119. BDS Italia / Coordinamento campagna BDS Bologna, Italy

120. BDS Ravenna, Italy

121. Cultura è Libertà, Italy

122. Comitato Pistoiese per la Palestina, Italy

123. Donne in nero, Italia, Italy

124. Italia-Cuba Milano, Italy

125. Le radici e le ali Onlus Milano, Italy

126. Libera, associazioni nomi e numeri contro le mafie, Italy

127. Rete ECO (Ebrei contro l’occupazione), Italy

128. Rete romana di solidarietà con il popolo palestinese, Italy

129. Rete Radiè Resch – Gruppo di Udine, Italy

130. Salaam Ragazzi dell’Olivo-comitato di Mlano-Onlus, Italy

131. Servizio civile Internazionale, Italy

132. Statunitensi contro la guerra/U.S. Citizens Against War (Florence), Italy

133. Un Ponte per, Italy

134. Ulaia Arte sud, Italy

135. Women in culture, Italy

136. WILPF Italia (Women international league for peace and freedom), Italy

137. AWMR (Donne della regione mediterranea), Italy

138. Reti di pace – Laboratorio Monteverde Roma, Italy

139. Make An Impact Association ONLUS, Italy

140. GAZZELLA onlus, Italy

141. Trócaire – development agency of the Catholic Church in Ireland, Ireland

142. Mandate – the trade union for retail, bar and admin workers in Ireland

143. Communications Workers Union of Ireland – trade union, Ireland

144. Communication Workers Union Northern Ireland Region – trade union, Ireland

145. Derry Trades Union Council – trade union, Ireland

146. Sinn Féin – political party, Ireland

147. Communist Party of Ireland’ political party, Ireland

148. Action from Ireland (Afri), Ireland

149. Ireland-Palestine Solidarity Campaign, Ireland

150. Sadaka – the Ireland Palestine Alliance, Ireland

151. Trade Union Friends of Palestine, Ireland

152. Gaza Action Ireland, Ireland

153. Academics for Palestine, Ireland

154. Centre for Global Education, Ireland

155. The People’s Movement, Ireland

156. Jewish Voice for Just Peace, Ireland

157. Irish Anti-War Movement, Ireland

158. Peace and Neutrality Alliance, Ireland

159. Anti-Racism Network Ireland , Ireland

160. United Against Racism, Ireland

161. The Ireland Institute, Ireland

162. Workers Solidarity Movement, Ireland

163. Comité pour une paix juste au Proche-Orient, Luxembourg

164. FNCTTFEL – Landesverband, Luxembourg

165. Scotish Friends of Palestine – Scotland

166. Združena levica parliamentary group (ZL) – political party, Slovenia

167. Institute for Western Sahara studies – NGO, Slovenia

168. Institute Abraham – NGO, Slovenia

169. Drustvo Humanitas, Slovenia

170. Slovak Initiative for a Just Peace in the Middle East – Slovakia

171. Confederacion General del Trabajo CGT – trade union, Spain

172. Izquierda Unida – political party, Spain

173. Partido Comunista de España (PCE) – political party, Spain

174. Communist Youth Union of Spain, Spain

175. Coordinadora Valenciana de ONGD, Spain

176. Anticapitalistas, Spain

177. Asociacion Paz con Dignidad, Spain

178. Årea Paz y Solidaridad Izquierda Unida Toledo Provincial, Spain

179. Palestina Toma La Calle, Madrid, Spain

180. CAUM (Club de Amigos de la Unesco), Spain

181. Plataforma Córdoba por Palestina, Spain

182. ASPA, Asociación Andaluza por la Solidaridad y la Paz, Spain

183. Plataforma Solidaria con Palestina de Valladolid, Spain

184. Asociación Transformando Madrid, Spain

185. UNADIKUM España, Spain

186. Moviment 15M Sabadell, Spain

187. Comité de Solidaridad con la Causa Árabe (CSCA), Spain

188. Yayoflautas Madrid, Spain

189. Coordinadora Andalucía con Palestina, Spain

190. HILOMBÉ SOLIDARIDAD, Spain

191. Rumgo a Gaza, Spain

192. CERAI, Spain

193. Transformando, S. Coop. Mad., Spain

194. Tierra y Culturas, Spain

195. Al-Quds Association for Solidarity with People in Arab Countries, Spain

196. Plaza de los Pueblos 15M Madrid, Spain

197. ALQUDS, Spain

198. Plataforma Solidaria por Palestina Valladolid, Spain

199. NitDempeusBCN, Spain

200. Asociacion Paz con Dignidad, Spain

201. Colectivo de Solidaridad con Palestina Al’Madafa, Spain

202. Palestina Toma la Calle, Madrid, Spain

203. Coordinadora Vallés Occ. 15M, Spain

204. Asociación de la Comunidad Hispano – Palestina « JERUSALÉN », Spain

205. Moviment 15M Sabadell, Spain

206. ASOCIACIÓN BILADI, Spain

207. CATNPUD, Spain

208. Asociación Médica Hispano Palestina, Spain

209. NOVACT – International Institute for Nonviolent Action , Spain

210. RESCOP – coalition that consists of :,

1. Al’Madafa

2.Anticapitalistas

3. Asociación Al-Quds de Solidaridad con los Pueblos del Mundo Árabe (Málaga)

4. Asociación de Amistad Palestina-Granada « Turab »

5. Asociación Andaluza por la Solidaridad y la Paz – ASPA

6. Asociación Hispano Palestina Jerusalén (Madrid)

7. Asociación Palestina Biladi

8. Asociación Pau Ara y Sempre

9. Asociación Pro-Derechos Humanos de Andalucía

10. Asociación ProPalestina del Campo de Gibraltar

11. Asociación Unadikum

12. BDS Alacant

13. BDS Catalunya

14. BDS Granada

15. BDS Madrid

16. BDS País Valencià

17. Castelló per Palestina

18. Centro de Estudios Rurales y de Agricultura Internacional (CERAI)

19. Coalició Prou Complicitat amb Israel

20. Comité de Solidaridad con la Causa Árabe (Madrid, Asturias)

21. Comité de Solidaridad con los Pueblos – Interpueblos (Cantabria)

22. Comunidad Palestina en Canarias

23. Comunitat Palestina de Catalunya

24. Comunitat Palestina de València

25. Coordinadora de apoyo a Palestina (La Rioja)

26. Ecologistas en Acción (Confederal)

27. Fundación IEPALA

28. Fundación Mundubat

29. Grupo de Cooperación Sevilla Palestina

30. Hilombé Solidaridad

31. Izquierda Anticapitalista Revolucionaria (IZAR)

32. Komite Internazionalistak (Euskal Herria)

33. MEWANDO (Euskadi)

34. Movimiento de Jóvenes Palestinos

35. Mujeres en Zona de Conflicto – M.Z.C.

36. Mujeres por la Paz – Acción Solidaria con Palestina (Canarias)

37. Pallasos en Rebeldía

38. Paz Ahora

39. Paz con Dignidad

40. Plataforma de Solidaridad con Palestina (Sevilla)

41. Plataforma Palestina Ibiza

42. Plataforma Solidaria con Palestina de Valladolid

43. Palestina Toma la Calle

44. Red Judía Antisionista Internacional (IJAN)

45. Sodepau

46. Sodepaz

47. Sodepaz Balamil

48. Taula per Palestina (Illes Balears)

49. Unión de Juventudes Comunistas de España (UJCE)

211. Parti suisse du Travail – political party, Switzerland

212. Communist Party – political party, Switzerland

213. Housing and Land Rights Network, Switzerland

214. BDS Switzerland, Switzerland

215. Gerechtigkeit und Frieden in Palästina, Switzerland

216. Collectif Urgence Palestine Vaud, Switzerland

217. BDS Zuerich, Switzerland

218. Berner Mahnwache für einen gerechten Frieden in Israel/Palästina, Switzerland

219. Women in Black [Vrouwen in het Zwart Nederland], The Netherlands

220. Palestijnse gemeenschap in nederlad, The Netherlands

221. Diensten en Onderzoek Centrum Palestina (docP), The Netherlands

222. Nederlandse-Filippijnse Solidariteitsbeweging, The Netherlands

223. Nederlands arabische stichting nas, The Netherlands

224. EMCEMO, The Netherlands

225. Internationale Socialisten, The Netherlands

226. A’idoun, The Netherlands

227. Breed Platform Palestina, The Netherlands

228. Stichting Palestijnse Vrouwen in Nederland, The Netherlands

229. Stichting Groningen-Jabalya, The Netherlands

230. Nederlandse-Filippijnse Solidariteitsbeweging, The Netherlands

231. Diensten en Onderzoek Centrum Palestina (docP), The Netherlands

232. Netherlands Palestine Committee (NPK), The Netherlands

233. Palestine Workinggroup FNV, The Netherlands

234. Stichting Kairos Sabeel Nederland, The Netherlands

235. Christian Peacemaker Teams – Netherlands, The Netherlands

236. SAP/Grenzeloos, The Netherlands

237. Plant een Olijfboom, The Netherlands

238. Palestina Komitee Nijmegen, The Netherlands

239. The Norwegian United Federation of Trade Unions Department 850, Oslo Graphic Workers Union – trade union federation, Norway

240. Industri Energi – trade union, Norway

241. Norwegian Transport Workers’ Union – trade union, Norway

242. LO i Oslo – trade union, Norway

243. NNN Oslo og Akershus – trade union, Norway

244. The Red Party (Rødt) – political party, Norway

245. Rød Ungdom – political party youth organisation , Norway

246. The Association of Norwegian NGOs for Palestine – umbrella of NGOs, Norway

247. Kairos Britain – NGO platform, UK

248. Palestine Solidarity Campaign UK

249. Europal Forum-UK

250. The Israeli Committee Against House Demolitions UK – ICAHD UK

251. Liberal Democrats Friends of Palestine, UK

252. The Palestinian Return Centre, UK

253. Friends of Sabeel UK, UK

254. Muslim Association of Britain, UK

255. LibDem Friends of Palestine, UK

256. Make Apartheid History, UK

257. Amos Trust, UK

258. Palestinian Forum in Britain, UK

- ECCP




Initiative syndicale européenne pour la justice en Palestine

7 DÉCEMBRE 2016 – UNION EUROPÉENNE, ACTUALITÉ

 

Plus de 100 délégués de syndicats représentant vingt et un syndicats et trois millions de membres de toute l’Europe se sont rassemblés en une première rencontre historique à Bruxelles pour dénoncer la complicité des gouvernements européens avec Israël et créer une plateforme transeuropéenne en solidarité avec le peuple palestinien.

Le mépris scandaleux d’Israël pour le droit international est bien documenté. Peut-être son accord de coopération avec l’Union européenne l’est moins. Celui-ci lui donne accès aux échanges commerciaux et lui permet une participation à des programmes et des projets européens plus que n’importe quel autre pays non européen.

La Coordination Européenne des Comités et des Associations pour la Palestine (ECCP) a recensé que tandis que le gouvernement israélien avait contribué à hauteur de 535 millions d’euros à des programmes de recherche européens sur une période de six ans, des firmes et des institutions israéliennes avaient en réalité reçu encore plus de financement en retour – d’une valeur de 840 millions €. Israël s’attend à bénéficier de la même façon du nouveau programme de financement de la recherche Horizon 2020, à moins qu’il ne soit tenu compte des appels répétés du mouvement international Boycott, Désinvestissement, Sanctions (BDS).

L’existence même de cet accord depuis 16 ans est d’autant plus remarquable que son article 2  met l’accent sur le fait qu’il est basé sur « le respect mutuel pour les droits humains et les principes démocratiques» ( !). Ce n’est pas quelque chose que l’on associe d’emblée à un État qui continue à occuper illégalement la terre palestinienne en violation du droit international et au mépris d’innombrables déclarations et condamnations de gouvernements et d’organisations du monde, dont de nombreux pays de l’UE elle-même.

La rencontre des syndicats, sur deux jours, a donné lieu à des appels à la fin de l’occupation de la Palestine et à l’abrogation de cet accord très critiqué, vu par beaucoup comme la légitimation de l’occupation illégale qui contrevient au droit international et aux conventions de l’ONU.

La nouvelle initiative a été prise par un groupe transeuropéen qui tente de développer un réseau qui puisse renforcer les liens entre les organisations de travailleurs en Europe tout en s’adressant aussi aux sections du mouvement syndical palestinien. Le PGFTU, l’Union des Travailleurs Arabes et les Nouveaux Syndicats ont bien sûr tous participé aux discussions.

La cible de la campagne porte sur l’élévation du niveau de conscience sur la complicité des gouvernements respectifs  sur la violation des droits humains et des crimes de guerre d’Israël, et sur la culpabilité des corporations qui soutiennent et tirent profit de l’occupation illégale.

0clip_image004

La critique mordante du comité d’organisation à l’égard de l’UE l’accuse de faillir à tenir Israël pour responsable de ses graves violations du droit international, de faillir à contester l’illégalité de l’occupation de la Palestine, de faillir à combattre la discrimination rampante des citoyens palestiniens d’Israël et les nombreuses violations des droits humains – dont le déni du droit au retour dans leur patrie des réfugiés palestiniens, adopté par la résolution 194 de l’ONU, il y a près de soixante dix ans.

La formation de ce réseau constitue une percée majeure pour le travail de solidarité au sein du mouvement syndical européen, qui a été constant dans son appel à une solution juste pour le peuple palestinien.

L’UE n’a pas hésité, à appliquer précédemment diverses formes de sanctions contre la Russie lorsqu’elle a annexé un territoire de l’Ukraine et elle a agi de la même façon à l’égard de quarante autres États à différents moments au cours des dernières années. Le double standard honteux appliqué dans le cas israélien est inacceptable et nombreux sont ceux qui l’interprètent comme un soutien tacite aux violations continues par Israël du droit international.

Sous l’effet d’une pression internationale massive, l’UE a décrété en 2015 que les produits des colonies illégales d’Israël en Cisjordanie occupée, à Jérusalem Est et dans le Golan devraient être clairement étiquetés en tant que tels. Ce mois-ci, presque un an après, la France est le troisième État membre, après le Royaume Uni et la Belgique à appliquer cette décision.

Ironiquement, la décision originelle a conduit le gouvernement de Netanyahou à menacer  de boycotter la coopération avec l’UE tandis que The Independent rapportait qu’un ministre israélien traitait cette décision « d’antisémitisme déguisé » – le faux-fuyant habituel utilisé pour censuré un débat ouvert sur la politique israélienne brutale d’occupation.

Le même article cite des diplomates européens admettant « en privé que la force de la réponse israélienne avait rendu prudents certains États membres au point de créer leurs propres directives ». Les efforts concertés de la machine de propagande israélienne pour cataloguer antisémite toute action ou personne critique de sa politique gouvernementale porte clairement ses fruits dans certains milieux. Un des thèmes de la réunion de Bruxelles a donc porté sur la nécessité de se positionner contre la campagne fallacieuse du gouvernement israélien qui cherche à redéfinir l’antisémitisme pour servir son programme politique pervers.

Le gouvernement français a néanmoins rejoint désormais les rangs des principales nations européennes qui ont brisé cette barrière auto-imposée et le reste des gouvernements européens devrait suivre immédiatement. Le mouvement syndical européen fera de son mieux pour s’assurer que cela se passe le plus tôt possible.

Le mouvement mondial BDS a subi des attaques croissantes de la machine de propagande israélienne au cours de l’année écoulée, pourtant 2016 a proclamé une série de victoires importantes pour les droits en Palestine. Des sociétés internationales de premier plan comme Orange, CRH et G4S ont suivi Veolia et se sont retirées de projets portant atteinte aux droits des Palestiniens.

Cette année, également, un nombre croissant de municipalités européennes dans des pays aussi divers que la Norvège, l’Espagne et l’Irlande ont déclaré leur opposition à l’occupation israélienne tandis que des Églises importantes aux États Unis ont désinvesti de banques israéliennes et de sociétés internationales qui soutiennent l’occupation.

Le mouvement BDS s’étend et son bilan 2016 montre des succès majeurs pour le droit à boycotter Israël en soutien aux droits des Palestiniens selon le droit international, de la part de l’Union Européenne, des gouvernements de Suède, des Pays Bas et d’Irlande, comme d’Amnesty International, de l’Union Américaine des Libertés Civiles et de la Fédération Internationale des Droits de l’Homme ou « de centaines de partis politiques, de syndicats et de mouvements sociaux autour du globe ».

Une autre victoire de premier plan a été remportée en mars de cette année lorsque le Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU a voté la création d’une base de données des corporations israéliennes et internationales qui sont complices et qui tirent profit de l’occupation israélienne – une évolution qui vise même de futurs intérêts économiques complices des nombreuses et continuelles violations par Israël du droit international.

Cette dernière mobilisation syndicale coordonnée à Bruxelles en soutien au peuple palestinien va certainement exercer encore plus de pression sur les gouvernements européens pour qu’ils répondent à leur devoir moral et légal et mettent fin à l’occupation israélienne illégale et au déni des droits des Palestiniens.

Lors de cette conférence de Bruxelles, un appel a été rédigé et envoyé à d’autres syndicats pour qu’ils s’engagent – si votre syndicat est intéressé à s’affilier à la campagne, veuillez contacter les organisateurs.

Voici la liste des syndicats déjà affiliés au réseau :

The Irish Congress of Trade Unions (ICTU), Fagforbundet (Norway), Union Syndicale Solidaires (France), La Centrale Générale-FGTB (Belgium), ACV/CSC Brussels (Belgium), UNISON (UK), The Norwegian Trade Union Federation LO in Trondheim, (Norway) Unison N. Ireland Region (Ireland), Derry Trades Union Council (Ireland), Belfast&District Trades Union Council (Ireland), Workmates – trade union section of Norwegian Palestine Committee (Norway), Trade Union Friends of Palestine (Ireland), Communications Workers Union (Ireland), Confederacion Intersindical Galega (Spain), Mandate Trade Union (Ireland), ELA – Basque Workers Solidarity (Euskadi), IRW-CGSP (Belgium), LBC-NVK (Belgium), Palestinawerkgroep-FNV (The Netherlands), CNE (Belgium), IAC (Spain), Civil Public and Services Union – CPSU (Ireland), Intersindical Valenciana (Spain), Irish National Teachers’ Organisation – Branches: Derry City, Newry, Dungannon, Armagh, Belfast West (Ireland), The Palestine Committee of Norway, Union section (Union of railway workers), IMPACT (Ireland), CGT France – 66, The Northern Ireland Public Service Alliance (NIPSA).

Eddie Whyte – représentant du syndicat norvégien des employés municipaux et autres (NUMGE) (Fagforbundet)

Traduction SF pour BDS France




Lettre au rédacteur en chef du New York Review of Books : L’arbre qui cache la forêt

Lettre au rédacteur en chef du New York Review of Books    (10 novembre, 2016)

Une déclaration récemment publiée dans le New York Review of Books appelle à « un boycott économique et une non-reconnaissance politique des colonies israéliennes dans les territoires occupés » (Lettres, 13 octobre).

Nous saluons la façon dont la déclaration brise le tabou qui frappe le boycott des institutions israéliennes complices – au moins partiellement – des violations des droits humains des Palestiniens.

Défiant néanmoins le sens commun, la déclaration appelle à boycotter les colonies en laissant Israël, l’État qui a illégalement construit et entretenu ces colonies depuis des décennies, en dehors du coup.

De plus, les banques israéliennes non implantées dans les colonies mais qui financent leur construction ne devraient-elles pas être ciblées elles aussi ? C’est ce qu’ont fait l’Église Méthodiste Unie et l’important Fond de pension néerlandais PGGM.

En omettant les autres violations graves du droit international perpétrées par Israël, la déclaration ne satisfait pas au test de cohérence morale. Les réfugiés palestiniens, qui représentent la majorité des Palestiniens, n’ont-ils pas droit au respect des droits qui leur sont stipulés par l’ONU ? Les citoyens palestiniens d’Israël ne devraient-ils pas jouir de l’égalité des droits, par le rejet des dizaines de lois israéliennes qui les soumettent à la discrimination raciale ?

La société civile palestinienne a appelé au Boycott, au Désinvestissement et aux sanctions (BDS) contre toutes les entités, israéliennes ou internationales, qui se font complices de la négation des droits des Palestiniens où qu’ils soient. Comme l’a montré le boycott de l’apartheid sud africain, c’est le moyen non-violent le plus efficace pour atteindre la liberté, la justice et l’égalité pour tous.

  1. Nadia Abu El-Haj, Co-director, Center for Palestine Studies, Columbia University, New York, USA
  2. Mamdouh Aker, MD, Commissioner, Palestinian Independent Commission for Human Rights, Ramallah, Palestine
  3. Chandler Davis, Professor of Mathematics, University of Toronto, Toronto, Canada
  4. Angela Y. Davis, Distinguished Professor Emerita, History of Consciousness and Feminist Studies, University of California, Santa Cruz, California, USA
  5. Laurence Dreyfus FBA, Professor Emeritus of Music, University of Oxford, Oxford, UK
  6. Farid Esack, Chair, Dept. of Religion Studies, University of Johannesburg, Johannesburg, South Africa
  7. Richard Falk, Professor of International Law, Emeritus, Princeton, Santa Barbara, USA
  8. Ronnie Kasrils, Former Minister of Intelligence, Johannesburg, South Africa
  9. Robin D. G. Kelley, Gary B. Nash Professor of American History, UCLA, Los Angeles, CA, USA
  10. Rashid Khalidi, Edward Said Professor of Modern Arab Studies, Columbia University, New York, USA
  11. Malcolm Levitt FRS, School of Chemistry, University of Southampton, Southampton, UK
  12. Miriam Margolyes, Actress, O.B.E., London, UK
  13. John Pilger, Journalist and filmmaker, London, UK
  14. Barbara Ransby, Distinguished Professor of Liberal Arts and Sciences, University of Illinois at Chicago, Chicago, USA
  15. Alice Rothchild, MD, Retired Assistant Professor of Obstetrics, Gynecology and Reproductive Biology, Faculty of Medicine, Harvard University, Seattle, USA
  16. Sarah Schulman, Distinguished Professor, City University of New York, New York, USA
  17. Joan W. Scott, Professor Emerita, Institute for Advanced Study, Princeton, USA
  18. Peter H. S. Sporn, MD, Professor of Medicine, Northwestern University, Chicago, USA
  19. Rebecca Vilkomerson, Executive Director, Jewish Voice for Peace, New York, USA
  20. Alice Walker, Writer, Berkeley, CA, USA
  21. Roger Waters, Musician, New York, USA

et cent quatre autres signataires

Les affiliations institutionnelles sont mentionnées à des fins d’identification seulement

Traduction SF pour l’AURDIP

Source: AURDIP


Liste complète des signataires (11 octobre 2016)

  1. Ahmed Abbes, Directeur de Recherche au CNRS, Paris, France
  2. Ramy Abu Abdu, Al-Aqsa University, Gaza, Palestine
  3. Nadia Abu El-Haj, Co-director, Center for Palestine Studies, Columbia University, New York, USA
  4. Assad Abu Sharkh, Al-Azhar University, Gaza, Palestine
  5. Lila Abu-Lughod, Columbia University, New York, USA
  6. Ali Abunimah, Author and journalist, Chicago, USA
  7. Mamdouh Aker, MD, Commissioner, Palestinian Independent Commission for Human Rights, Ramallah, Palestine
  8. Huwaida Arraf, Civil rights attorney, Detroit, USA
  9. Sion Assidon, Human rights activist, BDS Morocco, Casablanca, Morocco
  10. Fouad Ayyad, Al-Aqsa University, Gaza, Palestine
  11. Omar Barghouti, Human rights defender, BDS movement, Acre, Palestine/Israel
  12. Riham Barghouti, Co-founder, Adalah-NY, New York, USA
  13. Nasser Barghouti, Board Member, American-Arab Anti-Discrimination Committee-San Diego, San Diego, USA
  14. Ronnie Barkan, Human rights activist, Boycott from Within, Tel Aviv, Israel-Palestine
  15. Hatem Bazian, University of California, Berkeley, Berkeley, CA, USA
  16. Sherna Berger Gluck, Emerita faculty, California State University, Long Beach, Long Beach, USA
  17. Samia Botmeh, Birzeit University, Ramallah, Palestine
  18. Robert Boyce, London School of Economics and Political Science, London, UK
  19. Jean Bricmont, Professeur de physique à Université de Louvain, Louvain La Neuve, Belgium
  20. Victoria Brittain, Author and playwright, London, UK
  21. Diana Buttu, Lawyer, Nazareth, Palestine/Israel
  22. Partha Chatterjee, Professor of Anthropology, Columbia University, New York, USA
  23. Elliott Colla, Dept. of Arabic and Islamic Studies, Georgetown University, Washington, DC, USA
  24. Lawrence Davidson, Professor Emeritus of History, West Chester University, West Chester, PA, USA
  25. Chandler Davis, Professor of Mathematics, University of Toronto, Toronto, Canada
  26. Angela Y. Davis, Distinguished Professor Emerita, History of Consciousness and Feminist Studies, University of California, Santa Cruz, California, USA
  27. Colin Dayan, Professor of English & Professor of Law, Vanderbilt University, Nashville, USA
  28. Herman De Ley, Emeritus Professor, Ghent University, Nevele, Belgium
  29. Mary Ann De Vlieg, Independent evaluator and consultant, Venice, Italy
  30. Raymond Deane, Composer and author, Dublin, Ireland
  31. James Dickins, University of Leeds, Leeds, United Kingdom
  32. Laurence Dreyfus FBA, Professor Emeritus of Music, University of Oxford, Oxford, UK
  33. Nasser Eid, Al-Aqsa University, Gaza, Palestine
  34. Haidar Eid, Professor of Literature, Al-Aqsa University, Gaza, Palestine
  35. Farid Esack, Chair, Dept. of Religion Studies, University of Johannesburg, Johannesburg, South Africa
  36. Richard Falk, Professor of International Law, Emeritus, Princeton, Santa Barbara, USA
  37. Margaret Ferguson, Distinguished Professor of English, University of California, Davis, Davis, US
  38. Bill Fletcher, Jr., Writer, talk show host, Maryland, USA
  39. Naomi Foyle, University of Chichester, Brighton, UK
  40. Cynthia Franklin, University of Hawai’i, Manoa, Manoa, USA
  41. Irene Gendzier, Prof Emeritus, Boston University, Boston, USA
  42. Jess Ghannam, Clinical Professor of Psychiatry, University of California San Francisco, San Francisco, CA, USA
  43. Terri Ginsberg, Assistant Professor & Director of Film, The American University in Cairo, Cairo, Egypt
  44. Neta Golan, Co-founder and activist, International Solidarity Movement, Nablus, Palestine
  45. Kevin A. Gould, Concordia University, Montreal, Quebec, Canada
  46. Dorothy Griffiths OBE FCGI FRSA, Imperial College London, London, UK
  47. Andrew Paul Gutierrez, University of California Berkeley, Berkeley, CA, USA
  48. Marwan Hamdan, Al-Azhar University, Gaza, Palestine
  49. Michael Harris, Professor of Mathematics, Columbia University, New York, USA
  50. Salah Hassan, Michigan State University, Lansing, US
  51. Kamel Hawwash, University of Birmingham, Birmingham, UK
  52. Nasser Hejazi, Al-Quds Open University, Gaza, Palestine
  53. Nadia Hijab, Author and human rights advocate, London, UK
  54. Patricia Penn Hilden, Professor Emeritus, University of California, Berkeley, Berkeley, US
  55. Ray Jureidini, Professor, Doha, Qatar
  56. Andrew Kadi, Steering Committee Member, US Campaign to End the Israeli Occupation, Washington, DC, USA
  57. Remi Kanazi, Poet, New York, USA
  58. Ronnie Kasrils, Former Minister of Intelligence, Johannesburg, South Africa
  59. J. Kehaulani Kauanui, Wesleyan University, Middletown, CT, USA
  60. Robin D. G. Kelley, Gary B. Nash Professor of American History, UCLA, Los Angeles, CA, USA
  61. Assaf Kfoury, Boston University, Boston, USA
  62. Rashid Khalidi, Edward Said Professor of Modern Arab Studies, Columbia University, New York, USA
  63. Suhail Khoury, Director, Edward Said National Conservatory of Music, Jerusalem, Palestine
  64. David Klein, Professor of Mathematics, California State University, Northridge, Northridge, US
  65. David Landy, Trinity College Dublin, Dublin, Ireland
  66. Michael Letwin, Co-Convener, Labor for Palestine ; Former President, Association of Legal Aid Attorneys/UAW 2325, NYC, USA
  67. Les Levidow, Open University, London, UK
  68. Malcolm Levitt FRS, School of Chemistry, University of Southampton, Southampton, England
  69. David Lloyd, Distinguished Professor of English, University of California, Riverside, Riverside, US
  70. Yosefa Loshitzky, SOAS, University of London, London, UK
  71. Anna Majavu, PhD Candidate, University of Auckland, Auckland, New Zealand
  72. Rayaz A. Malik, Professor of Medicine, Weill Cornell Medical College, Doha, Qatar
  73. Mike Marais, Rhodes University, Grahamstown, South Africa
  74. Miriam Margolyes, O.B.E., Actress, London, UK
  75. Rania Masri, Associate Director, Asfari Institute, American University Beirut, Beirut, Lebanon
  76. Mazen Masri, Senior Lecturer in Law, City, University of London, London, UK
  77. Omar M. Masri, Managing Director, EDGO, Amman, Jordan
  78. William Messing, Professor of Mathematics, University of Minnesota, Minneapolis, MN, USA
  79. Alan Meyers, Professor of Pediatrics, Boston University School of Medicine, Boston, USA
  80. Michel Mietton, Professeur émérite, Université Lyon 3 – Jean Moulin, Lyon, France
  81. Fred Moten, University of California, Riverside, Riverside, CA, USA
  82. Bill V. Mullen, Professor of American Studies, Purdue University, West Lafayette, US
  83. Dorit Naaman, Alliance Atlantis Professor of Film and Media, Queen’s University, Kingston, Canada
  84. Karma Nabulsi, Oxford University, Oxford, UK
  85. Rima Najjar, Professor (retired), Al-Quds University, Abu Dis, Palestine
  86. Mica Nava, Emeritus Professor of Cultural Studies, University of East London, London, UK
  87. Josiane Olf-Nathan, Ingénieur d’Etudes (retired), Université de Strasbourg, Strasbourg, France
  88. Dina Omar, PhD Candidate, Yale University, New Haven, CT, USA
  89. Ayyoub Othman, Al-Azhar University, Gaza, Palestine
  90. David Palumbo-Liu, Louise Hewlett Nixon Professor, Stanford, Stanford, USA
  91. David Pegg, Professor of Biology, University of York, York, UK
  92. John Pilger, Journalist and filmmaker, London, UK
  93. Sami Ramadani, London Metropolitan University, London, UK
  94. Barbara Ransby, Distinguished Professor of Liberal Arts and Sciences, University of Illinois at Chicago, Chicago, USA
  95. Marwan Rashed, Université Paris-Sorbonne, Paris, France
  96. Roshdi Rashed, Directeur de recherche émérite au CNRS, Professeur honoraire à l’Université de Tokyo, Paris, France
  97. Timothy Reiss, Professor Emeritus, New York University, Berkeley, US
  98. John Reynolds, National University of Ireland, Maynooth, Ireland
  99. Nick Riemer, University of Sydney, Sydney, Australia
  100. Bruce Robbins, Old Dominion Professor in the Humanities, Columbia University, New York, US
  101. Steven Rose, Emeritus Professor of Neuroscience, The Open University, London, UK
  102. Jonathan Rosenhead, Emeritus Professor, London School of Economics, London, UK
  103. Bob Ross, Point Park University, Pittsburgh, USA
  104. Alice Rothchild, MD, Retired Assistant Professor of Obstetrics, Gynecology and Reproductive Biology, Faculty of Medicine, Harvard University, Seattle, USA
  105. Josh Ruebner, Policy Director, US Campaign to End the Israeli Occupation, Washington, DC, USA
  106. Samah Sabawi, Author and playwright, Melbourne, Australia
  107. Steven Salaita, Edward W. Said Chair, American University Beirut, Beirut, Lebanon
  108. C. Heike Schotten, University of Massachusetts, Boston, Boston, US
  109. Malini Schueller, University of Florida, Gainesville, USA
  110. Sarah Schulman, Distinguished Professor, City University of New York, New York, USA
  111. Joan W. Scott, Professor Emerita, Institute for Advanced Study, Princeton, USA
  112. Richard Seaford, University of Exeter, Exeter, UK
  113. Sid Shniad, Member, National Steering Committee, Independent Jewish Voices Canada, Vancouver, Canada
  114. David Simpson, Distinguished Professor of English, University of California, Davis, Davis, USA
  115. Kobi Snitz, Weizmann Institute of Science, Rehovot, Israel
  116. Ahdaf Soueif, Writer, Cairo, Egypt
  117. Peter H. S. Sporn, MD, Professor of Medicine, Northwestern University, Chicago, USA
  118. Lina Suleiman, Royal Institute of Technology KTH, Stockholm, Sweden
  119. Salim Vally, Director, Center for Education Rights and Transformation, University of Johannesburg, Johannesburg, South Africa
  120. Rebecca Vilkomerson, Executive Director, Jewish Voice for Peace, New York, USA
  121. Alice Walker, Writer, Berkeley, CA, USA
  122. Roger Waters, Musician, New York, USA
  123. Craig Willse, George Mason University, Washington, DC, US
  124. Hatem Zaag, Directeur de recherche au CNRS, Université Paris 13, Paris, France
  125. Haifa Zangana, Author and UN-ESCWA Adviser, London, UK

Institutional affiliations for purposes of identification only




Boycotter « l’occupation » ne suffit pas

Par Ali Abunimah

21.10.2016 – Plus tôt ce mois-ci, The New York Review of Books a publié un appel pour « un boycott ciblé de tous les biens et services en provenance de toutes les colonies israéliennes dans les territoires occupés, ainsi que tous les investissements qui font la promotion de l’occupation, jusqu’à ce qu’un accord de paix soit négocié entre le gouvernement israélien et l’Autorité palestinienne. »

Cet appel, signé par Peter Beinart, Todd Gitlin, Michael Walzer et plus de 70 autres écrivains et sommités sionistes libéraux, déclare que ce qu’on nomme la Ligne verte – la ligne d’armistice de 1949 qui sépare la Cisjordanie occupée de l’Israël actuel – « doit être le point de départ des négociations entre les parties israélienne et palestinienne sur les futures frontières entre deux Etats. »


Coopter BDS

C’est précisément contre ce genre de tentative de cooptation du succès du mouvement de boycott, désinvestissement et sanctions (BDS) que le professeur de l’université de Colombia Joseph Massad met en garde dans son article de 2014 pour The Electronic Intifada : les sionistes libéraux visent à redéfinir et à réorienter la force et les initiatives du mouvement pour préserver, au lieu de contrer, Israël en tant qu’Etat raciste, d’apartheid et colonial.

Massad avertit que le BDS pourrait se transformer en quelque chose d’ « intouchable par les responsables européens et américains et les universitaires et militants libéraux – qui ont compris que son but ultime est non seulement de refuser de garantir la survie d’Israël en tant qu’Etat raciste, mais qui vise aussi spécifiquement à démanteler toutes ses structures racistes – en quelque chose de plus en plus sûr à adopter par la plupart d’entre eux, car il peut maintenant être utilisé pour assurer la survie d’Israël. »

Les Palestiniens doivent insister, écrit Massad, auprès de leurs soutiens pour qu’ils adoptent le BDS avec un engagement explicite à ses objectifs « pour mettre un terme au racisme d’Israël et au colonialisme sous toutes ses formes à l’intérieur et à l’extérieur des frontières de 1948 » – l’ensemble de l’Israël actuel, la Cisjordanie occupée et la Bande de Gaza.

Ouverture

Dans le numéro en cours de The New York Review of Books, plus de 100 militants , universitaires et artistes de Palestine et du monde entier – dont Omar Barghouti, co-fondateur du mouvement BDS, la militante et universitaire Angela Davis, l’historien Joan Scott, Roger Waters de Pink Floyd, l’écrivain Alice Walker et le combattant sud-africain pour la liberté Ronnie Kasrils – ont répondu.

La nouvelle lettre, dont je suis l’un des signataires, dit qu’appeler seulement « au boycott des colonies tout en laissant Israël, l’Etat qui les construit illégalement et les entretient depuis des décennies en tout impunité » défie « le bon sens ».

« En passant sous silence d’autres violations graves du droit international par Israël, la déclaration échoue au test de cohérence morale, » ajoute la lettre. « Les réfugiés palestiniens, qui constituent la majorité des Palestiniens, n’ont-ils pas droit à leurs droits prévus par l’ONU ? Les citoyens palestiniens d’Israël ne doivent-ils pas jouir de droits égaux en abrogeant les dizaines de lois israéliennes qui pratiquent la discrimination raciale contre eux ? »

Elle souligne que l’appel palestinien pour le BDS vise « toutes les entités, israéliennes et internationales, qui sont complices du déni des droits des Palestiniens où qu’ils se trouvent. »

Comme The Nation et The London Review of Books, The New York Review of Books a rarement ouvert ses pages aux écrivains palestiniens, et est un bastion de l’orthodoxie sioniste libérale.

Donc, dans ce sens, sa publication de la lettre représente une petite ouverture dans le mur de l’exclusion.

Source : The Electronic Intifada

Traduction : MR pour ISM : http://www.ism-france.org/analyses/Boycotter-l-occupation-ne-suffit-pas-article-20118

 




Israël impose une interdiction de voyager au cofondateur de BDS et intensifie la répression anti-BDS

Israël a refusé officiellement de renouveler le document de voyage d’Omar Barghouti, cofondateur du mouvement de Boycott, Désinvestissement et Sanctions (BDS), ce qui revient à une interdiction de voyager et constitue en même temps une escalade dans les attaques contre les défenseurs non violents des droits humanitaires palestiniens.

Barghouti, qui vit avec sa famille à Acre, est résident permanent d’Israël et a besoin d’un document de voyage israélien pour se déplacer en Palestine/Israël et à l’étranger. Sa réaction immédiate a été: « Je suis irrité mais ne me laisserai certainement pas intimider par ces menaces. Rien ne m’empêchera de lutter pour la liberté de mon peuple, ni pour la justice et pour la paix. »

La décision d’Israël de ne pas renouveler le document de voyage en vertu de prétextes bureaucratiques sans fondement est perçue par les spécialistes des droits de l’homme comme une première étape vers un retrait du statut de résidence permanence à Barghouti.

Le ministre israélien de l’Intérieur Aryeh Deri avait déjà émis des menaces à ce propos lors d’une récente conférence anti-BDS à Jérusalem, quand il avait révélé qu’il avait l’intention d’abonder dans le sens d’une requête que lui avait remise un membre d’extrême droite de la Knesset concernant la révocation du statut de résident permanent de Barghouti.

L’interdiction de voyager fait suite à des incitations à peine voilées à la violence physique contre Barghouti et les militants BDS proférées par les ministres israéliens des Renseignements, Yisrael Katz, et des Affaires stratégiques, Gilan Erdan. Katz avait appelé Israël à s’engager dans des « éliminations civiles ciblées » de responsables BDS et Erdan avait décrit les militants et responsables BDS comme des menaces et avait demandé qu’on leur fasse « payer le prix » de leur travail, expliquant ensuite qu’il n’entendait pas par-là le recours à la « violence physique ». Défendant des « campagnes en vue de réclamer des comptes à Israël pour ses violations des droits de l’homme et autres lois internationales », Amnesty International a exprimé ses inquiétudes à propos de « la sécurité et la liberté du défenseur des droits humanitaires palestiniens Omar Barghouti », suite à ces menaces, « parmi lesquelles la violence physique et la privation des droits fondamentaux ».

En tant qu’important militant du mouvement BDS, Barghouti voyage régulièrement à l’étranger afin d’accroître la conscientisation concernant les violations par Israël des droits humanitaires palestiniens et de plaider en faveur de BDS en tant que stratégie efficace pour mettre un terme à l’occupation et l’apartheid israéliens. Enraciné dans un long héritage de résistance populaire palestinienne, BDS s’inspire également du mouvement de boycott mondial qui a contribué à mettre un terme au régime d’apartheid en Afrique du Sud, ainsi que du mouvement américain en faveur des droits civiques.

Le Conseil palestinien des organisations des droits de l’homme a récemment affirmé « le droit de tous les individus à participer et à encourager les actions de boycott, désinvestissement et sanctions », appelant les États et les entreprises à « assumer leurs responsabilités juridiques en ce sens ».

Mahmoud Nawajaa, le coordinateur général du Comital national palestinien BDS (BNC), la plus importante coalition de la société civile palestinienne, qui dirige le mouvement BDS mondial, a déclaré :

« Du fait qu’il n’est pas parvenu à faire cesser la croissance de BDS dans la vie de tous les jours, Israël se lance désormais dans une guerre mondiale désespérée et dangereuse de répression contre le mouvement. Après avoir perdu de nombreuses batailles en vue de conquérir les coeurs et les esprits au niveau de la base, Israël et ses groupes de lobbying bien aguerris exercent des pressions sur les États occidentaux pour qu’ils appliquent des mesures ouvertement antidémocratiques menaçant les libertés civiques dans le sens large du terme. »

« En interdisant à notre collègue Omar Barghouti de voyager et en le menaçant de violence physique, Israël montre bien jusqu’où il désire aller pour faire cesser l’extension du mouvement non violent BDS en faveur de la liberté, la justice et l’égalité des Palestiniens. »

De la même manière qu’en son temps, l’Afrique du Sud avait été soumise à des pressions, le mouvement international BDS entend mettre la pression sur Israël afin qu’il observe les lois internationales. Il s’est attiré le soutien d’importants syndicats, églises et partis politiques dans le monde entier et a forcé de grosses sociétés, dont Veolia et Orange, à mettre un terme à leur complicité dans les violations des droits de l’homme par Israël.

Des artistes de premier plan, dont Lauryn Hill et Roger Waters, ont refusé de se produire à Tel-Aviv ; plusieurs associations académiques des États-Unis et des milliers d’universitaires d’Europe, d’Afrique du Sud, d’Amérique du Nord et d’Amérique centrale ont souscrit à un boycott total des universités israéliennes. Les auteurs d’un récent rapport de l’ONU ont affirmé que les investissements étrangers directs en Israël avaient diminué de 46 % en 2014 et que la chose était en partie due à l’impact de BDS.

À la demande d’Israël, les gouvernements du Royaume-Uni, de la France, du Canada et certaines législatures d’Etat aux États-Unis introduisent des législations anti-BDS et prennent d’autres mesures antidémocratiques afin de réprimer le militantisme BDS. En France, une militante a même été arrêtée parce qu’elle portait un T-shirt arborant les lettres BDS.

Israël utilise également ses services de sécurité pour espionner les militants BDS dans le monde entier, comme l’ont rapporté à plusieurs reprises les médias israéliens et Associated Press. Cet espionnage est susceptible d’impliquer la surveillance des communications de citoyens et ce, en violation des lois nationales.

Le journaliste et juriste constitutionnel Glenn Greenwald, connu pour avoir divulgé l’histoire de la surveillance par la NSA, a décrit cette série bien orchestrée de mesures draconiennes contre le mouvement BDS comme « la pire menace contre la liberté d’expression en Occident ».

Mahmoud Nawajaa d’ajouter :

« Les gouvernements occidentaux qui répriment le militantisme BDS dans leurs propres pays donnent à Israël le feu vert pour poursuivre impunément ses violations des lois internationales. Nous demandons instamment aux gouvernements, parlements et organisations des droits de l’homme d’emboîter le pas à Amnesty International et de sauvegarder leurs droits en tant que défenseurs des droits de l’homme confrontés à des menaces. »

Source: bdsmovment.net




L’apartheid n’est pas qu’une métaphore

Ashley Davidson
8 Décembre 2015

Centrée sur la complicité des universités israéliennes dans le maintien de l’occupation de la Palestine et sur la répression de la liberté académique et politique des Palestiniens, une nouvelle collection d’essais, Contre l’Apartheid : le bien-fondé du boycott des universités israéliennes, publiée par Ashley Dawson et Bill V. Mullen, explique pourquoi des professeurs et des étudiants à travers le monde devraient rompre leurs liens avec les institutions israéliennes.

La présentation d’Ashley Davidson, qui suit, est l’une de celles qui ont inauguré la sortie du livre à New York.

alt
Palestiniens faisant la queue avant l’aube pour passer un checkpoint à Bethléem

JE SUIS NÉE en 1965 en Afrique du Sud aux temps les plus sombres de l’apartheid, quand la plupart des opposants politiques étaient en prison ou en exil et alors que le mouvement démocratique de masse n’avait pas encore pris forme. J’ai passé une bonne partie de ma carrière de professeur à réfléchir au colonialisme, à l’impérialisme et à l’apartheid, de manière à faire le lien avec cette histoire et à lui donner un sens au présent.

D’un point de vue personnel, il m’importe grandement de comprendre l’histoire de l’apartheid et d’en combattre les manifestations contemporaines, mais je pense que cela devrait nous concerner tous fortement. Dans cet exposé, je vais essayer d’expliquer pourquoi nous devrions tous nous rallier à cette lutte.

L’apartheid n’est pas qu’une métaphore dont faire un usage vague. Le terme renvoie à un ensemble spécifique de politiques. À cet égard, je veux dire d’emblée que nous devrions tous être clairs : Israël n’est pas exactement semblable à l’Afrique du Sud. En utilisant le terme d’apartheid je ne prétends pas suggérer que les deux sociétés sont exactement les mêmes.

En fait, si vous connaissez un peu l’histoire de l’apartheid en Afrique du Sud, vous savez qu’il y a eu une évolution. Avant 1948, lorsque les Britanniques avaient encore le contrôle de l’Afrique du Sud, il existait un ensemble de politiques relativement souples et même quelques lois qui imposaient des formes de ségrégation et d’oppression sur la majorité de la population. Ce ne fut toutefois qu’avec l’élection du Parti National en 1948, que l’apartheid fut mis en place par la formalisation d’un système juridique totalisant – ce que nous considérons maintenant comme caractérisant l’Afrique du Sud raciste.

L’apartheid sud-africain fut constitué progressivement, puis sous la pression du mouvement démocratique de masse des années 1980, quelques aspects particuliers de cette politique furent supprimés. Par exemple, au milieu des années 1980, le régime accorda le droit aux Asiatiques du Sud et aux dits « métis » d’être représentés au Parlement. Et bien sûr, la majorité noire du pays était supposée être souveraine dans ses « homelands ou patries ».

Un des principaux éléments de la campagne contre l’apartheid en Afrique du Sud, – une campagne de boycott, désinvestissement, sanctions – fut un défi à l’oppression matérielle sur le terrain aussi bien qu’à la légitimité idéologique du gouvernement sud-africain, en particulier à l’idée que le régime accordait une représentation significative et une souveraineté à la majorité non blanche. C’est précisément une telle campagne de démythification que nous avons besoin de mobiliser autour d’Israël qui se vante d’être un parangon de démocratie dans une région troublée.


QU’EST CE DONC que l’apartheid ? Une brève définition juridique serait sans doute utile : l’apartheid est constitué d’actes inhumains perpétrés dans le but d’établir et de maintenir la domination d’un groupe racial de personnes sur tout autre groupe racial de personnes et d’exercer sur lui une oppression systématique. Cette définition, sur laquelle repose notre usage du terme dans notre livre, est issue de deux traités internationaux : la Convention Internationale sur la Suppression et la Punition du Crime d’Apartheid (1973) et le Statut de Rome de la Cour Pénale Internationale (1998).

Ces traités internationaux et leurs interdictions de l’apartheid n’ont pas simplement le statut de droit coutumier international. Ce sont des règles préventives du droit international – connu comme la norme Jus cogens. Ce statut implique que d’autres États et des organisations internationales sont obligés de coopérer afin de mettre fin à des entraves sérieuses à ces normes. Ainsi, si Israël est de fait un État d’apartheid, alors les organisations internationales et les États sont dans l’obligation de mettre fin à cet apartheid. Et il en va de même pour les individus que nous sommes tous. C’est pourquoi ce terme est tellement important.

Comme le dit Omar Barghouti, « la signification pour la lutte palestinienne pour l’autodétermination du fait que le droit international considère l’apartheid comme un crime contre l’humanité – ce qui, par suite, entraîne des sanctions similaires en nature et en ampleur à celles qui ont été imposées à l’Afrique du Sud de l’apartheid – ne peut être exagérée.

Il y a certes beaucoup de différences entre l’Afrique du Sud et Israël. Les différences démographiques sont majeures : dans l’Afrique du Sud de l’apartheid, il existait une minorité blanche qui aspirait à maintenir sa domination sur une majorité noire, alors qu’en Israël la population en majorité juive est engagée dans un traitement discriminatoire d’une minorité de Palestiniens au sein-même d’Israël, et dans un traitement discriminatoire et une occupation militaire des Palestiniens dans les territoires occupés. Et Israël n’a pas d’équivalent direct des lois toxiques de « l’apartheid mineur » telle la Loi sur la Séparation des Équipements Publics qui a instauré des toilettes, des plages et des fontaines ségrégées racialement en Afrique du Sud.

Mais il y a des ressemblances très importantes, des ressemblances structurelles qui nous autorisent à parler d’apartheid dans les deux sociétés. Je vais détailler ici trois éléments-clé, d’abord en Afrique du Sud puis en Israël.

En Afrique du Sud, le régime d’apartheid était soutenu par trois ensembles-clé de lois.

Le premier a divisé la population du pays en groupes raciaux distincts et a assuré des droits supérieurs, des privilèges et des services aux blancs. Parmi ces lois racialistes se trouvait la Loi de Classification de la Population de 1950, qui exigeait des gens de couleur d’avoir sur eux des laissez-passer ; la Loi sur l’Éducation Bantoue de 1953 ; et la Loi sur la Séparation des Équipements Publics de 1953. Ces lois ont institutionnalisé des hiérarchies raciales informelles qui avaient prévalu pendant l’ère pré-apartheid, créant des divisions légales rigides entre groupes raciaux tels que blancs, « métis », Indiens et Noirs.

La deuxième clé de voûte de l’apartheid sud-africain fut une série de lois qui ont marqué une ségrégation dans la population selon des zones géographiques distinctes attribuées à différents groupes raciaux. La ségrégation imposée par la Loi d’Habitation Séparée de 1950 fut ensuite renforcée par une série de lois sur les laissez-passer tel l’Amendement sur les Lois concernant les Natifs de 1952 qui a restreint le droit de passage des Noirs et d’autres groupes racialisés dans les villes et d’autres parties du pays allouées aux blancs.

Ces mesures de ségrégation ont été développées dans ce que les architectes appellent le « grand apartheid ». C’est au moyen de cette politique que le gouvernement sud-africain put créer une série de « homelands », connus également sous le nom de « bantoustans », dans lesquels des Sud-africains noirs furent transférés et assignés à résidence. Cela se situe sur une petite part de la terre sud-africaine, généralement la plus pauvre. Le régime a prétendu que la majorité de la population du pays était souveraine sur ces soi-disant patries.

Le troisième élément-clé de l’apartheid sud-africain était une matrice de lois sécuritaires qui ont légalisé la détention administrative infinie, la torture, le bannissement et l’assassinat d’opposants au régime d’apartheid.


PARLONS MAINTENANT d’Israël où a été institué un ensemble de dispositions législatives parallèle à celui de l’Afrique du Sud. Le premier élément-clé de l’apartheid israélien réside dans une série de lois et de politiques qui établissent une distinction entre les Juifs et les non-Juifs et garantissent un statut juridique préférentiel et des bénéfices matériels aux premiers.

La « loi du retour » israélienne, codifiée en 1950, définit qui est juif d’un point de vue juridique et permet à tout Juif de la diaspora mondiale d’immigrer en Israël. La loi de Citoyenneté de 1952 a conséquemment octroyé automatiquement la citoyenneté à tous les immigrants en Israël sous l’égide de la « loi du retour, tout en établissant en même temps des obstacles insurmontables à l’accès à la citoyenneté des réfugiés palestiniens. Ce statut spécial conféré à l’identité juive a ensuite été appliqué de façon extraterritoriale dans les territoires occupés, étendant ainsi un statut juridique préférentiel et des bénéfices matériels aux colons juifs.

La deuxième clé de voûte de l’apartheid israélien consiste en politiques conçues pour fragmenter les territoires palestiniens occupés, de manière à faciliter la ségrégation et la domination – une occupation et une domination géographiques.

Il y a là une longue histoire : le Plan Sharon-Wachman a été rédigé en 1978 alors qu’Ariel Sharon était à la tête du comité ministériel pour les colonies ; ce plan annonçait l’installation de 100 colonies israéliennes construites en matériaux industrialisés sur des crêtes de montagne en Cisjordanie, organisées en blocs concentrés reliés entre eux par un ensemble d’autoroutes est-ouest.

Les Palestiniens dans les territoires occupés – des décennies plus tard et du fait de ces politiques – vivent dans un archipel d’enclaves assiégées et non contiguës, qui équivalent pour l’essentiel à de micro-bantoustans destinés à cacher la domination d’Israël sur les territoires occupés, tout comme le régime blanc espérait que la politique du Grand Apartheid cacherait le dépeçage de l’autodétermination qu’il imposait à la population noire du pays.

Le troisième et dernier élément-clé de l’apartheid israélien est une matrice de lois « de sécurité » et de politiques d’État. Elles incluent le meurtre extrajudiciaire, la torture, des traitements cruels, inhumains ou dégradants, l’arrestation arbitraire et l’emprisonnement des Palestiniens. Les conditions de vie dans les territoires occupés, avec le système des checkpoints, des routes ségrégées racialement et des colonies permanentes sont en complète contradiction avec le droit international.

En 2010, le rapporteur spécial de l’ONU sur l’indépendance des avocats et des juges a établi que les conditions juridiques du système de justice militaire – la justice est rendue par des tribunaux militaires dans les territoires palestiniens occupés – n’est pas conforme aux normes internationales et que « l’exercice de la justice par un tribunal militaire sur des populations civiles n’accomplissant pas des tâches militaires est en principe incompatible avec une administration de la justice équitable, impartiale et indépendante ». Ce système militaire est en place depuis des décennies.

J’espère que cela vous donne une idée de la raison pour laquelle nous employons le terme « apartheid » dans notre livre et pourquoi nous y voyons un motif-clé de nous engager dans la campagne BDS.

Je veux terminer en mentionnant très rapidement la question des universités et la raison pour laquelle nous devrions boycotter les universités israéliennes. Dans le système d’apartheid en Afrique du Sud, les universités étaient une clef essentielle au maintien de l’apartheid d’un point de vue matériel : elles aidaient à renforcer la puissance des Forces de Défense qui ont pu dominer militairement le mouvement démocratique de masse ; elles avaient aussi un rôle clef en donnant une légitimité idéologique au régime, en fournissant des idées telles que celle de la politique des homelands.

On peut dire quelque chose de très semblable à propos des universités israéliennes. Nombre d’entre elles ont des liens très forts avec le pouvoir militaire. De même, sinon davantage, beaucoup d’universités israéliennes et bon nombre d’universitaires israéliens jouent des rôles-clef en apportant un soutien intellectuel à l’État israélien et aux efforts qu’il fait. C’est pourquoi il est particulièrement important de comprendre que nous visons des institutions directement liées à l’État d’Israël, que nous pouvons légitimement, comme je l’ai montré, étiqueter État d’apartheid.

 

Traduction SF pour l’AURDIP
Source : http://www.aurdip.fr/l-apartheid-n-est-pas-qu-une.html




BNC : Questions-réponses sur la résistance populaire palestinienne

Le 21 octobre 2015 par le Comité National Palestinien de BDS

Solidarité avec la résistance populaire palestinienne!

Boycottez Israël maintenant !

Vague de solidarité BDS #SolidarityWaveBDS

Q1. Comment décririez vous la situation actuelle sur le terrain?

R1. Une nouvelle génération de Palestiniens avance sur les pas des générations précédentes, s’élevant contre le régime brutal d’Israël, plusieurs décennies d’occupation, de colonialisme et d’apartheid. C’est une nouvelle phase de la lutte populaire contre le terrorisme de l’État d’Israël.

Des dizaines de milliers de Palestiniens, très majoritairement jeunes, ont rejoint les manifestations qui se sont déroulées dans plus de 65 villages palestiniens, leurs environs et les camps de réfugiés.

Il est significatif que ces manifestations aient lieu dans toute la Palestine historique : en Cisjordanie, à Gaza et avec les citoyens palestiniens d’Israël. Les communautés de réfugiés palestiniens des pays arabes voisins se mobilisent tout autant. Certaines manifestations ont attiré plus de 20.000 personnes.

Le soulèvement est conduit par une génération de jeunes David palestiniens sans peur, qui ne sont plus intimidés par la brutalité du Goliath israélien et qui revendiquent leur droit à l’autodétermination et à la liberté.

La réponse d’Israël est une répression féroce fondée sur une utilisation écrasante de la force militaire et une augmentation croissante des exécutions pour étouffer les manifestations populaires. Israël a intensifié l’isolement des zones résidentielles palestiniennes par rapport à Jérusalem et les unes par rapport aux autres, établissant de nouvelles restrictions sévères sur la circulation. Jabal al Mukabber, village à l’intérieur de Jérusalem, est complètement isolé par un mur de ciment de cinq mètres de haut. 12 routes au moins autour de Jérusalem ont été fermées et 12 nouveaux checkpoints ont été dressés autour de la ville. Les Palestiniens sont très souvent empêchés de circuler entre les principales villes de Cisjordanie par des checkpoints ad-hoc.

Q2. Pourquoi les tensions montent-elles maintenant? Qu’est-ce qui nous a conduits à cette situation ?

A2. L’oppression coloniale et la résistance qui en découle ne peuvent être présentées avec justesse comme des «tensions ».

Ce soulèvement populaire mené par les jeunes, soutenu par la totalité du spectre politique palestinien, est une réponse aux incessantes actions d’Israël : nettoyage ethnique, blocus, agressions racistes contre des églises et des mosquées palestiniennes, construction de colonies, démolition de maisons et déshumanisation flagrante. Ce qui les déclenche directement, c’est la politique de plus en plus intensive d’extrême droite du gouvernement le plus fanatique, raciste et dominé par des colons de l’histoire d’Israël.

Un rapport de l’Union Européenne, délivré aux médias en mars 2015, indiquait que cette politique d’Israël, et surtout à Jérusalem, avait fait monter la réalité sur le terrain jusqu’à un ‘dangereux point d’ébullition’ jamais vu depuis la fin de la seconde Intifada en 2005.

Immédiatement après la fin du massacre commis à Gaza en 2014, Israël a commencer à aggraver drastiquement sa politique coloniale. En plus des 8 ans de siège sur 1,8 millions de Palestiniens à Gaza, le déplacement tenace de communautés palestiniennes et l’expansion de colonies illégales en Cisjordanie, spécialement à Jérusalem, ont repoussé les Palestiniens sous occupation israélienne dans des Bantoustans toujours plus réduits et sous ségrégation raciale. Par exemple, Israël a démarré son plan de déplacement forcé de 27.000 Palestiniens vivant dans 46 communautés de la Zone C vers des ‘camps de réinstallation’ dans des townships.

En août, les forces d’occupation israéliennes ont démoli 145 bâtiments propriétés de Palestiniens en Cisjordanie, déplaçant 208 personnes. Selon l’UN OCHA, c’est le chiffre le plus important en cinq ans de bâtiments démolis en Cisjordanie en un mois. La même agence a rapporté qu’en 2015 jusqu’à ce jour, 554 Palestiniens ont été déplacés par les démolitions en Cisjordanie occupée, dont Jérusalem Est (à la date du 12 octobre), et 13.000 autres bâtiments palestiniens, principalement en Zone C, sont encore sous ordre de démolition.

Les crimes quotidiens d’Israël contre les Palestiniens dans la Vieille Ville occupée de Jérusalem et la profanation implacable par les colons messianiques de l’esplanade de la mosquée Al-Aqsa en tant que politique ratifiée par l’État n’a laissé aucun doute aux Palestiniens sur le fait qu’Israël s’est embarqué dans ce qui pourrait bien être la phase finale de la destruction continue du statu quo à Jérusalem, dans le but explicite de « judaïser » la ville illégalement occupée.

Q3. Comment Israël réagit-il à la résistance populaire palestinienne ?

R3. Les forces de police israéliennes , les militaires et les foules de lyncheurs de colons fondamentalistes ont attaqué sauvagement les manifestants palestiniens et abattu des enfants et de jeunes palestiniens dans la rue, y compris des passants, sous la protection absolue du système judiciaire israélien du coup de tampon.

D’après l’association palestinienne de droits de l’Homme Al-Haq, 42 Palestiniens ont été tués entre le 1er et le 19 octobre, la plupart d’entre eux ont été abattus par les forces israéliennes d’occupation au cours des manifestations. Pus de 2.000 ont été blessés par des gaz lacrymogènes, des balles d’acier enrobées de caoutchouc et des balles réelles.

L’Observatoire Euro-Méditerranéen des Droits de l’Homme a fait un rapport détaillé des meurtres perpétrés par l’armée d’Israël, demandant à l’ONU de lancer une enquête immédiate.

Les militaires israéliens ont assassiné des Palestiniens afin de terroriser la population palestinienne. Fadi Alloun, 18 ans, rentrait chez lui quand il a été tué par la police israélienne à l’instigation de Juifs israéliens fanatiques.

De nouvelles lois israéliennes et une culture dominante de racisme et de haine, entretenue pendant des dizaines d’années dans la société israélienne par l’appareil d’État, a permis aux forces d’occupation d’Israël d’adopter une politique du tirer-pour-tuer contre des enfants et de jeunes manifestants palestiniens dans des situations qui ne présentent aucune menace sérieuse.

De nouvelles règles d’« engagement » permettent aux soldats israéliens de tirer sur les manifestants chaque fois qu’il y a une « menace pour la vie humaine ». Très clairement, la vie des manifestants ne figure pas dans cette ligne de conduite, puisque le personnel israélien ne les considère simplement pas comme des humains.

Des assassinats et exécutions arbitraires de Palestiniens ont été largement pratiqués par les forces israéliennes et les milices de Juifs messianiques officiellement-autorisées, telles que les gangs du Prix à Payer.

Le lynchage de jeunes hommes ou jeunes femmes simplement parce qu’ils ont un « look arabe » est en hausse. Comme dans l’Afrique du Sud de l’apartheid et dans le Sud des Etats Unis de Jim Crow, quand la victime est palestinienne et le coupable israélien, la justice n’est jamais sollicitée.

Les forces d’occupation israéliennes ont pratiqué des incarcérations massives pour réprimer les manifestations, arrêtant 850 Palestiniens, dont 300 enfants.

Encouragés dans cette voie par l’incitation raciale des leaders israéliens, de très nombreux Israéliens ordinaires ont de plus en plus souvent prôné et demandé l’attaque et le meurtre de Palestiniens. Israël dans son ensemble a jeté le masque, révélant le vrai visage de son hideux régime d’oppression coloniale.

Q4. Pourquoi les Palestiniens accusent-ils Israël de « punition collective» ?

R4. Les organisations palestiniennes et internationales de droits de l’Homme, dont Amnesty International, ont condamné les innombrables politiques de répression bien répertoriées contre les civils palestiniens vivant sous occupation comme représentant une «punition collective». Les autorités d’occupation israéliennes ont régulièrement utilisé cette politique pour étouffer la résistance palestinienne.

La semaine dernière, un ministre du gouvernement israélien a appelé à détruire toutes les maisons palestiniennes construites sans permis à Jérusalem Est, menace qui vise presque 40% des Palestiniens de la ville à cause du zonage restrictif. Alors que cette politique de démolition de maisons, qui vise à réduire la population palestinienne indigène de Jérusalem, dure depuis des dizaines d’années, l’appel de ministres clé de l’actuel gouvernement à aggraver maintenant cette politique est la preuve d’une punition collective.

Le maire porteur d’arme de Jérusalem a demandé aux civils juifs israéliens de porter des armes. Les foules armées de terroristes fondamentalistes juifs cirant « Mort aux Arabes », qui paradent régulièrement dans les rues de Jérusalem occupée en menaçant la vie des civils palestiniens, se sentent maintenant défendus et protégés par le maire de la ville (qui n’est pas reconnu en tant que tel par les Palestiniens). D’autres villes ont interdit les travailleurs palestiniens dans les institutions publiques et sur les sites de construction.

Q5. Quelle est votre position sur la violente confrontation en cours et spécialement du point de vue palestinien ?

R5. La cause profonde de toute cette violence, ce sont les décennies d’occupation par Israël et de violations des lois internationales. Ceux qui s’intéressent sincèrement à la fin de la violence devraient travailler à abolir le régime d’oppression israélien, comme l’apartheid fut aboli en Afrique du Sud. C’est ainsi qu’on met fin à la violence initiale de l’oppresseur et, par contrecoup, à la résistance de l’opprimé, violente ou non.

Incarcérer des millions de Palestiniens dans des Bantoustans sous ségrégation raciale en Cisjordanie, dont Jérusalem Est, ou dans le camp de prisonniers de Gaza, et leur dénier leurs droits fondamentaux est une recette garantie de résistance et de défi collectif.

Q6. Les Palestiniens ne devraient-ils pas mettre fin à la violence pour convaincre le monde qu’ils veulent sincèrement la paix ?

R6. Comme l’a dit très justement Josh Ruebner, de la Campagne Américaine pour Mettre Fin à l’Occupation :

« Il n’existe aucun exemple dans l’histoire d’un peuple colonisé et brutalisé qui accepterait son sort sans faire payer dans une moindre mesure le goût de la violence écrasante qui lui est infligée par le colonisateur. Exiger des Palestiniens qu’ils renoncent à la violence alors qu’Israël continue à les écraser, c’est faire des Palestiniens une exception, concéder en leur nom leur droit à la liberté, approuver et soutenir la marche d’Israël vers un contrôle permanent de la totalité de la Palestine historique et faire tout ce qui est imaginable pour effacer l’existence irréfutable et la capacité de résistance des Palestiniens. »

Du point de vue des Palestiniens et de toutes les communautés opprimées à travers le monde, la paix doit être construite sur la justice et ne peut être soutenue que sur la base de l’égalité des droits entre tous les êtres humains, sans tenir compte de leur identité. Autrement, il ne s’agit pas de paix réelle, mais de soumission à l’oppression comme une fatalité. Le mouvement anti-apartheid d’Afrique du Sud a rejeté cette «paix», de même que le mouvement pour les droits civiques aux Etats Unis, les luttes anti-coloniales de l’Inde à l’Algérie, les luttes contre les dictatures et pour la démocratie de l’Indonésie au Chili. Les Palestiniens aspirent à la liberté et à la justice tout autant que n’importe quelle autre communauté opprimée.

Q7. Pourquoi les Palestiniens se préoccupent-ils tant de l’esplanade de la mosquée Al-Aqsa ?

R7. Contrairement à ce que déclare la propagande israélienne, cette vague de répression israélienne et de résistance palestinienne n’a rien à voir avec les droits «religieux» des Juifs. Les Palestiniens sont profondément inquiets devant les efforts incessants d’Israël pour démolir les décisions sur le «statu quo» acquises en 1967 à propos de l’occupation de Jérusalem par Israël et qui réserve l’esplanade de la mosquée Al-Aqsa à la dévotion des musulmans, parce que c’est perçu comme un pas vers son contrôle par Israël et l’interdiction pour les Palestiniens de certaines parties du sanctuaire et de la Vieille Ville occupée.

Les Palestiniens ont de bonnes raisons d’être inquiets parce que, en 1994 à la mosquée d’Abraham à Hébron, une violence similaire a culminé dans le massacre de fidèles palestiniens. Et, au lieu de punir les colons meurtriers, Israël les a récompensés en prenant le contrôle de la mosquée et en la divisant en deux sections, juive et musulmane, en réservant certaines routes aux seuls colons juifs, et en exerçant finalement un contrôle exclusif sur la vieille ville d’Hébron – le tout sous prétexte de sécurité.

L’actuel gouvernement israélien d’extrême droite essaie de provoquer une «guerre religieuse» en lâchant la terreur de groupes de Juifs messianiques contre des lieux saints et des maisons de Palestiniens chrétiens et musulmans. Ceci est fait cyniquement pour occulter la vraie nature du régime israélien d’oppression coloniale et gagner en retour un peu de sympathie de la part d’un monde qui s’éloigne de plus en plus d’Israël comme d’un paria, principalement grâce à la rapide croissance du mouvement BDS.

Dans ce contexte, les Palestiniens ont essentiellement maintenu la nature de libération nationale de leur combat et ont résisté aux tentatives pour les attirer dans le piège d’un conflit religieux. La solidarité avec la Palestine demeure aussi globale et anti-raciste que jamais.

Q8. Quel rôle devrait jouer la communauté internationale ?

R8. Dans des temps de sévère répression comme ceux que nous constatons aujourd’hui dans les territoires palestiniens occupés, spécialement dans la Vieille Ville de Jérusalem, les citoyens amoureux de la paix dans le monde entier sont appelés, avant toute chose, à mettre fin à la complicité de leurs Etats respectifs, ainsi que des entreprises, institutions, syndicats et fonds de pension, dans le maintien du régime israélien d’occupation, de colonisation et d’apartheid.

Les outils les plus efficaces dans ce but se trouvent dans le mouvement de Boycott, Désinvestissement et Sanctions (BDS) conduit par les Palestiniens, dont l’impressionnant impact académique, culturel et économique de ces dix dernières années est en train de prendre une ampleur internationale.

Aujourd’hui, on reconnaît à BDS sa contribution au net déclin de 46% des investissements directs en Israël en 2014 et d’une baisse de 24 % des exportations israéliennes dans les territoires occupés. Une étude de la Rand Corporation prédit que BDS pourrait coûter à Israël, dans les dix prochaines années, des dizaines de milliards de dollars.

BDS oblige Israël à rendre compte en menant une campagne mondiale stratégique, conforme à la morale et indéniablement efficace. Rejoindre ce mouvement est la façon la plus solide et la plus efficace de soutenir la construction d’une paix juste et globale qui soit en harmonie avec la législation internationale et avec la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme.

Traduction : J. Ch. pour BDS France

Source: BNC http://www.bdsmovement.net/2015/qa-palestinian-popular-resistance-13440




Sortie du livre : « Être palestinien en Israël – Ségrégation, discrimination et démocratie » de Ben White

Les éditions La Guillotine, avec le soutien de la campagne BDS France, annoncent la publication d’ÊTRE PALESTINIEN EN ISRAËL

Le livre traite d’une question clé ignorée par le “processus de paix” officiel et par les commentateurs les plus influents : celle de la minorité palestinienne à l’intérieur d’Israël. Malgré sa considérable population palestinienne en pleine croissance, ce pays se définit, non comme un État de ses citoyens, mais comme un État juif. White démontre que l’insistance à privilégier constamment un groupe ethnoreligieux sur un autre n’est pas compatible avec les valeurs démocratiques. À moins d’y remédier, cette politique ne peut que saper toute tentative de trouver une paix durable. Ce livre démolit de façon convaincante le mythe d’Israël “seule démocratie” du Moyen-Orient. Comme le montre Ben White, le traitement des Palestiniens en Israël est la preuve ultime qu’Israël est tout sauf démocratique.

ÊTRE PALESTINIEN EN ISRAEL est la traduction française du livre de Ben White « Palestinians in Israel » publié par Pluto Press en 2011.

alt

 https://assolaguillotine.wordpress.com/etre-palestinien-en-israel-de-ben-white/

editionlaguillotine@gmail.com

Lire ici un extrait du livre

Parution le 12 mai 2015. 160 pages, prix public: 10€. Voir les conditions de commande ci-dessous.

Les commandes individuelles et de librairies peuvent être adressées dès maintenant à La Guillotine: https://assolaguillotine.wordpress.com/commander/

Le livre est disponible au prix de 7€/exemplaire, port compris, avec un minimum de commandes de 5 exemplaires, pour tous les comités (associations et collectifs)

soutenant la cause de la justice en Palestine. Pour passer commande, écrire à palenisbw@gmail.com




Conclusions de la session sur Gaza du Tribunal Russel sur la Palestine

BRUXELLES, 25 SEPTEMBRE 2014

« Puisse ce tribunal prévenir le crime de silence. »
Bertrand Russell, Londres, 13 novembre 1966

1. En juillet et août 2014, lorsqu’ont été diffusées les images de mort, de destruction et de désespoir infligés aux citoyens palestiniens de Gaza, les peuples du monde entier ont été frappés par un sentiment viscéral d’indignation, de colère et de dégoût. Pendant trop longtemps, des crimes et de graves violations des droits de l’homme ont été commis contre le peuple palestinien par les autorités israéliennes occupantes, et ce en toute impunité. L’occupation, le blocus et le siège imposés au territoire de Gaza sont synonymes de peines collectives, mais le tout récent conflit s’est caractérisé par une intensification nette de la campagne visant à punir collectivement et à terroriser la population civile. L’opération « Bordure protectrice » a non seulement été la troisième attaque militaire majeure sur Gaza en 6 ans, elle a également été marquée par une augmentation significative de l’échelle, de la sévérité et de la durée de l’attaque. Il s’agit de l’attaque israélienne la plus importante sur la bande de Gaza depuis le début de l’occupation des territoires palestiniens en 1967. Au vu de cette violence cyclique et dévastatrice et de la probabilité qu’elle se perpétue, les membres du Tribunal ont pris conscience de la nécessité de donner la parole au peuple de Gaza et d’exprimer l’absolue nécessité d’une action urgente. Le Tribunal Russell sur la Palestine espère se faire la voix de la conscience et contribuer, dans une certaine mesure, à ce que les coupables répondent de ces actes terribles et inhumains.

2. Sur les 50 jours qu’a duré le conflit, quelque 700 tonnes de munitions ont été utilisées par les forces armées israéliennes dans le cadre d’un bombardement aérien et d’une offensive terrestre soutenus. Ce chiffre approximatif équivaut au largage de deux tonnes de munitions par kilomètre quarré dans la bande de Gaza.Ces actions ont eu pour résultat : 2188 Palestiniens morts dont au moins 1658 civils ; 11231 blessés parmi les civils ;18000 logements endommagés (13% de l’ensemble des logements disponibles à Gaza ont été partiellement ou complètement détruits) ; le déplacement interne de quelque 110000 civils ; la destruction totale de huit établissements de santé et les dommages causés aux nombreux autres établissements, 17 hôpitaux sur 32 ont subi des dégâts et six ont dû fermer leurs portes ; la destruction massive des équipements d’approvisionnement en eau privant 450000 civils d’accès aux services municipaux de distribution d’eau ; la destruction de la seule centrale électrique de Gaza, privant la totalité de la bande de Gaza d’électricité pendant approximativement 20 heures par jour et ayant dès lors un impact considérable sur le traitement de l’eau, sur l’approvisionnement en nourriture et sur la capacité des établissements médicaux à s’occuper des blessés et des déplacés ; les nombreuses attaques lancées contre des infrastructures parrainées et contrôlées par l’ONU et leur destruction, y compris trois écoles de l’UNRWA qui servaient de refuges temporaires ; la destruction intégrale de 128 commerces et les près de 550 millions USD de dégâts causés aux terres agricoles et au bétail ; des attaques contre des propriétés culturelles et religieuses. Enfin, le conflit a laissé derrière lui quelque 373000 enfants ayant besoin d’un soutien psychologique direct et spécialisé. Cette attaque a été à ce point répandue et systématique que l’Autorité palestinienne estime qu’il faudra 7,8 milliards USD pour réparer les dommages causés aux infrastructures civiles et d’État.

(…)

Au vu de ce qui précède, le Tribunal Russell sur la Palestine appelle (…) la société civile mondiale :

  • À soutenir l’activisme visant à empêcher les entreprises et organisations israéliennes qui soutiennent ou profitent de l’occupation d’accéder aux marchés internationaux ;
  • À se montrer solidaire avec les activistes dont l’action vise à fermer les entreprises complices de crimes contre les Palestiniens telles que Elbit Systems au Royaume-Uni ;
  • À faire activement pression sur les gouvernements afin qu’ils prennent immédiatement des mesures pour s’assurer qu’ils ne contribuent pas aux crimes commis par Israël et qu’ils agissent conformément aux principes et aux règles du droit international. »

Lire le résumé des conclusions en français en entier

Membres du jury :




Un appel urgent au BDS de la société civile de Gaza : Agissez maintenant

13 Juillet 2014 – la société civile de Gaza – Gaza, Palestine occupée

Nous, les Palestiniens pris au piège dans la bande de Gaza assiégée et ensanglantée, en appelons aux personnes de conscience tout autour du monde, pour agir, protester, et intensifier la campagne de Boycott, Désinvestissement et Sanctions contre Israël jusqu’à ce qu’il stoppe son attaque meurtrière et soit jugé pour ses actes.

Avec le monde regardant ailleurs une fois de plus, nous avons dans les quatre derniers jours été confronté à massacres sur massacres. Au moment où vous lisez ceci plus de 120 Palestiniens sont déjà morts, dont 25 enfants. Plus de 1 000 sont blessés, parmi lesquels tant avec des blessures si horribles que leur vie en sera abimée à jamais – plus des deux tiers des blessés sont des femmes et des enfants. Nous savons d’ors et déjà que beaucoup ne survivront pas au prochain jour. Qui parmi nous sera le prochain mort, alors que nous sommes allongés sur nos lits cette nuit, tenus éveillés par le bruit du carnage ? Serons nous la prochaine photo, cadavre méconnaissable, œuvre de la haute expertise d’Israël en machines de destruction, chairs broyées, membres arrachés ?

Nous en appelons à l’arrêt définitif de ces crimes et de l’oppression que nous subissons. Nous appelons à :

  • un embargo sur les armes à destination d’Israël, sanction qui couperait l’approvisionnement en armes et aides militaires depuis l’Europe et les Etats-Unis, approvisionnement dont Israël dépend pour commettre de tels crimes de guerre
  • la suspension des tous les traités commerciaux et accords bilatéraux avec Israël, tels que l’accord d’association UE-Israël
  • Boycott, désinvestissement et sanctions, comme l’a demandé l’écrasante majorité de la société civile palestinienne en 2005

Sans mesures de pression et d’isolement, le régime d’Israël a prouvé tant et plus qu’il continuera les massacres tels que nous les voyons autour de nous à l’instant, qu’il poursuivra les décennies de nettoyage ethnique systématique, d’occupation militaires et de politique d’apartheid.

Nous écrivons ceci dans la nuit de samedi, à nouveau bouclés dans nos maison alors que les bombes nous tombent dessus dans Gaza. Qui sait quand l’attaque en cours va stopper ? Tous ceux d’entre nous qui ont plus de 7 ans d’âge gardent en permanence gravées dans l’esprit les rivières de sang qui ont coulé dans les rues de Gaza quand, pendant plus de 3 semaines en 2009, plus de 1400 Palestiniens ont été tués, dont 330 enfants. Du phosphore blanc et d’autres armes chimiques ont été utilisées sur des zones civiles et ont contaminé notre terre, avec pour conséquence une augmentation du nombre de cancer. Plus récemment 180 personnes ont été tué dans une attaque d’une semaine en Novembre 2012.

Cette fois-ci, combien mourront ? 200, 500, 5000 ? Nous demandons : combien de nos vies doivent être balayées avant que le monde ne réagissent ? Quelle quantité de sang est nécessaire ? Avant le démarrage des bombardements israéliens, un membre de la Knesset, Aylet Shaked, du parti d’extrême droite Maison Juive, a appelé au génocide de peuple palestinien. « Ils devront disparaitre, comme le devront les maisons dans lesquelles ils élèvent les serpents », a-t-elle dit, » sinon d’autres petits serpents y seront élevés ». A ce moment, rien ne limite la nature meurtrière de l’Etat d’Israël, puisque nous, une population avec tant d’enfants, nous sommes tous simplement des serpents à leurs yeux.

altComme l’a dit Omar Ghraib à Gaza,, « c’était à briser le coeur de voir les photos des petits garçons et des fillettes sauvagement tués. Et aussi comment cette vielle femme a été tuée dans le bombardement de sa maison alors qu’elle rompait le jeune à la prière du soir. Elle est morte tenant encore la cuillère à la main, une image qui mettra beaucoup de temps à s’effacer de ma tête ».

Des maisons entières ont été visées et des famille entières ont été tuées. Mardi, tôt le matin, toute la famille Al-Hajj a été balayée – le père Mahmoud, la mère Bassema et cinq enfants. Pas d’avertissement, une famille visée et retirée de la vie. Mardi soir, pareil, pas d’avertissement, 5 nouveaux morts, parmi lesquels quatre de la famille Ghannam, dont une femme et un enfant de 7 ans.

Dans la matinée de mardi la famille Kkaware a reçu un appel téléphonique leur disant que leur maison de deux étages allait être bombardée. La famille commençait à partir quand une réserve d’eau a été touchée, mais ils sont retournés avec des riverains, qui sont tous venus pour rester dans la maison avec eux, des gens de tout le voisinage. Les avions israéliens ont lancé leurs bombes sur un bâtiment dont le toit était rempli de gens, sachant très bien que c’étaient des civils. Sept personnes ont été tuées sur le coup, dont cinq enfants de moins de 13 ans. Vingt-cinq autres ont été blessés, et le jeune Seraj Abed al-Aaal de 8 ans a succombé à ses blessure plus tard dans la nuit. La famille essayait sans doute d’en appeler à l’humanité du régime israélien, pensant qu’ils ne bombarderaient pas un toit où une foule est rassemblée. Mais en voyant des familles déchiquetées autour de nous, nous comprenons clairement que les actions des Israéliens n’ont rien à voir avec l’humanité.

Parmi d’autres cibles touchées, on compte un véhicule clairement identifié comme média, tuant le journaliste indépendant Hamed Shehab et blessant 8 autres personnes, un coup sur un véhicule de secours du Croissant Rouge, et des attaques sur des hôpitaux, nécessitant des évacuations et causant davantage de blessures..

Ce dernier épisode de la barbarie israélienne est bien ancré dans le contexte du blocus inhumain imposé depuis 7 ans, qui a coupé les principales routes de survie par les marchandises et personnes entrant et sortant de Gaza, avec pour conséquence une pénurie sévère de produits médicaux et de nourriture, dont tous les hôpitaux et cliniques rendent compte actuellement. Le ciment pour la reconstruction des milliers de maisons détruites par les attaques israéliennes a été interdit d’importation, et de nombreuses personnes malades et blessées ont été et sont toujours empêchées de se rendre à l’étranger pour les traitement médicaux urgent, résultant en la mort de plus de 600 malades.

Au fur et à mesure que davantage d’information parviennent, que les leaders israéliens promettent de passer à une nouvelle étape dans la brutalité, nous savons que plus d’horreur est encore à venir. Nous vous appelons à vous dresser pour la justice et l’humanité, à manifester et à soutenir les hommes, les femmes et les enfants courageusement enracinés dans Gaza, et qui voient venir l’horreur la plus sombre. Nous exigeons une action internationale :

  • la rupture des liens diplomatiques avec Israel
  • la mise en examen pour crime de guerre
  • une protection internationale immédiate pour les civils de Gaza

Nous vous appelons à rejoindre la campagne internationale de Boycott, Désinvestissement et Sanctions, qui prend de l’ampleur, pour rendre comptable de ses gestes cet état voyou qui se montre une fois de plus si violent, et pourtant impuni. Rejoignez tous ceux, dans la masse s’élargit, engagés pour faire advenir le temps où les Palestiniens n’auront plus à grandir au milieu de ces meurtres et destructions continuels, perpétrés par le régime israélien. Où nous pourrons nous déplacer librement, quand le siège sera levé, l’occupation terminée et que justice sera finalement rendu aux réfugiés palestiniens de par le monde.

Agissez maintenant, avant qu’il ne soit trop tard !

Signatures :

Palestinian General Federation of Trade Unions (L’Union Générale des syndicats palestiniens)

University Teachers’ Association in Palestine (L’Association des professeurs d’université de Palestine)

Palestinian Non-Governmental Organizations Network (Umbrella for 133 orgs) (Le réseau des organisation palestiniennes non gouvernementales (PINGO – 133 organisations membres))

General Union of Palestinian Women (L’Union Générale des femmes palestiniennes)

Medical Democratic Assembly (Assemblée médicale démocratique)

General Union of Palestine Workers (l’Union Générale des Travailleurs de Palestine)

General Union for Health Services Workers (l’Union Générale des Travailleurs de la santé)

General Union for Public Services Workers ( l’Union Générale des Travailleurs des services publiques)

General Union for Petrochemical and Gas Workers ( l’Union Générale des Travailleurs de la pétrochimie et du gaz)

General Union for Agricultural Workers ( l’Union Générale des Travailleurs de l’Agriculture)

Union of Women’s Work Committees ( l’Union des comités de Femmes)

Pal-Cinema (Palestine Cinema Forum) (Forum Cinéma Palestine)

Youth Herak Movement (Mouvement de jeunesse Herak)

Union of Women’s Struggle Committees (l’Union des comités de luttes des Femmes)

Union of Synergies—Women Unit

Union of Palestinian Women Committees ( l’Union des comités des Femmes Plestiniennes)

Women’s Studies Society (la société des études féministes)

Working Woman’s Society (la société des femmes travailleuses)

Press House (la Maison de la Presse)

Palestinian Students’ Campaign for the Academic Boycott of Israel (la campagne des étudiants pour le boycott universitaire d’Israel)

Gaza BDS Working Group (l groupe de travail BDS – Gaza)

One Democratic State Group (le groupe « Un état unique démocratique »)

Signatures avec les liens :

Palestinian General Federation of Trade Unions

University Teachers’ Association in Palestine

Palestinian Non-Governmental Organizations Network (Umbrella for 133 orgs)

General Union of Palestinian Women

Medical Democratic Assembly

General Union of Palestine Workers

General Union for Health Services Workers

General Union for Public Services Workers

General Union for Petrochemical and Gas Workers

General Union for Agricultural Workers

Union of Women’s Work Committees

Pal-Cinema (Palestine Cinema Forum)

Youth Herak Movement

Union of Women’s Struggle Committees

Union of Synergies—Women Unit

Union of Palestinian Women Committees

Women’s Studies Society

Working Woman’s Society

Press House

Palestinian Students’ Campaign for the Academic Boycott of Israel

Gaza BDS Working Group

One Democratic State Group

alt



Un appel de Gaza : soutenez notre droit à la vie !

(Publié le 5 juillet 2014) – Depuis le 12 juin 2014, Israël a lancé une attaque abominable contre Gaza et contre la Cisjordanie. Jusqu’à présent, il a effectué plus de 100 frappes aériennes contre des cibles civiles dans Gaza. Neuf civils palestiniens, dont trois femmes et deux enfants, ont été blessés par des éclats d’obus, et trois civils, dont deux enfants, ont été blessés par des éclats de verre. En plus, trois civils ont subi des ecchymoses. Par ailleurs, un poulailler, des serres, une maison de campagne, deux hangars pour le fourrage et pour les moutons ont été démolis, et 3000 poussins ont péri. Les forces navales israéliennes continuent de prendre pour cibles les pêcheurs palestiniens dans les eaux de Gaza. Par conséquent, Israël est en train d’aggraver encore la situation des Palestiniens dans Gaza, qui sont sous un siège militaire brutal de plus de sept ans, et qui se poursuit toujours.

Récemment, depuis l’annonce de l’enlèvement de trois colons israéliens le 12 juin, et alors qu’il n’existe aucune preuve que ce soit une opération du Hamas ou même palestinienne, la population de la bande de Gaza continue, comme c’est caractéristique actuellement, de payer le prix et d’essuyer le feu de la politique d’Israël, une politique qui tourne autour de la dissuasion et du châtiment. Au cours des dernières semaines, Israël a lancé, violemment et intensivement, une série de frappes aériennes contre la Bande alors qu’il avait déjà lancé la plus grande répression contre la Cisjordanie occupée de ces dix dernières années, tuant neuf Palestiniens (dont trois de Gaza), sans parler de la mise en détention de plus de 500 membres présumés du Hamas, fouillant 1300 maisons, immeubles, et sites de Cisjordanie. En plus de ce crime atroce de l’enlèvement et de la mise à mort par le feu du jeune Palestinien, Mohammed Abu Khudair, à Jérusalem, par des colons israéliens.

Israël maintient un blocus total, moyenâgeux, sur la bande de Gaza, isolant celle-ci du monde extérieur. En ce moment, ce sont plus de 15 000 malades palestiniens qui attendant avec angoisse de pouvoir partir de Gaza pour être soignés, en passant par le passage frontalier avec l’Égypte.

Pendant ce temps, les États-Unis continuent d’assurer un soutien décisif, militaire, économique, diplomatique et même médiatique et idéologique, à ces crimes. Les USA continuent de « récompenser » Israël avec leurs six milliards de dollars des contribuables. Pour le régime d’apartheid israélien, ceci est reçu comme un feu vert pour lâcher la quatrième puissance militaire contre nous et « faire ce qu’elle a de pire » contre notre population civile, dont plus de la moitié sont des enfants et plus des deux tiers, des réfugiés inscrits aux Nations-Unies.

Parce que la punition collective est un crime de guerre en vertu des Conventions de Genève, nous exhortons la communauté internationale à faire pression sur Israël pour qu’il cesse ses agressions armées tous azimuts contre la population de Gaza tout entière et ouvre de façon permanente le passage frontalier de Rafah, seul port de voyage de la bande de Gaza assiégée, et à répondre à notre appel aux boycotts, désinvestissements et sanctions contre Israël jusqu’à ce qu’il se soumette au droit international.

Nous, militants BDS de Gaza et de la Campagne des étudiants de Palestine pour le boycott universitaire d’Israël (PSCABI), saluons nos sympathisants partout dans le monde, et nous vous appelons à vous tenir du bon côté de l’histoire, et à soutenir notre lutte pour la liberté, la justice et l’égalité.
Source AIC : http://www.alternativenews.org/english/index.php/politics/activism/8264-a-call-from-gaza-support-our-right-to-life

Traduction : JPP pour la CCIPPP et BDS France




Israël doit être tenu responsable pour sa punition collective des Palestiniens

Zaid Shuaibi, porte-parole du Comité national palestinien du BDS et de la coalition de la société civile qui conduit et soutient le mouvement BDS, a déclaré :

« Les actions en cours d’Israël cherchent à terroriser les Palestiniens et elles constituent une punition collective. La violence militaire, la punition collective et l’acte de cibler délibérément des civils sont endémiques à des décennies d’un système israélien ancien d’occupation, de colonisation et d’apartheid.
« Israël peut agir en toute impunité grâce au soutien militaire, économique et politique qu’il reçoit de gouvernements à travers le monde. Nous faisons appel aux gouvernements internationaux pour qu’ils imposent immédiatement un embargo sur les armes, dans les deux sens, et pour qu’ils suspendent les accords bilatéraux jusqu’à ce qu’Israël se mette en totale conformité avec la législation internationale.
« Au moment où de grands organismes, comme la Fondation Bill Gates, l’Église presbytérienne US et l’Église méthodiste unifiée US se désinvestissent des entreprises qui tirent des profits de l’occupation israélienne, comme G4S et Hewlett Packard, nous demandons aux personnes de conscience d’intensifier la pression BDS. »

Shuabi a également appelé les personnes de conscience et toutes celles et ceux qui soutiennent BDS de voir comment ils vont pouvoir participer au « Mois contre le Mur d’apartheid », qui va marquer le 10e anniversaire de l’avis rendu par la Cour internationale de justice déclarant illégal le mur d’apartheid d’Israël.
Par centaines, depuis le 12 juin, des raids militaires ont été lancés à travers la Cisjordanie occupée, plus de 1000 maisons privées, des camps de réfugiés et des bureaux d’organisations de la société civile ont été mis à sac.

Ce sont au moins 10 Palestiniens qui ont été assassinés et plus encore qui ont été tués. Plus de 500 Palestiniens ont été arrêtés et les premiers rapports laissent penser que beaucoup de ces Palestiniens arrêtés sont détenus dans le cadre de la détention administrative, une forme de détention sans inculpation ni jugement basée sur des preuves tenues secrètes. Le nombre d’enfants détenus dans les prisons israéliennes est monté à 250. Israël a de plus imposé des restrictions graves aux déplacements. Mercredi, des colons israéliens ont enlevé et assassiné un jeune de 16 ans, du quartier de Shuafat, à Jérusalem-Est, et les soldats israéliens ont agressé les Palestiniens à Jérusalem.

Les organisations palestiniennes ont démontré de façon précise comment les actions récentes d’Israël constituent une punition collective, qui est un crime de guerre prohibé par la Quatrième Convention de Genève de même que par le droit international humanitaire coutumier. Les forces d’occupation israéliennes ont en outre pris pour cible les campus de l’université de Birzeit, près de Ramallah, et de l’université américaine arabe de Jénine, entraînant la détention et l’arrestation d’étudiants et d’enseignants, et nuisant lourdement au droit des Palestiniens à l’éducation.

Samia Botmeh, professeure à l’université de Birzeit et membre du comité directeur de la Campagne palestinienne pour le boycott universitaire et culturel d’Israël (PACBI), a déclaré :
« Les récentes violations d’Israël contre les universités palestiniennes prennent place dans son lourd passé d’oppressions contre l’éducation palestinienne. Fermetures d’universités pour des périodes allant jusqu’à des années, assassinats et détentions d’étudiants et professeurs, destructions de biens des universités et laboratoires, aussi bien qu’interdictions de listes de livres ont constitué la politique systématique d’Israël contre l’éducation palestinienne.
« Il doit être souligné que tout au long de ces décennies d’oppressions, aucune université ou association israélienne d’universitaires israéliens n’a jamais protesté contre les agressions soutenues sur les universités palestiniennes. Il est essentiel d’intensifier toutes les formes de BDS, dont le boycott universitaire et culturel, jusqu’à ce qu’Israël cesse de violer les droits des Palestiniens. »

Israël a effectué ces derniers jours au moins 100 frappes et bombardement aériens sur Gaza, notamment des bombardements intenses sur des dizaines de sites dans les premières heures de mardi, aggravant encore la situation des Palestiniens dans Gaza, qui subissent un siège militaire brutal depuis plus de 7 années.

Haidar Eid, professeur agrégé à l’université Al-Aqsa de Gaza et membre du comité directeur de PACBI, a déclaré :
« Nous, habitants de Gaza, n’arrivons pas à comprendre comment il est possible que des organismes officiels de la communauté internationale peuvent tolérer ces crimes de guerre flagrants perpétrés contre la population de Gaza, en dépit de milliers de rapports par des organisations de premier plan qui défendent les droits de l’homme !
« Est-ce abuser que d’attendre des personnes de consciences qu’elles répondent à notre appel à boycotter ce régime intransigeant, raciste et militarisé d’Israël, ainsi que les institutions qui le font prospérer, de la même façon que celui de l’Afrique du Sud de l’apartheid a été boycotté jusqu’à ce qu’il s’effondre ? »

Et Ayah Abubasheer, militant de la jeunesse et de BDS à Gaza, d’ajouter :
« Au cours des dernières semaines, Israël a lancé, avec violence et une grande intensité, toute une série de frappes aériennes contre la bande de Gaza. La population de la bande de Gaza continue de payer le prix et d’essuyer les feux de la politique d’Israël.
« Parce que la punition collective est un crime de guerre en vertu des Conventions de Genève, nous exhortons la communauté internationale à faire pression sur Israël pour qu’il cesse ses agressions armées tous azimuts contre la population de Gaza tout entière et ouvre de façon permanente le passage frontalier de Rafah, et à répondre à notre appel aux boycotts, désinvestissements et sanctions. »

http://www.bdsmovement.net/2014/israel-must-be-held-accountable-for-its-collective-punishment-of-palestinians-12181

Traduction : JPP pour BDS France, CCIPPP




Carrefour Voyages en Israël/Palestine : illégitime, illégal, inacceptable

Le tourisme sioniste des tours-opérateurs israéliens relayé par Carrefour Voyages piétine allègrement son obligation de ne pas se mettre au service d’un Etat occupant dans les territoires militairement occupés soumis à une colonisation de peuplement. Ce tourisme s’adresse principalement à un public s’intéressant aux sites chrétiens, aux mythes bibliques et à la rigueur aux sites nabatéens de Jordanie. Alors qu’il se montre complaisant vis-à-vis des 100 à 200 ans des croisades, il ignore superbement les 1400 ans d’histoire arabo-musulmane palestinienne. Les Palestiniens, vrais habitants originels du pays, qui représentent la moitié de la population des territoires contrôlés par Israël, sont les grands absents de ce tourisme sélectif.

Au terme de cet examen, on comprendra ce que signifient « Israël » et « culture » dans les titres relayés par CARREFOUR.

Les remarques ci-dessous portent sur 12 voyages proposés en date du 5 juin 2014 :

V1 : «Circuit d’Israël – Merveilles d’Israël »

V2 : « Israël – circuit LE SUPER BLEU JORDANIEN »

V3 : « JERUSALEM VUE DE BETHLEEM »

V4 : « Israël – circuit LE SUPER BLEU »

V5 : « THE BEST – COMBINE ISRAEL – JORDANIE”

V6 : « CULTURE ET DECOUVERTE ISRAEL ET BETHLEEM »

V7 : « L’ETOILE »

V8 : « AUTOTOUR 4 MERS »

V9 : « Splendeurs d’Israel 8J/7N »

V10 : « LE MEILLEUR D’ISRAEL »

V11 : « CULTURE ET BIEN ETRE EN ISRAEL »

V12 : « JORDANIE – ISRAEL, TERRES DE CULTURE 2014 »

« Route vers St Jean d’Acre où vous découvrirez la forteresse des Croisés et la crypte de St Jean ».

(V1,J2 ; V2,J2 ; V3,J2 ; V4,J5 ; V5,J5 ; V6,J5 ; V7 ; V8,J5 ; V9,J2 ; V10,J5 ; V11,J5 ; V12,J5)

Les touristes seront guidés vers les vestiges de l’occupation croisée (12eme-13eme siècle) et ne verront rien du reste de 3000 ans d’histoire palestinienne. En particulier, ils ne verront pas le nettoyage ethnique en cours à St Jean d’Acre, en particulier dans la vieille ville où l’objectif d’Israël est d’en chasser la population palestinienne pour y établir un tourisme de luxe d’où tout le passé palestinien est effacé.

A lire : Acre face aux anciens et nouveaux colonisateurs. http://www.tarabut.info/en/articles/article/Acre-Facing-Colonization/

« … votre hôtel appartenant à un kibboutz. Dîner.(…) Après votre petit-déjeuner, introduction au concept du kibboutz, institution spécifique à l’état d’Israël ».

(V1, J2-3)

Ce qui ne sera pas montré : le kibboutz comme stricte institution raciste, d’où tout habitant palestinien devait être chassé, puis où aucun Palestinien ne peut vivre. Ce qui ne sera pas montré : le mythe du kibboutz est mort depuis longtemps, sauf rares exceptions les kibboutz se sont adaptés à l’économie libérale.

« Arrêt au Mont de Béatitudes puis visite de Capharnaüm avec la maison de Pierre, l’ancienne synagogue et Tabgha. Déjeuner de poisson  » St Pierre  » au bord du lac de Tibériade. Route vers Nazareth, la plus grande ville arabe du pays pour visiter l’église de l’Annonciation, grande église du Moyen Orient qui selon les traditions chrétiennes est l’endroit où l’ange Gabriel apparut à Marie. Vous pourrez admirer de belles fresques contemporaines qui proviennent de partout à travers le monde et qui représentent la Vierge et l’enfant Jésus ».

(V1,J3 ; V2,J3 ; V3,J3 ; V4,J4 ; V6,J4 ; V7 ; V12,J4)

Encore une fois, seule la présence chrétienne est évoquée, la présence musulmane est ignorée alors qu’elle est majoritaire parmi les Palestiniens d’Israël. Le nettoyage ethnique de la Nakba et les villages palestiniens détruits sont aussi ignorés.

« Arrêt à Yardernit, lieu de baptême idyllique au bord du Jourdain ».

(V1,J4 ; V2,J4 ; V3,J4 ; V4,J4 ; V5,J4 ; V6,J4 ; V8,J4 ; V10,J4 ; V11,J4 ; V12,J4)

Les touristes sauront-ils que le lieu fixé par la tradition pour le baptême de Jésus n’est pas Yardenit, mais Qasr el Yahud, situé à l’est de Jéricho en Cisjordanie occupée ? Israël a fermé ce site après le début de l’occupation militaire en 1967, et établi Yardenit, situé et géré par Israël, comme substitut à Qasr el Yahud.

Source : http://news.bbc.co.uk/2/hi/middle_east/8250071.stm

 « Continuation vers Ein Kerem, charmant village d’artiste et haut lieu de la chrétienté ».

(V1,J5)

(situé à 2 km au nord), la plupart des femmes et des enfants ont fui le village. Il a été attaqué par les forces israéliennes durant la campagne de juillet 1948, les habitants ont alors tous dû quitter le village (le 10-11 juillet 1948). Ein Karem est l’un des rares villages arabes à avoir conservé ses constructions presque intactes après la guerre de 1948 ». Source : http://www.palestineremembered.com/Jerusalem/Ayn-Karim/index.html

«  déjeuner biblique dans le désert »

(V3,J2 ; V10,J2 ; V11,J2)

Il s’agit peut être d’une allusion à l’errance de 40 ans des Hébreux dans le désert à la suite de la fuite d’Egypte. Mais celle-ci n’a jamais existé (voir : La bible dévoilée). Dans l’antiquité, le Naqab (Néguev) a été nabatéen puis arabe avec une forte population bédouine, mais jamais de religion juive. Avant 1948, seule 1% de la population était juive. Après 1948, 90% de la population bédouine a été expulsée du Naqab (Brochure UJFP « Néguev, le désert des Bédouins »).

« Baignade dans les eaux salées de la mer Morte »

(V1,J4 ; V4,J3 ; V5,J3 ; V6,J6 ; V7 ; V8,J3 ; V9,J5 ; V10,J3 ; V11,J3 ; V12,J10)

Depuis l’occupation militaire de la Cisjordanie en 1967, Israël exploite à son profit les ressources touristiques de la mer morte. Par contre les checkpoints interdisent aux Palestiniens de s’approcher de la mer morte au sud de la jonction entre la « route 1 » et de la « route 90 ».

Enfin on notera que la seule grande ville de la vallée du Jourdain, Jéricho, ville palestinienne, est gardée à l’écart du programme.

Nuit au kibboutz Kalia

(V2, J4 ; V3, V4, J3 ; V5, J3 ; V6, J3)

Le circuit comporte, à son 4eme jour, une nuit dans un hôtel du kibboutz Kalia. Le kibboutz Kalia est une colonie établie en 1929 puis rétablie en Cisjordanie militairement occupée. Il s’agit d’une colonie illégale selon le droit international, et les touristes sont amenés, « à l’insu de leur plein gré », à participer à cette colonisation.

Vieille ville de Jérusalem : « Vous traverserez des marchés pittoresques jusqu’au quartier juif et le mur des Lamentations » (…) « visite des fouilles archéologiques »

(V1 ;J7 ; V2,J7 ; V4,J6 ; V5,J6 ; V6,J6 ; V7 ; V8,J6 ; V10,J6 ; V12,J6)

* L’annexion de Jérusalem Est et d’une vingtaine de villages périphériques par Israël en 1967 n’est pas reconnue par la communauté internationale. Par conséquent CARREFOUR VOYAGES se livre à une activité illégitime et illégale.

** Les touristes sauront-ils que les Palestiniens de Jérusalem Est sont privés de citoyenneté et de droits élémentaires, et victimes d’une politique systématique visant à les faire partir de la ville ?

*** Les touristes sauront-ils que le « quartier juif » est en grande partie une construction en « faux ancien » faite sur le quartier palestinien Moghrabi détruit à coups de bulldozer aux lendemains de l’occupation de Jérusalem Est en 1967 ? Soyons aussi certains que les touristes ne seront pas appelés à identifier les 700 caméras installées par les Israéliens pour surveiller les quartiers palestiniens. Et qu’ils ne verront pas les drapeaux israéliens pendant au long de la rue al-Wad (rue de la vallée intérieure de la vieille ville), qui marquent les « conquêtes » destinées à couper la vieille ville en morceaux en vue de sa colonisation totale.

Sources : Wikipedia, tour alternatif de la vieille ville par le Nidal Center.

**** Les touristes sauront-ils qu’Israël a confié les fouilles archéologiques à une association non-professionnelle d’extrême droite, ELAD, dont l’objectif est de faire disparaître toute présence palestinienne, passée ou actuelle, des zones fouillées.

http://silwanic.net/ ; Nadia Abu el-Haj : Facts on the ground

« Visite du tombeau du roi David »

(V1,J6 ; V2,J6 ; V3,J6 ; V4,J7 ; V5,J7 ; V6,J7 ; V8,J7 ; V9,J7 ; V10,J7 ; V11,J7 ; V12,J7)

Il s’agit d’une tromperie. L’existence du roi David repose sur très peu d’éléments et sa tombe est inconnue. Le soi-disant tombeau est un cénotaphe (monument funèbre vide) construit par les Croisés au 11eme siècle.

Sources : « La bible dévoilée » ; http://www.regard.eu.org/articles/Archeologie/TXT.complet.archeo/LDTDDSF.php

« traversée de la frontière palestinienne pour Bethléem ».

(V3,J6)

Sous réserve d’autorisation du passage des frontières par les autorités palestiniennes le jour 6. »

(V2,J6 ; V3,J6 ; V5,J6 ; V6,J6 ; V11,J6)

Cette phrase concerne la traversée du mur d’apartheid, qualifié de « frontière », entre Jérusalem et Bethléem. « Frontière » d’un Etat virtuel, qui n’existe que pour les Palestiniens empêchés de se rendre à Jérusalem, pas pour les Israéliens circulant tranquillement vers les colonies de Cisjordanie… Les organisateurs du tour poussent le cynisme et la désinformation jusqu’à tenter de faire croire que les Palestiniens auraient une quelconque autorité dans la gestion du mur d’apartheid israélien !

« Monter vers le plateau du « Golan » pour visiter une presse à olives suivi d’une dégustation d’huile d’olives. Continuation vers Bental Har sur les hauteurs du Golan. Ici, vous surplomberez la Syrie et découvrirez le village de Kunetra, ainsi que l’histoire des guerres de 1967 et 1973 ».

(V9,J3)

CARREFOUR VOYAGES se prête ainsi, pour le compte d’Israël, à l’exploitation touristique d’une région de la Syrie dont la population a été en grande majorité expulsée, et les villages et fermes détruits, en 1967 pour laisser la place aux colons. L’annexion du Golan en 1981 n’est pas reconnue par la communauté internationale, par conséquent CARREFOUR VOYAGES se livre à une activité illégitime et illégale.

Source : Uri Davis, The Golan Heights under Israeli Occupation, 1967-1981. http://dro.dur.ac.uk/138/1/18CMEIS.pdf




Le terme « apartheid » s’applique-t-il à Israël ? Évidemment que oui.

La vive controverse déclenchée par les propos du Secrétaire d’état John F. Kerry, affirmant qu’Israël risquait de devenir un « état d’apartheid », nous rappelle une fois de plus que les faits, les données et l’apparente complexité des règles du droit international semblent souvent avoir un effet sur les discussions tenues en haut lieu à propos d’Israël. Comme ce fut déjà le cas à l’époque lorsque d’autres figurent majeures du pays avaient brandis le « A-word » à propos d’Israël (on pense à Jimmy Carter), la réaction politique aux propos de Kerry fut instantanée et émotionnelle. « Israël est la seule démocratie du Proche Orient, et établir un lien entre Israël et l’apartheid est insensé et ridicule, » déclarait la Sénatrice de Californie Barbara Boxer. Fin de l’histoire, donc ?

Pas vraiment. Les politiciens pourront se contenter de déclarations plates et sans fondement, mais pour quiconque est poussé par un minimum de curiosité, il n’est pas inutile de s’arrêter quelques instants pour réfléchir au terme et à son application à Israël.

Le terme « apartheid » n’est pas simplement une invective ; il s’agit d’un mot ayant une signification légale spécifique, laquelle est définie par la Convention Internationale sur l’Élimination et la Répression du Crime d’Apartheid, adoptée par l’Assemblée des Nations Unies en 1973 et ratifiée par la plupart des États membres (à l’exception éhontée d’Israël et des États-Unis).

Selon l’Article II de cette convention, le terme s’applique à des actes « commis dans le but d’établir et de maintenir la domination d’un groupe racial sur un autre et de les oppresser systématiquement. » Priver les membres de ce groupe du droit à la vie et à la liberté, les soumettre aux arrestations arbitraires, les exproprier, les priver de leur droit de quitter ou de retourner dans leur pays, entraver leur liberté de mouvement ou de résidence, créer des réserves ou ghettos pour les membres d’un groupe racial différent, empêcher les mariages mixtes – ce sont là tous des exemples du crime d’apartheid tels que spécifiquement mentionnés dans la convention.

A propos de la référence à un groupe racial, certains vont parler de race au sens prétendument biologique du terme ou en terme de couleur de peau. C’est une manière plutôt simpliste (et

dépassée) de considérer l’identité raciale. En outre, pour être plus précis,la notion « d’identité raciale » est définie par la Convention internationale sur l’Élimination de Toutes Formes de Discrimination Raciales de 1965 (dont Israël est signataire), et à laquelle se réfère explicitement la convention sur l’apartheid.

A cet effet, la notion de « discrimination raciale » est définie par « toute distinction, exclusion, restriction ou préférence basée sur la race, la couleur, l’ascendance, l’origine ethnique ou nationale, ayant pour but d’annuler ou de nuire à la reconnaissance, la jouissance ou l’exercice, sur un pied d’égalité, des droits humains et des libertés fondamentales, dans le domaine politique, social, culturel ou tout autre domaine de la vie publique. »

Quelques réalités basiques sont désormais établies.

L’État Juif (après tout, c’est ainsi qu’il se qualifie lui-même) maintient un système formel et informel de discrimination au logement à la fois en Israël et dans les territoires occupés. Tout le monde sait, évidemment, que les colonies juives en Cisjordanie ne sont pas franchement pleines à craquer de palestiniens. En outre, en Israël même, des centaines de communautés ont été construites pour des résidents juifs sur des terres dont des Palestiniens ont été expropriés, et sur lesquelles la ségrégation est maintenue, par exemple, via des comités d’admission autorisés à utiliser le critère ethnique – critère banni depuis longtemps aux USA – ou via l’impossibilité pour des citoyens palestiniens d’accéder aux terres détenues au profit exclusif du peuple Juif par le Fonds National Juif (et ce avec la bénédiction des pouvoirs publics).

Les résidents juifs en territoire occupé profitent de nombreux droits et privilèges dont leurs voisins palestiniens sont privés. Tandis que les premiers bénéficient des protections du code civil israélien, les derniers sont soumis à la dureté de la loi militaire. Ainsi, pendant que leurs voisins juifs vont et viennent librement, les palestiniens de Cisjordanie subissent les arrestations arbitraires et les détentions, la privation de leur liberté de centres d’éducations ou centres médicaux, aux sites religieux chrétiens ou musulmans, etc.

Dans le même temps, les citoyens palestiniens d’Israël doivent faire face à près de 50 lois et projets de loi qui, selon l’organisation des droits de l’homme israélo-palestinienne Adalah, soit privilégient les Juifs soit discriminent directement la minorité palestinienne. Une des composantes clé du code israélien de la nationalité, la Loi du Retour, par exemple, ne s’applique qu’aux Juifs, et exclut les Palestiniens y compris les Palestiniens nés dans ce qui est aujourd’hui l’État d’Israël. Alors que les citoyens juifs peuvent aller et venir sans entrave, la loi israélienne interdit expressément aux citoyens palestiniens de faire venir en Israël leur conjointe vivant dans les territoires occupés.

Les systèmes éducatifs pour les deux populations en Israël (sans parler des territoires occupés) sont maintenus séparés et inégaux. Là où les écoles palestiniennes en Israël sont surpeuplées, les étudiants juifs bénéficient de plus de ressources et d’options dans leurs parcours scolaires.

Il n’est pas possible légalement en Israël pour un citoyen juif d’épouser une citoyenne non-juive. Par ailleurs, une multitude de lois, règlements et décrets militaires dictant quelles personnes peuvent vivre dans quels espaces particuliers rendent les mariages mixtes au sein des territoires occupés simplement impossibles.

Et ainsi vont les choses dans chaque domaine de la vie, de la naissance à la mort : une politique rigoureuse et systématique de séparation de deux populations et un mépris total du principe d’égalité. Un groupe – dépossédés de ses biens et de ses droits – expulsé, humilié, réprimé, démoli, emprisonné et parfois conduit jusqu’aux limites de la famine (reposant sur un calcul calorique méticuleux) dépérit. Un autre groupe – dont la liberté de mouvement et de développement n’est non seulement pas entravée mais activement encouragée – prospère, et voit ses symboles culturels et religieux orner les atours de l’État et former le blason du drapeau national.

La question n’est pas de savoir si le terme « apartheid » s’applique ou non à Israël. Mais plutôt de savoir pourquoi utiliser ce terme suscite un tel tollé.

 

alt

Saree Makdisi, professeur d’anglais et de littérature comparée à l’UCLA (Unversity of California Los Angeles), est l’auteur de « Palestine Inside Out: An Everyday Occupation. »

 

Traduction: Youssouf R. pour BDS France

Lire aussi à ce sujet l’article de Virginia Tilley « Israël est-il vraiment un Etat d’apartheid ? OUI » :  http://www.protection-palestine.org/spip.php?article10343




La Palestine peut être reconquise dans un combat de rue

alt

Nous avons déplacé notre combat vers les rues du monde, afin de mieux révéler les dimensions morales de notre lutte, écrit Susan Abulhawa. Manifestation à Porto Alegre, Brésil en 2012.

La Palestine a toujours été un pays laissé pour compte, lentement balayé de la carte, une société démantelée jour après jour, systématiquement, par Israël. En tant que population avant tout désarmée et opprimée, les Palestiniens sont considérés comme impuissants, face à la suprématie d’Israël et e sa technologie militaire de mort, ils sont constamment évincés par la rouerie politique d’Israël et brimés sans cesse par un monde occidental qui a fait de notre sort misérable un véritable jeu de diplomatie et d’intrigues.

Nous avons tant perdu, dans ce pillage sans limite perpétré par Israël. Et chaque jour, nous perdons toujours plus. Maisons, patrimoine, existence, dignité, sécurité, espoir, culture, tradition orale, vergers, olives, histoire et objets d’art, gagne-pain, innocence, langue, identité. Ils ont déterré nos âmes, rebaptisé nos villages, déversé du béton sur nos anciens cimetières, transformé en bordels nos églises et mosquées, ils se sont approprié notre hummus, notre falafel et notre maqlooba en les présentant comme les aliments traditionnels des étrangers juifs qui débarquent quotidiennement pour prendre notre place.

Mais nous sommes toujours ici – nous luttons, rêvons, écrivons, dansons, peignons, aimons, procréons – parce que, comme l’a dit un jour Mahmoud Darwish : L’espoir n’est pas un sujet de conversation. Ce n’est pas une théorie. C’est un talent.

Et, aujourd’hui, près de 70 ans après que notre ruine a commencé, nous débarquons finalement dans la rue, un endroit où nous sommes infiniment plus puissants qu’Israël. La rue mondiale est un endroit où Israël n’a pas de véritables possibilités de défense, contre nous. Ici, Israël est virtuellement impuissant et il a fait tout ce qu’il pouvait pour nous tenir écartés de cette rue mondiale. La principale stratégie de conquête d’Israël a toujours été de maintenir la résistance palestinienne à portée de son pouvoir, qui existe principalement dans deux domaines.

Le pouvoir physique

Le premier est le pouvoir physique. Israël figure parmi les exportateurs les plus innovateurs sur le plan de la technologie de mort – hardware, software sophistiqués, services de terreur qu’il met au point et teste sur les corps et les esprits des Palestiniens. Nous ne pouvons les battre dans des combats militaires ou de guérilla, parce que ne disposition d’aucun pouvoir physique contre une telle brutalité. Nous avons essayé et nous avons échoué, sur ce front.

Le second domaine du pouvoir d’Israël existe parmi l’élite puissante, cette couche d’humanité qui n’est motivée et convaincue que par le seul pouvoir, par l’argent et par les expédients politiques, comme certains chefs d’État, magnats des médias, patrons de sociétés et d’autres qui s’engraissent grâce aux colonialisme et au capitalisme rapace. C’est là où nous en sommes depuis Oslo, nous errons dans les corridors du pouvoir, nous frappons à de puissantes portes, nous mendions la justice et, en retour, on nous subventionne, on nous blâme, on nous rabaisse, on nous manipule.

Jusqu’à présent, la lutte palestinienne a surtout été menée dans ces deux domaines, où nous serons toujours surclassés par la malfaisance d’Israël et sa politique de pillage colonialiste. Une seule fois dans le passé, nous sommes parvenus à soustraire la lutte palestinienne au contrôle d’Israël. Ce fut lors de la première Intifada. Bien que nos courageux jeunes, armés de pierres, n’aient posé aucune menace physique envers la force militaire d’une puissance nucléaire, ils sont parvenus à inverser les tendances et à opérer un glissement de pouvoir, parce que, pour la première fois, notre lutte débarquait dans la rue mondiale.

Pour la première fois, des gens ordinaires du monde entier pouvaient constater le mensonge affirmant qu’Israël menait une guerre existentielle contre un dangereux ennemi. Les images et les récits à propos de la police israélienne rompant les os d’enfants qui lançaient des pierres ont fait leur chemin dans les livings des masses et, là, des discussions sur la moralité ont fait leur entrée dans les conversations sur la Palestine. C’était ça, « la rue », l’endroit mondial de la participation publique où retentissent des mots comme liberté, justice, libération. Pour la première fois, des médias du monde entier remettaient en question et critiquaient Israël. Les souffrances des Palestiniens étaient enfin reconnues en tant que combat d’un peuple autochtone pour sa survie, contre l’expansionnisme et la suprématie ethnique et religieuse des sionistes.

Donc, la première Intifada a éloigné la lutte palestinienne des sphères israéliennes du pouvoir et l’a fermement installée dans le domaine de la moralité et de la légitimité populaire. La décision d’Israël, dès lors, de « négocier » avec l’OLP n’était rien d’autre qu’une astuce visant à repositionner la résistance palestinienne à portée du contrôle d’Israël. Jusqu’alors, Israël avait refusé de reconnaître l’OLP et avait mis tout en œuvre pour la détruire. Mais c’est alors que nous avons déplacé notre combat vers les rues du monde, révélant ainsi les dimensions morales de notre lutte.

La seule option viable pour Israël fut alors de créer un nouveau théâtre diplomatique (les accords d’Oslo) dans lequel il pouvait une fois de plus nous éloigner des regards et de la rue, parce qu’Israël ne peut en aucun cas évoquer la légitime défense contre le cri de liberté d’un peuple autochtone lorsque celui-ci porte au-delà des murs des prisons israéliennes et au-delà des amis d’Israël dans les milieux élitistes du pouvoir politique et économique.

Oslo et son insidieux « processus de paix » sont parvenus à obtenir un grand silence de longue durée, et de la part des Palestiniens et de la part du monde , ce qui a permis à Israël de poursuivre sans entrave sont programme originel d’épuration ethnique.

Le combat autour de la moralité

Mais, aujourd’hui, nous en sommes arrivés à un autre moment important d’un combat de rue populaire s’appuyant sur la moralité, la légitimité et la justice. La campagne de Boycott, de Désinvestissement et de Sanctions (BDS) a déplacé la dynamique du pouvoir et a ramené une fois de plus la bataille pour la Palestine dans le domaine de la conscience mondiale et de la participation publique à la lutte de libération d’un peuple autochtone.

La réponse d’Israël comprenait deux volets. Israël recourt à une tactique qui a fait ses preuves : celle des négociations en vue d’« accords intérimaires ». D’après un article de Haaretz, outre le fait de « faire avancer le processus de paix avec les Palestiniens [pour] éliminer une partie importante des menaces de boycott », d’autres tactiques comprennent « une campagne massive de Public Relations contre les organisations favorables au boycott », l’organisation de « procès devant des tribunaux européens et nord-américains contre les organisations partisans du mouvement BDS », le lobbying en vue de la création de nouvelles lois permettant de poursuivre davantage de personnes qui boycottent Israël et, finalement, la mise sur pied d’une surveillance des supporters des BDS, surveillance qui pourrait impliquer des opérations dirigées à partir du Mossad et du Shin Bet.

Toutes ces tactiques visent à réduire au silence le débat, à intimider les gens conscients et à affaiblir les appels unis à la justice. Fait remarquable, aucune des tactiques suggérées ne tente de formuler un contre-argument moral de poids contre les BDS.

Et la raison en est simple. La pauvreté spirituelle d’un État colonial obsédé par la création et le maintien d’un profil démographique particulier est en contradiction avec les notions populaires de moralité. L’affirmation de la sécurité militaire d’un État en vue de justifier la destruction en cours d’une population autochtone n’est nullement convaincante, dans cette époque de l’information, où les gens peuvent voir à quoi ressemble la démolition de la maison d’une famille dont le seul délit est de ne pas être juive, et où ils savent que cela se passe presque chaque jour ; où ils voient ce que c’est que d’arrêter des enfants aux corps frêles et avec des taches d’urine fraîche dans leur culotte : où ils savent qu’il y en a des centaines d’autres qui croupissent dans les prisons israéliennes, qui subissent la torture, sans la moindre accusation ou procès et sans possibilité de voir leurs parents ; où ils voient des vidéos de terrifiantes razzias de nuit qui font irruption dans les maisons des gens, qui tirent les enfants et les personnes âgées de leur lit, puis les renvoient à leur sort peu enviable tout en sachant que c’est une simple routine ; où ils lisent l’un après l’autre des tas d’articles émanant des organisations des droits de l’homme et décrivant les détails horribles de la cruauté et de l’humiliation au quotidien ; où ils savent que tout cela n’est autre que la politique de l’État israélien telle qu’elle est appliquée depuis des décennies.

Voilà pourquoi Israël ne peut gagner cette bataille, tant que nous maintiendrons notre lutte dans ce domaine de la moralité. Richard Falk a dit qu’il s’agissait d’une « guerre de la légitimité ». C’est aussi un combat de rue, mais de la rue mondiale, parce que la justice, la légitimité et la libération n’émergent pas de négociations, d’une occupation militaire, de l’oppression, de grosses sociétés ou de tribunaux coloniaux. La liberté est presque toujours sortie du théâtre et des affres du combat de rue.

Pour nous, les Palestiniens, qui avons été éparpillés et exilés dans le monde entier, les BDS nous fournissent une façon de nous unifier et d’utiliser la tragédie de la déportation pour multiplier les occasions qui s’offrent à nous. C’est une occasion d’accueillir et de retourner la solidarité des gens de conscience. Voilà un domaine où nous pouvons célébrer nos racines originelles et exercer nos aptitudes à l’espoir.

Cette rue mondiale est l’endroit où un peuple autochtone opprimé et sans défense a une chance d’obtenir justice. Il n’y a rien à gagner pour nous dans des négociations avec les puissants de l’élite

Publié sur Aljazeera.com le 2 mai 2014. Traduction : JM Flémal.

Source  http://www.pourlapalestine.be/index.php?option=com_content&view=article&id=1767:la-palestine-peut-etre-reconquise-dans-un-combat-de-rue&catid=76:partout-il-y-a-des-gens-qui-agissent

altSusan Abulhawa est une femme de lettres et activiste palestinienne, auteur du roman et best-seller international, Les matins de Jénine (Buchet/Chastel 2008). Elle est aussi fondatrice de Playgrounds for Palestine (Terrains de jeu pour la Palestine), une ONG au profit des enfants.




Discrimination des travailleurs palestiniens

La lutte des travailleurs pour leurs droits, à Tulkarem
Campagne populaire contre le mur de l’apartheid (Stop the Wall)

22 avril 2014

La région de Tulkarem est devenue synonyme de recyclage industriel de déchets avec le nombre d’usines qui se sont installées à l’intérieur de la Cisjordanie occupée. La zone industrielle coloniale de Nitzanei Shalom, que les Israéliens appellent « Les bourgeons de la paix », s’est montée sur des terres de la ville de Tulkarem au début des années quatre-vingt, précédemment confisquées par ordre de l’armée qui s’emparait ainsi de milliers d’acres de terre (une acre égalant 4046 m²). La zone comporte aujourd’hui sept usines spécialisées en différentes formes de recyclage des déchets, notamment avec le gaz domestique et le brome en phase gazeuse utilisé pour stériliser les terres agricoles, elle comporte aussi des usines qui produisent du nylon, du plastique, des filtres à eaux, des engrais et des pesticides. Les résidus produits par ces fabrications ont un fort impact sur la santé des gens et l’environnement.

Abu Mujahid travaille à l’usine Seoul Orr depuis 2005. L’usine réutilise des bouteilles de gaz domestique et produit du gaz de brome pour la stérilisation de la terre. La mort d’un certain nombre de travailleurs pour cause de cancer et autres maladies et accidents, comme Imad Abu Haesh, Musab, Jihad Dridi, qui habitaient Beit Lid, Ahmed Abu Tammam, Mustafa Qasimm, Danny, et le comptable Tsevi, nous montre que cette usine ne protège pas les salariés qui y travaillent, mais qu’elle est un marché aux esclaves, la télévision (Channel 2) et la radio israéliennes se référant à des conditions de travail nocives. L’administration oblige les salariés à travailler neuf heures par jour, bien que la loi israélienne reconnaît une durée de travail journalière de seulement 8 heures, et le salaire perçu par le travailleur, pour ses 9 heures, ne dépasse pas les 60 shekels (un peu plus de 12 €).

Abu Mujahid dit que, luttant pour leurs droits au sein de l’usine, les travailleurs ont demandé à la direction de l’usine d’améliorer leurs conditions de travail, mais celle-ci n’a pas été d’accord, alors, en 2007, nous avons décidé une grève illimitée, en dépit de la menace d’être privés de nos revenus. Après deux semaines de négociations, les salariés sont retournés au travail et chacun a reçu 30 shekels d’augmentation de salaire. Ils ont accepté cela après avis de la nouvelle Fédération syndicale et de l’Association dite des travailleurs. Abu Mujahid : « Quand nous avons rencontré cette Assemblée, elle nous a aidés à bien appréhender la législation israélienne de sorte que nous avons pu connaître nos droits, savoir comment les revendiquer et les défendre. Nous avons appris que la loi israélienne avait été modifiée et que la Cour suprême israélienne avait intégré dans sa compétence la zone des usines, et donc que quiconque travaille avec un employeur israélien rentre obligatoirement dans le cadre de cette législation », ceci a été publié le 10 janvier 2007. Sur cette base, cette usine se trouve en infraction de la législation du travail et de celle sur la sécurité publique des salariés.

alt« Avec l’aide de cette Assemblée, et l’assistance d’un avocat palestinien de la Palestine occupée depuis 1948, nous avons décidé de poursuivre une grève illimitée, le 19 octobre 2007, une grève qui va durer 8 mois avec la participation de 80 travailleurs. À cette époque, nous avons reçu de nombreuses menaces de la part du propriétaire de l’usine. Il a engagé un contractuel palestinien, de la Palestine occupée depuis 1948, un mois avant le début de notre grève, afin que nous ayons à travailler avec ce contractuel agissant en tant que médiateur entre les travailleurs et le propriétaire de l’usine, mais les travailleurs ont rejeté cela avec force. » Le propriétaire a aussi essayé de faire venir d’autres salariés, s’assurant les services d’un contractuel qui a fait venir 40 travailleurs soudanais, mais l’usine n’a pas fonctionné comme d’habitude. En 2010, l’usine est tombée en faillite et elle a été liquidée par les sociétés impliquées, lesquelles ont transmis les droits des travailleurs au bureau de l’Assurance nationale. Après deux années de lutte, les travailleurs ont obtenu leurs droits et indemnités, lesquels montaient à environ 5 millions de shekels (un peu plus d’un million d’€). Toute l’usine a été cédée à une nouvelle société, elle a perdu son nom de Seoul Orr, pour devenir la Bell Jazz, spécialisée dans la fabrication et la réutilisation de bouteilles et de citernes de gaz.

S’agissant des conditions de travail après ce changement de direction et de la société propriétaire de l’usine, Abu Mujahid affirme que « maintenant, les travailleurs sont payés dans le cadre de la loi, le salaire minimum est de 4300 shekels (depuis le 1er janvier 2013 – environ 900 €) pour 8 h de travail par jour, soit 23,12 shekel de l’heure (près de 5 €). Et la loi stipule que chaque salarié a droit à 6 jours de convalescence, et s’il ne les prend pas, il touche 370 shekels (77 €) par jour. Le coût du transport est assuré pour tous les travailleurs en fonction de leur lieu d’habitation, et pour les congés, les travailleurs ont droit à 10 jours par an. Pour le décès d’un parent au premier degré, le salarié a droit à un congé de trois jours payés. C’est la seule usine qui a créé un fonds de pension de 750 shekels par mois pour les salariés. »

Suite à de nouvelles réformes, le gaz utilisé à la fabrication est maintenant brûlé, ceci pour réduire les risques. Les travailleurs sont traités avec un respect total par les dirigeants de l’usine, ce qui n’était pas le cas quand la Seoul Orr la dirigeait. La direction fait preuve d’attention quant à la sécurité des travailleurs, elle assure les premiers secours et la formation pour la sécurité publique du personnel. Le niveau de pollution affectant l’environnement à l’époque de l’administration Seoul Orr était enregistré à des niveaux extrêmement élevés, le gaz, libéré dans l’atmosphère, contaminait les environs.

Sans la détermination des travailleurs et leur volonté de lutter, les salariés n’auraient jamais obtenu ces conditions de travail justes et sécurisées, pour la garantie desquelles ils se sont si farouchement battus.

Version originale en anglais, sur le site de Stop the Wall : http://www.stopthewall.org/2014/04/22/fighting-workers-rights-tulkarm
Traduction : JPP pour BDS FRANCE




Une nouvelle usine Sodastream sur les terres des Bédouins du Néguev

Par Andrew Beale [1]

Un des profiteurs de l’occupation, SodaStream[1], s’est fait beaucoup remarquer récemment avec le choix de Scarlett Johansson comme porte-parole[2]: afin de pouvoir continuer à représenter la compagnie, la célèbre actrice a préféré démissionner de son rôle d’ambassadrice des Droits humains pour Oxfam.

Alors que l’importante campagne de boycott et que la controverse entre Oxfam, Scarlett Johansson et Sodastream dirigeaient les médias internationaux sur son usine située dans la colonie israélienne de MishorAdumim[3], Sodastream annonçait l’avancement de son projet d’ouverture d’une deuxième fabrique, cette fois à l’intérieur des frontière internationales d’Israël.

A l’image de l’original en Territoire palestinien occupé, cette usine va bénéficier des politiques discriminatoires d’Israël envers ses citoyens non-juifs. Sodastream a présenté sa décision d’installer sa nouvelle usine près de Rahat, une ville de regroupement des Bédouins du Néguev[4] comme une avancée positive dans une région touchée par un chômage important. Cette installation fait partie d’une stratégie qui date au moins de 1963 quand le général Moshe Dayan décrivait sa vision future des Bédouins. « Nous devrions transformer les Bédouins en un prolétariat urbain, disait-il. Ce sera un changement radical qui implique que le Bédouin ne vivra plus sur sa terre avec ses troupeaux mais deviendra un citadin qui met ses pantoufles quand il rentre à la maison le soir ».

Rahat a été fondée par le gouvernement israélien en 1971 comme ville planifiée pour les Bédouins que ce même gouvernement expulsait de ses terres du Néguev. Selon un rapport publié par le Centre Adva[5] pour l’information et la justice sociale en Israël, Rahat, comme les autres villes planifiées reçoit les plus faibles allocations budgétaires municipales en Israël et souffre d’un sévère manque d’infrastructures.

Dès le tout début de l’Etat sioniste, avant même l’établissement de ces villes de regroupement, Israël poursuivait une politique de massacre et de nettoyage ethnique[1]. Ces dernières années, cette poussée au divorce des Bédouins de leur héritage agricole traditionnel s’est intensifiée avec une initiative du gouvernement israélien connue sous le nom de plan Prawer. Si la loi avait été votée, ce plan aurait conduit à chasser au moins 40 000 citoyens israéliens bédouins du Néguev. Ce plan a finalement été suspendu à la fin de l’année dernière mais les militants bédouins du Néguev disent qu’il va continuer à se réaliser mais sous une autre forme.

Pas de consultation des Bédouins

Le Dr Thabet Abou Rass est le directeur du bureau du Néguev d’Adalah, le Centre juridique pour les droits de la minorité arabe d’Israël. Il explique que désormais ce plan est sous la direction du ministre de l’Agriculture, Yair Shamir qui a déjà manqué à une de ses promesses, à savoir rencontrer les citoyens bédouins du Néguev[2]. « Il n’a jusqu’à présent parlé à aucun leader représentant les Bédouins que je connaisse, précise Thabet Abou Rass, il me semble que ce que nous voyons est un changement de personne en charge sans aucune modification de la politique d’expulsion ».

Thabet Abou Rass rappelle que Yair Shamir a promis de geler le plan pour un mois, le temps qu’il rencontre les habitants du Néguev alors que celui-ci n’a visité aucun des villages non reconnus menacés de démolition, qu’il a déclaré au Jerusalem Post[3] que si le dialogue échouait, le plan Prawer serait mis à exécution « de force », dialogue qu’il n’a évidemment jamais recherché et que le gouvernement israélien continue ses menaces de violence.

« Une période très difficile »

« Nous traversons une période très difficile, nous dit Thabet Abou Rass, avec des démolitions de maison quotidiennes, des bergers pourchassés pratiquement chaque jour »

Amir Abo Kweder, militant bédouin[4], explique qu’alors que le parlement israélien, la Knesset, a gelé les travaux de la commission chargée du projet de loi du plan Prawer, pratiquement rien n’a changé de la politique constante de démolitions dans le Néguev.La mise en œuvre du plan Prawer est « juste une question d’échelle, pas de savoir si il est réellement en train de se produire ou pas, nous dit Amir Abo Kweder, nous voyons des petits plans Prawer se réaliser chaque semaine et même chaque jour ».

Pendant une visite du Néguev organisée pour la presse en décembre dernier, le porte-parole du gouvernement israélien a vanté les mérites de la future usine Sodastream planifiée dans la zone industrielle de Lehavim[5] comme d’une solution économique pour les Bédouins citoyens d’Israël déplacés de force de leurs terres. Cette visite faisait suite à celle de la vitrine sponsorisée par l’Etat du Centre pour l’emploi pour les Bédouins du Néguev destiné à aider les Bédouins à s’ « ajuster » à leur transition forcée de leur mode de vie agricole traditionnel.

L’envoyé du gouvernement, OferAssaraf, de la Direction pour le développement économique de la communauté bédouine du Néguev, a affirmé à un point-presse que l’usine Sodastream va employer entre 2 300 et 3 000 employés alors que certains médias ont rapporté un nombre beaucoup plus bas d’environ 700 personnes[6].OferAssaraf et d’autres officiels ont ouvertement lié zone industrielle de Lehavim et plan Prawer, expliquant aux journalistes que les Bédouins qui se seront installés dans les villes de développement après avoir quitté les « villages non reconnus » trouveront du travail dans les usines de Lehavim.

Daniel Birnbaum, le PDG de Sodastream, a quant à lui déclaré que sa société a décidé d’ouvrir une usine dans le Néguev à la suite de promesses de subventions généreuses du gouvernement. Selon le magazine économique israélien Globes, il s’est toutefois plaint que le gouvernement « n’avait pas tenu ses promesses »[1]. A noter que ni Sodastream, ni le Centre pour la promotion de l’investissement qui dépend du gouvernement israélien, n’ont voulu répondre aux demandes répétées de commentaires d’Electronic Intifada.

Le soutien de l’Etat à l’usine Sodastream du Néguev est une application claire, dans le monde réel, de la vision de Moshe Dayan où les Bédouins sont arrachés à leur mode de vie traditionnel pour travailler en usine plutôt que dans l’agriculturecomme ils le faisaient depuis des générations.

« Nous ne recherchons pas des travaux d’ouvrier. Les Bédouins ont droit à l’égalité de choix, tout comme n’importe quel Juif qui habite le Néguev. Dans les 5 dernières années, pratiquement 95% de jeunes embauchés l’ont été pour des postes d’ouvrier, explique Thabet Abou Rass, nous avons besoin d’une économie durable afin de conserver si possible, la richesse dans le Néguev ».

Scepticisme

Amir Abo Kweder explique que de nombreux habitants du Néguev sont sceptiques au sujet des possibilités d’emploi proposées par Sodastream et les autres usines de Lehavim. « J’ai entendu des gens [dire] que lorsque le plan Prawer sera mis en application, un grand nombre de personnes seront déplacées à Rahat – et qu’ensuite ils y auront un travail modeste comme travailleur dans une usine, dit-il. Je ne crois pas qu’à terme ce soit une bonne option parce que cela va entretenir la situation de Rahat où des gens vivent avec des petits salaires et de faibles revenus ce qui ne permet aucune mobilité sociale pour la communauté ».

Conforter l’apartheid

L’usine Sodastream de MishorAdumim – la zone industrielle de la colonie israélienne de Ma’alehAdumim – est sans aucune ambiguïté illégale aux termes des lois internationales car la colonisation viole la 4e Convention de Genève qui prohibe tout transfert de civils dans des territoires sous occupation. Les médias israéliens et américains ont essayé de dépeindre MishorAdumim comme un paradis de coopération et de tolérance entre employés israéliens et palestiniens mais les déclarations de ces derniers présentent une toute autre histoire.

Un ouvrier palestinien de Sodastream a déclaré à Electronic Intifada que la compagnie les traite comme des esclaves[2]. Par ailleurs, un ancien employé de l’usine a raconté à Al Jazeera que la direction de l’usine ne suit pas les recommandations de sécurité et que celle-ci est « bien moins sûre qu’elle ne le prétend »[3].

« Il y a énormément de racisme ici » a dit un autre employé de Sodastream à l’agence Reuter. « La plupart des cadres sont Israéliens et les travailleurs palestiniens ne peuvent pas réclamer des augmentations de salaire ou d’autres avantages car ils risquent d’être renvoyés et facilement remplacés”[4].

L’existence même de l’usine MishorAdumimne fait que conforter l’occupation et le système d’apartheid israélien. La colonie de Ma’alehAdumim s’est établie dans les années 1970 et s’est considérablement étendue prenant la terre appartenant à 5 villages palestiniens. En 1988 Israël a chassé 1 050 Bédouins vivant à proximité, les forçant à se réinstaller près d’une des décharges de Jérusalem[5].

La nouvelle usine du Néguev s’inscrit dans la continuation du soutien de Sodastream à l’apartheid et à la colonisation. Amir Abo Kweder explique que quel que soit le nombre de personnes qu’elle va employer, la société ne pourra pas selaver les mains des crimes commis en Cisjordanie. « Nous ne devons pas oublier le fait que l’usine de MishorAdumim a été construite sur des terres volées à des Palestinienset que ceux-ci en ont été chassés, dit-il. Que Sodastream essaye d’améliorer sa réputation en en construisant une autre ici dans le Néguev au sein d’une communauté fragilisée n’efface pas le fait qu’ils continuent à commettre un crime en Cisjordanie. »

 

Source: http://electronicintifada.net/content/new-sodastream-factory-could-help-destroy-bedouin-agriculture/13182

Traduction: MO

Dimanche 23 février 2014

 

[1] Titre original « New SodaStream factory could help destroy Bedouin agriculture ».

[2] Article d’Andrew Beale paru dans The Electronic Intifada du 20 février 2014 ( http://electronicintifada.net/content/new-sodastream-factory-could-help-destroy-bedouin-agriculture/13182 ). Andrew Beale est un journaliste américain (Nouveau Mexique) indépendant. Il suit les questions de politique et de justice sociale aux Etats-Unis, au Mexique ainsi qu’au Moyen-Orient. Traduction Michel (UJFP)

[3] Voir les articles récents parus à ce sujet dans The Electronic Intifada à http://electronicintifada.net/tags/sodastream

[4] Au même moment Sodastream se faisait aussi particulièrement fait remarquer en France: http://www.leparisien.fr/international/festival-d-angouleme-des-dessinateurs-contre-les-bulles-sodastream-31-01-2014-3546941.php (NDT)

[5] La zone industrielle de MishorAdumim occupe illégalement un terrain de 155 hectares situé à une quinzaine de km de Jérusalem à laquelle elle est reliée par l’autoroute n°1 réservée aux Israéliens. Elle est également reliée à l’importante colonie juive de Ma’alehAdumim (située entre Jérusalem et MishorAdumim) par une route réservée aux colons. (NDT)

[6] « En 1966, à la fin du régime militaire, le gouvernement a commencé planifier des villes de forte densité pour urbaniser les Bédouins. Aujourd’hui, plus de 100 000 Bédouins sont rassemblés dans 7 de ces agglomérations établies dans le Néguev: Rahat, Tel Sheva, SegevShalom, Lakiya, Kseiffe, Arara et Hura. Ces villes sont classées parmi celles qui offrent les services socio-économiques les plus médiocres du pays et, par conséquent, les plus hauts niveaux de chômage et délinquance. » HaiaNoach et Karen Douglas, (Israël), le désert des Bédouin, Paris 2011. (NDT)

[7] Le centre Avda (http://adva.org ) est un institut de recherche israélien sur les politiques sociales et économiques. Son rapport sur la politique d’Israël sur les Bédouins du Néguev, « citoyens invisibles » est disponible, en anglais à: http://www.adva.org/uploaded/NegevEnglishSummary.pdf

[8] Lire à ce sujet l’article, en anglais, de Nasser Rego à  http://electronicintifada.net/content/zionists-massacred-bedouins-1948-threaten-them-again-today/12692

[9] « Les Bédouins seront consultés sur les réinstallations dans le Néguev », article de ShirlySeidler dans Haaretz du 8 janvier 2014 http://www.haaretz.com/news/national/.premium-1.567498

[10] Déclaration parue 8 janvier 2014: « Des modifications seront apportée au plan de réaménagement des Bédouins avant sa reprise » (article d’Ariel Ben Solomon).

[12] Amir Abo Kweder fait partie du Dukium, le Forum pour la coexistence dans le Néguev (http://www.dukium.org ).

[12] La zone industrielle de Lehavim a été construite sur des terres appartenant aux Bédouins, tout comme les 350 hectares de sa voisine d’IdanhaNegev. Lire à ce sujet l’article du Los Angeles Times, en anglais, http://articles.latimes.com/2013/mar/01/world/la-fg-israel-bedouin-bizpark-20130302 . (NDT)

[13] Article de Mitch Ginsburg paru dans le Times of Israël le 13 février 2014: http://www.timesofisrael.com/israels-next-major-land-dispute-seethes-in-the-negev-desert/

[14] « SodaStream and govt at loggerheads over grants » paru le 2 février 2014 à http://www.globes.co.il/en/article-sodastream-and-govt-at-loggerheads-over-grants-1000914144

[15] Lire l’article de Stephanie Westbrook  à http://electronicintifada.net/content/sodastream-treats-us-slaves-says-palestinian-factory-worker/12441

[16] Article du 11 février 2014de Patrick Strickland, en anglais “SodaStreamcontroversy continues to bubble” paru sur le site d’Al Jazeera: http://www.aljazeera.com/indepth/features/2014/02/sodastream-controversy-continues-bubble-2014210133448473994.html .

[17] Article du 29 janvier 2014 de Noah Browning visible sur le site de Reuter à: http://ca.sports.yahoo.com/news/israeli-settlement-factory-sparks-super-bowl-sized-controversy-171856445–nfl.html

[18] Lire (en anglais) l’article “PalestinianBedouincommunitybattleseviction”  de JihanAbdalla dans Al-Monitor, 21 mars 2013, à: http://www.al-monitor.com/pulse/tr/contents/articles/originals/2013/03/palestinian-bedouins-threatened-eviction.html#




Un ouvrier palestinien : « SodaStream nous traite comme des esclaves ».

Le 9 mai 2013, par Stephanie Westbrook, The Electronic Intifada

La vidéo de 8,5 minutes se focalise sur l’usine de la firme localisée à Mishor Adumim, la zone industrielle de la colonie illégale israélienne Maale Adumim en Cisjordanie occupée et sur ses travailleurs palestiniens. Le message envoyé par toute la vidéo est que l’usine coloniale de la compagnie et un « sanctuaire fantastique de coexistence » et que malgré sa construction sur des terres palestiniennes volées, elle bénéficie à l’économie et aux travailleurs palestiniens.

La vidéo a été récemment montrée à M., un employé palestinien de SodaStream qui a travaillé longtemps sur la chaîne de montage à Mishor Adumim et qui vit en Cisjordanie sous occupation israélienne. M. a parlé à The Electronic Intifada sous condition d’anonymat.

Sa réaction immédiate à la présentation béate de la vidéo a été celle d’un choc.

« Mensonges »

« Comme Palestinien, je me sens humilié et couvert de honte, parce que les déclarations de cette vidéo sont toutes des mensonges. Nous, les travailleurs palestiniens de cette usine, nous voyons tous comme en esclavage », a dit M.

La publication de la vidéo a coïncidé avec le lancement de campagnes de boycott de SodaStream aux USA, considérés comme le marché le plus important de la compagnie. Profitant de la grande offensive de marketing de la compagnie aux USA, dont une pub de 4 millions de dollars au Super Bowl, les campagnes de boycott ont réussi à attirer une couverture de presse exposant la complicité de SodaStream avec les violations israéliennes du droit international.

M. et ses compagnons de travail n’avaient pas connaissance du boycott. « Ils ne nous ont jamais rien dit sur les boycotts », remarqua-t-il.

Par contre le projet de vidéo a été présenté aux travailleurs comme un moyen de conserver leur boulot, menacé sinon à cause d’un manque de commandes. M. a dit que « Quand ils sont venus et nous ont parlé de la vidéo, ils ont annoncé qu’ils voulaient commercialiser SodaStream mondialement, avec une présentation spéciale pour les USA, et qu’ils voulaient montrer le travail et comment ça s’améliorait ».

M. et ses compagnons de travail entendirent que la compagnie prévoyait de « licencier certains travailleurs avant la fin de l’année», mais qu’une commande de 500 millions de dollars des USA avait changé les choses et qu’une « campagne pour soutenir les ventes de la compagnie » sauverait leurs jobs.

La vidéo de YouTube fait clairement partie de la campagne de comm de SodaStream, qui s’est concentrée dernièrement sur les travailleurs palestiniens de la compagnie. Dans un discours donné début février à un séminaire de soutien à Israël à Johannesburg, Amir Sagie, directeur du Département des questions de société civile du Ministère israélien des affaires étrangères, a déclaré : « SodaStream a des lobbyistes désignés – une initiative qui rapporte » (“Trends to expect from BDS & how to klap them,” MyShetl, 6 Février 2013).

D’après M., les travailleurs apparaissant dans la vidéo reçurent des instructions sur ce qu’ils avaient à dire. « En fait j’ai vu la préparation de la compagnie [pour la vidéo]; ils préparaient tous les travailleurs et leur disaient quoi dire et comment le dire », a-t-il dit.

Dans la vidéo, le PDG de SodaStream Daniel Birnbaum apparaît comme s’il était constamment présent dans l’usine de Mishor Adumim. M. a expliqué que ce n’est pas du tout le cas. « J’y ai travaillé longtemps,et je n’ai jamais vu à l’usine. C’est la première fois que je le vois [dans la vidéo]. Ils ont leurs bureaux en Israël et ne viennent pas ici », dit-il.

M. estime que SodaStream emploie 800-850 travailleursà la production, dont 90 % de Palestiniens. Les seuls juifs israéliens faisant du « travail manuel » sont des « nouveaux immigrants, comme ils les appellent ; olim hadashim ou ‘ juifs noirs’, comme il les décrivent ». Seule une toute petite fraction des Palestiniens employés a des posts plus élevés et il n’y en a aucun à la direction. « Dans tout SodaStream, il n’y a que deux contremaîtres palestiniens de Cisjordanie et ils sont sous le contrôle de deux arabes israéliens”, a dit M.

Discrimination

Interrogé pour savoir s’il y a une discrimination entre juifs noirs et blancs, M. répondit : « Oui, c’est certain. Vous ne [trouverez] pas de juifs blancs portant le yarmulke [une kippa] faisant un travail dur ou manuel. Les superviseurs qui font tourner l’usine sont surtout des Russes et ils sont encadrés surtout par les juifs blancs, et nous sommes des ‘Palestiniens’, rien que des travailleurs ».

M. parla aussi des discriminations à l’embauche, expliquant que « la plupart des Israéliens sont embauchés directement par la compagnie » tandis que les Palestiniens de Cisjordanie ont besoin d’un « permis spécial de sécurité pour être employés ». L’usine de la colonie a un officier de sécurité intérieure qui « se charge de demander les permis aux autorités israéliennes ».

M. ajouta que les travailleurs palestiniens de Jérusalem, comme les travailleurs immigrants et les juifs africains, travaillent via des compagnies externes d’intérim et peuvent être embauchés après neuf mois « s’ils s’avèrent être de bons travailleurs ». Sinon, dit-il «ils sont licenciés ».

Le récent rapport de la Mission d’enquête du Conseil des droits de l’homme de l’ONU sur les colonies israéliennes note qu’un « système rigoureux de permis et de quotas qui détermine l’emploi en Israël et dans les colonies est porté à des abus par les entrepreneurs et les intermédiaires ».

« Pas autorisés à prier »

La vidéo vante une mosquée sur place ou les travailleurs musulmans de SodaStream vont prier. M. raconte une histoire très différente. « Un bon exemple de ce qui m’a choqué, c’est les dires [dans la vidéo] sur la liberté de faire nos prières » dit-il. « Ces déclarations sont fausses. Il y a une complète discrimination contre les travailleurs [musulmans] et nous n’avons pas le droit de pratiquer notre religion ».M. nota que la mosquée montrée dans la vidéo « n’est que le vestiaire » et que les superviseurs avaient « même caché les tapis des travailleurs » pour essayer de les empêcher de prier. Les restrictions sont particulièrement sévères sur la ligne de montage où travaillent la plupart des Palestiniens de Cisjordanie. M. expliqua qu’ils ne sont autorisés à prier que si la prière tombe « pendant la pause déjeuner », sinon « ils n’ont pas du tout le droit de prier ».

Ce n’est pas la première fois que SodaStream fait de la promo pour célébrer le multiculturalisme. En 2009, après un traitement négatif par la presse en Suède, l’association des droits des travailleurs Kav LaOved a rapporté que SodaStream organisait « une fête célébrant la constitution multiculturelle de l’usine : Soudanais, Ethiopiens, Russes et Palestiniens ». Le groupe nota que « certains des travailleurs palestiniens, qui ne s’étaient pas inscrit pour l’événement, ne furent autorisés à participer que pendant 1 heure, et retournèrent au travail tandis que d’autres continuaient à célébrer le multiculturalisme en leur nom » (“Multiculturalism at the Soda Club factory,” 2 mai 2009).

Tandis que M. confirma que les travailleurs palestiniens sont payés actuellement « trois ou quatre fois le salaire que nous pouvons obtenir sous l’Autorité Palestinienne » – pas les quatre ou cinq fois plus souvent mentionnées dans la vidéo – ceci n’est venu qu’après des luttes et des protestations des travailleurs où beaucoup ont perdu leur travail, l’intervention de Kav LaOved et la publicité négative en Europe, comme l’a établi le groupe Who Profits from the Occupation? dans un rapport sur SodaStream (“SodaStream: A case study for corporate activity in illegal Israeli settlements,” Janvier 2011 [PDF]).

« Boulot dodo »

Cependant, l’insécurité de l’emploi et les dures conditions de travail rapportées par Who Profits persistent. M. a décrit la semaine de travail à l’usine comme « entre travail et lit », laissant peu de temps pour autre chose. Les employés travaillent dans un système « quatre-deux », signifiant qu’ils travaillent pendant quatre jours, 12 heure par jour, avec deux jours d’arrêt – totalisant 60 heures de travail par période de sept jours. D’après la loi israélienne Horaires de travail et repos, une journée de travail « n’excédera pas 8 heures ouvrées » et les travailleurs postés « n’auront pas plus d’une heure de travail supplémentaire par jour, et la moyenne pour trois semaines ne dépassera pas 45 heures de travail par semaine ».L’usine SodaStream a deux équipes, de jour et de nuit, et M. a expliqué que les travailleurs changent d’équipe tous les quatre jours avec « aucun jour où vous quittez tôt ». Les demandes pour quitter tôt sont rarement acceptées. Ces conditions de travail s’appliquent aux hommes comme aux femmes. M. a expliqué que les ouvrières travaillent aussi en équipe de nuit et de 12 heures.Il nota aussi qu’« il n’y a pas de majorations pour heures supplémentaires ou pour travail de nuit », en violation avec la loi Horaires de travail et repos.

Les travailleurs palestiniens doivent compter 2 heures de plus de transport vers et depuis la colonie israélienne où ils n’ont pas le droit de vivre, ce qui rallonge la journée ou la nuit de travail. « Ils nous emmènent à 6 heures du matin ou du soir et nous arrivons à la maison au moins 1 heure après le travail. On est hors de chez nous près de 14 heures et on n’a pas le temps de voir nos familles » a expliqué M.

Une grande famille ?

Le PDG de SodaStream Daniel Birnbaum a qualifié les travailleurs de l’usine comme une grande famille. M. a contesté ce portrait et expliqué certaines insécurités d’emploi que connaissent les travailleurs palestiniens : « Ils nous traitent comme des esclaves. C’est arrivé souvent sur la chaîne d’assemblage : quand un travailleur est malade et veut prendre un congé maladie, le superviseur le vire le lendemain. Il ne lui donne même pas d’avertissement ni ne l’envoie aux ressources humaines, il le licencie immédiatement.

Birnbaum déclare aussi dans la vidéo que SodaStream n’a reçu aucune incitation du gouvernement pour son usine de la colonie. Pourtant les trois rapports annuels de la compagnie constituée pour la Security and Exchange Commission des USA, y compris le rapport pour 2012, a clairement indiqué que le transfert de leur production « vers un lieu à l’extérieur des territoires disputés » pourrait « limiter certains avantages fiscaux »(“United States securities and exchange commission, SodaStream International Ltd.”). M. a indiqué qu’une certaine production est actuellement déplacée vers une nouvelle usine à Alon Tavor en Galilée, dans l’Israël actuel. « Maintenant ils ont un nouveau département d’assemblage en Israël, et [l’usine] à moins de travail. Ils forcent les travailleurs à travailler moins, quelquefois pour trois jours par semaine seulement, ce qui veut dire moins de salaire ». Ceux qui sont mécontents de 10 à 12 jours de travail par mois « sont libres de partir » ajoute-t-il.

Les rumeurs à l’usine de Mishor Adumim sont qu’elle va fermer bientôt, toute la production allant à l’intérieur d’Israël. Malgré les conditions, M. et les autres « espèrent que les travailleurs pourront se déplacer et continuer à y travailler ». Comme l’expliqua M., « Tous les travailleurs n’ont pas d’autre choix que de travailler dans l’usine de la colonie, nous voulons nourrir nos enfants et il n’y a pas de possibilité de travail dans [les zones de] l’Autorité Palestinienne ».

Une couverture pour l’illégalité

Une mise à jour récemment publiée par Who Profits sur les installations de SodaStream a montré que le site de Alon Tavor sert de couverture pour l’usine illégale de la colonie. Who Profits cite un article de la publication d’affaires israélienne Globes, dans lequel Birnbaum déclarait que les produits vendus en Suède, Suisse, Norvège, Finlande et France sont manufacturés à Alon Tavor à cause de « la sensibilité de ces pays aux produits israéliens manufacturés au-delà de la ligne verte ». Mais en examinant en détail les unités de production répertoriées dans le rapport annuel de SodaStream pour 2012, Who Profits à démontré qu’il ne serait pas possible de produire une machine SodaStream complète à Alon Tavor.

La compagnie a aussi gagné une subvention d’État de 25 millions de shekels (7 millions $) pour la construction d’une nouvelle usine dans la zone industrielle Idan du Néguev (Naqab) capable de contenir toute la production de la compagnie sous un seul toit (“SodaStream wins NIS 25 m grant for Negev plant,” Globes, 4 April 2013).

Birnbaum a menacé récemment de déplacer la production sur un autre continent si les subsides du gouvernement israélien, telles que les subventions et les réductions de taxes, était diminués. D’après le rapport annuel 2012 de SodaStream, son taux réel de taxes était 1,7 % pour 2012 et 10,9 % pour 2011. Le taux d’imposition des sociétés est 25 % en Israël (“SodaStream CEO: More Israel investment depends on incentives,” Globes, 24 April 2013).

Tandis que Birnbaum, redevable à ses investisseurs du Nasdaq, se concentre sur les résultats financiers, son usine coloniale fait partie d’un système décrit par le rapport de la Mission d’enquête du Conseil des droits de l’homme de l’ONU sur les colonies israéliennes comme exerçant « un lourd tribut sur les droits des Palestiniens ». Ce déni systématique des droits élémentaires souligné dans ce rapport crée les conditions qui forcent les Palestiniens à se tourner vers les compagnies des colonies pour trouver des emplois. Le rapport maintient que « l’incapacité pour l’économie palestinienne de se développer et d’offrir des possibilités, le taux de chômage élevé, les salaires en chute sur le marché du travail palestinien, l’inflation et la pauvreté croissante sont des facteurs qui poussent les Palestiniens à chercher des emplois dans les colonies et en Israël ».

Dans un e-mail à The Electronic Intifada, un porte-parole de Who Profits a déclaré que les compagnies coloniales israéliennes exploitent les travailleurs palestiniens tout en affirmant que le travail leur bénéficie. « Une affaire qui opère illégitimement ne peut pas exiger la légitimité de la part des travailleurs et à leurs dépens », a dit le porte-parole. Who Profits ajoutait que dans d’autres cas d’emplois exploiteurs, « la société civile a refusé que ces employeurs soient des représentants légitimes de leurs travailleurs » et soutenu par contre que « les grandes entreprises et les puissances coloniales doivent être tenues responsables de leurs actions ».

En 1996, SodaStream a pris la décision de localiser ses unités de production dans une zone sous occupation militaire et les a maintenues là depuis. Quand elle a été confrontée à cette claire violation du droit international, la compagnie a choisi non pas de l’adresser mais a plutôt cherché à utiliser ses travailleurs palestiniens pour dévier l’attention de son rôle dans le maintien du système colonial injuste d’Israël.

Ce que nous pouvons faire, comme personnes de conscience réellement préoccupées pour les travailleurs palestiniens, c’est de monter des campagnes boycott, désinvestissement et sanctions contre les compagnies comme SodaStream, pour assurer que nous pourrons bientôt célébrer un vrai multiculturalisme, avec des garanties de droits égaux pour tous.

Stéphanie Westbrook est une citoyenne étasunienne basée à Rome, Italie. Ses articles ont été publiés par Common Dreams, Counterpunch, The Electronic Intifada, In These Times et Z Magazine. Suivez-la sur Twitter @stephinrome.

Source : SodaStream « treats us like slaves, » says Palestinian factory worker : http://electronicintifada.net/content/sodastream-treats-us-slaves-says-palestinian-factory-worker/12441

Traduction: JPB pour BDS France