Déclaration sud-africaine du Cap pour le BDS

8 février 2014

 

La Commission parlementaire d’Afrique du Sud a organisé une « Conférence de solidarité pour soutenir les peuples de Palestine, du Sahara occidental et de Cuba » le jeudi 6 février 2014. La séance a été ouverte par une icône de la lutte anti-apartheid, Ahmed Kathrada. Qui fut suivi à la tribune par le vice-ministre sud-africain aux Relations internationales, Marius Fransman ; par le président de la Commission parlementaire des Relations internationales, Mr Tisetso Magama, député ; et les ambassadeurs de Cuba, de Palestine et du Sahara occidental.

L’organisation des droits de l’homme et de solidarité avec la Palestine, BDS Afrique du Sud, s’est félicitée des résolutions et recommandations de la Conférence. En particulier, cette organisation qui mène campagne pour les boycotts, désinvestissements et sanctions a été heureuse de voir qu’il a été recommandé de transmettre le rapport du Conseil de recherche en sciences humaines 2009 (HSRC), qui juge Israël responsable d’apartheid, à des organismes internationaux, comme l’Union parlementaire internationale, la Cour pénale internationale, les Nations-Unies et l’Union africaine.

À cette Conférence parlementaire participaient des députés ainsi qu’un large éventail d’organisations de la société civile, notamment des représentants du plus grand syndicat d’Afrique du Sud, le COSATU ; du Parti communiste sud-africain (SACP) ; du Congrès national africain (ANC) ; de la Ligue de la jeunesse du Congrès national africain (ANC Youth League) ; du Congrès du peuple (COPE) ; des Combattants pour la liberté économique (EFF) ; de la Coalition pour une Palestine libre (CFP) ; des Amis de la société cubaine (FOCUS) ; du Forum solidarité du Sahara occidental ; de Kairos Afrique du Sud ; de Media Review Network (MRN) ; du Parti chrétien démocrate africain (ACDP) ; du BDS Afrique du Sud, ainsi que quelques membres de la communauté juive sud-africaine qui s’identifient aux luttes pour la Palestine, Cuba et le Sahara occidental.

« La Conférence de solidarité est une première du genre au parlement » explique Mr Magama. « C’est l’aboutissement d’un travail considérable qui a été fourni… pour répondre à l’appel lancé par le Président Zuma dans ses discours sur l’état de la Nation depuis 2010, avec le message que la solidarité doit figurer comme un élément fort de l’internationalisme de l’Afrique du Sud…  Le premier objectif de la Conférence est de faire prendre conscience au peuple d’Afrique du Sud des défis communs auxquels sont confrontés les peuples de Cuba, de la Palestine et du Sahara occidental quant au déni des droits humains. »

Ci-dessous, la liste complète des recommandations et résolutions adoptées par la Conférence parlementaire pour la Palestine.

 

Conférence des Relations internationales du Parlement sud-africain : résolutions et recommandations concernant la Palestine

6 février 2014

 

1 – L’Afrique du Sud a l’obligation juridique de par le Statut de Rome d’instituer un tribunal spécial pour juger les crimes de guerre, ceci devant être fait de toute urgence. L’Afrique du Sud doit régler promptement la question du « Gaza Docket » (*) et des Sud-Africains qui servent dans les Forces de défense israélienne.

2 – Le rapport du Conseil de recherche en sciences humaines (HSRC) de 2009 qui juge Israël coupable d’apartheid doit être adopté par le Parlement d’Afrique du Sud et par le gouvernement sud-africain. Le rapport HSRC doit être également communiqué à des organismes internationaux, notamment l’Union parlementaire internationale, la Cour pénale internationale et l’Union africaine.

3 – L’Afrique du Sud a une obligation juridique de mettre fin à toutes transactions financières avec les entreprises coloniales israéliennes, de même qu’avec les banques et entreprises impliquées dans les colonies israéliennes. Ceci à l’instar des mêmes développements en Europe et en d’autres pays.

4 – Sur la scène internationale, l’Afrique du Sud doit faire pression soutenir notamment financièrement les Palestiniens pour un développement socio-économique après la fin de l’occupation illégale israélienne.

5 – Le gouvernement sud-africain doit aider les étudiants palestiniens, par un acte concret de solidarité, de la même manière que l’Inde, Cuba et d’autres pays ont soutenu l’Afrique du Sud dans les années 1980.

6 – L’entrée en Afrique du Sud pour les Palestiniens doit être facilitée.

7 – Le système de santé palestinien doit être soutenu au-delà de la capacité des personnes. L’infrastructure à Gaza, en Cisjordanie et dans les camps de réfugiés doit être aidée.

8 – La Conférence soutient la Déclaration de Robben Island pour la liberté de Marwan Barghouti et de tous les prisonniers politiques palestiniens. (**)

9 – La Conférence soutient l’appel des Palestiniens pour le boycott, désinvestissement et sanctions (BDS), lancé par la majorité des Palestiniens. Des sanctions complètes militaires, financières et politiques doivent être appliquées contre Israël jusqu’à ce qu’il se conforme aux résolutions des Nations-Unies et au droit international et qu’il mette fin à son occupation.

10 – Tous les partis politiques sud-africains doivent faire connaître clairement leur position sur la situation désespérée du peuple palestinien, et ce suffisamment tôt dans la période pré-électorale de 2014.

11 – Les visites de témoignages et de solidarité en Palestine doivent être encouragées, par exemple, à travers le programme EAPPPI (programme œcuménique d’accompagnement en Palestine et Israël) du Conseil œcuménique des Églises (COE).

12 – L’Afrique du Sud doit élaborer et fortifier un bloc diplomatique international en solidarité avec le peuple palestinien.

13 – Le gouvernement et le parlement sud-africains doivent faire campagne pour qu’Israël soit suspendu du réseau interbancaire SWIFT (Society for Worldwide Interbank Financial Telecommunication) (***).  

14 – Les efforts de réconciliation palestiniens doivent être encouragés et aidés.

15 – Notre gouvernement et notre parlement devront déposer les résolutions et recommandations ci-dessus auprès de l’Union africaine, des Nations-Unies et de l’Union interparlementaire (Assemblée nationale d’Afrique du Sud).

 

Notes du traducteur :

(*) « Gaza Docket » : Dossier contenant des preuves de l’implication de Sud-Africains dans les crimes de guerre lors de l’opération israélienne Plomb Durci de décembre 2008 contre la bande de Gazahttp://fr.slideshare.net/MuslimLawyers/gaza-docket

(**) Déclaration de Roben Island : http://kairossouthernafrica.wordpress.com/2013/10/28/full-text-of-historic-robben-island-declaration-for-the-freedom-of-marwan-barghouthi-and-all-palestinian-prisoners/

(***) http://www.memoireonline.com/03/07/403/m_gestion-credits-encaissements-documentaires-importation-amen-bank7.html

 

Media Review Network : http://mediareviewnet.com/2014/02/the-cape-town-declaration/

Traduction : JPP




Pétition UAWC : Les agriculteurs thaïlandais et palestiniens ont besoin de votre soutien !

Union des comités du travail agricole, le 12 février 2014
Chers militants,

Les colonies israéliennes commettent des infractions extrêmes sur le plan humanitaire contre les agriculteurs palestiniens et internationaux en ce qui concerne leurs heures de travail, leurs conditions de travail et leurs salaires.

Aujourd’hui, il y a 24 600 travailleurs thaïlandais qui sont employés dans le secteur agricole en Israël et dans les colonies en Cisjordanie occupée. Les migrants thaïlandais travaillent de 8 à 18 heures par jour, avec un jour de congé par semaine pendant la morte-saison, leurs heures supplémentaires ne sont qu’en partie rémunérées, voire non rémunérées. Ils manipulent toutes sortes de produits chimiques sans aucune protection, même rudimentaire. En plus, les femmes, qui sont déjà une minorité parmi leurs collègues masculins, sont souvent utilisées par les colons comme bonnes ou « masseuses ».

Pour ce qui concerne les agriculteurs palestiniens, rien que dans la vallée du Jourdain, ils sont plus de 7000, dont 10 % sont des femmes et 10 % des enfants de moins de 16 ans, à travailler de façon permanente dans les colonies. Aucun de ces travailleurs n’a de contrat de travail et ils travaillent jusqu’à 18 heures par jour, grimpant en haut des palmiers sans système de sécurité, manipulant des hormones, des pesticides et des engrais sans protection, même rudimentaire, à un rythme infernal. De toute évidence, les accidents de travail sont fréquents qui, au mieux, les rendent handicapés pour toute leur vie, au pire, les tuent, tout cela pour un salaire moyen de 60 NIS par jour (nouveau shekel israélien, soit 12 euros cinquante centimes), et un peu moins encore pour les femmes.

Les agriculteurs, surtout les Palestiniens, sont contraints indirectement de travailler dans de telles conditions étant donné que leurs terres et leurs ressources leur ont été volées, et qu’ils n’ont aucun autre endroit pour travailler que les colonies israéliennes. Il est de notre devoir, en tant que personnes et organisations actives, de faire entendre la voix des agriculteurs et de défendre leurs droits clairement énoncés dans la déclaration internationale de la Via Campesina (http://viacampesina.net/downloads/PDF/FR-3.pdf), laquelle stipule que :

  • les paysans et les paysannes ont le droit à l’intégrité physique et à ne pas être harcelés, expulsés, persécutés, arrêtés arbitrairement, et à ne pas être tués alors qu’ils défendent leurs droits ; 
  • les paysannes ont le droit d’être protégées contre la violence domestique (physique, sexuelle, verbale et psychologique) ; 
  • les paysans et les paysannes ont le droit de vivre dans la dignité ; 
  • les paysans et les paysannes ont le droit au niveau de santé physique et mentale le plus élevé possible ; 
  • les paysans et les paysannes ont le droit à un revenu satisfaisant pour subvenir pleinement à leurs besoins de base, pour eux-mêmes et leurs familles.

La première étape vers une protection et un soutien des agriculteurs est de dévoiler au monde entier quelles sont leurs conditions et ensuite de créer des groupes de pression actifs et forts pour peser sur les décideurs politiques et permettre aux agriculteurs de participer aux prises de décisions politiques, en vertu de la déclaration internationale de la Via Campesina, « les paysans et les paysannes ont le droit de participer activement à l’élaboration des politiques, aux prises de décision, à la mise en œuvre et au contrôle de tout projet, programme ou politique affectant leurs territoires ».
Signez ce texte pour faire entendre la voix des agriculteurs en Palestine, quelle que soit leur nationalité, et faites-le connaître à travers le monde.
Soutien sur : http://uawc-pal.org/ApplyMessage.aspx?ano=881

En solidarité

Union des Comités du travail agricole (UAWC)

 

Gaza
Gaza Bo. Pox : 1301
Téléphone : 08-2879959
Fax : 08-2853075
info@uawc.net

Cisjordanie
Jerusalem Bo.Pox: 20338
Ramallah Bo.Pox: 279
Téléphone : Tel: 02-2980316
Fax : Fax: 02-2965545
info@uawc-pal.org

uawc@palnet.com

Union des comités du travail agricole : http://uawc-pal.org/articleen.aspx?ano=881

Traduction : JPP pour Méhadrindégage




Un aperçu du capital palestinien

Tariq Dana – Al-Shabaka – 19 janvier 2014

Al-Shabaka est une organisation indépendante à but non lucratif dont la mission est d’éduquer et promouvoir le débat public sur les droits humains et l’autodétermination des Palestiniens dans le cadre du droit international.

Cette analyse politique a été rédigée par Tariq Dana, professeur assistant de sciences politiques à l’université d’Hébron, elle se concentre sur la transformation de la société civile palestinienne de mouvements basés sur les masses en ONG à orientation néolibérale.

Alors que la plupart des Palestiniens vivant sous l’occupation israélienne se battent pour survivre, un groupe puissant de capitalistes palestiniens est en train de prospérer et dont l’influence grandit dans le politique, l’économique et le social. Le prix en est, bien trop souvent, leur engagement dans des projets économiques de normalisation. Autrement dit, ils traitent avec les Israéliens comme si ceux-ci étaient des partenaires « normaux » en affaires, et non une puissance occupante qui de façon impitoyable viole les droits des Palestiniens depuis plus de 65 ans.

Dans cet exposé politique, Tariq Dana, membre politique d’Al-Shabaka, met en lumière les façons dont ces capitalistes exercent une influence et un contrôle social, et donne des exemples de projets économiques de normalisation dans lesquels ils se sont engagés.

 

Un aperçu du capital palestinien

La présence des hommes d’affaires palestiniens dans la sphère politique est antérieure à la création de l’Organisation de libération la Palestine. Après la fondation de celle-ci, les capitalistes palestiniens ont joué une variété de rôles dans le mouvement de libération nationale. Certaines factions de l’OLP, et particulièrement le Fatah, ont considéré la classe capitaliste palestinienne comme une « bourgeoisie nationale » et à ce titre, comme une partie indispensable au combat anticolonial, et elles ont en conséquence fonctionné avec elle.

À l’époque, l’engagement des capitalistes palestiniens avec l’OLP consistait à financer, tenir des postes de direction à l’OLP, et assurer une médiation politique. Par exemple, les hommes d’affaires palestiniens ont arbitré entre la direction de l’OLP et le régime jordanien au moment de Septembre Noir, et entre la direction de l’OLP et l’administration américaine dans les années quatre-vingt.

Beaucoup étaient aussi des philanthropes qui soutenaient des projets caritatifs, éducatifs et socio-économiques. Un point de repère à cet égard est la création de l’Association Bien-être en 1983, un coup de pouce dont le projet national palestinien dans les sphères éducatives et socio-économique avait bien besoin après que la masse de guérilleros palestiniens eurent été expulsés de leur base au Liban, lors de l’invasion israélienne de 1982 lancée par le feu Premier ministre Ariel Sharon.

Depuis Oslo, et particulièrement dans ces dernières années, l’influence des capitalistes palestiniens dans le territoire occupée s’est renforcée d’une façon sans précédent. Ils peuvent être divisés en trois groupes principaux :

Les capitalistes « rapatriés », composés de la bourgeoisie palestinienne qui a émergé dans les pays arabes, spécialement dans les États du Golfe, de même qu’en Amérique du Nord et en Europe. Beaucoup de ces hommes d’affaires ont eu des liens très étroits avec l’Autorité palestinienne naissante.

Les capitalistes locaux, composés de deux grands sous-groupes : les grands propriétaires terriens qui, historiquement, jouissaient d’une influence politique et sociale considérable sur les structures sociales ; et les interlocuteurs locaux qui accumulaient les profits en se faisant sous-traitants des sociétés israéliennes après l’occupation de 1967.

Le nouveau riche, qui a acquis une fortune dans une époque plus récente et qui en particulier a profité du processus d’Oslo de diverses façons, comme on le verra ci-après.

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Influencer le processus politique

Comme les autres Palestiniens, les hommes d’affaires se sont débattus avec une condition d’apatride et ont recherché la sécurité qu’un État doit fournir, et dans laquelle leurs sociétés et leurs profits seraient mieux protégés contre l’instabilité et les menaces régionales.

Ainsi, nombre d’entre eux ont soutenu les accords d’Oslo comme une étape clé vers la création d’un État palestinien, certains imaginant même que les « dividendes de la paix » d’Oslo transformeraient la Cisjordanie et Gaza en un Singapour du Moyen-Orient.

Les premiers signes de l’influence capitaliste sur l’Autorité palestinienne naissante (AP) peuvent être vus dans l’article 21 de la loi fondamentale palestinienne, lequel article spécifie que « le système économique en Palestine devra être fondé sur les principes de l’économie du marché libre »(en italique par l’auteur).

Paradoxalement, même les États-Unis, moteur mondial du capitalisme du marché libre, ont une constitution qui est suffisamment souple pour permettre des réponses différentes à des circonstances économiques spécifiques. L’adhésion ouverte au néolibéralisme par l’AP a aidé à créer un réseau institutionnel qui permet à des groupes d’intérêts économiques de manipuler les politiques à des fins privées.

Le néolibéralisme, combiné avec l’autoritarisme politique et la corruption, a renforcé et consolidé ce qui peut être décrit comme le capitalisme de copinage de l’AP. Dès le début, le copinage de l’AP a manifesté des relations spéciales entre le monde puissant des affaires et l’élite politique et sécuritaire de l’AP.

Ce système a naturellement eu des effets néfastes sur l’économie : en favorisant des groupes politiques et économiques privilégiés, il a systématiquement entravé la compétitivité du marché et exclut la majorité des accès des gens aux opportunités économiques significatives. En effet, la capacité des capitalistes à exercer une influence sur la politique du gouvernement s’est renforcée encore davantage, et les politiciens se sont plus encore enrichis.

Durant les années quatre-vingt-dix, la relation spéciale entre certains capitalistes palestiniens et les cercles politiques dirigeants de l’AP a conduit à la centralisation de la politique et à ce qu’une puissance économique se retrouve aux mains de quelques individualités qui ont réussi rapidement à transformer le projet national en un jeu de politique d’intérêts.

Cela a été particulièrement le cas en ce qui concerne la collusion politique et sécuritaire de l’élite de l’AP avec les conglomérats de la Diaspora en dirigeant des monopoles publics-privés de grande envergure. Les monopoles protégés par l’AP touchaient à plus de 25 produits de première importance importés, notamment la farine, le sucre, l’huile, les viandes froides, les cigarettes, les animaux vivants, le ciment, les granulats, l’acier, le tabac, et le pétrole.

Ces monopoles ne furent pas seulement un signe  précoce de la corruption de l’AP, ils étaient aussi l’expression la plus évidente de l’alliance politico-économique émergente qui avait trouvé dans l’AP un mécanisme politique efficace pour réaliser des intérêts économiques privés. En outre, les monopoles étaient sélectivement concédés à ceux des acteurs politico-économiques palestiniens qui jouissaient d’une proximité particulière avec les sociétés israéliennes.

En conséquence, ces monopoles ont eu un impact dévastateur sur l’économie palestinienne et les petites entreprises mais, par contre, ils ont profité à l’économie israélienne. Un certain nombre de responsables politiques et militaire israéliens sont devenus, une fois à la retraite, des partenaires commerciaux de certains capitalistes palestiniens et d’élites politiques de l’AP. En retour, Israël a offert à ces hommes d’affaires et politiciens palestiniens des privilèges spéciaux, tels que l’accès à des autorisations, plus de liberté de mouvement et de commerce, ainsi qu’un laisser-passer de VIP.

Avec la désignation de l’ancien Premier ministre Salam Fayyad et les programmes de gouvernement qu’il a introduits depuis 2008, l’influence du capitalisme sur l’establishment politique s’est encore accrue. Les hommes d’affaires et les technocrates pro-capitalistes ont souvent occupé des postes ministériels majeurs dans les gouvernements Fayyad.

La « réforme » du secteur bancaire qui a eu lieu sous la gouvernance Fayyad est un aspect important de la montée de l’influence politique capitaliste. Ces réformes ont rendu possible pour le gouvernement de contracter des prêts à long terme qui se sont élevés à quelque 4,2 milliards de dollars en 2013 selon une estimation récente : c’est-à-dire à 50 % du PIB, avec un intérêt annuel atteignant les 200 millions de dollars.

Pour une économie largement dépendante de l’aide internationale, ce haut niveau d’endettement du secteur public est en effet alarmant. Comment l’argent a-t-il été dépensé, et comment l’AP remboursera ses dettes, cela reste un mystère.

En outre, le haut niveau des dettes publiques permet aux capitalistes de faire pression sur l’AP pour qu’elle ajuste sa politique conformément aux intérêts des grandes entreprises privées en la menaçant de retirer certains investissements ou d’en bloquer d’autres, comme Alaa Tartor l’a noté dans une étude récente. Il va sans dire que c’est le peuple qui en paie le prix, par exemple quand l’AP a augmenté l’impôt sur le revenu et réduit les dépenses au début de l’année 2012.

Le rôle de ces capitalistes palestiniens est carrément devenu proéminent dans la sphère politique internationale. Ils ont mis tout leur poids dans les tentatives du secrétaire d’État US, John Kerry, pour faire passer un accord de paix par le biais de leur projet commun palestino-israélien « Briser l’impasse ». De plus, ce projet aurait été élaboré sans la participation de la société civile palestinienne ni même de l’AP.

Cela suggère que les capitalistes locaux de copinage sont devenus les premiers bénéficiaires des initiatives de « paix » internationales. Il est difficile de croire qu’un plan de paix qu’ils dirigeraient puisse contribuer à répondre à la question palestinienne pour l’autodétermination, la liberté et la justice. Au contraire, il serait plus susceptible de n’être qu’une opportunité lucrative de plus pour ceux qui bénéficient du statu quo en cours.

Un contrôle social par le biais de la dette et d’autres moyens

Comme dans d’autres parties du monde, le développement du système néolibéral a été étayé par différents mécanismes de contrôle social, et ce pour normaliser l’occupation, pacifier et dé-radicaliser les groupes qui cherchent à résister par différents moyens. Les pratiques de contrôle social en Palestine ont un impact particulièrement destructeur car elles s’accordent avec les contrôles coloniaux ourdis par l’occupation.

Les capitalistes de copinage ont tenté de pratiquer un contrôle social en recrutant la société civile pour servir leurs objectifs, en oeuvrant aux côtés des grands donateurs internationaux. Un moyen consiste à créer de grandes ONG tendant à pénétrer le corps social par la promotion de certaines valeurs élaborées par les institutions financières et les agences de développement internationales afin de soutenir le système néolibéral. Les valeurs de ces ONG sont espérées déteindre sur les autres organisations de la société civile autochtone via l’acquisition de compétences et d’autres projets.

Un autre aspect du contrôle social est la facilitation des prêts privés, laquelle a encouragé une culture de la consommation et a fait tomber de nombreuses personnes dans le piège de l’endettement. Selon le Fonds monétaire de la Palestine, les prêts individuels ont grimpé à environ un milliard de dollars US en 2013 contre environ 494 millions en 2009. On estime que 75 % des employés du secteur public (94 000 sur 153 000) sont endettés.

La dette personnelle est principalement utilisée pour financer la consommation (notamment les emprunts-logement, les voitures, les frais de mariage et les appareils électriques) et elle est rarement investie dans les activités de production. Cette situation de l’endettement personnel a des ramifications sociales importantes car elle favorise un sentiment d’individualisme et entraîne des inquiétudes privées personnelles, poussant systématiquement les gens à abandonner les questions nationales cruciales. Elle pousse aussi à l’apathie politique et mine la pensée critique et l’action contre la nature très oppressive du système.

Encore une autre méthode de contrôle social est l’exploitation des salariés, elle se pratique dans les entreprises appartenant à certains capitalistes locaux où les salariés sont payés bien en-dessous du salaire minimum du gouvernement, annoncé récemment, et qui est de 1450 NIS (306 €) pour le secteur privé.

« Bien que les salariés ont protesté contre ce salaire minimum déclaré par l’AP, qui ne répond pas aux besoins normaux de la vie, beaucoup d’entre nous sont toujours à travailler dans des conditions humiliantes, où nos salaires sont payés en-dessous même de 1000 NIS (211 €). Et malgré cela, il nous faut l’accepter, autrement nous serions jetés à la rue » (interview de l’auteur).

Cette exploitation et ce contrôle de la main-d’œuvre sont exacerbés par le manque de syndicats de salariés efficaces, les syndicats ayant été considérablement affaiblis tant par l’AP que par les capitalistes.

Il est à craindre que le système d’exploitation et de contrôle des salariés s’élargisse et s’institutionnalise au moyen des zones industrielles qui visent à intégrer le capital régional palestino-israélien afin d’exploiter ce bassin de main-d’œuvre palestinienne bon marché. Selon Adam Hanieh, ces zones industrielles n’auront à respecter aucune législation du travail, ni palestinienne ni israélienne, pas plus que les seuils de salaire, ni tout autres conditions de travail, mais le droit de se syndiquer sera supprimé.

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Normaliser la voie économique de l’occupation

La normalisation économique est institutionnalisée dans un large éventail d’activités communes, comme ces zones industrielles, les forums d’affaires israélo-palestiniens, les investissements palestiniens en Israël et dans ses colonies, et dans une gestion commune des ressources aquifères.

C’est le plus haut niveau de l’activité de normalisation dans l’histoire de la lutte palestinienne pour la libération nationale (voir les pages Universités et Culture du mouvement de boycott, désinvestissement et sanctions – BDS – pour une définition de la normalisation).

Des groupes qui agissent pour les droits humains des Palestiniens et leur autodétermination ont publiquement dénoncé certains de ces capitalistes de copinage palestiniens. Ceux-ci ont réagi en prétendant qu’ils cherchaient simplement à servir l’économie palestinienne et la fermeté de la population.

En fait, les projets communs palestino-israéliens représentent le visage le plus hideux de la normalisation, à cause de leur échelle et de leur taille et, plus important encore, parce qu’ils aident la puissance occupante à faire des profits et à infiltrer plus avant ses structures dans le territoire occupé. Ci-dessous, quelques exemples de gros projets de normalisation.

Rawabi

Cette ville planifiée est l’un des investissements privés les plus importants en Cisjordanie et l’un des projets d’envergure les plus controversés. Que ce soit en acceptant et en plantant quelque 3000 arbres donnés en 2009 par le Fonds national juif (qui plus tard ont été arrachés à cause des critiques) ou en contractant avec plus de 10 entreprises israéliennes en tant que fournisseurs, Rawabi illustre la façon par laquelle les profits pour les sociétés privées et la normalisation économique sont propagés sous couvert de « projet national ».

Les zones industrielles

Les zones industrielles dans le territoire occupé sont conduites dans la même logique de qualification en zone industrielle (QIZ – Qualifying Industrial Zone) en Jordanie et en Égypte. Elles concrétisent l’ambition de Shimon Peres pour un « Nouveau Moyen-Orient » où Israël est vu comme le centre économique hégémonique de la région.

Ces zones industrielles sont également très problématiques parce qu’elles intègrent le capital régional palestino-israélien au sein d’une machine impitoyable qui exploite la main-d’œuvre bon marché – des Palestiniens aussi bien que des travailleurs étrangers importés. Même si elles profitent à quelques élites locales des affaires, elles font avancer la matrice de contrôle d’Israël et perpétuent son occupation.

Investissements palestiniens en Israël et dans les colonies

Selon une étude, le capital palestinien est investi en Israël et dans ses colonies illégales à un niveau beaucoup plus élevé qu’en Cisjordanie – entre 2,5 et 5,8 milliards, contre 1,5 milliard.

Le ministère palestinien de l’Économie a accusé l’étude de manquer d’exactitude et d’objectivité, alors que certains économistes ont déclaré qu’elle était affectée de graves problèmes méthodologiques.

Pourtant son message principal reste remarquable. Un membre du personnel du ministère de l’Économie a dit : « De nombreux hommes d’affaires palestiniens investissent dans des colonies industrielles comme Barkan, Ma’ale Adumim, et d’autres parcs agro-industriels dans la vallée du Jourdain » (interview de l’auteur).

Une autre étude d’investigation a fait le constat que de nombreuses sociétés palestiniennes sont impliquées dans le blanchiment de produits dans la vallée du Jourdain. Elles marquent frauduleusement les produits agricoles des colons comme « produits de Palestine » puis elles les exportent sur les marchés internationaux, contournant ainsi les campagnes de boycott dans certains pays d’Europe.

Contracter avec les sociétés israéliennes de sécurité

Un récent article révèle que certaines sociétés palestiniennes (Mövenpick Hotel Ramallah, la Banque de Jordanie, la Banque de Jordanie Ahli, la Banque cairote Amman, Pal-Safe) sont répertoriées comme clients de la société Netacs.

Cette société israélienne de sécurité est la propriété du général de réserve Danny Rothschild, lequel Rothschild a commandé les forces d’occupation israéliennes en Cisjordanie et dans le Sud Liban, et travaillé dans les renseignements militaires.

Partenariat palestino-israélien dans Tech Ventures

Plusieurs entrepreneurs palestiniens collaborent et ont des partenariats avec des entreprises israéliennes de haute technologie.

Le cas de l’entreprise Sadara Venture, basée à Ramallah, n’en est qu’un exemple. Elle a été cofondée par Saed Nashef et Yadin Kaufmann et elle est dirigée par une équipe d’experts israéliens et palestiniens en innovation technologique et services Internet.

Le magazine Forbes a publié un long article soulignant le rôle de la société israélienne Cisco Systems qui a réuni des experts israéliens en haute technologie et des entrepreneurs palestiniens pour aider à la transformation de l’économie palestinienne, à l’instar du succès de la « Startup Nation » d’Israël.

L’article révèle aussi que plusieurs jeunes palestiniens du secteur de la haute technologie ont été invités à rencontrer et à travailler avec leurs homologues israéliens dans les coulisses, « un des dizaines de dialogues axés sur les affaires proliférant simplement – et dans de nombreux cas, secrètement – à travers la Terre sainte ».

 

Quelles mesures faut-il prendre ?

L’influence politique et sociale des capitalistes de copinage palestiniens et leur normalisation économique en cours de l’occupation d’Israël doivent alerter toutes celles et ceux qui sont préoccupés par l’avenir de la cause palestinienne.

En courant après les profits sans se soucier des droits fondamentaux des Palestiniens et de leurs aspirations nationales, ces capitalistes sont allés trop loin. Leurs mécanismes de contrôle social et politique, et leur complicité flagrante dans les projets de normalisation constituent un obstacle structurel à la lutte anticoloniale, et minent la quête palestinienne pour la justice. Plusieurs mesures peuvent et doivent être prises, et notamment :

  • Les hommes d’affaires et investisseurs locaux doivent résister aux tentatives israéliennes d’impliquer le capital palestinien dans les projets de normalisation. Aucune interaction entre le capital palestinien et les affaires israéliennes ne peut servir le développement national et la fermeté des Palestiniens.
  • Si elle ne veut pas être considérée comme complice, l’AP doit concevoir et mettre en œuvre des règles qui orientent la façon dont le capital palestinien doit être investi, et elle doit surveiller rigoureusement ce processus pour s’assurer qu’il sert les objectifs nationaux palestiniens. Des mécanismes efficaces pour une responsabilisation publique sont indispensables pour englober les divers secteurs sociaux et les authentiques acteurs de la société civile
  • La société civile et les institutions universitaires  jouent un rôle important par les études qu’elles dispensent et en attirant l’attention sur la question. Cependant, davantage doit être fait pour amener ces capitalistes palestiniens à rendre des comptes, comme il arrive de le faire au mouvement BDS. Soutenir ces campagnes est nécessaire pour faire que la position de ces capitalistes devienne intenable.
  • L’investissement et le développent commercial doivent prendre en compte les droits humains et la dignité des Palestiniens, et réduire progressivement leur niveau de dépendance de l’aide internationale et de l’économie israélienne, en créant les conditions de base pour différentes formes de lutte et de fermeté.

Plus spécifiquement, il est nécessaire de développer un modèle de développement basé sur le concept de l’économie de résistance, se fondant sur la propre force et confiance en eux-mêmes des Palestiniens, sans aide extérieure, sur une juste distribution de la richesse nationale, et une administration servant un agenda politique, économique et social et de développement, démocratique, sous l’égide de la population.

Le changement nécessaire requiert une restructuration majeure du cadre politique dans son ensemble. Plus que tout, les Palestiniens ont besoin d’une direction qui se consacre à la résistance à l’occupation et agit pour l’autodétermination, la libération, la justice et l’égalité des Palestiniens.

 

Article publié initialement sur le site d’Al-Shabaka le 14 janvier 2014.

Ma’an News Agency : http://www.maannews.net/eng/ViewDetails.aspx?ID=665941

traduction : JPP pour BDS FRANCE




Le traitement « Jim Crow » d’Israël contre les Palestiniens se poursuit

par Ahmad Tibi*, The Hill, 18 décembre 2013

Le nouvel ambassadeur d’Israël aux États-Unis, Ron Dermer, quand il a présenté ses lettres de créance à la Maison-Blanche en début de ce mois, a envoyé un message politique en remettant au Président Obama des boutons de manchette qui auraient été trouvés dans la colonie archéologique négligée de la Cité de David, une colonie qui est, par la violence et dans l’illégalité, imposée à la communauté palestinienne de Silwan, en Jérusalem-Est occupée.

Le choix même du Premier ministre Benjamin Netanyahu pour Dermer a été un choix abrasif et non diplomatique. Les opinions de Dermer sur la solution à deux États sont bien connues : il y est opposé. Toute évolution publique en faveur de cette solution est assurément superficielle.

Netanyahu prétend soutenir la solution à deux États. Pourtant, après la première visite de Netanyahu à Washington où il a rencontré Obama, Dermer l’a qualifiée de « solution immature à un problème compliqué ». Pourquoi contrarier Washington en envoyant un opposant aux deux États représenter les intérêts d’Israël aux États-Unis ?

Je pense que c’est parce que Netanyahu, au fond, n’est pas intéressé par la solution à deux États, et il sait qu’à Washington il a les Républicains, et de nombreux Démocrates, de son côté. Les Républicains de droite choisiront un Premier ministre conservateur d’Israël contre l’avis de leur propre Président, et un nombre étonnant de Démocrates également. Plus tôt ce mois-ci, le sénateur « libéral » Chuck Schumer (D-N.Y.) a déclaré qu’il pensait que le secrétaire d’État John Kerry avait fait une « erreur » en déclarant que l’attachement d’Israël à ses colonies pouvait faire penser que celui-ci n’était pas sérieux à propos de la paix.

Dermer peut soulever un tollé d’antagonisme à Washington si jamais Obama fait pression trop durement sur Israël, parce que la question à Washington ce n’est celle de la justice et de la liberté pour les Palestiniens, mais souvent un absolutisme biblique peu judicieux qui ne se soucie guère des Palestiniens chrétiens ici, et pas du tout des Palestiniens musulmans.

En tant que citoyen palestinien d’Israël, et membre élu de la Knesset, je n’ai pas la même volonté de fermer les yeux devant ce que les législateurs américains manifestent. Je vois régulièrement tous les partisans de Netanyahu à la Knesset tenter de faire voter une loi qui discrimine ouvertement mes compatriotes palestiniens. Il y a, en réalité, déjà plus de 50 lois discriminatoires à notre encontre et davantage encore sont en projet.

Les politiciens américains, qui semblent reconnaissants à l’Amérique d’avoir dépassé sa propre période Jim Crow, regardent fréquemment ailleurs quand il s’agit de la discrimination interne d’Israël. Comme pour les actions d’Israël en Cisjordanie et à Jérusalem-Est occupées, là aussi les politiciens américains ne sont critiques que sporadiquement. La liberté et les droits pour les Palestiniens , au mieux, ne viennent qu’ensuite, si on y pense.

Le fait qu’une discrimination pratiquée contre un autre peuple soit inacceptable au XXIe siècle est à peine perçu par les extrémistes de droite qui gouvernent actuellement en Israël. L’ambassadeur d’Israël aux États-Unis, qui nous est importé de Floride, semble vouloir recréer la réalité Jim Crow qui existait dans son pays d’origine jusqu’à peu avant sa naissance ; ou pour le moins, l’inégalité judiciaire actuelle que l’affaire Trayvon Martin a si effroyablement mis en lumière, et que de nombreux parents palestiniens assimileraient instantanément au système judiciaire israélien avec sa discrimination endémique contre les Palestiniens. En prenant sa fonction, Dermer ne pense pas à ce qui est le mieux pour les citoyens d’Israël, mais le mieux pour la majorité juive d’Israël. Pire encore, il pense à ce qui est le mieux pour la minorité de colons d’Israël en termes d’expansionnisme dans le territoire palestinien occupé.

Un ambassadeur israélien aux États-Unis devrait être aux premiers rangs dans la bataille contre la discrimination et un promoteur des valeurs de la diversité. Mais le sionisme est pour la promotion d’un seul groupe, les juifs et les citoyens juifs d’Israël, et c’est une idéologie en contradiction avec le progrès racial réalisé au cours des 50 années passées dans des pays comme les États-Unis. Ici, en Israël, nous sommes toujours coincés dans notre réalité Jim Crow.

Oui, je suis à la Knesset, mais trop souvent les hasbaristes (propagandistes sionistes) voient les membres palestiniens de la Knesset comme une couverture démocratique, un nappage démocratique qu’ils peuvent mettre en avant et proclamer, « Voyez comme nous sommes démocratiques ». Mais les élections ne font pas une démocratie. La protection des minorités et de nos droits est cruciale et là, Israël échoue lamentablement.

Pourtant, la réussite d’Israël dans la limite des droits des Palestiniens en Israël et dans les territoires palestiniens ne durera pas éternellement.  Au bout du compte, les Palestiniens ne renonceront pas à la solution à deux États. Des hommes comme Dermer et Netanyahu seront surpris de la vitesse à laquelle la lutte palestinienne pourra un jour être reconstituée non comme une bataille pour un État palestinien indépendant, mais comme une bataille pour l’égalité des droits, entre le Jourdain et la Méditerranée. Les politiciens israéliens, et américains de la même façon, seront alors contraints de faire un choix, et savoir s’ils préfèrent l’égalité des droits pour tous, ou des droits exclusifs et supérieurs pour les juifs. S’ils préfèrent un État juif avec un système judiciaire à deux niveaux, ils auront alors à expliquer pourquoi cela serait bien pour Israël, mais que c’est rejeté par le peuple américain.

*Tibi est citoyen palestinien d’Israël et vice-président à la Knesset.

Traduction : JPP pour BDS FRANCE
http://thehill.com/blogs/congress-blog/foreign-policy/193379-israels-jim-crow-treatment-of-palestinians-continues




The Lab, le film qui dérange.

Ce film n’est pas encore sorti en Europe : il raconte comment le gouvernement d’Israël utilise la guerre contre les palestiniens pour inventer, utiliser et vendre des armes au monde entier. Cela fait froid dans le dos…

Il pose la question de manière très crue : Israël a-t-il intérêt à faire la paix ?
http://www.gumfilms.com/projects/lab
Reportage à Lyon avec son réalisateur, Yotam Feldman qui ne laisse pas indifférent.




Le tribunal de Kuala Lumpur conclut qu’Israël est coupable de crimes contre l’humanité et de génocide

Global Research – Bernama – 26 novembre 2013

 

Note de l’éditeur Global Research

La procédure engagée contre l’État d’Israël était diligentée par la Commission des Crimes de guerre de Kuala Lumpur.

Commission Crimes de guerre de Kuala Lumpur (KLWCC) c/État d’Israël

Les membres de la Commission des Crimes de guerre de Kuala Lumpur : Professeur Michel Chossudovsky, Dr Denis Halliday, Mr Musa Ismail, Dr Zulaiha Ismail, Dr Yaacob Merican, Dr Hans von Sponeck.

Travaillant de concert avec leurs homologues malaisiens, les membres de la Commission, le Dr Denis Halliday, ancien secrétaire général adjoint des Nations-Unies, et le Professeur Michel Chossudovsky, directeur du Centre de recherches sur la mondialisation, ont été présents à Kuala Lumpur pendant toute la procédure.

Ce processus judiciaire important a été peu couvert par les médias occidentaux. Global Research publiera plusieurs articles à la suite de ce jugement historique contre l’État d’Israël.

Michel Chossudovsky, Kuala Lumpur, 25 novembre 2013

 


Kuala Lumpur : Le tribunal des crimes de guerre de Kuala Lumpur (KLWCT) a jugé aujourd’hui l’ancien général de l’armée israélienne, Amos Yaron, et l’État d’Israël coupables de crimes contre l’humanité et de génocide pour le massacre de Palestiniens dans les camps de réfugiés de Sabra et Chatila à Beyrouth, en 1982.

Le président de KLWCT, Tan Sri Lamin Yohd Yunus, qui dirigeait un groupe de sept membres, a déclaré que le tribunal était convaincu au-delà de tout doute raisonnable que les deux défendeurs étaient coupables des chefs d’accusation retenus contre eux.

Les autres juges étaient Tunku Sofiah Jewa, le Professeur Salleh Buang, le Professeur mérite Datuk, le Docteur Shad Saleem Faruqi, Datuk Saari Yusof, John Philpot et Tunku Intan Mainura.

Donnant lecture à haute voix pendant près de trois heures du jugement rendu, Lamin a déclaré que le tribunal avait ordonné que des indemnités à la hauteur du préjudice irréparable et des blessures, des douleurs et des souffrances subis par le demandeur, représentant des victimes de crimes de guerre, leur soient versées.

« Même s’il ne perd jamais de vue sa nature de simple tribunal de conscience, sans réelle force exécutoire, ce tribunal juge que les témoins dans cette affaire ont droit, en toute justice, au paiement ou à réparations par les deux parties condamnées » a-t-il dit.

Lamin a exprimé l’espoir que forts de ces conclusions du tribunal, les témoins, qui sont aussi les victimes en l’affaire, trouveront dans un avenir proche un État ou une entité judiciaire internationale capable et disposé à exercer leur compétence pour faire exécuter le verdict du tribunal à l’encontre des deux parties condamnées.

Le tribunal a également ordonné que sa décision soit soumise à la Commission des Crimes de guerre pour faciliter la détermination et la perception des indemnités par le demandeur, pour les victimes de crimes de guerre.

Lamin a noté que le tribunal était pleinement conscient que son verdict était, de par sa nature, purement déclaratif et n’avait aucune force exécutoire.

« Ce que nous pouvons faire… c’est recommander au KLWCT de soumettre cette conclusion de condamnation par le tribunal, avec les actes de ces procédures, au procureur général de la Cour pénale internationale, de même qu’aux Nations-Unies et au Conseil de sécurité des Nations-Unies » a déclaré le juge.

Il a aussi déclaré que le tribunal recommandait que les noms des deux parties condamnées soient inscrits et inclus au registre des Criminels de guerre de la Commission et qu’ils soient, en conséquence, publiés.

Yaron a été inculpé pour son implication directe en sa qualité de général commandant dans le massacre de Sabra et Chatila. C’était la première fois que Yaron était inculpé pour crimes de guerre.

La deuxième accusation était contre l’État d’Israël pour crime de génocide et crimes de guerre contre les Palestiniens.

Les accusations étaient le résultat de plaintes reçues par KLWCT de victimes de Palestine (bande de Gaza et Cisjordanie) et des camps de réfugiés de Sabra et Chatila au Liban, l’an dernier.

Au cours de ce procès de six jours, le tribunal a entendu 11 témoins à charge, dont des Palestiniens de lignée musulmane et chrétienne, de même qu’un chirurgien malaisien, le Dr Ang Swee Chai, qui exerçait au camp au moment du massacre.

Six des témoins ont attesté auprès de KLWCT tandis que les cinq autres ont communiqué leur témoignage par Skype.

Le procureur principal, le Pr Gurdial S. Nijar, a qualifié le verdict d’« important » alors qu’il marque la première fois que l’État d’Israël est reconnu coupable de génocide.

Il a déclaré que le jugement d’aujourd’hui sera soumis au procureur général de la Cour pénale internationale, aux Nations-Unies et au Conseil de sécurité des Nations unies pour une action ultérieure.

Et d’ajouter que le jugement sera également publié et communiqué aux gouvernements à travers le monde pour permettre à tous les États d’exercer leur compétence sur le génocide.

 

26 novembre 2013 – Global Research : http://www.globalresearch.ca/kuala-lumpur-tribunal-finds-israel-guilty-of-crimes-against-humanity-genocide/5359404
traduction : JPP pour BDS France




Lettre de citoyens israéliens pour le BDS (Boycott From Within) à Mike Huckaby et Robert Hood

Chers  Mike Huckaby et Robert Hood,

Nous sommes des militants israéliens soutenant l’appel de la société civile palestinienne en faveur du Boycott, Désinvestissement et Sanctions (BDS) contre la politique israélienne de colonialisme, d’occupation et d’apartheid vis-à-vis du peuple palestinien.

Nous avons récemment appris que vous projetez de donner un spectacle à Tel Aviv. Nous vous écrivons pour vous demander de ne pas venir, car votre spectacle sera directement relié aux efforts de propagande d’Israël, aux dépens du peuple palestinien. S’il vous plaît, écoutez-nous jusqu’au bout.

Les tentatives israéliennes pour masquer des dénis systématiques des droits de l’homme et une oppression des Palestiniens depuis plusieurs décennies, s’appuient sur la capacité d’Israël à conserver une image progressiste et démocratique aux yeux de la communauté internationale. Israël va même souvent jusqu’à se présenter comme « la seule démocratie du Moyen-Orient». Mais la politique israélienne d’apartheid est partie intégrante même de quelque chose d’aussi léger et joyeux qu’un spectacle musical.
Les fans palestiniens de votre musique, qui vivent sous la brutale occupation militaire d’Israël en Cisjordanie ou dans les conditions du siège hermétique de la bande de Gaza, ne seront pas autorisés à venir à Tel Aviv assister à votre spectacle. Bien sûr, ceci n’est qu’un petit exemple ; les privations causées par l’occupation vont bien au-delà de l’interdiction d’assister à un concert. Tous les aspects des vies palestiniennes sont contrôlées par une armée d’occupation étrangère, depuis la possibilité d’étudier, de travailler ou de voyager jusqu’aux permis de construction sur leur propre territoire.

Voici un autre exemple. Les Voyageurs de la Liberté palestiniens (Palestinian Freedom Riders) ont récemment contesté la ségrégation dans les bus israéliens qu’ils ne sont pas autorisés à emprunter. Ces bus transportent des colons israéliens depuis et vers leurs domiciles illégalement construits sur des terres volées [1][2][3]. Des personnalités, et parmi elles de nombreux musiciens et artistes, sont venues voir par elles-mêmes le traitement des Palestiniens sous  domination israélienne et se sont engagées à ne pas légitimer ces politiques racistes.

Le peuple palestinien se voit refuser des libertés fondamentales : la liberté de mouvement, la liberté d’accéder à leurs terres volées et la liberté de protester contre l’injustice sans subir une répression brutale[4]. Ceux qui vivent dans la bande de Gaza (56% d’entre eux étant des enfants) supportent un siège débilitant, limitant leur accès à l’eau, aux soins et traitements médicaux, et aux matériaux de construction [5].

À Silwan, près de Jérusalem Est, à 45 minutes du lieu prévu pour votre  concert, des enfants sont enlevés de leurs maisons, enviolation du droit international, et subissent de violents interrogatoires policiers sans l’assistance de leurs parents ou d’un avocat [6]. Tous ces crimes ont lieu à une heure seulement de votre futur concert.

Des représentants de la société civile palestinienne, incluant plus de 170 organisations différentes, de femmes, d’universitaires, de travailleurs, ont lancé un appel en faveur d’une campagne de boycott, de désinvestissement et de sanctions (BDS) contre la politique israélienne. Ils demandent en particulier aux artistes internationaux de ne pas se produire en Israël jusqu’à ce que cet état respecte ses obligations selon le droit international et change de politique [7].

Dans une cynique opération de relations publiques pour distinguer Tel Aviv d’Israël, des représentations données par des artistes internationaux à Tel Aviv sont utilisées pour vendre la ville comme une bulle « cool » et « éclairée ». Ceci est notoirement faux. Tel Aviv a été construite, ou pour être plus précis, étendue, sur les ruines de plusieurs villages palestiniens dont les habitants ont été tués ou expulsés pendant la Nakba, l’épuration ethnique qui a eu lieu en 1948 [8].

De plus, Tel Aviv est un pilier de la culture et de l’économie qui soutiennent l’apartheid d’Israël. Voici un lien à une photo d’une affiche officielle de la municipalité de Tel Aviv[9].

Et voici encore un autre exemple, particulièrement pertinent pour votre spectacle : les propriétaires du Block Club à Tel Aviv sont très fiers que le Ministre israélien des Affaires étrangères utilise leur nom dans ses vidéos promotionnelles. Ce même ministre qui « voit la culture comme un outil de propagande de premier plan et ne distingue pas entre propagande et culture »[10] (Traduit de l’hébreu : « Le Block club est connu comme un centre culturel et musical, où des artistes internationaux de premier plan se produisent régulièrement. Un lieu qui est reconnu, à la fois en Europe et aux États-Unis, comme l’un des meilleurs night-clubs du monde aujourd’hui. Si bien que le service de propagande du Ministère des Affaires étrangères l’a choisi pour représenter Israël dans une image officielle destinée à stimuler le tourisme » (Source en hébreu: [11])).

Le Ministère des Affaires étrangères d’Israël utilise tous les spectacles internationaux à Tel Aviv à de telles fins de propagande.

Les faits montrent clairement que Tel Aviv n’est pas si sympathique, c’est la plateforme financière de l’apartheid et du militarisme.

De nombreux artistes sont venus ici pleins de bonne volonté, avec l’intention de se servir de leur art pour changer l’opinion publique israélienne et répandre un message de paix. Roger Waters était l’un d’eux (svp voir ci-dessous). Ces artistes ont finalement compris que leurs spectacles, malgré leurs bonnes intentions, ont été détournés et utilisés pour donner un feu vert à l’actuelle politique d’oppression d’Israël.

Voici quelques citations d’artistes importants et de personnalités :

-Roger Waters: « De mon point de vue, le contrôle odieux et draconien qu’Israël exerce sur les Palestiniens assiégés dans Gaza et les Palestiniens de la Cisjordanie occupée (y inclus Jérusalem Est), couplé au refus des droits des réfugiés à retourner dans leurs maisons en Israël, impose que les peuples impartiaux du monde entier soutiennent les Palestiniens dans leur résistance civile non violente. Pour moi, cela signifie déclarer mon intention d’exprimer ma solidarité non seulement  avec les Palestiniens, mais aussi  avec les milliers d’Israéliens qui désapprouvent la politique raciste et coloniale de leur gouvernement, en rejoignant la campagne de Boycott, Désinvestissement et Sanctions (BDS) contre Israël, jusqu’à ce que cet état respecte les trois droits humains fondamentaux exigés par la loi internationale ». [12]

-Faithless: « Nous avons été sollicités pour donner quelques représentations cet été dans votre pays et c’est avec le cœur très lourd que j’ai eu le regret de refuser cette invitation. Alors que des êtres humains voient sciemment déniés non seulement leurs droits, mais aussi leurs besoins, ceux de leurs enfants et de leurs grands-parents, j’ai le sentiment profond que je ne peux pas envoyer un signal, même tacite, que ceci est « normal », ou « ok » ».[13]

-Archevêque Desmond Tutu d’Afrique du Sud : « Les Boycotts, Désinvestissements et Sanctions internationaux contre le régime d’apartheid, combinés avec les luttes de masse à l’intérieur de l’Afrique de Sud, ont conduit à notre victoire … De même que, pendant l’apartheid,  nous avons dit aux artistes internationaux qu’il n’était pas approprié de se produire en Afrique du Sud dans une société fondée sur des lois discriminatoires et la ségrégation raciale,  il serait aussi mal … de se produire en Israël «». [14]

À cause de tout ceci, nous vous demandons de reconsidérer votre participation au blanchiment de l’apartheid israélien. S’il vous plaît, dressez-vous contre l’oppression et en faveur de la libération, contre le racisme profondément enraciné et en faveur de la justice et de l’égalité pour tous.

Nous répondrons volontiers à toute question ou tout commentaire que vous pourriez avoir.

Bien à vous,

BOYCOTT! Soutien de l’intérieur à l’appel palestinien BDS

(URL: http://boycottisrael.info/ , Email: admin@boycottisrael.info )

Source : http://boycottisrael.info/content/israeli-citizens-please-do-not-legitimize-racism-occupation-and-apartheid-please-heed-palest

Traduction: Catherine G. pour la Campagne BDS France




La campagne pour les droits des Palestiniens en Europe

L’évolution de l’Union européenne (UE) en a fait un acteur important dans les configurations de pouvoir et la dynamique politique du Moyen Orient. Dans le cas du conflit israélo-palestinien, la politique de l’UE a été inconsistante et incohérente.

 

Malgré de nombreuses déclarations condamnant les violations par Israël du droit international, l’UE continue à coopérer avec Israël dans des domaines variés : science et technologie, transports (Espace aérien commun (EAC)), agriculture, navigation par satellite (Galileo) et services de police (EUROPOL). En accordant explicitement un tel soutien à Israël malgré ses nombreuses violations du droit international, reconnues internationalement, l’UE se fait complice de ces violations. Par exemple, parmi les bénéficiaires des bourses de recherches de l’UE et donc de l’argent de ses contribuables, figurent Aerospace Industries (IAI), l’entreprise publique qui fabrique les drones israéliens et des produits pour les champs de bataille, et Elbit, une compagnie critiquée pour sa participation au renforcement du contrôle israélien sur les territoires occupés et pour avoir fourni des technologies de surveillance pour la barrière de séparation israélienne en Cisjordanie. De fait l’UE et ses États-membres échouent à mettre en pratique le droit international, à promouvoir le droit des Palestiniens à l’auto-détermination, à faire usage d’une juridiction universelle et à faire respecter le droit européen.

L’échec de la communauté internationale à demander des comptes à Israël, l’échec de l’UE et de ses États-membres à respecter les dispositions pertinentes de sa propre constitution – qui affirme pourtant l’engagement de l’UE à respecter les droits et libertés fondamentaux — ont poussé la société civile européenne à intervenir et à agir pour obtenir un changement de politique.

Le comité de coordination européen pour la Palestine (ECCP) est la plus grande coalition européenne issue de la société civile en faveur des droits palestiniens ; elle est composée de 46 organisations non gouvernementales (ONG), de syndicats et d’associations de 20 pays européens. Nous travaillons en collaboration étroite avec une large gamme de partenaires, incluant des organisations palestiniennes, le mouvement global de solidarité avec la Palestine et des organisations israéliennes de défense des droits de l’homme, comme les Anarchists Against the Wall (Anarchistes contre le Mur), le Boycott from Within (Boycott de l’intérieur) et The Israeli Committee Against House Demolitions (Comité israélien contre les démolitions de maisons). L’ECCP soutient et a signé l’appel de 2005 du mouvement BDS (Boycott, Désinvestissement et Sanctions).

Notre but est d’encourager l’UE à adopter des mesures effectives pour garantir le respect des droits palestiniens, l’adhésion au droit international et la fin de l’impunité d’Israël pour ses violations et ses crimes. Nous exerçons donc des pressions sur les différents groupes et partis afin qu’ils intègrent la question des droits palestiniens lorsqu’ils discutent d’accords passés ou en négociation entre l’UE et Israël. Pour cela, nous assistons aux réunions des comités ; nous fournissons des informations précises aux membres du Parlement européen et aux autres agents de l’UE ; nous publions des prises de position en direction du grand public et des organes de l’UE, du cabinet de Catherine Ashton (Haut représentant de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité) et des médias ; nous lançons des campagnes publiques afin de réduire la collaboration de l’UE avec Israël; et nous promouvons une culture des droits et responsabilités en organisant des séances publiques au Parlement européen.

 

Plus précisément, nos campagnes récentes et en cours visant l’UE incluent :

– une campagne publique contre l’Accord sur l’évaluation de la conformité et l’acceptation des produits industriels (ACAA) signé entre l’UE et Israël en 2011. Avec des milliers d’ONG qui ont rejoint la campagne, les participants, ainsi que des défenseurs des droits de l’homme, ont envoyé plus de 50000 messages à leurs représentants au Parlement européen ;

– une campagne pour la suspension de l’accord d’association entre l’UE et Israël, qui accorde à Israël des tarifs favorables pour l’exportation de produits vers l’UE. L’article 2 de l’accord exige sa suspension en cas d’abus contre les droits de l’homme ;

– une campagne pour l’interdiction dans l’UE des produits issus des colonies et des compagnies israéliennes qui les exportent. Les directives de juillet 2013 de l’UE sont un résultat de cette campagne et une première étape dans la bonne direction (voir ci-dessous) ;

– un appel pour l’embargo de l’armement européen d’Israël, soutenu par le Réseau européen contre le commerce des armes (European Network Against Arms Trade) ;

– une campagne contre le recours à la société G4S [entreprise internationale controversée pour ses  activités dans les prisons israéliennes] pour les contrats de sécurité dans les bâtiments de l’UE, suivant une décision de l’UE de ne pas renouveler un précédent contrat avec G4S en avril 2012 ;

– des campagnes contre la revalorisation des relations économiques entre l’UE et Israël et des subventions européennes aux programmes de recherche israéliens, comme Horizon 2020, en particulier contre l’inclusion de compagnies israéliennes impliquées dans les colonies ou d’autres violations du droit international.

Directives de l’UE sur le financement

En juin 2013, la Commission européenne a publié dans le Journal officiel de l’UE ses « Directives pour l’éligibilité des entités israéliennes et de leurs activités dans les territoires occupés par Israël depuis juin 1967, en ce qui concerne les bourses, prix et instruments financiers subventionnés par l’UE à partir de 2014 ». Le document stipule que tout accord futur entre Israël et l’UE devra inclure une clause spéciale affirmant clairement que les colonies israéliennes dans les territoires occupés en 1967 ne font pas partie de l’état d’Israël et de ce fait ne sont pas inclus dans les accords entre Israël et l’UE.

Les nouvelles directives excluent toute entité israélienne ayant une activité dans les territoires palestiniens et syriens occupés de la participation aux instruments financiers de l’UE, comme les prêts. Parmi les entités exclues de ces prêts de la Banque d’investissement européen figurent des banques israéliennes importantes, comme la banque Hapoalim, la banque Mizrahi Tefahot et la banque Leumi, parce qu’elles opèrent illégalement dans les territoires palestiniens et syriens occupés, y compris en ayant des branches dans les colonies israéliennes illégales.

Pour la première fois, l’UE a adopté une position concrète en déclarant que des compagnies ou des institutions opérant dans les colonies israéliennes ne seront pas éligibles pour des subventions de l’UE. Ils y ont mis le temps !

Les directives ne constituent cependant pas une obligation pour les États membres. Ce sont plutôt de simples recommandations. Cependant, si elles sont appliquées, des instituts universitaires ou gouvernementaux, ainsi que de nombreuses compagnies israéliennes et internationales, cesseront de recevoir des subventions de l’UE tant qu’ils maintiendront leurs activités dans les territoires occupés.

 

Ces Directives constituent une étape importante en ce qui concerne la politique de l’UE vis à vis d’Israël ; mais l’UE demeurera profondément complice de l’apartheid imposé par Israël, même si ces directives sont complètement appliquées. L’accord d’association entre l’UE et Israël garantit à Israël des arrangements commerciaux préférentiels et une participation aux programmes de l’UE. Le fait que cet accord est maintenu en dépit des violations constantes par Israël des droits des Palestiniens témoigne du consentement de l’UE à ce qu’Israël demeure impunie. De plus les nouvelles directives n’empêcheront pas les entreprises militaires israéliennes de recevoir des subventions de l’UE, ni les universités israéliennes d’obtenir des financements, malgré leur implication dans la recherche militaire et les projets de développements d’armes.

Ces mesures censées prendre effet au premier janvier 2014 sont extrêmement tardives, si l’on considère que l’UE a déjà déclaré que les colonies israéliennes des territoires palestiniens et syriens occupés sont illégales, qu’elles violent le droit international et contreviennent aux décisions des Nations Unies et de l’UE.

En dépit de telles décisions et d’une position prise de longue date sur l’illégalité des colonies, l’UE continue à importer  des produits provenant des colonies israéliennes. Fait encore plus surprenant : deux semaines avant la publication des Directives du 5 juillet 2013, l’UE a accordé une subvention à Ahava – une société israélienne de cosmétiques d’une colonie de Cisjordanie occupée, contribuant ainsi au délit de pillage. Sous l’égide de cet accord de subvention de l’UE, Ahava va coordonner le projet de recherche Super-Flex sur les produits cosmétiques. Plus de 6 millions d’euros (8 millions de dollars) du budget de ce programme viennent de fonds européens.

Les Directives elles-mêmes sont nettement insuffisantes pour inciter Israël à mettre fin à ses implantations, voire même à limiter leur expansion. Mais ce qui est important, c’est le fait que sous la pression des organisations de la société civile, l’UE a reconnu l’illégalité du régime israélien d’occupation dirigé contre le peuple palestinien et la nécessité de mettre un terme à certains aspects de sa profonde complicité dans le maintien de ce système illégal.

Avant la reprise de « pourparlers de paix », l’UE a émis des Directives concernant les entreprises, incluant l’étiquetage des produits, dont la publication était prévue fin 2013. Actuellement, la position officielle de l’UE est qu’il n’y aura pas d’adoption d’une nouvelle position avant la fin des négociations.

Vers un boycott

Contrairement à ce qu’avancent les média grand public en Europe, les directives ne constituent pas un boycott des colonies israéliennes. Ces recommandations exigent en pratique que toutes les entités exerçant en Israël et en dehors des frontières de 1967 fassent une distinction entre les colonies et Israël. Bien que les déclarations officielles de l’UE réaffirment leur position contre des sanctions imposées à Israël, nous avons pu constater en mars 2013 que 23 membres du Parlement européen de différents partis politiques ont interpelé Catherine Ashton, la Commissaire européenne à la politique étrangère, afin qu’elle suspende l’accord d’association UE-Israël. Voici ce qu’ils lui écrivaient : « La poursuite de l’autorisation de la colonisation du gouvernement israélien de même que plusieurs actes de violations des droits humains abondamment documentés par les Nations Unies et les organisations internationales de droits humains, sont en violations des engagements pris par Israël dans l’article 2 de l’accord ».

Fait encore plus intéressant, la lettre a été initiée par des membres du Parlement européen appartenant à l’ALDE (Alliance des Libéraux et Démocrates pour l’Europe) qui avaient voté l’an dernier en faveur de l’ACA UE-Israël (Accord relatif à l’évaluation de la conformité et l’acceptation des pro­duits industriels).

Des organisations de la société civile et des droits humains ont travaillé dur avec les militants de la campagne BDS au cours des dernières années pour informer et convaincre les représentants officiels de l’UE sur la complicité de l’UE dans la violation par Israël du droit international et des droits humains des Palestiniens. Il était particulièrement important de fournir aux conseillers politiques et aux représentants officiels d’Israël et de la Palestine dans les institutions européennes, des rapports récents et des analyses d’organisations palestiniennes comme Al Haq et d’autres, rapports qui montrent l’impact des accords commerciaux UE-Israël sur les droits humains en Palestine. D’un autre côté, nous avons coopéré avec des juristes qui nous ont aidés à convaincre les représentants de l’UE que le soutien continu de l’UE aux sociétés israéliennes et internationales impliquées dans l’occupation est en contradiction avec le droit de l’UE lui-même. Des actions et manifestations contre la coopération de l’UE avec les sociétés profitant de l’occupation israélienne telles que G4S, Veolia et d’autres, démontrent que les organisations de la société civile s’opposeront systématiquement au  soutien de l’UE à ces sociétés.

Les organisations de terrain de la société civile forcent l’UE à reconnaître sa responsabilité juridique dans la cessation des liens avec le régime israélien d’occupation et d’apartheid vis-à-vis du peuple palestinien et aussi  à reconnaître sa complicité dans le maintien de ce système illégal.

Un des enjeux pour les organisations de la société civile est de faire pression sur l’UE pour qu’elle mette en œuvre sa propre législation à l’égard des accords avec Israël et des entreprises militaires qui profitent de l’occupation. Des directives devraient aussi être adoptées de manière à mettre fin à la politique européenne d’attribution de fonds de recherche à des sociétés militaires israéliennes comme Elbit Systèmes, qui testent leurs systèmes sur les Palestiniens. Le complexe militaire israélien fournit l’armement et la technologie qui permet à Israël de commettre des atrocités et des violations quotidiennes des droits humains. Quant au domaine commercial, par exemple, le simple étiquetage des produits des colonies est insuffisant. Les produits des colonies devraient être interdits sur le marché européen. La prochaine étape, pour les organisations de terrain et de la société civile devrait être une campagne européenne appelant l’UE à lancer une interdiction des produits des colonies. De plus, il nous faut encore voir comment les directives vont être mises en œuvre.

Tandis que se poursuivent les négociations sur la participation d’Israël au programme Horizon 2020 de 70 millions d’euros de financement de la recherche, Israël et ses alliés ont fait tout ce qui était en leur pouvoir en matière de pression sur l’UE pour reporter ou ne pas appliquer les Directives. En signe de protestation, un groupe de 51 membres du Parlement européen a écrit à Catherine Ashton, la Commissaire européenne aux affaires étrangères, dernier appel en date auprès de l’UE pour ne pas édulcorer les nouvelles Directives qui prohibent la reconnaissance par l’UE de la souveraineté d’Israël sur la Cisjordanie et sur la bande de Gaza. Dans cette lettre, les parlementaires, de différents bords politiques, expliquent qu’ils « sont convaincus que les colonies israéliennes ne devraient pas profiter de l’argent des contribuables européens ».

Aujourd’hui, il est important que nous fassions pression sur les députés européens et sur la Commission européenne pour nous assurer que les Directives sont pleinement et correctement appliquées. De plus, nous devons contrôler le futur accord UE-Israël pour agir en temps voulu contre tout rehaussement des relations économiques UE-Israël.

La société civile, les militants du BDS inclus, devra continuer à jouer un rôle important dans la veille sur l’application des Directives et dans la pression à exercer pour l’exclusion des fonds européens de toute entité israélienne inéligible à ces fonds. Nous devrions aussi travailler à obliger l’UE à reconnaître que l’apartheid israélien est le système en vigueur des deux côtés de la ligne verte de 1967. Enfin, l’UE a la responsabilité de faire reconnaître les violations des droits humains perpétrées par les organismes publics et privés israéliens contre les citoyens palestiniens d’Israël et contre les réfugiés palestiniens. Cette reconnaissance devrait se manifester par la réduction de la complicité de l’UE et par l’adoption d’instruments coercitifs de nature à interdire effectivement tout produit fabriqué, cultivé ou emballé dans les colonies israéliennes sur le marché européen ainsi que par l’arrêt de tout subventionnement de recherche de sociétés militaires israéliennes.
Aneta Jerska – coordinatrice  du Comité de Coordination Européen pour la Palestine
http://www.eccpalestine.org/campaigning-for-palestinian-rights-in-europe/
Article publié dans Al-Majdal de Badil.

(Traduction CG et SF pour BDS France. 3 novembre 2013.




Ces boycotts qui aident les Palestiniens

Ben White expose les quatre raisons principales pour lesquelles un boycott des marchandises israéliennes profite au peuple palestinien.
Les Palestiniens qui travaillent dans les colonies – contrairement à l’impression que veut donner la propagande pro-Israël – doivent endurer des conditions de travail déplorables et dégradantes.

Alors que les gouvernements et les organisations de la société civile à travers le monde développent leurs efforts pour cibler les marchandises produites dans les colonies illégales d’Israël, le gouvernement israélien et les anti-BDS renforcent leur propagande contre la campagne BDS.

L’une des principales tactiques adoptées par ceux qui veulent enrayer l’afflux de boycotts consiste à déclarer qu’en fait, ces mesures nuisent aux Palestiniens. C’est sur une telle base que le ministère des Affaires étrangères israélien (MAE) s’oppose au boycott depuis quelques temps, mais vu les récents développements en Afrique du Sud et dans l’Union européenne, l’accent a été remis sur les effets contreproductifs d’une telle tactique.

Il y a eu des initiatives propagandistes israéliennes conjointes, gouvernement-colons, et un document officiel du MAE a même circulé sur « les conséquences de l’étiquetage des produits des colonies sur l’économie palestinienne ». « Si les Européens réussissent à interdire les produits israéliens venant de Cisjordanie » a déclaré en juin l’ambassadeur d’Israël aux Nations-Unies, « il en résultera une perte d’emplois pour plusieurs milliers de Palestiniens ».

Il est intéressant de noter ici qu’on retrouve un parallèle avec les arguments autrefois utilisés contre la campagne internationale de boycott contre l’apartheid en Afrique du Sud et auxquels les militants de l’ANC étaient confrontés, prétendant que «  la population non blanche serait la première touchée par les boycotts extérieurs ». Cette comparaison mise à part, l’argument est irrecevable, et ce pour quatre raisons.

La première : malgré la préoccupation affichée par les lobbyistes anti-BDS pour le bien-être du travailleur palestinien, le principal ennemi de celui-ci est, en réalité, l’occupation israélienne. Le régime colonial d’Israël – au cœur duquel on trouve les colonies – est caractérisé par les restrictions aux déplacements et par un accès discriminatoire aux terres, et régulièrement la Banque mondiale et le FMI soulignent qu’il est le principal frein à la croissance économique.

Rappel du contexte. Les colonies ont été à plusieurs reprises condamnées comme illégales au regard du droit international. La Résolution 452 du Conseil de sécurité des Nations-Unies décrit la politique de colonies de peuplement d’Israël comme « n’ayant aucun fondement légal » et constituant « une violation de la Quatrième Convention de Genève », un avis partagé par les Hautes Parties contractantes de la Convention. L’Assemblée générale des Nations-Unies et la Cour internationale de Justice ont adopté des avis similaires.

De surcroît bien sûr, l’impact des colonies sur la population palestinienne est considérable et désastreux, avec comme conséquences « des agriculteurs palestiniens qui perdent leurs terres et leurs moyens de vivre » comme l’a indiqué la Croix-Rouge. Les colonies et leur régime associé «  restreignent la capacité (des Palestiniens) à se déplacer librement » ont déclaré les Nations-Unies, et constituent «  une violation grave de l’interdiction de discrimination » (Amnesty International).

Deuxième raison : les Palestiniens qui travaillent dans les colonies – contrairement à l’impression que veut donner la propagande pro-Israël – doivent endurer des conditions de travail déplorables et dégradantes. En 2012, le contrôleur de l’État d’Israël a fait un rapport sur les zones industrielles des colonies de Cisjordanie et il a noté, entre autres, « des risques graves pour l’environnement », et des négligences « dans le domaine de la sécurité et de l’hygiène » qui mettent en évidence un « mépris pour la vie humaine », et « mettent réellement en danger le bien-être, la santé et la vie des travailleurs ».

En outre, 93 % des travailleurs palestiniens dans les colonies « n’ont ni syndicat ni comités pour les représenter », et la plupart « gagnent moins du salaire minimum israélien ». Les permis de travail exigent «  l’approbation du Service de sécurité national israélien » et on estime qu’un travailleur palestinien sur dix dans les colonies « travaille en fait sur des terres qui leur ont été confisquées et appartenaient auparavant à leurs familles ou à l’un de leurs parents ».

Troisième raison : évoquer les Palestiniens qui travaillent dans les colonies comme une raison pour ne pas cibler l’apartheid israélien pour le boycott relève d’un cynisme particulier, étant donné que la population occupée n’a que des possibilités très limitées d’emploi dans une économie et une société gravement sous pression du fait de la colonisation israélienne. Il n’est pas surprenant qu’une étude ait révélé que 82 % des travailleurs palestiniens « ont le désir et la volonté de quitter leur travail dans les colonies, à condition qu’une alternative acceptable se présente » – des alternatives qui ne se présentent pas, justement à cause de l’occupation israélienne.

En réalité et mis à part le parallèle avec l’époque de l’apartheid d’Afrique du Sud, ceux qui attaquent le boycott, au nom des « travailleurs palestiniens », renvoient à ce que prétendent ces sociétés qui défendent les ateliers clandestins : « Et alors, au moins ils ont un travail ! » – une raison fort justement rejetée par les militants des campagnes et les organisations des droits humains.

Enfin, quatrième raison : l’appel BDS émane des Palestiniens eux-mêmes, notamment des organisations comme les Comités palestiniens d’entre-aides agricoles (PARC – Palestinian Agricultural Relief Committees), l’Association des agriculteurs palestiniens (Palestinian Farmers Association), le Syndicat des agriculteurs palestiniens (Palestinian Farmers Union), et le Syndicat des comités du travail agricole (Union of Agricultural Work Committees). Les voix anti-BDS, du gouvernement israélien aux libéraux condescendants, ne tiennent aucun compte de ces exigences pour la solidarité et le boycott, mais fort heureusement, d’autres, beaucoup plus nombreuses, les entendent.

Ben White est journaliste indépendant, écrivain et militant, spécialiste Palestine/Israël. Il est diplômé de l’université de Cambridge.

Suivre sur Twitter : @benabyad

Du même auteur :

Un processus de paix qui protège Israël
Le gouvernement israélien intensifie la lutte anti-boycott
Pourquoi un boycott des universités israéliennes est pleinement justifié
Un syndicat d’étudiants au Royaume-Uni appuie les initiatives de boycott sur les campus
B.D.S. : Trois simples lettres, pour l’un des conflits les plus polémiques au monde, peuvent-elles écrire Libération ?
Une année déjà, depuis qu’Amir Makhoul a été emprisonné pour avoir exercé ses droits politiques
Semaine de l’apartheid israélien : un manuel du débutant
Beit Sahour : un microcosme de la colonisation israélienne

[…]

16 août 2013 – Al Jazeera – traduction : Info-Palestine/JPP




Compte rendu de la conférence BDS palestinienne du 8 juin à Bethléem

Ramallah, 8 juin 2013

Le 8 juin 2013, le Comité national palestinien BDS (BNC) [1] a organisé sa « quatrième conférence nationale BDS » à l’université de Bethléem, sous le slogan : « Boycotter Israël et s’opposer à la normalisation contribuent à la libération, au retour des réfugiés et à l’autodétermination ». Avec 700 participants, principalement des représentants des entités membres du Comité national, dont les partis politiques, les syndicats, les associations de femmes, les syndicats professionnels, les groupes de jeunes et étudiants, et d’autres organisations de la société civile, la conférence a été saluée par plusieurs commentateurs comme un « tournant » pour le travail local du mouvement BDS. Une partie substantielle du mérite en revient aux efforts désintéressés de dizaines de volontaires – surtout des jeunes -, capables et dévoués, qui ont travaillé de longues semaines pour organiser tous les aspects de la conférence.

Des membres du Conseil législatif palestinien et du Comité exécutif de l’OLP ont aussi pris part à la conférence, soulignant la reconnaissance officielle de l’influence et de l’impact croissants du mouvement BDS.

Cette conférence nationale BDS a fourni une tribune éminente pour échanger les idées parmi les militants palestiniens, jeunes et étudiants, syndicalistes, militantes femmes, décideurs, intellectuels, universitaires, représentants du secteur privé et principaux réseaux d’ONG.

La conférence visait à promouvoir et à permettre le développement efficace, dans la société palestinienne, de campagne BDS sectorielles avec des stratégies claires et des équipes de direction. En décrivant comment Israël cherche de plus en plus des « feuilles de vigne » palestiniennes ou plus largement arabes pour dissimuler la montée de l’occupation, de la colonisation et de l’apartheid, un des principaux thèmes traités a été celui de la normalisation économique, universitaire, culturelle, de jeunesse et dans le secteur des TIC, avec Israël – et les moyens de l’affronter.

Après l’hymne national, Mme Haitham Arar, représentante de l’Union générale des femmes palestiniennes au BNC, a introduit les orateurs invités de la cession d’ouverture intitulée « Le boycott d’Israël, une résistance enracinée, contemporaine et universelle ». Frère Peter Bray, président de l’université de Bethléem, à commencé par un discours d’accueil soulignant l’importance du mouvement BDS comme trame efficace d’éducation et d’action non-violente élèvant la conscience publique et donnant des moyens à différents secteurs de la société pour participer à la lutte pour la liberté et les droits humains. Mme Fadwa Barghouthi a lu un message de soutien de Marwan Barghouthi, un haut dirigeant du Fatah membre du Conseil législatif palestinien, incarcéré illégalement par Israël. Mme Abla Saadat a ensuite délivré un message de soutien d’Ahmad Saadat, le Secrétaire général emprisonné du Front populaire de libération de la Palestine. Les deux messages confirmaient la ferme approbation du BDS – en tant que stratégie principale de résistance et de solidarité mondiale avec les droits des Palestiniens – par les leaders de la lutte nationale palestinienne.

Le Dr. Moustafa Barghouthi, Secrétaire général de l’Initiative nationale palestinienne a fait un discours de la part des Forces nationales et islamiques en Palestine, un des principaux piliers du BNC, dans lequel il a renouvelé la ferme conviction des partis politiques palestiniens de la futilité de négociations, vus l’actuel déséquilibre de pouvoir et l’hégémonie des USA. Le Dr. Barghouthi a souligné que l’unité nationale, une résistance populaire montante, une solidarité internationale effective, particulièrement sous la forme du BDS, sont les composantes nécessaires d’une stratégie palestinienne pour mettre fin à l’occupation et à l’apartheid israéliens et pour parvenir à l’autodétermination, au retour des réfugiés et à l’établissement d’un État palestinien souverain et indépendant avec Jérusalem comme capitale. Il a chaudement salué le BNC et le mouvement BDS, localement et internationalement, pour ses succès spectaculaires récents et a appelé à l’escalade d’un boycott général d’Israël pour l’isoler, comme le fut l’Afrique du Sud de l’apartheid.

L’archevêque sud-africain Desmond Tutu, un des plus éminents supporters du BDS contre Israël, s’est adressé à la conférence via une vidéo enregistrée, disant qu’il était « certain » que le peuple palestinien parviendrait un jour à sa liberté, où il pourra marcher debout avec dignité dans une Palestine libre – suscitant un tonnerre d’applaudissements. Ce fut suivi par un autre message de solidarité enregistré de Roger Waters, célébrité mondiale fondateur des Pink Floyd, dans lequel il saluait la conférence et réaffirmait son ferme soutien aux BDS jusqu’à ce que les Palestiniens jouissent de la liberté, de la justice et de droits égaux.

La session inaugurale fut conclue par le principal discours du BNC, présenté par vidéoconférence par le Dr. Haidar Eid, professeur associé à l’université Al-Aqsa dans la bande de Gaza assiégée et membre du Comité directeur de la Campagne palestinienne pour le boycott universitaire et culturel d’Israël (PACBI). Le Dr Eid expliqua la philosophie et les stratégies du BDS, son inspiration sud-africaine et certains de ses principaux succès. Il donna aussi un aperçu des multiples défis, internes et externes, confrontés par le mouvement, en soulignant certaines des preuves les plus importantes de l’impact du mouvement sur le système de occupation, colonisation et apartheid d’Israël.

Sous le titre « Initiatives BDS : locales, arabes et internationales », la première session débuta, présidée par Mme Rif’a Abu-Reesh, représentante de la Coalition mondiale palestinienne du droit au retour, la plus vaste alliance de groupes palestiniens, dans et hors de Palestine, militant pour le droit du retour des réfugiés palestiniens. Elle inclut un certain nombre de rapports sur des expériences réelles de boycott et sur les importantes leçons apprises. L’archevêque Attallah Hanna parla de l’expérience du groupe «Kairos Palestine » et de son rôle pour répandre le BDS mondialement parmi les Eglises. Le Dr. Samah Idriss, un éditeur et auteur libanais bien connu, parla de Beyrouth par vidéoconférence sur l’expérience pionnière libanaise du boycott des entreprises complices de l’occupation et des violations du droit international par Israël. Le Dr. Tayseer Maray présenta les formes particulières de boycott adoptées dans les Hauts du Golan syrien occupé, malgré le siège et l’isolement imposés par Israël. Le Dr. Mohsen Abu Ramadan, représentant du réseau des ONG palestiniennes (PNGO) au BNC, parla depuis Gaza des expériences de boycott là bas et de leurs principaux succès.

Yafa Jarrar, un militant de Toronto, Canada, présenta un rapport sur la « Semaine de l’apartheid israélien », la principale activité BDS annuelle sur les campus. La militante et avocate Nisreen Al-Haj Ahmad présenta les principaux éléments de la campagne BDS arabe contre G4S et sa stratégie. Le Dr. Samia Botmeh, directrice du Birzeit University Center for Development Studies et membre du comité directeur du PACBI, souligna certaines des principales réussites du boycott académique et culturel d’Israël. Imad Temiza, le jeune président déterminé du syndicat des services postaux palestiniens, présenta la stratégie de son syndicat dans la promotion d’un boycott des services postaux israéliens. Le militant Mazen Al-Azzeh, un leader de l’Initiative nationale palestinienne à Bethléem, parla des caractéristiques et des succès principaux de la campagne locale « Bader » pour le boycott des produits israéliens. Un jeune animateur de Salfit, Diaa’ Shtayyah, présenta une campagne pour déclarer Salfit « libre de produits israéliens ». Amjad al-Kassis, un expert en droit international du centre Badil de Bethléem, traita du nettoyage ethnique systématique des communautés palestiniennes par Israël et de l’importance des sanctions pour s’y opposer. Finalement, Raja Zaatry, présidente de la branche de Haïfa du parti communiste israélien, représenta le nouveau groupe formé, BDS48, expliquant les principales perspectives et difficultés rencontrées par le groupe pour répandre BDS parmi les citoyens palestiniens d’Israël.

La deuxième session, intitulée « Les formes de la normalisation et comment les combattre », a été présidée par M. Rasem Obeidat de la Civic and National Commission de Jérusalem occupé. Le Dr. Islah Jad, directrice du Centre des études féminines à l’université Birzeit et membre du Comité directeur du PACBI, présenta les principes et les lignes directrices du document définissant la normalisation, adopté par les représentants de la majorité absolue de la société civile à la première conférence nationale du BDS en 2007. Puis Mme Rania Elias, directrice du centre culturel Yabous de Jérusalem et membre du comité directeur du PACBI, donna un aperçu des projets de normalisation culturelle et de quelques succès des militants BDS pour contrecarrer de tels projets, particulièrement à Jérusalem. Le Dr. Yousef Abd Al-Haq, un grand économiste, traita de la normalisation économique qui d’après lui est la forme la plus dangereuse. Le Dr. Abdul-Rahim Al-Shaikh présenta un argument décisif contre la normalisation académique, en donnant des exemples de sa manière de miner la lutte pour l’autodétermination. La dernière présentation de cette cession fut par le jeune militant Zaid Shuaibi, responsable réseau et liaisons au BNC, sur la normalisation de la jeunesse et des étudiants et son rôle dans la captation des esprits et la mise à l’écart de la lutte pour les droits des Palestiniens.

À la fin de la session, surprenant l’audience, un écran apparut avec une photo du célèbre chanteur libanais Marcel Khalifeh, qui s’adressait depuis Beyrouth à la conférence, en soulignant l’importance de « dire NON » et de se dresser contre la tyrannie. Il salua le mouvement de boycott, en se focalisant sur le rôle du boycott culturel dans la lutte palestinienne et arabe pour la liberté et l’émancipation. La réponse de l’audience fut un applaudissement puissant et prolongé.

Sous le titre « Face au public : les dirigeants palestiniens et les représentants de la société civile répondent aux questions sur le boycott Israël et l’opposition à la normalisation », la troisième session de la conférence, de loin la plus agitée, fut présidée par Nasfat Khuffash, représentant de l’Institut national des ONG au secrétariat du BNC. Il introduisit les orateurs : Le Dr. Taisir Khaled, membre du Comité exécutif de l’OLP, le Dr. Jawad Naji, Ministre palestinien de l’économie nationale et Omar Barghouti, représentant le BNC. Cette cession a fourni un forum exceptionnel sur la responsabilité démocratique et le questionnement des dirigeants. Un grand nombre de questions critiques et d’interventions furent soulevées, dont certaines étaient percutantes, voire coléreuses, reflétant le mécontentement public palestinien général à propos des réalisations de l’AP et de l’OLP concernant la résistance à l’occupation et la lutte pour les droits des Palestiniens.

Malgré une altercation verbale entre le ministre de l’AP et un membre de l’audience, qui créa un chaos temporaire dans la grande salle et causa finalement le départ du ministre, cette expérience de démocratie populaire souligne par elle-même l’importance de la liberté d’expression, du respect des différences d’opinion et du besoin que les dirigeants rendent compte sur tout ce qui concerne les préoccupations des citoyens, particulièrement sur les droits nationaux et les moyens de les défendre.

Après la troisième session, Alaa Muhanna, un jeune écrivain palestinien druze de Galilée objecteur de conscience, fit part de son expérience du refus du service militaire obligatoire dans l’armée d’occupation, analysant la tendance croissante au rejet du service militaire par les Palestiniens druzes comme une forme de boycott et d’expression de l’unité du peuple palestinien partout.

À la fin de la conférence, les centaines de participants se séparèrent en ateliers sectoriels concomitants qui firent la synthèse de beaucoup d’assemblées préparatoires tenues pendant les quelques mois précédant la quatrième conférence nationale BDS. Des plans d’action sectorielle d’un an furent établis et les groupes de suivi furent formés dans les neufs ateliers parallèles. Il est utile de mentionner que l’Union générale des femmes palestiniennes fut LE membre le plus actif dans l’organisation des assemblées préparatoires avant la conférence : elle tint 7 assemblées dans les différents gouvernorats de Cisjordanie occupée et à Gaza.

De loin, la quatrième conférence nationale BDS fut l’événement BDS le plus réussi jamais tenu en Palestine. Même s’il reste beaucoup à faire, le BNC à l’espoir que la conférence contribuera significativement à la montée du militantisme de base BDS partout parmi les Palestiniens et pour poser les bases du décollage attendu depuis longtemps de la campagne BDS dans le monde arabe.

[1] le BNC est la plus vaste coalition palestinienne, incluant des représentants des principaux partis politiques, des réseaux de réfugiés, des organisations de masse (femmes, étudiants, agriculteurs, enseignants, écrivains, etc.), des syndicats, des réseaux d’ONG et des associations professionnelles. C’est la référence palestinienne pour le mouvement BDS mondial.

Traduction: JPB – CCIPPP




Des Israéliens contre l’apartheid écrivent aussi à Julien Clerc

Cher Julien Clerc,

Nous sommes des citoyens israéliens, mobilisés contre les politiques de racisme, d’occupation et d’apartheid de notre gouvernement. Nous connaissons et aimons votre musique, et nous admirons votre travail pour la promotion des principes des droits de l’homme, en particulier en tant qu’ambassadeur de bonne volonté pour le Haut Commissariat des Nations unies pour les Réfugiés (HCR). Nous voudrions vous demander de ne pas vous produire à Tel Aviv pour l’instant. S’il vous plaît, reportez votre concert à une période où notre gouvernement respectera la démocratie. Les Palestiniens savent très bien ce que cela signifie d’être des réfugiés sans maison et sans Etat.

Plusieurs quartiers de Tel Aviv, non loin du lieu où votre concert est programmé, ont été construits sur les ruines de villages palestiniens, dont les habitants ont été expulsés et forcés à fuir en 1948 pendant la Nakba. De nombreux réfugiés palestiniens, ou leurs descendants, vivent aujourd’hui dans des camps de réfugiés à Gaza, qui est étranglée par le contrôle militaire d’Israël, ou en Cisjordanie, qui est sous occupation israélienne directe et brutale. La Nakba est un processus qui continue : le gouvernement israélien déplace et expulse des Palestiniens de différents secteurs sous son contrôle, dans le but de maintenir une majorité juive sur autant de terre que possible.

Par exemple : * Notre gouvernement a entrepris actuellement l’expulsion des communautés palestiniennes des collines du Sud d’Hébron en déclarant leurs zones d’habitat « zone de tirs militaires » (http://www.btselem.org/publications/fulltext/918). Ces gens, comme les autres Palestiniens sous occupation, sont torturés, maltraités et opprimés par l’armée israélienne. * Ce mois-ci, notre gouvernement a voté en faveur d’un plan raciste à grande échelle visant à déraciner des dizaines de milliers de citoyens bédouins d’Israël dans la région du sud Néguev, dans le but de construire des agglomérations qui seront habitées principalement par des citoyens juifs d’Israël (http://www.avaaz.org/en/petition/Stop_Prawer/). La politique continue raciste et violente de notre gouvernement revêt de nombreux aspects. Nous tenons également à citer l’emprisonnement illégal et les abus d’Israël contre les enfants palestiniens (http://www.al-monitor.com/pulse/originals/2013/04/palestinian-detained-children-education-israel.html).

En outre, vos fans palestiniens qui vivent à Gaza et en Cisjordanie sous occupation israélienne ne seront pas autorisés à traverser la soi-disant « ligne verte » pour venir écouter des concerts tels que le vôtre à Tel Aviv. En réponse aux violations israéliennes des droits de l’homme et du droit international, plus de 150 ONG de la société civile palestinienne ont appelé à une campagne mondiale de boycott, désinvestissement et sanctions (BDS).

Dans le cadre de cette campagne, il est demandé aux artistes internationaux de ne pas se produire en Israël tant que notre gouvernement n’inversera pas sa politique. Cette campagne fait suite à une lutte similaire, il y a plusieurs décennies, contre l’apartheid en Afrique du Sud. Tel Aviv est la nouvelle Sun City, et nous demandons à des artistes comme vous de ne pas jouer dans cette ville. Comme l’Afrique du Sud de l’apartheid, le gouvernement israélien essaie d’exploiter les représentations et concerts internationaux en Israël, comme le vôtre, pour faire passer le pays pour un « lieu cool, amical et démocratique ». Au vu de ce qui précède, nous voudrions vous demander de ne pas vous produire en Israël pour l’instant.

S’il vous plaît, reportez votre concert à une période où notre gouvernement respectera la démocratie. Nous serons heureux de répondre à toute question ou commentaire que vous pourriez faire.

Cordialement,
Boycott! Supporting the Palestinian BDS Call from Within (aka Boycott from Within) Boycott ! En soutien à l’appel palestinien BDS de l’intérieur (c-à-d Boycott de l’intérieur) boycottisrael.info admin@boycottisrael.info

Traduction: MR pour la Campagne BDS France

—–
Dear Julien Clerc, We are Israeli citizens, We would like to ask you not to perform in Tel Aviv

Dear Julien Clerc,

We are Israeli citizens, active against our government’s policies of
racism, occupation and apartheid.

We know and love your music, and we admire your efforts for the promotion
of human rights principles, especially as a goodwill ambassador for the
United Nations High Commissioner for Refugees (UNHCR). W
e would like to ask you not to perform in Tel Aviv for now. Please postpone
your concert to a time when our democracy is respected by our government.
he Palestinian people know very well what it means to be homeless and
stateless refugees. Several neighborhoods in Tel Aviv, not far from where
your concert is scheduled to take place,  were founded on the ruins of
Palestinian villages, whose inhabitants had been expelled or forced to flee
in 1948 during the Nakba. Many Palestinian refugees, or their descendants,
reside nowadays in refugee camps in Gaza, which is under Israel’s
strangulating military control, or in the West Bank, which is under
Israel’s direct brutal occupation.

The Nakba is an ongoing process: The Israeli government displaces and
expels Palestinian from numerous areas under its control. in order to
maintain a Jewish majority over as much land as possible.

For example:

* Our government is now pursuing the expulsion of Palestinian communities
in the South Hebron Hills through the declaration of their habitat as a
military firing zone (http://www.btselem.org/publications/fulltext/918). In
the meantime, these people, like other Palestinians under occupation, are
being tortured, abused and oppressed by the Israeli army.

* Just this month, our government has voted in favour of a large scale
racist plan to uproot tens of thousands of Bedouin citizens of Israel in
the southern Negeb area, in order to build communities which will be
inhabited mostly by Jewish citizens of Israel (
http://www.avaaz.org/en/petition/Stop_Prawer/)
There are many aspects to our government’s ongoing racist, violent
policies. We would also like to note Israel’s illegal imprisonment and
abuse of of Palestinian children
(
http://www.al-monitor.com/pulse/originals/2013/04/palestinian-detained-c…
)

Furthermore, Palestinian fans of your music who live in Gaza or in the West
Bank under Israel’s occupation are not even allowed to cross the so-called
« green line »and come to Tel Aviv for concerts such as yours.

In response to Israel’s violations of human rights and international law,
more than 150 Palestinian civil society NGOs have called for a global
campaign of boycott, divestment and sanctions (BDS). As part of the
campaign, international artists are asked not to perform in Israel until
our government reverses its policies.

This campaign follows a similar struggle several decades ago against
apartheid South Africa. Tel Aviv is the new Sun City, and we are asking
artists like you not to play in this city. Just like apartheid south
Africa, the Israeli government tries to exploit international performances
in Israel, such as yours, to market it as a « cool, friendly and democratic
place ».

In view of the above, we would like to ask you not to perform in Tel Aviv
for now, Please postpone your concert to a time when democracy is respected
by our government.

We will gladly address any questions or comments you may have.

Sincerely,

Boycott! Supporting the Palestinian BDS Call from Within (aka Boycott from
Within)

*

boycottisrael.info
admin@boycottisrael.info

http://boycottisrael.info/content/dear-julien-clerc-we-are-israeli-citizens-we-would-ask-you-not-perform-tel-aviv




« Vous ne pouvez pas juste continuer » Interview et dessins de Ethan Heitner

Annemarie Jacir est une cinéaste et écrivaine palestinienne. Elle est la co-fondatrice de « Rêve d’une Nation », un projet de cinéma palestinien. Ses films, « Like Twenty Impossibles » et « Le Sel De La Mer » ont reçu de nombreux prix et des sélections officielles au festival de Cannes.

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http://mondoweiss.net/2012/02/freedom…




Les entreprises implantées dans les colonies ne profitent pas aux Palestiniens

Par Adri Nieuwhof

Article publié sur The Electronic Intifada le 14 janvier 2013.

Les entreprises qui tentent de justifier leurs activités dans les colonies israéliennes en revendiquant le fait qu’elles donnent du travail à des travailleurs palestiniens « tentent de façon flagrante de détourner l’attention publique de l’occupation israélienne et des épreuves quotidiennes endurées par les Palestiniens, » peut-on lire dans le rapport de « Who Profit’s ? » [Qui profite ?] – un projet de recherche de la Coalition des Femmes pour la Paix de Tel-Aviv.
Les activités économiques et commerciales basées dans les colonies profitent de l’occupation des terres palestiniennes et de l’exploitation des ressources de la Palestine. Elles ont la chance de bénéficier de dispositions économiques et de taxes avantageuses de la part du gouvernement israélien, et ont accès à la main d’œuvre palestinienne bon marché.

De plus, elles bénéficient d’une application laxiste par Israël des normes environnementales et de sécurité. C’est pourquoi les représentants de ces activités installées dans les colonies ne peuvent être pris au sérieux quand ils affirment représenter les intérêts des travailleurs palestiniens.

Les entreprises implantées dans les colonies ne profitent pas aux Palestiniens

Octobre 2012 – des manifestants palestiniens, internationaux et israéliens protestent dans un supermarché Rami Levi, dans la colonie illégale de Shaar Binyamin, à Al-Quds occupée, contre l’occupation israélienne et appellent au boycott des produits israéliens (photo Yotam Ronen, ActiveStills)

Ci-après un résumé du rapport de Who Profit’s (1) :

Exploitation

En 2011, environ 37.000 travailleurs palestiniens ont travaillé dans des conditions très dures dans des colonies israéliennes de Cisjordanie occupée. Des violations graves des droits des travailleurs sont observées dans les entreprises industrielles situées dans les colonies, car les règles du Droit du travail israélien ne s’y appliquent pas. Par exemple, les ouvriers palestiniens qui travaillent dans les colonies gagnent un salaire bien inférieur au salaire minimum israélien. De plus, leurs salaires sont souvent retenus, leurs droits sociaux niés, et ils sont exposés à des conditions de travail dangereuses sur leur lieu de travail.

Afin de pouvoir travailler dans une colonie, les Palestiniens doivent faire la demande d’un permis de travail auprès de l’Administration Civile israélienne, un organe militaire qui supervise l’occupation en Cisjordanie . Le Shin Bet, le service de sécurité intérieure d’Israël également connu sous le nom de Shabak, doit approuver l’octroi d’un tel permis et peut l’annuler à tout moment. Le fait de s’engager dans des activités syndicales ou politiques peut conduire à l’annulation d’un permis de travail.

10.000 ouvriers palestiniens travaillent sans permis dans les colonies israéliennes. Ils travaillent essentiellement dans la Vallée du Jourdain, durant la saison de la récolte des olives et de celle des dattes, et on trouve parmi eux des enfants qui n’ont pas plus de 12 ans.

Restrictions

Les travailleurs palestiniens ne choisissent pas par préférence de travailler dans une colonie. Une étude non publiée réalisée en 2011 par le Dr Majid Sbeih – citée par Who Profit’s – révélait que 82% des ouvriers palestiniens préféreraient quitter leurs emplois dans les colonies si une solution alternative convenable leur soit accessible. Pour autant, le marché du travail palestinien ne peut pas offrir suffisamment d’emplois du fait de son économie en ruines après 45 ans d’occupation militaire par Israël. Les investissements privés sont indispensables au développement économique. Dans le cas présent, le système de restrictions administratives et physiques mis en place par Israël représente le plus gros obstacle à l’investissement privé en Palestine, selon un rapport de la Banque Mondiale datant de 2012. Le développement économique en Palestine est encore aggravé par l’annexe économique des Accords d’Oslo – le Protocole de Paris – qui impose des restrictions sévères en matière de fabrication, d’exportation et d’importation de biens en provenance et à destination de la Cisjordanie et de Gaza.

Cet accord commercial ne promeut pas vraiment le libre échange, mais cherche au contraire à protéger les multinationales et les sociétés israéliennes de toute compétition avec des entreprises locales [palestiniennes]. De plus, cette situation empêche le développement d’une économie palestinienne indépendante, et la maintient tel un marché captif destiné à Israël et aux multinationales.

Exiger des comptes

Les sociétés implantées dans les colonies sont responsables de leur conduite vis-à-vis des Palestiniens et devraient être tenues de rendre compte de leurs actions. La base de données de Who Profit’s fournit une vue d’ensemble exhaustive de toutes les sociétés ayant des activités dans les colonies, y compris Sodastream dont le principal site de production se trouve à Mishor Adumin, une zone industrielle située dans une colonie illégale de Cisjordanie .

Richard Falk, rapporteur spécial des Nations Unies, a récemment souligné les activités d’un certain nombre de sociétés, dans un rapport remis à l’Assemblée Générale de l’ONU. Falk nomme spécifiquement Véolia, une entreprise française qui possède et régit la décharge de Tovlan située dans la Vallée du Jourdain ; la société de cosmétiques Ahava qui possède une usine dans la colonie de Mitzpe Shalem et qui utilise des ressources naturelles palestiniennes en provenance de la Mer Morte ; Mul-T-Lock/Assa Abloy qui possède une unité de fabrication dans la zone industrielle de Barkan ; et Cemex qui possède les entreprises industrielles israéliennes Readymix dont plusieurs usines sont implantées en différents points de Cisjordanie .

Falk a appelé les Campagnes BDS à « poursuivre avec vigueur leurs initiatives de boycott, de désinvestissement et de sanctions » (BDS) contre les sociétés mentionnées dans ce rapport, jusqu’à ce qu’elles mettent leurs politiques et leurs pratiques en conformité avec les lois et les normes internationales.

Les activistes BDS ne devraient pas permettre aux sociétés basées dans les colonies de distraire l’attention publique de l’occupation israélienne et de l’exploitation des travailleurs palestiniens, en les laissant affirmer qu’elles leur fournissent du travail. Ils devraient au contraire rappeler à tous que tous les syndicats et les partis politiques, ainsi que quasiment toutes les organisations composant la société civile palestinienne soutiennent l’appel au boycott, au désinvestissement et aux sanctions contre d’Israël.

(1) « Palestinian workers in settlements », Who Profits, January 2023.
– Résumé du rapport (en anglais) : http://whoprofits.org/content/palestinian-workers-settlements
– Rapport complet (en anglais), 4 pages, PDF : http://whoprofits.org/sites/default/files/palestinian_workers_in_settlements_wp_position_paper.pdf

Source : Electronic Intifada

Traduction : CR pour ISM

 




Ikea Israël refuse de livrer aux Palestiniens de Cisjordanie

Ikea affirme publiquement que son magasin israélien fournit quiconque, sans distinction de race, de religion ou de nationalité. Mais une nouvelle fois, la preuve est faite que les affirmations d’Ikea sont fausses.

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Magasin Ikea à Netanya, Israël

 

En mon nom et à ma demande, un Palestinien parlant hébreu, Iyad Misk, qui vit en Cisjordanie, a appelé Ikea pour s’informer sur les livraisons dans son village palestinien de Beit Sahour, près de Bethléhem.
Dans un courriel du 3 décembre, on me fait savoir que ma demande a été transférée à la société Moviley Dror qui fait les livraisons pour le magasin. Le représentant « Sholy » de la société déclare que, bien que la livraison au check-point près de Bethléhem soit possible, Moviley Dror n’entre pas dans les zones de l’Autorité palestinienne. Parce que c’est dangereux, prétend Sholy. Shory précise que Moviley Dror ne passe pas le check-point, même si la zone est classifiée comme Zone C selon les Accords d’Oslo (une partie du village de Beit Sahour est en Zone C). La Zone C couvre plus de 60 % de la Cisjordanie et se trouve sous le total contrôle militaire israélien. Environ 150 000 Palestiniens vivent en Zone C, selon le bureau des Nations-Unis pour la Coordination des affaires humanitaires (OCHA). Au total, 650 000 colons israéliens vivent en Cisjordanie occupée, dont 300 000 à Jérusalem Est, rapportait le journal britannique The Guardian, en juillet. Il est évident que ces colons représentent un marché substantiel pour Ikea.

Les pratiques d’apartheid par les livraisons Ikea

Le même jour, je demandai aussi à Who Profits (un projet de recherche sur la coalition des Femmes pour la paix, basé à Tel Aviv) de contacter Ikea par téléphone pour voir ce qui se passe quand il lui est demandé de livrer dans une colonie israélienne, également en Cisjordanie.

Who Profits m’indique dans un courriel qu’il a bien sollicité Ikea pour une livraison à domicile dans la colonie de Beitar Ilit – sachant que pour livrer à Beitar Ilit, il faut aussi passer par les check-points. Et que, comme les autres colonies en Cisjordanie, Beitar Ilit se trouve en Zone C.

La demande est donc également transférée à Moviley Dror. Quand il est demandé à la société Moviley Dror si elle livre les produits Ikea à Beitar Ilit, la réponse est, « oui ». La réponse de Moviley Dror prouve bien qu’Ikea passe les check-points pour livrer ses produits aux colons israéliens en Cisjordanie, mais pas aux Palestiniens natifs de la Cisjordanie.

Colonies illégales en vertu du droit international

Suite à l’annonce par Israël de construire 3000 nouveaux logements en Cisjordanie occupée, vendredi, le Royaume-Uni, la France, la Suède, le Danemark et l’Espagne ont convoqué leur ambassadeur israélien pour protester contre cette décision, rapporte The Guardian. Dans une déclaration de presse, le secrétaire général des Nations unies, Ban Kimoon, exprime sa vive préoccupation et sa déception devant le projet d’Israël, réaffirmant que les colonies sont illégales en vertu du droit international.

Malgré une position claire du droit international sur l’illégalité des colonies israéliennes en Cisjordanie, depuis des années Ikea assure les livraisons des produits de ses magasins d’Israël jusqu’au domicile des colons. Par ailleurs, la porte-parole d’Ikea, Ulrika Englesson Sanman, m’indique dans un courriel du 28 novembre qu’Ikea « ne veut exclure ni individu ni groupe d’individus de la possibilité d’être ses clients ».

Dans le passé, la société locale de transport ne pouvait pas « livrer dans les zones contrôlées par les autorités palestiniennes ». Et Englesson Sandman de prétendre encore que cette société « s’arrangeait pour que la livraison à domicile des produits Ikea puissent se faire aux gens vivant dans les zones contrôlées par les autorités palestiniennes ».

Il ne semble pas qu’elle soit fidèle à cet engagement.

Le Dr Jeff Handmaker, maître de conférences en droit, en droits de l’homme et en développement à l’Institut international des Études sociales de l’université Érasmus de Rotterdam, me confirme dans un courriel du 4 décembre que «  la nouvelle information qui survient corrobore qu’Ikea et ses sous-traitants en livraison se rendent complices de violations du droit humanitaire international et des droits de l’homme, en soutenant activement le transfert des Israéliens vers les colonies illégales et en renforçant le bouclage des zones palestiniennes. »

De plus, «  Ikea se fait complice de l’apartheid israélien par une discrimination flagrante en faveur des seuls colons juifs de Cisjordanie, ne tenant aucun compte de l’oppression de la population palestinienne majoritaire qui n’est pas en mesure de faire même des achats dans le magasin Ikea, à plus forte raison de se faire livrer ses produits. »

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* Adri Nieuwhof est avocate, conseiller et défenseur des droits de l’homme, travaillant en Suisse.

 

De la même auteure :

- Maltraiter les enfants fait partie intégrante de l’idéologie israélienne – 10 septembre 2012
- Veolia toujours active dans les dépôts d’ordures des colons israéliens – 5 août 2012
- Israël a assassiné plus d’opposants politiques que l’apartheid sud-africain n’avait exécuté d’opposants judiciairement – 13 avril 2012
- Israël a assassiné plus d’opposants politiques que l’apartheid sud-africain n’avait exécuté d’opposants judiciairement – 13 avril 2012
- Veolia traite les eaux usées de la colonie Modi’in Illit – 2 février 2012
- Le service israélien des prisons transfère Ameer Makhoul vers la prison de Megiddo – 20 octobre 2011
- Netanyahu durcit les conditions de vie des prisonniers politiques palestiniens – 15 août 2011
- La fin de l’impunité pour Israël ? Une interview de John Dugard – 15 octobre 2010
- Véolia essaie de blanchir le projet illégal de tramway à Jérusalem – 30 août 2010
- IKEA meuble l’occupation – 9 juillet 2010

4 décembre 2012 – The Electronic Intifada – traduction : Info-Paletine/JPP




« Il est temps que justice soit rendue » : appel de la Palestine aux citoyens européens

Il est temps que justice soit rendue – Appel de la Palestine aux citoyens européens

Les représentants de plusieurs gouvernements européens ont exprimé leur profonde préoccupation concernant le projet d’Israël de construire 3000 nouveaux logements an Cisjordanie. La haute-représentante de l’Union Européenne Catherine Ashton a réitéré que « la construction de toute colonie est illégale en vertu du droit international et constitue un obstacle à la paix.« 
Des déclarations d’inquiétude au sujet des crimes de guerre israéliens et des violations du droit international sont les bienvenues, mais dans la pratique, l’occupation militaire d’Israël et sa politique d’apartheid, y compris ses projets de colonies en Cisjordanie, le siège continu et l’attaque sur la Bande de Gaza, la démolition ininterrompue de maisons palestiniennes, l’annexion illégale de l’Est de Jérusalem occupée, les arrestations arbitraires et la torture des adultes et des enfants, des restrictions drastiques à la liberté de circulation et à l’accès aux ressources, et autres opérations militaires illégales, bénéficient d’un soutien direct et concret de l’Europe.
Le soutien européen s’exprime dans les conditions préférentielles dont Israël bénificie d’après les Accords commerciaux et d’association avec l’Europe. L’accord d’association stipule que « les relations entre les parties, ainsi que toutes les provisions de l’accord lui-même, seront fondées sur le respect des droits de l’homme et des principes démocratiques, » et que ceci « constitue un élément essentiel de cet accord.« 

A ce jour, l’Union européenne a choisi d’ignorer son obligation de suspendre l’agrément au vu des violations israéliennes graves et continues des droits de l’homme. Il est temps de mettre fin à la complicité européenne avec les crimes de guerre israéliens.

Dites à votre Premier ministre, à votre ministre des Affaires étrangères et à vos députés au Parlement européen qu’il est temps d’agir et de suspendre les accords commerciaux avec Israël ainsi que de mettre fin au commerce avec des compagnies opérant dans les colonies des territoires occupés jusqu’à ce qu’Israël remplisse ses obligations en vertu du droit international : fin de son occupation et de sa colonisation detoutes les terres arabes et démantèlement du mur ; reconnaissance des droits fondamentaux des citoyens palestiniens d’Israël à une  égalité pleine et entière ; et respect, protection et soutien aux droits des réfugiés palestiniens à revenir dans leurs foyers et leurs propriétés,  comme le stipule la résolution 194 des Nations-Unies. Dites à vos représentants d’agir pour la justice maintenant.

Déclaration signée par
Avec le soutien de
Informations complémentaires

Pour envoyer une lettre par mail au 1er Ministre et au ministre des Affaires étrangères , c’est sur ce lien a vos clavier !!

Source: http://act.palsolidarity.org/lobby/27




EELV : N’oublions pas le peuple palestinien

Communiqué EELV

 

N’oublions pas le peuple palestinien
Et rappelons à toute occasion son droit légitime à un Etat

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Pour défendre pacifiquement ce droit, Layli a brandi un drapeau palestinien le 25 octobre dernier, à Chalon , pendant le match de basket opposant l’Elan et le Maccabi Tel Aviv. Cet acte non violent lui a valu d’être molesté, arrêté, emprisonné et présenté à un juge. Il passera en procès au Tribunal de grande instance (TCI) de Chalon le 9 novembre à 15h.

Pour dénoncer ce traitement et la négation du droit d’opinion et de manifestation EELV 71 s’associe au rassemblement prévu le 9 novembre à 15h devant le TCI . Il rappelle aussi que la France est un Etat de droit dans lequel la police se doit de faire respecter la sécurité de tous les citoyens. Comment dès lors accepter une collaboration avec les services secrets israéliens, au service d’une politique d’oppression et de discrimination, qui tente d’importer sur notre territoire le modèle de quasi apartheid entre juifs et non juifs qu’elle prétend imposer, mettant en danger les uns et les autres.
Alors que le règlement du conflit israélo-palestinien est une des clés de la stabilité au Proche et au Moyen Orient, facteur de sécurité pour tout le bassin méditerranéen, par sa politique du « fait accompli » le gouvernement israélien bafoue les résolutions internationales et renvoie aux calendes grecques tout processus de négociation.

La colonisation se poursuit à un rythme accéléré, morcelant le peu qu’il reste des terres palestiniennes, rendant de plus en plus difficile la création de deux états. Un récent projet de loi propose même de légaliser les colonies sauvages. Les punitions collectives, le blocus économique, les arrestations et détentions arbitraires sans jugement et prolongées indéfiniment (*), la répression brutale du mouvement de résistance populaire et pacifique, les assassinats sont autant d’obstacles à la résolution du conflit.

La France et l’Union européenne doivent tirer les conséquences de l’échec de leur stratégie tolérant une impunité à l’égard de la politique israélienne depuis des décennies. Ce favoritisme, au lieu de faciliter la paix, pousse le gouvernement israélien à l’intransigeance absolue et nous entraîne inexorablement vers le chemin de la guerre. On mesure pourtant hélas l’échec de la solution militaire en Afghanistan et en Irak, ainsi que les conséquences maliennes de la guerre en Libye. Seuls les fanatiques et les intégristes ont tiré profit de ces interventions.

Nous demandons qu’à l’occasion de la visite du premier ministre israélien Netanyaou, la France rappelle son opposition ferme à la politique de colonisation. Nous exigeons que s’applique le droit international sur les accords économiques concédés par l’Europe à Israël, sans garantie pour les territoires occupés et en contradiction avec les principes de l’Union.

Nous attendons aussi que le Président Hollande tienne la cinquante-neuvième proposition du candidat Hollande et qu’il soutienne à l’ONU la reconnaissance internationale de la Palestine comme « Etat non membre », de même que la France a voté oui pour son adhésion à l’UNESCO en 2011, rendant ainsi justice au peuple palestinien.

La reconnaissance de l’Etat de Palestine aux Nations Unies ne résoudra pas pour autant tous les problèmes, mais permettra une nouvelle donne diplomatique et politique pour s’engager dans la voie de la négociation et de la paix entre deux états et sous égide internationale.

Marie-Claude Colin Cordier porte-parole EELV 71

(*) La politique israélienne vis à vis des sportifs palestiniens n’a rien de « fair play » . Le jeune footballeur palestinien, Mahmoud Sarkak, a été libéré après trois ans d’incarcération et près de trois mois de grève de la faim. Arrêté en juillet 2009 par les forces israéliennes alors qu’il rejoignait son club au terminal d’Erez, entre la bande de Gaza et le territoire israélien, il n’a jamais été présenté devant un juge.

Source:http://www.vivre-a-chalon.com/lire_EELV-_-N_oublions-pas-le-peuple-palestinien,2303997eb4bc852d233dfefc5131f593b538befa.html




Comment l’Union européenne renforce les colonies israéliennes

Nous avons assisté, durant cette dernière décennie, à une capitulation de l’Union européenne (UE) — et aussi de la France — devant la politique israélienne de colonisation et d’annexion de facto. Le temps est loin, où l’Europe ouvrait une voie courageuse en se prononçant pour le droit à l’autodétermination des Palestiniens et pour l’ouverture de négociations avec l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), une organisation que les Etats-Unis et Israël définissaient à l’époque comme « terroriste ». C’était en juin 1980, à Venise.

Depuis les années 1990, toute idée de rôle autonome de l’UE ou de la France à l’égard des Etats-Unis et d’Israël a disparu. Bien sûr, formellement, elles se prononcent en faveur de la création d’un Etat palestinien dans les frontières de 1967, mais elles refusent de reconnaître que si cet Etat n’existe pas, Israël en porte la responsabilité. Et, malgré la politique de colonisation et les condamnations rituelles qui s’ensuivent, l’Union renforce jour après jour ses relations avec le gouvernement israélien sur tous les plans — économique, politique, sécuritaire, militaire, etc. La visite du premier ministre israélien à Paris le 31 octobre confortera encore cette relation entre Tel Aviv et Paris.

Le rapport que publient le 30 octobre une dizaine d’associations, intitulé La paix au rabais : comment l’Union européenne renforce les colonies israéliennes (PDF), est significatif et inquiétant. Dans son avant-propos, Hans van der Broek, ancien commissaire européen aux relations extérieures, note :

« Au cours des dernières décennies, l’UE a critiqué et condamné sans relâche la politique de colonisation. Des dizaines de déclarations et autres positions officielles de l’UE réaffirment l’illégalité des colonies au regard du droit international et considèrent que celles-ci représentent un obstacle majeur à la paix. L’UE a souligné à maintes reprises qu’elle ne reconnaîtrait aucune modification unilatérale apportée aux frontières d’avant 1967, y compris concernant Jérusalem. Cependant, alors que la construction des colonies se poursuit et s’accélère, nous, Européens, nous gardons de passer des paroles aux actes. À ce jour, nous nous sommes abstenus d’exploiter notre important effet de levier politique et économique vis-à-vis d’Israël pour juguler sur le terrain les développements qui vont à l’encontre de nos valeurs fondamentales et portent atteinte à nos intérêts stratégiques. »

C’est le chapitre 3 de ce texte concernant les relations de l’Europe avec les colonies qui est le plus accablant. Il montre comment l’Union viole, sans aucun état d’âme, et le droit international et ses propres déclarations politiques.

« Il est difficile de déterminer le volume exact des exportations en provenance des colonies vers l’UE étant donné que l’UE ne recueille pas de données distinctes pour les colonies. Le ministre israélien des Affaires étrangères a toutefois fait savoir à la Banque mondiale il y a peu que les exportations des colonies vers l’UE se montaient à 300 millions de dollars par an (230 millions d’euros). Cela représente environ 2 % de la totalité des exportations israéliennes vers l’UE. (…) Il est probable que si la valeur des exportations des colonies vers l’Europe devait également inclure les produits entièrement ou partiellement produits ou emballés dans les colonies, ce chiffre serait considérablement plus élevé. » Le texte rappelle que les exportations de produits palestiniens vers l’Union se montent seulement à 15 millions d’euros.

Après avoir énuméré les produits agricoles importés, le texte évoque les principaux produits manufacturés achetés en Europe (notez bien les noms pour vos prochains achats) : les cosmétiques Ahava, les machines à gazéifier SodaStearn, les plastiques Keter, etc.

Plus grave, l’implication de sociétés européennes dans les territoires occupés :

« Au-delà du commerce de marchandises issues des colonies, certaines sociétés internationales opèrent dans les colonies, notamment en fournissant des services et un soutien aux infrastructures connexes. Parmi ces activités figurent la construction d’infrastructures de transport, la prestation de services de transport aux colonies, la livraison d’équipements pour les postes de contrôle, la prestation de services de sécurité aux entreprises des colonies, l’extraction de ressources non renouvelables et des investissements dans les usines des colonies. Vous trouverez ci-après plusieurs exemples clés qui s’appuient sur des informations récentes émanant de différentes sources » : Alstom, Veolia, G4S, Unilever, Deutsche Bahn, etc.

La cinquième partie du rapport se termine en listant les mesures que pourrait prendre l’Union européenne pour faire cesser ces actions illégales :

  1. Veiller à l’étiquetage correct de tous les produits issus des colonies à l’attention des consommateurs.
  2. Dissuader les entreprises de mener des activités commerciales et d’investir dans les colonies.
  3. Interdire les importations de produits issus des colonies.
  4. Veiller à ce que les produits issus des colonies ne bénéficient pas d’un accès préférentiel aux marchés.
  5. Exclure les colonies des accords bilatéraux et des instruments de coopération.
  6. Exclure des marchés publics les produits des colonies et les entreprises qui y sont implantées.
  7. Retirer les organisations qui financent les colonies des régimes de déduction fiscale.
  8. Empêcher les transactions financières qui soutiennent les colonies et les activités connexes.
  9. Dissuader les citoyens d’acheter des biens immobiliers dans les colonies.
  10. Émettre des directives à l’attention des voyagistes européens.
  11. Dresser une liste des entreprises qui font une déclaration erronée sur l’origine des marchandises issues des colonies
  12. Insister pour qu’Israël désagrège les données relatives aux colonies pour les besoins de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques).

En décembre 2008, à la veille de l’agression contre Gaza, l’Union européenne rehaussait ses relations avec Israël, donnant ainsi un feu vert à l’action militaire israélienne (« L’Union européenne capitule devant Israël », 10 décembre 2008). Quelques mois plus tard, elle prétendit qu’elle gelait ce rapprochement, ce qui relevait du mensonge, aucune mesure réelle n’étant prise pour stopper les différents accords avec Israël, dont le dernier exemple concerne le protocole ACAA (relatif à l’évaluation de la conformité et l’acceptation des pro­duits industriels UE-Israël), qui a été ratifié par le Par­lement européen, le 23 octobre, par 379 voix pour, 230 contre et 41 abstentions. Cet accord, comme le souligne Véronique de Keyser, vice-présidente du groupe socialiste au Parlement européen, représente une acceptation de facto du rehaussement des relations israélo-européennes.

Bien sûr, l’Union européenne continue de financer l’Autorité palestinienne. Mais les sommes versées servent notamment à payer les fonctionnaires et à combler le déficit budgétaire, ce qui, avant 1993, était financé par Israël. L’Union a ainsi allégé le fardeau israélien, alors même que l’occupation se poursuit. Quant aux infrastructures construites par ses soins en Cisjordanie et à Gaza, elles sont régulièrement détruites par l’armée israélienne…

Source: mondediplo.net




Déclaration de la société civile : « Le Parlement européen doit rejeter le protocole ACAA avec Israël ! » à la veille du vote au PE (23/10/2012)

La politique commerciale de l’Union européenne ne peut pas ignorer les conventions de Genève : le Parlement européen doit rejeter le protocole ACAA avec Israël.

Le 23 octobre prochain, un vote aura lieu au Parlement européen sur le protocole ACAA (Évaluation et acceptation de conformité sur les produits industriels) attaché à l’Accord d’association Union européenne- Israël. The protocole ACAA doit être rejeté car Israël viole le droit international ouvertement et en connaissance de cause. Les membres du Parlement européen doivent voter Non et choisir de se prononcer pour les droits humains en Palestine et partout dans le monde.

Les négociations sur le protocole ACAA ont initialement commencé début 2009, peu après l’attaque israélienne sur Gaza qui a tué plus de 1400 Palestiniens, dont plus de 300 enfants [1] . Les négociations ont été suspendues en juin 2010, après l’attaque israélienne de la flotille de solidarité pour Gaza le 31 mai 2010, où 9 civils furent assassinés.

Personne dans l’armée israélienne n’a été tenu pour responsable de ces meurtres, pourtant le 18 septembre 2012, le Comité du Parlement européen pour le Commerce international a voté le protocole ACAA, ouvrant la voie au vote prévu le 23 octobre en plénière du Parlement européen.

Le protocole reconnaît que les produits pharmaceutiques israéliens sont fabriqués en conformité avec les standards européens, leur accordant de ce fait un accès facilité au marché européen et créant un précédent pour un accès accru des autres produits industriels fabriqués en Israël.
Cet accès aux marchés européens tel que le protocole ACAA le prévoit est en net contraste avec l’étranglement qu’impose Israël à l’économie palestinienne, en général, et dans le domaine pharmaceutique en particulier. Par exemple le Ministère israélien de la santé n’autorise que les médicaments enregistrés en Israël à entrer dans les territoires palestiniens occupés, et bloque les médicaments des pays arabes voisins et, plus important encore, refuse l’accès aux produits pharmaceutiques génériques bon marché produits dans des pays comme la Chine et l’Inde.

L’élargissement des relations commerciales entre l’UE et Israël oublie de prendre en considération les actuelles violations très bien documentées des droits humains et du droit international humanitaire en Israël et dans les Territoires palestiniens occupés [2].

L’accord d’association entre l’UE et Israël est lui-même conditionné par le respect des droits humains. Il est clairement établi dans l’article 2 que “les relations entre les parties, de même que toutes les dispositions de l’accord, devront être basées sur le respect des droits humains et des principes de la démocratie.”

Dans un monde global et interdépendant, la politique commerciale de l’Union européenne ne peut exister dans un vide ignorant les standards fondamentaux des droits humains et de façon déconnectée des situations du terrain telles qu’en Israël et dans les Territoires palestiniens occupés.
Les politiques commerciales de l’Union européenne ne peuvent contredire les demandes de longue date de l’Union européenne pour la cessation des violations des droits humains en récompensant les responsables de ces violations, Israël, par un accès accru aux marchés européens.

Liste des organisations signataires :

ACSUR-Las Segovias
Alternatives Asia
Association Belgo-Palestinienne
Associaione per la pac (Italian Peace Association)
Association internationale des Techniciens, Experts et Chercheurs (AITEC, France)
Attac-France
BDS Italia BDS Group Berlin
Belgian movement for international solidarity – intal
Biladi Palestinian Association
Boycott ! Supporting the Palestinian BDS Call from within (Israeli citizens for BDS)
City of Leicester NUT
COBI – Coordination Boycott Israel, Belgium
Council For the Advancement of Arab British Understanding (caabu)
Comité de Soutien au Peuple Palestinien, Belgique
Ecologistas en Accion (Espagne)
Frantz Fanon Foundation
Gruppo di sostegno alla Palestina – Milano
LAP-Leuvense Actiegroep Palestina, Belgium
Russell Tribunal on Palestine
Stichting Diensten en Onderzoek Centrum Palestina (Netherlands)
Support from Netherlands Palestine Committee !
Vredesactie
War on Want (UK)




Une flottille internationale prend la mer pour briser le blocus de Gaza

Une organisation à base suédoise se lance dans un voyage en mer avec l’espoir de sensibiliser les consciences sur la situation désespérée des Gazaouis.
Le « Estelle », bateau parti de Suède pour briser le blocus de Gaza.

Le Estelle, bateau qui a pris la mer pour briser le blocus de Gaza, a commencé sa traversée en partant de Suède.

Cette dernière initiative en date pour briser le siège est organisée par l’organisation Un Bateau pour Gaza, basée en Suède et aidée par une coalition qui s’appelle Flottille de la Liberté III. Les organisations qui aident le collectif Un Bateau pour Gaza/Suède sont des organisations de France, Italie, Espagne, Grèce, Canada, États-Unis et Australie.

Mikael Löfgren, coordinateur des médias pour l’initiative, a déclaré qu’il y avait des organisations « de partout dans le monde, mais que la principale coalition était avec les organisations tout au long du voyage ».

Le Estelle est arrivé vendredi en Norvège. Il est attendu dans la bande de Gaza pour « courant octobre », dit Löfgren.

Tout au long de sa traversée, le navire va sensibiliser l’opinion sur le blocus de Gaza. Le Estelle prévoit plusieurs escales sur sa route vers Gaza, au cours desquelles « des conférenciers, des concerts et des festivals apporteront des informations sur la situation dans la bande de Gaza ».

Dror Feiler, musicien israélien d’origine suédoise, et l’un des porte-parole de l’initiative, a indiqué dans une vidéo diffusée par le groupe : « Après les deux flottilles, nous avons bien sûr décidé que nous devions continuer parce que le siège est toujours là, et que nous allons le dire, le répéter encore et encore, aussi longtemps que le siège existera, nous reviendrons encore et encore jusqu’à ce que le siège soit levé intégralement et définitivement ».

Un Bateau pour Gaza est la dernière en date des initiatives visant à briser le siège de Gaza. En 2010, le Mavi Marmara, qui faisait partie d’une coalition appelée Flottille de la Liberté pour Gaza, a été pris d’assaut par les forces israéliennes qui ont tué neuf militants. Après leurs morts s’est levée une condamnation générale de ces meurtres qu’Israël a prétendu avoir commis en état de légitime défense.

L’an dernier, la Flottille de la Liberté IIRester Humains, qui comprenait plusieurs navires et des militants du monde entier, a été empêchée de partir pour Gaza par les autorités grecques. Selon ISM (International Solidarity Movement), la Grèce avait annoncé qu’elle allait empêcher les navires de prendre la mer suite à des « pressions intenses de la part des gouvernements états-unien et israélien. » Un Bateau pour Gaza participait à ces deux tentatives.

Les autres initiatives visant à briser le blocus de Gaza incluent la campagne Flytille dans laquelle nombre de militants ont tenté de manifester leur solidarité avec les Gazaouis en prenant l’avion vers la Palestine via l’aéroport Ben Gourion, en juillet 2011, et dont la plupart se sont vus refuser l’entrée. Les bateaux de de la flottille Les Flots de la Liberté en route pour Gaza fin 2011 ont été emmenés de force depuis les eaux internationales vers le port israélien d’Ashdod, selon ISM.

Löfgren n’est aucunement découragé par sa propre expérience dans la Flottille de la Liberté II. Il ne s’attend pas à une tentative identique pour bloquer le Estelle cette année. « Nous espérons créer une pression de l’opinion sur nos gouvernements si forte que nous ne serons pas arrêtés cette année. La situation ici en Suède, dans les pays scandinaves et en Europe est très positive au sujet de l’initiative pour briser le siège. La plupart des gens pensent que le siège est destructeur. Je ne crois pas qu’un gouvernement osera se mettre en travers de notre chemin ».

Une autre tentative pour briser le siège, qui se démarque nettement de celles conçues avant elle, s’appelle l’Arche de Gaza. Il s’agit d’une initiative pour briser le siège à partir de l’intérieur. Elle est commune à des militants de la solidarité de Palestine, du Canada, d’Australie et des États-Unis.

Mahfouz Kabariti, coordinateur en Palestine de l’initiative, dit que les militants du groupe « vont remettre à neuf un des bateaux sur la côte de Gaza afin de permettre à ses propriétaires d’exporter des produits de Gaza » explique-t-il. « Les gens de Gaza sont privés du droit d’exporter leurs produits, à savoir les produits agricoles et les produits artisanaux ».

S’agissant du risque que le navire soit intercepté par Israël, comme c’est arrivé dans le passé, Kabariti répond : « Israël ne manifeste aucun respect d’aucune sorte pour le droit international et il prétend que ces navires ont des armes à bord, mais quelles armes ? ».

Et d’ajouter que, « Si le bateau est empêché d’appareiller par Israël, ce sera en soi un succès. Ce sera un message au monde montrant qu’Israël occupe toujours la bande de Gaza et qu’il exerce toujours un siège sur un million et demi d’êtres humains ».

Kabariti croit que le bateau sera prêt à prendre la mer d’ici le printemps.

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Voir sur les Flottilles :

- Flottille pour Gaza : le PCHR condamne le rapport Palmer – PCHR Gaza

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4 août 2012 – Daily News – Egypt -Source et traduction : Info-Palestine.net/JPP




Culpabilité, propriété et conscience de soutien des colons en Palestine

L’identité juive israélienne est identique à l’identité blanche américaine dans la mesure où elles fonctionnent comme une identité coloniale racialisée qui, en elle-même, constitue une forme de propriété.
Un jeune Palestinien observe une colonie israélienne réservée aux juifs près de Bethléhem, Cisjordanie occupée.
(Photo : Al Rowwad)

Dans La blancheur comme propriété, Cheryl Harris dépiste l’élaboration de la couleur blanche aux États-Unis en tant que pouvoir légalisé, particulièrement sous la forme d’une propriété. Définissant la propriété dans la perspective d’un droit de propriété, Harris dépeint la couleur blanche comme un sentiment légalisé du droit. Elle cite comme exemple la doctrine juridique américaine selon laquelle classer un individu blanc comme « Noir » constitue une diffamation. Aussi récemment qu’en 1957, Harris note qu’appeler « Noir » un individu de couleur blanche était une infraction passible de poursuites car cela pouvait conduire à des dommages concrets pour la partie « mal qualifiée » – préjudices en termes de logement, d’emploi, et autres. La tradition juridique – notamment – reconnaissait le rôle de la couleur blanche en tant qu’ « objet ou ressource nécessaires à une personne », une forme de propriété externe.

Explicitement une prise en compte de la blancheur, l’analyse de Harris fournit aussi un cadre général à toute forme d’identité coloniale racialisée. En effet, le phénomène de la « blancheur en tant que propriété » que traite Harris commence avec la colonisation européenne du « Nouveau Monde », qui a créé un usage juridique de la « valorisation de la blancheur » qui s’est maintenu tout au long de l’histoire américaine. Dans un sens, donc, ce que Harris met en évidence est le prolongement juridique de la conscience coloniale à travers les temps, processus par lequel un droit, un état d’esprit en quête de propriété – ce qu’on a appelé d’abord le « pionnier » ou le « colon » et plus tard, simplement, le « Blanc » – se trouvaient inscrits dans la loi.

Les constructions juridiques et sociales de la couleur blanche aux États-Unis et celles de la judéité en Israël ne sont nullement identiques : elles convergent, divergent, et s’influencent mutuellement d’une façon qui déborde largement du cadre de cet article. Cela dit, l’identité juive israélienne est identique à l’identité blanche américaine dans la mesure où elles fonctionnent comme une identité coloniale racialisée qui, en elle-même, constitue une forme de propriété. A un niveau basique, la citoyenneté israélienne et la nationalité juive, comme conférées automatiquement par l’État à tout juif en vertu de la Loi du Retour, constituent une forme de propriété, étant donné qu’elles légitiment l’espoir d’un droit à la terre des Palestiniens en se fondant sur l’héritage juif. En Israël proprement dit, la propriété de la citoyenneté israélienne juive se manifeste elle-même sous la forme de privilèges juridiques accordés aux propriétaires juifs futurs et actuels. Par exemple, la loi israélienne interdit au Fonds national juif, propriétaire de millions d’acres de terre, de vendre ou de louer des terres à des non-juifs. De la même manière, d’après la loi israélienne, les autorités locales ont le droit de refuser des logements à des non-juifs dans les quartiers où « l’intégration d’une famille arabe dissuaderait d’autres juifs d’y habiter ». Le privilège juridique juif concernant le logement est encore amplifié dans le cas des juifs européens-ashkénazes, de la part desquels leurs coreligionnaires sépharades ont eu à subir une discrimination systématique en Israël. Les subventions d’État accordées aux colons installés dans les colonies pour les juifs en Cisjordanie, avec des avantages incluant une « assistance financière pour construire ou acheter une maison » et « des baux fonciers à des taux bien inférieurs à la valeur réelle », nous donnent un exemple de plus d’une propriété inhérente à son statut juridique en tant que juif israélien.

Dans ces deux cas de suprématies élaborées juridiquement, blanche et juive, le privilège juridique suppose, pour reprendre les termes de Lukac, « l’objectivité fantôme », qu’il définit comme « une autonomie qui paraît si strictement rationnelle et globale qu’elle dissimule toute trace de sa nature fondamentale : la relation entre les gens ». Autrement dit, une fois la structure juridique qui privilégie un groupe et prive de ses droits un autre groupe est en place, l’inégalité de la réalité sociale que la loi elle-même a créée présume qu’un « naturel » va dissimuler ses origines. La relation naturalisée de puissance entre l’Israélien et le Palestinien, à son tour, va permette au premier d’agir conformément à son privilège légal, mettant en œuvre une suprématie juive prédéterminée biologiquement et divinement, et non une force sociale et juridique élaborée délibérément.

Le mois dernier, une colon israélienne a publié un document sur Ynet dans lequel elle déplore sa culpabilité vis-à-vis des salariés palestiniens qui travaillent dans sa colonie en Cisjordanie. C’est quand une salariée de la construction palestinien sauve la vie de son enfant que Racheli Malek-Boda commence à s’interroger sur la relation de pouvoir jusque-là naturalisée entre les colons et les Palestiniens qui travaillent pour eux : « Il semblait naturel, pour moi, que les Arabes travaillent aux constructions dans notre communauté, jusqu’à cette semaine où ce statu quo étrange s’est brisé ».

Malek-Boda destinait clairement son article à servir de prolongement à cette « cassure » révélatrice du statu quo. Elle commence avec une réflexion « dé-naturalisante » sur sa socialisation en tant « colon religieux de droite », dévoilant en réalité les origines cachées de ses privilèges d’Israélienne juive (vraisemblablement ashkénaze). Elle va jusqu’à admettre son racisme irrationnel vis-à-vis de celle qui a sauvé son enfant et de la population palestinienne dans son ensemble. Après avoir refusé de marcher aux côtés de la Palestinienne qui avait sauvé son enfant, Malek-Boda donne cinquante shekels et un conseil à un laveur de vitres palestinien : « Faites-en quelque chose de bien ». Puis elle poursuit son chemin tout en pleurant. (Son enfant allait être écrasé par un tracteur qui arrivait en sens inverse, la Palestinienne a bondi et a poussé l’enfant, lui sauvant la vie – voir Ynet – ndt).

Le don cathartique et larmoyant de Malek-Boda, que nous pourrions aussi bien prendre comme un dédommagement accordé à contrecœur et tout à fait insuffisant, ne rompt pas avec la suprématie juive naturalisée intégrée dans la conscience coloniale ; il la rétablit. Malek-Boda accepte comme une réalité fâcheuse qu’une majorité pacifique de Palestiniens « soit forcée de payer un prix élevé pour les actes d’un petit groupe dominant et sanguinaire ». En bref, si Malek-Boda se retrouve enlisée dans un terrain moralement corrompu, c’est parce que l’Arabe « dominant et sanguinaire », celui dont l’équivalent docile est cette travailleuse qui a sauvé son enfant et met en sac ses épiceries, l’y a acculée. Malek-Boda incarne ainsi le mythe auquel Israël procède quotidiennement, celui de la victime perpétuelle forcée de commettre une violence systématique pour se protéger de ses voisins barbares. A l’instar de l’ « avant-poste de la civilisation » de Theodor Herzl, et de la « villa au milieu de la jungle » d’Ehud Barak, Malek-Boda s’accroche désespérément à une supériorité morale innée au beau milieu d’un paysage (arabe) moralement compromettant. Où les avions de l’armée israélienne larguent des tracts pour avertir de prochaines chutes de bombes, Malek-Boda distribue cinquante billets d’un shekel. Plutôt que de prodiguer son conseil avec le cœur, Malek-Boda marmonne un ordre discret et laconique. A la fois bienfaiteur et oppresseur réticent, Malek-Boda fait avancer son sujet dans le bon sens, magnanime mais sévère, jouant une scène d’une mission civilisatrice ancestrale, pour soumettre et réformer ; « Faites-en quelque chose de bien ».

Ce serait une erreur de rejeter les larmes de Malek-Boda comme purement artificielles. Comme dans bien des expériences d’intimité entre le colonisateur et le colonisé, sa gratitude envers celle qui a sauvé son fils, et ses sentiments de culpabilité sont probablement authentiques. C’est la façon qu’elle a d’articuler et de vivre cette intimité et qui, cependant, lui permet d’intégrer ce moment à visage humain au sein du fantasme foncièrement déshumanisant de son projet colonial. Dans Propriété, de Valérie Martin, roman raconté par l’épouse d’un maître d’esclaves, Martin dépeint ce qui semble être un lien paternel très réel entre le maître d’esclaves et son fils « illégitime », Walter, lequel, en tant que progéniture d’une femme esclave, devient aussi l’esclave du maître. Le maître, connu pour sa brutalité, concilie ses rôles de père et de propriétaire en traitant Walter comme un animal : il glousse affectueusement quand Walter tourne à quatre pattes autour de leur salle à manger, se mettant occasionnellement à genoux devant son maître de père, et lui mangeant dans la main, comme un chien. Ce rituel alimentaire permet au père d’exprimer un amour paternel véritable, d’une manière qui préserve le naturel et la légitimité de son droit de propriété et son pouvoir démesuré sur son fils. Autrement dit, il protège sa propriété – même celle qu’il a produite biologiquement – coûte que coûte.

La culpabilité et la générosité de Malek-Boda ont un effet similaire, en ce qu’elles lui permettent de reconnaître « le bon Arabe » en tant qu’être humain avec qui elle peut sympathiser sans qu’elle soit obligée de reconnaître cet humain comme un égal, préservant ainsi sa propre forme de propriété. Tout comme les Blancs américains de la classe populaire refusèrent pour des raisons stratégiques de s’allier avec la population de couleur de la classe populaire, afin de sauvegarder la propriété de leur blancheur, Malek-Boda tient fermement à la propriété de son statut d’Israélienne juive. Elle remodèle en fait sa culpabilité en une preuve de sa supériorité morale afin de re-légitimer son privilège légal devenu discutable. De cette façon, Malek-Boda transforme un moment révélateur en une occasion de se complaire dans une suprématie juive. Sa culpabilité devient un mécanisme de défense pour retrouver ses références d’un « statu quo » déstabilisé – même au milieu d’ « autres », partiellement humanisés. Bref, sa culpabilité justifie et re-naturalise le péché colonial qui donne naissance, en premier lieu, à cette culpabilité. Celle-ci ne brise pas le statu quo d’une supériorité naturalisée et d’un privilège légalement réifié, elle le soutient.

3 juillet 2012 – Jadaliyya – traduction : Info-Palestine.net/JPP