Des artistes boycottent le festival allemand de la Ruhrtriennale, qui s’oppose aux droits des Palestiniens

Ali AbunimahActivism and BDS Beat 18 juin 2018

Roger Waters, rockeur légendaire, a exprimé son soutien aux Young Fathers, groupe qui s’est vu exclu d’un festival musical allemand pour avoir soutenu les droits des Palestiniens.

Au même moment, d’autres artistes expriment leur solidarité avec les Young Fathers en annulant leur participation à la Ruhrtriennale, festival parrainé par les autorités du Land de Rhénanie du Nord-Westphalie.

En France, dans une situation de répression constante, des militants et des universitaires intensifient leur protestation contre l’attitude du gouvernement français qui se montre complice des massacres de Palestiniens commis par Israël.

“D’abord, respect aux Young Fathers”, a tweeté Waters, qui demande pourquoi la Ruhtriennale a décidé de “prendre ses distances du mouvement BDS sur tous les plans ?”

First respect to the @Youngfathers

Question? Why does @ruhrtriennale “distance itself in all forms from the @BDSmovement”?

BDS is an international non-violent protest movement that seeks to promote equal human and civil rights for all people everywhere. https://t.co/LChtZPebA6 pic.twitter.com/A2PQ6mJ7Fk

— Roger Waters (@rogerwaters) 14 juin 2018

Selon Waters, la campagne du BDS – boycott, désinvestissement et sanctions –, impulsée par les Palestiniens, est “un mouvement international de protestation non violente dont le but est de promouvoir des droits humains et civiques égaux pour les hommes et les femmes du monde entier.”

La semaine dernière, la Ruhrtriennale a annulé le spectacle des Young Fathers programmé au mois d’août parce que cette formation très appréciée, basée en Écosse, refusait de renoncer à son soutien au BDS.

Le groupe considère comme une “décision erronée et profondément injuste” la demande faite à des artistes de “prendre des distances à l’égard de [leurs] principes de défense des droits humains pour que le concert puisse avoir lieu.”

D’autres artistes sont d’accord. Dimanche, Sherif Sehnaoui, Mazen Kerbaj, Tony Elieh et Raed Yassin, de Beyrouth, qui participent aux projets Wormholes et ‚A‘ Trio, ont annoncé qu’ils retiraient les spectacles prévus à la Ruhrtriennale.

We’re withdrawing@tonyelieh #HassanKhan @mazenkerbaj @RaedYassin #SupportYoungFathers pic.twitter.com/G8u63s7aX6

— Sharif Sehnaoui (@SharifSehnaoui) 17 juin 2018

Hassan Khan, musicien du Caire, s’est associé à leur déclaration ; il devait donner un concert à la Ruhrtriennale en compagnie de Tarek Atoui, en septembre. On ne sait pas si Atoui se produira en solo.

“Malheureusement, dans les circonstances actuelles, nous ne pourrions avoir la conscience tranquille en nous produisant dans un contexte où nos collègues ont subi une sanction publique pour avoir exercé leur droit d’exprimer de manière pacifique une position politique”, ont affirmé les cinq artistes.

Strongly disagree with @ruhrtriennale decision to cancel @Youngfathers. Silencing the right of artists to voice political opinion & campaign for human rights. Puts other artists at the festival in v tough position- some have already quit in solidarityhttps://t.co/R4uhfaI4MR

— kate molleson (@KateMolleson) 18 juin 2018

Kate Molleson, journaliste spécialiste de musique et animatrice radio à la BBC, s’est élevée contre l’annulation des Young Fathers par la Ruhrtriennale, tweetant que cet acte revient à “étouffer le droit des artistes à exprimer une opinion politique et à se mobiliser pour les droits humains.”

Cette décision “met les autres artistes du festival dans une position très difficile – certains se sont déjà retirés par solidarité”, a souligné Molleson.

Des défenseurs des droits des Palestiniens ont qualifié la décision de “maccarthysme” et ont appelé au boycott de la Ruhrtriennale.

Palestinians call for boycott of German @ruhrtriennale festival, accuse it of McCarthyism over cancellation of Young Fathers’ gig due after award-winning band stood firm in their support of Palestinian rights and BDS #SupportYoungFathers https://t.co/IOeFftTrKL pic.twitter.com/SdFggjFgaF

— PACBI (@PACBI) 18 juin 2018

Les organisateurs de la Ruhrtriennale ont pris les Young Fathers pour cible parce que ce groupe, parmi d’autres, a boycotté l’an dernier le festival Pop-Kultur, tenu à Berlin, après qu’il eut accepté un parrainage de l’ambassade d’Israël.

Pop-Kultur affronte de nouveau un boycott croissant cette année parce que ce festival persiste à s’associer au gouvernement israélien.

Intolérance allemande

Le mouvement du BDS a pour but de faire pression sur Israël pour l’amener à respecter les droits des Palestiniens, notamment en organisant le boycott d’événements culturels soutenus par le gouvernement israélien, et ce mouvement s’est exprimé clairement au sujet de ses principes universalistes et antiracistes.

Pourtant Israël et ses groupes de pression essaient de faire passer le BDS pour illégitime et de présenter calomnieusement les personnes qui utilisent la tactique du boycott comme motivées par la haine anti-juive et non par l’opposition à la politique israélienne d’occupation militaire, de vol des terres pour y installer des colonies de peuplement, de massacres réguliers de civils et d’instauration d’un système d’apartheid complet envers les Palestiniens.

L’intolérance officielle à l’égard de celles et ceux qui estiment que les Palestiniens doivent bénéficier de droits égaux à part entière est particulièrement forte en Allemagne, où les élites convertissent leur sentiment de culpabilité découlant de l’extermination des Juifs par les Nazis en un soutien inconditionnel à Israël.

Roger Waters a été lui-même en butte à des campagnes de dénigrement en Allemagne. La semaine dernière il a répliqué à Dieter Reiter, maire de Munich, qui accusait le rockeur de “provocations antisémites” avant un concert qu’il devait donner dans cette ville.

Dieter Reiter, the Mayor of Munich, has issued a press release denouncing me as anti-Semitic.

The Mayor claims I make increasingly hateful anti-Semitic remarks.

I stand for human rights.

Here is what I said 2 nights ago in Cologne unedited: https://t.co/1fDW8rY8yJ pic.twitter.com/dGvLqxpweE

— Roger Waters (@rogerwaters) 13 juin 2018

Le maire a affirmé que Waters ne serait pas autorisé, à l’avenir, à jouer dans la salle de l’Olympiahalle.

Par l’intermédiaire d’un avocat, Waters a demandé que cette imputation calomnieuse soit retirée, mais elle figure toujours sur le site officiel de la ville.

La semaine dernière [8 et 9 juin], lors de concerts dans la ville française de Nanterre, Waters, fortement applaudi, s’est prononcé publiquement en faveur des droits du peuple palestinien. Il a condamné les poursuites intentées contre des militants du BDS par les autorités françaises, soulignant que ces personnes n’avaient pas commis d’autres actes que ce qu’il faisait lui-même – inciter la société civile à agir pacifiquement pour soutenir les droits des Palestiniens.

“Alors, où êtes-vous, les flics?” s’est exclamé Waters, en désignant les policiers par ce mot d’argot français, “venez, emmenez-moi dans votre putain de prison.”

Voir la vidéo en tête de cet article.

Protestations parisiennes

Dimanche [17 juin] la répression étatique des actions de solidarité avec la Palestine s’est affichée de façon indigne, lorsque la police parisienne a empêché par la force deux bateaux appartenant à une flottille humanitaire à destination de Gaza d’accoster sur les quais de la Seine, comme l’a signalé le magazine en ligne Orient XXI.

Pendant ce temps, des universitaires demandent à l’Académie française des Sciences de rompre avec la Saison France-Israël, série d’évènements parrainée par les deux gouvernements pour promouvoir l’image d’Israël.

L’AURDIP, groupement d’universitaires qui soutiennent les droits des Palestiniens, s’oppose à une rencontre prévue pour le 19 juin avec la participation de lauréats du Prix Nobel, d’étudiants français et de représentants d’universités israéliennes menant des recherches sur les armements.

Cette journée “a un parfum de propagande politique pour Israël”, déclare l’AURDIP. “Mettre ainsi à l’honneur un État qui enferme dans un ghetto une population de 2 millions d’habitants et tire sur la foule lorsque celle-ci tente de rompre son joug est inacceptable”, souligne l’AURDIP en évoquant les massacres de Palestiniens commis récemment par Israël à Gaza.

Call on @AcadSciences to withdraw from France-Israel Season https://t.co/5xcw7AZQPP pic.twitter.com/0hkjTANQVX

— PACBI (@PACBI) 16 juin 2018

France: University professors urge French Academy of Science (@AcadSciences) to withdraw from the France-Israel Season, « an exercise in political propaganda in support of Israel. » https://t.co/ID0MQv5tV1 pic.twitter.com/SdVLxlDWLt

— PACBI (@PACBI) 18 juin 2018

À Paris, la semaine dernière, des militants de BDS France ont protesté contre le salon de l’armement Eurosatory parrainé par le gouvernement.

Des dizaines de sociétés israéliennes, et notamment celle qui fabrique un fusil d’assaut utilisé à Gaza pour tuer des manifestants non armés, comptaient parmi les exposants.

Plusieurs groupes, parmi lesquels l’Association France Palestine Solidarité et les Quakers, ont participé aux actions.

Interventions de BDS France, hier, lors de la manifestation contre la tenue du salon de l’armement Eurosatory.
« Israël est l’un des plus importants exposants de ce marché de la mort. Il teste ses armes sur les Palestinien·ne·s et en fait un argument de vente. »#StopEurosatory pic.twitter.com/KVSUguGIj1

— BDS France (@Campagnebds) 14 juin 2018

Intervention de @ParisAyotzi
« Eurosatory fait la promotion des armes utilisées par la police et l’armée mexicaines contre la population et notamment contre les étudiants d’Ayotzinapa »#StopEurosatory pic.twitter.com/NmLXH9TyD4

— BDS France (@Campagnebds) 14 juin 2018

 

Les manifestants ont mis en scène un “die-in” et ont entonné des slogans appelant à un embargo militaire contre Israël et demandant qu’Israël cesse de tester des armes sur les Palestiniens.

BDS France a précisé que cette manifestation était extrêmement visible pour tous les visiteurs du salon de l’armement, mais que la grande majorité était apparemment “sans état d’âme”.

Un participant a quand même glissé discrètement aux protestataires un billet où il exprimait sa position.

“Nous ne sommes pas tous pareils, à moins que je ne sois le seul”, disait ce billet. “C’est mon boulot, mais je suis avec vous. Liberté pour la Palestine.”

Traduction SM pour BDS France