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La lettre ouverte à Jane BIRKIN par BDS Maroc

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Chère Jane Birkin,

Nous disons ‘Chère’. Non par familiarité – nous ne nous le permettrions pas. Mais comme une marque de proximité.
Oui, la proximité entre vous et nous, c’est de sentir que nous sommes animés par le même souci de voir se réaliser cet axiome de base : nous, humains, sommes des êtres égaux. Femmes, Hommes, Français, Palestiniens ou Marocains, de quelle que religion ou conviction, nous pensons que toutes et tous méritent que leur dignité  soit respectée – sans distinction.

Proximité, parce que vous êtes une artiste qui n’a pas placé ses talents dans un ‘au-delà de la politique’ tout à fait fictif : vous n’iriez pas vous produire dans des circonstances où, clairement, ‘on’ arrête, ‘on’ torture, ‘on’ occupe, ‘on’ pille,…

La situation des opprimés, des bafoués, ne vous est pas indifférente.

Ainsi, par exemple, vous avez fait campagne avec Amnesty International pour Aung San Suu Kyi. Et aujourd’hui, le ciel pourrait commencer à se rouvrir au-dessus de la Birmanie. Vous y aurez contribué.

Pour notre part, nous avons répondu à l’appel de la société civile palestinienne qui a opté pour lutter par tous les moyens pacifiques possibles pour que cesse l’Apartheid contre les Palestiniens qui sont citoyens d’Israël. Pour que soit reconnu le droit des Palestiniens chassés de leurs maisons en 1948 à choisir de revenir et à recouvrer leurs biens Pour que cesse la colonisation et l’entreprise d’épuration ethnique menée tant en Cisjordanie qu’à Gaza.

Comme pour le régime d’Apartheid d’Afrique du Sud, cet appel tient pour acquis qu’une campagne mondiale de Boycott, de Désinvestissement et de Sanctions internationales seront à même de venir à bout de l’injustice.

Nous sommes sûrs que, vous, fille de passeur de résistants à l’époque du nazisme, vous n’auriez jamais accepté de vous produire à Pretoria, au temps de l’Apartheid.

Oui. Apartheid en Palestine aussi. Parce qu’il ne s’agit pas du racisme ordinaire ou de discriminations circonstancielles, comme il y en a malheureusement trop, en Europe par exemple. Il s’agit de racisme « légal » – institutionnalisé. Pour ne citer qu’un exemple. De par la loi, un(e) Palestinien(ne) citoyen(ne) d’Israël n’a pas le droit d’épouser un(e) Palestinienne qui habite la Cisjordanie, ou Gaza. Ou encore : de par la loi, l’accès – pour les Palestiniens – à la propriété foncière et à la construction d’une maison se heurte à des obstacles légaux insurmontables. Alors que n’importe quelle personne, réputée juive, à travers le monde, bénéficie – de par la loi – de la citoyenneté de l’Etat d’Israël et de tous les droits qui y sont attachés – en particulier d’avoir automatiquement une maison, et éventuellement de disposer à la demande de l’espace pour en construire une. Les Palestiniens ont moins de droits dans leur propre pays que n’importe quel migrant débarquant de Russie, de France ou des Etats-Unis.

Cela à soit seul – la discrimination ethnique légalisée – serait une raison suffisante pour répondre à l’appel au boycott culturel et artistique qui fait l’unanimité des Palestiniens.

Pas plus tard que ce Jeudi, Victor Batarseh, Maire de Bethlehem, à l’occasion de son message de Noël, parlant de l’incessant progrès de la colonisation en Cisjordanie, disait :

“They act as if this is their land and we are the foreigners.”

Et son appel est : “the international community should boycottIsraeluntil it accepts Palestinian independence”.

Nous n’arrivons pas à nous imaginer que la Jane qui a chanté pour Aung San Suu Kyi accepterait de se produire à quelques encablures (c’est petit la Palestine !) des prisons où croupissent des milliers de prisonniers politiques palestiniens (y compris des femmes et des enfants) dont certains sont internés sur simple décision administrative indéfiniment renouvelable.

 

L’opinion publique d’Israël se fait d’elle-même une très haute opinion quant à la culture et au sens des arts. Malheureusement, cette opinion – qui est assez partagée et entretenue en Europe – joue comme un écran qui couvre une réalité beaucoup moins reluisante. Participer au spectacle du salon peut contribuer à masquer ce qui se passe dans la cuisine et dans l’arrière-cour…

Nous ne pensons pas que la fille du passeur de résistants contre le nazisme pourrait ignorer qu’elle se produit devant un public qui a soutenu à 94%  la récente aventure militaire particulièrement meurtrière contre Gaza (près de 1400 morts et 5000 blessés, civils pour une grande part) – au sujet duquel un rapport de l’ONU utilise une litote en parlant d’ « actes pouvant constituer des crimes de guerre et peut-être, dans certaines circonstances, des crimes contre l’humanité ». Refuser de se produire pourrait aussi contribuer à ce que les gens de conscience se posent des questions sur ce qu’ils considèrent comme leur « bon droit » : occuper, coloniser, discriminer. C’est aussi cela votre pouvoir en tant qu’artiste.

En vous demandant de ne pas être indifférente à l’appel des Palestiniens pour le boycott culturel et de renoncer à vous produire en Israël, nous sommes sûrs que nous ne serons pas déçus.

C’est en tous cas la Jane Birkin de notre imaginaire. Nous attendons avec impatience de savoir ce que la Jane Birkin réelle décidera finalement.

 

Recevez nos sincères salutations.

BDS Maroc

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