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L’année où BDS est devenu la préoccupation n°1 des Juifs américains

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Alors que les efforts de BDS ont commencé il y a plus de dix ans, et qu’ils n’ont pas atteint le niveau d’impact obtenu par le même travail en Europe, les partisans du BDS se prévalent d’une progression.

Cette année universitaire, « nous sommes confrontés à la plus organisée des campagnes de diabolisation d’Israël et d’agressions contre les étudiants pro-Israël jamais vue », écrit le directeur général de Hillel, Eric Fingerhut, dans une lettre du 22 décembre aux membres du conseil de Hillel International. « Nous étions préparés, » écrit-il, citant le travail de Hillel auprès de 250 professionnels de campus, en communication et autres formations, et les projets d’en faire venir de nombreux en Israël en janvier.

La sphère universitaire est une question majeure, avec les résolutions BDS portées devant les gouvernements d’étudiants et les syndicats d’étudiants diplômés, aussi bien que devant les associations universitaires et les professeurs de facultés. La prochaine tentative est attendue à la conférence annuelle de l’Association historique américaine (AHA), un groupe de 14 000 membres qui se réunit début janvier à New York City.

BDS est devenu un sujet central pour la communauté juive américaine organisée, laquelle le considère comme une menace à long terme. Cette année, de nouvelles coalitions se sont formées et les initiatives pour les combattre se sont intensifiées en ripostant aux orateurs et événements anti-Israël sur les campus de facultés, avec d’autres pro-Israël. Un nouveau livre de près de trois dizaines d’essais, « Ce que l’on reproche aux boycotts universitaires d’Israël », édité par Cary Nelson et Gabriel Noah Brahm, vient juste de paraître.

Suscitée en partie par la guerre de Gaza de l’été dernier, « nous avons, certes, assisté à une recrudescence de l’activité anti-Israël en début de semestre mais simultanément avec une montée spectaculaire de l’activisme pro-Israël. Le mouvement n’a jamais été aussi vaste, il n’a jamais été aussi fort, » dit Jacob Baime, directeur exécutif de la Coalition Israël sur les campus. « Nous observons au moins quatre ou cinq initiatives pro-Israël pour chaque initiative anti-Israël. L’activisme pro-Israël l’emporte de loin sur l’activisme anti-Israël dans l’ensemble. Il se présente une foule d’intervenants pro-Israël pour chaque intervenant anti-Israël » sur un campus, dit-il.

On a vu l’une des rares résolutions BDS à obtenir l’approbation dans un système de collèges à l’université de Californie, dont les membres du syndicat d’étudiants diplômés ont approuvé le 10 décembre une résolution appelant le système de l’UC et le syndicat international unifié des travailleurs de l’automobile « à désinvestir les sociétés impliquées dans l’occupation et l’apartheid israéliens ». Le syndicat a 13 000 adhérents qui travaillent comme aide-enseignants et assistants dans neuf campus de l’UC.

Un peu plus de la moitié des 2100 adhérents du syndicat qui ont voté se sont engagés personnellement à ne participer à aucune recherche, conférence, événement ou programme d’échange qui serait parrainé par des universités israéliennes.

Une autre résolution BDS a été voté à l’université catholique DePaul de Chicago, où le désinvestissement l’a emporté de justesse lors d’un référendum d’étudiants en mai.

Une mesure similaire a été par contre rejetée par le syndicat des étudiants diplômés de l’université de la ville de New York.

Les opposants au BDS disent qu’aux États-Unis, « la campagne BDS a été un échec complet. Ils n’ont pas vraiment réussi à convaincre quiconque, sauf une poignée d’étudiants et quelques professeurs, et cela en aucune manière ne contribuera à la paix ou à améliorer le sort des Palestiniens, » a dit Mitchell Bard, directeur exécutif de l’entreprise coopérative israélo-américaine, un groupe qui fait venir des universitaires israéliens sur les campus américains.

« S’agissant des campus, le boycott a été un échec colossal, » dit-il. « Il y a environ 2000 collèges de quatre années aux États-Unis, et dans la dernière année universitaires, il y a eu 16 ou 17 résolutions de désinvestissements, et ils en ont perdu au moins 12. »

Andrew Kadi, un professionnel en technologie de l’information, d’origine palestinienne, à Washington DC, est coprésident de la Campagne US pour la fin de l’occupation israélienne. Dans un entretien, il a contesté la façon de voir de Bard. Si « cela a été un échec complet, alors pourquoi investir autant d’argent pour essayer de s’y opposer ? Toutes les organisations juives explicitement sionistes dans le pays semblent s’investir très lourdement par millions afin de s’opposer au BDS, » dit Kadi.

« Je ne vais pas m’avancer ici et essayer de dépeindre le boycott comme la plus grande victoire cette année. C’est un processus à long terme. Il a fallu dix à quinze années à ce genre de campagnes pour contribuer à la fin de l’apartheid en Afrique du Sud, à de telles campagnes pour avoir un impact au niveau politique. »

Kadi reconnaît que BDS est beaucoup plus influent en Europe. « Aux USA, dit-il, nous avons encore un long chemin à parcourir. »

La mort par le morcellement

Les organisations juives américaines réajustent leur stratégie afin d’aboutir à des changements à long terme, s’orientant vers le développement de relations avec des partenaires potentiels plutôt que de rester réactives à chaque nouvelle initiative BDS.

« Tous les dirigeants de notre communauté croient qu’il nous faut étendre nos efforts. Nous croyons tous que ce n’est pas seulement une question juive, c’est une question américaine, » dit Baime. « Nous voyons des étudiants pro-Israël actifs en politique devenir de nouveaux alliés, au-delà des cercles pro-Israël traditionnels. »

Le Projet David, par exemple, développe un programme  pour qu’avec cette trêve hivernale, un étudiant pro-Israël et deux ou trois dirigeants non juifs de campus soit invités à un voyage en Israël. Cette année, il fait participer 32 campus. L’année prochaine, dit Philip Brodsky, directeur exécutif du groupe, ils prévoient d’en faire participer 40.

« La communauté a évolué en comprenant que chaque lutte ne doit pas se porter au niveau nucléaire, » dit Bard. « Différents outils sont nécessaires. »

« Il y a des raisons de s’inquiéter à propos de la désaffection croissante à l’égard d’Israël, préoccupation car, même si aujourd’hui nous avons des soutiens, dans dix ans nous aurons un gros problème, » dit Geri Palast, directeur du Réseau Action Israël. Son réseau, qui soutient le travail pro-Israël à Hillels, à JCRC (Conseil des relations communautaires juives) et dans des groupes non juifs comme des Églises et des organisations noires et latinos, est un partenariat entre des Fédérations juives d’Amérique du Nord et le Centre juif pour les affaires publiques, et qui a un budget annuel de 1,5 million de dollars.

Dans une décennie, « aurez-vous une communauté évolutive en Amérique qui ne soit plus aussi favorable à Israël comme elle l’est aujourd’hui du fait d’avoir grandi dans cet environnement ? C’est à cela que vous devez penser – pas à la résolution elle-même. »

« C’est la mort par des milliers de morcellements, » dit Bard. « Les gens semblent sentir que nous devons la vaincre partout afin qu’ils ne perdent pas pied ou l’assurance dont ils besoin pour réussir ».

Ethan Felson, vice-président de la JCPA, la branche relations communautaires de la communauté juive organisée, dit qu’il devrait y avoir un intérêt positif pour les efforts anti-BDS. « Nous essayons de développer un mouvement en soutien d’une paix incarnée dans deux États pour deux peuples, sans se battre contre des croque-mitaines, » dit-il.

Felson traque les efforts BDS parmi les Églises chrétiennes et dit anticiper les résolutions de désinvestissement, telle que celle votée en juin par l’Église presbytérienne (USA), qui devraient être proposées dans à peu près toutes les grandes confessions protestantes dans l’année qui vient.

Un accès au monde universitaire

Les partisans de BDS disent que leurs efforts cette année ont abouti à des succès.

« Les initiatives de BDS ont été extrêmement efficaces, » dit Sydney Levy, directeur du plaidoyer d’Une Voix juive pour la Paix (JVP), qui se présente elle-même comme partie prenante du mouvement BDS. La décision de Durham, en Caroline du Nord, de renoncer à un contrat d’un million de dollars avec G4S, une entreprise multinationale de sécurité, pour le travail de cette entreprise dans les prisons et sur les chekcpoints sécuritaires israéliens est un exemple de leur réussite, dit Levy.

Un autre en est la décision de SodaStream de déplacer son usine d’une zone industrielle de Cisjordanie vers une ville du sud d’Israël. Le fabriquant des appareils produisant de l’eau de Seltz à domicile a dit en novembre qu’il la déplaçait pour des raisons purement commerciales. Mais, a déclaré Levy à Ha’aretz, le fait « qu’elle se retire d’une colonie montre le succès de la campagne BDS ».

Au-delà, peut-être, de cet exemple, la lutte de BDS n’a pas d’influence sur la politique israélienne, dit Felson de la JCPA. « Même si les Israéliens connaissent le mouvement BDS, ce n’est pas un élément moteur. Les dirigeants israéliens prennent leurs décisions et les électeurs israéliens prennent leurs décisions sur la base de facteurs autrement plus tangibles, comme la sécurité, leurs intérêts économiques et leurs préoccupations politiques. Ils sont pas sensibilisés sur l’isolement international. Ils sont habitués aux Nations-Unies et à l’Union européenne et à ceux, ici et là, qui prétendent qu’ils devraient disparaître. »

BDS n’a pas plus d’impact sur l’opinion des Américains à propos d’Israël, dans l’ensemble. Dans des groupes de discussion avec des Américains non juifs influents « nul ne sait ce qu’est BDS » dit une source, qui veut rester anonyme. « Il consomme beaucoup de notre énergie mais il n’a pas beaucoup de portée. Nous pensons que le monde entier est BDS. Cela ne va pas jusque-là. »

Une arène dans laquelle les défenseurs de BDS ont notamment réussi cette année, c’est le monde universitaire, où être pro-boycott et pro-désinvestissement est devenu presque une unité de valeur pour la bonne foi progressiste.

« Nos contacts sur les campus sont très alarmés par la façon dont la question palestinienne est présentée, comme une sorte de porte d’entrée pour les gens qui veulent se voir comme des défenseurs des opprimés, » dit Gideon Aronoff, directeur général d’Ameinu, une organisation sioniste libérale qui a démarré Le Troisième Récit (TTN) en 2013. Cette année, le TTN a lancé un forum pour les universitaires qui s’opposent tant à l’occupation qu’au boycott des universités israéliennes.

« Sa capacité à devenir une sorte de bonimenteur pour être bien à gauche est très inquiétante. Quand il survient ce genre de question se voulant idéologique, il devient difficile de la contrer avec des arguments factuels. Cette transition s’est produite cette année, » dit Aronoff.

La prochaine bataille ?

Lors d’une conférence le mois prochain de l’Association historique américaine (AHA), de 14 000 membres, il y aura une table ronde avec des historiens « critiques de la politique israélienne », dit l’un des organisateurs, Van Gosse, et deux résolutions condamnant Israël seront proposés à la réunion.

Les Historiens contre la guerre (HAW), un groupe s’est créé en 2003 pour s’opposer à l’occupation américaine de l’Iraq, tentent de mettre l’occupation israélienne sur l’agenda de l’AHA.

Leurs résolutions réprimandent Israël pour « les actes de violence et d’intimidation de l’État d’Israël contre les chercheurs palestiniens et leurs collections d’archives, des actes qui peuvent détruire le sens de l’identité historique des Palestiniens aussi bien que l’histoire elle-même », pour « le refus d’Israël d’autoriser les étudiants de Gaza de voyager pour poursuivre un enseignement supérieur à l’étranger, et même dans les universités de Cisjordanie », et « pour sa politique du refus de laisser entrer des ressortissants étrangers qui cherchent à promouvoir le développement éducatif dans les territoires palestiniens occupés. »

« Si vous bougez un grand organisme comme l’AHA, qui possède une vraie réputation, cela change les consciences et les opinions, » dit Gosse, maître de conférence en histoire à la faculté Franklin et Marshall en Pennsylvanie, et membre de l’HAW et de l’AHA. « Si nous stimulons le débat sur ces questions, c’est parce nous cherchons cela, » dit Gosse, qui a donné lui-même de l’argent à JVP.

L’AHA n’a pas abordé les questions internationales durant ses quatre années comme directeur exécutif de l’AHA, dit Jim Grossman, mais auparavant elle a pris position pour la liberté des universitaires en Russie. Grossman a refusé de dire s’il est juif ou pro-Israël, en disant, « mes opinions sur cela sont sans intérêt. S’il y a des historiens dont les droits en tant qu’universitaires, notamment la liberté universitaire, sont entravés, alors nous parlerons en leur nom. »

L’AHA s’est jointe à plusieurs autres associations universitaires qui ont mis des résolutions anti-Israël à leur registre l’année passée, mais l’AHA est la plus importante, de loin. L’Association d’études du Moyen-Orient (MESA) a adopté une politique le mois dernier permettant à ses 2700 membres de boycotter Israël. L’Association d’études américaines (ASA), avec 5000 membres, a voté une résolution pour boycotter les universités et institutions israéliennes, en décembre 2013, mais les universitaires israéliens ont été autorisés à participer à sa conférence cette année.

L’Association américaine d’anthropologie (AAA) a rejeté une mesure anti-boycott à sa conférence annuelle le mois dernier, au lieu de nommer un groupe de travail pour soumettre ses recommandations à sa conférence de 2015. L’Association du langage moderne (MLA), avec près de 24 000 membres, a rejeté une motion pour le boycott d’Israël à sa conférence en juin.

Selon certains historiens pro-Israël, membres de l’AHA, ils travaillent en coulisse pour essayer de saborder les tentatives de boycott à l’Association historique américaine (AHA).

« L’idée que l’AHA aurait un quelconque impact sur la politique d’Israël pour la Cisjordanie, ou pour pousser les parties à la négociation est ridicule, » dit David Greenberg à Ha’aretz. Greenberg est maître de conférence en histoire, journalisme et communication à l’université Rutgers du New Jersey. « Il y a une campagne mondiale de délégitimation d’Israël. Chaque petit élément fait une différence. En soi, ce n’est important mais dans la mesure où il contribue à l’idée qu’Israël devrait être un État paria, c’est une mauvaise chose. C’est mauvais pour l’AHA, les membres juifs sont écartés et il se crée des divisions ».

Les points de vue des jeunes universitaires sur BDS peuvent être une menace pour leurs perspectives de carrière, dit-il.

« Les gens qui soutiennent ne serait-ce que modérément Israël sont dans une sorte de position délicate dans le monde universitaire. Si vous êtes étudiant diplômé ou professeur non titulaire, vous affrontez vraiment un fort climat anti-Israël dans de nombreux départements et votre avenir pourrait être en jeu, » dit Greenberg. « Ce n’est pas un secret qu’il n’y a presque aucun conservateur dans la profession d’historien. Le soutien à Israël est devenu synonyme de position conservatrice. Quiconque à voir avec un soutien à Israël est confronté à une inquiétude légitime d’avoir à en souffrir ».

« Vous devriez pouvoir dire, ‘je suis sioniste’ et quand même obtenir votre titularisation et que les gens ne s’en soucient pas. Cela ne devrait pas affecter les jugements sur votre bourse d’études. Pourtant, c’est le cas. »

http://www.aurdip.fr/the-year-bds-became-the-number-one.html

http://www.haaretz.com/jewish-world/jewish-world-features/.premium-1.633972

Traduction : JPP pour l’AURDIP

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