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Lettre demandant au Centre Lincoln d’annuler les représentations théâtrales « Brand Israël » du gouvernement israélien

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Si vous êtes artiste de théâtre et souhaitez signer cette lettre, merci de nous contacter et de donner votre nom et une identification se rapportant au théâtre .

 

À Katherine Farley, Présidente du conseil d’administration, Centre Lincoln

À Debora L. Spar, Présidente, Centre Lincoln

 

Chères Madame Farley et Madame Spar,

 

Nous défendons les arts et les droits de l’homme et en tant que tels, nous vous écrivons pour exprimer notre préoccupation profonde devant l’accueil par le Centre Lincoln du Théâtre national israélien Ha’bima et du Théâtre Cameri de Tel Aviv, du 24 au 27 juillet, pour des représentations de la pièce « Jusqu’à la fin de la terre ». Le site du Centre Lincoln indique que ces représentations seront produites « avec le soutien du Bureau des Affaires culturelles d’Israël en Amérique du Nord ». Il est profondément préoccupant que le Centre Lincoln, l’une des institutions culturelles mondiales majeures, aide le gouvernement israélien à mettre en pratique sa stratégie méthodique « Brand Israel », qui consiste à utiliser les arts et la culture pour détourner l’attention des décennies de colonisation violente, d’occupation militaire brutale et de déni des droits fondamentaux du peuple palestinien par cet État. Nous demandons au Centre Lincoln d’éviter de se rendre complice de « Brand Israel », en annulant ces spectacles de Ha’bima et Cameri.

 

En 2006, le ministère des Affaires étrangères d’Israël (MoFa) a lancé sa stratégie de relations publiques « Brand Israel » qui vise à « changer l’image » d’Israël en présentant ce pays comme « utile et moderne », tout en « évitant toute discussion sur le conflit avec les Palestiniens ». Une composante importante de « Brand Israel » consiste en la promotion du pays en tant que milieu progressiste des arts et de la culture. Cela a été exprimé par un responsable du MoFa qui, suite à l’une de ces agressions militaires périodiques d’Israël contre la bande de Gaza, a déclaré au New York Times, « Nous allons envoyer à l’étranger des romanciers et des écrivains connus, des compagnies de théâtre, des expositions…  De cette façon, vous montrez un visage enjolivé d’Israël, et nous ne sommes pas perçus uniquement dans le contexte de la guerre ». Le soutien annoncé par le « Bureau des Affaires culturelles d’Israël en Amérique du Nord » pour la représentation de Ha’bima et Cameri au Centre Lincoln entre précisément dans cette stratégie du gouvernement israélien.

 

 

En plus de ce partenariat avec le gouvernement, les Théâtres Ha’bima et Cameri se sont rendus longtemps et activement complices de l’occupation et de la colonisation de la Cisjordanie, en se produisant à maintes reprises dans les colonies de peuplement illégales en dépit des appels d’artistes de conscience, d’Israël et du monde, leur demandant de ne pas agir ainsi. En 2016, Ha’bima s’est produit dans la colonie radicale de Kiryat Arba à Hébron, et Ha’bima et Cameri ont donné de multiples représentations dans la colonie d’Ariel, qui s’enfonce de 12 miles au sein de la Cisjordanie occupée, en violation flagrante du droit international. De nombreux artistes israéliens ont protesté contre ces représentations à Ariel, et ont refusé d’y apparaître. À ces protestations d’artistes israéliens, sont venues s’ajouter en 2010 celles de plus de 150 professionnels internationaux du théâtre et du cinéma. Au Royaume-Uni en 2012, un groupe d’éminents acteurs, dramaturges et directeurs, a publié une lettre dans le Guardian demandant au Théâtre du Globe de Shakespeare d’annuler une représentation de Ha’bima en raison de son rôle dans la légitimation des colonies israéliennes. Néanmoins, Ha’bima et Cameri continuent de se produire dans les colonies.

 

Compte tenu de ce contexte, le Centre Lincoln ne peut pas prétendre qu’accueillir ces théâtres avec le soutien du gouvernement israélien n’est qu’un patronage apolitique des arts, quand ces institutions israéliennes sont directement impliquées dans le soutien de la répression du peuple palestinien, et notamment des artistes de théâtre palestiniens. Pour ne citer que quelques-uns des nombreux exemples d’artistes palestiniens visés par la répression du gouvernement israélien : les artistes et employés du Théâtre de la Liberté à Jénine ont fait maintes fois l’objet d’arrestations et de harcèlements. En juin 2015, le gouvernement israélien a coupé le financement d’un théâtre dirigé par des citoyens palestiniens d’Israël, et menacé le financement d’un autre théâtre pour des décisions artistiques liées aux droits des Palestiniens. Le Théâtre National Palestinien à Jérusalem-Est a été victime, pendant des années, d’un harcèlement persistant et de menaces de fermeture par le gouvernement israélien. La liberté de mouvement de tous les artistes palestiniens est fréquemment restreinte par les autorités d’occupation israéliennes, alors que les artistes israéliens parcourent le monde en toute liberté.

 

Nous ne soulevons ici aucune préoccupation concernant le fond des artistes, ou leur nationalité, mais plutôt sur la complicité structurelle d’institutions avec un calendrier répressif d’un l’État qui viole de façon répétée le droit international. Une autre programmation du Centre Lincoln, notamment les autres spectacles au Festival international du 10 au 30 juillet, fait apparaître ses intentions admirables en mettant en avant des voix variées dans la région, en permettant aux arts de fonctionner comme ils le peuvent et de façon précieuse pour initier la pensée critique, faciliter le questionnement actif et ouvrir un espace à la compréhension interculturelle. Mais en accueillant les Théâtres Ha’bima et Cameri, et en vous associant de la sorte au gouvernement israélien, le Centre Lincoln soutient lui aussi, activement, des décennies de déni des droits des Palestiniens par Israël. Cela fait maintenant 50 ans que les Palestiniens vivant en Cisjordanie et dans la bande de Gaza sont soumis à un régime d’occupation militaire et de colonisation, et 69 ans que ceux vivant en Israël sont des citoyens inégaux, soumis à plus de 50 lois discriminatoires, et que les autres vivent comme réfugiés dans une diaspora, et à qui il est dénié le droit au retour dans leur patrie, tel que garanti par le droit international.

 

Telles sont nos raisons pour exhorter le Centre Lincoln à respecter l’appel de la société civile palestinienne au boycott de ces institutions culturelles israéliennes qui se rendent complices du déni des droits des Palestiniens. Cet appel s’inspire de ce mouvement mondial de boycott qui a aidé à mettre fin à l’apartheid en Afrique du Sud. Pour aider à faire pression sur le gouvernement israélien afin qu’il mette fin à 69 ans de dépossession et d’exil palestiniens, et à 50 ans d’occupation militaire, nous vous demandons d’annuler les représentations de Ha’bima et Cameri en juillet.

 

Nous serions très heureux de vous rencontrer pour discuter plus avant de ces questions.

 

Source: ADALAH-NY

Traduction : JPP pour BDS France

 

 

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