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Lettre de Gaza à Ibeyi : ne nous tournez pas le dos !

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Ibeyi est un duo musical franco-cubain composé des sœurs jumelles Lisa-Kaindé et Naomi Diaz.

Gaza assiégée, Palestine occupée
07/12/15

Chères Ibeyi,

Nous sommes des Palestiniens, universitaires, militants, étudiants, femmes et jeunes de Gaza, parmi 1,8 millions de personnes confinées dans une bande de terre qui fait la moitié de La Havane. Les enfants forment la majorité de la population. Nous sommes encerclés par la machine de guerre israélienne, la mieux armée du Moyen Orient. Les frontières de notre terre sont contrôlées par des tanks israéliens Merkava, des jeeps, des snipers ; des tirs télécommandés depuis des tours visent nos agriculteurs et les familles qui vivent dans leur voisinage. Sur la mer, on peut voir les navires de guerre israéliens pourchasser nos pêcheurs auxquels ils dénient le droit de pêcher, détruisant ainsi leur activité et leurs moyens de subsistance. Dans le ciel, nous n’avons connu que les F 16 de combat israéliens et les drones Hermès qui bombardent régulièrement nos espaces densément peuplés. En s’entraînant sur nous, dans le laboratoire humain de Gaza, Israël est devenu le roi de l’industrie des drones et le fabricant numéro 1 au monde. Nous faisons appel à vous pour que vous boycottiez Israël jusqu’à ce que nous n’ayons plus à vivre comme cela.

En 2005, plus de 170 organisations de la société civile palestinienne ont appelé au boycott, au désinvestissement et aux sanctions contre Israël jusqu’à ce que les Palestiniens soient jugés suffisamment humains pour ne pas être supposés vivre en permanence dans une prison israélienne. Pour qu’ils ne soient pas privés de leurs droits fondamentaux – les droits culturels, universitaires, sportifs, tandis que notre économie est stoppée dans son développement par 67 ans de nettoyage ethnique de la part d’Israël et d’occupation de notre terre et de notre peuple. On a essayé la diplomatie pendant des années et ça n’a pas marché. Depuis le point culminant de la « diplomatie » – les accords d’Oslo de 1994 – Israël a usurpé davantage de territoire palestinien, intensifié l’occupation et augmenté de façon substantielle sa violence quotidienne.

Notre population à Gaza ne peut qu’attendre les bombes. Le Palestiniens n’ont pas de marine, pas de force aérienne, pas de défense aérienne, ni véhicules blindés ni armement lourd. La plupart d’entre nous ne peuvent quitter Gaza, du fait du contrôle d’Israël à toutes nos frontières. Pendant les 51 jours de l’attaque « barrière protectrice », on estime que l’armée israélienne a déversé sur notre population la puissance explosive équivalant à la bombe atomique lancée par les États Unis sur le Japon en août 1945.

Selon les Nations Unies, nous avons déploré plus de 2000 tués à Gaza en 51 jours pendant l’été 2014 sous ces bombes, obus, balles, shrapnels et chutes de béton des 18 000 maisons qui ont été détruites ou trop endommagées pour être réparées. La grande majorité des tués étaient des civils, dont 299 femmes et 551 enfants – 187 filles et 313 garçons. Parmi les 73 Israéliens tués, 67 étaient des soldats armés qui attaquaient Gaza. 90 familles ont été entièrement effacées des registres d’état civil et, des 11 231 Palestiniens blessés, il est probable que pas moins de 1 000 aient des déficiences définitives. 1 500 orphelins vont avoir besoin de soutien dans la durée et d’aide sociale.

Pourtant, non seulement le monde nous tourne le dos, mais Israël reçoit une aide substantielle de l’Europe dans les domaines commercial, diplomatique et militaire, et les États Unis donnent à Israël 3 milliards par an et des millions en plus en armement. C’est de loin une aide plus importante que ce qu’aucun pays ne reçoit au total. Israël est récompensé pour ses crimes de guerre, tout comme la normalisation des relations avec d’autres pays récompense leurs musiciens, universitaires et artistes, pendant que nous pourrissons dans le cachot de Gaza, coupés du monde.

Les héros anti-apartheid, Nelson Mandela, l’archevêque Desmond Tutu et Ronnie Kasrils, l’ancien président américain Jimmy Carter, ont tous décrit le contrôle par Israël et les 67 ans de punition collective envers les Palestiniens comme de l’apartheid – un système colonial brutal basé sur la discrimination raciale. L’archevêque Tutu, qui s’est rendu en Palestine, a appelé tous les musiciens à boycotter le régime d’apartheid d’Israël et a dit qu’il serait inconsidéré que la formation sud-africaine d’opéra, l’Opéra de Cape Town, se produise en Israël.

Ceux qui se sont auparavant opposés à d’autres régimes racistes sont la conscience de l’humanité. Nous vous demandons, depuis les décombres du ghetto de Gaza, de ne pas vous détourner de nous et de faire preuve de solidarité avec nous, comme l’ont fait les musiciens Carlos Santana, Lauryn Hill, Cassandra Wilson, Cat Power, Jello Biafra, Lhasa, Roger Waters, Pink Floyd, Elvis Costello, Annie Lennox, Devendra Banhart, Vanessa Paradis, Massive Attack, Gil Scott Heron, Pete Seeger, Gary Moore, les Gorillaz, Leftfield et Faithless.

Selon les musiciens Brian Eno et Ohal Grietzer, l’un britannique et l’autre israélien, « le ministère des affaires étrangères d’Israël travaille main dans la main avec des producteurs de spectacles en Israël qui offrent des cachets astronomiques pour des concerts. Leur but avéré est de promouvoir un « label Israël » associé à un pluralisme progressiste… mais l’oppression du peuple palestinien qui, depuis des décennies est systématique, souvent violente et meurtrière nous a conduits, et beaucoup d’autres aussi, à penser qu’à l’instar de l’Afrique du Sud, le boycott est une mesure efficace pour amener le changement et la libération d’un peuple opprimé ».

Soyez conscientes que si vous deviez vous produire en Israël, la plupart des spectateurs auraient servi dans l’armée israélienne ou y seraient à ce moment-là. Nous sommes nombreux à avoir le même âge que vous. Pourtant, nous ne pourrons jamais vous écouter de près à cause du carcan dans lequel nous sommes nés, c’est à dire le siège permanent d’Israël qui empêche la plupart d’entre nous de jamais quitter Gaza. Et pourquoi ? Parce que nous sommes palestiniens, le mauvais « groupe ethnique » pour les plans d’expansion d’Israël dans la région. Nous vous demandons de ne pas aider Israël à nous opprimer en ne participant pas au « Label Israël » qui cache les pratiques violentes et racistes de l’État d’Israël. Nous espérons que vous n’irez pas les divertir pendant qu’ils nous dépossèdent, pendant qu’ils détruisent nos espoirs de jeunes êtres.

Nous adorons la musique, nous avons tout un éventail de musiques et de danses qui nous sont propres et que nous aimons écouter et pratiquer. Mais nous n’avons que peu d’instruments. Israël nous a enlevé notre musique. Le blocus israélien par les airs, sur terre et sur mer signifie que depuis des années il est impossible de faire entrer à Gaza des instruments de musique, de même que le régime d’apartheid israélien a décidé que parce que nous sommes palestiniens nos devons être privés de coriandre, de noix muscade, de gingembre, de fruits secs, de viande fraîche, de lentilles, de pâtes, de chocolat, d’ânes, de bétail, de cannes à pêche, de jouets, de manuels et de journaux. La musique nous rappelle des temps meilleurs, noyant pour quelques instants le grondement obsédant des drones et le hurlement des avions de chasse qui remplissent notre ciel la nuit.

Nous vous demandons de répondre à notre appel lancé depuis la plus grande prison à l’air libre du monde et de ne pas nous tourner le dos.

Nous, Palestiniens de Gaza espérons de tout notre cœur qu’un jour nous aurons le droit de voyager pour aller écouter des concerts, jouer de la musique et aurons tous les autres droits qui nous sont refusés et dont tout un chacun s’attend à jouir.

Nous vous incitons à prêter attention aux appels au boycott, au désinvestissement et aux sanctions contre ceux qui nous dénient ce droit et à être du bon côté de l’histoire en annulant votre concert en Israël.

Conseil populaire palestinien pour les campagnes de boycott
Campagne des étudiants palestiniens pour le boycott académique d’Israël (PSCABI)

Au sujet des statistiques des pertes à Gaza établies par les Nations Unies, voir le rapport « Vies fragmentées, récapitulatif 2014 » du Bureau de l’ONU pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA)

Traduction SF pour BDS France
Source : http://www.odsg.org/co/index.php?option=com_content&view=article&id=3293:letter-from-gaza-to-ibeyi-dont-turn-you-back-on-us&catid=39:Statements&Itemid=62

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