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BDS : Les Palestiniens veulent « toute la panoplie des droits »

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Omar Barghouti
Mail & Guardian

Israël a peur que le soutien qui monte pour le boycott, désinvestissement et les sanctions ait un effet domino.

Israel has accused the South African government of racism after its ban on the mislabeling of Palestinan products as products of Israel.

Les politiques qui excluent la vente des produits cultivés ou conditionnés
dans les colonies illégales doivent être bien accueillies, mais elles ne suffisent pas.
« Nous nous félicitons de cette décision, mais nous n’en attendons pas moins de l’Afrique du Sud, de tous les pays » a dit un militant palestinien réagissant à la dernière décision du gouvernement sud-africain qui interdit d’étiqueter incorrectement les produits des colonies illégales israéliennes comme des produits d’Israël.
« En réalité, nous attendons plus que cela », a ajouté le militant, évoquant la longue histoire du soutien que les Palestiniens ont apporté à l’ANC (Congrès national africain) et au peuple d’Afrique du Sud, au cours du siècle dernier, dans leur lutte pour la liberté et l’égalité des droits.
Ceci résume la façon dont la plupart des Palestiniens ont réagi en apprenant la dernière mesure de l’Afrique du Sud, appréciée comme une victoire symbolique par le mouvement mondial BDS (Boycotts, Désinvestissements et Sanctions) sous l’égide palestinienne, et comme une première étape vers la fin des complicités avec l’occupation, la colonisation et l’apartheid israéliens.
Après une longue campagne de sensibilisation et de pressions conduite par les organisations palestiniennes, sud-africaines et internationales pour les des droits humains, et particulièrement par Open Shuhada Street (Ouvrir la rue Shuhada – Hébron), se concentrant sur Ahava, société israélienne qui fabrique ses produits en Cisjordanie occupée, le ministère sud-africain du Commerce et de l’Industrie a publié un avis « requérant des commerçants… qu’ils n’étiquettent pas incorrectement les produits des territoires palestiniens occupés comme des produits d’Israël ».
En dépit de la portée limitée et ciblée de la décision, Israël a réagi de façon hystérique, accusant l’Afrique du Sud de « racisme », ce qui reflète la crainte profonde d’Israël de devenir le paria du monde, et plus encore depuis le récent sondage de la BBC montrant un Israël en concurrence avec la Corée du Nord pour être le troisième pays le plus mal perçu dans le monde, selon l’opinion de larges majorités en Europe et dans les puissances économiques en développement.
Israël a peur que le soutien qui grandit pour les actions et les mesures BDS en Afrique du Sud, ce qui englobent les boycotts universitaire, culturel aussi bien qu’économique, ait un effet domino au niveau international, étant donné ce qui est considéré par beaucoup comme la direction morale d’Afrique du Sud sur la scène mondiale.
Plus crucialement, Israël est fortement préoccupé par le fait que le boycott est en train de se propager dans la plus grande partie de son marché à l’export, l’Union européenne.
Quelques jours après l’annonce de l’Afrique du Sud, le ministre des Affaires étrangères du Danemark a fait connaître son intention de se pencher sur la question de l’étiquetage différencié des produits des colonies israéliennes pour bien marquer que son pays et l’ensemble de l’Union européenne considèrent illégales l’occupation et les colonies.
Le ministre des Affaires étrangères d’Irlande, Eamon Gilmore, a de son côté affirmé aux médias, à l’issue d’une réunion des ministres des Affaires étrangères de l’UE, que Dublin allait probablement proposer une interdiction à l’échelle de l’Europe des produits des colonies israéliennes, lors de la présidence de l’UE par l’Irlande, début 2013.
Le gouvernement britannique pour sa part a donné son avis en 2009 aux supermarchés sur la façon correcte dont ils devaient étiqueter les produits de colonies.
Impact et application
Malgré sa valeur symbolique, l’initiative sud-africaine est en grande partie inapplicable, comme les pays de l’UE l’ont appris au fil des années.
Selon la législation européenne, les produits des colonies sont exclus des tarifs douaniers préférentiels prévus à l’accord d’association de l’Union européenne avec Israël.
Toutefois, Israël triche en marquant les produits des colonies à partir du lieu du siège des entreprises en Israël, ou en les regroupant avec des marchandises israéliennes, et la clientèle européenne ne dispose pas des moyens nécessaires pour pouvoir vérifier chaque arrivage d’Israël et y détecter les fraudes.
Un analyste d’Human Rights Watch, Bill Van Esveld, explique : « L’Europe permet à Israël de regrouper des marchandises des colonies illégales avec des marchandises venant d’Israël, et d’expédier le tout sur les marchés européens en franchise de droits. Au lieu de déclarer de façon transparente les origines réelles de toutes ses exportations, Israël indique simplement les codes postaux de départ.

« Le travail de détection des marchandises des colonies est laissé aux importateurs, sachant que certaines de ces marchandises portent les codes trompeurs des sièges sociaux des entreprises, qui se trouvent, eux, en Israël ».
Dans ces conditions, l’insistance pour que les supermarchés et les commerçants étiquettent les produits des colonies en les distinguant ne peut à elle seule avoir un impact tangible sur la réduction des échanges commerciaux avec les colonies, sachant qu’Israël a développé des mécanismes pour contourner de telles mesures.
De son côté, le mouvement BDS a mené une campagne active pour le boycott des entreprises qui commercialisent les marchandises venant des colonies ou tirent profit d’une manière ou d’une autre des colonies, qui sont toutes considérées illégales en droit international.

Si la distinction des produits des colonies est tout à fait irréaliste en raison des contre-mesures d’Israël, l’interdiction de commercer avec les sociétés qui font de l’argent avec la colonisation illégale et les autres violations israéliennes des droits humains et du droit international, cette interdiction est considérablement plus réalisable et applicable.
Une résolution bien élaborée à cet égard a été votée par le Congrès des syndicats britanniques (TUC), après une longue lutte de la Campagne Solidarité-Palestine et ses organisations affiliées dans le mouvement syndical au Royaume-Uni.

Le TUC, plus grande fédération syndicale du Royaume-Uni représentant 6,5 millions de salariés, a réaffirmé en 2011 sa politique adoptée en 2010 pour « l’incitation active de ses organisations, des employeurs et des fonds de pensions à boycotter les marchandises des colonies, à se désinvestir des sociétés qui font des profits avec les colonies, l’occupation et la construction du mur, tout cela étant illégal ». (mise en italique ajoutée)
La Confédération syndicale suédoise, avec 1,5 million d’adhérents, lui a emboîté le pas, votant il y a quelques jours un soutien à l’appel du mouvement syndical palestinien pour le boycott des produits des colonies, et agir pour « s’assurer que les fonds dont il a le contrôle ne soient pas investis dans les valeurs boursières israéliennes », et que les employeurs « cessent de faire des affaires avec les entreprises qui gagnent de l’argent avec les colonies illégales ».
Le groupe Co-opérative britannique, la plus grande chaîne de supermarchés du Royaume-Uni, a récemment pris la décision «  de ne plus s’engager avec des fournisseurs de produits que l’on connaît comme étant acheminés depuis les colonies israéliennes ».
L’Église méthodiste unifiée, avec 12 millions de membres dans le monde, a voté une résolution à sa dernière assemblée générale, appelant « toutes les nations à interdire… tout soutien financier de la part de personnes ou d’organisations à la construction et au maintien des colonies » et «  à interdire… l’importation de produits fabriqués par des entreprises dans les colonies israéliennes sur la terre palestinienne » (mise en italiques ajoutée).
Défendant son principe de prise en compte du contexte, et s’en rapportant à ses partenaires – qui souscrivent aux principes de base de l’appel BDS de 2005 – dans tout contexte pour décider de la méthode et de la cible du boycott, et de quoi il faut se désinvestir, le mouvement BDS a toujours reconnu la valeur tactique des boycotts ciblés qui sont, d’un point de vue pragmatique, perçus comme réalisables et gagnables.
Malgré tout, le mouvement cherche au bout du compte à impulser le boycott sud-africain dans les domaines économiques, universitaires, sportifs et culturels, isolant Israël – et ses institutions complices – jusqu’à ce qu’il se conforme pleinement à ses obligations relevant du droit international, mettant fin à son occupation, à son apartheid et à son déni du droit des réfugiés palestiniens (69 % de la population totale palestinienne) à revenir dans leurs foyers d’origine d’où ils ont été chassés par un nettoyage ethnique méthodique durant la Nakba de 1948.
En droit international après tout, c’est Israël qui porte la responsabilité des colonies illégales ainsi que de l’ensemble du régime d’oppression coloniale contre les Palestiniens, partout où ils sont.
Nuisant aux Palestiniens
Selon un argument ressassé par les Israéliens contre BDS, tout boycott ou désinvestissement internationaux, peu importe comment ils sont ciblé ou sélectifs, « nuiront aux Palestiniens », d’abord et avant tout, parce que ceux-ci sont la partie plus faible et qu’ils dépendent des exploitations agricoles et des entreprises israéliennes pour des emplois difficilement accessibles.
L’argument n’est pas seulement arrogant, prétendant savoir mieux que les Palestiniens ce qui est dans l’intérêt, c’est aussi une tentative à peine voilée pour détourner l’attention des États et de la société civile internationale loin des crimes et des obligations morales et légales d’Israël pour lesquels il aurait à rendre des comptes ; c’est un plagiat.
Le même argument, selon lequel les boycotts nuiraient aux populations qu’ils cherchent à aider, a fréquemment été déployé par le régime d’apartheid en Afrique du Sud dans les années quatre-vingt, tentant désespérément de repousser un boycott international qui grimpait en flèche.
Un groupe de réflexion basé aux États-Unis, secrètement financé par le gouvernement sud-africain pour défendre ses intérêts, avait publié par exemple un ouvrage intitulé, « Comprendre les sanctions en 1988 », dans lequel il avance l’argument que l’opposition aux sanctions par les Sud-Africains noirs « englobe tous les secteurs, notamment les dirigeants syndicalistes, religieux et tribaux, de même que la population noire ordinaire ».
Il déclarait aussi que « le désinvestissement ne faisait de mal à personne, sauf à ceux qui étaient trop pauvres pour s’en arranger, et cela signifie l’immense majorité de la population noire d’Afrique du Sud », concluant que c’était l’investissement en Afrique du Sud qui était le véritable catalyseur pour une réforme positive.
Réagissant à une propagande israélienne étonnamment similaire, l’ensemble quasiment de la société civile palestinienne, notamment tous les partis politiques et syndicats, a insisté pour défendre le BDS comme la forme première de lutte pour le droit palestinien à l’autodétermination.
Saluant la décision de la Co-op britannique, par exemple, les organisations et syndicats agricoles palestiniens ont réitéré leur appui solide à BDS et appelé à des mesures identiques, efficaces et réalisables, de boycotts pour soutenir la lutte palestinienne pour la liberté, la justice et l’égalité.
Dans une déclaration commune, ces organismes de la société civile déclarent : « Les politiques qui excluent la vente des produits cultivés ou conditionnés dans les colonies illégales doivent être bien accueillies, mais elles ne suffisent pas.
« Les entreprises agricoles qui exportent étiquettent régulièrement leurs produits de façon incorrecte et sont connues pour commercialiser les produits des colonies comme venant de l’intérieur d’Israël.
« Plus important encore, les entreprises agricoles, en tant que pleinement responsables de leur conduite, et tous les commerces avec les entreprises qui exportent – même partiellement – depuis les colonies, ou qui participent à toute autre violation israélienne du droit international ne font qu’encourager Israël à commettre toujours plus de violations du droit international et ceci est en soi immoral. »
Pour les Palestiniens, toute interdiction efficace, peu importe la façon dont elle cible, des entreprises, qu’elles soient israéliennes ou internationales, qui profitent de l’occupation et de l’apartheid israéliens, est un apéritif de bienvenue ; mais comme l’archevêque honoraire Desmond Tutu l’a dit une fois, nous voulons « toute la panoplie des droits ».
Omar Barghouti est un militant des droits humains, membre fondateur du mouvement de boycott mondial contre Israël à direction palestinienne, et auteur de Boycott, désinvestissement, sanctions. (BDS) contre l’apartheid et l’occupation de la Palestine (Éditions La Fabrique).
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