La Campagne BDS France prend acte de l’abandon par France Télévisions de son projet de recours à l’entreprise israélienne « Terrific » pour développer un outil de ciblage politique. Mais ce recul ne suffit pas : ce projet constitue un scandale démocratique et révèle une inquiétante banalisation des technologies israéliennes de surveillance au sein du service public français.
Selon les révélations de Mediapart, France Télévisions envisageait de recourir à « Terrific » pour déduire les préférences politiques de ses utilisateur·rices à partir de leurs données de navigation. L’objectif était notamment de permettre un profilage politique susceptible d’être utilisé à des fins de microciblage électoral.
Qu’un média public français ait pu envisager de collecter et d’exploiter de telles données à des fins de ciblage politique est en soi extrêmement grave. La protection des données personnelles et la liberté du débat démocratique ne peuvent être traitées comme de simples questions techniques ou commerciales.
Mais l’affaire est plus grave encore.
L’entreprise israélienne « Terrific » n’était pas un prestataire inconnu de France Télévisions. Elle avait déjà fourni un outil utilisé sur la plateforme France.tv. Baptisé « Shoppable », celui-ci a été retiré en septembre après des alertes concernant notamment la collecte de données et des risques de phishing.
Le projet de ciblage politique n’est donc pas un incident isolé. Il s’inscrit dans une relation commerciale déjà établie entre France Télévisions et une entreprise israélienne spécialisée dans les technologies numériques et le ciblage.
Cette affaire intervient alors que l’industrie israélienne de la surveillance, de la cybersécurité et des technologies de ciblage occupe une place centrale dans le développement et l’exportation des technologies sécuritaires israéliennes. Ces industries sont intimement liées à l’appareil militaire et sécuritaire israélien et participent à la puissance d’un secteur qui commercialise à travers le monde des technologies de surveillance et de contrôle.
Pour la Campagne BDS France, il est profondément contradictoire qu’un service public français contribue à normaliser ces entreprises alors que les technologies israéliennes de surveillance sont indissociables d’un système de contrôle et de répression dénoncé à l’échelle internationale.
Le choix de « Terrific » pour un projet aussi sensible aurait dû être immédiatement écarté. La France ne peut pas prétendre défendre les libertés publiques tout en faisant appel à des entreprises issues de l’industrie israélienne de la surveillance et du ciblage.
France Télévisions doit maintenant tirer toutes les conséquences de cette affaire.
BDS France demande :
- La transparence complète sur les relations commerciales entre France Télévisions et « Terrific » ou d’autres entreprises israéliennes ;
- La fin de tout recours aux technologies de « Terrific » sur les plateformes de France Télévisions ;
- Un audit des contrats et partenariats conclus avec des entreprises israéliennes dans les secteurs de la surveillance, de la cybersécurité, du ciblage et de l’armement ;
- L’exclusion de ces entreprises des futurs marchés et partenariats du service public audiovisuel.
La Campagne BDS France exprime sa solidarité avec les salarié·es de France Télévisions qui se sont mobilisé·es contre ce projet.
