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Boycott contre l’apartheid : après l’Afrique du Sud, la Palestine

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Article paru dans :
Le site du journal L'âge de faire

Comment est né le mouvement Boycott Désinvestissement Sanctions (BDS) ?

En 2004, la Cour internationale de justice a rendu un avis qui condamnait le mur colonial et d’apartheid construit par Israël en Cisjordanie pour étendre son territoire, englober des colonies implantées illégalement, et isoler la population palestinienne de Cisjordanie. La condamnation étant restée sans effet, un an après en juillet 2005 plus de 170 associations palestiniennes ont donc lancé un appel. Le mouvement BDS, à l’image de la campagne contre l’apartheid en Afrique du Sud, comporte plusieurs volets : économique, sportif, culturel, académique.

Quels sont les objectifs du mouvement BDS ?

Le premier consiste à mettre fin à l’occupation, la colonisation, le mur, et depuis 2007 au blocus de Gaza. Nous demandons aussi une pleine égalité de droits pour les Palestiniens d’Israël, aujourd’hui traités comme des citoyens de seconde zone. La troisième revendication est le droit au retour des réfugiés, qui représentent au moins la moitié de la population palestinienne.

Depuis les derniers massacres de Palestiniens à Gaza, le mouvement de boycott semble monter en puissance. Où en est-il aujourd’hui ?

En France, la campagne a vraiment démarré après l’opération « Plomb durci » menée par l’armée israélienne contre Gaza, en 2008-2009. Nous sommes à présent très sollicités par de nombreuses demandes de participation. Le mouvement est international : Angleterre, Irlande, pays d’Europe du Nord, Etats-Unis, Canada, Amérique latine, Japon ou encore Maroc et Australie…

Quel est son impact ?

Il y a eu dernièrement des victoires spectaculaires, comme dans deux ports des Etats-Unis, où un navire marchand transportant des produits israéliens a rebroussé chemin, bloqué par des manifestants. Les exportations de produits agricoles issus des colonies commencent à baisser. Mais l’économie israélienne reste forte, notamment dans le matériel d’armement et de sécurité et les produits high-tech. Le boycott culturel, qui vise à atteindre l’image d’Israël, est tout aussi efficace. Il ne s’agit pas de viser des individus en tant que tels, mais des institutions de l’Etat d’Israël : des artistes ont refusé les invitations d’institutions israéliennes, parce qu’Israël se sert d’eux pour se blanchir de ses crimes, et des contrats de coopération avec des universités ont été rompus au motif qu’elles menaient des recherches contribuant à améliorer l’armement utilisé contre les Palestiniens.

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Vous invitez les consommateurs à ne plus acheter certains produits. Comment décidez-vous de cibler telle ou telle marque ? Parmi les comités locaux qui participent à la campagne de boycott, des tracts circulent qui mettent en cause de nombreuses entreprises telles que Coca Cola, Mac Do ou Danone. Qu’en pensez-vous ?

Nous nous fions aux recommandations de la direction palestinienne de BDS. Celle-ci estime que pour obtenir des victoires, il ne faut pas appeler au boycott tous azimuts. Si nous nous dispersons, nous limitons nos possibilités de succès Nous ciblons donc essentiellement les entreprises israéliennes : la société Sodastream, qui fabrique des machines à gazéifier l’eau,  la société Mehadrin, qui exporte des produits agricoles, la société TEVA qui fabrique des médicaments génériques, etc. Il y a aussi quelques sociétés non israéliennes qui participent directement à la répression du peuple palestinien, comme Caterpillar, qui fournit les bulldozers utilisés pour détruire des maisons palestiniennes.

Pourquoi boycotter l’ensemble des produits israéliens, et pas seulement ceux issus des territoires occupés illégalement ?

D’abord il n’y a pas de véritable traçabilité des produits ; Israël essaie de faire domicilier les entreprises coloniales sur son territoire. Ensuite, la politique coloniale d’Israël est présente dans toutes ses instances économiques. Et se concentrer sur les seuls produits des colonies accréditerait l’idée que la question de la colonisation dépasse toutes les autres, alors que le mouvement BDS se fonde sur les trois objectifs que j’ai cités.

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Ciblez-vous des entreprises françaises ?

Oui, sur le terrain du désinvestissement. Nous appelons Orange à rompre son partenariat avec une société israélienne qui installe des antennes et relais en Cisjordanie et au Golan au profit de l’armée d’occupation et des colons. Nous démarchons aussi les équipes municipales qui ont des contrats avec Veolia pour leur demander de ne pas les renouveler : cette multinationale a participé à la construction du tramway reliant Jérusalem aux colonies, et elle gère en Cisjordanie une déchetterie au service des Israéliens. Dans le cas des contrats de fourniture d’eau, les associations qui interviennent contre la privatisation de l’eau sont des alliées.

Comment agissez-vous, concrètement, auprès des entreprises ?

Nos actions sont diverses. Nous expliquons aux gérants des grandes surfaces que la mise en vente de produits issus des colonies est contraire à leur charte éthique et viole le droit international. Nous développons aussi des campagnes contre la publicité pour certains produits : par exemple contre la publicité que France Télévisions fait pour le gazéificateur Sodastream dans diverses émissions sur France 2 ou FR3. Nous intervenons aussi par exemple devant les boutiques d’Orange, et nos actions sont souvent relayées par la presse régionale ; les gens signent des cartes/pétitions au PDG d’Orange et au directeur de leur agence locale.

Le troisième volet de la campagne est intitulé « sanctions ». En quoi consiste-t-il ?

Ce volet est le plus difficile à atteindre car il concerne principalement les Etats. Mais il commence à y avoir des avancées. Plusieurs pays d’Amérique latine ont rappelé leurs ambassadeurs en Israël. L’Union européenne a fini par promulguer des lignes directrices proscrivant tout financement de sociétés opérant dans les colonies, et nous faisons campagne pour qu’elle suspende son accord d’association (tarifs douaniers préférentiels) avec Israël jusqu’à ce que ce pays se conforme au droit international. Une campagne citoyenne exigeant un embargo sur le commerce des armes avec Israël se développe.

Et sur place, en Palestine ? Comment se passe la campagne de boycott ?

Les territoires palestiniens sont enclavés et leurs habitants sont obligés d’acheter des produits fabriqués en Israël. Mais des actions sont menées pour identifier les produits qui viennent des colonies, et certains produits d’Israël sont remplacés par des productions palestiniennes : c’est ainsi qu’en Cisjordanie, une fabrique de lait s’est développée et a augmenté sa production.

En Israël aussi, des citoyens participent à la campagne…

Les militants de « Boycott from within » (Boycott de l’intérieur) jouent un rôle important dans le boycott culturel, et l’association « Who Profits » (Qui profite ?) communique des informations sur l’implication des entreprises dans les colonies. Mais la minorité anticolonialiste israélienne est mal perçue par la majorité de la population, qui se crispe dans une mentalité victimaire et majoritairement anti-arabe. Cette minorité anticolonialiste est très active mais son poids ne suffit pas pour peser sur la politique en cours. Elle permet cependant de manifester que le conflit n’est pas entre religions, ou entre communautés, mais bien un conflit colonial.

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Vous employez le mot apartheid pour décrire la situation en Israël et en Palestine. Pourquoi cette référence à l’histoire sud-africaine ?

La notion de crime d’apartheid existe en droit international depuis 1973. On se trouve dans une situation d’apartheid (développement séparé) quand un groupe social exerce un système de domination contre un autre groupe. En Cisjordanie, il y a un réseau routier réservé à la population israélienne et un autre réseau pour les Palestiniens. En Israël les Palestiniens n’ont pas les mêmes droits concernant le regroupement familial, les demandes de permis de construire… Ils représentent 20 % de la population et n’occupent que 3 % des terres, 1 % des postes d’enseignement supérieur … Les opposants palestiniens sont soumis à des lois plus répressives. La situation de la population de Gaza et le refus du droit au retour des réfugiés sont également des cas flagrants.

Vous êtes membre de l’Union juive française pour la paix, qui soutient la campagne de boycott et fait partie du mouvement de solidarité avec le peuple palestinien. Cette voix juive que vous essayez de faire entendre n’est pas la plus médiatisée…

Nous refusons les crimes perpétrés par l’Etat d’Israël au nom des juifs du monde entier. Nous combattons le Crif (Conseil représentatif des institutions juives de France, Ndlr), qui prétend représenter l’ensemble de la population juive et qui est reconnu par l’Etat français, alors qu’il ne représente qu’une minorité et est une courroie de transmission de la politique de l’Etat d’Israël. On peut être juif et antisioniste : le sionisme est resté très longtemps minoritaire parmi la population juive. Il n’est devenu majoritaire qu’après le génocide nazi. Nous sommes attachés aux valeurs de justice, d’égalité des droits, de libération des peuples opprimés. Notre culture s’appuie sur les mémoires des résistances juives contre le racisme, le fascisme, les politiques coloniales. Et tout en luttant contre l’antisémitisme, généré notamment par la politique israélienne, nous insistons sur le fait qu’il existe aujourd’hui en France d’autres formes de racisme beaucoup plus répandues : ainsi l’islamophobie, les racismes anti-rom et anti-arabe, l’idéologie du choc des civilisations…
Jean-Guy Greilsamer, BDS France

Jean-Guy Greilsamer


Recueilli par Lisa Giachino

Sites :  www.bdsfrance.org – www.ujfp.org

Source: http://www.lagedefaire-lejournal.fr/boycott-contre-lapartheid-apres-lafrique-du-sud-palestine/

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