Les dictateurs des Emirats arabes unis et du Bahrein bradent le peuple palestinien

15 septembre 2020
par le Comité National BDS (BNC) palestinien

La séance de photos de mardi à la Maison Blanche célèbre un accord cynique entre les dirigeants corrompus et fanatiques d’Israël, des Emirats, du Bahrein et des Etats Unis pour soutenir leur répression brutale et leurs violations des droits.

La séance de photos mardi à la Maison Blanche ne conduira pas à la paix ni à la justice. C’est un accord cynique entre les dirigeants corrompus et fanatiques d’Israël, des Emirats, du Bahrein et des Etats Unis pour soutenir leur répression brutale et leurs violations des droits.

Notre réponse : intensifier la pression pour un embargo militaire sur l’Israël d’apartheid.

Ne tenant aucun compte de leurs propres citoyens, les dictateurs des EAU et du Bahrein bradent le peuple palestinien pour leurs intérêts bellicistes et capitalistes. Leurs accords avec Trump et Netanyahou ne feront qu’intensifier le vol continu de terre, le nettoyage ethnique et le siège de 2 millions de Palestiniens dans le ghetto de Gaza par l’Israël d’apartheid.

Soutenus par la majorité absolue dans le monde arabe et les progressistes à travers le monde, les Palestiniens continueront de résister à l’oppression israélienne et à insister sur notre droit à la liberté, la justice et l’égalité. Nous appelons à des sanctions légales et ciblées pour arrêter l’occupation et l’apartheid pratiqués par Israël.

Traduction : J. Ch. pour BDS France
Source : BNC




Et le gagnant de l’Eurovision dans la Tel Aviv de l’apartheid est…

18 mai 2019
Par : PACBI (Palestinian Campaign for the Academic and Cultural Boycott of Israel), la Campagne palestinienne pour le boycott universitaire et culturel d’Israël de BDS

Alors que le concours de l’Eurovision touche à sa fin dans la Tel Aviv de l’apartheid, le gagnant est déjà connu : le mouvement Boycott, Désinvestissement et Sanctions (BDS) pour les droits des Palestiniens.

Plus de 150 000 Européens ou autres ont signé des pétitions appelant au boycott du concours, des centaines d’artistes connus y ont apporté leur soutien, y compris d’anciens participants à l’Eurovision et l’un de ses gagnants, et plus de 100 organisations et centres LGBT+ se sont joint à l’appel.

Après avoir affirmé depuis des mois que des dizaines de milliers de touristes se rendraient à la Tel Aviv de l’apartheid pour le concours, les organisateurs israéliens admettent maintenant que seuls 5 000 à 7 000 personnes – une fraction de ceux qui était attendusétaient arrivés, signe clair que la campagne mondiale de BDS menée depuis une année est un succès.

Nous construisons notre mouvement, poussant à la reconnaissance des droits des Palestiniens, y compris les droits de nos réfugiés, et recevant un soutien sans précédent pour isoler le régime israélien d’apartheid et d’occupation. Ensemble, nous sommes parvenus à empêcher le régime israélien d’utiliser l’Eurovision, le plus grand événement non-sportif télévisé au monde, pour cacher derrière l’art ses crimes contre les Palestiniens, commis en particulier dans la Bande de Gaza assiégée.

Avec des mobilisations dans plus de 25 pays autour du monde, BDS a reçu un nouveau soutien pour notre mouvement grandissant, au-delà des attentes les plus optimistes, grâce au soutien de tant de personnes qui agissent au nom de leurs principes, et aux efforts sans relâche de militants des droits humains.

Nous vous présentons ici le contexte de cette campagne, célébrons notre travail collectif et listons les principales étapes.

Israël a massacré 62 Palestiniens à Gaza, dont 6 enfants, juste deux jours après sa victoire à l’Eurovision le 12 mai 2018. Plus tard ce même jour, la gagnante israélienne Netta Barzilai a donné un concert pour célébrer cette victoire dans la Tel Aviv de l’apartheid, organisé par le maire, et a déclaré « nous avons des raisons d’être heureux ».

L’appel à boycotter la tenue de l’Eurovision en Israël qui a suivi a été initié par des organisations culturelles et des journalistes palestiniens, demandant le 20 juin 2018 si les organisateurs de l’Eurovision auraient accepté que « le concours se tienne dans l’Afrique du Sud de l’apartheid ? ».

Ils ajoutaient que « seule une pression internationale efficace et soutenue obligerait Israël à respecter ses obligations en droit international et les droits humains des Palestiniens ».

Face à une campagne grandissante dans de nombreux pays, le gouvernement a rapidement laissé tomber sa demande insistante que le concours se tienne à Jérusalem, une première victoire pour la campagne de boycott du concours.

Mais quelle que soit la ville dans laquelle se tiendrait le concours, s’il était organisé par Israël, la campagne BDS menée contre lui devait continuer et s’intensifier.

Israël s’est effectivement déclaré lui-même un état d’apartheid peu après, son glissement continu vers l’extrême-droite se faisant plus évident que jamais.

Dans plus de la moitié des 41 pays participant au concours, des appels de BDS divers et créatifs ont été entendus, notamment en Allemagne, Australie, Belgique, au Danemark, dans l’État espagnol, en Finlande, France, Grèce, Hongrie, Irlande, Islande, Italie, à Malte, en Norvège, aux Pays-Bas, en Pologne, au Portugal, en République tchèque, au Royaume-Uni, en Slovénie, Suède et Suisse.

Aux États-Unis, Jewish Voice for Peace s’est joint aux appels grandissants au boycott du concours dans le monde.

En septembre dernier, un grand nombre d’artistes reconnus, d’anciens participants à l’Eurovision et l’un de ses gagnants ont soutenu « l’appel sincère des artistes palestiniens » dans une lettre ouverte qui a reçu une large couverture dans les médias du monde entier.

Ils ont écrit : « Tant que les Palestiniens ne jouiront pas de la liberté, de la justice et de droits égaux, on ne devrait pas continuer à traiter normalement avec l’État qui leur dénie leurs droits fondamentaux ».

La gagnante de l’Eurovision en 2018 et son ambassadrice culturelle, Netty Barzilai, a fait une tournée en Europe en novembre dernier. Des militants des droits humains ont manifesté lors de ses spectacles après un appel des queers palestiniens qui ont mis en lumière son recrutement comme ambassadrice d’Israël, ce qui soumet ses activités à ce boycott institutionnel auquel la société civile palestinienne appelle.

En décembre, des chanteurs éligibles à l’Eurovision, lors de la très populaire émission de télévision de l’État espagnol Operación Triunfo, ont déclaré que le fait qu’Israël accueille le concours était « regrettable » et qu’ils préfèreraient qu’il ait lieu ailleurs, étant donné la couverture médiatique croissante de la campagne de BDS.

Quelques semaines plus tard, le groupe britannique The Tuts, qui allaient ensuite faire une tournée avec The Specials, annonçait qu’il avait été invité à l’émission de télévision de la BBC You Decide, qui sélectionne le candidat du Royaume-Uni à l’Eurovision, mais qu’il avait refusé d’y participer, et il a été largement acclamé pour cela sur les réseaux sociaux.

Il y a juste quelques jours, des défenseurs des droits humains à Paris sont montés sur la scène, en live pendant l’émission télévisée de sélection du finaliste pour l’Eurovision, en clamant que le concours devait être boycotté.

Peu après, 50 personnalités culturelles britanniques connues ont écrit une lettre à la BBC, exhortant la chaîne à faire pression pour que l’Eurovision ait lieu ailleurs.

Le même jour, de nombreux groupes LGBT+ publiaient un appel au boycott de l’Eurovision et de la Gay Pride de Tel Aviv, en soutien aux queers palestiniens et contre la tentative cynique d’Israël de dissimuler sa politique envers les Palestiniens derrière un affichage pro-LGBT+ (« pinkwashing », mot proche de celui de blanchiment, mais avec la couleur rose).

Plus de 100 groupes, dont BeLongTo, l’organisation nationale irlandaise des jeunes LGBT+, et les sections de Naples et de Padoue d’Arcigay, la plus ancienne et plus grande organisation italienne pro-LGBT+, ont maintenant souscrit à l’appel.

En février, le réalisateur Julio Pérez del Campo a soutenu l’appel à boycotter l’Eurovision lors de son discours de remerciements aux Goya Awards (les « Oscars » de l’État espagnol).

Quelques semaines plus tard, le compositeur et producteur légendaire Brian Eno a écrit une tribune exhortant le candidat du Royaume-Uni à l’Eurovision à « contribuer à garantir qu’on se souviendrait de l’Eurovision 2019 comme de l’occasion qu’on avait eu de protester au nom de ses principes, et non comme d’un épisode supplémentaire de blanchiment culturel ».

Le mois suivant, Haneen Maikey, directrice de alQaws for Sexual & Gender Diversity in Palestinian Society (alQaws pour une diversité sexuelle et de genre dans la société palestinienne), une organisation politique populaire de queers palestiniens, basée à Jérusalem, et Hilary Aked, une auteure, chercheuse et militante basée à Londres, ont écrit un article dans The Independent, détaillant la manière dont Israël exploite l’identité LGBT+ pour camoufler ses crimes.

Cet article faisait suite à un autre article dans les médias irlandais sur la politique israélienne de dissimulation de l’occupation et de l’apartheid derrière une mise en avant des LGBT+.

Quelques mois avant le concours, alors que les pays en compétition étaient en train de sélectionner leurs candidats, le boycott de l’Eurovision était déjà soutenu par des syndicats, tels que le Musicians’ Union of Ireland (le syndicat des musiciens d’Irlande), Irish Equity et la CGT, ainsi que des partis politiques et des politiciens d’Europe et d’ailleurs.

Plus de 100 artistes palestiniens – dont des metteurs en scènes, des musiciens, des poètes et d’autres artistes récompensés – ont ensuite appelé les candidats à l’Eurovision à se retirer, dans une lettre ouverte.

« En tant qu’artistes palestiniens – brutalisés, assiégés, occupés ou exilés – nous ne pouvons pas offrir les paillettes et le glamour de l’Eurovision. Nous pouvons offrir beaucoup mieux : une place dans les livres d’histoire. »

Quelques jours plus tard, 26 artistes israéliens appelaient également les participants à l’Eurovision à se retirer, écrivant : « En tant qu’artistes, nous ne pouvons pas rester assis alors que nos homologues palestiniens souffrent d’être réduits au silence, déshumanisés et soumis à la violence, et nous vous demandons de vous joindre à nous pour le dénoncer ».

Des militants des droits humains et des artistes dans de nombreux pays participant au concours ont interpellé de manière privée ou publique des candidats à l’Eurovision, des médias, des organisateurs, des juges et d’autres encore.

Lorsqu’il a été annoncé en avril que Madonna se produirait à l’Eurovision, la couverture des médias a démontré la prédominance de BDS sur les tentatives d’Israël de blanchir l’apartheid par l’art.

PACBI a exhorté Madonna d’annuler, l’informant que « le gouvernement fanatique, d’extrême-droite d’Israël exploite cyniquement votre performance, et celle des candidats, pour marquer son oppression croissante des Palestiniens ».

Speed Sisters, une équipe féminine de course que Madonna avait louée auparavant pour leur « combat pour la liberté en Palestine », l’ont aussi appelé à annuler.

Près de 40 000 personnes ont signé la pétition de PACBI et de Jewish Voice for Peace exhortant Madonna à « se tenir avec nous du bon côté de l’histoire ».

Des dizaines de femmes artistes palestiniennes ont également écrit une lettre ouverte à Madonna : « Lorsque les murs s’écrouleront et que la liberté et la justice résonneront enfin, nous vous inviterons à venir partager votre musique avec nous tous dans ce pays ».

Le compositeur et musicien israélien Ohal Grietzer a écrit un appel à Madonna, lui reprochant d’« ignorer les femmes palestiniennes qui la supplient d’être à leurs côtés, ou au moins de ne pas leur faire entrave alors qu’elles établissent des voies pour défendre et réclamer leurs droits ».

Madonna a finalement montré que son soutien tant vanté aux droits humains n’allait pas jusqu’à soutenir les appels des opprimés qu’elle prétend soutenir. La réponse de PACBI a été largement couverte par les principaux médias et les agences internationales de presse.

Entre-temps, deux musiciens d’électro, Jaakko Eino Kalevi et Onra, s’étaient retirés de la soirée sur la plage Electrovision, sponsorisée par l’UE et organisée en marge de l’Eurovision au « village de l’Eurovision », dans le parc Charles Clore de Tel Aviv. Le parc est construit sur le site de Al Manshiyya, un quartier palestinien dont le nettoyage ethnique a ouvert la voie à la création d’Israël.

Comme un signe des liens de plus en plus étroits, au nom de leurs principes, de divers groupes populaires de lutte avec BDS, le centre LGBT+ El Casal Lambda de Barcelone, établi de longue date, a annulé sa fête de l’Eurovision, au nom de « sa grande et ancienne expérience de la défense des droits humains ». L’organisation des jeunes LGBT+ de Copenhague a annulé la projection de l’Eurovision et célébré à la place la musique des gagnants iconiques de l’Eurovision, Abba, en signe d’opposition à l’agenda de « pinkwashing » d’Israël.

Plusieurs tribunes, rapports et articles ont mis en lumière cette politique israélienne de « pinkwashing » et amplifié les voix des queers palestiniens, de militants israéliens et internationaux, d’artistes et d’écrivains.

Ghadir Shafie, Co-directrice d’Aswat, le Centre palestinien féministe pour les libertés sexuelles et de genre, et le militant palestinien LGBT+ Elias Wakeem ont été interviewés pour l’émission de la chaîne britannique Channel 4 « News Uncovered » sur le « pinkwashing » d’Israël.

Le syndicat des étudiants de la prestigieuse Queen’s University de Belfast a également annulé sa soirée Eurovision, et à Melbourne, un bar LGBT+ a annulé la projection de l’Eurovision lors de la sélection du candidat australien en raison des « problèmes de droits humains autour de l’Eurovision cette année ».

Des dizaines de soirées Eurovision « apartheid-free » ont été organisées en Europe par des fans de l’Eurovision et des défenseurs des droits humains à la place des émissions produites depuis la Tel Aviv de l’apartheid.

Plusieurs manifestations et perturbations ont eu lieu durant la semaine de l’Eurovision dans la Tel Aviv de l’apartheid, des militants internationaux et israéliens attirant ainsi l’attention des médias du monde entier.

Globalvision, un Eurovision alternatif qui sera retransmis en live, présentera au même moment que l’Eurovision des artistes palestiniens et internationaux, comme par exemple Brian Eno, DAM et beaucoup d’autres.

La campagne de toute une année de BDS pour boycotter la tenue de l’Eurovision dans l’Israël de l’apartheid a dépassé nos attentes, elle a apporté à notre mouvement de défense des droits humains de nouveaux soutiens, et nous a permis de créer des liens, au nom des principes que nous partageons, avec des combats anti-racistes, féministes, LGBT+ et d’autres encore.

C’est pourquoi le mouvement BDS pour les droits des Palestiniens est le vrai gagnant de l’Eurovision !

Traduction : MUV pour BDS France
Source : bdsmovement.net / PACBI




Soirée de mobilisation contre Elbit Systems le 21/02/19 à Bruxelles: intervention sur l’expérience de BDS France

Soirée de mobilisation contre Elbit Systems le 21 février 2019 à Bruxelles

 Intervention sur l’expérience de BDS France

 

Pour introduire mon exposé je veux d’abord rappeler que l’État français a une longue histoire de son soutien à la politique militaire israélienne.

Il y eu le soutien avec la Grande Bretagne à l’intervention militaire israélienne en 1956 contre la nationalisation du Canal de Suez sous le président égyptien Nasser et il y a eu aussi une aide directe à la mise au point de la bombe atomique. Plus récemment, les présidents Sarkozy, Hollande et aujourd’hui Macron n’ont pas ménagé pas leur soutien à la politique israélienne. Il y a eu sous Hollande un exercice d’entrainement commun en Corse des armées de l’air israélienne et française et l’an dernier, donc sous Macron, il y a eu à Toulon un exercice des marines française et israélienne. Le commerce d’armes avec Israël est actif lui aussi, mais c’est un domaine plus opaque, sur lequel il est plus difficile d’avoir des informations sûres.

Face à ce contexte et à cette Histoire, il y a aussi en France une longue histoire des militants anticolonialistes et de la solidarité avec le peuple palestinien.

Cette solidarité s’incarne aujourd’hui en particulier dans le mouvement BDS, qui continue son développement malgré les tentatives d’intimidations visant à le museler.

L’une de nos campagnes prioritaires est l’embargo sur le commerce d’armes avec Israël.

Et dans cette campagne nous sommes souvent intervenus contre Elbit Systems

Je vais vous présenter ces interventions puis vous dire quelles leçons nous pouvons en tirer.

 

Nous avons déployé les interventions contre Elbit dans 4 directions : 1. dans le cadre des appels d’offres du ministère de la défense pour le renouvèlement de son matériel militaire, matériel directement offensif ou de surveillance, 2. dans le cadre de notre campagne globale pour l’embargo sur le commerce d’armes avec Israël, 3. dans le cadre d’actions dans des salons de l’armement et 4. dans le cadre de la campagne contre la complicité de la société AXA avec les violations du droit international par Israël.

 

  1. Nous sommes intervenus 2 fois dans le cadre d’appels d’offres du ministère de la défense qui pouvaient être remportés par Elbit et les 2 fois nous avons gagné

La première fois c’était contre l’achat du drone de combat Watchkeeper, basé sur la technologie d’Elbit et qui devait être réalisé par le groupe Thales.

Une pétition au Ministre de la Défense lancée en 2015 et ayant recueilli plus de 8000 signatures et des milliers de cartes postales adressées au Président de la République ont contribué à sensibiliser l’opinion publique.

Nous avons précisé que le drone Watchkeeper est issu du drone Hermès 450, qui est une des armes privilégiées qu’utilise l’armée israélienne pour commettre des crimes de guerre, voire des crimes contre l’Humanité, contre la population palestinienne en général et celle de la bande de Gaza en particulier, comme en attestent les plus hautes instances internationales ainsi que les ONG spécialisées.

Par ailleurs, comme le revendiquent pleinement les acteurs principaux du complexe militaro-industriel israélien, dont Elbit, la population palestinienne sert de cobaye pour tester leurs armes. Nous avons souligné que les États, dont la France au regard de ses engagements européens et internationaux, ont pour obligation de garantir qu’Israël, comme tout autre État, se conforme au droit international et que si l’achat du drone Watchkeeper se confirmait, le gouvernement porterait la responsabilité de rendre les contribuables français complices du manquement de la France à ses obligations mais aussi d’un soutien de fait à une industrie militaire israélienne au service d’une politique coloniale, meurtrière et illégale.

Dans notre communiqué après que le Watchkeeper ait été écarté, au début 2016, nous avons précisé :

« La campagne BDS France prend acte du choix de l’armée française, qui n’a pas choisi le Watchkeeper et qui, après un appel d’offre a finalement confié à Sagem (groupe Safran) la fabrication de drones Patroller.

Si le choix de Sagem ne vaut pas une totale indépendance vis à vis d’Israël, l’abandon du drone Thales-Elbit est une réussite de la campagne BDS.

Pour autant, on ne peut se réjouir du choix de telles armes qui pourrait ouvrir la voie aux drones armés dans l’armée française et alors que ceux-ci contribuent à tuer ou faire tuer des populations civiles, comme le fait l’armée israélienne à Gaza.

En développant cette campagne, BDS France s’est engagé dans l’action pour l’embargo militaire vis à vis d’Israël, et a participé à isoler « Elbit System. »

Nous avons été confrontés en 2016 à un second appel d’offres. Cette fois il s’agissait pour le ministère de la défense de renouveler son parc de drones dits « de reconnaissance », qui sont

utilisés pour aider notamment à guider les tirs meurtriers des avions de chasse. Elbit a alors subi une seconde défaite, son offre de drones Skylark 1LE pour un montant de 100 millions d’euros ayant été écartée.

Nous nous étions activement mobilisés, à travers entre autresl’envoi de milliers de cartes postales au Président de la République, de pétitions à l’attention du ministère de la défense et de deux journées d’actions nationales, les 24 septembre et 10 décembre 2016. Ces journées ont mobilisé des dizaines de villes et des centaines de militants, et ont été renforcées par un tweetstorm visant le ministre de la défense.

Le ministère de la Défense a finalement annoncé au début 2017 un autre choix, la raison invoquée étant que le gouvernement français souhaitait pour des raisons d’indépendance nationale développer une filière française pour ce type de drones et d’aider pour cela l’entreprise Thales.

 

  1. Un second axe de mobilisation est la campagne globale pour l’embargo sur le commerce d’armes avec Israël

 Nous sommes souvent intervenus dans des initiatives portant de manière plus générale sur l’embargo sur le commerce d’armes avec Israël ou contre les politiques militaristes ou sécuritaires dans le monde et  nous avons alors souvent évoqué le cas d’Elbit.

Ainsi lors d’une réunion publique à Paris le 29 avril 2015 avec une militante de Stop The Wall, coordinatrice des relations internationales pour la Campagne palestinienne et membre du secrétariat du BNC, qui est la direction palestinienne du BDS.

Ainsi suite aux massacres à Gaza ou dans le cadre de la campagne #StopArmingIsrael.

Nous avons organisé des journées de mobilisation consacrées à l’embargo et nous sommes souvent sollicités par diverses associations pour intervenir sur la dangerosité de la politique israélienne ou pour tenir des tables de presse.

Nous avons animés des conférences débats sur l’embargo, par exemple à Fête annuelle du journal l’Humanité, en y invitant Patrice Bouveret, directeur de l’observatoire des armements.

Nous sommes aussi intervenus plusieurs fois dans des débats après la projection du film The Lab de Yotam Feldman, qui porte sur l’industrie militaire israélienne.

Nous dénonçons les programmes de recherche qui dans le cadre de l’Union Européenne profitent à Elbit, en particulier le programme horizon 2020, ainsi que les liens d’établissements d’enseignement supérieur en France (telle l’École Polytechnique) avec le Technion, Institut de technologie d’Israël qui collabore avec le complexe militaro-industriel dont Elbit.

Par ailleurs depuis plusieurs années nous participons aux Marches annuelles pour la Paix, organisées en France notamment par le Mouvement de la Paix, et nous y évoquons également la mobilisation contre Elbit.

Assez récemment nous avons décidé d’inviter les parlementaires, du moins celles et ceux qui sont invitables, à demander, tel que l’ont fait d’importantes ONG, l’embargo sur le commerce d’armes avec Israël.

Je voulais signaler toutes ces initiatives disparates parce qu’elles contribuent à amplifier la mobilisation contre Elbit.

 

  1. Un troisième axe de mobilisation est dans le cadre de salons de l’armement

 Il a en France 4 salons internationaux de l’armement ou la défense et au moins 2 salons régionaux.

Les salons internationaux se tiennent chacun tous les 2 ans en région parisienne : le salon de la défense Eurosatory, Milipol qui est le salon mondial de la sécurité intérieur des États, le salon de l’aéronautique du Bourget, et Euronaval, consacré à la sécurité navale et maritime.

Elbit expose dans ces 4 salons.

Nous sommes intervenus 5 fois dans ces salons : une fois dans et deux fois devant le salon Eurosatory, et 2 fois devant le stand d’Elbit au salon du Bourget.

En 2014 des camarades de BDS France et du collectif Stop Armes ont fait irruption et ont manifesté devant le stand d’Israël à Eurosatory ; les services de sécurité les ont expulsés vivement mais il est resté une petite vidéo qui a beaucoup circulé. En 2016 et 2018 nous sommes intervenus devant l’entrée du salon avec banderoles et autres visuels et avec d’autres associations : le Mouvement de la Paix, l’Association France Palestine Solidarité, l’Union Juive Française pour la Paix, des associations féministes, Les Désobéissants … Ces rassemblements ont été tolérés et nous ont permis d’interpeller ou de huer des exposants, et en 2018 il y a eu des mises en scènes : fanfare militante, die in, etc.

Au salon du Bourget nous sommes intervenus en 2015 et 2017 devant le stand d’Elbit. Nous sommes entrés en simples visiteurs, nous avions rendez-vous à une heure précise près du stand, et au signal d’une ou d’un camarade nous avons enfilé rapidement nos T-Shirts BDS et nous nous sommes assis en cercle devant le stand alors que des camarades déployaient des banderoles et prenaient la parole. Puis nous sommes repartis en manif encadrée par la police qui nous a reconduit jusqu’à l’entrée pour contrôle d’identité.

Les 2 salons régionaux sont des salons de l’aérospatial dans la région de Toulouse. A l’un des deux, le salon Aeromart à Toulouse les militants ont obtenu en 2012 suite à leur mobilisation que les entreprises israéliennes Elbit Systems et Israel Aerospace Industries ne soient pas invitées.

Nos interventions dans ou devant les salons ne rallient certes sur place qu’un public restreint, mais elles ont un impact médiatique par les vidéos, les photos, les tweets et les reportages qu’elles génèrent, et elles affichent notre détermination à ne pas tolérer l’étalage cynique des produits de l’industrie militaire israélienne.

 

  1. Un 4ème axe de mobilisation est notre campagne en direction du groupe AXA

Nous exigeons qu’AXA, qui est une société d’assurance et un groupe bancaire, se conforme aux principes directeurs du Pacte Mondial des Nations Unis auquel il a adhéré et donc cesse d’être complice des violations du droit international par Israël.

Cette campagne a commencé en 2016 et s’est progressivement intensifiée. Outre le fait d’être actionnaire de 5 banques israéliennes participant à des financements permettant le maintien et le développement de la colonisation, AXA participe, ainsi que sa filiale Allianz Bernstein, au capital d’Elbit. Comme cette participation au capital d’Elbit est financièrement assez faible, nous avons pris en considération que cela ne ruinerait donc pas AXA et sa filiale d’y mettre fin.

Notre campagne a traversé diverses phases et la politique que nous avons mise en œuvre concernant la participation au capital d’Elbit est la suivante.

Nous avons constamment expliqué à tous niveaux les responsabilités d’Elbit : fourniture d’armes testées contre le peuple palestinien, de drones de combat, d’armes interdites par les conventions internationales, notamment le phosphore blanc et des armes à sous-munitions qui ont servi à des offensives meurtrières contre des populations civiles, implication dans les massacres à Gaza, fourniture de l’équipement électronique du mur d’apartheid déclaré illégal par la Cour internationale de Justice en 2004 …

Nous avons eu de multiples correspondances avec la direction d’AXA, qui soit a nié sa participation directe au capital d’Elbit, minimisé la participation de sa filiale et prétendu que les pratiques d’Elbit ne dérogent as au droit international, soit ne nous a pas répondu, soit a refusé de nous recevoir.

Nous avons animé 2 importantes journées nationales d’action, en février et décembre 2018, mobilisant des comités BDS dans de nombreuses villes avec des banderoles ou des pancartes s’en prenant à l’image de marque d’AXA  en affichant des slogans tels que : AXA n’assurez pas l’apartheid israélien, AXA doit mettre fin à sa complicité, AXA tire profit de l’oppression du peuple palestinien, AXA = assistance à l’apartheid israélien …

Nous avons développé une campagne de cartes postales/pétitions adressées à la direction d’AXA et effectué un tweetstorm  lors de la journée des investisseurs d’AXA à Londres le 28 novembre dernier, de nombreux tweets mettant en avant qu’AXA, qui est censé assurer la vie des gens, finance aussi la mort par les armes, les destructions, les crimes de guerre …

Nous sommes intervenus avec d’autres associations devant l’assemblée générale annuelle des actionnaires en avril à Paris en 2017, 2018 et bientôt le 24 avril et avons attiré l’attention des actionnaires sur le fait que des sociétés telles que Veolia, Orange et des fonds de pension ont fini par retirer leurs investissements illégaux.

Nous avons ouvert la campagne à d’autres associations qui l’ont intégré, notamment le mouvement international SumOfUs, qui a lancé une pétition qui a recueilli plus que 140 000 signatures !

Notre prochaine échéance sera le 17 avril une journée internationale de mobilisation contre AXA. Ce sera en semaine mais ce jour est la journée internationale de solidarité avec les prisonniers palestiniens.

Je vous invite à participer à cette journée de mobilisation, en particulier devant des agences d’AXA.

 

En conclusion

Pour conclure je souhaite souligner certains points.

Il serait possible de cibler toutes les entreprises d’armement israéliennes, mais si nous voulons être efficaces il faut privilégier une cible.

De ce point de vue Elbit est une cible bien choisie parce que sa contribution aux violations du droit international et des droits humains universels est clairement identifiée, par les images des drones tueurs, des massacres perpétrés par ces drones, des armes interdites produites par Elbit, de l’équipement électronique des checkpoints, par la taille de l’entreprise et par ses importantes relations commerciales.

La présence d’Elbit dans divers domaines permet des victoires partielles et l’accumulation des victoires partielles est une bonne chose.

Un bilan de nos interventions est qu’il ne faut pas hésiter à intervenir à chaque fois que possible ; même si certaines interventions paraissent limitées elles contribuent à mieux faire connaitre Elbit à un public large.

Il est important aussi d’élargir nos campagnes à diverses associations qui interviennent sur des thèmes avec lesquels la compagne anti Elbit entre en résonance : ainsi l’éthique d’entreprise, la non-violence, l’antimilitarisme, le respect du droit international, etc.

Il est clair aussi que pour affaiblir Elbit il faut lui faire perdre des marchés ou des financeurs, ce qui nécessite parfois d’étudier des situations complexes vue la complexité de certains montages capitalistes et financiers.

Au-delà de toutes ces considérations, les victoires contre le régime d’apartheid israélien sont liées à divers facteurs dont l’évolution de la situation internationale, qui est en partie imprévisible. Mais le peuple palestinien continue de résister à la situation tragique qu’il subit, et la Campagne internationale BDS continuent et continuera de se développer malgré les tentatives d’intimidations.

Nous avons la possibilité de remporter des victoires. C’est un devoir moral et politique de développer ou d’imaginer les politiques qui nous permettront de remporter ces victoires !

 

Jean-Guy Greilsamer, membre de l’équipe d’animation de BDS France

 




Interview de Shir Hever – Université d’été 2018 – Grenoble

Shir Hever est économiste, journaliste et écrivain israélien




La « saison » de propagande France-Israël se termine en fiasco

Ali Abunimah – 3 décembre 2018

Des militants manifestent le 30 novembre à Paris devant le siège de la télévision publique française, exhortant le diffuseur à ne pas « blanchir l’apartheid israélien en transmettant le prochain concours de l’Eurovision » (BDS France)

Un énorme travail de propagande, sponsorisé par les gouvernements français et israélien, a été un échec, ont reconnu les responsables israéliens.

La dite Saison France-Israël  était constituée de centaines d’événements « culturels » soutenus par les deux gouvernements, se déroulant sur six mois jusqu’à la fin novembre.

« Nous espérions que la culture aurait un impact diplomatique. Nous avons mis des sommes énormes dans cette opération, qui n’a eu aucun succès concernant l’image d’Israël en France », a dit la semaine dernière au journal Le Monde une source diplomatique israélienne.

BDS France, association qui soutient la campagne de boycott, désinvestissement et sanctions, célèbre la reconnaissance de cet échec comme une victoire du militantisme pour la défense des droits des Palestiniens.

La Saison France-Israël a été une tentative « d’opération de blanchiment, pour laver l’État d’Israël de ses crimes contre le peuple palestinien, ses constantes violations du droit international et des droits de l’Homme universels», a déclaré samedi BDS France, faisant remarquer que des dizaines d’artistes français, dont le légendaire réalisateur Jean-Luc Godard, avaient déclaré qu’ils n’y coopéreraient pas.

« Le public français n’est pas tombé dans le panneau et la propagande ne marche plus du tout », a ajouté BDS France. « Les défenseurs et complices de l’apartheid israélien sont de plus en plus isolés, et notre solidarité avec le peuple palestinien dans le cadre de la campagne BDS est plus forte que jamais. »

Les militants ont tenu des rassemblements contre les événements de la Saison France-Israël dans tout le pays, et l’un des premiers événements programmés – à l’université de Lille – a alors dû être abandonné.

« Beaucoup de ces événements présentés en France dans le programme de la Saison France-Israël ont eu lieu devant un maigre public », a dit BDS France. « Les préparatifs se sont déroulés dans une semi-clandestinité et les événements ont été annoncés à la dernière minute, tant les deux gouvernements craignaient des manifestations publiques. »

Rebuffade française

S’est ajouté à la déception d’Israël, selon Le Monde, le fait que le président Emmanuel Macron n’a pas tenu sa promesse d’aller en Israël pendant la saison.

En juin, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a eu droit à un accueil sur tapis rouge de la part de Macron pour l’ouverture à Paris au Grand Palais de la Saison France-Israël.

Cependant, des manifestants traitant Netanyahu de criminel de guerre et accusant Macron d’être son complice ont réussi à bloquer les Champs Élysées.

A la cérémonie d’ouverture, Macron avait promis d’aller en Israël pendant la Saison France-Israël, mais cela s’est conclu par une défection.

A l’irritation d’Israël, s’est ajouté le fait que le Premier ministre français Edouard Philippe a lui aussi annulé son projet d’assister à l’ouverture de la saison conjointe en Israël.

Bien que des difficultés d’emploi du temps aient été alléguées pour l’expliquer, Philippe est revenu sur sa promesse de faire ce voyage en automne, et il n’y a toujours pas de date dans son agenda pour y satisfaire.

Bien que la Saison France-Israël ait été lancée avec fracas, elle s’est achevée dans l’expression d’un gémissement, alors que seul le ministre français de la Culture, et aucun responsable israélien de haut rang, assistait le 29 novembre à la cérémonie de clôture à Tel Aviv.

La rebuffade du gouvernement français est signe qu’il se sent incapable d’ignorer ce que ressent le public, malgré la politique résolument pro-israélienne de l’administration Macron.

Manifestations contre l’Eurovision

Après la campagne réussie contre la Saison France-Israël, BDS France a déclaré que sa « prochaine étape, c’est la mobilisation contre la tenue de l’Eurovision 2019 en Israël ».

Des manifestations se sont poursuivies à travers l’Europe pour ne pas autoriser Israël à accueillir la prochaine édition du célèbre concours de chansons.

Le 30 novembre, des militants ont manifesté à Paris dans les locaux de la télévision publique française, exhortant le diffuseur à ne pas « blanchir l’apartheid israélien en transmettant le prochain concours de l’Eurovision ».

En Grande Bretagne, des militants ont tenu des rassemblements similaires devant les locaux de la BBC à Londres et à Manchester.

 

https://twitter.com/WMPSC/status/1069588921858883585

Et il y a déjà eu des manifestations le mois dernier à l’extérieur des concerts de Netta Barzilai, gagnante pour Israël de l’Eurovision 2018, largement utilisée en tant qu’élément des efforts de propagande internationale, officiellement soutenus, du pays.

https://twitter.com/LondonPalestine/status/1065355587662303233

 

Même l’Organisation de Libération de la Palestine, qui est sous le contrôle du chef de l’Autorité Palestinienne Mahmoud Abbas, longtemps opposée au mouvement BDS, tente de s’y rallier – même si c’est de façon limitée.

L’OLP a demandé à l’Union Européenne de Radio-Télévision, organisme international qui produit l’Eurovision, de ne pas diffuser le concours dans les colonies israéliennes de la Cisjordanie occupée.

Il n’est pas certain qu’empêcher sélectivement la diffusion dans les seules colonies israéliennes soit même techniquement réalisable.

« Donner à Israël le privilège d’héberger l’Eurovision 2019 équivaut à l’en récompenser et à l’aider à dissimuler ses décennies d’occupation militaire et ses graves violations des droits nationaux et fondamentaux des Palestiniens », a déclaré la semaine dernière Hanan Ashrawi, membre du comité exécutif de l’OLP contrôlé par Abbas.

« A tout le moins, l’Union Européenne de Radio-Télévision (EBU) doit s’assurer que les colonies illégales d’Israël dans tout le territoire palestinien occupé soient strictement exclues de toute diffusion des activités de l’Eurovision. »

Traduction : J. Ch. pour BDS France

Source : The Electronic Intifada




Ohad Naharin et le ballet israélien Batsheva : rétablir quelques vérités

Le débat sur le boycott culturel d’Israël rebondit autour de l’attitude controversée du chorégraphe Ohad Navarin.

De nombreux articles de la presse nationale ont donné la parole à Ohad Naharin, le directeur du ballet israélien Batsheva, à l’occasion de sa tournée dans le cadre de la «saison croisée France-Israël».

Cette saison est contestée par la Campagne BDS France comme par de nombreux artistes français qui dénoncent une opération de blanchiment du régime israélien par la culture. Ces articles tendent tous à présenter Ohad Naharin comme un opposant au régime israélien victime à tort du boycott culturel, ce qui est très discutable au vu des faits.

Certains tendent aussi comme l’article de Libération du 17 octobre dernier (1) à dévaloriser la campagne BDS en France, indiquant par exemple que « les menaces sont plus virulentes cette année ». Les journalistes veulent sans doute parler des manifestations organisées par BDS, mouvement non violent qui informe et dénonce, et le terme est donc impropre.

L’argument aussi avancé est que Naharin dénonce dans des discussions avec le public, l’occupation israélienne et un certain racisme dans la société israélienne. Cela n’est pas contestable, ici en Europe, mais il serait difficile de trouver un mot de lui dénonçant dans son pays les innombrables violations des droits humains et du droit international de son pays .

Naharin prétend qu’il ne pourrait pas engager sa troupe s’il n’acceptait pas le cadre institutionnel israélien, en arguant du fait que, comme tout citoyen israélien, il paye des impôts. Or ce n’est pas ce qui lui est reproché. La troupe Batsheva qu’il dirige est en réalité financée de manière importante par l’État israélien mais également par des entreprises soutenant l’occupation et la colonisation (2).

Un régime d’apartheid

Tout ceci alors qu’en ce moment même, le régime israélien tue et estropie à Gaza sous blocus des centaines de manifestants désarmés, mobilisés pour le droit au retour. Bathseva accepte de représenter officiellement, dans le cadre de la saison croisée France-Israël par exemple, le régime qui veut raser le village bédouin de Khan al-Ahmar, poursuit la colonisation et instaure, de la Méditerranée au Jourdain, un régime d’apartheid à l’encontre du peuple palestinien, en constante violation du droit international.

Naharin pourrait, vue sa notoriété et celle de sa compagnie, présenter ses spectacles partout où il le souhaite sans le sceau d’Israël, et ne serait alors pas contesté comme c’est déjà le cas pour de nombreux artistes israéliens. Un artiste qui a une conception éthique de son travail ne peut pas moralement à la fois critiquer un État infréquentable et le représenter : il lui faut choisir, sauf à passer pour hypocrite et ou opportuniste.

Naharin pourrait s’inspirer de son collègue, le chorégraphe israélien Emmanuel Gat, qui a projeté des messages sur la situation humanitaire catastrophique dans la bande de Gaza, dans le cadre de son dernier spectacle au Festival d’Avignon. Il pourrait aussi considérer le choix du metteur en scène et comédien Tiran, qui a quitté Israël cet été en déclarant qu’à ses yeux l’appel au boycott culturel d’Israël était légitime.

La posture d’Ohad Naharin est d’autant plus intenable qu’il prétend apparaître comme un opposant politique, tout en servant de vitrine au régime israélien, propageant ainsi l’illusion qu’Israël est une démocratie ouverte même à ses opposants. Sa productrice, qui précise dans l’interview du 17 octobre précité, que « les arts sont traditionnellement dans l’opposition, et notre devoir est justement de prendre l’argent de ce ministère, qui n’a pas le pouvoir de nous censurer, pour prendre la parole », ne peut ignorer la censure subie par de nombreux spectacles et théâtres palestiniens d’Israël. Démocratie pour les uns… Au moment où le régime examine la possibilité de pénaliser les militants du BDS par une peine de sept ans de prison, cette posture est une imposture.

La normalisation des relations avec l’État d’Israël est tout aussi intolérable aujourd’hui qu’elle l’était hier avec l’Afrique du Sud de l’Apartheid.

(1) Voir ici.

(2) Voir ici.

Publié par la Campagne BDS France dans Politis, le 23 octobre 2018




Le droit à l’appel au boycott reconnu par la Cour d’appel de l’Angleterre et du pays de Galles

|Ghislain Poissonnier |

La Cour d’appel de l’Angleterre et du pays de Galles (Division civile) a rendu le 3 juillet 2018 un arrêt dans une affaire opposant l’association « Jewish Human Rights Watch » à la mairie de Leicester. La Cour estime que l’appel au boycott des produits des colonies israéliennes, même lancé par un conseil municipal, relève de la liberté d’expression politique et n’y voit aucune incitation à la discrimination raciale (texte de l’arrêt).

L’affaire porte sur la légalité de la résolution adoptée par le conseil municipal de Leicester le 13 novembre 2014. La résolution appelle « au boycott de tout produit originaire des colonies israéliennes illégales de Cisjordanie jusqu’à ce qu’Israël respecte le droit international et se retire des territoires palestiniens occupés ». L’association « Jewish Human Rights Watch » demande à la justice anglaise d’annuler la résolution, en faisant valoir son caractère discriminatoire et les risques qu’elle comporterait vis-à-vis de la communauté juive de la ville, notamment en ce qu’elle conforterait l’idéologie du mouvement BDS.

Dans un jugement du 28 juin 2016, la Haute cour de justice (division administrative) considère que la résolution n’a pas violé la règlementation anglaise, notamment les lois relatives à l’égalité de 2010 et aux collectivités locales de 1988 (texte du jugement). L’arrêt du 3 juillet 2018 de la Cour d’appel confirme le jugement du 28 juin 2016.

L’arrêt rendu est commenté en anglais par le professeur Robert Wintemute (professeur de droits de l’homme au King’s College de Londres), dans un article publié dans la newsletter de septembre 2018 (p. 5) de l’association « British Committee for the Universities of Palestine » (BRICUP).

L’arrêt de la haute cour de justice d’Angleterre sera probablement lu avec intérêt par les juges de la Cour européenne des droits de l’homme. Ces derniers statueront dans les prochains mois sur le recours porté par des membres de l’Association France Palestine Solidarité (AFPS) contre deux arrêts de la chambre criminelle de la Cour de cassation française du 20 octobre 2015 qui pénalisent l’appel au boycott des produits israéliens.

Rapportée à la situation en France, une lecture attentive de l’arrêt du 3 juillet 2018 peut donner lieu à trois observations

- L’arrêt mentionne spécifiquement que les citoyens peuvent, dans le cadre de la liberté d’expression, appeler au boycott de produits. Il ajoute que l’appel au boycott de produits constitue un geste de solidarité politique bien connu vis-à-vis de groupes opprimés à l’étranger, comme cela a été le cas lors des appels au boycott des produits sud-africains durant la période de l’apartheid. Il considère que l’appel au boycott des produits formulé par les élus de Leicester ne constitue pas un appel à la discrimination raciale ou nationale, prohibé par la loi de 2010 sur l’égalité. La généralité de la formule retenue par la Cour ne laisse guère de place au doute. Si la résolution du conseil municipal ne porte que sur le boycott des produits des colonies israéliennes (illégales au regard du droit international), l’appel au boycott de tous les produits israéliens (y compris ceux qui ne sont pas issus des colonies) semble aussi devoir être protégé par la liberté d’expression.

- L’arrêt mentionne spécifiquement qu’un conseil municipal, constitué de conseillers municipaux élus par les citoyens, est en droit d’appeler au boycott de produits dans le cadre d’un geste de solidarité politique. En l’espèce, la résolution adoptée était de nature politique et relevait bien de la liberté d’expression. Selon la Cour, il est en outre constant, dans cette affaire, que la résolution adoptée est sans effet sur la politique d’achat et d’appel d’offres de la municipalité. L’arrêt ne se prononce pas sur le pouvoir des conseils municipaux ou des maires d’ordonner des mesures administratives de boycott, mais il semble bien que la réponse serait alors assez différente. En effet, l’arrêt souligne que le maire, en tant que chef de l’administration municipale, est soumis au respect d’une réglementation (celle de 1988 sur les collectivités locales et celle de 2010 sur l’égalité) qui pourrait lui interdire une pratique de boycott des produits israéliens pour les achats et les appels d’offres de la municipalité. En ce sens, l’arrêt ne se place pas en contradiction avec l’arrêt rendu le 16 juillet 2009 par la Cour européenne des droits de l’homme (n°10883/05 Willem c/ France}]), qui semble opérer une distinction entre l’appel au boycott relevant d’un choix du consommateur et du citoyen, et celui lancé par le responsable d’une administration publique qui est soumis à des obligations légales précises ( Voir §37 et 38 de l’arrêt).

- L’arrêt accorde une importance particulière aux éléments de contexte qui entourent l’appel au boycott. L’arrêt souligne que la résolution a été adoptée lors d’un débat au conseil municipal au cours duquel les partisans comme les opposants au texte ont pu s’exprimer. La résolution adoptée contient un préambule qui appelle au respect des valeurs de tolérance, diversité, unité et de non-discrimination, valeurs que les différentes communautés de la ville sont invitées à respecter. La résolution reconnait le droit à l’existence de l’Etat d’Israël. Et enfin, la résolution critique la politique israélienne de manière modérée et s’appuie sur des opinions ou décisions d’organismes internationaux. Pour la Cour, l’ensemble de ces éléments montre bien que le conseil municipal de Leicester ne peut être soupçonné d’avoir adopté un texte discriminatoire ou de nature antisémite.

Ainsi, après la Cour suprême américaine le 2 juillet 1982, voici donc que la plus haute Cour de justice d’Angleterre s’est prononcée en faveur d’un droit à l’appel au boycott des produits. Ces décisions ne sont finalement guère surprenantes, en ce qu’elles proviennent de juridictions d’Etats anglo-saxons où la tradition de l’appel au boycott est solidement ancrée dans les mœurs de la vie politique et militante. En France, où cette tradition est moins établie, la Cour de cassation a pour l’instant retenu une analyse différente, au détriment de la liberté d’expression.

L’émergence durable du mouvement BDS en France et de nouvelles pratiques citoyennes de boycott (Voir par exemple I-boycott) pourraient l’amener à reconsidérer sa position.

Ghislain Poissonnier, magistrat.

Source: AURDIP




Omar Barghouti, cofondateur de BDS : « Nous en perdons certaines, mais nous gagnons la plupart des batailles »

Pour Omar Barghouti, la campagne mondiale pour boycotter Israël est en bonne voie d’atteindre ses objectifs.

Omar Barghouti est un militant palestinien pour les droits de l’homme, auteur, et cofondateur du mouvement de Boycott, Désinvestissement et Sanctions (BDS), la campagne mondiale pour le boycott d’Israël (Kevin van den pour Intal/Flickr)

Zahra Hankir – Middle East Eye – 29 novembre 2017

 

La semaine dernière, la Knesset d’Israël a adopté un vote préliminaire sur un projet de loi qui autorisera les Israéliens à intenter un procès à toute personne et tout groupe appelant au boycott des colonies de peuplement du pays. Avec cette loi, le demandeur n’a aucun besoin de prouver l’existence de dommages précis, et l’indemnisation pourra monter jusqu’à 500 000 shekels (plus de 120 000 €).

D’après la presse, Yoav Kish, le membre de la Knesset qui a soumis le projet, a déclaré qu’Omar Barghouti, militant palestinien pour les droits de l’homme, auteur, et cofondateur du mouvement Boycott, Désinvestissement et Sanctions (BDS), qui est un résident permanent d’Israël, pourrait être poursuivi en vertu de la nouvelle loi.

Barghouti cependant voit cela comme un signe que la campagne mondiale pour le boycott d’Israël a gagné une telle popularité que ses adversaires doivent recourir à des « mesures désespérées » pour enrayer sa progression.

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Des manifestants pro-palestiniens portent des pancartes annonçant la marche BDS contre l’aide américaine à Israël, le 22 août 2016, Beverly Hills, CA (AFP)

« En raison de l’échec d’Israël à arrêter la croissance impressionnante du mouvement BDS et sa conquête des cœurs et des esprits dans le monde entier, Israël et ses groupes de pression ont recours aux mesures répressives, désespérées et peut-être illégales d’une guerre juridique qui vise à étouffer le mouvement », déclare Barghouti, 53 ans, à Middle East Eye.

Le projet de loi proposé est la plus récente de toute une série de motions en Israël, aux États-Unis et ailleurs dans le monde, qui visent à réduire l’impact du mouvement BDS.

Le BDS, qui se définit comme un mouvement qui « œuvre pour mettre fin au soutien international à l’oppression d’Israël contre les Palestiniens, et pour faire pression sur Israël pour qu’il se conforme au droit international », se trouve de plus en plus sous les feux des projecteurs alors qu’il fait face à un examen par des détracteurs qui vont de législateurs nord-américains à des militants étudiants en Autriche.

Cet examen, dit Barghouti, est une conséquence des nombreux succès du BDS, et il n’a pas entamé son optimisme. En fait, la campagne est en bonne voie d’atteindre ses objectifs, affirme le fondateur du BDS.

Controverses sur les campus

Alors que Barghouti était au Royaume-Uni plus tôt ce mois-ci pour prendre la parole à la London School of Economics – LSE (l’École d’économie et de sciences politiques de Londres) et à l’Université de Cambridge, des militants étudiants ont accusé ces deux universités de censurer les évènements qui mettent en vedette le fondateur du BDS.

Selon ces étudiants, l’Université de Cambridge aurait menacé d’interdire l’évènement à moins que les organisateurs ne retirent sa présidence à l’universitaire palestinienne Ruba Salih, se déclarant préoccupée quant à sa neutralité. Salih, qui enseigne à l’École des études orientales et africaines (SOAS), a par la suite été remplacée par Paul Mylrea, le directeur des communications de l’Université.

Lors d’un autre évènement sur le mouvement BDS, la LSE a demandé aux universitaires qui animaient la rencontre de remplacer la présidente qui était prévue, Ayca Cubukcu, une universitaire turque spécialisée dans le Moyen-Orient, par un universitaire « indépendant » nommé.

Cubukcu a ainsi été remplacée par Eric Neumayer, professeur au département de géographie de la LSE.

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« Les défenseurs des droits de l’homme ont seulement la ‘haine’ de l’injustice, de l’oppression, de l’apartheid, et des autres formes de déni des droits » (Kevin van den pour Intal/Fllickr)

 

Barghouti n’est pas préoccupé par ces revers et les autres. Au contraire, ils semblent avoir renforcé sa détermination. « Nous rejetons la sélectivité négative » dit-il, en notant que des dizaines d’associations d’étudiants sur les campus au Royaume-Uni, au Canada, aux États-Unis et ailleurs, ont mis en œuvre avec succès des mesures BDS.

De multiples syndicats d’étudiants au Royaume-Uni – dont le Syndicat national des étudiants, organisation de tutelle – ont effectivement soutenu les motions liées au BDS. Le syndicat des étudiants de la SOAS de Londres a été l’un des premiers du pays à approuver le BDS. Des syndicats d’étudiants au King’s College de Londres, à l’Université de Manchester, à l’University College de Londres, et à l’Université de Liverpool, ont adopté des résolutions similaires, entre autres.

Comme les syndicats d’étudiants sont agréés en tant qu’organisations caritatives au Royaume-Uni, ils ont l’obligation légale de soutenir les opinions de leurs membres.

Certaines universités ont pris du recul par rapport aux motions BDS en disant que les syndicats d’étudiants sont des entités distinctes des écoles elles-mêmes. La Commission sur les organisations caritatives serait en train d’enquêter pour savoir si les syndicats d’étudiants enfreignent la loi en soutenant le BDS.

Aux États-Unis, les conseils d’étudiants à l’UCLA, à Stanford et à l’université de Californie de Berkeley, ont adopté diverses résolutions de désinvestissement contre des entreprises affiliées à l’occupation militaire et aux colonies de peuplement israéliennes.

D’un autre côté, rien qu’au cours des trois dernières semaines, des dirigeants étudiants de l’Université du Maryland et de l’Université d’Ottawa au Canada, ont rejeté des motions de soutien aux boycotts d’Israël. Ces militants affirment qu’adopter le BDS « nuirait aux juifs et aux Israéliens » et créerait un précédent négatif pour les groupes faisant l’objet de discrimination aux États-Unis et au Canada.

Diverses formes de législation anti-BDS ont également été débattues ou promulguées aux États-Unis. Par exemple, le gouverneur du Texas, Greg Abbott, a fait adopter en mai un projet de loi qui interdit aux organismes d’État de faire travailler les entreprises qui boycottent Israël.

En octobre, l’Union américaine pour les libertés civiles a intenté un procès, au niveau fédéral, contre l’État du Kansas, faisant valoir qu’une loi anti-BDS violait le au premier amendement.

 

La Déclaration de Balfour

La venue de Barghouti au Royaume-Uni plus tôt ce mois-ci coïncidait avec le 100è anniversaire de la Déclaration de Balfour, cet accord qui a facilité la création de l’État d’Israël et qui a déclenché l’exode palestinien.

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Un Palestinien tient une banderole avec, écrit en anglais, « Boycott, le désinvestissement et les sanctions » lors d’une manifestation en juin 2013 près de la colonie juive de Bat Ayin, à l’ouest d’Hébron en Cisjordanie (AFP).

 

Le Royaume-Uni est resté drastiquement en deçà de ce qu’il doit aux Palestiniens.

« Le peuple palestinien tient à ce que le Royaume-Uni expie pour son rôle dans la destruction sioniste de la Palestine, le nettoyage ethnique des Palestiniens autochtones », dit Barghouti. « Au-delà des excuses, le Royaume-Uni doit mettre fin à sa complicité profonde dans les crimes et les violations des droits de l’homme commis par Israël contre le peuple palestinien ».

« À tout le moins, il doit mettre un terme à son commerce d’armes et à ses recherches militaires avec Israël, interdire l’importation des produits des entreprises israéliennes et internationales impliquées dans l’occupation militaire et l’apartheid israéliens, et mettre fin à la complicité des entreprises et institutions britanniques dans ces violations ».

Le Département pour les communautés au Royaume-Uni et le Gouvernement local ont tenté d’interdire les boycotts « inappropriés » par les conseils et les mairies, afin de les empêcher « d’imposer des restrictions aux entreprises et aux pays qu’ils utilisent – particulièrement en introduisant des boycotts sur les produits d’Israël ». Un porte-parole du Parti travailliste, le dirigeant Jeremy Corbyn, a qualifié l’an dernier cette initiative d’attaque contre la démocratie locale. En juin, la Haute Cour du Royaume-Uni jugeait que les tentatives de restreindre les boycotts « éthiques » d’Israël étaient illégales.

Mais le 2 novembre, Theresa May dînait avec le Premier ministre d’Israël, Benjamin Netanyahu, avec une foule de dignitaires, pour célébrer l’anniversaire de la Déclaration de Balfour, déclarant que la Grande-Bretagne est « fière » de son « rôle de pionnier dans la création de l’État d’Israël ».

 

« En progression »

« Le BDS, comme tous les mouvements des droits de l’homme et sociaux, ne progresse pas de façon linéaire » dit Barghouti. « Nous en perdons certaines, mais nous gagnons la plupart des batailles, donc la direction générale est en progression ».

Parmi les plus récentes victoires de BDS figurent la décision des fonds de pension danois Sampension de mettre sur liste noire quatre entreprises israéliennes qui offrent une variété de services dans les colonies de peuplement, notamment des opérations bancaires, des constructions et télécommunications, et, autre victoire, la plus importante organisation agricole de l’Inde qui s’est jointe au mouvement.

Le réalisateur britannique Ken Loach a fait don du produit des projections israéliennes de son film primé, I Daniel Blake, aux organisations populaires palestiniennes.

Parmi les pays où des responsables politiques ont exprimé leur soutien au BDS, mouvement fondé en tant que collectif en 2005 et qui s’inspire de la lutte de l’Afrique du Sud contre l’apartheid, se trouvent le Chili, la Bolivie, le Venezuela et l’Afrique du Sud, entre autres.

« Cette impressionnante croissance du BDS au niveau mondial explique pourquoi Israël a créé tout un ministère qui se consacre à la lutte contre le mouvement, et pourquoi il attribue des ressources financières et humaines massives à cette guerre », indique Barghouti.

 

« Des batailles remarquables »

Israël a effectivement intensifié ses efforts contre le BDS. Le 14 novembre, le ministre des Affaires stratégiques, Gilad Erdan, déclarait que l’État est en train de passer de la « défensive à l’offensive » contre la campagne BDS, commentant la décision d’Israël de refuser l’entrée à sept membres d’une délégation de responsables européens qui soutiennent la campagne.

Cette évolution a été ancrée dans une loi promulguée cette année et qui impose, pour les militants du boycott anti-Israël, une interdiction d’entrer en Israël.

En octobre, le directeur du plaidoyer pour le Moyen-Orient à Amnesty International/États-Unis s’est vu interdire l’entrée en Cisjordanie occupée via la Jordanie alors qu’il venait visiter les membres de sa famille, après le décès de son père.

Amnesty a critiqué une loi adoptée par la Knesset en 2011 qui érige en infraction tout appel à un boycott contre Israël ou ses colonies de peuplement, en soutenant que la législation « aurait un effet effrayant sur la liberté d’expression en Israël ».

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Une soixantaine de personnes manifestent devant l’endroit où la vétéran de la résistance palestinienne, et deux fois pirate de l’air, Leila Khaled, sera présente à une initiative BDS, le 13 février 2015, au Cap.  (AFP)

 

De son côté, Erdan déclarait en 2015 que la campagne BDS est basée sur « une duperie et une déformation de la réalité. Elle espère qu’en empilant mensonge sur mensonge dans la salle du conseil, sur les campus des collèges, et à l’assemblée des Églises, elle arrivera à obscurcir la vérité. C’est immoral, et c’est anti-paix ».

En 2016, Netanyahu déclarait lors d’un sommet des Nations-Unies que « le BDS n’a rien à voir avec les droits de l’homme, rien à voir avec la justice ».

Et d’ajouter que : « La raison pour laquelle nous devons combattre le BDS, c’est parce que c’est faux ; c’est un scandale moral ».

Quant aux militants anti-BDS qui ont mené la campagne en faveur de certaines de ces mesures législatives, ils affirment souvent que le BDS nourrit « la haine ».

À ces critiques, Barghouti répond : « BDS est ancré dans la Déclaration universelle des droits de l’homme. C’est un mouvement inclusif qui adopte une solide plate-forme antiraciste, et qui promeut la liberté, la justice, et l’égalité ».

« Les défenseurs des droits de l’homme ont seulement la ‘haine’ de l’injustice, de l’oppression, de l’apartheid, et des autres formes de déni des droits » ajoute-t-il.

 

Intersectionnalité

Selon Barghouti, le BDS est, fondamentalement, une campagne intersectionnelle qui « reconnecte la lutte palestinienne pour la liberté aux luttes internationales pour la justice raciale, autochtone, économique, sexuelle, sociale et climatique ».

« L’intersectionnalité de la lutte palestinienne pour la justice avec les autres luttes pour la justice dans le monde, à la lumière de la xénophobie, de l’extrême droite raciste à l’ère de Donald Trump, Marine Le Pen, Netanyahu et d’autres », est particulièrement pertinente et opportune, dit Barghouti.

Les partisans du BDS sont en effet très divers. La campagne compte des fonds de pension, des Églises, des syndicats, des associations académiques, des mouvements sociaux et des groupes LGBTQ parmi ses partisans ou adhérents. En 2016, le mouvement Black Lives Matter (Les vies des Noirs comptent) a approuvé le BDS sur sa plate-forme politique, critiquant les États-Unis pour leur fourniture d’aides militaires à Israël.

Les partisans et les membres BDS de la Campagne US pour les droits des Palestiniens ont, en retour, exprimé leur solidarité avec les luttes pour les droits civiques aux États-Unis.

Ces deux communautés se sont réunies pour réaliser une vidéo parlée, When I See Them I See Us (Quand je les vois, je nous vois), qui met en vedette Angela Davis, Lauryn Hill et différents artistes noirs et palestiniens, et elle a été diffusée.

D’éminentes personnalités publiques, dont les écrivains Arundhati Roy, Junot Diaz et Naomi Klein, la philosophe Judith Butler et le lauréat du prix Nobel Desmond Tutu, ont investi tout le poids de leur célébrité et de leurs prouesses intellectuelles dans la campagne.

Aux deux extrémités opposées du débat sur le boycott culturel se trouvent Radiohead et Roger Waters de Pink Floyd. Quand le groupe Radiohead s’est produit à Tel Aviv en juillet, rejetant les appels de BDS au boycott de l’État, il a été accueilli par un examen attentif des partisans de la campagne, et par un enthousiasme en Israël.

Selon le magazine Variety, un journal israélien a encouragé les habitués du concert à brandir les drapeaux israéliens lors du spectacle de soutien à l’État.

L’animateur de Radiohead soutenait à l’époque que « jouer dans un pays ne veut pas dire soutenir son gouvernement ».

Pendant ce temps, Waters a constamment maintenu son soutien au BDS malgré les critiques de certains de ses pairs, disant : « C’est la seule chose que j’ai vue qui n’a eu absolument aucun effet ».

Un boycott culturel et académique, en plus d’un boycott économique, est nécessaire, affirme Barghouti, parce ce qu’il souligne « le rôle pernicieux que jouent les institutions académiques d’Israël et, dans une moindre mesure, ses institutions culturelles, dans la planification, la mise en œuvre, la justification ou le blanchiment de ses crimes flagrants commis contre le peuple palestinien ».

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Zahra Hankir est une journaliste libanaise indépendante, basée à Londres, spécialisée dans le Moyen-Orient. Elle édite actuellement un livre d’essais par des journalistes femmes arabes, qui devrait être publié par Penguin Books en 2019.

 

http://www.middleeasteye.net/in-depth/features/facing-opposition-bds-founder-says-anti-israel-boycott-undeterred-415787540

Traduction : JPP pour BDS 34

 




Itay Tiran, le comédien et metteur en scène de théâtre n°1 d’Israël : BDS est une forme légitime de résistance

 

Ravit Hecht – Haaretz – 5 septembre 2018

Tiran a insisté sur le fait que la situation politique n’est pas la raison principale pour laquelle il quitte le pays, et qu’il ne se considère pas comme un « exilé politique ».

« BDS est une forme tout à fait légitime de résistance. Et si nous voulons prôner un certain type de débat politique qui ne soit pas violent, nous devons renforcer ces voix, même si c’est difficile », dit Itay Tiran, largement considéré comme le comédien et metteur en scène de théâtre-phare d’Israël, dans une interview à Haaretz à la veille de son départ pour l’Allemagne.

« Je pense qu’une gauche politique normale devrait soutenir BDS » dit-il. Après tout, peu importe ce que fera le Palestinien. Quand il commet un acte terroriste, on l’appelle un terroriste violent et sanguinaire. Et quand il soutient BDS, c’est un terroriste politique ».

« Si ce qui conduit finalement à une solution ici est une pression non-violente, réalisée en tant que discours politique, alors pourquoi ne pas la soutenir ? C’est une approche humaniste et aussi pratique ; je pense qu’elle empêchera les guerres à venir » a-t-il dit.

Tiran, qui a 38 ans, et dont les déclarations de gauche ont attiré l’attention par le passé, faisait partie des premiers signataires de la pétition de gens de théâtre israéliens qui, en 2010 revendiquaient de ne pas se produire dans le nouveau centre culturel ouvert à Ariel.

Il quitte le Théâtre Cameri après 16 années où il était son principal acteur et il rejoint une troupe au Théâtre d’État de Stuttgart, après avoir déjà joué et mis en scène en Allemagne. Il envisage aussi la mise en scène, entre autres, au Burgtheater de Vienne. Il a récemment eu un rôle dans le film « Une araignée sur le Web », une coproduction belgo-néerlando-israélienne réalisée par Eran Riklis, dont Ben Kingsley et Monica Belluci sont les vedettes.

À propos de la situation politique en Israël, il a dit : « Je pense qu’on a touché le fond avec l’assassinat de Rabin, qui a modelé ma conscience politique d’enfant et le dernier coup fut la guerre de 2014 à Gaza. Et entre les deux, il y a plein d’autres points. Vous vous levez le matin, buvez votre café et lisez le journal. Vous lisez un article et vous dites : alors est-ce le moment où on est devenus fascistes ou non » ?

Vous êtes seul et vous jouez à un jeu, et peu à peu vous vous rendez compte que tout ce que vous faites est de continuer à vous poser cette question et de jouer à ce jeu, sans décider » a-t-il dit.

Pour autant, Tiran a insisté sur le fait que la situation politique n’est pas la raison principale pour laquelle il quitte le pays, et qu’il ne se considère pas comme un « exilé politique ».

« Si la loi de l’État-Nation est une référence à partir de laquelle vous calculez où en est la société israélienne, alors la loi est clairement raciste, inégalitaire ; c’est une nouvelle étape dans le tournant nationaliste pris ici. D’un autre côté, je dis qu’elle n’est pas seulement mauvaise. Pourquoi ? Parce qu’elle extirpe une sorte d’inconscient collectif qui a toujours existé ici » a-t-il dit.

« La Déclaration d’Indépendance et le discours sur l’égalité et les valeurs, tout ça c’était l’auto-lissage d’une fanfaronnade colonialiste d’un libéralisme éclairé. Il y a des gens qui se caractérisent encore par «centre-gauche » et qui pensent toujours que s’ils mettent le mot égalité dans la loi, tout ira bien. Ce n’est pas mon avis. Et vraiment, le contre-argument justifié par la droite était : Attendez, il y la Loi du Retour. Qu’est ce qui fait que c’est seulement la loi de l’État-nation qui vous rend fous ? » remarque-t-il.

Donc vous dites que le sionisme est un racisme, de toute façon ?

Oui

Que le sionisme est un colonialisme ?

Oui, exactement. Donc il nous faut tous regarder la vérité en face, et choisir son camp.

Source: Haaretz

Traduction SF pour BDS France

 




Éducation à l’oppression: les institutions universitaires israéliennes lient leur destin à l’élite sécuritaire israélienne

23 juillet 2018 / par Shir Hever

Trois faits récents dans les plus grandes universités israéliennes montrent que les institutions universitaires et sécuritaires renforcent leur coopération.

Cet article a été publié à l’origine dans le bulletin d’information de juillet du Comité britannique pour les universités de Palestine (BRICUP)

Pourquoi les institutions universitaires israéliennes coopèrent-elles si étroitement avec les organes sécuritaires [répressifs] israéliens? Les directions universitaires et sécuritaires israéliennes ont de bonnes raisons d’être en désaccord entre elles. L’élite sécuritaire se méfie des universitaires à cause de leur supposé parti pris pour les « droits de l’homme » et parce que le monde universitaire se consacre à placer la théorie et la recherche abstraite au dessus de l’expérience pratique dont l’élite sécuritaire est très fière. Quand l’ancien chef d’état-major israélien Dan Halutz a fermé l’Institut de recherche sur la théorie opérationnelle (OTRI) en 2006, c’était un acte de malveillance motivé par la crainte que des officiers militaires se mettent à citer Deleuze, Guattari, Foucault voire qu’ils « s’indigènisent » dans le monde académique. L’élite académique, de même, ressent le poids du boycott international des universités et a beaucoup à perdre à renforcer son image d’annexe de R & D pour l’industrie militaire israélienne.

Cependant, les deux groupes dirigeants ont maintenant un ennemi commun, la droite populiste israélienne en expansion rapide. Des politiciens comme la ministre de la Culture Miri Regev, le ministre de la Défense Avigdor Lieberman et surtout le Premier ministre Benyamin Netanyahou ne font aucun effort pour dissimuler leur mépris des « anciennes élites » principalement identifiées comme Juifs ashkénazes (originaires d’Europe ou d’Amérique du Nord) intégrées dans le vieux parti travailliste et dans les institutions qui dépendent de fonds publics, telles que les universités, larmée et la police.

Le financement de l’enseignement supérieur en Israël a été de plus en plus détourné des universités de recherche vers les collèges (axés sur les diplômes de premier cycle et la formation professionnelle commercialisable) parce que la droite populiste israélienne considère le monde universitaire comme «de gauche». Les milieux militants savent moins que les dépenses publiques israéliennes en matière de sécurité, bien que toujours parmi les plus élevées au monde en termes de proportion du PIB, se sont également érodées. Par rapport à près de 15% du PIB consacré à la défense en 1988, les dépenses en 2017 ont été enregistrées (quoique grossièrement sous-estimées) à 4,7% du PIB. Ces deux tendances montrent que le contrôle des anciens groupes dirigeants sur les ressources publiques diminue, non pas en termes absolus mais en termes relatifs.

Trois faits récents dans les plus grandes universités israéliennes montrent que malgré la méfiance et la concurrence mutuelles à l’égard des ressources, les institutions universitaires et sécuritaires renforcent leur coopération.

Le premier s’est produit à l’Université hébraïque de Jérusalem, alors que l’université accueillait un événement de recrutement pour l’Association de sécurité israélienne (ISA), également connue sous le nom de « Shin Bet », « Shabak » ou simplement police secrète. La militante Ilana Hammerman a assisté à l’événement et en a parlé, exposant comment l’université offrait sans réserve un espace de publicité pour l’une des organisations les plus dangereuses et les moins scrupuleuses d’Israël, impliquée dans la torture, le recrutement de collaborateurs et plus encore.

Le deuxième événement était que l’Université de Haïfa a remporté l’appel d’offres pour organiser des études supérieures pour l’armée. L’université a conçu un programme spécial pour les officiers militaires afin de leur permettre d’obtenir des diplômes universitaires tout en perturbant le moins possible leurs tâches liées à l’occupation [des territoires palestiniens]. Grâce au programme de l’Université de Haïfa, ils pourraient arrêter les Palestiniens sans procès, ordonner le bombardement de quartiers civils et établir des critères arbitraires aux checkpoints, tout en trouvant le temps de suivre des leçons et de passer des examens. L’Université de Haïfa a obtenu le droit de gérer trois collèges militaires: le Collège de la défense nationale, le Collège de commandement et d’état-major et le Collège du commandement tactique. L’unification des trois collèges sous la supervision académique de l’Université de Haïfa crée une responsabilité directe de l’université en ce qui concerne la formation et l’éducation du corps des officiers israéliens, et les premiers cours débutent déjà en juillet 2018.

Le troisième événement a été le fonds conjoint de capital-risque de l’université de Tel-Aviv avec l’ISA, pour soutenir des start-ups sécuritaires. La coopération entre l’ISA et l’Université de Tel-Aviv signifie que l’ISA aura accès aux technologies de contrôle des populations, en utilisant l’argent du fonds d’investissement et la réputation universitaires pour donner aux start-ups un air de respectabilité. Selon une déclaration conjointe de l’ISA et de l’Université de Tel-Aviv datée du 3 juillet, quatre start-ups financées comprennent une start-up qui identifie des «fausses informations», une autre un programme d’intelligence artificielle pour analyser des vidéos et des documents, une autre une technologie de réalité virtuelle destinée à être utilisée dans le pilotage de drones à distance et une dernière proposant des prédictions basées sur le big data et l’apprentissage automatique.

Ces trois événements récents indiquent que la complicité des universitaires israéliens dans le colonialisme israélien et l’apartheid se poursuit, même treize ans après l’appel au boycott, désinvestissement et sanctions (BDS) qui a fait reconnaître aux universitaires israéliens qu’ils deviennent des parias à cause de cette complicité.

Je crois que les trois événements ont quelque chose en commun. Dans ces trois cas, les services fournis sont destinés à la consommation interne des organisations de sécurité israéliennes. Depuis 2014, les exportations d’armes israéliennes ont connu une crise croissante, car le concept de «Territoire palestinien occupé» en tant que «laboratoire» de la technologie militaire israélienne s’effondre. En dépit des technologies brillantes et coûteuses mises au point par les compagnies d’armement israéliennes et utilisées contre les Palestiniens à Gaza et en Cisjordanie, la résistance palestinienne n’a ni cessé ni ralenti. Les armes ne tiennent tout simplement pas leur promesse de pacifier les Palestiniens et, en tant que telles, ne sont pas aussi attrayantes pour les clients potentiels qu’avant.

Une crise similaire se développe dans l’élite universitaire israélienne, qui devient plus que jamais consciente de l’impact du mouvement BDS. De jeunes Israéliens éduqués et talentueux quittent le pays en grand nombre, cherchant à étudier, chercher et enseigner ailleurs. Bien que le gouvernement ait lancé un programme visant à inciter les scientifiques et le personnel de R & D à revenir, les chercheurs comprennent que s’ils rentrent et trouvent un emploi dans une université israélienne, ils risquent de se couper de la communauté internationale de la recherche.

En ce moment de crise, les deux groupes dirigeants israéliens (universitaires et sécuritaires) cherchent un secours en unissant leurs forces et en sollicitant conjointement un financement du gouvernement. Le général Major Isaac Ben Israel est un exemple rare de membre éminent des deux groupes d’élite. En 2011, il a écrit: «[…] ainsi, le système de sécurité injecte chaque année des sommes énormes sur le marché israélien pour le développement de technologies, en mettant l’accent sur les technologies de l’information (haute technologie). Le premier tri, et souvent la source des idées, vient des universités. Le milieu universitaire sert également de source principale pour former le personnel nécessaire à la haute technologie. Le milieu universitaire forme chaque année des milliers de diplômés en ingénierie et en sciences et certains d’entre eux sont ensuite enrôlés dans l’armée (réservistes), reçoivent une formation dans les centres de R & D du système de sécurité et retournent ensuite sur le marché civil avec de l’expérience et de la formation en entreprenariat. La relation complexe entre tous les facteurs sus-mentionnés forme l’infrastructure sociale, économique et culturelle à ce qui a été récemment appelé la «nation start-up».

Source: BDS Movement

Traduction : JPB pour BDS France




Le système des lois d’apartheid d’Israël

19 juillet 2018
Ce tableau montre comment le système juridique d’Israël permet l’apartheid. Il comporte des exemples de lois racistes significatives.
 
L’apartheid se distingue d’autres formes de discrimination raciale interdites par le caractère institutionnalisé et oppressif de la discrimination qui s’y inscrit. C’est toujours un régime de discrimination et d’oppression approuvé par l‘État.
Le système juridique israélien permettant le colonialisme, la domination juive et l’oppression des Palestiniens
Objectif/effet des lois israéliennes
Exemples de lois significatives
Établir la revendication de souveraineté d’Israël sur toute la Palestine d’avant 1948 comme loi
Permettre et réglementer l’annexion de 1967 du territoire palestinien occupé
Ordonnance n° 29 de 5708-1948 (22 septembre 1948) sur le champ de compétences et de pouvoirs
Ordonnance juridique et administrative, section 11 B (27 juin 1967) prise pour l’annexion de Jérusalem Est occupée ;
Loi sur les affaires juridiques et administratives (règlementation)(version consolidée) (1970) expliquant comment les lois israéliennes doivent être appliquées à Jérusalem ; permettant les revendications de propriété juives pré-1948 à Jérusalem Est mais non les revendications de propriétés palestiniennes pré-1948 à Jérusalem Ouest ;
Loi fondamentale « Jérusalem unifiée, capitale d’Israël » (1980) ;
Loi sur la régularisation des colonies en Judée Samarie 5777-2017 (6 février 2017).
Permettre une appropriation irréversible de la terre et des biens palestiniens pour « l’État juif » et le « peuple juif »
Loi sur la propriété des absents (1950) ; Loi sur l’Autorité de développement (transfert de propriété) (1950) ; Ordonnance sur l’acquisition de terres pour des objectifs publics (loi du mandat britannique de 1943) ; Loi d’acquisition de terres (validation des actes et compensations) (1953) ; Loi sur le Keren Kayemet Le-Israël/JNF(1953) ; Convention avec l’Exécutif sioniste (1954) ; Loi fondamentale : les terres israéliennes (1960) ; Loi d’administration de la terre d’Israël (1960 ; Loi sur l’administration des terres (réforme foncière) (2009)
Garantir la « nationalité juive » supérieure de à la population juive d’Israël ;
Définir Israël comme l’État du « peuple juif » ; protéger le  « caractère juif » de l’État des contestations politiques et juridiques
Loi du retour et loi (1950) sur la citoyenneté israélienne (1952) : garantissant à tout Juif en Israël, dans les TPO et à l’étranger, le statut supérieur et les droits des nationaux juifs d’Israël, dont le droit d’immigrer avec leur famille et l’accès automatique à la nationalité ;
Loi sur le statut de l’Organisation Sioniste Mondiale – Agence Juive (1952) ; Loi sur l’État-Nation juif »(2018) ;
Loi fondamentale : la Knesset (1958), Section 7A : vu que, entre autres, Israël est un « État juif », permettre l’exclusion d’élections parlementaires les partis politiques qui contestent ce principe ;
Loi fondamentale : Dignité Humaine et Liberté (1992) délimitant les droits humains fondamentaux, y compris le droit à l’égalité, sous réserve que ces droits soient conformes aux valeurs d’Israël comme  « État juif et démocratique ».
Conférer un statut et des droits différents, toujours inférieurs, dans le pays aux populations palestiniennes
Loi sur la citoyenneté israélienne (1952) : privant (les descendants de)réfugiés palestiniens de la citoyenneté et de tous les droits dans leur pays ; définissant les Palestiniens présents en Israël comme « citoyens israéliens » sans les droits d’une nationalité ni d’un groupe ;
Loi de l’entrée en Israël (1952) et règlementation de l’entrée en Israël (1974) : définissant les Palestiniens de Jérusalem Est occupée comme « résidents permanents » sans droit permanent au séjour ni au regroupement familial ;
Loi sur la citoyenneté et l’entrée en Israël (2003, amendée en 2007) : interdisant le droit de résidence via le regroupement familial en Israël et dans Jérusalem Est occupée avec des conjoint.e.s et des enfants de Cisjordanie, de la bande de Gaza et de pays arabes désignés ;
Loi sur les Comités d’admission (2011) :elle permet des villages ruraux juifs à ne pas accepter des Palestiniens voulant y vivre, privant les Palestiniens du droit au logement et à la terre de l’État.
Restreindre le développement, permettre la destruction de maisons et villages palestiniens
Loi sur l’aménagement et la construction au niveau national (1965) et lois associées du domaine de l’aménagement, du zoning et de la construction
Permettre la restriction de la liberté d’expression et d’association, la liberté de mouvement comme la privation de liberté physique  et le droit à des procès justes pour ceux qui s’opposent à l’apartheid et au colonialisme;
Permettre et réglementer l’annexion du territoire palestinien occupé en 1967
État d’urgence (1948, toujours en vigueur) ; Règles de la défense (urgence) (1945) ; ordonnance de prévention du terrorisme (1948) ; Loi pour combattre le terrorisme (2016) ; Loi sur la Nakba (2011) ; Loi contre le boycott (2011) ; Loi sur le financement de gouvernements étrangers (2011) ; Loi sur la transparence des ONG (2016) ; Loi sur l’entrée en Israël (amendement n°27, refusant le visa et le permis de séjour aux défenseurs du boycott d’Israël) de 2017
 
Pour plus de détails sur ces lois israéliennes et d’autres, voir : Adalah «Base de données des lois discriminatoires » https://www.adalah.org/en/content/view/7771
L’application de ce système de lois racistes et de jurisprudence ne se limite pas au territoire d’Israël internationalement reconnu parce qu’il est mis en œuvre dans tout le territoire sous administration ou contrôle effectif d’Israël, c’est à dire en Israël depuis 1948 et dans les TPO depuis 1967. Il est étendu dans les OPT de plusieurs manières : annexion de jure (Jérusalem Est) fondée sur des lois qui donnent pouvoir aux gouvernements israéliens d’étendre la compétence d’Israël à l’ensemble des TPO ; application personnelle du droit intérieur israélien aux colons et aux visiteurs juifs et application progressive aux colonies de Cisjordanie (« annexion rampante de facto ») ; et par la « canalisation », qui veut dire l’incorporation d’éléments du droit civil israélien dans les ordres militaires principalement dirigés vers la population palestinienne des TPO.
Traduction SF pour BDS France



« Israël se déclare effectivement comme un état d’apartheid »

19 juillet 2018

/ Par Palestinian Boycott, Sanctions and Divestment National Committee (BNC), Adalah, Najwan Berekdar, Omar Barghouti /

La société civile palestinienne réagit à la loi « Israël comme Etat-nation juif » « qui définit sans ambiguïté Israël comme un état appartenant exclusivement au peuple juif ». Ceci en dépit du fait qu’un citoyen d’Israël sur cinq est un Palestinien autochtone, non juif.

CONTACT: media@bdsmovement.net

19 juillet 2018 — Les législateurs israéliens ont donné aujourd’hui leur approbation définitive au projet de loi « Loi fondamentale : Israël comme Etat-nation du peuple juif » qui définit sans ambiguïté Israël comme un état appartenant exclusivement au « peuple juif ». Ceci en dépit du fait qu’un citoyen d’Israël sur cinq est un Palestinien autochtone, non juif. Les membres palestiniens de la Knesset israélienne ont condamné la loi, qui jouit d’un pouvoir constitutionnel, en tant que « loi d’apartheid ».

Adalah, une importante organisation pour les droits humains palestiniens en Israël, décrit  comment la loi « établit le principe d’apartheid en matière de logement, de terres et de citoyenneté ». Elle conclut que « cette loi entérine constitutionnellement la discrimination institutionalisée ». Najwan Berekdar, un citoyen palestinien d’Israël, a réagi ainsi : « En tant que citoyen palestinien de cet état, cette loi entérine pour moi une citoyenneté de troisième ordre dans un pays où ma famille a vécu depuis des générations, bien avant même que l’état d’Israël n’existe.

La majorité juive-israélienne nous rappelle bruyamment que nous citoyens palestiniens autochtones d’Israël ne sommes pas les bienvenus dans la propre patrie de nos ancêtres. Mon peuple a toujours souffert du racisme légalisé de l’état d’Israël et de ses institutions, mais cette loi fait de la réalité de notre apartheid une loi de ce pays, comme jamais auparavant.

En tant que « non juifs », nous n’avons déjà pas le droit d’acheter ou de louer des terres sur 93% du territoire contrôlé par l’Etat d’Israël, et beaucoup de nos communautés sont déclarées « non reconnues » et détruites au bulldozer par l’armée israélienne. J’ai reçu une éducation racialement ségréguée et inférieure dans un système scolaire qui privilégie visiblement les Israéliens juifs.

Israël nous dépouille maintenant de tout semblant de droits égaux, sur la seule base de notre identité ethno-religieuse.

Il rétrograde même notre langue qui était jusqu’alors l’une des deux langues officielles de l’état. »

Omar Barghouti du Comité national palestinien BDS a commenté :

« Une famille palestinienne devant les ruines de leur maison à Umm al-Hiran, une communauté palestinienne que le gouvernement israélien détruit afin de pouvoir construire à sa place une ville réservée aux Juifs israéliens. Les résidents de Umm al-Hiran sont citoyens israéliens.Israël a des dizaines de lois racistes, y compris quelques-unes qui correspondent de manière frappante à la définition de l’apartheid par les Nations Unies. Mais avec le pouvoir constitutionnel de cette Loi fondamentale, Israël se déclare effectivement comme un état d’apartheid et laisse tomber son masque délabré de démocratie.

A partir de maintenant, il ne sera pas seulement légal d’exercer une discrimination raciale contre les citoyens palestiniens autochtones de l’état. Ce sera rendu constitutionnellement obligatoire et requis. Cela devrait provoquer les gens, les institutions et les gouvernements à faire rendre des comptes à Israël. »

Omar Barghouti conclut :

« S’il y a jamais eu un temps pour le boycott, le désinvestissement et les sanctions contre le système d’oppression d’Israêl, c’est bien maintenant. L’adoption officielle par Israël de l’apartheid ouvre une porte au peuple palestinien, aux nations arabes et à nos alliés dans le monde entier pour faire pression sur les Nations Unies afin qu’elles activent leurs lois anti-apartheid et imposent de sérieuses sanctions à Israël comme celles qu’elles ont imposées à l’Afrique du Sud.

Nous redoublerons nos efforts pour que grandisse encore le mouvement BDS en faveur des droits palestiniens pour faire rendre des comptes à Israël pour tous ses crimes contre notre peuple. Aucune loi israélienne n’effacera notre droit à l’auto-détermination dans notre patrie ou le droit à nos réfugiés de retourner chez eux. Aucun gouvernement israélien d’extrême-droite, avec tout le soutien aveugle qu’il reçoit des forces xénophobes et ouvertement fascistes des Etats-Unis et d’Europe, n’éteindra notre aspiration à la liberté, à la justice et à l’égalité. »

Le Comité national palestinien BDS (BNC) est la plus grande coalition de la société civile palestinienne. Il dirige et soutient le mouvement global de Boycott, désinvestissement et sanctions en faveur des droits palestiniens.

 

Source : https://bdsmovement.net/news/%E2%80%9Cisrael-effectively-declares-itself-apartheid-state%E2%80%9D




Le boycott est la meilleure réponse aux homicides illicites commis par les Israéliens

L’Irlande et l’Union européenne se rendent complices des violations des droits des Palestiniens commises par Israël en les permettant

15 mai 2018

Omar Barghouti

Aujourd’hui (15 mai), les Palestiniens du monde entier commémorent la Nakba (mot arabe signifiant catastrophe) de 1947-1949 – le nettoyage ethnique de la majorité des Palestiniens autochtones, chassés de notre terre natale, et la destruction systématique de centaines de nos villages et villes pour fonder Israël en tant qu’État pratiquant l’exclusion.

En 1948, quand des paramilitaires sionistes ont braqué leur arme sur les proches de ma défunte grand-mère, Rasmiyyah, pour les forcer à quitter leur demeure spacieuse dans la charmante ville de Safad, le processus déterminant de colonisation de peuplement dont la Déclaration Balfour avait créé les conditions a pris pour ma famille un caractère personnel. La Nakba a décidé de mon identité et de l’identité de millions d’autres Palestiniens, descendants de réfugiés.

Pour réprimer les manifestations pacifiques massives de la bande de Gaza, peuplée en majorité de réfugiés de la Nakba et de leurs descendants qui demandent la fin d’un siège commencé il y a 12 ans et le respect des droits des réfugiés, Israël a mis en œuvre une politique consistant à tirer pour tuer ou mutiler, ôtant la vie à des dizaines de personnes et en blessant des milliers, souvent avec des balles réelles. La procureure de la Cour pénale internationale a condamné ces crimes, tandis qu’Amnesty International a demandé aux gouvernements du monde entier “d’instaurer un embargo total sur les armes à destination d’Israël”, ce qui constituerait une mesure effective pour contraindre cet État à répondre de ses actes.

Pendant ce temps, Israël a intensifié la construction de colonies illégales ainsi que la mise en œuvre brutale de sa politique de déplacement forcé des Palestiniens à Jérusalem Est occupé et dans le Néguev, les démolitions de maisons, les interrogatoires violents et le placement en détention de centaines d’enfants, enfin la négation de la liberté de circulation.

Cette Nakba permanente et l’impunité totale d’Israël ont déclenché la naissance en 2005 du mouvement Boycott, Désinvestissement et Sanctions (BDS) pour les droits des Palestiniens, un mouvement non violent qui a été proposé pour le prix Nobel de la Paix et qui est impulsé par une très large coalition au sein de la société civile palestinienne.

Le BDS demande la fin de l’occupation imposée par Israël depuis 1967, l’égalité pleine et entière pour les citoyens palestiniens d’Israël, et le respect du droit des réfugiés palestiniens à revenir sur les terres dont ils ont été déracinés et dépossédés depuis la Nakba, ce droit leur étant garanti par les Nations unies.

Cibler la complicité

Trouvant sa source dans la Déclaration universelle des droits de l’Homme, le BDS rejette catégoriquement toutes les formes de racisme et de discrimination, notamment l’antisémitisme, le racisme anti-noirs et l’islamophobie. L’identité d’une personne, nous en sommes convaincus, ne doit en aucun cas diminuer sa capacité à jouir de ses droits. Le BDS, pour cette raison, cible la complicité, et non l’identité.

L’Organisation de libération de la Palestine, unique représentant légitime du peuple palestinien, s’est de nouveau exprimée récemment en faveur du BDS. Dans le monde entier, des mouvements sociaux, des Églises, des groupes juifs progressistes, des associations universitaires ou culturelles, qui représentent au total des millions de personnes, ont adopté des mesures effectives contraignant les responsables à rendre compte de leurs actes et soutenant la libération palestinienne.

Au niveau le plus élémentaire, les Palestiniens et les groupes de solidarité, qu’ils soient actifs ou pas dans le mouvement BDS, demandent à l’Irlande, à l’Union européenne (UE) et au monde de remplir leurs obligations morales et juridiques en évitant de nous causer un préjudice.

Jeudi dernier, en m’exprimant devant la Commission mixte des Affaires étrangères, de la Défense et du Commerce de l’Oireachtas (Parlement irlandais), j’ai affirmé que l’UE, dont l’Irlande fait partie, reste fortement complice des graves violations des droits humains palestiniens commises par Israël, dès lors qu’elle les permet. Bien qu’Israël sombre dans un extrémisme de droite éhonté et impose aux Palestiniens depuis des décennies son occupation militaire et sa politique d’oppression, l’UE continue à lui appliquer un traitement qui semble placer cet État au-dessus du droit international.

Les graves infractions au droit international commises par Israël suscitent des obligations juridiques pour l’UE, principal partenaire commercial d’Israël, et pour ses États membres. Comme l’indique l’Avis consultatif pris en 2004 par la Cour internationale de justice, les États sont dans l’obligation de ne pas reconnaître la situation illicite qu’Israël a instaurée en pratiquant la colonisation et de ne pas prêter aide ou assistance au maintien de la situation ainsi créée.

En commerçant avec les colonies illicites d’Israël et en soutenant des entreprises qui sont impliquées dans la colonisation telle qu’elle est définie par l’ONU, l’UE viole ses obligations de non-reconnaissance et de non-assistance.

Des produits illicites

L’UE, dont fait partie l’Irlande, entretient un réseau de relations avec des sociétés, des banques et des institutions israéliennes profondément impliquées dans des violations des droits humains. Ces relations portent sur les questions militaires, la recherche en matière d’armement, les transactions bancaires et le commerce avec les colonies.

Par exemple, l’UE importe des marchandises provenant de colonies israéliennes pour un montant annuel estimé à 300 millions de dollars. Se contenter d’étiqueter certains de ces produits illicites au lieu de les proscrire constitue un manquement au devoir.

Dans le cadre de ses obligations juridiques, à titre de première étape, l’Irlande doit interdire l’entrée des biens et des services produits dans des colonies installées dans les territoires occupés et mettre fin au commerce militaire direct et indirect avec Israël.

Des Palestiniens prient lors d’affrontements avec l’armée israélienne près de la frontière entre la bande de Gaza et Israël, à l’est de la ville de Gaza, le 14 mai, pendant une manifestation le jour du transfert de l’ambassade des États-Unis à Jérusalem. Photo Mahmud Hams/AFP/Getty

 

Au-delà de la question de la responsabilité des États, les Palestiniens demandent la solidarité, pas la charité. Sensible à nos appels, Dublin est devenue il y a quelques semaines la première capitale européenne à adopter le BDS pour les droits des Palestiniens. Derry a été la première ville irlandaise, en 2016, à approuver le BDS. Le Congrès irlandais des syndicats (Irish Congress of Trade Unions, ICTU), les syndicats d’enseignants, l’Union des étudiants irlandais (Union of Students in Ireland, USI), et les syndicats étudiants de Trinity College à Dublin, de Queen’s University à Belfast et de Galway University se sont tous prononcés pour le BDS.

Ces actes et d’autres expressions d’authentique solidarité nous donnent un extraordinaire espoir qui nous permet de continuer notre lutte pour l’émancipation.

J’ai promis à ma défunte grand-mère de garder l’espoir en vie et de ne jamais renoncer à ma modeste contribution à cette lutte, quelle que soit la cruauté de la répression. Sa passion pour la justice et sa ténacité dans la résistance à l’oppression m’ont toujours inspiré. Je resterai fidèle à cette promesse jusqu’à ce que les Palestiniens puissent vivre dans la dignité, la justice, la paix et l’égalité.

Omar Barghouti est un défenseur palestinien des droits humains, co-fondateur du mouvement Boycott, Désinvestissement et Sanctions (BDS) pour les droits des Palestiniens. Il est co-lauréat du Prix Gandhi de la paix 2017.

Source: The Irish Times

Traduction: S.M pour BDS France




Gaza : Anesthésie générale

1976 était une année tragique, déjà. Le 30 mars de cette année, les Palestiniens lancent une grève générale et une journée manifestation. Au cours de cette journée, 6 manifestants, non armés, seront abattus par la police et l’armée israélienne. Scandale international: comment l’armée peut-elle tirer à balles réelles sur une manifestation pacifique? La journée devient, pour les Palestiniens du monde entier, l’occasion de commémorer les victimes en ce jour désormais appelé la Journée de la Terre.

Le 16 juin 1976, à Soweto en Afrique du Sud, une autre manifestation de civils est violemment réprimée par la police sudafricaine. 23 manifestants sont assassinés, dont de nombreux enfants. S’il faudra encore 15 ans pour que l’apartheid soit aboli en Afrique du Sud, il est certain que le choc causé par ce massacre de civils aura contribué à discréditer un régime sanguinaire. C’est d’ailleurs dès l’année suivante que l’ONU adoptera un embargo sur les ventes d’armes à destination de l’Afrique du Sud.

42 ans plus tard, la situation n’a fait qu’empirer en Palestine. L’armée israélienne tire avec préméditation sur des manifestants à Gaza, tout aussi pacifiques que leurs aînés, fiers bien qu’exténués par plus de 10 ans de blocus, et virtuellement enfermés dans une cage. Un carnage se déroule devant nos yeux: depuis une semaine, on dénombre déjà 30 morts et 3000 blessés, et ce n’est probablement fini. Pourtant, ni les grand média, ni les gouvernants, ni l’ONU n’a réussi à émettre une condamnation un tant soit peu sérieuse, autre que la demande d’une « enquête indépendante et transparente pour faire toute la lumière sur les événements ». C’est pourtant une décision similaire d’embargo sur les ventes d’armes en provenance ou à destination d’Israël qui pourrait peut-être permettre de faire cesser ces violences inouïes. Il est également à souhaiter qu’un tel dénouement prenne moins de 15 ans, car au rythme où progresse la violence de l’armée israélienne, on ne parlera bientôt plus de massacres, mais de génocide.

Puisque l’ONU tarde à prendre ses responsabilités, et avant qu’il ne soit trop tard, demandons au nom de la société civile internationale l’augmentation des pressions sur l’Etat israélien coupable de ces crimes de guerre prémédités. Boycottons les produits et les événements universitaires, culturels et sportifs israéliens, exigeons de toutes les entreprises qu’elles cessent leurs investissements en Israel, et de nos Etats qu’ils appliquent les sanctions cent fois votées par l’ONU.

Dror, militant de la Campagne BDS France




Quelle suite pour Gaza après le massacre à la Journée de la Terre par Israël ?

 

L’armée israélienne a tué plus d’une douzaine de Palestiniens qui manifestaient le long de la frontière est de la bande de Gaza lors de la Journée de la Terre, le 30 mars 2018. (AP)

La seule fenêtre d’espoir pour Gaza, en plus de notre propre mobilisation de masse, réside dans la campagne BDS grandissante.

Haidar Eid – Al Jazeera – 5 avril 2018

 

Après avoir imposé un blocus meurtrier sur les deux millions d’habitants de la bande de Gaza pendant onze ans, et avoir lancé trois agressions massives génocidaires au cours de ces sept dernières années – aidé en cela par la complicité de la soi-disant communauté internationale et le silence des régimes arabes réactionnaires –, Israël a, la semaine dernière, commis un nouveau massacre contre des manifestants pacifiques qui commémoraient la Journée de la Terre et revendiquaient leur droit au retour.

Le vendredi 30 mars, les soldats israéliens ont tué 17 civils et en ont blessé plus de 1400 – la plupart avec des balles réelles. Selon l’armée israélienne, le massacre s’est déroulé comme prévu. Son porte-parole a tweeté – et par la suite, supprimé – que « (le 30 mars) rien ne s’est accompli sans être maîtrisé ; tout a été correct et mesuré. Nous savions où chaque balle allait atterrir ».

Au début de la Deuxième Intifada, en 2000, j’ai écrit ce qui suit :

« Gaza est devenue une zone de guerre : le plus grand camp de concentration à la surface de la terre est devenu un lieu de sépulture – un cimetière bruyant. Le corps palestinien est devenu la cible suprême de la balle israélienne – plus il est jeune, mieux c’est (Sara, une fillette de deux ans de Naplouse a aussi reçu une balle dans la tête). Le corps palestinien est devenu, en d’autres termes, le site de l’(in)justice : « éliminer le corps, et il laissera un vide qui peut être occupé – une terre sans peuple pour un peuple sans terre«  ».

Aujourd’hui, nous avons un sentiment de déjà vu ; nous en avons été là déjà, et nous savons que d’autres encore parmi nous vont être tués dans ce que la BBC appelle « des affrontements » ! L’armée israélienne, ou ce que le courageux journaliste israélien Gideon Levy appelle « les forces de massacre israéliennes », est un gang de voyous endoctrinés par une idéologie qui déshumanise les enfants et justifie les tirs sur des civils innocents.

Ce n’est manifestement pas le bon moment pour des questions philosophiques aussi grandioses, mais que doit faire le Palestinien quand il ou elle vit une réalité politique aussi grossière ?

La question qui est à l’esprit de chaque Palestinien de Gaza est « pourquoi est-il permis que cela arrive, 24 ans après la chute du régime d’apartheid de l’Afrique du Sud ? ». Nous savons pourquoi Israël le fait ; nous sommes des « goyim » indésirables, des réfugiés dont l’existence même est un rappel constant du péché originel commis en 1948 – le crime de nettoyage ethnique prémédité contre les deux tiers du peuple palestinien. Nous avons été maudits pour simplement avoir la « mauvaise » religion et « origine ethnique », pour être nés de mères non juives ! Le problème, c’est que nous ne mourons pas de façon discrète ; nous faisons du bruit, beaucoup de bruit ; nous tapons sur les cloisons de la citerne de Gaza – pour reprendre les métaphores du célèbre intellectuel et auteur palestinien, Ghassan Kanafani.

J’ai enseigné l’un des meilleurs romans de Kanafani, « Tout ce qui vous reste », à mes étudiants de l’Université Al-Aqsa de Gaza. Dans ce roman, le héros, qui se trouve être un réfugié vivant à Gaza, perd tout, sauf sa volonté de résister. S’accrocher à cette volonté et faire face à l’horreur du colonialisme sioniste exigent une vision. Une vision qui lui a permis de retourner à Jaffa, là où il a perdu son père aux mains des gangs sionistes en 1948. La plupart de mes étudiants s’y reconnaissaient, et certains s’identifiaient même à lui. Ils convenaient qu’aucune solution politique ne pouvait être apportée sans la mise en œuvre de la Résolution 194 de l’Assemblée générale des Nations-Unies, qui institue le droit pour les réfugiés palestiniens de retourner dans leurs villages et villes d’où ils ont été chassés par nettoyage ethnique en 1948. Il n’est dès lors pas étonnant que la plupart de mes étudiants se soient retrouvés parmi les manifestants aux frontières de Gaza !

À Gaza, nous savons qu’Israël va s’en tirer à bon compte, simplement parce qu’il n’a jamais été tenu responsable des massacres qu’il a commis ; nous savons aussi qu’il se prépare à commettre plus de crimes encore, et des pires.

Un rapport de la CESAO (Commission économique et sociale des Nations-Unies pour l’Asie occidentale) n’a-t-il pas prouvé, sans aucun doute possible, qu’Israël commet le crime d’apartheid contre le peuple indigène de la Palestine ? Nous savons aussi qu’il n’aurait pas pu mettre à exécution tous ces crimes sans le soutien des États-Unis et de la soi-disant communauté internationale. Nous avons donc perdu espoir dans les organismes officiels tels que la Ligue arabe et l’Organisation de la Coopération islamique. Nous comptons plutôt sur la société civile internationale pour mettre un terme à ce bain de sang qui se poursuit, perpétré par l’Israël d’apartheid à la vue de tous.

L’outil ? le Boycott, le Désinvestissement et les Sanctions (BDS) jusqu’à ce qu’Israël se conforme au droit international. Oubliées les négociations dépourvues de sens qui se sont avérées désastreuses, comme, à juste titre, le regretté Edward Saïd l’avait prédit en 1994 ; oubliée la solution raciste à deux États qui a reçu une balle dans la tête tirée par Israël lui-même, et qui ne parvient pas à traiter le cœur de la question palestinienne, à savoir les 6 à 7 millions de réfugiés qui persistent à revendiquer leur droit au retour instauré par les Nations-Unies. La seule fenêtre d’espoir, en plus de notre propre mobilisation de masse, réside dans la campagne BDS grandissante, soutenue par des gens de conscience dans le monde entier. Ils comprennent que notre combat n’est pas sectaire, qu’il s’insère dans les principes fondamentaux de la Déclaration internationale des droits de l’homme, peu importe jusqu’où peuvent aller les médias occidentaux hypocrites dans leurs tentatives de dissimulation de la vérité.

haidareid

Haidar Eid

À propos de l’auteur :

Haidar Eid est maître de conférences à l’Université Al-Aqsa de Gaza.

Il est également le coordinateur du BNC pour la Bande de gaza.

https://www.aljazeera.com/indepth/opinion/gaza-israel-land-day-massacre-180404120852381.html

Traduction : JPP pour : Campagne BDS France Montpellier, l’Agence Média Palestine




Interview de Virginia Tilley- IAW 2018 France

Interview par BDS France de Virginia Tilley à Paris le 12 mars 2018 Mme Virginia Tilley, professeure de science politique à la Southern Illinois University-Carbondale (États-Unis) est co-auteure, avec Richard Falk, du rapport de l’ONU intitulé « Les pratiques israéliennes à l’égard du peuple palestinien et la question de l’apartheid ». Rapport censuré par le Secrétaire général de l’ONU.

Elle était invitée par la Campagne BDS France dans plusieurs villes dans le cadre de la semaine internationale contre l’apartheid israélien.

 




Le discours qu’Israël a tenté de censurer au Parlement Européen

28 Février 2018

Omar Barghouti

Malgré les tentatives d’Israël pour le censurer, Omar Barghouti a bien fait son discours lors de la conférence « Les colonies israéliennes en Palestine et l’Union Européenne » qui s’est déroulée au Parlement européen le 28 Février 2018. Elle était organisée par l’eurodéputée portugaise Ana Gomes. Omar est un défenseur palestinien des droits humains et cofondateur du mouvement de Boycott, Désinvestissement et Sanctions (BDS).

Vers la fin de la complicité de l’UE dans le maintien des colonies illégales israéliennes et d’autres violations graves des droits humains

Bien qu’Israël se transforme en un régime d’extrême droite assumée, particulièrement avec l’actuelle intensification de sa brutale occupation et répression militaire, et en dépit de sa rhétorique, l’Union Européenne (UE) ne parvient pas à respecter ses obligations légales devant le droit international à l’encontre du régime colonial d’Israël. Et elle demeure largement complice du maintien et de la faisabilité de l’occupation et des violations israéliennes des droits des Palestiniens. Seule une pression efficace de la société civile européenne peut mettre fin à cette complicité de l’UE, et donc contribuer de manière significative à la poursuite d’une paix juste et durable dans notre région.

Les graves brèches qu’Israël porte au respect du droit international, entraînent des obligations légales pour l’UE, le partenaire commercial le plus important d’Israël, ainsi que pour ses états membres. Comme il est réitéré dans la décision de 2004 de la Cour Internationale de Justice, afin d’assurer le respect du droit international humanitaire et du droit du peuple palestinien à exercer son auto-détermination, les états doivent s’abstenir de tout acte qui entraînerait la reconnaissance de l’entreprise coloniale d’Israël et d’apporter toute forme d’assistance au maintien de la situation illégale qui en découle.

En commerçant avec les colonies illégales israéliennes et en soutenant les entreprises impliquées dans les colonies, l’UE viole à la fois l’obligation de non-reconnaissance et celle de non-assistance, comme défini par le HCNUDH.

L’UE maintient un réseau de relations militaires, de recherches en armement, de transactions bancaires et de commerce dans les colonies avec des entreprises, banques et institutions israéliennes qui sont profondément impliquées dans des violations des droits humains.

Par exemple, l’UE importe des produits des colonies israéliennes pour une valeur annuelle estimée à 300 millions de dollars. Cela représente plus de 17 fois la valeur moyenne annuelle de produits palestiniens importés par l’UE entre 2004 et 2014.

Dans le cadre de son programme de recherche Horizon 2020 l’UE a approuvé plus de 200 projets avec des entreprises israéliennes, comme Elbit Systems et Israel Aerospace Industries, qui sont accusées de sérieuse complicité dans les crimes de guerre et potentiels crimes contre l’humanité d’Israël. Un autre bénéficiaire israélien des financements de l’UE est l’Université Technion, une plaque tournante du développement de l’armement israélien utilisé pour perpétrer des crimes contre les civils palestiniens.

Les banques européennes continuent leurs relations d’affaires avec les banques israéliennes, malgré le rôle central de ces dernières dans le financement, l’approvisionnement de services des colonies illégales israéliennes ou, tout au moins, dans leur soutien. Un récent rapport de Human Rights Watch conclue que “les entreprises ne peuvent pas remplir leur obligation de respecter les droits humains tout en continuant de mener des activités à l’intérieur de ou au profit des colonies.”

Malgré les pressions exercées par des centaines de syndicats et ONG de la société civile européenne ainsi que plus de 60 eurodéputés, l’UE s’obstine à refuser de faire appliquer la clause des droits humains dans son Accord d’Association avec Israël. Ceci continue même après qu’un rapport légal ait été publié l’année dernière par une agence de l’ONU concluant qu’Israël a établi un régime d’apartheid contre la totalité du peuple palestinien. Il est important de rappeler, que l’apartheid est le deuxième crime contre l’humanité le plus grave selon le droit international.

Si les droits des Palestiniens sont perçus aujourd’hui comme le “critère déterminant pour les droits humains,” comme le décrit John Dugard, l’éminent juriste sud-africain, l’UE échoue sur ce critère. N’étiqueter que certains des produits illégaux des colonies israéliennes au lieu de tous les interdire est perçu par les Palestiniens comme un autre échec de l’UE à faire respecter le droit européen et international.

Bien que l’UE continue de voter dans son ensemble le soutien des résolutions de l’ONU pour le respect des droits fondamentaux des Palestiniens, y compris le droit au retour des réfugiés palestiniens, et considère toujours illégales les colonies israéliennes, ces positions ne sont pas traduites en mesures effectives qui mettent Israël face à ses responsabilités.

A l’inverse, l’UE a rapidement prit des sanctions contre la Russie après que cette dernière ait prit le contrôle de la Crimée, ce qui est peu comparé aux cinquante années d’occupation militaire par Israël de Gaza et de la Cisjordanie, dont Jérusalem Est. Rien ne peut justifier cette hypocrisie.

Le gouvernement d’extrême droite israélien se dévoile

Tandis que le régime d’Israël s’associe de plus en plus ouvertement à l’extrême droite mondiale, y compris à des groupes suprémacistes blancs et antisémites aux États-Unis et en Europe et qu’il devient le modèle de la politique xénophobe de Trump par le profilage ethnique, l’interdiction des musulmans et des réfugiés, et le mur raciste avec le Mexique, sa popularité s’effondre. Un récent sondage de la BBC montre qu’Israël a le quatrième taux de popularité le plus bas parmi de nombreux pays, avec plus de 60% du public au Royaume Uni, en France et en Espagne qui en a une mauvaise image.

De plus en plus de personnes de conscience à travers le monde, y compris les contribuables d’états qui continuent d’armer Israël, comme les Etats-Unis, l’Allemagne, le Royaume Uni, l’Italie et la France, reconnaissent et agissent selon leur devoir moral pour mettre fin à la complicité de leurs gouvernements respectifs aux crimes d’Israël.

Les Juifs américains et le public étatsunien en général soutient de plus en plus le fait de mettre Israël face à ses responsabilités, et cela est crucial. Un sondage de 2014 du J Street montre que 46 pourcents des hommes juifs américains non-orthodoxes ayant moins de quarante ans soutiennent un boycott total d’Israël pour mettre fin à l’occupation. Une étude de Brookings Institution de 2016 révèle que près de la moitié des Américains sont pour qu’il soit imposé des sanctions à Israël pour qu’il mette fin à sa colonisation illégale.

Avec l’incomparable loyauté de la Maison Blanche de Trump et du Congrès à sa politique extrémiste, le régime israélien d’occupation, de colonisation de peuplement et d’apartheid est devenu tellement ivre de pouvoir qu’il a fait tomber son vieux masque élimé de démocratie, se dépouillant du vernis de la “solution à deux états” et chérissant la montée au pouvoir de Trump comme une opportunité rare d’enterrer le droit des Palestiniens à l’auto-détermination.

Le gouvernement israélien le “plus raciste” de son histoire, perpétue de graves crimes contre le peuple indigène de Palestine avec une arrogance et une impunité sans précédent, aliénant le courant libéral occidental, qui a formé pendant des décennies l’épine dorsale de ses soutiens en occident en le protégeant de rendre des comptes devant le droit international.

Israël intensifie l’expropriation de terres et la construction de son mur et de ses colonies illégales en Cisjordanie occupée, particulièrement à Jérusalem Est.

Israël resserre son siège mortel sur Gaza qui dure depuis plus de dix ans et qui prive deux millions de Palestiniens d’accéder aux besoins de base, même à des crayons de couleurs ou à des instruments de musique. Pendant ce temps, Israël compte les calories par personne qu’il autorise sur le territoire pour maintenir les Palestiniens au bord de la famine, ou pour les mettre “au régime,” comme l’avait un jour admit un haut fonctionnaire israélien. En conséquence de quoi, l’ONU prévoit que Gaza sera invivable en 2020.

Israël est en train de pérenniser ce que même le Département d’état des États-Unis avait une fois décrit comme un système de “discrimination institutionnelle, légale et sociétale” contre les citoyens palestiniens de l’Israël contemporain, mis en pratique par plus de soixante cinq lois racistes. L’année dernière, les forces armées israéliennes ont démoli le village bédouin d’Umm al-Hiran dans le Naqab (Néguev) afin de construire, sur ses ruines, une nouvelle colonie, réservée aux Juifs, sinistrement appelée “Hiran.”

Israël continue aussi de refuser les droits internationalement reconnus des Palestiniens en exile, principalement des réfugiés, qui représentent 50 pourcents des Palestiniens.

A la lumière de cette Nakba permanente, et étant donné l’échec de la communauté internationale, sous la domination des Etats-Unis et de l’Union européenne, à faire respecter les droits des Palestiniens selon le droit international, le mouvement BDS pour les droits des Palestiniens a été lancé en 2005 par la plus large coalition de la société civile palestinienne. Ce mouvement appelle à mettre fin à l’occupation israélienne en place depuis 1967, à mettre fin à son système de discrimination raciale légalisée et à faire respecter, comme stipulé par l’ONU, le droit au retour des réfugiés palestiniens dans les maisons et sur les terres desquelles ils ont été déracinés et dépossédés depuis la Nakba de 1948.

Ces trois droits fondamentaux correspondent aux trois principales composantes de la population palestinienne : les Palestiniens de la Bande de Gaza et de la Cisjordanie occupées, dont Jérusalem Est (38% de la population palestinienne, selon les statistiques de 2016); les Palestiniens citoyens d’Israël (12%); et ceux en exile (50%). Plus des deux tiers des Palestiniens sont réfugiés ou déplacés à l’intérieur de leur propre pays.

Ancré dans la Déclaration universelles des droits humains, le BDS s’est toujours catégoriquement opposé à toutes les formes de discrimination raciale, y compris à l’antisémitisme, au racisme contre les Noir.e.s et à l’islamophobie. Le mouvement BDS soutient que l’identité de chacun.e ne devrait jamais réduire son accès aux droits. Par conséquent, le BDS cible la complicité et non l’identité.

Prétendre que boycotter Israël est intrinsèquement anti-juif est non seulement faux, mais c’est aussi supposer qu’Israël et « les Juifs » sont une seule et même chose. Ceci est aussi absurde et sectaire que d’affirmer que le boycott d’un pays qui se définit comme islamique, comme l’Arabie Saoudite, à cause de ses horribles forfaits contre les droits humains, sa discrimination légalisée contre les femmes, ou ses crimes de guerre au Yémen, serait nécessairement islamophobe.

Puisqu’il n’y a rien de juif dans le blocus, le nettoyage ethnique ou l’oppression imposés par Israël, il n’y a alors rien d’intrinsèquement anti-juif concernant cette lutte non-violente et morale pour les droits humains et pour mettre fin à ce système d’injustice. Le soutien au BDS grandit considérablement au sein des jeunes générations de Juifs, dans le monde entier, avec des militants BDS juifs israéliens qui jouent rôle de plus en plus important au sein du mouvement.

BDS s’inspire beaucoup de ses relations inter-sectionnelles avec des mouvements défendant les droits des réfugié.e.s, des migrant.e.s, des femmes, des Noir.e.s, des Musulman.e.s, des nations indigènes et des communautés LGBTQI, ainsi qu’avec le mouvement pour une justice climatique.

Le mouvement BDS est soutenu par un quasi consensus dans la société palestinienne. Le mois dernier, l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP), l’unique représentant légitime du peuple palestinien, a déclaré son soutien au BDS et a appelé à des sanctions contre Israël.

L’impact du BDS

L’impact stratégique du mouvement non-violent du BDS pour les droits des Palestiniens est aujourd’hui reconnu par l’establishment israélien.

En décembre dernier, Lorde, la célèbre chanteuse néo-zélandaise, a annulé son concert à Tel-Aviv, devenant l’artiste de sa génération la plus connue et plus courageuse à respecter la ligne du boycott culturel palestinien. En réponse à une horrible campagne de diffamation à son encontre par des personnalités du lobby israélien aux États-Unis, plus d’une centaine d’artistes célèbres, y compris des stars d’Hollywood, ont signé une lettre la soutenant dans le Guardian.

Parmi les vingt-six nominé.e.s aux Oscars en 2016 qui se virent offrir des voyages luxueux de propagande par le gouvernement israélien, aucun n’a jusqu’à présent accepté l’offre.

Plusieurs des églises les plus importantes aux Etats-Unis, dont l’Église Méthodiste Unie, l’Eglise Presbytérienne et l’Église Unie du Christ, se sont retirées des banques israéliennes ou d’entreprises internationales complices, comme Caterpillar, HP, ou G4S, à cause de leur implication avec l’occupation israélienne.

Même avant que l’ONU ne publie sa liste des entreprises impliquées dans les colonies illégales israéliennes, de grandes sociétés multinationales, comme Veolia, Orange, CRH et G4S, essuyaient déjà des pertes financières et/ou de notoriété majeures ces dernières années. Cela à cause de campagnes BDS efficaces à travers l’Europe, les États-Unis, le monde arabe ou l’Amérique Latine. Ce qui eu pour résultats la fin de toutes ou de la plupart de leurs implications dans les violations israéliennes du droit international. Hewlett Packard (HP) fait face à une campagne BDS mondiale à effet boule de neige, avec de nombreuses églises américaines et le Syndicat National de l’Enseignement (NUT) au Royaume Uni qui revendiquent ne plus travailler avec HP.

Des fonds d’investissements internationaux majeurs en Norvège, Hollande, Danemark et ailleurs ont retiré leurs investissements des banques israéliennes ou d’entreprises internationales impliquées dans les violations israéliennes des droits humains.

La municipalité de Barcelone a annoncé en 2017 des mesures pour mettre fin à la complicité avec l’occupation israélienne, suivant des dizaines de conseils municipaux à travers l’Espagne qui, ces deux dernières années, se sont déclarés “Zones libres d’apartheid israélien”.

De grandes fédérations syndicales internationales, comme le LO norvégien, ont rejoint le mouvement BDS en 2017.

Des associations universitaires et des dizaines de conseils étudiants aux Etats-Unis, au Royaume Uni, au Chili, en Afrique du Sud, au Canada, entre autres, ont voté pour diverses mesures de BDS.

La prestigieuse Université catholique de Leuven en Belgique a récemment annoncé son retrait du Law Train, un projet de recherche financé par l’UE particulièrement préoccupant, dont l’objectif était de développer des techniques communes d’interrogation des prisonniers, et cela en partenariat avec la police israélienne et le ministère israélien de la sécurité publique. Chacune de ces entités israéliennes ayant été accusées par les défenseurs des droits humains d’implication approfondie dans des assassinats extrajudiciaires et des tortures de prisonniers palestiniens, y compris des enfants, entre autres violations du droit international.

Le ministère portugais de la justice a été le premier à se retirer de se projet en Juillet 2016. Vingt-cinq éminents spécialistes en droit ont publié un avis juridique confirmant l’illégalité du projet Law Train du fait même de l’implication des entités israéliennes dans de graves violations du droit international.

Le nouveau maccarthysme israélien

Ayant perdu de nombreuses batailles d’opinion au sein de la population, Israël a adopté une nouvelle stratégie descendante en 2014 pour lutter contre le BDS, remplaçant son ancienne stratégie inefficace, luttant contre le mouvement uniquement par le “marketing” et une vaste propagande.

Évoquant les souvenirs du maccarthisme, la nouvelle stratégie israélienne emploie des instruments juridiques et d’espionnage grâce à d’énormes budgets afin d’affaiblir, ou même de faire interdire, la défense pacifique de BDS. Israël a même engagé un grand cabinet juridique pour intimider et mettre sous silence les militants BDS d’Amérique du Nord, d’Europe et d’ailleurs, passant les « limites de l’acte criminel », comme l’a averti un juriste israélien, lanceur d’alerte.

Un ministre du gouvernement israélien a établit “une unité de dénigrement” afin d’entacher l’image des défenseurs palestiniens, israéliens ou internationaux des droits humains au sein du mouvement BDS, tandis qu’un autre ministre nous a publiquement menacé d’“assassinat civil ciblé.” Amnesty International a condamné ces menaces.

Une loi israélienne anti-BDS interdit maintenant l’entrée sur le territoire aux organisations qui soutiennent le BDS ou qui défendent simplement un boycott sélectif ciblant les colonies israélienne. Le ministère israélien des affaires stratégiques, anti-BDS, travaille sur une “liste noire” des Israéliens actifs de près ou de loin avec le BDS.

Glenn Greenwald a décrit les tentatives d’Israël et de ses groupes de lobby de criminaliser la solidarité avec la Palestine, particulièrement les formes les plus efficaces du BDS, comme “la plus grande menace à la liberté d’expression en Occident.”

Le mouvement BDS gagne cependant des batailles remarquables contre le maccarthysme israélien. L’Union Européenne, les gouvernements de Suède, d’Irlande et de Hollande, les parlements de Suisse et d’Espagne, Amnesty International, la Fédération International pour les Droits de l’Homme (FIDH), Human Rights Watch, l’Internationale socialiste, l’Union américaine pour les libertés civiles (ACLU), entre autres, défendent tous le droit de boycotter Israël en tant que liberté d’expression.

L’ACLU, qui a qualifié l’application d’une loi anti-BDS au Texas de “violation flagrante du Premier Amendement [de la Constitution étatsunienne], qui rappelle les serments de loyauté de l’ère McCarthy,” a récemment remporté une victoire juridique, qui crée un précédent, dans une cour fédérale contre la loi anti-BDS de l’état du Kansas.

En 2016, Federica Mogherini, la cheffe de la diplomatie de l’UE, a déclaré :

L’UE veille énergiquement à protéger la liberté d’expression et la liberté d’association conformément à la Charte des Droits Fondamentaux de l’Union Européenne, qui s’applique sur le territoire des Etats membres de l’UE, y compris en ce qui concerne les actions BDS menées sur ce territoire.

Dans la même veine, le gouvernement hollandais a confirmé que la défense du BDS est protégée par la liberté d’expression, “inscrite dans la constitution hollandaise et dans la convention européenne sur les doits humains.” Il a également rejeté les appels aux sanctions contre le BDS pour les motifs qu’il impliquerait une “discrimination” contre Israël, affirmant que les “droits humains, y compris l’interdiction de la discrimination, a pour objectif de protéger les individus [et] groupes d’individus. Sur la base de la liberté d’expression il est permit d’appeler un gouvernement à prendre des sanctions contre un autre pays.”

En outre, en 2016, un coup majeur a été porté à la guerre juridique et répressive d’Israël contre le mouvement BDS par le communiqué révolutionnaire écrit par plus de 200 juristes de 15 pays européens, dont d’anciens juges de cours internationales, qui ont prit position en faveur du droit au BDS en déclarant :

Les états qui interdisent le BDS sapent ce droit humain fondamental et menacent la crédibilité des droits humains en dispensant un état particulier de défendre des mesures pacifiques conçues pour parvenir à sa conformité au droit international.

Conclusion

Bien que nous, les Palestiniens, appréciions le soutien de l’Europe vis-à-vis de notre détermination à rester sur notre terre, nous ne demandons pas la charité mais la solidarité. Au minimum, nous attendons de l’UE qu’elle ne nous cause pas du tort.

L’UE donne en moyenne 300 millions d’euros aux Palestiniens chaque année, ce qui finance largement l’occupation israélienne et sert à couvrir la constante complicité de l’UE dans le maintien de cette occupation. Par ailleurs, cette somme n’est rien à côté de ce que l’occupation coûte à l’économie palestinienne. Pendant la seule année 2010 cela revenait à environ 7 milliards de dollars, presque 85% du PIB palestinien total estimé.

Les Palestiniens exhortent les membres progressistes du Parlement européen, ainsi que des parlements nationaux à travers l’Europe et la société civile européenne à intensifier les pressions sur l’UE pour qu’elle remplisse ses obligations devant le droit international envers le peuple palestinien en, et c’est le minimum :

  1. Interdisant l’importation des produits israéliens et des entreprises qui opèrent illégalement dans les territoires occupés.
  2. Suspendant l’Accord d’association UE-Israël jusqu’à ce qu’Israël se conforme à son deuxième amendement, qui requiert le respect des droits humains.

3. Mettant en pratique les recommandations du Conseil européen sur les relations internationales pour mettre fin à toutes les transactions financières avec les banques israéliennes qui financent l’occupation israélienne, ce qui comprend le mur et les colonies.
4. Arrêtant d’envisager d’importer de l’électricité ou du gaz naturel israéliens étant donnés le pillage par Israël des ressources énergétiques palestiniennes et les graves risques légaux, financiers et sécuritaires qu’implique un tel engagement.

5. Imposant un embargo militaire bilatéral sur Israël, comme cela avait été fait contre l’apartheid sud-africain, y compris en mettant fin aux financements à toutes les entreprises et universités israéliennes impliquées dans la recherche militaire qui permet à Israël de commettre des crimes de guerre.
L’ancien leader anti-apartheid sud-africain, l’Archevêque Desmond Tutu, a un jour déclaré, “si vous êtes neutres dans les situations d’injustice, vous avez choisi le côté de l’oppresseur.” Loin d’être « neutre », l’UE permet à l’oppresseur de poursuivre ses injustices. Il est grand temps de mettre fin à cette complicité afin de préserver notre espoir qu’un jour nous pourrons vivre libres, dans la dignité, la justice et réellement en paix.

* Omar Barghouti est un défenseur palestinien des droits humains et co-fondateur du mouvement Boycott, Désinvestissement et Sanctions (BDS). Il est l’un des lauréats du Prix Gandhi Peace Award de 2017.

Source: BDS Movement

Traduction: L.Gr pour BDS France




Boycotter les productions culturelles de l’État d’apartheid à l’export, c’est aussi défendre les droits des artistes israéliens

 
José MoraguèsBien que les actions BDS soient d’abord et avant tout destinées à soutenir la lutte des Palestiniens, l’article qui s’adosse à la campagne de boycott d’un spectacle soutenu par le ministère de la culture israélien au théâtre municipal Jean Vilar à Montpellier, aborde – une fois n’est pas coutume – la question du boycott culturel du point de vue des intérêts des artistes israéliens. « L’art et la culture n’ont rien à voir avec la politique ». Tel était jusqu’à présent le principal argument contre le boycott culturel opposé au BDS. La politique de violations incessantes du droit international et des droits humains par l’État d’ Israël et la décision du président des États-Unis à propos de Jérusalem ont singulièrement terni l’image d’Israël et rendu sa défense difficile. Si bien que les opposants au boycott culturel ont opté pour le registre de la « liberté d’expression des artistes israéliens» et brandissent désormais la défense des œuvres dites « critiques ». Dans ce contexte certains-nes n’hésitent pas accuser BDS de « censeur », de « prendre en otage la culture » (les terroristes ne sont pas loin) et d’être « contre-productif » et pourquoi s’en priver … « de desservir la cause palestinienne » (sic).
Cet article rappelle les conditions d’application – mal connues – du boycott culturel et examine la nature de la liberté d’expression accordée par Israël aux produits culturels exportés. Il conclut que contrairement aux apparences, le boycott de ce type de produit culturel, défend la liberté d’expression des artistes israéliens face à la propagande d’État (hasbara).

Tout produit ou événement culturel soutenu à l’exportation par un organisme officiel israélien doit être boycotté

(Comité Palestinien pour le Boycott Académique et Culturel d’Israël – PACBI).

A Montpellier, au cœur du quartier populaire La Paillade (40 000 ha), le théâtre municipal Jean Vilar a programmé pour les 20-21 mars 2018 un spectacle israélien du chorégraphe Illel Kogan intitulé « We love arabs ». L’auteur est présenté comme « engagé », la pièce « porteuse d’un message de coexistence et de paix (…) une entreprise (réussie) de démolition du mur des préjugés (…) l’aboutissement d’un parcours indépendant, engagé et salutairement provocateur ». Bref, une pièce qui analyserait et dénoncerait les rapports de domination israéliens sur les Palestiniens.

Le directeur du théâtre déclare: « Concernant ‘We love arabs’, je n’ai pas pensé un instant que son financement par des subventions publiques israéliennes pouvait signifier une approbation de la politique du gouvernement israélien. Il faut avoir vu le spectacle pour comprendre à quel point ce n’est pas le sujet. Les démocraties, si imparfaites soient-elles, financent des projets artistiques qui parfois les remettent en cause (…) »

En deux phrases ce directeur déclare qu’Israël est une démocratie et par là même évacue la responsabilité politique et morale de la collaboration du théâtre municipal avec un État d’apartheid tout en affirmant que le contenu du spectacle s’oppose à la politique israélienne.

Dans un courrier adressé au même directeur dès le 10 octobre 2017, BDS France-Montpellier écrivait : « (…) ce ne sont ni l’artiste, ni le spectacle qui sont en cause dans notre démarche, pas plus que la sincérité probable de votre positionnement critique à l’égard de la politique israélienne.(…) » et d’ajouter dans un tract diffusé aux spectateurs-trices du théâtre : « Ce n’est pas la citoyenneté israélienne de l’artiste et encore moins sa «nationalité juive » (1), qui motivent notre réaction, mais le fait que ce spectacle soit soutenu par le ministère de la culture israélien. » (2) Ce soutien est l’élément déterminant qui a conduit la Campagne BDS France – Montpellier à déclencher, après consultation et accord du BDS palestinien, la demande d’annulation et le boycott de ce spectacle.

Le boycott culturel ne s’oppose ni aux produits culturels, ni aux artistes mais à la « hasbara » de l’État d’apartheid israélien

En effet, le BDS palestinien, boycott culturel inclus, : « (…) souscrit à la définition acceptée internationalement de la liberté d’expression, telle que stipulée au pacte international des Nations Unies relatif aux droits civiles et politiques ». Contrairement au boycott culturel sud-africain, « il est institutionnel et ne cible pas les personnes en tant que telles » « il rejette par principe les boycotts des personnes basés sur leur identité (comme leur citoyenneté, race, sexe ou religion). » (Directives PACBI.). Ainsi, le financement à la production de produits culturels par l’État d’Israël n’est pas en soi cause de boycott. Par contre le financement et le soutien à la diffusion, distribution de ce produit culturel à l’exportation par un organisme d’État est cause de boycott (point 3 des « directives du PACBI).

Pour la bonne raison que le soutien d’un organisme officiel israélien signifie que le produit culturel exporté est intégré dans la « Hasbara » gouvernementale. Le terme hébreu d’hasbara signifie « explication » et désigne l’ensemble de la propagande israélienne destinée à l’étranger.

Début 2009, juste après l’agression militaire israélienne contre Gaza, Arye Mekel du Ministère des Affaires étrangères déclarait : « Nous enverrons à l’étranger des romanciers et des écrivains connus, des compagnies théâtrales, des expositions… Nous montrerons ainsi une meilleure image d’Israël, pour ne plus être perçus comme un pays en guerre. »

De même, Nissim Ben Sheetrit, haut responsable des Affaires étrangères : «Nous considérons la culture comme un outil de premier ordre pour la hasbara [propagande]. En ce qui me concerne je ne fais aucune différence entre la hasbara et la culture.»

Tout récemment le même Ben Sheetrit définit ainsi le rôle de la Division des Affaires Culturelles et Scientifiques du ministère des Affaires étrangères (DCSA) qui est : «(…) d’utiliser les productions culturelles israéliennes pour atteindre les objectifs politiques de l’État d’Israël. C’est d’autant plus nécessaire face aux défis auxquels doit faire face l’État d’Israël confronté à l’expansion des actions de délégitimation et de boycott (…) Utiliser la culture israélienne comme un reflet positif de l’État d’Israël est un moyen pour développer et renforcer les liens diplomatiques. Pour nous, renforcer une image positive d’Israël est un but en soi (…) ».

La hasbara est désormais orchestrée par un dispositif interministériel directement sous les ordres du premier ministre. «Au printemps 2015 B. Netanyahou a créé pour le ministre de la Sécurité Intérieure, Gilad Erdan, le poste supplémentaire de ministre des Affaires stratégiques et de Diplomatie publique, chargé de la lutte contre le BDS.» (3) Doté de 30 millions d’euros pour 2016, Gilad Erdan s’est alors engagé à mener une « stratégie de défense et d’attaque » contre le BDS, caractérisé, au même titre que l’Iran, de « menace stratégique de premier ordre », de «menace existentielle ».

Photo : BDS34

A ces fins, les événements, produits culturels et artistes sont instrumentalisés pour promouvoir une image attrayante destinée à masquer le visage hideux de l’apartheid, du racisme, de la colonisation, des crimes de guerre, des emprisonnements d’enfants, de la torture, du blocus inhumain de 2 millions d’habitants-tes de la Bande de Gaza, des violations du droit et des droits humains depuis plus de 70 ans… Le boycott culturel s’oppose à cette instrumentalisation, à cette vaste opération de propagande bien planifiée.

Une liberté d’expression « conditionnelle » des artistes est la rançon du financement et du label : «soutien de l’État israélien»

Dès 2008, un article du quotidien israélien Haaretz dénonçait les dessous de l’affaire. Il révèle que les artistes qui demandent le soutien du ministère de la culture pour l’exportation de leurs réalisations à l’étranger doivent signer un contrat spécial et très confidentiel avec le ministère de la culture. Ce contrat stipule « (…) qu’il ne devra pas se présenter comme un agent, émissaire ou représentant du ministère » mais qu’il s’engage en tant que prestataire « à fournir des services de qualité au ministère » pour « promouvoir les intérêts politiques de l’État d’Israël à travers la culture et les arts, en contribuant à créer une image positive d’Israël ».

Cela signifie que le gouvernement israélien détermine très précisément les limites de la liberté d’expression des artistes à l’étranger. On peut dès lors légitimement s’interroger sur « l’indépendance », « l’engagement » et même l’«éthique » des artistes qui acceptent de se produire dans ce système de «liberté d’expression conditionnelle » tout autant que sur la nature du contenu « critique » des œuvres qui toutes ont été validées par les services de la propagande d’État, de la censure d’État. Bon gré, mal gré, ceux-celles qui signent ce contrat en échange de soutiens financiers et du label « soutien par le ministère de la culture » acceptent de rentrer dans ce système de liberté d’expression « conditionnelle ».

Aussi quand les opposants au boycott de « We love arabs » mettent en avant le fait que la pièce est critique par rapport à la politique israélienne il est aisé de répondre que c’est une critique conforme aux seuils fixés par le gouvernement. Mieux encore, c’est justement ce genre de produit culturel d’apparence – critique- qu’affectionne tout particulièrement la Division des affaires Culturelles et Scientifiques du ministère des affaires étrangères (DCSA). Quelle meilleure image de « démocratie » et de « liberté artistique» pour Israël que de pouvoir se vanter de subventionner une production culturelle qui critique le gouvernement et sa politique ! C’est ainsi que l’État d’Israël transforme une œuvre culturelle en un produit de propagande et un artiste contestataire en un vecteur de la propagande officielle d’un État colonial et d’apartheid.

Israël attaque les œuvres exportées à l’étranger qui le dérangent

L’exemple est récent. Le ministère des affaires étrangères israélien vient d’ordonner à son ambassadrice à Paris de boycotter l’inauguration du 18 ème festival du cinéma israélien qui se tiendra à Paris du 13 au 23 mars 2018. Motif : le film choisit pour l’ouverture du festival, « Foxtrot », du réalisateur israélien Samuel Maoz. Film qui a pourtant obtenu le Lion d’argent Grand Prix du Jury à la Mostra de Venise en 2017. Foxtrot avait déjà déchaîné la colère de la ministre de la culture Miri Regev car il montre un soldat israélien abattre un Palestinien à terre et désarmé rappelant l’événement réel survenu en mars 2016 à Hébron. Un jeune infirmier franco-israélien faisant son service militaire en Israël a abattu de sang froid un Palestinien blessé et déjà au sol. Ce meurtre odieux dénoncé par les médias internationaux avait contribué à dégrader un peu plus l‘«image positive » d’Israël que la hasbara s’efforce tant de promouvoir à l’étranger.

La même Miri Regev, a entrepris depuis sa nomination en 2015, la mise au pas des artistes « déloyaux » à l’égard d’Israël. «Un État sain doit délivrer un message clair sur ses valeurs ainsi que sur sa culture, et ne doit pas financer ceux qui travaillent à le renverser» a-t-elle conclu son intervention commencée par « arrêtez-vos conneries » lors d’une conférence pour artistes et intellectuels organisée par le quotidien Haaretz en mars 2016.

Photo : BDS34

Il y a critique et critique et les apparences sont parfois trompeuses !

Le film Foxtrot aborde également les difficultés émotionnelles de deux générations de jeunes Israéliens ayant participé à l’occupation des territoires palestiniens durant leur service militaire. Ce volet en apparence « antimilitariste », « critique » à l’égard d’Israël et dont le public européen est friand, n’est pas pour déplaire au pouvoir israélien. En 2009, juste après la guerre contre Gaza, Shimon Peres déclarait aux professionnels du cinéma israélien : « (…) Malgré le boycott culturel international, des films réalisés après la guerre du Liban, comme Beaufort, Valse avec Bashir, ou Lebanon (même réalisateur que Foxtrot, ndlr) ont obtenu de grands succès, non pas en tant que films de guerre, mais en tant qu’œuvres relatant des histoires personnelles qui soulèvent des dilemmes humains difficiles ». La directrice de l’école de cinéma de Maale, pourtant proche des milieux nationaux religieux, défend également ces films souvent accusés d’anti-patriotisme en Israël : « Les intrigues de ces films montrent que nos soldats aussi ont des sentiments. On voit des être humains et pas des bourreaux. Ils sont humanisés. Ainsi les spectateurs étrangers comprennent les dilemmes de nos combattants. Montrer les incertitudes de nos soldats, ça sert la cause d’Israël. » (4)

C’est ainsi que se retrouvent piégés des directeurs-trices de salle qui, croyant ouvrir la porte à une saine critique de la politique israélienne ou au soutien du peuple palestinien, se retrouvent instrumentalisés-ées au service de la hasbara israélienne. Piégés-ées également les spectateurs-trices dans un débat gauche/droite israéliennes, toutes deux sionistes, opposées au BDS et à mille lieux, l’une comme l’autre des intérêts du peuple palestinien. En témoigne cette interview de Samuel Moaz, réalisateur de Foxtrot dans « Los Angeles times » du 19 septembre 2017 où on peut lire : « (face à) Miri Regev, qui le condamne comme acte de trahison. Moaz s’est moqué de la condamnation et a déclaré que le gouvernement de droite ferait mieux d’embrasser le film, qui a été financé par le fonds de film officiel du gouvernement. « Elle a dit que je fais de la mauvaise publicité, mais il n’y a rien de mieux pour le gouvernement israélien que de montrer qu’il est prêt à se critiquer », a déclaré Maoz ». Confirmant ainsi la stratégie de la hasbara gouvernementale.

S’opposer au boycott culturel revient à soutenir la censure israélienne

Se pose la question de la responsabilité de celles et ceux qui persistent à passer convention et programmer des spectacles ou autres événements culturels soutenus par des organismes officiels israéliens.

N’est-ce pas tromper le public que de promouvoir ces produits labellisés en mettant l’accent- comme c’est le cas avec « We love arabs »- sur son contenu prétendument critique à l’égard d’Israël ?

Distribuer ces produits, n’est-ce pas cautionner, voire se rendre complice de ce système d’État qui organise et planifie l’atteinte à la liberté d’expression des artistes israéliens-nes ? qui en fait des instruments de sa propagande ?

Pourquoi ne pas refuser systématiquement tout produit ou événement culturel soutenu par un organisme officiel israélien et inviter les artistes israéliens-nes indépendants-tes, les produits culturels hors contrat avec les organismes officiel israéliens ?

Ce boycott bien ciblé serait à la fois un formidable soutien à la lutte palestinienne et tout autant un soutien à une réelle liberté d’expression des artistes israéliens muselés par le système des contrats à l’export du ministère de la culture.

Notes:

(1) La nationalité israélienne n’existe pas en Israël qui se définit en tant que « nation juive ». La « nationalité juive » est réservée aux juifs, elle leur accorde des droits « nationaux » spécifiques, dont ne bénéficient pas les citoyens –non juifs – d’Israël (La loi du retour par ex.). C’est une des discriminations caractéristiques du système d’apartheid.
(2) Le soutien est mentionné en toutes lettres dans le programme : «Spectacle soutenu par le ministère de la culture israélien».
(3) « Un boycott légitime, pour le BDS universitaire et culturel de l’État d’Israël ». E. Sivan, A. Laborie. La fabrique2016, p. 29.
(4) Un boycott légitime, p.101.

J.L Moraguès* José-Luis Moraguès, Docteur en Psychologie clinique et militant BDS, est  un des porte parole du très actif Comité BDS France 34 (Montpellier). Il a été un des animateurs de la Coalition contre Agrexco qui a remporté la première victoire de boycott contre le géant colonial Agrexco-Carmel. Il est également membre du MAN (Mouvement pour une Alternative Non-violente). Il peut être joint à : jlmoragues@gmail.com

 

Article publié par Chronique de Palestine

 




Un festival de propagande israélienne annulé dans une université française

 

 

Par Ali Abunimah, Electronic Intifada

Les militants célèbrent une victoire pour les droits des Palestiniens après qu’un festival faisant la promotion d’Israël ait été annulé à l’université de Lille, dans le nord de la France, la semaine dernière.

Pendant ce temps, le gouvernement continue d’être complice des colonies israéliennes en Cisjordanie occupée, qu’il prétend dénoncer.

Le festival Escale en Israël devait se dérouler du 14 au17 Février, avec des conférences, de la musique, des films, des dégustations de vins et de gastronomie. Il était sponsorisé par l’université et plusieurs entreprises privées.

En apparence organisé par des étudiants de commerce de l’université, le festival faisait aussi partie de la Saison France-Israël 2018, une série d’évènements de propagande soutenu par l’Institut Français, la branche culturelle du gouvernement français à l’international, en collaboration avec Israël.

La Saison France-Israël a pour objectif de célébrer les 70 ans du nettoyage ethnique de la Palestine en 1948, qui servit à créer « l’état juif » sur les ruines des vies, des villages et des villes des Palestiniens.

La branche locale de l’Association France Palestine Solidarité (AFPS) a écrit au président de l’université pour demander l’annulation du festival Escale en Israël.

L’association écrit que “bien qu’il prétend avoir lieu à des fins culturelles,” le festival “masquerait les crimes régulièrement commis par cet état colonial, à Jérusalem, en Cisjordanie, à Gaza ou à l’intérieur même d’Israël.”

Deux professeurs ont également écrit au président, exhortant l’université d’annuler un festival qui a pour objectif de “blanchir la politique israélienne d’apartheid et de colonisation.”

L’AFPS a appelé à manifester sur le campus le soir où le festival devait commencer.

Des militants sont venus avec des drapeaux palestiniens et des posters demandant la libération d’Ahed Tamimi, l’adolescente victime d’un simulacre de procès par les autorités militaires israéliennes pour avoir giflé et bousculé des soldats d’occupation lourdement armés après que l’un d’entre eux ait tiré sur son cousin, à la tête.

D’autres tenaient des posters soutenant Salah Hamouri, le défenseur franco-palestinien des droits humains qui est emprisonné par Israël sans charge ni procès depuis le mois d’Août.

Réalisant qu’ils faisaient face à une opposition déterminée de défenseurs des droits humains, les organisateurs du festival décidèrent d’y mettre fin.

“Les manifestants nous ont dit qu’ils viendraient protester à chacun de nos évènements, alors nous avons décidé d’arrêter,” a déclaré à la presse Gaëlle Robin, une étudiante en marketing qui avait aidé à l’organisation du festival pro-israélien. “Nous ne voulions pas créer plus de polémique à ce sujet.”

BDS France, un groupe militant qui soutient la campagne de boycott, désinvestissement et sanctions pour les droits des Palestiniens, a qualifié l’annulation “de belle victoire contre la normalisation de l’apartheid israélien.”

La colère de l’ambassade israélienne

L’ambassadrice d’Israël à Paris, Aliza Bin Noun, a exprimé son indignation et a demandé la condamnation par les dirigeants français des étudiants et des professeurs qui soutiennent les droits des Palestiniens.

Dans une lettre ouverte au président de l’université de Lille, Mme Bin Noun affirme que le mouvement BDS est illégal en France et que l’annulation “nourrit l’incitation à la violence et à la haine d’Israël.”

La demande de Mme Bin Noun aux autorités est compréhensible puisqu’il semblerait qu’en France, comme dans d’autres pays, les jeunes gens sont bien plus ouverts aux droits des Palestiniens que les élites de l’état, alignées sur Israël.

Mme Bin Noun le sait pour s’y être confrontée : en Mars dernier une grande partie des étudiants de la prestigieuse université de Sciences Po Rennes ont quitté leur amphi alors que l’ambassadrice donnait une conférence sur leur campus, scandant “Liberté pour la Palestine.”

L’assureur contesté

Un autre signe qui montre que les militants français ne se laissent pas museler par la main de fer des autorités est qu’ils ont manifesté dans une dizaine de villes plus tôt ce mois-ci devant les bureaux du géant de l’assurance basé en France, AXA.

Ceci fait partie d’une campagne en cours pour exiger de l’entreprise qu’elle se retire des banques israéliennes qui sont impliquées dans la construction des colonies illégales israéliennes sur les terres palestiniennes occupées.

Le soutien de la France à l’économie des colonies israéliennes

Alors que les défenseurs des droits humains en France continuent de dénoncer la complicité de leur pays avec le régime d’occupation et de colonisation d’Israël, leurs dirigeants continuent de la renforcer.

Ce mois-ci, l’ambassade de France à Tel-Aviv s’est encore une fois associée à la chaîne de supermarchés Shufersal dans le cadre de la semaine “So French So Food”, une “célébration” de la gastronomie en Israël, soutenue par le gouvernement français.

Les magasins Shufersal mettent en vue des produits français, soulignant bien que la promotion est “en coopération avec l’ambassade de France.”

Lors des mêmes promotions en 2016, ces publicités étaient présentes aussi dans les magasins Shufersal des colonies israéliennes en Cisjordanie occupée.
Toutes les colonies israéliennes sont illégales selon le droit international et la France, comme d’autres pays européens, affirme les rejeter.

Mais cette photo prise la semaine dernière par un militant israélien montre bien les promotions soutenues par le gouvernement dans le magasin Shufersal, au 17 Tzvia ve Yitzhak Street de la colonie Gilo (voir plus bas).

On sait depuis longtemps que l’entreprise Shufersal tire profit de la colonisation, et la presse israélienne a rapporté qu’elle figure parmi les centaines d’entreprises de la liste des Nations Unies de compagnies faisant du commerce dans les colonies illégales.

Shufersal possède des branches dans les colonies à travers la Cisjordanie, y compris Jérusalem Est occupée, selon Who Profits, une association qui fait des recherches sur les entreprises complices de l’occupation militaire et de la colonisation israélienne.

Shufersal achète et distribue également des produits des colonies.

Un ministre hollandais démissionne

En fin d’année dernière, l’ambassade hollandaise à Tel-Aviv a signé un partenariat similaire avec l’entreprise dans les colonies.

Questionné sur le sujet par des députés, le ministre hollandais des affaires étrangères, Halbe Zijlstra, a trompé le parlement en affirmant que la promotion chez Shufersal ne concernait pas les colonies. Des photos montrent le contraire.

Une lettre obtenue par des parlementaires discrédite encore plus l’affirmation de Zijlstra que l’ambassade de Hollande avait découragé les entreprises hollandaises d’opérer dans les colonies de Cisjordanie lorsqu’elle leur a demandé de participer à la promotion de Shufersal.

Des parlementaires ont soumit des questions complémentaires, mais Zijlstra ne sera pas tenu responsable en tant que ministre des affaires étrangères.

Il a démissionné de son poste plus tôt ce mois-ci après avoir admit qu’il avait menti en disant avoir assisté à une rencontre avec Vladimir Poutin en 2006 lors de laquelle, affirmait Zijlstra, le président russe auait exposé une stratégie d’expansion de la Russie.

Les représentants français semblent au moins aussi déterminés que leurs homologues hollandais à se soustraire à toute responsabilité.

Interrogé sur les raisons d’un nouveau partenariat entre la France et une des principales entreprises qui tirent profit de la colonisation, une source diplomatique française a déclaré à The Electronic Intifada que le partenariat de l’ambassade avec Shufersal “ne constitue en aucun cas un soutien à l’activité des colonies.”

Les faits nous disent tout autre chose.

Traduction : Lauriane G. pour BDS France

Source : Electronic Intifada https://electronicintifada.net/blogs/ali-abunimah/israel-propaganda-festival-canceled-french-university




La réponse palestinienne à l’annonce des États-Unis de la reconnaissance de Jérusalem comme la capitale d’Israël

L’initiative illégale et anti-palestinienne de l’administration Trump inverse des décennies de politique officielle étatsunienne concernant Jérusalem et contredit le consensus international. La politique de Trump sur la Palestine souligne qu’il est plus que temps que le monde fasse concrètement pression sur Israël pour qu’il respecte les droits des Palestiniens en soutenant notre lutte pour nos droits et notre dignité.

5 Décembre 2017 — La nouvelle vient de paraître que le président Trump prévoit de reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël, et qu’il annoncerait sa décision demain.

Alors que nous attendons l’annonce officielle, nous imaginons déjà les potentielles répercussions. Toutes les factions palestiniennes ont appelé à des journées de protestations de masse.

Le Comité National BDS palestinien (BNC), la plus grande coalition de la société civile palestinienne, dirige le mouvement mondial de BDS pour les droits des Palestiniens, a déclaré :

Le projet déclaré du président étatsunien Donald Trump de reconnaître Jérusalem occupée comme la “capitale d’Israël” est une tentative épouvantable de la part d’une administration étatsunienne xénophobe et raciste, dont la propre légitimité est au mieux précaire, de donner une légitimité au contrôle illégal de la ville par Israël. L’initiative illégale et anti-palestinienne de l’administration Trump inverse des décennies de politique officielle étatsunienne concernant Jérusalem et contredit le consensus international.

Les Palestinien.ne.s, soutenu.e.s par l’absolue majorité du monde arabe et par des millions de personnes de conscience à travers le monde, n’accepteront pas cette dernière soumission au programme extrémiste d’Israël. Nous devons persister à obtenir nos droits prévus par l’ONU et à mettre fin au régime d’occupation, au colonialisme de peuplement et à l’apartheid israéliens grâce à la résistance populaire et au mouvement international de Boycott, Désinvestissement et Sanctions (BDS).

Comme Dr. Hanan Ashrawi, s’exprimant pour l’Organisation de Libération de la Palestine, l’a dit, l’administration Trump “est en train de saper l’état de droit international, ainsi que la réputation, la sécurité et les intérêts américains à travers le monde.”

Cette reconnaissance serait, jusqu’alors, la forme de complicité la plus grave de l’administration au renforcement du régime d’apartheid israélien à Jérusalem et à l’accélération de son nettoyage ethnique des indigènes Palestiniens de leur ville.

Cela encourage le gouvernement israélien et les colons illégaux à voler et à détruire davantage de maisons palestiniennes, à exproprier davantage de terre palestinienne et à révoquer les droits davantage de Palestiniens qui sont chez eux à Jérusalem.

Cette dernière initiative de l’administration Trump encourage également Israël à continuer d’empêcher la plupart des Palestiniens des territoires occupés d’entrer dans Jérusalem occupée, y compris pour nous rendre sur nos lieux saints musulmans et chrétiens dans la Vieille Ville, rendre visite à nos familles et amis, avoir accès à des soins médicaux, et faire des affaires. Cette initiative rend légitime la séparation de nombreux Palestiniens de l’un de leurs cœurs culturels, spirituels et politiques.

Cela démontre encore davantage les liens étroits et la vision fanatique du monde entre l’actuelle et irrationnelle administration étatsunienne et son homologue israélienne d’extrême droite. Les deux administrations incitent au racisme et à la xénophobie e et les exploitent et craignent pour leurs intérêts politiques. Cela alimente également la croyance des Israéliens d’extrême droite, y compris les élu.e.s du gouvernement, qu’ils peuvent continuer de régner indéfiniment sur des millions de Palestinien.ne.s sans leur accorder liberté ni droit.

La politique de Trump sur la Palestine souligne l’importance vitale du mouvement BDS pour obtenir la liberté, la justice et l’égalité des Palestinien.ne.s.

Pendant des décennies, les Etats-Unis ont soutenu, excusé et préservé Israël de rendre des comptes pour sa politique de nettoyage ethnique des Palestinien.ne.s, volant notre terre pour y construire des colonies réservées aux Juifs, et niant aux Palestiniens leurs droits devant le droit international à Jérusalem et ailleurs.

Alors qu’il s’engage à financer les agressions militaires et les crimes de guerre d’Israël à hauteur de 38 milliards de dollars sur 10 ans, le gouvernement étatsunien continue de restreindre les financements sociaux pour l’éducation, la santé, l’emploi, la protection de l’environnement et autres besoins de base aux Etats-Unis. Ces graves restrictions affectent les populations les plus marginalisées du pays, particulièrement les personnes de couleur. Ce qui souligne encore davantage le besoin urgent de connecter la lutte palestinienne pour la libération aux luttes pour la justice raciale, sociale, économique et environnementale aux Etats-Unis et au-delà.

Il est plus que temps que le monde fasse concrètement pression sur Israël pour qu’il respecte les droits des Palestiniens en soutenant notre lutte pour les droits et la dignité.

Rappels :

  • Jérusalem Est est reconnue par les Nations Unies comme une partie indissociable du territoire palestinien occupé, et aucun autre état dans le monde ne reconnait Jérusalem (Est ou Ouest) comme étant la capitale d’Israël.
  • L’annexion par Israël de Jérusalem Est est illégale selon le droit international. Lorsqu’Israël fit passer en 1980 une Loi Fondamentale qui déclarait Jérusalem, “complète et unie,” “capital d’Israël,” le Conseil de Sécurité de l’ONU adopta la Résolution 476 déclarant que les “mesures qui ont altéré le caractère géographique, démographique et historique ainsi que le statut de la Ville Sainte de Jérusalem sont nulles et non avenues et constituent une violation flagrante de la Quatrième Convention de Genève relative à la Protection des Personnes Civiles en Temps de Guerre et constitue également une obstruction grave à l’instauration d’une paix d’ensemble, juste et durable au Moyen-Orient.”
  • La Résolution 181 (II) de l’Assemblée Générale de l’ONU désigne Jérusalem comme un tout et ses environs comme “un corpus separatum sous un régime international spécial,” administré par l’ONU.
  • Depuis qu’il occupe militairement Jérusalem Est en 1967, Israël a dépouillé plus de 14 000 Palestinien.ne.s jérusalémites de leur droit à vivre dans leur ville natale. Israël a réclamé la ville et annexé sa partie Est lors d’une initiative maintes fois condamnée et jugée illégale par les Nations Unies et la communauté internationale. Israël délivre rarement à des Palestiniens les permis nécessaires pour pouvoir construire dans la ville, et soumet les Palestiniens à des pratiques violentes et racistes et à une discrimination généralisée quand il s’agit d’éducation et autres services municipaux.

Le Comté National BDS palestinien (BNC) est la plus grande coalition de la société civile palestinienne. Il dirige et soutient le mouvement mondial de Boycott, Désinvestissement et Sanctions pour les droits de Palestiniens.

Source: BNC

Traduction: L.Gr pour BDS France