Le Comité national palestinien du BDS condamne la création d’un groupe spécial israélien pour expulser les militants internationaux des droits de l’homme

BNC palestinien du BDS – 7 août 2016

Le Comité national palestinien du BDS, la plus large coalition de la société palestinienne, qui conduit le mouvement de Boycott, Désinvestissement et Sanctions (BDS) pour les droits des Palestiniens, condamne avec fermeté la création par Israël d’un groupe spécialement destiné à identifier les militants et les groupes internationaux du BDS, afin de leur interdire l’entrée dans le pays ou de les en expulser.

La décision de créer ce groupe spécial anti-BDS a été prise par le ministre des Affaires stratégiques, Gilad Erdan, et le ministre de l’Intérieur, Arye Dery. L’annonce intervient moins d’un mois après que cinq délégués états-uniens des droits de l’homme eurent été placés en détention et harcelés à l’aéroport international Ben Gourion d’Israël, le 17 juillet. Israël refuse régulièrement l’entrée à des étrangers en raison de leurs affiliations politiques sans rencontrer la moindre contre-mesure significative de la part des gouvernements à travers le monde.

Abdulrahman Abunahel, porte-parole du Comité national palestinien du BDS, a tenu ce commentaire :

« Expulser les militants BDS afin de les réduire au silence et de saper leur soutien de principe aux droits des Palestiniens n’est pas seulement anti-démocratique ; c’est aussi un incident de plus où Israël se tire lui-même une balle dans le pied. Contrairement à son objectif, nous nous attendons à ce que de tels actes d’une répression accrue stimulent le soutien de ces militants au boycott d’Israël, une fois rentrés dans leur pays. 

« Cette dernière arme dans l’intensification de la guerre juridique, d’espionnage et de propagande d’Israël contre le mouvement BDS pour les droits des Palestiniens est un indicateur formidable montrant comment le régime israélien d’occupation, de colonialisme de peuplement et d’apartheid est devenu prêt à tout et irrationnel dans ses tentatives ratées d’entraver l’impressionnante croissance du mouvement BDS à travers le monde.

« Après avoir échoué à contrer, ou même seulement réduire, l’impact indiscutable du BDS dans l’isolement de son régime brutale d’oppression, Israël tombe le masque. Il révèle au monde quel est son vrai visage, celui d’un État paria belliciste, et il a recours aux mêmes outils répressifs déployés par l’Afrique du Sud de l’apartheid à son stade ultime, avant que finalement, elle ne s’effondre.

« Nous saluons chaque personne de conscience à travers le monde qui a, de façon créative, passionnée et désintéressée, soutenu la lutte des Palestiniens pour nos droits inscrits dans la législation internationale. Nous sommes convaincus qu’en dépit de l’intensification de la répression par Israël, cette solidarité de principe contribuera de façon importante à la lutte pour la liberté, la justice et l’égalité des Palestiniens. »

https://bdsmovement.net/news/palestinian-bds-national-committee-condemns-creation-israeli-taskforce-deport-international

Traduction : JPP pour BDS FRANCE




Jouer ou ne pas jouer: pourquoi les raisons données par Carlos Santana pour ignorer le boycott d’Israël sont pour le moins douteuses

Plus de 400 artistes ont signé pour le boycott d’Israël. Alors pourquoi le guitariste militant n’emboîte-t-il pas le pas ?

DAVID PALUMBO-LIU

Depuis que le boycott culturel d’Israël a fait son apparition en 2006, un nombre croissant d’artistes, de musiciens et d’écrivains ont rejoint ce combat. Tout de suite après l’appel initial, quelque 94 artistes emmenés par le célèbre critique et écrivain britannique John Berger, avec les musiciens et compositeurs Brian Eno et Léon Russelson, les cinéastes Sophie Fiennes, Elia Suleiman et Haim Bresheeth, la documentariste Jenny Morgan; le chanteur Reem Kelani, les écrivains Arundhati Roy, Ahdaf Soueif et Eduardo Galeano ont appelé leurs collègues à ne pas se rendre ni exposer ni jouer en Israël. Berger a ajouté une remarque personnelle à l’appel :

Le boycott est une protestation active contre deux formes d’exclusion qui persistent, en dépit d’autres formes de protestation, depuis plus de soixante ans – presque trois générations.

Au cours de cette période, l’État d’Israël s’est constamment exclu de toute obligation internationale de tenir compte des résolutions de l’ONU ou du jugement de tout tribunal international. À ce jour, il a défié 246 résolutions du Conseil de Sécurité.

Une conséquence directe de cet état de fait est que sept millions de Palestiniens se sont vus dénier le droit de vivre comme ils le souhaitent sur une terre internationalement reconnue comme la leur ; et maintenant, chaque semaine qui passe les prive de leur droit à tout avenir en tant que nation.

Ici aux États Unis, des lauréats du prix Pulitzer, Alice Walker, Junot Diaz et Viet Thanh Nguyen, les musiciens Chuck D et Boots Riley, les journalistes Barbara Ehrenreich, Ben Ehrenreich, Naomi Klein et Dave Zirin et plus de 400 autres artistes, musiciens et auteurs ont endossé le boycott, tandis que Lauryn Hill et Pharrell Williams ont annulé leurs concerts en Israël. Pourtant, au moment d’écrire ces lignes, l’un des plus célèbres et influents musiciens des États Unis a refusé d’accepter le boycott, en dépit de ses positions progressistes sur bien des questions sociales.

Alors que chaque individu a bien sûr le droit et, certes, la responsabilité d’agir selon ce qui lui semble approprié, en fonction de ses convictions, deux éléments méritent d’être notés quant à la résistance de Santana au boycott culturel. Tout d’abord, Santana a démarré comme héros de la contre culture. Avec des orchestres comme Sly and the Family Stone, l’équipe originelle de Santana était remarquable par sa composition multiraciale et par la fusion tout aussi éclectique de différentes traditions musicales. À la fin des années 1960 et pendant les années 1970, de nombreux musiciens prenaient des positions politiques dans leur musique et leurs actions – en particulier autour de la guerre du Vietnam, des manifestations étudiantes, du black power et de diverses causes pour al libération. La musique et l’action politique étaient tournées vers l’extérieur, exploratoires, synthétiques, défiant les frontières et, dans bien des cas, militantes. Le chef d’œuvre de Marvin Gaye, What’s Going On (Qu’est ce qu’il se passe) était un appel à la conscience et à la solidarité. Gaye disait : « en 1969 ou 1970, je me suis mis à complètement revoir ce que je voulais que dise ma musique… J’ai été très affecté par les lettres que mon frère m’envoyait du Vietnam, aussi bien que par la situation ici, au pays. J’ai réalisé qu’il me fallait laisser de côté mes propres fantasmes si je voulais écrire des morceaux qui atteignent l’âme des gens. Je voulais qu’ils regardent ce qu’il se passait dans le monde ».

Santana n’est pas étranger au militantisme. Il est le fondateur de la Fondation Milagro (miracle) dont la croyance fondamentale est que « les enfants méritent partout de vivre en ayant pleinement accès à la santé, à l’éducation et à des opportunités de se développer comme êtres humains créatifs » il semble qu’il ait maintenant l’opportunité de faire une déclaration puissante en faveur des enfants palestiniens pour qu’ils aient juste droit à ça.

Mais, alors que ceux qui l’encouragent à respecter le boycott ont bien montré les nombreux et flagrants exemples de déni par Israël de la santé et de l’éducation aux enfants palestiniens, dans ce cas, Santana paraît être encore une personne « progressiste sauf dans le cas de la Palestine ». Apparemment, il a un sens spécial de ce que comporte le terme « partout » et de quels enfants méritent ces droits.

Sur la page d’accueil de la Fondation, ce message laconique :

« Carlos Santana est un citoyen du monde et il joue sa musique et diffuse son message d’Amour, de Lumière et de Paix partout où il va. Carlos croit que le monde ne devrait pas avoir de frontières, aussi n’est-il pas détourné ni découragé de jouer où que ce soit sur cette planète. Avec son orchestre, il a hâte de jouer en Israël cet été ».

Les représentants de Santana n’ont pas rappelé Salon pour d’autres commentaires.

Une fois de plus, il est décevant, pour ne pas dire plus, que Santana puisse prétendre que « le monde ne devrait pas avoir de frontières » lorsqu’en fait Israël a créé et maintient une des frontières les plus illégales et meurtrières au monde – la prison à ciel ouvert qu’est Gaza et la Cisjordanie. Il est clair que ce qu’il veut dire réellement est que personne ne l’encadrera, pour quelque raison que ce soit.

Si cette insistance sur lui-même et sur son droit à jouer sa musique partout où il en a envie – même dans un pays où un nombre considérable d’habitants sera empêché d’assister à son concert – ne suffisait pas, Santana a aussi enregistré une vidéo où il manifeste son enthousiasme à l’idée d’aller jouer en Israël. On peut le voir lire un court texte exprimant son espoir que sa prestation aide (d’une certaine manière) à « mettre fin au conflit ». Il faut noter que la vidéo a été produite par StandWithUs (Soyez avec nous) et Creative Community for Peace (Communauté créative pour la paix). Une organisation de militants israéliens, Boycott from Within (Boycott de l’intérieur) a adressé une lettre à Santana pour s’assurer qu’il était conscient que ces groupes sont payés par le gouvernement israélien pour promouvoir sa politique d’occupation et d’apartheid.

Le Jerusalem Post indique que ce projet a été initié par le bureau du Premier Ministre israélien en collaboration avec StandWithUs : « l’initiative, dans laquelle StandWithUs sera en étroite coordination avec la Direction de l’Information Nationale du Bureau du PM, est conçue pour « éduquer la jeunesse sur comment utiliser les réseaux sociaux pour l’éducation et la diplomatie publique ». Ainsi, l’État d’Israël a offert une tribune à Santana, comme une part de son effort pour booster son image publique auprès des jeunes.

En réponse, une pétition a été envoyée à la fondation de Santana, des manifestations se sont déroulées sur le lieu de ses concerts à Stuttgart en Allemagne, à Rome en Italie et à Montreux en Suisse ; de nombreuses tentatives ont été faites pour rencontrer Santana et une vidéo a été largement partagée sur les réseaux sociaux lui demandant de ne pas jouer en Israël. On peut douter qu’il réponde. Il a assez de fortune et de prestige pour ne pas accorder d’importance à ces mouvements. Mais, le point de vue de la morale et de l’éthique ne peut pas être aussi facilement évacué au nom de la liberté artistique quand il s’agit de quelqu’un qui peut d’emblée faire un geste grandiose pour aider les enfants du monde sauf les enfants palestiniens, qui peut braver les frontières mais non faire une chaîne de solidarité avec ceux qui ne bénéficient pas de ce privilège et qui souffrent de façon dévastatrice et souvent mortelle de leur captivité, enfin quand il s’agit de quelqu’un qui utilise l’outil de propagande d’un État oppressif comme justification à une performance devant un choix de citoyens.

John Berger a précisé la nature spécifique des boycotts:

Comme l’a montré Nelson Mandela, le boycott n’est pas un principe, c’est une tactique qui dépend des circonstances. Une tactique qui permet à des gens, distincts de leurs gouvernements élus mais souvent lâches, d’exercer une certaine pression envers ceux qui sont au pouvoir sur ce que eux-mêmes, les boycotteurs, considèrent injuste ou immoral (dans l’Afrique du Sud blanche hier et en Israël aujourd’hui, l’immoralité était, ou est, une forme d’apartheid raciste).

Le boycott n’est pas un principe. Quand il le devient, il risque lui-même de devenir excluant et raciste. Aucun boycott, au sens que nous donnons à ce terme, ne devrait être dirigé contre un individu, un peuple ou une nation en tant que tels. Un boycott est dirigé contre une politique et contre des institutions qui sont le support de cette politique activement ou tacitement. Son but n’est pas de rejeter mais de faire advenir le changement.

Santana est peut-être opposé aux boycotts, aux restrictions de sa liberté. Il sera intéressant de voir s’il prononce un seul mot de soutien aux droits d’un peuple opprimé lorsqu’il jouera en Israël ou si au contraire il se contentera de mots creux « d’amour, de lumière et de paix » face à la souffrance des enfants palestiniens. Il serait bienvenu de s’inspirer de l’exemple de Marvin Gaye en mettant « ses fantasmes de côté » pour « regarder ce qu’il se passe dans le monde ».

David Palumbo-Liu est professeur, titulaire de la chaire Louise Hewlett Nixon de l’Université Stanford. Twitter : @palumboliu.

Source: SALON

Traduction SF pour BDS France




Guide pour les autorités locales dans le soutien des droits palestiniens

15 juillet 2016 – Stop The Wall et autres

 

Les autorités locales en soutien aux droits palestiniens

 

Pour télécharger l’ensemble des données infographiques de « Les autorités locales en soutien aux droits palestiniens », merci de cliquer ici

En coopération avec :

housing and land rights network  The Housing and Land Rights Network – Habitat International Coalition

(Réseau pour les droits au logement et à la terre – Coalition international Habitat)

 

BDS-FINAL-LOGO_v5WEB_URL_LRightPalestinian BDS National Committee (BNC)

Comité national palestinien du BDS (BNC))

 

Le contenu :

Introduction

Responsabilité sociale, solidarité internationale : action locale pour la justice et un monde meilleur

1 – Le but de la motion est d’exprimer une responsabilité sociale et/ou une solidarité avec le peuple palestinien, basées sur la démocratie locale et le respect des obligations juridiques qui résultent, pour les conseils locaux, des violations graves par Israël

2 –Des engagements concrets que les conseils locaux peuvent prendre

Sur le plan juridique : le devoir de ne pas reconnaître ni aider les violations graves par Israël.

3 – Les violations graves par Israël du droit international et des droits de l’homme palestiniens

4 – L’implication de l’État d’Israël, de ses institutions de même que des organismes internationaux publics et privés israéliens dans ces violations

5 – Les obligations des États tiers liées à ces graves violations

6 – La responsabilité des gouvernements locaux de prendre les mesures appropriées

Notes sur les règles commerciales et les marchés publics

7 – Respect des règles de l’OMC

7 (a) – Respect des directives de l’UE

Annexe : le projet colonial de peuplement d’Israël, notamment la construction du Mur.

 

Introduction

LG Infographic examples

Historiquement, les gouvernements locaux ont joué un rôle clé dans la lutte pour les droits de l’homme et le développement du droit international et de l’ordre mondial. Certaines villes sont aujourd’hui connues comme le théâtre de mouvements et de soulèvements locaux pour les droits de l’homme, ainsi que celui d’expériences de gouvernance, d’accords, de traités et de processus cruciaux qui ont façonné les normes internationales. Dans un monde « glocal » (glo-bal/lo-cal), les gouvernements sont bien placés pour étendre la solidarité internationale et faire respecter les droits humains individuels, collectifs, intérieurs et extraterritoriaux et les obligations juridiques internationales de l’État. Comme les conseils locaux démocratiques entretiennent de plus en plus de relations avec les acteurs internationaux et étrangers, le plus important est leur alignement sur le droit international et leur engagement à respecter, protéger et réaliser les droits de l’homme – une obligation internationalement contraignante pour toutes les sphères de gouvernement. La diplomatie populaire n’est pas seulement une puissance douce (pouvoir de convaincre). Les gouvernements locaux peuvent avoir un impact significatif sur les interprétations par l’État – et le monde – du droit international et des droits de l’homme, négativement ou positivement.

Finalement, les débats actuels mondiaux sur le « droit à la ville », « les droits de l’homme dans la ville », « la ville des droits de l’homme », « les droits de l’homme et le gouvernement local » et « l’habitat des droits de l’homme », tous ces débats convergent également sur les questions des droits des villes et les obligations relatives aux droits de l’homme correspondantes des villes et des gouvernements locaux selon le droit. Ici, nous allons aborder les obligations concernant les droits de l’homme extraterritoriaux des villes et des autorités locales, et des sphères locales de gouvernement.

Les gouvernements locaux, contrairement aux entités privées, constituent une partie organique de l’Étatlocal authorities supporting palestine en droit international et partagent la responsabilité juridique des États dans la conduite des relations internationales. En conséquence, de nombreux gouvernements locaux, notamment des conseils de villes, prennent des mesures pour veiller à ce que leurs engagements avec des acteurs locaux ou étrangers et internationaux répondent également au droit international. Les autorités locales et les autres sphères du gouvernement ont l’obligation juridique de refuser toute aide et/ou, toute reconnaissance, coopération et transaction à des parties en une situation illégale qui viole les normes impératives (principes fondamentaux) du droit international. Dans le cas de la Palestine, de telles situations illégales et de telles violations incluent le crime de transfert de population, l’apartheid, les guerres d’agression, le génocide, le travail forcé, le refoulement de réfugiés, et les guerres d’agression et d’agrandissement territorial, la torture, la piraterie et toutes les combinaisons d’actes tels que de refuser à un peuple son droit à l’autodétermination.

Les devoirs et les mesures y afférentes sont auto-exécutoires, de sorte qu’elles n’ont besoin d’aucune législation supplémentaire, et ne permettent pas que d’autres mesures, juridiques ou autres, interfèrent dans leur exécution. Cependant, une mise en œuvre efficace pourrait nécessiter une résolution ou une politique directrice afin de traiter de la spécificité locale, ainsi que construire une solidarité internationale en conformité avec les droits de l’homme et le droit international.

Dans le cas du régime illégal israélien d’occupation, de colonialisme de peuplement, de transfert de population et d’apartheid, de nombreux conseils locaux ont également publié des déclarations additionnelles de soutien à l’appel palestinien pour le boycott, le désinvestissement et les sanctions (BDS), comme une forme d’une solidarité « glocale » pratique et efficace. Dans les précédents pour de telles actions, on inclut notamment le BDS anti-apartheid qui a conduit à la démocratisation de l’Afrique du Sud, des résolutions similaires en soutien à l’autodétermination du Sahara occidental et à la fin de l’occupation marocaine, de même que les politiques résolues afin de ne pas se procurer de matériel électronique contenant des minerais de conflit.

Les initiatives de la société civile aident à rappeler aux autorités locales et aux conseils locaux de gouvernement leurs obligations juridiques, et les appellent à une solidarité efficace par le respect de leurs obligations contraignantes. En accord avec ce mouvement, de nombreux conseils ont adopté des motions les déclarant « Conseil sans apartheid israélien », ou « Conseil socialement responsable ».

Sur la base des expériences et des leçons tirées par les militants qui dirigent ces efforts, en particulier dans l’État espagnol et au Royaume-Uni, cette ligne directrice militante explique ce que sont les piliers centraux de ce modèle de motion et veut aider les militants et ceux qui prennent les décisions à promouvoir et défendre de telles motions. Nous discutons :

  1. a) des approches fondamentales qui conduisent à une solidarité internationale, à la coopération internationale et à la responsabilité sociale des conseils locaux et à des actions concrètes ;
  2. b) des obligations juridiques internationales (de l’État) qui doivent être respectées par tous les conseils locaux et leurs motions politiques ;
  3. c) des considérations techniques qui garantissent que ces motions respectent le droit du commerce international et les règles des marchés publics.

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Solidarité internationale, responsabilité sociale : actions locales pour la justice et un monde meilleur

1) Le but de la motion est d’exprimer une solidarité avec le peuple palestinien, ou une ELAI-casresponsabilité sociale, qui se fondent sur la démocratie locale et les obligations juridiques pour les conseils locaux résultant des violations graves par Israël.

La solidarité avec le peuple palestinien, afin d’être politiquement cohérente et efficace, doit inclure la non-coopération avec l’apartheid, le colonialisme et l’occupation israéliens. Cette approche a été suivie dans plusieurs des initiatives de gouvernements locaux.

Par exemple :

* Par le mouvement de solidarité dans l’État espagnol qui a lancé en 2014 la campagne pour créer « des zones sans apartheid israélien ». Cette campagne exhorte les entités privées, dont les espaces de la société civile, aussi bien que les gouvernements locaux engagés par le droit international, à appliquer le principe de non-coopération avec l’apartheid israélien et ses complices, principe sur lequel se fonde le mouvement sous l’égide de la société civile palestinienne pour le boycott, le désinvestissement et les sanctions (BDS). Plus de 50 conseils locaux espagnols ont déjà adopté des motions de ce genre.

* Par la conférence internationale des gouvernements locaux et des organisations de la société civile en soutien aux droits du peuple palestinien, organisée par les Nations-Unies et les réseaux de gouvernements locaux (Séville 2014), dans sa déclaration finale (Déclaration de l’Olive), elle appelle les gouvernements locaux à « s’engager dans des investissements responsables, à s’abstenir de contracter avec des parties et/ou de se jumeler avec des villes qui soutiennent ou profitent de l’occupation, ou violent les interdictions connexes stipulées dans le droit international ».

Les conseils locaux peuvent adopter des motions qui expriment :

a) une solidarité avec le peuple palestinien: telles les motions qui soutiennent le mouvement mondial BDS pour la fin de l’apartheid israélien et qui se déclarent « Conseils sans apartheid israélien » ; et/ou

b) une responsabilité sociale : les conseils qui ne sont pas en mesure d’adopter une motion basée sur une solidarité (politique) peuvent adopter des motions exprimant le respect des principes de la responsabilité sociale, ce qui inclue l’engagement de s’abstenir de toute activité et relation appuyant les violations par Israël du droit international et des droits de l’homme palestiniens. En se basant sur de telles motions, les conseils peuvent se déclarer : « Conseil socialement responsable » ; et/ou

c) (une sensibilisation) un conseil se conformant au droit international: étant donné que tous les organismes publics au sein d’un État territorial, dans le système international, ont certaines obligations qui relèvent du droit international à parts égales avec l’État lui-même. Celles-ci incluent les obligations contraignantes en vertu de traités spécifiques, de même que les normes impératives contraignantes pour tous les États. Les traités relatifs aux droits de l’homme comportent des obligations extraterritoriales afin de garantir que la coopération internationale est conforme aux dispositions relatives aux droits de l’homme, pendant que les normes impératives requièrent une conduite qui respecte le droit à l’autodétermination et les interdictions de son déni. Les gouvernements et les autorités locaux sont également astreints à ne pas reconnaître ou coopérer avec des parties qui sont engagées dans de tels dénis et dans des crimes tels que l’apartheid, le transfert de population, l’occupation coloniale, le travail forcé, la torture, le génocide, le refoulement de réfugiés, etc. Ces obligations sont auto-exécutoires dans le sens où ce respect et cette application ne requièrent aucun autre acte législatif. Cependant, un arrêté municipal, une résolution du conseil ou toute autre déclaration conformes au droit international et à l’ordre mondial offrent une opportunité pour élaborer une prise de conscience des citoyens locaux sur leur place, leur rôle et leurs responsabilités dans le monde.

Les conseils qui adoptent une combinaison des trois approches ci-dessus peuvent évoquer, promouvoir et développer l’éducation publique, la démocratie locale, la diplomatie citoyenne et communale, et même une coopération de ville à ville à une échelle régionale ou mondiale.

En juin 2015, le Conseil des droits de l’homme des Nations-Unies (HRC) a renouvelé son engagement dans la promotion des droits de l’homme et de la solidarité internationale, en adoptant la résolution 29/6 qui, entre autres, « requiert de tous les États, des organismes des Nations-Unies et des autres organisations internationales et organisations non gouvernementales pertinentes, qu’ils intègrent le droit des peuples et des personnes à la solidarité internationale au sein de leurs activités ». En septembre 2015, le HRC a reçu le rapport de son comité consultatif sur le « Rôle du gouvernement local dans la promotion et la protection des droits de l’homme », mettant l’accent sur les obligations conventionnelles du gouvernement local relatives aux droits de l’homme.

Historiquement, les conseils locaux ont rejoint et créé des mouvements puissants soutenant les droits de l’homme, la justice et la paix, et les normes des droits de l’homme, du droit international et de l’ordre mondial fournissent un cadre opportun pour une bonne gouvernance locale prenant en considération les implications mondiales. Pendant le mouvement mondial pour vaincre l’apartheid en Afrique du Sud, d’innombrables conseils municipaux à travers le monde se sont déclarés « Conseils sans apartheid », des centaines aux États-Unis ont voté des motions pour s’opposer à l’invasion de l’Iraq en 2003. D’autres municipalités ont promis de ne pas se fournir auprès d’entreprises traitant ou utilisant des minerais de conflit, ce qui coïncide avec le régime correspondant de sanctions du Conseil de sécurité des Nations-Unies.

Ce n’est pas seulement le moment, mais c’est aussi un devoir pour les conseils locaux, sur toute la planète, de résoudre et de s’unir pour faire respecter le droit international et l’ordre mondial. Cela, ils peuvent le faire de façon efficace en promouvant la liberté, la justice et l’égalité pour le peuple palestinien.

2) Des engagements concrets à prendre par les conseils locaux

Les conseils et leurs organes et entités doivent prendre la décision de s’abstenir de tout engagement commercial et financier avec une entreprise ou une institution qui facilite ou contribue aux violations ci-dessus, car un tel engagement constitue un non-respect du droit humanitaire international et une faute grave. En particulier, le conseil peut s’engager à :

* ne pas se procurer ni acheter de produits, équipement ou services, et

* ne pas investir de fonds de pension ou autres fonds municipaux dans, ou provenant :

** des entreprises impliquées dans l’une ou l’autre des violations par Israël des normes impératives internationales.

De plus, le conseil et ses organes et entités doivent décider de s’abstenir de toute coopération non commerciale et non financière, notamment de réunions, de projets et activités communes, qu’ils soient de nature politique, académique, culturel, sportif ou autres, avec :

* les représentants du gouvernement israélien, ses missions diplomatiques et l’armée jerusalem.quartetisraélienne (dans la mesure où ces relations relèvent de la compétence du gouvernement local) qui portent la responsabilité première des violations du droit international mentionné au paragraphe 1 ;

* les municipalités israéliennes : le conseil s’abstiendra de conclure des accords de jumelage aussi longtemps que les municipalités israéliennes coopéreront avec les conseils municipaux des colonies illégales au sein du système municipal israélien ;

* les institutions académiques et culturelles israéliennes, de même que les initiatives académiques, culturelles et sportives parrainés par l’État israélien, en raison de leur participation dans l’accomplissement et/ou la légitimation de ces violations israéliennes du droit international et des droits de l’homme palestiniens.

Afin de soutenir les efforts de la société civile pour promouvoir les droits palestiniens et la démocratie locale, et sa participation pour sensibiliser sur les engagements et les principes du conseil municipal promus dans la ville, il est recommandé au conseil local de :

* s’engager à encourager la coopération nationale et internationale avec le mouvement BDS, notamment par les municipalités et leurs réseaux, afin de contribuer au succès de cette campagne ;

* promouvoir les droits de l’homme du peuple palestinien en prenant des initiatives qui impulsent une coopération, une prise de conscience publique et un soutien, tels un jumelage avec des villes, villages et camps de réfugiés palestiniens et l’accueil de partenaires palestiniens pour des évènements éducatifs, culturels ou sportifs ;

* publier des informations vers le public de l’adoption de la motion/résolution et de son contenu, et de la qualité de « Ville sans apartheid israélien » (si c’est le cas) sur le site et les publications municipaux, et diffuser ces informations aux municipalités, entreprises et secteurs associatifs du pays ;

* amender (à une période déterminée) la politique en cours du conseil, la procédure et les documents relatifs aux marchés publics, investissements et coopérations internationales afin d’y incorporer les dispositions de la présente résolution ;

* mettre en place un comité commun aux membres du conseil municipal et la société civile, afin de faciliter et soutenir le plein succès de l’application de cette résolution/motion, de garantir la responsabilisation et de développer des propositions pour une action de suivi.

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Contexte juridique

Le devoir de ne pas reconnaître ni aider les violations graves d’Israël

LG Infographic Israeli violations

3) Les violations graves par Israël du droit international et des droits de l’homme du peuple palestinien.

Les violations israéliennes incluent :

* des violations de normes impératives, à savoir ces normes auxquelles aucun État ne peut déroger, violations incluant l’acquisition de territoires par la force, la domination coloniale, l’apartheid, la violation du droit à l’autodétermination du peuple palestinien ; il résulte de cela des responsabilités juridiques pour tous les États ;

* les crimes de guerre et crimes contre l’humanité résultant de la responsabilité individuelle et qui donnent lieu à des poursuites en vertu du Statut de Rome de la Cour pénale internationale, en particulier :

** le transfert de population (crime contre l’humanité, crime de guerre, une partie du crime d’apartheid) ;

** la persécution (crime contre l’humanité, une partie du crime d’apartheid) ;

** l’apartheid (crime contre l’humanité) ;

** les violations graves de la Quatrième Convention de Genève (crimes de guerre).

* les violations des droits de l’homme, lesquelles font partie des crimes internationaux ci-dessus, notamment la discrimination raciale, le déni du droit à l’eau, du droit à un logement correct, du droit à la liberté de mouvement.

Au fil des années, un nombre sans précédent d’États, d’organisations multilatérales et tous les niveaux des organismes des Nations-Unies ont condamné ces politiques et souligné l’urgence pour Israël et la communauté internationale d’arrêter, empêcher et remédier à ces actions.


Les « Conseils sans apartheid israélien », les municipalités « socialement responsables » et/ou les conseils qui respectent le droit international doivent préciser qu’ils fondent leur politique de non-coopération avec les entités et de non-acquisition de produits et services, non pas contre Israël en tant que pays d’origine ou contre une incorporation ou affiliation d’un acteur, mais pour la raison que coopérer, contracter ou s’approvisionner ouvrent la possibilité de participer, tirer profit ou favoriser les violations par Israël du droit international, et nuisent à l’ordre mondial.


Voir également : « Tableau des violations israéliennes selon des sources les plus autorisées» (tableau publié dans : « Recommander les droits palestiniens conformément au droit international : les Lignes directrices », Coalition civile pour les droits palestiniens à Jérusalem, en coopération avec l’Institut de droit de l’université de Birzeit).

 

4) L’État israélien, ses institutions, ainsi que les organismes publics et privés, internationaux et israéliens qui sont impliqués dans ces violations.

Les différents acteurs impliqués dans la mise en œuvre des violations israéliennes comprennent :

* l’État israélien et la collectivité de ses institutions qui commettent les violations décrites dans la section 3 depuis sa création, avec des politiques que ne se limitent pas au TPO (territoire palestinien occupé) et qui affectent le peuple palestinien tout entier.

* les organisations parapubliques d’Israël (l’Organisation sioniste mondiale, l’Agence juive et le HP-slider-imageFonds national juif et leurs filiales) qui sont autorisées à discriminer le peuple autochtone de Palestine (et les non-juifs en général) ; à dicter les critères du droit et de la politique d’Israël, gérer la terre, les ressources naturelles, les propriétés et les biens palestiniens qu’elles se sont appropriés ; à planifier et implanter des colonies illégales de peuplement et les autres aspects du transfert de population. (Malgré leur profonde implication dans l’occupation, dans l’apartheid et le colonialisme israéliens, ces organisations parapubliques sont enregistrées et opèrent en tant qu’organismes de bienfaisance et elles sont exonérées d’impôts dans plus de 50 pays).

* les gouvernements locaux et les conseils régionaux israéliens qui perpétuent et mettent en œuvre ces violations dans la sphère locale.

* les entreprises publiques et privées, israéliennes, étrangères et transnationales, qui coopèrent, tirent profit dans des opérations qui mettent en œuvre ou permettent ces graves violations.

 

5) Les États tiers et leurs institutions à propos de ces graves violations.

Les normes impératives du droit international ont le statut de jus cogens (« norme à laquelle aucune dérogation n’est permise et qui ne peut être modifiée que par une nouvelle norme du droit international général ayant le même caractère »). – Convention de Vienne du 23 mai 1969, article 53) ; c’est-à-dire que toute la communauté internationale a le devoir de respecter ces normes en toutes circonstances dans les relations mutuelles des pays. Ce sont des obligations « erga omnes » ; c’est-à-dire que chaque État (et ses institutions composites) doit s’acquitter de ces devoirs envers la communauté internationale tout entière à travers sa conduite individuelle, collective, intérieure et extraterritoriale. Donc, face aux violations de normes impératives par des États, les autres États ont « les obligations des tierces parties » de :

* ne pas reconnaître, aider ou faciliter l’accomplissement de tels actes ou le maintien de la situation qu’ils ont créée ;

* garantir le respect du droit international et des droits de l’homme, veiller à la responsabilisation et y remédier ;

* proscrire, arrêter et poursuivre ces parties présumées avoir violé ces principes.

Ces obligations sont auto-exécutoires ; c’est-à-dire qu’il n’y a aucun besoin d’un acte législatif supplémentaire ni d’une insertion dans le droit national pour les respecter, mais seulement l’opportunité, la volonté politique et la capacité à le faire.

Les Nations-Unies ont appliqué le statut de jus cogens dans leurs appels aux États à mettre en œuvre une politique de non-coopération, et elles imposent des sanctions afin de remédier à des situations illégales impliquant la colonisation et/ou le déni de l’exercice de l’autodétermination d’un peuple ; ce fut le cas notamment avec l’occupation de la Namibie par l’Afrique du Sud, l’invasion et l’occupation du Timor oriental, l’occupation analogue par le Maroc du Sahara occidental, et l’occupation et la colonisation par la Turquie du nord de Chypre.

Dans le cas de la Palestine, un grand nombre d’organismes des Nations-Unies ont exhorté les États et les organismes d’États à agir, notamment :

* la résolution de l’Assemblée générale (AG) des Nations-Unies de 1976 qui « demande de mekorot-reason4nouveau à tous les États de cesser de fournir à Israël une aide militaire et tout autre forme d’aide ou assistance qui lui permettraient de consolider son occupation ou d’exploiter les ressources naturelles des territoires occupés » ;

* En 1980, le Conseil de sécurité des Nations-Unies qui a demandé à « tous les États de n’apporter à Israël aucune assistance qui serait spécifiquement utilisée en lien avec les colonies dans les territoires occupés ».

* La résolution de l’AG des Nations-Unies de 1982 qui déplore que « tout soutien politique, économique, financier, militaire et technologique à Israël qui encourage Israël à commettre des actes d’agression et à consolider et perpétuer son occupation et son annexion des territoires arabes occupés… »

* La Cour internationale de justice, dans son avis consultatif de 2004 relatif à la construction du Mur d’Israël, qui rappelle que les États ont l’obligation de ne pas reconnaître la situation illicite créée par Israël, et de ne pas prêter aide ou assistance à l’accomplissement de l’acte illicite et au maintien de cette situation illicite. Les États ont l’obligation d’agir, conjointement ou individuellement, pour prendre des contre-mesures afin de remédier aux violations par Israël des normes impératives.


La décision des gouvernements locaux, s’agissant des acteurs et entités impliqués dans la violation de normes impératives, de les exclure des contrats, investissements et autres formes de coopération, n’est pas une « discrimination arbitraire », mais l’exécution d’une obligation qui s’impose à tous les acteurs et organismes publics d’un État. Même les principes de « libre-échange » ne supplantent pas ces interdictions impératives contre la complicité de crimes.

* En juin 2011, le Conseil des droits de l’homme des Nations-Unies a approuvé les Principes directeurs des Nations-Unes relatifs aux entreprises et aux droits de l’homme, lesquels clarifient le devoir des États en matière de droits de l’homme de réglementer la conduite des entreprises (http://www.ohchr.org/Documents/Issues/Business/A.HRC.17.31_fr.pdf) :

* « Les États peuvent ne pas respecter leurs obligations de la législation internationale relative aux droits l’homme, si de tels non-respects peuvent leur être attribués, ou s’ils échouent à prendre les mesures appropriés pour empêcher, enquêter, punir et réparer les non-respects des acteurs privés ». Par conséquent, les États doivent faire respecter les lois et mesures qui exigent des entreprises qu’elles respectent les droits de l’homme.

* Dans le cas d’opérations commerciales dans les zones touchées par un conflit – où le risque des non-respects des droits de l’homme est élevé –, les États ont l’obligation de rattacher les conséquences appropriées à l’incapacité d’une entreprise à coopérer. Les Principes directeurs recommandent, entre autres, que les États refusent l’accès au soutien et aux services publics, ou refusent leurs prestations futures aux entreprises impliquées dans des non-respects flagrants des droits de l’homme.

 

6) La responsabilité des gouvernements locaux à prendre des mesures

Aux yeux du droit international, les gouvernements forment une entité. Les obligations de l’État en vertu du droit international sont diffuses, mais pas dans le sens de devenir plus faibles au fur et à mesure que l’on s’éloigne du centre. Ces obligations sont applicables à tous les secteurs du gouvernement, et pas comme s’il existait des niveaux de responsabilité décroissante. Ces préoccupations sont erga omnes :

* une obligation juridique ou une norme impérative qui s’applique à une partie de l’État s’applique à tous les éléments qui le constituent ;

* même si les ministres des Affaires étrangères sont généralement les acteurs sur la scène 3669ad1df70ecc0bfa413114bb34f032mondiale, tous les responsables locaux ou fédéraux et les organismes de l’État, que ce soit dans un État fédéré ou unitaire, doivent adhérer au droit international, en général, et très certainement aux normes impératives ;

* s’il est nécessaire de résoudre des contradictions, la hiérarchie classique du droit prévaut dans laquelle le statut jus cogens est suprême et constamment applicable.

Le Comité des droits de l’homme des Nations-Unies (qui a précédé le Conseil des droits de l’homme) dans son commentaire sur la nature des obligations dans les traités relatifs aux droits de l’homme, a expliqué qu’elles sont contraignantes pour « tout État partie dans sont ensemble » : « Toutes les branches du gouvernement (exécutive, législative et judiciaire), et les autres autorités publiques ou gouvernementales, à tous les niveaux – national, régional ou local – sont en mesure d’engager la responsabilité de l’État partie ».


L’incapacité des gouvernements fédéraux à se conformer aux obligations de l’État ne disculpe pas les autres sphères du gouvernement à l’intérieur d’un territoire, de même que la sphère locale. Ces piliers du droit international et de l’ordre mondial soutiennent l’ensemble de l’architecture.


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Notes sur les règles du commerce et des marchés publics

7) Le respect des règles de l’OMC

L’accord sur les marchés publics (AMP), traité dans le cadre de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), et sa clause de non-discrimination sont parfois évoqués par des opposants aux résolutions qui engagent les gouvernements locaux dans des politiques visant à exclure les acteurs impliqués dans les violations par Israël des normes impératives.

Il est important de comprendre que :

* La portée de la clause de non-discrimination empêche un traitement différencié qui se baserait sur le lieu d’origine (discrimination dite « arbitraire » ou « injustifiable »), interdisant l’octroi à un pays d’une faveur spéciale sans l’application de cette règle à tous les autres membres de l’OMC, et garantissant que les produits importés et fabriqués localement, que les services, marques de fabrique, droits d’auteur et brevets soient traités à parts égales.

* Important : la clause de non-discrimination n’empêche PAS les acteurs publics d’exclure des entreprises des appels d’offres ou des contrats, en se fondant sur leurs actions ou leurs politiques.

* Article III (2) de l’AMP met même en évidence des cas dans lesquels l’exclusion est possible : « rien dans le présent accord ne sera interprété comme empêchant une Partie d’instituer ou d’appliquer des mesures (…) nécessaires à la protection de la moralité publique… »

** Les violations des normes impératives et l’implication dans des crimes internationaux constituent des atteintes à la morale publique.

** L’exclusion d’acteurs qui participent à la mise en œuvre des violations par Israël de normes impératives ne sont pas « arbitraires », mais relève des règlements visant à appliquer les résolutions des Nations-Unies et les obligations erga omnes des États tiers.

En outre, en vertu de l’article 53 de la Convention de Vienne sur le droit des traités, tout traité qui se trouve en conflit avec une norme impérative est nul. L’AMP n’aurait pas la validité juridique, n’autoriserait-il pas les États et les acteurs de l’État à se conformer à leurs obligations erga omnes. Les efforts des gouvernements locaux pour exclure les acteurs de l’État israélien, ou les institutions privées israéliennes, ou les acteurs internationaux, sur la base de leur rôle dans la mise en œuvre des violations des normes impératives du droit international, même selon l’AMP, ces efforts restent non seulement juridiques mais aussi une obligation juridique des autorités locales.

Le mouvement de Boycott, Désinvestissement et Sanctions n’est pas discriminatoire à l’encontre Israël sur la base d’une appartenance ethnique, certainement pas d’une religion, ou même d’une origine spatiale ou géographique, mais il se positionne sur des comportements qui sont depuis longtemps proscrits, sur des violations graves et sur le manque de respect des lois. En fait, le soutien à l’appel au BDS cessera quand Israël aura cessé ses violations fondamentales des droits inaliénables palestiniens et des normes impératives.

Dans le cas particulier des acteurs basés dans les colonies de peuplement ou des produits ou services ayant partiellement ou totalement leur origine dans ces colonies, l’AMP ne s’applique pas aux entreprises de ces territoires coloniaux si leur objectif est de mener une activité économique à leur propre profit ou pour le bénéfice de l’État, parce que :

* les colonies de peuplement israéliennes dans le Territoire palestinien occupé (TPO) sont illégales en vertu du droit international et violent les normes impératives de ce droit international. Tout profit économique de l’occupation pour l’État d’Israël est interdit en vertu de ces mêmes normes.

 

7 (a) Pour les gouvernements locaux de l’Union européenne : respect des directives de l’UE

Au titre de la Directive 2014/24/EU, un organisme public peut exclure un opérateur économique d’une soumission à un contrat public, ou peut rejeter une telle soumission s’il est constaté « que l’opérateur économique est coupable d’une faute professionnelle grave, ce qui rend son intégrité discutable ».

La Directive de l’UE de 2014 intègre l’AMP et, dans ce cas, c’est la « faute professionnelle grave » qui permet l’exclusion d’entreprises des appels d’offres et des marchés publics.

Toute interprétation de la directive de l’UE qui forcerait les autorités locales à suivre une politique contraire aux normes impératives et aux obligations erga omnes concernées est nulle ou remet en cause la validité de la directive de l’UE.

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Annexe :

Le projet colonial de peuplement d’Israël, incluant la construction du Mur

Nous mettons l’accent sur le projet colonial illégal, notamment sur la construction du Mur, en raison de l’attention particulière dont il a fait l’objet dans le système des Nations-Unies et les États.

Nous allons détailler la nature composite des violations du droit international qui résultent de l’entreprise coloniale, comment les différents acteurs contribuent à ce projet et quelles actions les États et les autorités locales sont invités à prendre pour se conformer à leurs obligations stipulées dans le droit international.

Pourtant, il est important de comprendre que le projet israélien d’implantations des colonies, c’est-à-dire, l’ensemble de l’opération coloniale illégale dans le TPO, et notamment la construction du Mur, le régime des check-points, le pillage des ressources naturelles, etc, que ce projet est l’une des politiques illégales israéliennes qui déclenchent les obligations pour les États tiers et suscitent la solidarité internationale.

 

1) Violations du droit international résultant de l’entreprise coloniale d’implantations (chapitre 3)

Le projet colonial constitue, entre autres, les violations suivantes du droit international :

* Violation de l’interdiction d’acquisition de territoires par la force, ce qui est essentiel pour la sauvegarde du droit à l’autodétermination du peuple palestinien. Les deux sont des normes impératives du droit international.

* Violations graves du droit humanitaire international (Quatrième Convention de Genève, Règlement de La Haye) qui, entre autres, interdit à une puissance occupante le transfert de ses citoyens de son propre territoire vers le territoire occupé, d’entreprendre des modifications permanentes dans la région occupée, de transférer par la force des personnes de la population occupée.

* Violations du droit international des droits de l’homme, notamment le droit à la propriété, à la liberté de mouvement, à la santé, à l’éducation, au travail et à un niveau de vie suffisant.

* Le crime d’apartheid

Pour plus de détails, voir Al Haq/Ingrid Jaradat, « La responsabilité de l’État en lien avec l’entreprise coloniale illégale d’Israël dans le Territoire palestinien occupé ».

 

2) Acteurs impliqués dans le projet d’implantations (chapitre 4)

Cette politique et les violations y afférentes sont mises en œuvre et rendues réalisables par :

* l’État d’Israël et ses organes officiels, les entités publiques et privées et les personnes qui composent le tissu organisationnel de l’État et de la société israéliens, qui ont tous institutionnalisé la reconnaissance et le soutien de la viabilité de ces violations dans leurs opérations courantes ;

* les entreprises qui traitent avec les entreprises coloniales israéliennes, mettant ainsi en œuvre et profitant des violations afférentes au projet colonial, reconnaissant et « normalisant » les colonies illégales de peuplement et la contribution à leur viabilité socio-économique.

* La mission d’enquête du Conseil des droits de l’homme des Nations-Unies (2013) a défini les opérations commerciales qui, directement et indirectement, ont permis, facilité et profité de la construction et de la croissance des colonies, et qui comprennent :

** la fourniture d’équipement et matériels facilitant la construction et l’expansion des colonies et du mur, et des infrastructures associés ;

** la fourniture d’équipement de surveillance et d’identification pour les colonies, le mur et les check-points directement liés aux colonies ;

** la fourniture d’équipement pour la démolition des maisons et des biens, la destruction des exploitations agricoles, des serres, des oliveraies et des cultures ;

** la fourniture de services de sécurité, d’équipement et matériels pour les entreprises opérant dans les colonies ;

** la prestation de services et commodités à l’appui du maintien et de l’existence des colonies, notamment le transport ;

** les opérations bancaires et les opérations financières qui aident au développement, à l’expansion ou au maintien des colonies et à leurs activités, dont les prêts à la construction et au développement des entreprises ;

** l’utilisation des ressources naturelles, en particulier l’eau et la terre, à des fins commerciales ;

** la pollution, et le déversement de déchets dans, ou leur transfert vers, les villages palestiniens ;

** la captivité des marchés financiers et économiques palestiniens, de même que les pratiques qui désavantagent les entreprises palestiniennes, notamment par des restrictions aux mouvements, des contraintes administratives et juridiques ;

** l’utilisation de profits et de réinvestissements d’entreprises appartenant en totalité ou en partie à des colons, pour le développement, l’expansion et le maintien des colonies de peuplement.

* Dans son rapport de 2015 à l’Assemblée générale, le Comité spécial chargé d’enquêter sur les pratiques israéliennes affectant les droits de l’homme du peuple palestinien et des autres Arabes de territoires occupés a regroupé les activités des société impliquées dans les colonies en trois grandes catégories (§ 19) :

a) l’industrie israélienne engagée dans la construction des colonies israéliennes, dans des activités de production dans les colonies, ou dans des prestations de services aux colonies ;

b) le contrôle de la population palestinienne par la construction du mur et de check-points, et la mise à disposition d’une sécurité privée et d’un équipement spécialisé, tel que la surveillance et un armement pour le contrôle des foules ;

c) l’exploitation économique par l’utilisation de salariés palestiniens, des ressources naturelles palestiniennes ou du marché palestinien captif.

Le Comité spécial souligne que les acteurs des entreprises doivent être tenus pour responsables de l’impact de leurs activités sur les droits de l’homme.

La loi israélienne « anti-boycott » de 2011 a fait des appels au boycott, par toute personne et toute entreprise ou institution sous sa juridiction, un délit civil, et elle permet de les exclure des appels d’offre et des avantages de l’État si elles se sont « engagées à participer à un boycott, notamment engagées à ne pas acquérir de produits et/ou de services produits et/ou fournis en Israël, par l’une de ses institutions, ou dans une zone sous son contrôle ». Par conséquent, on ne permet à aucun acteur sous juridiction israélienne de se porter garant qu’il n’est pas impliqué dans le projet d’implantations israélien.

Les estimations sur la proportion des exportations israéliennes qui, partiellement ou totalement, proviennent des colonies israéliennes varient de 2 à 33 %, avec des estimations les plus importantes qui comprennent les exportations produites en partie dans les colonies. Ces estimations paraissent raisonnables considérant que 6,49 % de la population israélienne résident dans les colonies, et que le l’investissement du gouvernement dans les entreprises coloniales est toujours plus élevé qu’en Israël et qu’il peut monter jusqu’à 22 % du budget total des investissements des entreprises.

 

3) Devoirs internationaux face au projet colonial de peuplement d’Israël (chapitre 5)

Un certain nombre d’organes des Nations-Unies ont mis en garde contre une coopération avec les entreprises impliquées dans le projet colonial, et ont appelé la communauté internationale à boycotter ces entreprises :

* Le rapport de 2012 du rapporteur spécial de l’époque sur la situation des droits de l’homme dans les territoires palestiniens occupés depuis 1967, Richard Falk, conclut « que toutes les entreprises qui opèrent dans les colonies israéliennes, ou qui sont en relation d’une manière ou d’une autre avec elles, devaient être boycottées jusqu’au moment où elles mettront leurs opérations totalement en conformité avec les normes et les pratiques des droits de l’homme ».

* La Résolution A/HRC/31/L.39 du Conseil des droits de l’homme des Nations-Unies sur les colonies israéliennes dans le Territoire palestinien occupé, dont Jérusalem-Est, et le Golan syrien occupé, rappelle de nombreux arguments juridiques sur la question, notamment la décision de la Cour internationale de justice et les résolutions des Nations-Unies et elle :

** appelle « tous les États à ne fournir à Israël aucune assistance qui serait utilisée spécifiquement en lien avec les colonies dans le Territoire palestinien occupé, dont Jérusalem-Est, et dans le Golan syrien occupé » ;

** insiste sur « l’importance pour les États d’agir dans le respect de leurs propre législation nationale sur la promotion de la conformité avec le droit humanitaire international en ce qui concerne les activités des entreprises qui se traduisent en violations des droits de l’homme » ;

** exprime « sa préoccupation que les activités économiques facilitent l’expansion et le retranchement des colonies, et sa conscience que les conditions de récoltes et de fabrications des produits dans les colonies impliquent une violation des normes juridiques applicables, entre autres, l’exploitation des ressources naturelles du Territoire palestinien occupé, dont Jérusalem-Est, et (la résolution) demande à tous les États de respecter leurs obligations juridiques à cet égard » ;

** exhorte tous les États :

« a) à veiller à ne prendre aucune mesure qui, soit reconnaisse, soit assiste l’expansion des colonies ou la construction du mur dans le Territoire palestinien occupé, incluant Jérusalem-Est, notamment en ce qui concerne la question de commercer avec les colonies, conformément à leurs obligations relevant du droit international ;

       « b) à mettre en œuvre les Principes directeurs relatifs aux entreprises et aux droits de l’homme s’agissant du Territoire palestinien occupé. »

 

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https://bdsmovement.net/2016/guide-local-authorities-support-palestinian-rights-14338

Traduction : JPP pour BDS FRANCE




Onze signes de la croissance continue de BDS en dépit de la guerre que mène Israël pour le réprimer

    Le BNC, 7 Juillet 2016

33333-600x400Des militants palestiniens ont lancé des campagnes populaires de boycott en Cisjordanie au cours des derniers mois

 

Le mouvement mondial de Boycott, Désinvestissement et Sanctions (BDS) à direction palestinienne a été lancé il y a 11 ans comme moyen non violent et efficace pour des personnes et organisations progressistes du monde entier, pour soutenir la lutte du peuple palestinien pour nos droits sous l’égide du droit international.

Inspiré par la lutte contre l’apartheid en Afrique du Sud et par le mouvement américain pour les droits civils, BDS est aujourd’hui largement reconnu pour son impact stratégique dans le défi qu’il lance au soutien international au régime israélien d’occupation, au colonialisme de peuplement et à l’apartheid exercé sur le peuple palestinien.

Ayant échoué à arrêter la propagation enthousiasmante du mouvement BDS dans le monde, Israël a lancé une guerre désespérée et dangereuse de répression et de diabolisation contre le mouvement, qui n’est pas sans nous rappeler les moments les plus sombres du Maccarthisme aux États Unis.

Pour autant, le soutien à BDS non seulement n’a cessé de croître, mais s’est accéléré. Des gouvernements occidentaux, des partis politiques majeurs et les plus grosses organisations mondiales de défense des droits humains ont récemment reconnu BDS comme moyen légitime de défendre et de faire campagne pour la liberté des Palestiniens, la justice et l’égalité.

Ce qui suit est un aperçu des développements du mouvement BDS en 2016. Nous avons aussi publié un tour d’horizon des succès les plus marquants de BDS en 2014 et 2015.

 

  1. Notre campagne pour le Droit au Boycott (#RightToBoycott) reçoit un soutien dans la population et de la part de gouvernements

À la demande d’Israël, les gouvernements des États Unis, du Royaume Uni, de France, du Canada et d’ailleurs cherchent à réprimer BDS. Israël a interdit de déplacement Omar Barghouti, cofondateur du mouvement BDS, et annonce que son statut de résidant pourrait être remis en cause.

Des organisations importantes et même des gouvernements admettent que la guerre engagée par Israël pour réprimer BDS est une remise en cause dangereuse des libertés fondamentales.

Des représentants des gouvernements de Suède, d’Irlande et des Pays Bas ont publiquement justifié le droit à défendre et à faire campagne pour les droits des Palestiniens dans le cadre du droit international, via BDS, et des organisations comme Amnesty International, la Fédération Internationale des Droits de l’Homme (FIDH) et l’Union Américaine pour les Libertés Civiles ont fait de même.

Plus de 23 000 personnes ont signé notre appel à l’ONU au sujet de #RightToBoycott et un témoignage a été récemment présenté en ce sens au Conseil des Droits Humains de l’ONU.

À la suite d’autres journaux américains parmi les principaux, le Los Angeles Times a publié mardi un éditorial intitulé « les boycotts d’Israël sont une forme protégée de liberté d’expression ».

Loin de ralentir le soutien à notre mouvement BDS, la guerre antidémocratique que mène Israël pour le réprimer a apporté au mouvement davantage de notoriété et une audience renouvelée.

 

  1. La campagne Stop G4S gagne de la puissance et s’étend dans le monde

 g4sAction #StopG4S pour la journée 2016 des prisonniers palestiniens au Liban

 

La campagne internationale de pression sur G4S pour qu’il mette fin au rôle qu’il joue dans le système carcéral israélien, dans la police, les checkpoints et les colonies illégales, a rencontré des succès impressionnants en 2016.

La campagne BDS a conduit directement G4S à la perte de contrats avec trois agences de l’ONU en Jordanie, avec un revendeur important en Colombie et à un fonds du gouvernement koweïtien qui a désinvesti de G4S. Cela s’inscrit dans la suite d’une série de victoires dans les campagnes menées ces deux dernières années, au cours desquelles des associations et des investisseurs dans le monde entier, depuis la Fondation Bill et Mélinda Gates jusqu’à l’Église Méthodiste Unitaire, ont fait de même.

Des syndicats et des groupes de campagne aux USA, en Égypte, en Uruguay, au Chili et au Liban intensifient leur campagne G4S et celle-ci est activée dans plus d’une douzaine de pays.

Lors de la réunion de ses actionnaires en juin, G4S a répété l’annonce faite en mars, selon laquelle il a l’intention de vendre sa filiale israélienne. La compagnie n’est toutefois pas allée jusqu’à certifier qu’elle mettrait fin à tous les aspects de son engagement dans le système carcéral israélien ou dans d’autres violations des droits humains.

 

  1. Nos campagnes contre la complicité des entreprises sont plus efficaces que jamais

 0clip_image006Une campagne à Bahia, au Brésil, qui a réussi à obtenir des autorités de l’État qu’elles cessent de collaborer avec la compagnie des eaux israélienne, Mekorot.

 

En janvier, le géant français des télécom a mis fin à son contrat de franchise avec Partner Communications en réponse à une campagne en France et en Égypte sur le soutien de Partner à l’occupation israélienne.

Le même mois, la compagnie irlandaise CRH a vendu sa filiale israélienne, les ciments Nesher, à la suite d’une pression publique sur la fourniture de ciment par Nesher au mur israélien de l’apartheid et aux colonies.

Reebock, le géant des vêtements de sport, a annulé la livraison d’une édition spéciale d’un modèle de baskets célébrant le « Jour de l’indépendance israélienne », suite à une énorme protestation sur les réseaux sociaux.

En avril, l’état brésilien de Bahia est la dernière entité publique en date à mettre fin à sa collaboration avec la société des eaux de l’État israélien, Mekorot, sur le rôle qu’elle joue dans le vol de l’eau palestinienne.

  1. Des gouvernements locaux rejoignent le mouvement BDS et se déclarent Zones libres de l’apartheid israélien

Plus de 50 municipalités espagnoles se sont déclarées, par vote, Zones libres de l’apartheid israélien.

En France, le conseil municipal de Bondy, en banlieue parisienne, a voté « de ne plus acheter de produits des colonies israéliennes » et il a déclaré le boycott légitime comme tactique.

Au Royaume Uni, la Cour Suprême a pris une décision le mois dernier en vue de favoriser les conseils municipaux qui soutiennent le boycott de l’occupation israélienne, ce qui confirme leur droit de le faire dans le cadre d’un procès intenté par un lobby pro israélien.

  1. Des Églises américaines importantes désinvestissent de sociétés complices

Des églises et des confessions religieuses dans tous les États Unis prennent des décisions en soutien au désinvestissement et autres mesures de redevabilité contre le régime d’oppression d’Israël.

L’Église Presbytérienne (USA) a récemment poursuivi son action sur la base de son vote de 2014 en soutien au désinvestissement de ceux qui profitent de l’occupation, par une série de motions comprenant un appel à la société américaine RE/MAX pour qu’elle mette fin à son implication dans la vente de maisons dans les colonies israéliennes illégales et par un appel à « l’étude et à la prière » de l’appel palestinien au BDS.

En janvier, l’Église Méthodiste Unitaire a annoncé qu’elle désinvestissait des banques israéliennes qui financent l’occupation. L’Alliance Baptiste a annoncé en avril qu’elle désinvestirait des sociétés complices de l’occupation israélienne. La Conférence des Supérieurs Majeurs, un groupe de dirigeants catholiques, a publié en mars une déclaration de soutien au boycott et aux actions de désinvestissement.

 

  1. Le soutien au boycott académique et à BDS sur les campus continue à se développer

 0clip_image008Militants de l’Université du Chili lors de leur campagne victorieuse pour le referendum

À ce jour en 2016, des syndicats étudiants et des associations de plus de dix universités ont voté le soutien au désinvestissement ou à d’autres mesures de BDS.

Au Royaume Uni, le vote des étudiants de University College à Londres et de l’Université d’Edimbourg fait de leurs syndicats les derniers en date à adopter BDS et la campagne des Étudiants Noirs du syndicat national étudiant a réaffirmé par un vote son soutien à BDS et sa défense du mouvement BDS contre les efforts d’Israël et du gouvernement britannique pour le réprimer.

L’activisme sur les campus se développe aussi actuellement en Amérique Latine : plus de 200 universitaires brésiliens se sont engagés à soutenir le boycott académique. En janvier, les étudiants de l’Université du Chili ont voté le soutien à BDS.

 

  1. La 12ème Semaine de l’Apartheid Israélien a été la plus importante à ce jour

La semaine de l’apartheid israélien de cette année a été la plus importante à ce jour, des groupes s’étant mobilisés dans plus de 225 villes et campus universitaires. La croissance de la semaine de l’apartheid israélien dans des pays d’Amérique latine et dans le monde arabe est particulièrement stimulante.

 

  1. Des partis politiques de premier plan s’engagent dans des actions liées à BDS ou soutiennent le droit à BDS

En avril, deux partis politique néerlandais distincts, D66 et le parti de gauche vert, ont voté des motions appelant à des sanctions vis-à-vis d’Israël.

Pas plus tard que la semaine dernière, l’Internationale Socialiste (SI) a déclaré reconnaître la légitimité et l’efficacité de BDS. SI est une énorme association regroupant plus de 150 partis politiques socialistes et sociaux-démocrates de plus de 100 pays dans le monde. Elle comporte de nombreux partis de gouvernement, notamment d’Allemagne, d’Afrique du Sud, de France, du Chili, d’Italie, du Mexique, du Portugal, entre autres.

 

  1. Les plus gros syndicats mondiaux continuent à rejoindre et à soutenir le mouvement BDS

Quelques uns des plus gros syndicats du Royaume Uni ont récemment apporté leur soutien à la campagne Stop G4S en appelant la compagnie à mettre fin à son rôle dans les prisons israéliennes, les checkpoints et l’armée.

En mai, la Fédération Uruguayenne des Travailleurs des Services et du Commerce (FUECYS) a appelé au boycott des produits israéliens et a demandé aux entreprises en Uruguay de casser leurs liens avec le régime d’apartheid israélien.

 

  1. L’ ONU crée une base de données des corporations qui facilitent l’occupation israélienne

Le 24 mars, le Conseil des droits humains de l’ONU a pris un engagement sans précédent en décidant de créer une base de données intégrant toutes les corporations dont les activités contribuent à l’entreprise de colonisation illégale d’Israël dans les Territoires palestiniens occupés, dont Jérusalem Est.

 

  1. Le mouvement BDS est plus stimulant et bien organisé en réseau que jamais

En considérant la croissance et la force de notre mouvement alors qu’il entre dans sa douzième année, nous sommes stimulés par la détermination et l’engagement de ceux qui mènent d’incroyables campagnes et des organisations qui forment notre mouvement.

Le mouvement palestinien BDS construit de nouveaux liens et des relations avec les luttes pour la justice raciale, de genre, économique, sociale et climatique dans le monde. La compréhension que cette lutte pour les droits des Palestiniens est partie prenante d’une lutte mondiale plus large  pour un monde basé sur la liberté, la justice, l’égalité des droits et une paix globale pour tous, s’élargit.

Le mouvement BDS inspire les Palestiniens et les gens de conscience de par le monde pour dire la vérité à ceux qui ont le pouvoir, défier les structures de pouvoir hégémoniques, racistes, et pour affirmer que les droits des Palestiniens doivent être respectés et mis en œuvre.

Traduction SF pour BDS France

Source: BDS Movement




L’internationale Socialiste reconnaît BDS comme une tactique légitime contre l’occupation israélienne

Réunion du Conseil de l’Internationale socialiste*
Siège des Nations unies à Genève
1-2 juillet 2016
*Déclaration sur la question palestinienne*

Réuni aux Nations unies à Genève, les 1er et 2 juillet 2016, le Conseil de l’Internationale socialiste a tenu des discussions sur le thème de la paix et de la sécurité internationales et a réfléchi sur les perspectives de paix au Moyen-Orient.

Rappelant ses précédentes déclarations, en particulier lors de ses Conseils de New York en juin 2010, d’Istanbul en novembre 2013, de décembre 2014 et de juillet 2015, l’Internationale socialiste réaffirme le droit du peuple palestinien à l’autodétermination, y compris le droit de disposer d’un État indépendant de Palestine dans les frontières de juin 1967 et avec Jérusalem-Est comme capitale, et réaffirme son engagement, conformément aux lois internationales, à mettre définitivement un terme à l’occupation israélienne de l’État palestinien qui a débuté en 1967, et ce, afin d’en arriver à une solution à deux États souverains et démocratiques pour tous leurs citoyens, ainsi qu’à une solution équitable de la question des réfugiés palestiniens sur base de la Résolution 194 de l’ONU.

Après plus de 23 ans d’incapacité à réaliser la paix par le biais de processus de paix bilatéral, nous croyons que le temps est venu pour la communauté internationale de prendre (collectivement) ses responsabilités en fonction du droit international afin de mettre un terme à l’occupation de l’État palestinien et à toutes les entraves à l’exercice par le peuple palestinien de son droit à l’autodétermination.

Rappelant leur déclaration concernant le Moyen-Orient lors du Conseil d’Athènes en 2011, où nous avions réclamé la reconnaissance de l’État de Palestine, les membres de l’Internationale socialiste réaffirment leur engagement à :

  1. Soutenir la reconnaissance immédiate et inconditionnelle de l’État de Palestine dans les frontières du 4 juin 1967, avec Jérusalem-Est comme capitale ;
  2. Soutenir un rôle international plus important par le biais d’une conférence internationale qui réunira divers acteurs internationaux venus de différentes régions afin de faire activement campagne pour une paix équitable et durable, s’appuyant sur le droit international pour Israël et la Palestine, y compris la cessation définitive de l’occupation qui a débuté en 1967 ;
  3. Soutenir une cessation totale de toutes les activités de colonisation, y compris dans Jérusalem-Est, la fin immédiate de la destruction d’habitations et de la déportation de Palestiniens ;
  4. Encourager l’approche non violente, à tous les niveaux et par toutes les parties, et exiger la cessation immédiate de toutes formes de violence exercées par la puissance occupante et les colons israéliens à l’encontre de la résistance non violente palestinienne ;
  5. Réclamer la libération immédiate de tous les prisonniers palestiniens et tout particulièrement des membres élus du Conseil législatif palestinien, des mineurs âge et des risonniers en détention administrative ;
  6. Condamner sévèrement le blocus illégal de la bande de Gaza par les forces armées israéliennes, et appeler le gouvernement israélien à lever immédiatement le siège de la bande de Gaza et de permettre ainsi la liberté de circulation pour les personnes et les marchandises entre Gaza et la Cisjordanie, y compris Jérusalem-Est.

Le Conseil soutient la solidarité internationale avec la Palestine. L’Internationale socialiste reconnaît que le mouvement non violent BDS exerce une pression sur l’occupation israélienne. L’Internationale socialiste exige la fin de l’occupation, du système de ségrégation et de toutes formes de discrimination à l’égard des Palestiniens, y compris ceux qui vivent dans le Néguev ; il confirme en outre le droit des personnes à jouir d’une égalité complète et à retourner dans leurs communautés détruites, et ce pour la sauvegarde des deux peuples et la garantie de leur avenir.

 

Source : http://www.socialistinternational.org/images/dynamicImages/files/Palestine_EN.pdf




BDS : discuter des questions difficiles dans un mouvement en plein essor-Omar Barghouti

Omar Barghouti – 14 juin 2016 – Al-Shabaka

Introduction

Les attaques d’Israël contre le mouvement de Boycott, Désinvestissement et Sanctions (BDS) et contre d’autres défenseurs des droits humains vivant sous occupation, comme le personnel d’Al Haq, ont fait la une des médias ces dernières semaines, notamment avec les menaces directes par des dirigeants israéliens de premier plan contre les militants BDS, et en particulier contre le co-fondateur du mouvement, Omar Barghouti.

Au-delà des grands titres, le travail continue, comme continuent le débat et la discussion pour faire avancer le mouvement chez les Palestiniens, dans leur pays et à l’étranger, ainsi que parmi les militants de la solidarité dans le monde. Il y a beaucoup à débattre et certaines questions sont difficiles, notamment les questions de cadrage. La directrice exécutive d’Al-Shabaka, Nadia Hijab, a abordé certaines de ces questions dans un entretien qui couvre nombre de ces points avec Omar Barghouti.

Omar a commencé par préciser que toutes les opinions qu’il exprime ici sont les siennes, et les siennes seulement ; elles ne reflètent pas nécessairement celles de l’ensemble du mouvement BDS ou de sa direction palestinienne, le Comité national du BDS (le BNC).

 

Omar, merci d’abord d’avoir pris du temps dans ces moments particulièrement difficiles (le mot est faible), pour le mouvement et pour vous personnellement. Les objectifs du mouvement BDS – auto-détermination, fin de l’occupation, égalité pour les citoyens palestiniens d’Israël, et droit au retour – englobent les droits palestiniens comme stipulés dans la législation internationale. Mais nous savons que le mouvement BDS ne peut suffire à lui seul pour réaliser les droits palestiniens. Quels sont les autres mouvements nécessaires, et quelle combinaison de stratégies faut-il ?

Les boycotts, d’un point de vue historique, ont été l’une des principales stratégies de résistance à la disposition des Palestiniens de tous les milieux, et aujourd’hui, dans le domaine de la solidarité internationale, le BDS constitue la forme la plus importante, et stratégique, de soutien à notre lutte pour l’autodétermination. Le mouvement n’a jamais prétendu être la seule stratégie pour réaliser tous les droits des Palestiniens issus de la législation internationale. Il n’est pas non plus possible de s’attendre à ce qu’il restitue par lui-même leurs droits aux Palestiniens. Entre autres stratégies, par exemple, il existe la résistance populaire locale contre le mur et les colonies, de même que des stratégies juridiques visant à tenir Israël et ses dirigeants responsables des crimes qu’ils ont commis contre le peuple palestinien.

En fait, l’une des stratégies les plus importantes dont nous disposons, et qui est à peine suivie, est le travail diplomatique et politique auprès des parlements et des gouvernements dans le monde, afin d’isoler le régime d’occupation d’Israël, son colonialisme de peuplement et son apartheid, et d’obtenir que lui soient imposées des sanctions identiques à celles appliquées à l’Afrique du Sud de l’apartheid. S’engager dans cette direction est difficile surtout en raison d’une bureaucratie palestinienne complice, et à laquelle font défaut un mandat démocratique, des principes et une vision.

« Le mouvement BDS n’a jamais prétendu être la seule stratégie pour réaliser tous les droits des Palestiniens… Il n’est pas non plus possible de s’attendre à ce qu’il restitue, de lui-même, leurs droits aux Palestiniens. »

Un élément très important de la résistance palestinienne au régime d’Israël est constitué par les Palestiniens en exil qui représentent la moitié du peuple palestinien. Nous ne parlons pas seulement de la communauté des réfugiés, qui est nettement la plus importante à prendre en compte, mais aussi des Palestiniens comme ceux qui oeuvrent au sein d’Adalah New York, des Étudiants pour la justice/section Palestine, dans les mouvements sociaux au Royaume-Uni ou au Chili et leurs équivalents à travers le monde, des communautés palestiniennes en exil, qui jouent un rôle de premier plan dans la promotion des droits palestiniens, notamment dans les actions liées au BDS.

Les citoyens palestiniens d’Israël sont aussi souvent oubliés quand les gens parlent de la résistance palestinienne, malgré leur rôle crucial non seulement dans la ténacité face au régime d’Israël de colonialisme de peuplement, mais aussi malgré leur résistance populaire, universitaire, culturelle, juridique et politique active contre le régime et ses structures et politiques racistes, institutionnalisées et légalisées.

Certains Palestiniens en exil, cependant, prétendent ne pas être disposés à soutenir le BDS parce que « les Palestiniens ne « font » pas de solidarité avec notre propre peuple ».

Mais le discours politique traditionnel palestinien des années 1960, 1970 et 1980 a en grande partie disparu. En Afrique du Sud, le mouvement de libération nationale est resté actif jusqu’à la toute dernière minute, mais nous avons, malheureusement, perdu beaucoup de ce qui a fait le mouvement palestinien de libération nationale, pour une grande part à cause des accords d’Oslo. La direction palestinienne, avec l’approbation explicite ou implicite de la plupart des partis politiques palestiniens, a cédé les droits palestiniens fondamentaux et s’est soumise aux ordres des États-Unis et de l’Union européenne de s’adapter au maximum au régime d’oppression coloniale d’Israël.

Le peuple palestinien se trouve maintenant en situation de perte et de désarroi. Il n’y a plus de « consensus national » palestinien, si jamais il y en a eu un. Même les partis politiques palestiniens, de droite comme de gauche, islamiques comme laïcs, parlent presque sans exception d’« indépendance » et non de libération nationale, souvent en oubliant les réfugiés et toujours en omettant d’inclure les citoyens palestiniens d’Israël dans la définition même de peuple palestinien.

Il appartient au peuple palestinien tout entier de déterminer son avenir et la solution à ce conflit colonial. D’ici là, chaque individu palestinien, groupe ou coalition, doit s’efforcer d’affaiblir le régime d’oppression israélien, comme préalable à l’obtention des droits palestiniens de la législation internationale. Nous, dans le mouvement BDS, nous avons opté pour développer une forme, consacrée par l’expérience, de résistance palestinienne, forme la plus efficace de solidarité populaire internationale avec notre résistance et qui se base sur les droits et non sur les solutions politiques.

Le BDS, bien sûr, reconnaît qu’il existe d’autres stratégies et approches ; nous disons simplement que nous choisissons de nous concentrer sur les droits, et non sur les solutions, parce que pour que toute solution politique – déterminée par la majorité de tous les Palestiniens où qu’ils se trouvent – soit juste, globale et viable, elle doit satisfaire à nos droits issus de la législation internationale. De plus, pour qu’elle soit efficace, vous devez vous rapprocher d’un consensus palestinien et réaliser qu’il faut nous en tenir au dénominateur commun de principe et stratégique le plus bas, aux objectifs les plus importants et les moins controversés du peuple palestinien, auxquels presque personne ne pourra s’opposer, à savoir : la fin de l’occupation de 1967, la fin du système d’apartheid, et la réalisation du droit au retour des réfugiés palestiniens dans leurs foyers et leurs biens d’où ils ont ethniquement été nettoyés durant et depuis la Nakba. Et nous adhérons à ces droits, strictement.

Cette approche nous a apporté un large soutien chez les Palestiniens. Le BNC a récemment organisé un rassemblement relativement important à Ramallah démontrant le soutien populaire palestinien au BDS. Personnellement, je ne considère pas cette sorte de mobilisation de rue comme un indicateur décisif de soutien populaire, mais mes collègues ont insisté, pour eux il fallait le faire afin de démontrer au monde tout l’intérêt populaire pour le BDS. Il y a eu plus de 2000 personnes et beaucoup d’intervenant de partis politiques, de mouvements populaires et de syndicats qui, tous, ont exprimé un fort soutien au BDS. L’un des effets de ce rassemblement a été de désamorcer la perception qu’ont certains milieux locaux que le BDS était « élitiste ».

Il y a ceux qui ne veulent pas soutenir le mouvement non violent du BDS parce qu’il se situe « en dessous de leur plafond politique ». Être révolutionnaire, à mon point de vue, ne consiste pas à scander des slogans « révolutionnaires » irréalisables et qui, par conséquent, n’ont que peu de chances de contribuer au processus visant à mettre fin à la réalité d’une oppression. Ce qui est véritablement révolutionnaire, c’est de lancer un slogan moralement cohérent et fondé sur un principe qui soit propice à une action sur le terrain conduisant à un changement réel vers la justice et l’émancipation. À défaut, vous restez un intellectuel de salon.

Et pourtant, la façon dont le mouvement BDS est parfois représenté fait penser qu’il serait le seul à pouvoir vraiment réaliser les droits des Palestiniens. Les fréquentes références à l’Afrique du Sud véhiculent cette impression, intentionnellement ou non.

Nous, Palestiniens, comparons toujours nos stratégies et nos progrès aux mouvements sud-africains et autres pour la justice, l’autodétermination et les droits humains – et nous savons qu’il nous manque des piliers clés qui furent essentiels pour leur succès.

En Afrique du Sud, par exemple, la lutte nationale dirigée par le Congrès national africain a identifié quatre piliers stratégiques pour la lutte pour la fin de l’apartheid : des mobilisations de masse, une résistance armée, un mouvement politique clandestin, et une solidarité internationale (particulièrement sous la forme de boycotts et de sanctions). Il n’y a pas de stratégie « copiée-collée » pour parvenir à la libération et aux droits humains – chaque expérience coloniale est différente et a ses particularités uniques. Nous nous sommes engagés dans l’évolution de nos propres stratégies palestiniennes, qui conviennent à notre environnement de lutte pour la justice et la dignité.

« Être révolutionnaire… ne consiste pas à scander des slogans « révolutionnaires »… Ce qui est véritablement révolutionnaire, c’est de lancer un slogan fondé sur un principe, et moralement cohérent, qui soit propice à une action sur le terrain conduisant à un changement réel vers la justice et l’émancipation. »

Dans le cas de la lutte palestinienne, le pilier du mouvement clandestin se limite à Gaza où il est isolé. Le droit international reconnaît le droit à toute nation sous une occupation étrangère d’y résister par tous moyens, y compris la résistance armée, tant que toutes les formes de résistance sont elles-mêmes conformes au droit international et aux principes des droits de l’homme. En dehors de cela, en tant que défenseurs des droits humains, nous sommes tenus de considérer le rapport coûts-avantages de ce pilier à ce niveau, et de mesurer le coût humain de toute résistance.

En ce qui concerne la mobilisation de masse, ce que nous pouvons faire dans le territoire palestinien occupé en termes de résistance populaire, par exemple, contre le Mur, est assez limité. Et il ne s’agit pas vraiment d’un mouvement de masse comme, par exemple, furent populaires la lutte récente des enseignants, ou les grèves contre le néo-libéralisme du gouvernement de Salam Fayyad ou contre la loi relative à la sécurité sociale.

La question de l’efficacité des différentes formes de résistance est fondamentale, et nous, dans le mouvement BDS, nous soulevons celle de l’efficacité de nos stratégies internationales, respectueuses des lois, non violentes, à chaque étape.

Une autre préoccupation est que certains discours du mouvement BDS laissent penser que les Palestiniens sont sur le point de réaliser leurs droits. Cela provient non seulement des références fréquentes au « moment » de l’Afrique du Sud, mais aussi de déclarations qui affirment qu’un « point de basculement » a été atteint.

Oui, mais quand nous parlons de point de basculement, nous entendons un point de basculement relatif uniquement au pilier spécifique de l’isolement international. La mesure de l’efficacité est de savoir si vous êtes en train d’atteindre vos objectifs ou non. Le BDS est l’une des stratégies de résistance intérieure et c’est également la stratégie internationale la plus importante. Nous n’avons jamais prétendu autre chose. Pourquoi alors, le BDS devrait-il être tenu responsable, par exemple, de l’incapacité du peuple palestinien à atteindre nos objectifs d’autodétermination et de libération nationale ? Au moins, reconnaissez-nous le mérite d’être réalistes.

Il y a beaucoup et de plus en plus de critiques du cadre juridique international. Est-ce que cela pose un problème au mouvement BDS étant donné qu’il se fonde sur le droit international ?

Pour être efficaces dans la mobilisation d’une pression internationale par des groupes et individus de conscience contre le régime d’oppression d’Israël, et aussi pour être moralement cohérents, nous devons adopter les principes des droits de l’homme qui sont aussi universels qu’il est possible, autant qu’un langage qui touche les gens dans le monde et les incite à agir. C’est le langage du droit international. Nous connaissons les failles inhérentes au droit international aussi bien que quiconque. Mais nous savons aussi que c’est cela ou la loi de la jungle, et celle-ci ne travaille pas pour nous, en principe et en pratique, étant donné que nous sommes de loin la partie la plus faible physiquement.

Nous ne voulons pas d’une rhétorique symbolique : nous en avons assez et nous sommes fatigués du soutien rhétorique. Nous avons besoin d’une action efficace, d’une action stratégique qui a une chance de saper le système d’oppression afin qu’il soit, pour le peuple palestinien, plus réaliste d’atteindre nos droits stipulés par les Nations-Unies. L’action minimale que les gens peuvent entreprendre est de mettre fin à leur complicité. C’est une obligation profonde, juridique et morale, de mettre fin à cette injustice ; ce n’est pas un acte de charité.

« Nous, Palestiniens, comparons toujours nos stratégies et nos progrès aux mouvements sud-africains et autres pour la justice, l’autodétermination et les droits humains – et nous savons qu’il nous manque des piliers clés qui furent essentiels pour leur succès. »

Quelles sont les alternatives aux lois internationales ? Il est vrai que ce sont les empires coloniaux qui les ont écrites. Il est vrai que ce ne sont pas des lois modérées favorables aux peuples du monde, mais ce ne sont pas non plus un dogme ou un ensemble de lois statiques qui seraient gravées dans la pierre. Il y a une vue simpliste de la législation internationale qui ne la voit pas comme quelque chose de dynamique, une chose sur l’interprétation et l’application de laquelle nous, à travers nos luttes persistantes et de masse, pouvons influer. Après tout, nous ne demandons pas la lune ; nous travaillons tout simplement à faire appliquer systématiquement le droit international à Israël et à mettre fin à son statut exceptionnel d’État au-dessus des lois. C’est une exigence simple, mais d’une portée considérable, qui requiert des années de lutte stratégique.

Il y a un manque de clarté autour des lignes directrices s’agissant de la normalisation, qui est souvent source de tensions avec les militants – et particulièrement chez des Palestiniens qui peuvent s’engager dans des activités dites « activités de normalisation » et qui n’apprécient pas ce qui semble remettre en question ce qu’ils appellent leur nationalisme.

Les lignes directrices pour la normalisation sont très claires. Le document qui s’y réfère a été adopté par consensus lors de la première conférence nationale du BDS palestinien, en novembre 2007. La normalisation, dans ce contexte, est comprise par les Arabes, dont les Palestiniens, comme signifiant qu’une chose qui est intrinsèquement anormale, telle une relation avec l’oppression coloniale, apparaisse comme trompeusement normale. Selon les lignes directrices du BDS, il y a ici deux grands principes pour qu’une relation entre une partie palestinienne (ou arabe) et une partie israélienne ne soit pas considérée comme une normalisation. Le côté israélien doit reconnaître les droits globaux des Palestiniens issus de la législation internationale, et la relation elle-même doit être une co-résistance à l’oppression, et non une « co-existence » sous l’oppression.

Tout l’enjeu est que de telles relations ne doivent pas légitimer, dissimuler ou blanchir les violations d’Israël des droits palestiniens. Prenons le cas, qui pourrait ne pas être évident immédiatement, d’une organisation aux États-Unis qui prévoit une conférence en ayant reçu le parrainage d’Israël ou d’une institution israélienne complice de violations des droits palestiniens. Et disons que l’organisation états-unienne s’apprête à recevoir un panel qui inclurait des orateurs palestiniens, de manière à fournir un espace pour une expression palestinienne. Une participation dans ces conditions signifierait que nous sommes effectivement en train de normaliser le parrainage israélien – autrement dit, de normaliser les violations de nos droits. C’est un prix trop lourd à payer pour que nos voix soient entendues, aussi important que cela puisse être étant donné la suppression de ces voix dans les médias traditionnels. Alors, dans ce cas, nous travaillons étroitement pour faire pression sur nos partenaires afin qu’ils suppriment ce parrainage israélien, et si cela échoue, nous appelons au boycott.

Mais il existe toujours des zones floues, et c’est dans ces zones floues que les problèmes peuvent se poser – d’autant plus que certaines personnes prennent sur leurs épaules de s’exprimer au nom du mouvement BDS et dictent la loi, alors qu’ils n’ont aucune autorité pour agir ainsi.

Il y a toujours des zones floues. Je dirais que 90 % des cas que nous traitons sont effectivement flous. Quand nous tombons sur une zone floue, nous revenons au principe et faisons de notre mieux pour en évaluer l’avantage et le coût. Le BDS, après tout, n’est pas destiné à être un dogme, mais plutôt une stratégie efficace pour aider notre lutte pour nos droits.

Certains Palestiniens veulent le beurre et l’argent du beurre. Ils se permettent de lancer des projets et des activités qui se trouvent manifestement en conflit avec les lignes directrices d’anti-normalisation, adoptées depuis 2007 par la plus large coalition de partis politiques, syndicats et réseaux de la société palestinienne, et pourtant ils refusent de caractériser ces activités comme une normalisation, simplement parce qu’elles sont « patriotiques » et que « nul ne doit mettre cela en doute ». Dans le mouvement BDS, nous ne mettons en doute le patriotisme de quiconque, et nous n’avons jamais étiqueté qui que ce soit, ni recouru à des attaques personnelles ; ce serait en contradiction avec nos principes en tant que mouvement. Nous repoussons aussi toute suppression de la liberté d’expression et tout rejet simpliste et dangereux, en tant que « traîtres » de ceux qui participent à la normalisation.

« Nous attaquons des positions et des déclarations mais pas les personnes, et nous ne croyons pas dans les listes noires ni en toute forme de maccarthysme. Cela contrevient à nos principes, c’est un abus de pouvoir, et c’est contre-productif. »

Le Comité national palestinien du BDS (le BNC) mobilise simplement une pression morale pour dénoncer les activités de normalisation afin de saper cette normalisation. Il est fondamental de s’opposer aux activités de normalisation parce qu’elles constituent une arme capitale qu’Israël a utilisé contre le mouvement et contre la lutte des Palestiniens pour leurs droits en général.

Et parfois, nous faisons des choses qui sont vues comme en avance sur leur temps, ou utilisant un langage qui n’est pas encore accepté. Par exemple, quand nous avons au début utilisé l’apartheid comme une facette essentielle du régime d’oppression d’Israël ou insisté sur le droit au retour dans notre discours international, les deux ont été critiqués non seulement dans les grands médias mais même aussi dans certains milieux de la solidarité Palestine en Occident. Aussi, quand l’appel de 2004 par la PACBI (la Campagne palestinienne pour le boycott académique et culturel d’Israël) a évoqué le sionisme en tant qu’idéologie raciste, pilier du régime colonial d’Israël, cette question a été âprement discutée dans les milieux de la solidarité Palestine en Occident dans la période post-Oslo.

Il est important de ne pas confondre opposition au sionisme et au régime d’Israël d’oppression coloniale et d’apartheid, et opposition aux juifs : ce n’est absolument pas le cas. Le mouvement BDS a invariablement et catégoriquement rejeté toutes formes de racisme, incluant l’islamophobie et l’antisémitisme. Le fait que 46 % des hommes juifs-américains non orthodoxes de moins de 40 ans soutiennent un boycott total d’Israël pour mettre fin à son occupation et à ses violations des droits humains, selon un sondage de 2004, atteste en partie du caractère inclusif, antiraciste du mouvement.

Pouvez-vous citer un exemple de ce que vous faites quand il y a une zone floue ?

Nous ne prenons jamais de décisions en tant que membres individuels du BNC ou de sa branche académique et culturelle, la PACBI, quand il existe une zone floue ; nous en revenons toujours au groupe et décidons collectivement, sur la base de principes convenus collectivement, pas sur la base d’opinions personnelles ou des tendances de chacun d’entre nous. Nous ne donnons pas de conseils ni de recommandations tant que nous ne sommes pas parvenus à un consensus. Si nous nous trouvons dans une impasse, nous disons aux personnes qui demandent conseil que nous n’avons pas d’avis clair à leur donner. Nous choisissons nos batailles. Nous ne faisons pas la chasse à tout, et nous ignorons tant de cibles basées sur le calcul coût-avantage.

Nous ne publions pas de décrets ; à la place, nous publions des conseils. Nous ne disons jamais « Tu dois ».

« Il est fondamental de s’opposer aux activités de normalisation parce qu’elles constituent une arme capitale qu’Israël a utilisé contre le mouvement et contre la lutte des Palestiniens pour leurs droits en général. »

Et jamais nous n’utilisons d’attaques ad hominem – nous ne l’avons jamais fait depuis que le BDS a été fondé en 2005. Nous attaquons des positions et des déclarations mais pas les personnes, et nous ne croyons pas dans les listes noires ni en toute forme de maccarthysme. Cela contrevient à nos principes, c’est un abus de pouvoir, et c’est contre-productif. Personnellement, je ne me suis jamais engagé avec une personne qui, par exemple, nous attaque en tant qu’ « agents de l’impérialisme » ou une absurdité du même genre comme d’être d’ultra-gauche. Nous choisissons nos batailles, comme je l’ai dit précédemment, et nous gardons les yeux fixés sur les véritables ennemis. Quand nous sommes engagés pour arrêter une activité de normalisation, notre objectif est toujours, d’abord et avant tout, de convaincre la personne concernée à cesser la normalisation. Vous ne pouvez pas utiliser des attaques ad hominem et vous attendre à ce que cette personne vous rejoigne à vos côtés. Et en fait, de nombreux Palestiniens qui s’étaient lancés dans une normalisation il y a dix ans, sont aujourd’hui des partisans du BDS, et c’est en partie parce que nous évitons les injures personnelles. Celles-ci sont une erreur sur le principe, et également d’un point de vue pragmatique.

Quand quelqu’un a un doute, nous recommandons des conseils qui viennent de la PACBI ou du BNC, ou de l’un de nos partenaires dans un pays donné, et nous cherchons à dissiper ce doute par un débat interactif. Nous avons maintenant de bien meilleurs mécanismes, et en grand nombre, pour mettre en application les lignes directrices.

Il existe une zone floue qui a m’a été indiquée comme un exemple de ce que des Palestiniens ne comprennent pas, et qu’ils trouvent même problématique : que le fait que de détenteurs de passeports arabes entrant en Israël avec un visa délivré par une ambassade israélienne soit traité comme une normalisation, et pas celui d’obtenir un permis publié par les Israéliens à la demande de l’Autorité palestinienne (AP). Les gens ne font pas de différence puisque c’est Israël qui publie les deux.

C’est un point délicat et un qui est très difficile. Après de longs débats, des réunions de la communauté et des discussions avec de nombreux artistes palestiniens et organisations culturelles, nous avons conclu que lorsqu’un détenteur d’un passeport arabe reçoit un visa israélien, il ou elle normalise alors les relations arabes avec le régime d’occupation, de colonialisme de peuplement et d’apartheid, en qu’il ou elle traite ce régime comme s’il était normal. Ce qui n’est pas le cas quand on obtient un permis des autorités de l’occupation israélienne par l’intermédiaire de l’AP, en dépit de la nature problématique – c’est le moins que l’on puisse dire – du rôle de l’AP, parce que les Palestiniens sous occupation ont une relation coercitive avec Israël : les Palestiniens n’ont pas d’autre choix pour recevoir leur famille ou leurs amis du monde arabe que de passer par les autorités israéliennes. Mais d’avoir de telles relations ne signifie pas, en soi, reconnaître le régime d’Israël comme normal. Encore une fois, nous reconnaissons cela comme une zone difficile, et nous admettons que ce n’est pas la plus solide ou la plus irréfutable de nos lignes directrices.

Ma question est la suivante : pourquoi les Palestiniens, en Palestine ou en exil, qui critiquent le BDS, ne nous écrivent-ils pas, s’ils cherchent des éclaircissements ou veulent partager leurs critiques, d’une manière constructive qui renforce notre mouvement collectif ? Nous recevons quotidiennement des centaines de courriels de militants de la solidarité, mais très peu de Palestiniens. Certains Palestiniens s’en prennent au BDS sans se soucier au préalable d’écrire au BNC et de lui exprimer leurs critiques d’une façon qui pourrait aider ce mouvement déjà efficace à l’être davantage encore et à gérer les nombreux défis auxquels il est confronté. Nous sommes ouverts et nous encourageons sincèrement la discussion et le débat chez les Palestiniens de nos diverses communautés. J’en appelle à ceux qui ont des doutes, des critiques, ou des commentaires, pour qu’ils communiquent avec nous – il suffit d’écrite à pacbi@pacbi.org ou info@bdsmovement.net. En dépit de la charge de travail, en tant que bénévoles, à laquelle nous devons faire face, nous ferons le maximum pour répondre à chaque courriel reçu, en particulier ceux qui nous viennent de nos frères et sœurs palestiniens.

traduction : JPP pour BDS FRANCE

Source: Al-Shabaka

 




BDS, c’est la liberté d’expression, dit le gouvernement hollandais

 Bruxelles 24/05/16 (Photo : Kamel Diop)
Bruxelles 24/05/16
(Photo : Kamel Diop)

The Electronic Intifida, 25/05/16

Les Pays-Bas ont affirmé que le militantisme appelant au boycott, au désinvestissement et aux sanctions contre Israël était une forme de liberté d’expression.

En réponse à des questions parlementaires émanant du député des Verts de gauche, Rik Grashoff, le ministre hollandais des Affaires étrangères, Bert Koenders, a dit que « les déclarations ou rassemblements concernant BDS sont protégés par la liberté d’expression ou de rassemblement, telle qu’elle est reprise dans la Constitution hollandaise et dans la Convention européenne des droits de l’homme ».

Koenders a également déclaré que le gouvernement hollandais discutait régulièrement de BDS avec Israël et qu’il lui a fait clairement savoir qu’il « était opposé au boycott d’Israël mais que le fait de soutenir BDS était conforme à la liberté d’expression ».

Les commentaires du ministre hollandais des Affaires étrangères constituent un sérieux camouflet pour les efforts incessants d’Israël en vue de criminaliser BDS et de réduire au silence les partisans des droits palestiniens.

Sur l’insistance d‘Israël, les gouvernements des États-Unis, de la Grande-Bretagne, de la France, du Canada et d’autres pays encore ont décidé d’introduire des législations antidémocratiques et de prendre d’autres mesures répressives pour saper le mouvement BDS.

Récemment, Israël a imposé une interdiction de voyager de facto au cofondateur de la campagne BDS et défenseur des droits de l’homme des Palestiniens, Omar Barghouti, et, qui plus est, il semble bien avoir l’intention de lui ôter son statut de résident.

Israël a également déclaré qu’il utilisait ses services de renseignement pour espionner les militants BDS à l’étranger.

La prise de position du gouvernement hollandais vient juste après qu’en Ontario, la province la plus peuplée du Canada, les législateurs ont rejeté une loi qui visait à punir le militantisme pro-BDS.

Les groupes et législateurs spécialisés dans les libertés civiques ont mis en garde contre le fait que la loi aurait violé les droits fondamentaux de la libre expression.

Précédemment, le gouvernement suédois avait été le seul d’Europe à reconnaître que BDS est un mouvement civique et que les gouvernements ne devraient pas tenter de l’interdire.

En mars, la ministre suédoise des Affaires étrangères a dit dans The Electronic Intifada que BDS était « un mouvement de la société civile » et que « les gouvernements ne devraient pas se mêler des points de vue d’une organisation de la société civile ».

S’unir pour défendre BDS

Dans un développement de la question, quelque 352 organisations de 19 pays ont publié une déclaration demandant instamment à l’Union européenne de protéger BDS comme une forme de liberté d’expression.

Depuis de nombreuses années, il s’agit de la déclaration la plus largement signée par des organisations européennes à propos de la Palestine.

La liste des signataires comprend le Congrès irlandais des syndicats, la Fédération unie norvégienne des syndicats du commerce, l’importante coordination de la société civile belge, le CNCD, et l’organisation catholique française Terre Solidaire.

Podemos, le parti politique espagnol de gauche, qui a remporté 21 pour 100 des voix du peuple lors des dernières élections, a également soutenu la déclaration.

Les groupes pressent instamment la Commission européenne, la bureaucratie qui gouverne l’UE, d’introduire « des directives sur les droits de l’homme garantissant la liberté d’expression et le droit de boycotter et de recourir à tous les autres moyens dont vous disposez pour soutenir les citoyens européens dans leur lutte en vue de sauvegarder les droits de l’homme fondamentaux ».

Parmi les signataires figurent également six partis irlandais, dont le Sinn Féin et la Parti des verts irlandais ; en France, le Parti de la gauche, le Parti communiste et le Nouveau Parti anticapitaliste et parmi les syndicats, on trouve la FIOM/CGIL italienne et, en France, l’Union syndicale solidaire.

En outre, plus de 30 organisations belges, dont la fédération syndicale ABVV/FGTB et l’importante organisation chrétienne Broederlijk Delen  ont sorti leurs propres déclarations, invitant instamment le gouvernement belge à résister aux appels des groupes pro-israéliens contre BDS.

Amnesty International et Human Rights Watch ont également publié des déclarations en réponse aux attaques contre le mouvement BDS et ses militants.

Il s’avère que les attaques dangereuses et désespérées d’Israël contre le mouvement BDS ont quelques conséquences inattendues : elles poussent des gouvernements européens et certaines des organisations mondialement les plus connues à déclarer leur foi en l’entière légitimité du mouvement BDS.

L’appel à l’ONU en faveur de #RightToBoycott (droit de boycott)

Le Comité national palestinien BDS (BNC) invite les partisans de la liberté d’expression et des droits palestiniens à cosigner un appel au haut commissaire de l’ONU pour les droits de l’homme, Zeid Ra’ad Al Hussein, lui demandant d’entreprendre des actions pour protéger les droits des militants BDS palestiniens, israéliens et internationaux

Le BNC a également publié un briefing juridique complet, intitulé « BDS : un mouvement légitime des droits de l’homme qui doit être respecté et protégé par les États ». Ce document propose un contexte et une analyse des plus utiles.

Traduction : JMF pour BDS France

Source: The Electronic Intifada





Omar Barghouti : « Le BDS, les droits des Palestiniens et les menaces de mort proférées par Israël »

« Je suis inquiet pour ma sécurité après les récentes menaces israéliennes, officielles et à peine voilées, de nuire physiquement à ma personne comme à celle de mes collègues palestiniens, israéliens et internationaux actifs dans le mouvement de Boycott, Désinvestissement et Sanctions (BDS) » alerte ici Omar Barghouti, le co-fondateur du mouvement Boycott, Désinvestissement et Sanctions (BDS).

L’ONG Human Rights Watch a récemment condamné l’interdiction effective de voyager que m’impose le gouvernement israélien, en disant que cette mesure « semble une tentative pour punir [Barghouti] d’exercer son droit au militantisme politique pacifique, en utilisant l’arsenal du contrôle bureaucratique sur les vies palestiniennes ».

En tant que défenseur des droits humains des Palestiniens, profondément et passionnément engagé dans la lutte non violente pour les droits des Palestiniens relevant du droit international, je suis inquiet pour ma sécurité après les récentes menaces israéliennes, officielles et à peine voilées, de nuire physiquement à ma personne comme à celle de mes collègues palestiniens, israéliens et internationaux actifs dans le mouvement de Boycott, Désinvestissement et Sanctions (BDS).

Au cours d’une conférence organisée en mars dernier par un quotidien israélien de droite en vue de combattre le BDS, des ministres du gouvernement israélien ont proféré des menaces, directes et indirectes, contre ceux qu’ils appellent les « meneurs du BDS », plusieurs d’entre eux me désignant explicitement. Le ministère de l’intérieur a menacé de révoquer mon statut de résident permanent en Israël et d’entraver ma capacité à voyager dans le monde entier pour défendre les droits palestiniens.

La plus grave de ces menaces, cependant, est venue du ministre israélien des Renseignements, Yisrael Katz, qui nous a menacés d’ « élimination civile ciblée », un terme, comme Amnesty International le confirme, qui fait référence à des « assassinats ciblés ».

En exprimant ses préoccupations pour « ma sécurité et ma liberté », Amnesty a demandé à Israël de mettre fin à son « intimidation » et à ses menaces contre moi et mes amis défenseurs des droits humains, et a défendu notre droit de mener campagne pour « qu’Israël ait à rendre des comptes devant la justice pour ses violations des droits de l’homme et des autres droits internationaux ».

En recourant à de telles menaces effrayantes contre les militants BDS, les dirigeants israéliens reconnaissent en réalité l’échec d’Israël à ralentir l’expansion rapide du mouvement BDS dans l’opinion publique ces dernières années.

Lancé en 2005 par la plus large coalition de la société civile palestinienne, et inspiré par le mouvement anti-apartheid sud-africain, l’appel BDS pour une pression non violente sur Israël jusqu’à ce qu’il mette fin à son occupation de 1967 et à sa discrimination raciale institutionnalisée – laquelle répond à la définition des Nations-Unies de l’apartheid -, et qu’il respecte le droit des réfugiés palestiniens à retourner dans leurs foyers et leurs terres dont ils ont été déracinés et dépossédés en 1948.

L’impact du BDS sur le régime israélien d’oppression est maintenant largement reconnu. Selon la Conférence des Nations-Unies sur le Commerce et le Développement (CNUCED), les investissements étrangers directs en Israël ont chuté en 2014 de 46 % par rapport à 2013, en partie à cause du BDS.

Une étude de la Rand Corporation prédit que le BDS pourrait réduire le PIB d’Israël de 1 à 2 % chaque année, au cours des dix prochaines années.

La plongée brutale d’Israël dans un extrémisme de droite à découvert depuis les élections de 2015 a, en réalité, accru l’impact direct et indirect du BDS dans les domaines universitaire, culturel et économique. Mais avant cela même, un sondage de l’opinion publique internationale par la BBC Globescan montrait un Israël rivalisant avec la Corée du Nord en matière de popularité partout dans le monde, y compris en France, en Allemagne, en Espagne et au Royaume-Uni.

D’importants fonds de pension européens, dont le PGGM néerlandais et le Fonds souverain du Luxembourg, se sont désinvestis des banques et entreprises israéliennes qui sont impliquées dans l’occupation.

Le Fonds de pension de l’Église méthodiste unifiée, l’une des plus importantes églises protestantes aux États-Unis, a, en début d’année, déclaré interdites pour l’investissement les cinq plus grandes banques israéliennes.

Au cours des derniers mois, un effet domino a commencé à se faire sentir, de grandes multinationales se retirant de projets israéliens qui violaient les droits humains palestiniens et ce, après d’intenses campagnes BDS.

En septembre 2015, le géant français Veolia a vendu la totalité de ses entreprises en Israël après sept ans d’une campagne de boycott dénonçant son rôle dans les projets d’infrastructure au service des colonies israéliennes illégales, qui lui a fait perdre des milliards d’euros en appels d’offres et contrats.

L’entreprise de matériaux de construction irlandaise CRH et le géant des télécoms françaises Orange ont eux aussi mis un terme à leur implication dans des contrats israéliens violant le droit international.

Plus de 27 conseils locaux en Espagne se sont déclarés « Zones sans apartheid israélien ».

Moody’s, une des principales agences de notation de crédit, a prévenu que « l’économie israélienne pourrait souffrir si le BDS venait à acquérir une plus grande influence ».

À cause de cela, Israël a vainement tenté d’assimiler le mouvement BDS à l’antisémitisme, une accusation largement démasquée comme frauduleuse, étant donné l’adhésion du mouvement à la Déclaration universelle des droits de l’homme, et son rejet constant et catégorique de toutes les formes de racisme, y compris l’antisémitisme.

Le soutien juif, bien visible et grandissant, pour le BDS parmi les universitaires, les artistes et les étudiants n’a pas non plus aidé Israël. Une enquête d’opinion réalisée en 2014 par un groupe du lobby israélien aux États-Unis, par exemple, révèle que 46 % des Américains juifs non orthodoxes soutiennent un boycott total d’Israël.

Ayant perdu de nombreuses batailles pour se rallier les coeurs et les esprits de la base, Israël a adopté depuis 2014 une nouvelle stratégie pour criminaliser le soutien au BDS à partir du sommet. Israël cherche actuellement des soutiens auprès des gouvernements d’Europe et d’Amérique du Nord pour supprimer la campagne BDS et éviter à Israël de devoir rendre des comptes.

Les gouvernements de France, du Royaume-Uni et d’autres pays européens, ont dûment sapé les droits démocratiques des militants solidaires de la Palestine impliqués dans la campagne BDS. Les mesures autoritaires adoptées contre le BDS incluent jusqu’à présent : la poursuite despotique des militants BDS en France, comme la récente arrestation d’une militante qui portait un t-shirt BDS ; la législation, au niveau des États, visant à exclure les organisations soutenant le mouvement BDS aux États-Unis des financements ou des contrats publics ; et l’intimidation, par le gouvernement britannique, des conseils locaux qui ont voté en faveur des mesures BDS.

Glenn Greenwald a considéré cette série bien orchestrée de mesures draconiennes comme « la plus grande menace pour la liberté d’expression en Occident ».

La Fédération internationale pour les droits humains (FIDH), la deuxième plus ancienne organisation en faveur des droits humains dans le monde, a récemment reconnu formellement et réaffirmé «  le droit des individus à participer pacifiquement, et à appeler à participer, aux mesures de boycott, désinvestissements et sanctions (BDS) pour protester contre la politique d’occupation et de discrimination du gouvernement israélien » et a exhorté les États « à respecter et à défendre les droits connexes de liberté d’expression, d’opinion, d’association et de réunion ».

La Suède s’est distinguée, en devenant le premier pays occidental à réaffirmer que le BDS « est un mouvement de la société civile » et qu’« un gouvernement ne doit pas s’ingérer dans l’opinion d’une organisation de la société civile ».

Quant à la répression d’Israël contre les défenseurs des droits humains, qui va bien au-delà de la suppression de la liberté d’expression, elle doit être appréciée dans le contexte du niveau sans précédent d’impunité qui s’étend aujourd’hui à l’establishment israélien.

Le grand rabbin d’Israël de la communauté séfarade réclame le nettoyage ethnique de tous les « non-juifs » de « la terre d’Israël ».

Un dirigeant de colons juifs a qualifié les chrétiens, palestiniens et autres, de « vampires suceurs de sang » qui devaient être « expulsés » d’Israël. Il a appelé à incendier davantage d’églises palestiniennes, alors que déjà de nombreuses églises et mosquées palestiniennes ont été incendiées par des colons d’extrême-droite, colons qui sont protégés, et donc soutenus, par l’armée, les forces de sécurité et l’appareil judiciaire d’Israël.

Les colons qui ont fait mourir carbonisé le petit palestinien Ali Dawabsheh et ses parents l’année dernière, puis ont célébré leurs épouvantables actes de terrorisme, n’ont pas encore été condamnés pour ces assassinats.

Cet environnement d’un racisme endémique israélien et d’une totale impunité a incité le sénateur américain Patrick Leahy à demander une enquête afin de savoir si l’argent des impôts américains aidait Israël à commettre ses « graves violations des droits de l’homme contre les Palestiniens, notamment ses assassinats extrajudiciaires ».

L’Union européenne va-t-elle enquêter sur sa propre complicité profonde  dans la protection d’Israël, lui évitant de rendre des comptes sur l’occupation et le déni des droits des Palestiniens ? L’UE va-t-elle remplir ses obligations vis-à-vis du droit international en interdisant les produits des entreprises qui opèrent illégalement dans les territoires occupés, en imposant un embargo militaire sur Israël, et en suspendant l’accord d’association avec cet État, jusqu’à ce qu’il respecte la liberté, la justice et l’égalité des Palestiniens ?

L’échec de l’UE à soutenir une récente décision du Conseil des droits de l’homme des Nations-Unies visant à établir une base de données des entreprises impliquées dans l’occupation d’Israël est de mauvais augure.

Je suis inquiet, évidemment, mais pas découragé. Aucune menace de style mafieux de qui que ce soit n’ »éliminera » nos demandes de liberté, de justice et d’égalité pour le peuple palestinien, conditions préalables à une paix globale et juste dans notre région.

Source: Mediapart

 




Omar Barghouti sur la campagne de répression contre le mouvement BDS le jour de la Nakba

Le mouvement à direction palestinienne pour le Boycott, le Désinvestissement et les Sanctions contre Israël fait face à une répression massive à l’échelle internationale et de la part de l’État d’Israël : de la criminalisation en France, des tentatives de faire passer des lois anti BDS dans la législation des États Unis, à l’interdiction de fait de voyager imposée à Omar Barghouti, leader palestinien de BDS et défenseur des droits humains. À ce stade de la répression et tandis que nous commémorons le Jour de la Nakba 2016 et la lutte des réfugiés palestiniens pour réaliser et mettre en œuvre leur droit au retour en Palestine – il est plus crucial que jamais de construire et d’étendre nos campagnes, de lancer de nouvelles campagnes BDS et d’œuvrer à « l’Heure Sud-Africaine » pour la Palestine et le peuple palestinien.

Vidéo de la Campagne américaine pour le Boycott Académique et Culturel d’Israël

Omar Barghouti est un des fondateurs du mouvement de Boycott, désinvestissement Sanctions (BDS) et de la campagne palestinienne pour le boycott académique et culturel d’Israël (PACBI)

En avril 2016 le gouvernement israélien a refusé de renouveler le passeport de Barghouti. En violation du droit international, cette mesure est une interdiction effective de déplacement qui prohibe tout voyage en dehors de la Palestine occupée.

C’est une tentative flagrante du gouvernement israélien d’empêcher que le message de Barghouti atteigne les gens épris de justice dans le monde.

TRANSCRIPTION:

Omar Barghouti : Bonjour, je vous parle d’Akka, Acre en Galilée

Ils ont imposé une interdiction de déplacement sur moi, ils m’ont menacé ainsi que des défenseurs des droits palestiniens, israéliens, internationaux actifs dans le mouvement BDS avec des menaces de type mafieux par exemple d’assassinats ciblés.

Nous continuerons la lutte, ils ne nous intimiderons pas, ils ne peuvent pas nous tyranniser, et ils ne nous pousseront certainement pas à abaisser le niveau de nos revendications pour les droits des Palestiniens en droit international.

Le mouvement de Boycott, Désinvestissement, Sanctions vise les droits fondamentaux des Palestiniens tel que mettre fin à l’occupation, mettre fin au système de discrimination raciale qui correspond à la définition de l’apartheid par les Nations Unies et le plus important des droits, le droit au retour des réfugiés palestiniens. Ils essaient de faire passer ce dernier pour tellement extrême tellement radical, alors que c’est un droit fondamental à l’égalité des droits. Tous les autres groupes de réfugiés dans le monde jouissent de ces droits et la majorité absolue des Palestiniens sont des réfugiés. Donc nous insisterons sur ce droit.

Et aucune intimidation, aucune répression, aucun nouveau Maccarthisme ne nous feront jamais abandonner nos droits. Comme l‘a dit un jour l’archevêque Desmond Tutu d’Afrique du Sud, nous voulons la totalité des droits et nous ne cesserons pas notre mouvement non violent, moralement cohérent, qui vise le respect du droit international pour les droits des Palestiniens, quoiqu’il en soit, aussi loin qu’ils aillent dans la campagne de répression.

Israël a échoué à la base, a échoué dans les cœurs et dans les esprits à stopper l’immense croissance du mouvement BDS au cours des dernières années. Dans les principales religions, dans les syndicats, dans les syndicats universitaires, associations étudiantes, groupes LGBT, groupes de femmes, groupes anti-guerre etc. à travers le monde ce mouvement est en croissance. Le soutien de Juifs à BDS se développe énormément, en particulier aux États Unis.

Ils savent cela, ils savent qu’ils ne sont pas gagnants dans le débat avec nous à la base. Aussi sont-ils contraints à vouloir étouffer le mouvement par le haut, en le délégitimant, en adoptant des lois répressives, antidémocratiques, draconiennes aux États Unis, en France, en Grande Bretagne et ailleurs, pour faire taire le mouvement par le haut.

Mais comme le mouvement anti-apartheid a survécu en Afrique du Sud, nous ne survivrons pas seulement, nous grandirons. C’est la meilleure défense de notre droit à BDS qui n‘est pas qu’un droit à la liberté d’expression, il l’est certainement mais au-delà c’est un droit à lutter pour les droits des Palestiniens dans le cadre du droit international. Et c’est incontestablement un droit légitime que personne ne peut nous retirer.

Donc ils essaient de nous supprimer par le haut. Et nous répondons en élargissant ce mouvement à de nouveaux cercles, à des lieux que nous n’avons pas encore atteints. BDS jouera, continuera à jouer un rôle majeur dans la lutte pour les droits des Palestiniens

Il est très important de créer des coalitions intersectionnelles avec des groupes de Noirs, de Latinos, de femmes et tant de groupes opprimés dans le monde ou ceux qui luttent pour toutes formes de justice. Il nous faut voir BDS pour les Palestiniens comme partie intégrante de cette communauté mondiale luttant pour la justice et pour une paix véritable basée sur l’égalité des droits, sur la liberté et la dignité de tous. Rien ne nous empêchera de réclamer nos droits. Nous avons le droit de vivre dans la dignité comme tout un chacun. Nous continuerons le mouvement BDS et aucune intimidation ne l’arrêtera jamais. Ensemble nous pouvons l’emporter, ensemble nous pouvons réaliser notre Heure Sud-africaine.

Merci.

Les Palestiniens et ceux qui les soutiennent commémorent, le 15 mai, le jour de la Nakba qui a causé l’expulsion de plus de 750 000 Palestiniens de leurs maisons et de leurs terres en 1947-48

En ce jour de la Nakba, la campagne américaine pour le boycott culturel et académique d’Israël (USACBI) incite les universitaires, les artistes et les travailleurs culturels à prendre en compte l’appel à la solidarité avec le peuple palestinien en rejoignant BDS et le boycott académique et culturel d’Israël.

Source: AURDIP

 




Libération : Le boycott d’Israël n’est pas de l’antisémitisme

Tribune
Par Eric Hazan

D’un côté, il y a ceux qui défendent un Etat juif tout puissant ; de l’autre, des partisans d’un Etat commun où Juifs et Arabes vivraient en égaux. Entre les deux, la question de la souveraineté d’Israël.

D’après Manuel Valls, «l’antisionisme est tout simplement le synonyme d’antisémitisme». Ce propos n’est pas surprenant de la part d’un homme politique pour lequel «l’état d’urgence, c’est l’Etat de droit», et qui entend lutter contre le chômage en facilitant les licenciements.Mais sérieusement, qu’est-ce au juste que «l’antisionisme ?»

Il y a deux réponses possibles. La première, celle des dîners du Crif, repose sur deux assertions successives : l’Etat d’Israël parle au nom des Juifs du monde entier ; par conséquent, être «antisioniste», critiquer la politique israélienne, c’est dénigrer non seulement le gouvernement israélien, mais la population du pays et l’ensemble de tous les Juifs – c’est de l’antisémitisme.

Cette façon de voir occulte deux points essentiels : la grande majorité des Juifs vivent ailleurs qu’en Israël et parmi eux, nombreux sont ceux qui n’approuvent pas sa politique ; d’autre part, critiquer un gouvernement ne signifie nullement que l’on accuse la population du pays. Non, condamner la politique coloniale d’Israël n’a rien à voir avec l’antisémitisme.

La deuxième réponse à la question qu’est-ce que «l’antisionisme ?» est d’ordre historique. Au début du XXe siècle, quand Theodor Herzl invitait les Juifs d’Europe à partir pour la Palestine, beaucoup d’entre eux s’y opposaient, notamment les ouvriers révolutionnaires polonais du Bund. Ils étaient antisionistes, les seuls peut-être à avoir mérité ce terme qui n’a plus guère de sens aujourd’hui.

Par la suite, dans l’entre-deux-guerres, la présence juive en Palestine étant un fait accompli, plusieurs intellectuels juifs de grand renom comme Hannah Arendt, Martin Buber ou Gershom Scholem dirent et écrivirent que cette présence ne pouvait plus être remise en cause, mais qu’il fallait surtout éviter que s’établisse une souveraineté juive sur la Palestine. En octobre 1947, alors que le statut de la Palestine était encore en discussion à l’ONU, Arendt prit la parole devant la commission internationale chargée d’éclairer l’Assemblée générale, et plaida en faveur d’une fédération, d’un Etat binational sur le territoire de la Palestine mandataire.

Aujourd’hui, les termes du débat sont les mêmes. Il y a d’un côté ceux qui défendent un Etat juif souverain, le plus puissant et le plus homogène possible, qui travaille à judaïser tout le territoire de la Palestine historique en maintenant en sujétion ses habitants non juifs, les Palestiniens d’Israël et ceux des Territoires occupés. Et de l’autre côté, il y a ceux pour lesquels les quelque 11 millions d’êtres humains habitant entre le Jourdain et la mer ont tous le droit de vivre en égaux dans un Etat commun. (On peut laisser de côté la solution des deux Etats, fiction destinée à faire accepter le statu quo).

Pour ceux, Juifs ou Arabes, qui soutiennent la création d’un tel Etat, la présence juive en Palestine ne se discute plus depuis longtemps, c’est la souveraineté juive qui est le cœur du litige. Le boycott d’Israël est pour eux un moyen d’en finir avec cette souveraineté. Les accuser de vouloir la «destruction d’Israël», d’être des antisémites, c’est utiliser une fois de plus Auschwitz pour légitimer la politique coloniale du gouvernement israélien. Le boycott n’est pas une arme contre les Juifs israéliens. Bien au contraire, il les aide à faire un jour partie intégrante de la région du monde où leurs aînés ont été autrefois conduits, à quitter leurs habits de colons pour devenir des égaux vivant enfin en paix dans un pays réconcilié.

Eric Hazan

Source: Libération




Intervention à Londres le 20 avril 2016 de Jean-Guy Greilsamer

Par Jean Guy Greilsamer, militant de la Campagne BDS France

À l’occasion d’un meeting pour la libre expression de BDS

Bonsoir à tou-te-s,

Je remercie la section de Waltham Forest de la “Palestine Solidarity Campaign” de m’avoir invité.

D’abord je me présente. Je suis né en 1946, suis retraité, suis issu d’une famille juive rescapée du génocide nazi, et ai eu une éducation juive jusqu’à la Bar Mitzvah. Je précise qu’en tant que Juif j’ai eu une enfance normale, parce qu’à l’époque de mon enfance la communauté juive n’était pas encore traversée par des tendances paranoïaques comme aujourd’hui, et mes parents ne passaient pas leur temps à me harceler pour que j’honore la mémoire du génocide.

Je milite dans la campagne BDS de France et depuis 2003 à l’UJFP, qui est solidaire des droits du people palestinien et participe à la Campagne BDS.

Je vais vous parler de la situation française concernant le mouvement BDS, d’abord du contexte en France et ensuite des perspectives d’avenir en France et dans les autres pays concernés par BDS

Le contexte français est spécifique pour plusieurs raisons.

D’abord, BDS est un sujet sensible en France parce que la France est le pays d’Europe qui comporte la plus importante population juive (environ 600 000, bien que le nombre soit difficile à évaluer) et aussi la plus importante population arabe et arabo-musulmane (environ 6 000 000 ou plus, mais c’est également difficile à estimer)

Maintenant je vais vous parler d’une part des faiblesses et d’autre part des bonnes potentialités de BDS en France

D’abord les points faibles.

Il y a en France un lobby sioniste agressif, qui attaque le mouvement BDS.
Et il y a en même temps une situation difficile à cause des attaques générales contre les libertés sous prétexte de lutte contre le terrorisme et du fait de l’ainsi nommé “état d’urgence”

Le lobby sioniste se compose d’une part du CRIF (le sigle signifie « Conseil Représentatif des Institutions Juives de France ») et des officines sionistes qui portent plainte contre les militants BDS, et d’autre part de notre gouvernement. 
Le gouvernement considère le CRIF comme son partenaire officiel représentant la communauté juive de France, alors qu’en fait cet organisme, qui ne représente qu’une petite partie de la communauté juive, est une courroie de transmission de la politique israélienne. 
La majorité de la population juive française est certes sioniste, mais elle est traversée comme toute population par une diversité de courants d’opinion. Et l’UJFP à laquelle j’appartiens est un courant minoritaire, mais pas minuscule.
Il est important de dissocier le CRIF et le gouvernement, parce que rien n’oblige le gouvernement français à développer une politique sioniste. Croire que le gouvernement est obligé d’obéir au CRIF serait accréditer les clichés complotistes et antisémites selon lesquels les Juifs auraient par essence vocation à chercher à dominer le monde.
Je signale aussi le poids de la LICRA (« Ligue Internationale contre le Racisme et l’antisémitisme »). La LICRA est une ONG soi-disant antiraciste mais qui en réalité poursuit également BDS en justice, comme c’est le cas d’un procès contre des militants BDS à Toulouse. La LICRA est l’interlocuteur privilégié du gouvernement sur les questions de l’antiracisme.

Notre gouvernement, formé par le parti « socialiste », et surtout son premier ministre actuel Manuel Valls, amalgame l’antisionisme et BDS à l’antisémitisme, et ne dément pas l’amalgame que fait le gouvernement israélien avec le terrorisme.

En général la nature des attaques contre BDS en France, qui s’inscrivent dans les attaques contre les libertés, est soit d’essayer de déclarer que BDS est illégal, soit de condamner BDS. Dans les deux cas BDS est présenté comme antisémite ou comme un obstacle à une paix juste entre Israéliens et Palestiniens.

L’objectif de ces attaques est d’intimider les militants de BDS et d’essayer de faire croire à l’opinion publique que BDS est illégal.
Dans certaines mairies le but est d’interdire aux services municipaux de mettre à disposition de la Campagne BDS des services qui pourraient lui être utiles, par exemple des salles de réunion.

Depuis février 2010 une circulaire, appelée « circulaire Alliot Marie », du nom de la ministre de la Justice de l’époque, recommande aux juges de poursuivre les militants qui appellent au boycott des produits israéliens. Mais une circulaire n’est pas une loi, et la majorité des juges n’a pas appliqué cette circulaire.

En octobre 2015, un arrêt de la Cour de cassation (la plus haute Cour en France) a confirmé un jugement qui a condamné le boycott des produits israéliens. Cet arrêt déclare que le boycott de produits israéliens constitue une discrimination contre des producteurs et des fournisseurs en raison de leur appartenance à une « nation », en l’occurrence la soi-disant « nation » israélienne.
En mars dernier, un autre arrêt de la Cour de Cassation a confirmé une condamnation d’un autre groupe de militants pour cette raison et aussi pour « entrave à la liberté du commerce ».

Mais il s’agit là de seulement deux arrêts de la Cour de Cassation. Des arrêts précédents de cette Cour déclarent que le boycott n’est pas illégal parce qu’il relève de la liberté d’expression, et la majorité des procès ont abouti à des relaxes.
En fait, il n’y a pas en France de loi anti-BDS : BDS n’est donc pas illégal.

Un autre point faible du contexte en France est l’évolution négative de l’élite intellectuelle.
Alors que pendant longtemps la scène des intellectuels de renom en France était beaucoup marquée par des figures intellectuelles anticolonialistes, aujourd’hui ce sont des intellectuels sionistes ou islamophobes (ce qui se rejoint) qui tiennent le haut du pavé. Ce phénomène, qui ne concerne pas que le regard sur Israël et la Palestine, relève de ce que certains qualifient de « droitisation » de la société.

Mais la Campagne BDS en France, ce n’est pas seulement ses points faibles, c’est aussi ses bonnes potentialités. 

C’est ce que je vais aborder maintenant.
Le point fort essentiel est qu’il existe dans la population française une réelle empathie pour le peuple palestinien. On peut dire que la moyenne de la population française est plus sensible à la cause du peuple palestinien et à la dangerosité de l’Etat d’Israël que ne l’est la moyenne des politiciens, qui est beaucoup plus frileuse.
Lorsque nous intervenons dans des lieux publics ouverts, beaucoup de gens manifestent leur sensibilité, signent volontiers des pétitions de solidarité ou pour dénoncer la politique d’Israël et de ses alliés, ou prennent notre défense quand nous sommes agressés verbalement par des sionistes.
Un sondage a établi que 2/3 des Français ont une image négative d’Israël, et lorsque les gens sont interrogés sur quels sont selon eux les Etats les plus dangereux dans le monde, pour la majorité Israël se trouve dans le peloton de tête.

Nous pouvons constater qu’il existe une résistance réelle aux mesures répressives contre BDS
Sur les cent plaintes qui ont été intentées contre des militants, la plupart ont été classées sans suite et la majorité des autres se sont soldées par des relaxes. 
Suite à la confirmation par la Cour de cassation de la condamnation des militants de la région de Mulhouse, les interventions BDS ont pu quand même continuer, ce qui n’aurait pas été possible si la majorité de la population française soutenait la politique d’Israël.

Par ailleurs, les victoires de la campagne BDS en France ne sont pas à minimiser.
BDS France a contribué de façon importante à la faillite de l’entreprise israélienne d’exportation de fruits et légumes Agrexco et à des victoires contre Sodastream, retiré des exposants d’un salon à vocation écologique et récemment retiré du sponsoring du festival de la BD d’Angoulême. Nous avons contribué aussi à la rupture de l’accord entre Orange et la société israélienne Partners Communications et au retrait total de Veolia d’Israël. 
Deux firmes ont annulé leur participation à un projet de funiculaire destiné à relier Jérusalem à des colonies illégales, après que ces firmes aient été averties par les ministères français des Finances et des Affaires Etrangères ainsi que par des mouvements de solidarité avec le peuple palestinien des problèmes juridiques et des risques encourus.

Sur le front du boycott culturel, nous avons également obtenu des victoires.

Il existe en France un potentiel de mobilisation important, notamment parmi les jeunes issus de l’immigration. Pour eux, qui subissent souvent les politiques racistes dans les banlieues, le peuple palestinien est à la fois un symbole et une forte réalité de la figure de l’opprimé. Le peuple palestinien est victime depuis longtemps d’une politique coloniale et les jeunes issus de l’immigration subissent souvent les conséquences de la politique coloniale française, passée ou présente.

Dans la situation de désarroi ou de confusion politique aujourd’hui en France, beaucoup de gens qui étaient engagés dans un parti politique préfèrent à présent s’engager prioritairement dans la campagne BDS. Je ne veux pas ici juger leur comportement, mais rapporter cette situation. Ces militants nous disent : « Dans BDS au moins je sais pourquoi je me bats ».
De même beaucoup de gens qui étaient peu engagés dans une démarche collective ou qui papillonnaient entre diverses causes humanitaires, franchissent le pas de s’engager dans le mouvement BDS et nous disent que ce type d’engagement par ses dimensions citoyennes, antiracistes et non-violente leur convient tout à fait.

Un point important est que BDS rentre en résonnance avec des causes importantes ici même : 
 L’antiracisme : ce qui est en jeu aussi bien en Israël et Palestine qu’ici, c’est le vivre ensemble dans l’égalité et la justice quelles que soient nos origines, et le refus de l’idéologie du choc des civilisations  
 L’anticolonialisme : la France a une longue expérience des politiques coloniales et des mobilisations anticoloniales, et la politique israélienne contre le peuple palestinien est la plus longue guerre coloniale contemporaine qui concerne directement le monde occidental
 Les valeurs de justice, liberté et égalité en général que symbolise le peuple palestinien, que ce soit dans le monde du travail ou dans toute la société
 Les mouvements anti-guerre, parce qu’Israël est un Etat dangereux pour la paix dans le monde et que nous avons à combattre en France un gouvernement très va-t-en guerre ami d’Israël 
 Le respect du droit international, parce que la persistance de l’impunité d’Israël signifierait la défaite du droit international et son remplacement par le droit du plus fort

Tout ce contexte fait de BDS en France un engagement non seulement pour soutenir un autre peuple, mais aussi un engagement interne à la société française.

Il nous appartient de mettre en œuvre ou d’inventer les médiations nécessaires pour développer cet engagement, pour l’enraciner dans la population.

J’aborde maintenant la dernière partie de mon exposé : quelles sont les perspectives du mouvement BDS, aussi bien en France que dans les autres pays impactés par BDS

J’ai évoqué les victoires auxquelles le mouvement BDS a participé en France.
Il y a eu beaucoup d’autres succès importants dans d’autres pays, par exemple chez vous contre G4S, qui en France n’est qu’une petite société.
Tous ces succès sont globalement plus importants que ceux que la campagne de boycott de l’Afrique du Sud avait capitalisé 10 ans après son lancement. 
Et ils produisent des résultats encourageants.
Ainsi des exportations israéliennes commencent à baisser, qu’il s’agisse des produits des colonies ou même de l’industrie d’armement (sauf l’Europe concernant les exportations d’armes, qui augmentent). Les investissements de pays étrangers diminuent aussi : ainsi en 2014 les investissements ont été de 46 % inférieurs à 2013.
Les Palestiniens des territoires occupés ont eux-mêmes diminué leurs importations d’Israël : de 24% en 2014 par rapport à 2015.
Le Conseil des droits de l’Homme de l’ONU, qui condamne la colonisation, a décidé le jeudi 24 mars de dresser une liste noire des entreprises opérant dans les territoires occupés par Israël.
Les succès des boycotts culturel, universitaire, syndical dérangent l’Etat d’Israël tout autant que le boycott économique, parce qu’ils le décrédibilisent.
Il ne faut pas bien-sûr crier victoire prématurément, parce que l’économie israélienne est encore forte et les capacités agressives d’Israël et de ses alliés sont encore importantes.
L’économie israélienne est encore forte notamment pour la vente du matériel de répression, parce qu’Israël met en avant que ce matériel a été testé sur les Palestiniens, mais la campagne internationale pour l’embargo contre le commerce d’armes avec Israël progresse. 
Le gouvernement de Netanyahou a mis en place une structure chargée de lutter activement contre BDS. Celle-ci fonctionne au sein du Ministère des questions stratégiques, dont elle constitue un département. Ses effectifs sont notamment des militaires ou des anciens des services de renseignements.
Sa mission est de récolter toutes les informations utiles sur la pratique de BDS dans les pays où ce mouvement est actif, d’analyser ses activités, de connaître ses principaux militants et, surtout, d’établir une stratégie « anti-boycott » avec l’aide du ministère des Affaires Etrangères.
Des gens sont payés par Israël pour surveiller les réseaux sociaux. Une structure de conférenciers va être mise en place pour vanter dans les campus américains les mérites de la soi-disant « seule démocratie du Moyen-Orient ».
Israël essaie désespérément de faire interdire BDS dans divers pays ou de le limiter, non seulement en France, mais aussi dans d’autres pays dont le vôtre, les Etats-Unis et le Canada.
Une conférence internationale anti-BDS a eu lieu récemment à Jérusalem.
Il est actuellement négocié le « TTIP », qui est un traité de libre-échange économique entre l’Union européenne et les Etats-Unis.
Ce n’est pour l’instant qu’un projet. Il est question d’y inclure une clause qui interdirait toute négociation économique entre un partenaire américain et un partenaire européen « qui discriminerait Israël » ou qui soutiendrait, participerait ou promouvrait une initiative de Boycott, de Désinvestissement ou de Sanctions à l’encontre d’Israël ! En gros, le rejet formel et explicite de BDS serait une condition sine qua non de signature du TTIP !
Mais nous avons vu que malgré ces points, BDS progresse inexorablement et que l’impopularité d’Israël continue d’augmenter.
Les accusations d’antisémitisme contre les militants BDS ne tiennent plus la route dans l’opinion publique : l’opinion publique internationale a bien compris que ce discours ignoble est utilisé pour tenter d’écraser le peuple palestinien.
Israël ne pourra pas continuer indéfiniment sa politique : son économie finit par se fragiliser, l’industrie touristique chute malgré toute les opérations de promotion, les dépenses de sécurité sont exorbitantes par rapport aux besoins sociaux du pays, le bilan migratoire est nul, l’image d’Israël dans l’opinion publique internationale continue de se dégrader.

BDS est un engagement fort pour la justice, la liberté et l’égalité, un engagement clair et nécessaire dans notre période inquiétante liée aux conséquences des tensions internationales que nous vivons.
C’est un devoir moral et politique.
Et de même qu’il a été mis fin à l’apartheid en Afrique du Sud, il sera mis fin aussi à l’apartheid israélien !

le lien pour la traduction en anglais
http://www.ujfp.org/spip.php?article4879&lang=en
Traduction : A.S.



La bataille du boycott d’Israël gagne du terrain

Article de l’Agence France Presse

NDLR : Contrairement à ce qu’affirme l’auteur de l’article, la campagne BDS n’est pas interdite en France. La confirmation en octobre 2015, par la Cour de cassation, de la condamnation de militants qui avaient mené une opération de boycott de produits israéliens, est loin d’avoir force de loi. Elle est contredite par d’autres jugements, et les militants condamnés viennent de porter un recours auprès de la Cour Européenne des Droits de l’Homme.

 

Quand le bruit a couru que la firme de cosmétiques Ahava se retirait de Cisjordanie occupée, les Israéliens se sont alarmés d’une décision prise sous la pression tandis que les militants du boycott ont crié victoire.

La société israélienne, qui exporte boues et crèmes à base de sels et minéraux de la mer Morte, a indiqué en mars qu’elle installait une usine supplémentaire en Israël sans toutefois confirmer qu’elle fermait son entreprise en Cisjordanie, territoire palestinien occupé depuis près d’un demi-siècle par l’Etat hébreu.

Malgré ce flou, c’était déjà un succès pour les militants de BDS (Boycott, Désinvestissement, Sanctions).

Depuis qu’ils ont lancé leur campagne –qui appelle au boycottage des produits israéliens mais aussi des relations culturelles ou académiques avec Israël tant que durera l’occupation–, elle semble aujourd’hui franchement décoller.

Ce mouvement est né il y a dix ans en Cisjordanie où plus de 2,8 millions de Palestiniens vivent en tension permanente avec 600.000 colons israéliens dont la présence est considérée comme le principal obstacle à la paix par la communauté internationale, qui rappelle régulièrement que ces constructions –fortement subventionnées par l’Etat hébreu– sont illégales.

Depuis, BDS s’est invité dans les tribunaux, les universités et même les Parlements à Paris, Londres ou aux Etats-Unis.

Ses soutiens font valoir que des entreprises ont quitté sous sa pression la Cisjordanie, comme l’entreprise israélienne de boissons SodaStream en 2015. Le géant britannico-danois de la sécurité G4S, lui, s’est même retiré d’Israël.

‘Menace stratégique’

Des entreprises en Cisjordanie se targuent pourtant de s’agrandir, faisant fi du boycott mais aussi de l’Union européenne qui a décidé d’étiqueter comme tel les produits originaires des colonies des Territoires occupés.

Quoi qu’il en soit, Israël assure prendre BDS au sérieux et a débloqué cette année 31 millions de dollars pour lutter contre cette campagne, qui constitue une «menace stratégique» selon des dirigeants israéliens.

Le ministre des Affaires stratégiques Gilad Erdan a récemment dit vouloir «torpiller en temps réel BDS et même avoir une longueur d’avance sur lui».

De son côté, BDS dit s’inspirer de la lutte anti-apartheid des années 1980 et dément formellement des accusations d’antisémitisme formulées par ses détracteurs.

«Ils ne peuvent pas répondre avec leurs outils traditionnels, (nous) accuser d’être terroriste ou financé par des terroristes parce que le monde peut facilement voir que ce n’est pas vrai», affirme à l’AFP Jamal Jouma, membre du Comité exécutif du BDS à Ramallah. «Donc ils tentent de criminaliser le mouvement à l’international» en le taxant d’antisémitisme.

L’ONG israélienne Goush Shalom, qui milite contre l’occupation, affirme qu’une myriade d’entreprises ont quitté la Cisjordanie ces dernières années et que même les petites compagnies sont maintenant sous pression.

Mais certains assurent qu’ils ne plieront pas. Yaakov Berg, qui produit chaque année 250.000 bouteilles de vin Psagot dans le territoire occupé, dit avoir refusé des offres de plusieurs millions de dollars parce que ses investisseurs lui demandait de se relocaliser en Israël. «Je ne partirai jamais d’ici», affirme-t-il.

Impact limité

Globalement, l’impact sur l’économie israélienne reste limité. Les colonies ne comptent que pour 2 à 3% du commerce israélien et selon le Conseil Yesha, qui représente les colons, elles accueillaient 890 usines en 2015 contre 680 en 2011.

Mais, note Ofer Zalsberg de l’International Crisis Group, de grosses entreprises qui auraient volontiers investi dans les colonies il y a encore cinq ans y réfléchissent désormais à deux fois.

Et pour Israël, la crainte aujourd’hui, c’est que BDS fasse changer les règles du jeu, assure M. Zalsberg.

L’Etat hébreu redoute notamment des mesures qui pourraient aller jusqu’à exclure les colons des procédures d’obtention automatique de visas vers les Etats européens dont bénéficient les Israéliens.

Ben-Dror Yemeni, journaliste israélien, mène campagne contre BDS mais reconnaît que «pour l’instant, la bataille se joue au niveau des opinions publiques occidentales et les militants BDS pourraient la gagner».

«C’est tellement facile de vendre cette propagande anti-Israël», juge-t-il.

Israël préfère donc miser sur la voie judiciaire. 40 avocats planchent depuis deux ans sur une stratégie, rapporte Ron Lauder, qui dirige le Congrès juif mondial. «Sur le front juridique, nous sommes gagnants», s’est-il récemment félicité.

La stratégie a porté des fruits: la France a interdit BDS en octobre et sept Etats américains ont adopté des résolutions le condamnant. Le Parlement canadien s’est aussi exprimé en ce sens.

Mais ces restrictions ne découragent pas le mouvement pro-boycott, qui promet de maintenir la pression sur Israël.

Article repris dans plusieurs médias :

 




Les produits des colonies israéliennes « sont les bienvenus » en Europe, affirme un envoyé de l’UE à Tel Aviv

Ali Abunimah – The Electronic Infifada – 28 mars 2016

 

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L’envoyé de l’UE, Lars Faaborg-Andersen, à Tel Aviv (via Facebook)

Le haut diplomate de l’Union européenne envoyé à Tel Aviv a encouragé la vente des produits fabriqués dans les colonies israéliennes en Cisjordanie occupée.

Prenant la parole à Jérusalem lundi, l’ambassadeur de l’UE, Lars Faaborg-Andersen, y déclare que « les produits des colonies sont les bienvenus sur le marché de l’UE ».

Faborg-Andersen tient ces propos lors d’une conférence dont l’objectif est de mettre un arrêt au mouvement de boycott, désinvestissement et sanctions (BDS) qui soutient les droits des Palestiniens, conférence parrainée par les publications israéliennes Yediot Ahronot et Ynet.

« Permettez-moi de vous dire quelque chose qui est clair à 100 % : l’Union européenne est contre le BDS », affirme Faaborg-Andersen. « Notre politique est totalement opposée au BDS, notre politique est une politique d’engagement avec Israël ».

L’émissaire, qui dirige la délégation de l’UE en Israël, avait ignoré les appels des Palestiniens lui demandant de se retirer de la conférence anti-BDS où il devait intervenir comme invité avec un éminent leader d’un mouvement de colons d’Israël.

Faaborg-Andersen réitère aussi l’opposition verbale de l’UE aux colonies, déclarant qu’elles sont « illégales au regard du droit internationale et un obstacle au processus de paix ».

Mais sa promotion active des produits des colonies est dans le prolongement de la politique de l’UE de saborder toute mesure visant à rendre Israël responsable et à apporter un changement à des réalités auxquelles l’UE prétend s’opposer.

Réagissant aux propos de Faaborg-Andersen, Mahmoud Nawajaa, porte-parole du Comité national palestinien du BDS (le BNC), déclare : « L’Union européenne a une nouvelle fois abandonné sa propre politique par laquelle elle considère illégales les colonies israéliennes ».

« Cette complicité éhontée de l’UE dans la protection et le maintien du régime israélien d’occupation, de colonialisme de peuplement et d’apartheid, confirme qu’il faut absolument intensifier les campagnes BDS de terrain et des sociétés civiles contre ce régime, et aussi contre les entreprises et institutions impliquées dans ses violations des droits de l’homme », ajoute Nawajaa. « Comme ce fut le cas lors de la lutte contre l’Afrique du Sud de l’apartheid, quand les gouvernements sont incapables de faire respecter la justice, alors les citoyens doivent agir ».

Nawajaa critique également un autre acte de complicité de la part de l’UE, le refus de gouvernements de ses États-membres, la semaine dernière, de soutenir une résolution du Conseil des droits de l’homme des Nations-Unies visant à créer une base de données sur les entreprises qui font du commerce dans les colonies d’Israël.

La résolution a néanmoins été votée avec 32 voix pour et 15 abstentions.

 

Complicité dans les crimes de guerre

En promouvant les produits des colonies, Faaborg-Andersen, de l’UE, se fait un soutien actif des violations des droits de l’homme.

Dans un rapport qui fait date, Human Rights Watch a récemment demandé à toutes les entreprises de mettre fin totalement à leurs activités professionnelles dans les colonies israéliennes en Cisjordanie occupée, y compris à Jérusalem-Est.

« Les entreprises des colonies contribuent inévitablement à la politique israélienne qui dépossède et discrimine durement les Palestiniens, tout en profitant des vols par Israël de la terre des Palestiniens et de leurs autres ressources », affirme Arvind Ganesan, directeur de la division Entreprises et Droits de l’homme de ce groupe basé à New York. « La seule façon pour les entreprises de se conformer aux responsabilités qui sont les leurs en matière des droits de l’homme est d’arrêter de travailler avec et dans les colonies israéliennes ».

Faaborg-Anderen semble également appliquer la politique de l’UE qui consiste à dire une chose, mais à en faire une autre.

En février, le gouvernement français, qui lui aussi prétend s’opposer fermement aux colonies israéliennes, a conclu un partenariat avec une chaîne de supermarchés qui fait des bénéfices dans les colonies, afin de promouvoir les produits français à l’intérieur des colonies israéliennes.

« L’Europe se rend complice des violations graves par Israël du droit international, et notamment de ses crimes de guerre, en continuant tant son commerce militaire florissant et sa recherche militaire conjointe avec Israël, que son importation des produits des colonies qui résultent du vol par Israël de la terre et des ressources des Palestiniens, une politique à laquelle l’UE dit s’opposer », souligne Nawajaa du BNC. « L’UE a même refusé de suspendre l’accord de libre-échange UE-Israël et ce, en dépit des violations persistantes par Israël de sa clause relative aux droits de l’homme ».

Liberté d’expression

L’envoyé de l’UE s’est fait également l’allié des efforts d’Israël visant à écraser le mouvement BDS, en démentant que la récente décision de l’UE, qui exige des étiquettes exactes quant à l’origine des produits des colonies, constitue un boycott.

« Quand on combat le BDS, il est important de garder le sens des proportions et de veiller à ne pas donner au BDS une plate-forme supplémentaire à travers nos efforts pour le combattre », dit Faaborg-Andersen, tel que rapporté par The Jerusalem Post.

« Il existe une grande, grande différence entre la critique légitime de la politique d’Israël, et le BDS » déclare-t-il.

En déniant toute légitimité au BDS, Faaborg-Andersen semble approuver les mesures de répression prises par certains gouvernements européens contre leurs citoyens engagés dans le mouvement pour les droits des Palestiniens.

Cependant, ceux qui sont pour la liberté d’expression quand il s’agit de la Palestine ont trouvé un allié inattendu en la personne de l’ambassadeur US en Israël, Dan Shapiro.

Dans son intervention, Shapiro dénonce le mouvement BDS et révèle : « Nos efforts pour combattre les boycotts sont une question récurrente dans les discussions de travail bilatérales et de haut niveau avec le gouvernement d’Israël ».

« Il est vrai qu’il y a des voix aux États-Unis, sur les campus universitaires et ailleurs, qui font la promotion de la campagne BDS contre Israël » dit Shapiro. « Et dans notre démocratie, leur droit à la liberté d’expression ne peut être réduit ».

« Mais aucun citoyen américain ne doit avoir le moindre doute que la politique du gouvernement US est de s’opposer de façon résolue à de telles initiatives », ajoute l’ambassadeur.

Source: https://electronicintifada.net/blogs/ali-abunimah/israeli-settlement-goods-welcome-europe-says-eu-envoy

Traduction : JPP pour BDS FRANCE




La guerre juridique d’Israël contre le BDS pousse à la répression et au maccarthysme à travers le monde

Communiqué

Comité national palestinien du BDS – 17 mars 2016

 

Palestine occupée, 17 mars 2016 – Le mouvement mondial qui soutient le droit à la liberté, à la justice et à l’égalité du peuple palestinien a fait des progrès impressionnants dans le paysage politique dominant ces dernières années. Les efforts déployés par le mouvement de Boycott, Désinvestissement et Sanctions (BDS) sous l’égide des Palestiniens pour qu’Israël ait des comptes à rendre pour ses violations graves du droit international et pour mettre fin à la complicité internationale dans ces violations, obtiennent un soutien et un impact plus importants que jamais.

Le gouvernement actuel d’Israël, le plus raciste de tous, a abandonné tout faux-semblant de « rayonnement » et de « démocratie ». Cela l’a amené à exhiber comme jamais auparavant, le régime d’Israël, d’occupation, de colonialisme de peuplement et d’apartheid, devant l’opinion publique mondiale. Dans ce contexte, et étant donné la propagation rapide du BDS de ces dernières années, Israël a tenté, en vain, de sortir d’un isolement international qui se renforce progressivement dans les domaines universitaire, culturel et sportif et, dans une moindre mesure, dans la sphère économique.

Résultat, Israël, ses groupes de lobbies et ses partisans de droite, ont lancé une campagne mondiale sans précédent, bien financée, afin de faire taire l’expression palestinienne et de criminaliser le plaidoyer du BDS, surtout dans les pays occidentaux. Les agressions sous l’impulsion des Israéliens contre la liberté d’expression et les droits civils en Europe, aux USA et au Canada, parmi d’autres pays, sont en train d’instaurer tout un environnement inquiétant de menaces, d’intimidations et de répressions, présentant toutes les caractéristiques de l’ère du maccarthysme aux USA, et des pires jours du régime d’apartheid en Afrique du Sud.

Dans une tentative désespérée de supprimer le BDS d’en haut, après avoir perdu beaucoup de batailles qui se voulaient conquérir les cœurs et les esprits au niveau populaire, Israël et ses groupes de pression, notamment des milliardaires anti-palestiniens, ont exercé des pressions sur les gouvernements, les parlements et les officiels en Occident afin, clairement, d’instrumenter des mesures antidémocratiques menaçantes pour les libertés civiles au sens le plus large. Cela devrait inquiéter profondément non seulement les militants qui défendent les droits des Palestiniens, mais encore tous ceux qui tiennent aux libertés civiles, les mouvements progressistes qui luttent contre le racisme, le sexisme, la discrimination indigène, pour une justice sociale, économique, environnementale.

Les mesures autoritaires adoptées contre le BDS incluent à ce jour : des poursuites judiciaires contre les militants BDS en France, telle la récente arrestation d’une militante pour avoir porté un t-shirt BDS ; des propositions aux USA pour exclure des financements ou des contrats publics les organisations qui soutiennent le BDS ; la condamnation du BDS par le parlement du Canada, et les menaces de celui-ci contre les groupes de solidarité Palestine ; et les pressions du gouvernement britannique sur les conseils locaux qui ont voté des mesures soutenant le BDS, entre autres agressions contre la démocratie locale au Royaume-Uni (voir les détails dans le résumé ci-dessous).

Pour Glenn Greenwald, cette série bien orchestrée de mesures draconiennes est la « plus grande menace contre la liberté d’expression en Occident ». Pourtant, l’exceptionnalisme d’Israël dans certains milieux dominants en Occident reste intact.

Ce particularisme du régime d’Israël, d’avoir le soutien inconditionnel au niveau militaire, politique et financier sans parler de la protection contre toute poursuite, des USA et de bien d’autres gouvernements occidentaux, ce particularisme l’archevêque émérite sud-africain Desmond Tutu l’a autrefois comparé à installer Israël « sur un piédestal », au-dessus de tous les autres États. Beaucoup de gens ont peur de critiquer la politique d’Israël, argumente Tutu, en raison des méthodes exceptionnellement intimidantes utilisées par ses lobbies.

Le BDS est un mouvement inclusif, antiraciste, ancré dans la Déclaration universelle des droits de l’homme, et il s’oppose, par principe, à toutes les formes de racisme et de discrimination, et notamment l’antisémitisme et l’islamophobie. Pour le mouvement BDS, Israël doit être retiré de son « piédestal » et il doit rendre des comptes, comme tous les autres États qui commettent les mêmes crimes.

Il est clair qu’Israël a fait pression et qu’il se trouve derrière ces agressions antidémocratiques profondément inquiétantes destinées à criminaliser la défense des droits palestiniens. Mais ces agressions s’intègrent aussi dans une tendance croissante dans les pays occidentaux à éroder les libertés civiles au nom de la « sécurité », à concentrer les pouvoirs entre les mains des gouvernements et d’élites qui n’en ont pas à répondre, et à saper les principes démocratiques.

Le Comité national palestinien (BNC) du BDS, la plus large coalition de la société palestinienne, qui conduit le mouvement BDS dans le monde, est totalement solidaire des militants BDS, en France et ailleurs, qui se trouvent confrontés à ces chasses aux sorcières et à des poursuites judiciaires pour avoir défendu, par principe, les droits humains des Palestiniens.

Même si la législation antidémocratique et les pressions juridiques peuvent éventuellement, au début, parvenir à réduire la liberté d’expression, elles n’ont toutefois pas la capacité de dissimuler, ou de rendre plus acceptables, les crimes d’Israël contre le peuple palestinien sur sa terre originelle. Finalement, un nombre qui grossit vite de progressistes et de libéraux à travers le monde découvrent, et condamnent, le siège actuel par Israël de la bande de Gaza occupée, son vol permanent des terres et des ressources palestiniennes, et son nettoyage ethnique toujours en cours de communautés palestiniennes tout entières, spécialement à l’intérieur et autour de la vallée du Jourdain, à Jérusalem-Est, et dans le désert du Naqab (Néguev).

Aucune propagande israélienne ni aucune loi d’urgence utilisée comme arme de guerre ne peuvent blanchir l’incarcération par Israël de millions de Palestiniens dans des ghettos de ségrégation raciale, entourés de murs, de miradors et de check-points militaires, ne peuvent faire oublier son système d’apartheid et son déni du droit des réfugiés palestiniens, tel que stipulé par les Nations-Unies, à revenir dans leurs foyers d’origine.

Nous nous trouvons réconfortés par la déclaration de la ministre suédoise des Affaires étrangères qui réaffirme les principes démocratiques fondamentaux, déclarant que BDS « est un mouvement de la société civile » et que « les gouvernements ne doivent pas interférer dans les opinions d’une organisation de la société civile ». La Suède est aujourd’hui le premier pays occidental à se dégager ouvertement des intimidations incessantes d’Israël et à prendre une mesure courageuse que les autres gouvernements feraient bien de suivre.

Nous exhortons les groupes qui défendent les libertés civiles, ainsi que les organisations, les gens de conscience et les personnalités publiques qui défendent les droits de l’homme, à se joindre à nous en condamnant et en s’opposant à ces agressions dirigées par leur gouvernement contre la liberté d’expression et les libertés civiles, agressions lancées dans le but de saper, au sein de la société civile, les initiatives des défenseurs des droits de l’homme au nom du peuple palestinien.

Nous réitérons l’appel lancé par le Conseil des organisations palestiniennes des droits de l’homme, lancé aux gouvernements pour qu’ils respectent et protègent les droits civils et politiques de leurs citoyens, et pour qu’ils remplissent leur obligation juridique de faire cesser les violations d’Israël, au lieu de comploter avec lui et de museler leurs propres citoyens pour protéger Israël contre toute critique et responsabilisation.

Nous exhortons les organisations des droits de l’homme et les autres entités de la société civile à travers le monde, quelle que soit leur opinion concernant le BDS, à adopter la position de principe de défendre le droit des personnes et des organisations à s’engager dans les campagnes de BDS.

Le BDS a été inspiré et il inspire. C’est un mouvement inspiré par le long héritage de notre peuple en résistance populaire non violente, par le mouvement anti-apartheid sud-africain, et par le mouvement US pour les droits civiques, notamment. Il inspire à son tour toute une génération de militants, universitaires, artistes, féministes, palestiniens et internationaux, les mouvements pour la justice raciale et sociale, les défenseurs de la LGBTQ (la communauté homosexuelle, bisexuelle, transgenre, transsexuelle ou gueer), et d’autres encore pour qu’ils disent la vérité au pouvoir, tous en quête de nos droits inaliénables respectifs. Unis, nous vaincrons.

Le secrétariat du Comité national palestinien du BDS

le 17 mars 2016

 

Résumé des mesures antidémocratiques en cours prenant pour cible le mouvement BDS

 

France

En 2010, la ministre de la Justice d’alors, Michèle Alliot-Marie, publie une instruction aux autorités de l’État selon laquelle « l’article 24, alinéa 8 de la loi de 1881 sur la liberté de la presse permet de sanctionner les citoyens ou les organisations qui appellent au boycott des produits d’un pays dont ils critiquent la politique », au motif qu’un tel appel constitue une discrimination. Depuis lors, plus de 30 militants se sont retrouvés confrontés à des accusations pour leur participation au plaidoyer non violent du BDS.

En octobre 2015, la Cour de cassation, la plus haute juridiction de l’ordre judiciaire de France, rend un arrêt stipulant que l’appel au boycott des produits israéliens sur la base de leur « origine » est illégal. Sauf que le BDS appelle au boycott des produits israéliens sur la base de la complicité, et non pas de l’identité. Les entreprises israéliennes se rendent complices des violations du droit international, et de faire du commerce avec Israël alors que celui-ci maintient son système d’oppression contre les Palestiniens, comme cela fut le cas avec l’Afrique du Sud de l’apartheid, est une façon de soutenir les violations des droits de l’homme par son régime.

Malgré tout, presque toutes les formes du militantisme BDS en France se concentrent sur des activités autres que l’appel au boycott des produits israéliens, lesquelles ne peuvent en aucune manière être considérées comme illégales.

Se servant d’une interprétation fausse et arbitraire de l’arrêt de la Cour de cassation pour prétendre que toutes les activités soutenant le BDS sont illégales, un certain nombre de tentatives ont eu lieu de la part de la police pour empêcher que se tiennent des manifestations en soutien du BDS. Début mars, une militante de la solidarité a été arrêtée simplement parce qu’elle portait un t-shirt BDS, comme cela a été rapporté.

Le Premier ministre Manuel Valls a récemment déclaré qu’il verrait le ministère de l’Intérieur pour discuter de nouvelles mesures qui pourraient être prises pour réprimer le militantisme BDS.

Le Conseil de Paris a voté une résolution condamnant le mouvement BDS, motion qui utilise également une fausse interprétation de l’arrêt de la Cour de cassation.

En dépit de toute cette répression sous l’égide de l’État, le mouvement BDS en France continue de mobiliser un large soutien, notamment avec des manifestations dans les rues, pour mettre fin à la complicité internationale avec l’apartheid et le colonialisme de peuplement israéliens.

 

États-Unis

Selon le site Right to Boycott, des projets de loi ou résolutions anti-BDS ont été introduits dans 21 États différents et au Congrès US.

Le 23 juillet 2015, le gouverneur de l’Illinois, Bruce Rauner, signe la première loi explicitement anti-BDS de l’État. Cette nouvelle loi requiert l’instauration d’une « liste noire », tenue par l’État, des entreprises étrangères qui répondent aux appels à boycotter Israël, et elle oblige les fonds de pension de l’État à se désinvestir de telles entreprises.

La loi 2016 sur la lutte contre le BDS, le Combating BDS Act, présenté au Congrès US, vise à autoriser l’État et les administrations locales à se désinvestir, et à y interdire tout investissement, de toute entité qui « se livrerait à un commerce ou à une activité liée à un investissement pour un boycott, désinvestissement ou des sanctions visant Israël. »

Des projets présentés au Congrès, à New York, dans l’Illinois et le Maryland, cherchent à refuser ou à réduire les financements par le gouvernement des facultés et universités qui financent ou subventionnent des activités et des participations à des groupes, comme l’Association des études américaines (ASA), qui soutiennent les boycotts académiques d’Israël.

En juin 2015, le Président Obama signe la loi relative à                   l’Autorité pour la promotion du commerce (Trade Promotion Authority). Cette loi générale pour le libre-échange inclut des dispositions qui s’opposent au BDS et qui furent, pour les Etats-Unis, un objectif commercial de principe lors des négociations avec l’Union européenne, afin de décourager « les actions motivées politiquement visant à boycotter, désinvestir, ou sanctionner » Israël et « les territoires sous son contrôle ».

Rassurant les militants BDS des USA, le groupe de défense juridique Palestine Legal affirme, « Les boycotts ont longtemps joué un rôle important dans l’histoire des États-Unis, et la Cour suprême a jugé que les boycotts qui visent à un changement politique, social et économique sont protégés par le Premier Amendement de la Constitution. L’appel à un boycott d’Israël se fonde sur les violations des droits de l’homme par Israël, et il est destiné à provoquer un changement social et politique. La Constitution est la « la loi du pays », dès lors, les lois fédérales, nationales et locales ne peuvent vous retirer vos droits constitutionnels ».

 

Royaume-Uni

En octobre 2015, un communiqué de presse du parti conservateur au pouvoir annonce que le gouvernement va prendre des mesures pour « empêcher les boycotts par les hôtels de ville », et empêcher aussi les conseils locaux et les autres organismes publics de soutenir le mouvement BDS et toute mesure visant des entreprises contribuant aux violations israéliennes du droit international.

Ce communiqué de presse du gouvernement britannique qui annonce ces mesures contient un certain nombre de propos diffamatoires contre le mouvement BDS, prétendant faussement qu’il appelle à un boycott sur la base de l’identité ethnique. Le ministre de la Justice, Michael Gove, va exprimer les mêmes diffamations lors d’un récent discours.

Les mesures du gouvernement britannique se sont mises en place à travers une note politique relative aux marchés publics et elles proposent de modifier la réglementation du régime de pensions des administrations locales.

Marchés publics : le 17 février 2016, le bureau du Cabinet publie une note politique sur les marchés (PPN) qui réaffirme les obligations juridiques existantes concernent le processus d’approvisionnement dans le secteur public. Elle se sert des règles de l’Organisation mondiale du commerce selon lesquelles les organismes publics ne peuvent refuser de traiter avec une entreprise en raison de son « pays d’origine ». Sauf que l’accord pour les marchés publics de l’OMC autorise toute mesure qui serait adoptée dans le but de « protéger la moralité publique ».

Le document du gouvernement est manifestement destiné à créer un effet dissuasif et à faire pression sur les conseils pour qu’ils croient, à tort, ne plus être autorisés à exclure des appels d’offres les entreprises qui violent les droits de l’homme. Cependant, le document ne crée aucune obligation ou exigence juridique nouvelles pour les organismes publics. Pas plus que la note d’orientation politique n’empêche les conseils locaux d’exclure des appels d’offres les entreprises pour leur rôle dans les violations des droits de l’homme, ce que le précédent gouvernement avait confirmé comme parfaitement légal.

Pensions des administrations locales : le 25 novembre 2015, le gouvernement lance une consultation à propos de nouvelles règles pour la façon dont une administration locale peut investir des fonds de pension. Cela inclut la proposition de donner au Secrétaire d’État un droit de veto sur les décisions d’investissement des autorités locales, et indique que le gouvernement va publier une ligne directrice additionnelle qui précisera clairement que les décisions d’investissements « ne doivent pas suivre une politique qui irait à l’encontre de la politique étrangère britannique ». Cette ligne directrice n’a pas encore été publiée.

Ces mesures compromettent irrémédiablement l’engagement qu’avait pris le gouvernement de déléguer du pouvoir aux administrations et communautés locales. Elles constituent également une agression grave à l’encontre de la démocratie locale et des droits civils.

 

Canada

Le parlement canadien, dirigé par le parti du Premier ministre Justin Trudeau, a récemment voté une condamnation de la campagne mondiale de BDS. La motion était présentée par le Parti conservateur, dans l’opposition, mais elle fut soutenue par la plus grande partie des membres des Libéraux de Trudeau au pouvoir.

La motion « appelle le gouvernement à condamner toute tentative de la part d’organismes ou de particuliers de promouvoir le mouvement de boycott, désinvestissement et sanctions, décrit comme faisant la promotion de la « diabolisation et la délégitimation » d’Israël ».

Cette motion est la plus récente de toute une série d’agressions sous l’égide du gouvernement contre le mouvement BDS et d’atteintes à la liberté d’expression, où l’on a vu aussi des politiciens du gouvernement condamner le militantisme sur les campus et calomnier le BDS comme « antisémite », et signer un accord de coopération avec Israël qui contient un engagement spécifique à combattre le mouvement BDS.

 

http://bdsmovement.net/2016/israels-legal-warfare-on-bds-fosters-repression-13825

http://www.aurdip.fr/israel-s-legal-warfare-on-bds.html

traduction : JPP pour l’AURDIP




La minorité palestinienne d’Israël a organisé sa première conférence BDS

Jonathan Cook

L’importante minorité palestinienne d’Israël a tenu sa toute première conférence BDS le week-end dernier, en dépit d’une législations anti-boycott introduite il y a cinq ans, en application de laquelle les militants sont passibles de lourdes pénalités financières. Un des participants y a vu un signe que la minorité palestinienne est en train d’émerger lentement du “règne de la terreur” instauré par cette loi.

Les dangers inhérents à la promotion de la campagne BDS à l’intérieur d’Israël sont mis en évidence par les difficultés rencontrées par les organisateurs de la conférence pour trouver une salle. Un cinéma privé de Nazareth a accepté d’accueillir l’événement, après que plusieurs autres salles publiques de Haïfa aient refusé, apparemment par crainte d’être sanctionnées par le gouvernement israélien.

La question de savoir dans quelle mesure il est possible, pour les 1,6 million de citoyens palestiniens d’Israël de promouvoir BDS était en tête de l’ordre du jour de la conférence, avec plusieurs orateurs traitant des aspects juridiques et stratégiques.

L’allocution d’ouverture de la conférence a été prononcée par Mohammed Barakeh, responsable du “Haut Comité de suivi”, un organisme de coordination qui représente toutes les factions politiques, ce qui est un signe d’une évolution de principe de la direction palestinienne en Israël en faveur du soutien politique à BDS. Barakeh a déclaré que BDS est “une forme importante de solidarité avec les Palestiniens” et cause une panique croissante parmi les dirigeants israéliens.

Il y a, dit-il, un lien entre “le soutien à BDS et notre survie dans les conditions actuelles” de montée du racisme israélien, l’assassinat de Palestiniens par les “forces de sécurité” israéliennes, l’expansion des colonies et l’enracinement de l’occupation.

Il a relevé les arguments, faisant écho à ceux qu’utilisaient jadis les partisans de l’Afrique du Sud, selon lesquels BDS infligerait surtout des souffrances aux travailleurs palestiniens. “Les combattants anti-apartheid en Afrique du Sud avait une réplique simple : l’apartheid nous nuit plus encore”.

Barakeh a admis que BDS pose des problèmes particuliers aux Palestiniens d’Israël. “Nous ne pouvons pas tout boycotter. Nous avons besoin d’écoles, de passeports, de sécurité sociale. Nous avons le droit d’être des citoyens et de vivre dans notre patrie.

Menaces juridiques

La conférence – intitulée “BDS et les Palestiniens de 1948 : entre l’influence internationale et le contexte local” – avait connu une longue gestation. En 2009, les factions politiques des Palestiniens d’Israël avaient mis sur pied un groupe de travail appelé “Comité Boycott ’48” – en référence aux Palestiniens qui avaient réussi à demeurer sur leur terre en 1948 et finalement devinrent des citoyens israéliens – afin d’examiner la question du soutien à BDS.

Les lignes directrices qu’il avait formulées en 2012 furent enterrées par l’entrée en application de la loi dite “anti-boycott” que le parlement israélien avait adoptée un an plus tôt. Cette loi exposait toute personne qui, à l’intérieur d’Israël, appelle au boycott, même limité aux seules colonies, à une faillite potentielle sur décision d’un tribunal civil israélien. Les entreprises et les citoyens israéliens, ainsi que les colons, étaient en effet en droit de leur réclamer des dommages et intérêts illimités [1].

La conférence est maintenant redevenue possible, ont admis les organisateurs, parce que l’an dernier la Cour suprême israélienne, tout en rejetant un recours visant à l’annulation de la loi, a posé des limites en ce qui concerne son application [2].

L’événement était sponsorisé par trois groupes : le “Comité Boycott ’48”, Mitharkeen, un groupe d’action directe comprenant des Palestiniens d’Israël, de Cisjordanie et de Gaza, et Hirak Haifa, un groupe de jeunes basé dans la grande cité du nord d’Israël.

Sawsan Zaher, une avocate appartenant au centre de soutien juridique aux Palestiniens d’Israël Adalah, a passé en revue les implications pour les citoyens israéliens de promouvoir BDS, ainsi que les moyens d’éviter les procès.  La loi de 2011, a-t-elle souligné, interdit à toute personne qui préconise BDS de bénéficier de la moindre commande publique ou d’émarger au budget de l’État de quelque manière que ce soit.

Peu de Palestiniens d’Israël sont concernés par le premier cas de figure. Mais des entités comme des associations culturelles, des partis politiques, des écoles, des bibliothèques qui ont reçu des subventions de l’État pourraient être prises comme cible, ce qui rendrait malaisé pour les institutions palestiniennes de manifester leur solidarité.

Propagande sioniste

L’an dernier, un arrêt de la Cour suprême a cependant atténué l’impact sur le militantisme au sein de la société civile, qui a retrouvé une certaine marge de manœuvre. Les juges ont en effet estimé qu’un plaignant qui réclame des dommages-intérêts doit démontrer qu’un appel en faveur de BDS a causé un dommage mesurable et qu’il existe un lien de causalité direct entre le militantisme et le dommage subi.

Le fait d’exprimer un soutien à BDS en général, ou l’appel à un boycott des colonies, ne rentre plus dans le cadre de la loi, a-t-elle estimé, mais bien le fait de viser une entreprise en particulier.

Raja Zaatry, qui représentait le “Comité Boycott ’48” a estimé qu’un combat mené en Israël dans le cadre de la campagne BDS doit être précautionneusement adapté aux réalités locales. L’objectif de la loi de 2011 était de “terroriser la société israélienne” et le principal défi de la campagne BDS était de gagner une place dans le courant dominant parmi les Palestiniens en Israël.

La priorité des priorités, a-t-il suggéré, devrait être de faire en sorte que la minorité palestinienne cesse d’être impliquée dans les propagande sioniste contre BDS.

Comme d’autres participants à la conférence, il s’en est en effet pris aux Palestiniens d’Israël qui contribuent à “blanchir” l’image d’Israël à l’étranger. La chanteuse Mira Awad a été nommément prise à partie pour ses apparitions dans des spectacles [1] à l’étranger pour représenter Israël, comme elle le fit en Espagne ou en Inde.

Prenant un autre exemple, Zaatry a relevé que l’université d’Ariel, située dans une colonie du même nom implantée au cœur de la Cisjordanie, a exploité le fait que 300 citoyens palestiniens y étudiaient pour suggérer qu’elle fait la promotion de la coexistence. A ses yeux, la minorité palestinienne devrait commencer par lancer des campagnes contre l’Université d’Ariel et les produits des colonies [juives de Cisjordanie].

Les Palestiniens d’Israël pourraient aussi renforcer le mouvement international BDS en mettant en évidence non seulement les brutalités de l’occupation, mais également le racisme systématique auquel ils sont confrontés à l’intérieur d’Israël.

Mais il a aussi mis en évidence certaines complexités : “Nous devons être prudents. Beaucoup de Juifs israéliens boycottent déjà les communautés palestiniennes à l’intérieur d’Israël, comme Nazareth. Nous ne désirons pas alimenter ce genre de racisme avec notre propre forme de boycott contre leurs cités”.

Cette vidéo de solidarité provenant d’Afrique du Sud a été projetée au cours de la conférence :

https://www.youtube.com/watch?v=zVypya4iaIw

Boycotter la Knesset

La campagne BDS a été confrontée à son plus redoutable défi dans l’arène politique en Israël.

Le comité avait évité de formuler des propositions qui soient sources de division, a expliqué Zaatry, en particulier en ce qui concerne le problème le plus controversé au sein de la minorité palestinienne : faut-il ou non boycotter le parlement israélien ?

Les élus de la “liste conjointe”, qui rassemble quatre factions politiques, constituent actuellement le troisième plus important groupe politique à la Knesset. Deux autres partis, le parti laïc Abnaa al-Balad, et le Mouvement islamique, récemment déclaré hors-la-loi, ont l’un et l’autre rejeté l’idée de participer aux élections nationales.

La position du comité avait reçu l’appui de Omar Barghouti, un des fondateurs du mouvement BDS. Au cours d’une table-ronde il a déclaré que la décision de boycotter la Knesset devrait attendre jusqu’à ce que se forme un consensus plus large sur la question.

Quoique la “liste conjointe” n’ait pas adopté les lignes directrices de BDS, Zaatry fit remarquer qu’une des factions qui la composent, le Parti Communiste, a adopté l’an dernier une résolution qui soutient le boycott des colonies. Les membres d’une autre faction, Balad, ont exprimé leur soutien à cette même politique.

Mais Zaatry a aussi rappelé que les partis politiques exercent des pressions : il y a deux ans Avigdor Lieberman, qui était à l’époque Ministre des Affaire étrangères, avait fait pression sur l’Université de Haïfa pour qu’elle licencie Yousef Jabareen, qui était à l’époque maître de conférences et qui siège aujourd’hui à la Knesset, parce qu’il avait participé à un débat sur BDS.

Un objectif important, a encore estimé Zaatry, était de bâtir une lutte commune avec les Juifs israéliens sympathisants afin de contrer la propagande gouvernementale selon laquelle le soutien à BDS relève de l’antisémitisme.

Le rôle du milieu universitaire

Anat Matar, philosophe de l’Université de Tel Aviv a abondé dans le même sens. Elle a souligné que le milieu universitaire israélien fait partie intégrante de l’oppression des Palestiniens, en raison des liens étroits entre les universités et les diverses industries israéliennes du secteur de la sécurité. Les universités israéliennes se donnent aussi beaucoup de peine pour établir des relations fortes avec les milieux universitaires à l’étranger.

Faisant écho à l’appel de Zaatry pour que la campagne BDS en Israël soit très pragmatique, elle a affirmé que les universitaires sympathisants devraient refuser des conférences internationales en Israël. Mais, dit-elle, elle préfère participer à des conférences à l’étranger : “Je me sens plus libre de dire ce que je pense réellement de BDS quand je suis à l’étranger”.

Omar Barghouti, pour sa part, a mis en évidence les succès de la campagne BDS depuis son lancement par la société civile palestinienne en 2005, et l’importance de garder le mouvement ouvert à tous, y compris les Juifs israéliens.

Selon lui, la loi de 2011 implique que la minorité palestinienne ne peut pas prendre des entreprises pour cible [d’un boycott], mais il suggère que des militants collectent et publient des données à propos de ceux qui tirent des profits de l’occupation. Il a exhorté les militants à se montrer aussi créatifs que possible.

D’autres militants ont encore tenté de formuler des suggestions pratiques quant aux moyens pour les citoyens palestiniens d’Israël de contribuer au mouvement BDS.

Haneen Maikey, de Al-Qaws, une organisation qui milite pour la diversité sexuelle et de genre au sein de la société palestinienne, a souligné que la communauté LGBT [4] devrait travailler dur pour contrecarrer la propagande d’Israël en matière de “pinkwashing” – les efforts d’Israël pour se faire passer pour “gay-friendly”. Cette propagande a été conçue pour “détourner l’attention des violations des droits humains au détriment des Palestiniens”. Elle a ajouté que les mouvements LGBT en Israël devraient persuader leurs homologues étrangers de ne pas participer à des événements tels que la “Gay Pride March” à Tel Aviv. Ils devraient aussi se montrer très présents lors de conférences LGBT à l’étranger afin d’essayer de contester la narration israélienne, dont les agents s’y montrent très actifs.

Les profiteurs de l’occupation

Hadeel Badarneh, de l’organisation “Who Profits ?”, qui dévoile quelles sont les entreprises qui tirent profit de l’occupation, a expliqué qu’il est important de penser au-delà du seul cas des industries de sécurité et des colonies, et de prendre en considération ce qu’elle appelle “l’infrastructure israélienne du contrôle économique”.

Tnuva, producteur israélien de produits laitiers à capitaux chinois, a tiré profit du fait que la population de la Cisjordanie était dépendante de ses produits pour créer un monopole qui représente 60 millions de dollars pour la seule Cisjordanie.

De manière similaire, la compagnie Nesher a pris le contrôle de  85% du secteur de la construction dans la zone, y compris en ce qui concerne la fourniture de la majeure partie du ciment nécessaire pour la reconstruction de la Bande de Gaza après les agressions destructrices répétées d’Israël contre l’enclave.

Elle note qu’on constate une tendance croissante aux “investissements éthiques”,  et les militants jouent discrètement un rôle pour exercer une pression sur les entreprises pour qu’elles se retirent d’Israël.

Les questions culturelles aussi fortement mises en évidence

Suha Arraf, qui avait suscité la fureur des dirigeants israéliens en 2014 en désignant le film Villa Touma comme un film palestinien alors qu’il avait été financé par des fonds israéliens, a exprimé les difficultés rencontrées par les artistes palestiniens pour trouver des moyens de financer leur travail.

Elle dit que les pays arabes refusent de financer des projets, qu’ils considèrent comme participant de la “normalisation” [de l’occupation], tandis que l’Autorité Palestinienne manque de moyens financiers. Les bailleurs de fonds étrangers, quant à eux, n’acceptent généralement d’intervenir qu’en complément de financements d’origine locale.

Elle estime que le mouvement BDS se doit de mettre au point des sources de financement alternatives si on attend des artistes qu’ils rejettent l’aide israélienne.

Liens culturels

La conférence a aussi entendu une intervention de Ali Muasi, un enseignant qui a été récemment bien malgré lui une vedette des médias locaux. Muasi a été licencié samedi dernier par son école, située dans la ville de Baqa al-Gharbiyya, au centre d’Israël, parce qu’il avait projeté devant ses élèves un film palestinien intitulé “Omar”, qui traite des efforts agressivement déployés par Israël pour recruter des collaborateurs dans le but d’affaiblir la société palestinienne.

Alors que jusqu’ici il n’est nullement apparu que Ali Muasi ait violé une quelconque règle, le Ministère de l’éducation n’a jusqu’à présent manifesté aucune intention de le soutenir contre ce licenciement.

Muasi a parlé des exigences contradictoires du boycott et de la nécessité pour les Palestiniens en Israël et dans les territoires occupés de maintenir des relations politiques et culturelles avec le monde arabe. Il rejette la position actuelle de BDS selon laquelle des artistes arabes peuvent se rendre dans les territoires occupés alors que les Palestiniens vivant en Israël ne le pourraient pas. Selon lui, il faut s’opposer aux visites dans les deux cas. “Nous devons soumettre de telles visites à une condition : est-ce qu’elles nous aident à progresser vers notre projet de libération nationale ?”.

A son avis, la plupart des visites n’offrent rien de plus que du divertissement, tout  servant principalement à conférer de la légitimité à Israël. Grâce à l’Internet, a-t-il ajouté, il est aisé pour les Palestiniens de maintenir des liens culturels avec la région sans devoir s’y rendre.  “Nous devons nous demander dans quelle mesure ces visites nous aident à changer notre situation. C’est la même question que nous devons nous poser en ce qui concerne notre participation à la Knesset.

A des membres de l’assistance qui exprimaient leur opposition à ses vues, Muasi a rétorqué que si des artistes arabes exprimaient clairement leur opposition à l’occupation il seraient traités de la même manière que l’intellectuel étatsunien Noam Chomsky, à qui Israël a refusé l’entrée du territoire en 2010. Néanmoins, Muasi fait une exception en ce qui concerne les Palestiniens vivant en exil. Il estime qu’ils devraient venir – même si pour cela ils ont besoin de l’autorisation des militaires israéliens – car le renforcement de leurs liens avec la patrie palestinienne est une priorité.


[1] selon cette loi, les plaignants ne devaient même pas prouver l’existence d’un quelconque préjudice dans leur chef. – NDLR
[2] En 2009, Mira  Awad fut la première Arabe choisie pour représenter Israël au Concours Eurovision de la chanson aux côtés de Noa – NDLR
[3] LGBT : Lesbiennes, gays, bisexuels et trans, terme utilisé pour désigner les personnes non hétérosexuelles et/ou cisgenres. – NDLR

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Cet article a été publie sur le site Mondoweis le 2 mars 2016 sous le titre “Emerging from a ‘reign of terror’: Palestinians in Israel hold first BDS conference”.
Traduction : Luc Delval

Jonathan Cook vit à Nazareth et est lauréat du prix spécial Martha Gellhorn de journalisme. Ses ouvrages récents sont « Israel and the Clash of Civilisations: Iraq, Iran and the Plan to Remake the Middle East » (Israël et le choc des civilisations : l’Irak, l’Iran et le plan de remodelage du Moyen-Orient) (Pluto Press) et Disappearing Palestine: Israel’s Experiments in Human Despair (La disparition de la Palestine : expérimentations israéliennes autour du désespoir humain) (Zed Books). Son site web personnel est : www.jonathan-cook.net.




Informations sur Elbit Systems

Elbit

Elbit Systems, basé à Haïfa, est la plus grande compagnie d’armement et de sécurité cotée en Bourse d’Israël. Elbit croît rapidement. Il a absorbé des dizaines de compagnies depuis 2000, emploie maintenant plus de 11.500 personnes et a autorité sur un réseau mondial considérable de sociétés succursales et affiliées.

Elbit est une compagnie à portée internationale, en réalité 75 % de ses ventes se font hors d’Israël. La compagnie a des contrats militaires avec des gouvernements aux USA, au Royaume-Uni et en Europe, en Afrique, Asie et Amérique du Sud.

Elbit et les guerres de drones d’Israël

85 % des drones de l’armée israélienne sont fabriqués par Elbit. D’après Defense News, les drones militaires d’Elbit sont utilisés par l’armée israélienne dans sa surveillance quotidienne et dans les attaques sur Gaza. En effet, Elbit commercialise ses équipements sur le fait qu’ils ont été testés en combat sur les corps des habitants de Gaza. Par exemple, le site d’Elbit annonce que le drone Hermes 450 est “l’épine dorsale de la flotte de drones Israël” et a fait ses preuves au combat.

Malgré une preuve irréfutable du contraire, l’armée israélienne n’est pas bavarde sur son utilisation de drones armés à Gaza. Pourtant l’utilisation par Israël de drones pour mener la surveillance, la reconnaissance, la désignation de cibles pour les avions pilotés et des assassinats est bien documentée par les organisations militantes, les ONG et les télégrammes révélés par Wikileaks.

L’emploi de la technologie des drones a changé la nature de la guerre moderne, permettant à des gouvernements de lancer des attaques sans avoir besoin de troupes au sol ou de déclaration de guerre. En conséquence, les drones d’Elbit ont été utilisés par l’armée israélienne pour accomplir des assassinats au Soudan et en Égypte alors qu’Israël n’était pas officiellement « en guerre » avec ces pays.

L’emploi du matériel d’Elbit à Gaza

Les drones Hermes d’Elbit ont été l’un des deux principaux avions sans pilote utilisés pour attaquer les gens à Gaza pendant l’opération israélienne Plomb Durci de 2009 qui a tué plus de 1400 Palestiniens, d’après Human Rights Watch (HRW). HRW déclare que « Hermes peut rester en vol jusqu’à 24 heures à des altitudes montant à 18 000 pieds et il dispose d’un groupe de capteurs optique, infrarouge et laser permettant à l’opérateur d’identifier et de suivre des cibles ainsi que de guider des munitions en vol. Les Hermes portent des missiles Spyke MR (portée moyenne) ».

D’autre part, HRW rapporte que le drone Hermes est équipé d’un système de caméras permettant au pilote du drone de voir si une personne est armée ou s’il s’agit d’un enfant ou d’un adulte. Les missiles du drones sont aussi équipés de caméras et peuvent être détournés jusqu’à la dernière seconde. Ceci veut dire que les pilotes des drones israéliens et leurs commandants auraient su s’ils visaient des civils et qu’ils sont coupables de crimes de guerre accomplis par des drones Elbit. HRW a aussi demandé la publication des vidéos prises par les drones Hermes, pour assister à l’enquête sur les crimes de guerre.iii Il va sans dire que la demande n’a pas été accordée.iv

L’assassinat du commandant de Hamas Ahmed Jabari, qui a précipité l’attaque « Colonne de Nuée » de 2012 sur Gaza, a été effectué par un drone Elbit Hermes 450, d’après Defence Today.v

Le mini-drone 7.5 Skylark d’Elbit, opérationnel dans l’armée israélienne depuis 2008, a été largement utilisé en soutien aux actions militaires au sol lors de l’attaque d’Israël sur Gaza en 2014, l’opération Bordure Protectrice, qui a tué 2191 Palestiniens. Les Hermes 450 et 900 ont aussi été utilisés pendant toute cette attaque.

Bateaux fantômes meurtriers

Elbit commercialise des bateaux armés télécommandés. Les pêcheurs palestiniens ont dit à Corporate Watch qu’ils ont été attaqués par des bateaux sans pilote similaires au large du rivage de Gaza.

La Cisjordanie

– Elbit fournit l’électronique du mur d’apartheid qui s’étend sur des centaines de kilomètres dans la Cisjordanie, séparant les personnes de leurs proches, les agriculteurs de leurs champs et qui est destiné à s’emparer de plus de terres pour Israël et ses colonies.

– Le drone Skylark d’Elbit a été utilisé lors de multiples arrestations à domicile par l’armée israélienne en Cisjordanie en 2014.vi

Le Golan syrien occupé par Israël

Elbit a une usine dans la colonie de Bnei Yehuda sur le territoire pris aux Syriens par la force militaire en 1967. D’après le droit international, la colonie est illégale.vii

Attaques israéliennes au Liban, au Soudan et en Égypte

Les Hermes 450 d’Elbit ont été utilisés intensivement pendant la seconde guerre du Liban. En 2009, les drones Hermes 450 ont été utilisés lors d’une attaque d’un convoi au Soudan, qui était censé transporter des armes destinées à Gaza.viii En 2012, les Hermes 450 ont été impliqués dans un assassinat au Sinaï en Égypte.ix

Afghanistan

Le Royaume Uni a utilisé les drones Hermes 450 sur l’Afghanistan et y a déployé son nouveau drone Watchkeeper basé sur le Hermes 450 (voir ci-dessous). Le Canada a aussi acheté des Skylark d’Elbit pour l’Afghanistan. x

Mur frontalier avec le Mexique

Elbit a encaissé d’après son expérience de fourniture d’électronique pour le mur d’apartheid en Cisjordanie et a gagné un contrat avec les USA pour le mur frontalier avec le Mexique.xi

Elbit et le Royaume Uni.

Elbit a loué ses drones à l’armée britannique depuis 2007 pour utilisation en Irak et en Afghanistan. Ces drones auraient survolé l’Afghanistan pendant au moins 70 000 heures. En 2005, la Grande-Bretagne a annoncé qu’elle achèterait de nouveau drones basés sur le design du Hermes 450. En conséquence, Elbit a formé le partenariat U-TacS (dont il détient 51 %) avec la compagnie française Thales pour fournir 54 drones Watchkeeper au ministère de la défense. Malgré qu’en apparence le Watchkeeper est un drone de reconnaissance, il a été exposé porteur de missiles dans plusieurs salons militaires. Les moteurs pour le Watchkeeper sont fabriqués à l’usine Elbit de moteurs de drones à Shenstone, Staffordshire. Des soldats britanniques ont voyagé en Israël pour s’entraîner dans le cadre du programme Watchkeeper. Les tests sont effectués maintenant depuis ParcAberporth dans le pays de Galles occidental et à Boscombe Down dans le Wiltshire.xii Un drone Watchkeeper a été déployé pour la première fois en Afghanistan en 2014. Le programme a été retardé plusieurs fois mais on prévoit l’achèvement des livraisons en 2016. xiii

Elbit et l’Union européenne

Elbit reçoit de généreuses subventions européennes payées par les contribuables dans le cadre du programme de recherche « Horizon 2020 » de l’Union européenne.xi La compagnie bénéficie de son implication dans cinq projets européens dans le cadre du septième programme cadre pour la recherche et le développement technologique.xv Les Palestiniens ont appelé l’UE à mettre fin à toutes ses relations avec les compagnies militaires israéliennes.

Liens avec les universités israéliennes

Les universités israéliennes sont profondément mêlées à l’industrie militaire israélienne. Les étudiants du Technion de Haïfa ont reçu des bourses pour accéder à un laboratoire de recherches d’Elbit, tandis que le président du Conseil d’administration de l’université hébraïque de Jérusalem est Michael Federmann, qui préside aussi le CA d’Elbit.xvi

Industrie : Fabrication d’équipements militaires, de « sécurité » et de surveillance. Drones non pilotés, armements militaires et navals.

Négocié à : NASDAQ | TASE (ESLT)

Chiffre d’affaires : En 2013, la compagnie a communiqué une recette de 2,9 milliards de dollars, pour voir le dernier rapport annuel, cliquer ici.xvii

Employés : 11 500 – 12 000 (surtout en Israël et aux USA)

Filiales :xviii

Filiales aux USA : Elbit Systems of America, Merrimack Operations (Kollsman Inc), Fort Worth Operations, Talladega Operations (IEI), Mclean Operations (ICI), San Antonio Operations (M7), Boca Raton Operations, VSI et RCEVS

 

Filiales israéliennes : Elop, Elisra SCD. Semi-Conductor Devices (aussi possédé par Rafael Advanced Defense Systems) et Opgal (50%). Elbit Systems Land et C4, Elbit Security Systems, Cyclone, Kinetics, ITL Optronics, SCD (50%), Tor (50%)

 

Australie: Elbit Systems of Australia

 

India: Halbit

 

Brésil: Ares, AEL, Harpia

 

Filiales au Royaume-Uni : UAV Engines (UEL), Ferranti Technologies, Elite KL, Instro Precision, UTacS

 

Autres filiales européennes : Elbit (Belgique) et Elbit (Roumanie), Telefunken (Allemagne)

Adresses :

Au Royaume-Uni :

 

Ferranti Technologies, Cairo House, Greenacres Road, Waterhead, Oldham, Lancashire, OL4 3JA, http://www.ferranti-technologies.co.uk/, Voir (sur la carte interactive de Campaign Against the Arms Trade)

 

Le site Web de Ferranti fait la pub de systèmes mer, air, sol, de munitions guidées et de systèmes electro-optiques pour drones.

 

UAV Engines Ltd, Lynn Lane, Shenstone, Lichfield, WS14 0DT, Voir

 

Le site Web de UAV Engine’s fait la pub des moteurs pour drones. En 2010, UAV Engines a fait la demande de deux licences d’exportation militaire de moteurs de drones pour Israël. Le gouvernement britannique a déclaré que l’équipement fourni par cette firme « n’a été accordé que pour des moteurs montés en Israël puis exportés ». Toutefois, de nombreux commentateurs doutent de cette déclaration, y compris Amnesty International.

 

Elite KL, Sandy Way, Amington Industrial Estate, Tamworth, Staffordshire, B77 4DS, http://www.elitekl.co.uk/military/, Voir

 

Le site Web de Elite KL’s fait la pub de systèmes militaires de refroidissement.

 

Instro Precision, 15 Hornet Close, Pysons Road Industrial Estate, Broadstairs, Kent, CT10 2YD, http://www.instro.com, Voir

 

Le site Web d’Instro’s fait la pub de systèmes de caméras pour la surveillance et l’acquisition de cibles.

 

Siège central d’Elbit:

 

Advanced Technology Center, P.O.B 539, Haïfa 31053, Israël, Voir

 

Propriété : Elbit est contrôlée par la famille Federmann via Federmann Enterprises (46%). Les autres grands investisseurs sont Psagot Investment House, Allianz SE, Invesco et Bank of New York Mellon.

 

Deux banques britanniques de High Street ont été indiquées détenir des actions Elbit l’an dernier : HSBC et Barclays Bank (pour en savoir plus sur l’actionnariat de Barclays cliquer ici). Au 19 février 2015, ces actions ont été vendues. Toutefois, il n’y a pas d’indication que ceci soit dû à un changement de politique d’investissement, aussi peuvent-ils reprendre des actions Elbit dans le futur. Les autres investisseurs incluent Morgan Stanley et l’Office d’investissement du régime de pensions du Canada.

 

Produits fabriqués par Elbit: 

 

Drones (voir ci-dessous), systèmes de visualisation sur casque, systèmes de visualisation et d’armes pour hélicoptères Apache, missiles et système de guidage, réservoirs pour F-16s, navires non pilotés, systèmes pour l’aviation civile, tourelles téléguidées pour véhicules blindés de transport de troupes, systèmes d’artillerie, systèmes de contrôle de tir pour tanks, véhicules au sol téléguidés, systèmes radio et satellites, systèmes de barrières électroniques, caméras d’imagerie thermique, technologie satellite pour les programmes spatiaux, véhicules de combat Bradley.

 

Cargos: la compagnie de cargo US APL et Maersk, un conglomérat danois, ont transporté les produits Elbit dans le passé.xix

 

Drones fabriqués par Elbit:

 

Elbit fabrique les avions sans pilote suivants :

 

Skylark I LE; Skylark II

Hermes 90

Hermes 180

Hermes 450

Hermes 900

Hermes 1500

 

D’après Drone Wars UK, les Hermes 450 and 900 ont été utilisés pour mener des attaques par l’aviation israélienne.xx

 

Pays où Elbit a exporté :xxi

 

Argentine (coentreprise)

Royaume-Uni

Azerbaïdjan

Botswana

Brésil

Chili (sur commande)

Colombie (sur commande)

Croatie

Géorgie

Italie (coentreprise)

Mexique

Singapour

Afrique du Sud

Ouzbékistan

Résistance

Depuis l’appel de la société civile palestinienne pour le boycott, le désinvestissement et les sanctions lancé en 2005, il y a une campagne de désinvestissement contre Elbit. Le fonds de pension d’État norvégien, la grande banque danoise Danske Bank, le fonds de pension géant allemand ABP et le fonds de pension suédois AP ont désinvesti leur participation. Les experts en investissement ont dit aux militants qu’Elbit apparaît maintenant sur la plupart des listes noires préparées par les compagnies de recherche sur les investissements « socialement responsables ».

Très peu de banques européennes, autres que Barclays et HSBC, apparaissent sur une liste d’investisseurs institutionnels dans Elbit (publiée par Nasdaq.com), suggérant que la plupart des banques européennes croient que le rôle de la compagnie dans les crimes de guerres israéliens en font un investissement inapproprié.

En 2011, un appel de la société civile palestinienne a demandé un embargo dans les deux sens sur la vente des armes à et de l’État d’Israël et des compagnies israéliennes. En accord avec cet appel, les militants antimilitaristes ont visé Elbit et lancé des campagnes appelant les investisseurs à désinvestir leurs parts de cette compagnie.

La campagne a pris de l’ampleur depuis les attaques israéliennes sur Gaza en 2014. Au cours de l’attaque, les militants ont occupé le toit de la filiale d’Elbit à Shentone, fermant l’usine pendant 24 heures. Une occupation similaire a eu lieu en Australie. Des manifestations régulières se tiennent actuellement à l’usine Elbit de Shentone.

Les militants du Pays de Galles protestent depuis des années contre le vol des drones à ParcAberporth. Cliquer ici pour plus de détails.

Les militants ont aussi intensifié la campagne pour que Barclays désinvestisse d’Elbit, en tenant des piquets, des blocages et en manifestant aux agences Barclays. Lors d’un jour d’action en novembre 2014,15 actions simultanées ont été faites contre des agences Barclays au Royaume-Uni.

La résistance est aussi focalisée sur Thales, le partenaire d’Elbit dans le programme Watchkeeper. En juin 2014, une manifestation a eu lieu au siège de la compagnie à Londres et en octobre 2014, une occupation du toit d’une usine Thales de Glasgow a eu lieu.

Les militants font pression pour que l’UE exclue Elbit et les autres compagnies d’armes israéliennes de ses financements de recherche. Voir ici pour plus de détails.

Arrière-plan

Les champs de bataille du militarisme israélien et de l’occupation se sont avérés être de vrais terrains d’expérimentation pour de nouveaux types d’armes. L’état de guerre permanent d’Israël a assuré un marché fiable pour les fabricants d’armes israéliens. D’après Drone Wars UK, les drones de surveillance ont été utilisées pour la première fois en Égypte à la veille de la guerre du Yom Kipour. Le premier emploi documenté d’un drone israélien pour aider des avions de combat à bombarder des cibles (acquisition de cibles) était en 1982 lors de la mise en route de l’invasion israélienne et de l’occupation du Liban. D’après le Centre des droits humains Al Mezan, la première utilisation d’un drone armé par Israël a été enregistrée en 2004. L’expérience acquise pendant des années de répression militaire a fait d’Israël le premier exportateur de technologie de drones au monde. Les compagnies d’armes israéliennes ont vendu des drones à plus de 50 pays.

D’après Human Rights Watch (HRW) : « le missile tiré d’un drone a ses propres caméras qui permettent à l’opérateur d’observer la cible dès le moment du tir. Les optiques, tant du drone que des missiles, incluent des caméras infrarouges permettant aux opérateurs de voir des individus de nuit comme de jour. Avec ces capacités visuelles, les opérateurs de drones devraient être capables de faire la différence entre combattants et autres participants directs aux hostilités, qui sont des cibles légitimes, et civils qui sont à l’abri d’attaques, et se retenir de tirer si cette distinction ne peut pas être faite. Si un doute de dernière seconde apparaît pour une cible, l’opérateur de drones peut utiliser le système de guidage à distance du missile pour le dévier en le dirigeant au loin de la cible avec un joystick. »

Malgré cela, le nombre de morts (en pourcentage du total des morts) causées par les frappes de drones a augmenté. Au cours de notre visite à Gaza en 2013, Corporate Watch a interviewé plusieurs survivants d’attaque de drones israéliens n’ayant été impliqué dans aucun combat avant qu’ils soient visés ; de nombreux tués par des attaques de drones étaient des enfants. Le centre des droits humains de Gaza Al-Mezan a fourni à Corporate Watch ces données choquantes pour les années 2000 – 2012 :

 

Tableau Gaza

Les frappes des drones israéliens sont menées à partir des bases aériennes de Palmachin et Tel Nof.xxii

Notes: 

 

i War on Want, Killer Drones: UK Complicity in Israel’s Crimes Against the Palestinian People (2013), page 8

ii Drone Wars UK (M. Dobbing et C. Cole), Israel and the Drone Wars, (2014), page 8

iii Human Rights Watch, Precisely Wrong: Gaza Civilians killed by Israeli drone-launched missiles (2009)

iv Human Rights Watch, (2009)

v P. Layton dans Defence Today, cité par Drone Wars UK, (2014)

vi Who Profits, Elbit company profile 

vii Corporate Watch, Targeting Israeli Apartheid, (2011), page 116

viii Drone Wars UK (2014), citant le Jerusalem Post

ix Rosa Luxemburg Stiftung, Sleepless in Gaza (2014)

x War on Want(2013)

xi War on Want (2013)

xii Drone Wars UK (2014) et Watchkeeper: The Army’s latest Spy in the Sky, Daily Telegraph (2014)

xiii T. Ripley, UK Deploys Watchkeeper UAV to Afghanistan, Jane’s Defence Weekly (September 2014)

xiv http://www.horizon2020publications.com/H0/files/assets/basic-html/, page 35

xv War on Want (2013)

xvi Corporate Watch, Targeting Israeli Apartheid, (2011), pages 79-80

xvii Elbit, Annual report (2013)

xviii Elbit, Company Profile (2013)

xix Corporate Watch, Targeting Israeli Apartheid, (2011), page 69 et Import Genius https://www.importgenius.com/suppliers/elbit-systems-land

xx Drone Wars UK (2014)

xxi Drone Wars UK (2014) et Parliamentary Hansard (Octobre 2014)

xxii Rosa Luxemburg (2014)

Traduction : JPB pour BDS France




Sionisme et antisémitisme : des jumeaux politiques racistes

jbig_logo_onlyTraduction d’un texte de J-Big = Jews for Boycotting Israeli Goods, association de Juifs britanniques soutenant l’appel palestinien à BDS

Le mouvement pour la liberté, la justice et l’égalité des Palestiniens lutte contre l’occupation israélienne, la colonisation des territoires arabes par Israël et son système d’apartheid. La campagne Boycott, Désinvestissement et Sanctions (BDS) vise l’état d’Israël, les institutions et les entreprises israéliennes complices des crimes d’Israël. BDS est devenu, pour des gens de divers horizons, un moyen efficace d’exprimer leur mobilisation humanitaire et antiraciste en solidarité avec la Palestine.

Constatant la force de BDS, les défenseurs d’Israël accusent régulièrement le mouvement d’antisémitisme. Ils utilisent leur arme favorite pour intimider et faire taire les détracteurs d’Israël, y compris des antisionistes juifs, qui sont considérés comme des « Juifs atteints de haine de soi. »

Cet exposé a été écrit par et pour des militants de BDS, pour expliquer comment l’accusation d’antisémitisme s’applique au sionisme lui-même. En effet, ils sont des jumeaux politiques racistes. Comprendre leur interdépendance aidera à renforcer le mouvement BDS et à élaborer une stratégie.

L’antisémitisme présenté comme éternel

Le sionisme a toujours fait valoir que l’antisémitisme était inné chez les non-Juifs et qu’il persisterait donc toujours. Selon Leo Pinsker, le fondateur du mouvement Hovevei Zion (les Amants de Sion) au 19ème siècle, « la judéophobie est une maladie mentale. En tant que maladie mentale, elle est héréditaire, et en tant que maladie transmise depuis deux mille ans, elle est incurable. » Sur cette base, l’antisémitisme ne pouvait pas être éliminé, donc le combattre était inutile.

Le fondateur du sionisme politique, Theodor Herzl, a écrit dans son journal de 1895 : « A Paris … j’ai constaté qu’il était inutile et vain d’essayer de « combattre » l’antisémitisme ». Il a aussi écrit que « les antisémites seront nos amis les plus fiables, les pays antisémites nos alliés » , c’est-à-dire en encourageant l’immigration juive en Palestine. Selon Jacob Klatzkin, rédacteur en chef entre 1909 et 1911 de Die Welt, le journal sioniste officiel : « Nous sommes … naturellement des étrangers. Nous sommes une nation étrangère parmi vous, et nous voulons le rester. »

Les sionistes de la première heure ont accepté les stéréotypes qui étaient répandus à l’époque : que les Juifs, en particulier les Juifs d’Europe de l’Est, étaient rétrogrades. On considérait qu’ils étaient devenus arriérés parce qu’ils n’avaient pas de patrie, donc leur installation en Palestine les élèveraient et les purifierait. Par exemple, Pinhas Rosenbluth, devenu plus tard Ministre de la justice d’Israël, a écrit que la Palestine était « un établissement de fumigation de la vermine juive. » Considérant les Juifs comme de la « poussière humaine », les sionistes ont voulu les sauver par la aliyah (« ascension », c’est-à-dire l’immigration sur l’ancienne terre d’Israël (Eretz Yisrael).

Les sionistes, tout comme les antisémites européens, étaient d’avis que les Juifs n’étaient pas à leur place et qu’on devait les aider ou même faire pression sur eux pour qu’ils quittent l’Europe. Mais la plupart des Juifs rejetaient cette idée. En 1897, le premier Congrès sioniste a dû partir de Munich et s’installer à Bâle, en Suisse, parce que les Juifs, à Munich, considéraient le sionisme comme antisémite et craignaient qu’il ne porte atteinte à leurs droits civiques en Allemagne.

Le soutien antisémite à la création d’un Etat Juif

Le sionisme a toujours dépendu du soutien des élites antisémites. Avant même que des organisations sionistes juives se soient développées, le sionisme politique a été encouragé par des impérialistes européens du 19ème siècle comme Lord Palmerston, Lord Shaftesbury, Benjamin Disraeli et Ernest Laharanne, secrétaire de Napoléon III. Beaucoup de chrétiens croyaient que l’immigration juive en Palestine entraînerait la Seconde Venue du Christ, indiquée dans la prophétie biblique. De manière plus pragmatique, une future patrie juive représentait pour eux un avant-poste impérial britannique : « un “ petit Ulster juif loyal ” dans une mer d’arabisme potentiellement hostile », selon le premier gouverneur militaire de Jérusalem.

De tels motifs politiques justifient la fameuse « Déclaration de Balfour » de 1917, le Ministre des Affaires étrangères britannique, Arthur James Balfour (un sioniste chrétien), se disant favorable à « la création en Palestine d’un foyer national pour le peuple Juif. » Tous les autres peuples ont été considérés comme appartenant aux « communautés non-juives. »

La seule opposition au sein de son cabinet est venue de son unique membre juif, Edwin Montagu, qui a averti que le plan mènerait à une discrimination envers les non-Juifs en Palestine et envers les Juifs ailleurs.

Dix ans plus tôt, en tant que Premier ministre, Balfour avait promu la Loi sur les étrangers de 1905, dont le but était d’empêcher l’immigration de réfugiés juifs qui fuyaient les pogroms tsaristes en Russie. Il voulait plutôt qu’ils aillent en Palestine. Il a mis en garde contre « les maux indéniables qui se sont abattus sur le pays [la Grande-Bretagne] à cause d’une immigration qui a été en grande partie juive. »

Affaiblir un boycott anti-Nazi

Les sionistes ont souvent fait valoir que seul leur propre état peut protéger les Juifs des agressions antisémites. D’ailleurs, au début du Troisième Reich, les Nazis et les organisations sionistes partageaient la même vision sur la séparation juive.

En essayant de séparer les Juifs du reste de l’humanité, les sionistes ont fait des choix destructeurs.

Quand l’Allemagne nazie a promulgué des lois antisémites et encouragé les agressions physiques sur les Juifs, la diaspora juive, dans d’autres pays, a organisé une campagne efficace pour un boycott international. De grands rassemblements ont eu lieu dans de nombreuses villes du monde. Aux Etats-Unis et dans plusieurs pays européens, des grands magasins ont annulé des commandes de produits allemands et trouvé d’autres fournisseurs.

Pour vaincre le boycott, le régime nazi avait pour complice l’Organisation Sioniste Mondiale (OSM). Dans l’Accord de transfert (Haavara) de mars 1933, l’OSM s’est activement opposée au boycott ; en contrepartie, les Nazis ont laissé certains Juifs riches et leurs biens partir en Palestine. La valeur du transfert s’est élevée à l’équivalent d’au moins 30 millions de dollars de biens allemands, faisant ainsi d’Hitler un important soutien économique du projet sioniste. L’accord devait « porter un coup au cœur du boycott anti-Nazi mené par des Juifs », d’après l’historien Edwin Black. 13 Des membres du Congrès juif mondial ont voulu continuer le boycott, mais la direction du Congrès n’a pas tardé à se joindre à l’effort de l’OSM pour l’affaiblir.

Le sionisme tire avantage de l’antisémitisme en Pologne

Au milieu des années 30, le gouvernement polonais a aussi pris des mesures contre les Juifs du pays en promulguant des lois inspirées des Lois raciales de Nuremberg de l’Allemagne nazie. Par exemple, de nouvelles lois ont posé des restrictions à l’abattage kascher du bétail et exclu les Juifs de certaines professions. Le régime polonais a aussi négocié avec la France pour fonder une « colonie juive » à Madagascar et pouvoir y envoyer des Juifs polonais. 14 Ces mesures ainsi que l’antisémitisme de l’Eglise catholique ont renforcé le mouvement sioniste polonais.

Betar, un mouvement sioniste révisionniste de droite qui s’opposait aux syndicats, a travaillé avec des antisémites dans l’armée polonaise à partir de 1930. Des officiers haut-gradés ont entraîné en secret les recrues de Betar, dont la plupart a immigré en Palestine avant la fin de la décennie pour y rejoindre les forces armées sionistes. Néanmoins, le sionisme polonais a rencontré une forte opposition de la part du Bund, parti socialiste juif laïc, qui avait beaucoup plus d’influence que les autres partis juifs de Pologne.

De l’Holocauste au « Nouveau Juif »

Le sionisme était une force politique minoritaire chez les Juifs européens jusqu’à ce que six millions d’entre eux soient tués par les Nazis. Avec l’Holocauste, les initiatives des sionistes en vue d’obtenir un soutien international pour la création d’un état juif en Palestine se sont intensifiées. La plupart des réfugiés juifs voulaient fuir en Europe de l’Ouest ou aux Etats-Unis mais les contrôles aux frontières (avec le soutien des organisations sionistes) les en empêchaient, et ils ont donc migré en Palestine.

La colonisation sioniste a dépendu d’institutions racistes qui existent toujours aujourd’hui. L’Agence juive promeut l’immigration des Juifs en Israël. Le Fonds national juif attribue toujours les terres israéliennes exclusivement à des Juifs.La Histadrout (souvent définie à tort comme un « syndicat ») est en réalité une entreprise qui promeut « la main-d’œuvre exclusivement hébraïque ». La « Loi du retour » israélienne offre la citoyenneté à tous les Juifs, d’où qu’ils viennent.

Les milices sionistes ont attaqué les civils palestiniens dans les années 40 jusqu’à la déclaration d’indépendance d’Israël en 1948. En 1947 et 1948, cette campagne de terreur a expulsé plus de 700 000 Palestiniens de leurs foyers. Plusieurs massacres ont fait fuir des Palestiniens paniqués de leurs terres.

Un « état d’urgence » officiel a empêché des réfugiés d’exercer leur droit de retour, violant ainsi jusqu’à ce jour le droit international. La colonisation sioniste ne s’est pas arrêtée à l’occupation des terres du peuple indigène. Plutôt que d’exploiter leur main-d’œuvre, le sionisme a tout fait pour les expulser ou les éliminer, comme les colons européens l’avaient fait avant en Amérique, en Australie et en Nouvelle-Zélande.

Le sionisme a fait en sorte de remplacer la population indigène par des colons, « les Nouveaux Juifs ». Ce projet doublement raciste a discrédité la solidarité ouvrière considérée arriérée, et a voulu remplacer la culture yiddish des immigrés par une culture complètement inventée. L’écrivain israélien Amos Oz explique : « Il y a même des nouvelles berceuses et des nouvelles « légendes anciennes » qui ont été faites par des écrivains enthousiastes », et qui glorifient par exemple l’appropriation des terres par les colons par le biais du travail agricole (comparer les deux affiches).

En tant qu’idéologie fondatrice du colonialisme juif en Palestine, le sionisme a été adopté par de nombreux Juifs, perçu comme une voie vers l’utopie socialiste basée sur le travail collectif et les communautés idéalistes des kibboutz. En réalité, ils ont du faire un choix : soit rompre avec le sionisme, soit accepter son caractère colonial et raciste.

Les avenirs des Juifs : solidarité de classe contre colonialisme de peuplement

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Juif socialiste du mouvement de jeunesse Bund : « Participez au Tsukunft » (l’avenir)
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Nouveau Juif du colonialisme de peuplement : « Vers une nouvelle vie sur la Terre Promise »

Politiques racistes de droite

Comme dans les années 30, le sionisme et les politiques racistes de droite continuent de converger. Sur la scène politique américaine, il y a une alliance entre les sionistes juifs et les sionistes chrétiens fondamentalistes, bien plus nombreux. Aujourd’hui, aux Etats-Unis, une grande partie des 40 millions d’évangélistes chrétiens croient qu’un « retour » des Juifs en Palestine annonce la Seconde Venue du Christ, l’Armageddon, puis l’Enlèvement de l’Eglise, quand les croyants seront sauvés. Celui qui ne croit pas en cette prophétie, même parmi les Juifs, seront envoyés en enfer. Depuis le 11 Septembre, les sionistes chrétiens considèrent aussi Israël comme une première ligne de défense contre la soi-disant « menace islamiste ».

Les sionistes juifs exploitent cet appui, même quand il est associé à un antisémitisme flagrant. Selon le pasteur John Hagee, président de la Convention baptiste du Sud, « Adolf Hitler était un « chasseur » envoyé par Dieu, chargé d’accélérer la volonté de Dieu de faire recréer par les Juifs un état d’Israël. »

Néanmoins, le soutien de Hagee à Israël a été salué par la Ligue anti-diffamation, dont le but est de combattre l’antisémitisme. De même, le Premier ministre Benyamin Netanyahu a déclaré, s’exprimant lors d’un rassemblement des Chrétiens unis pour Israël, le lobby de Hagee fort d’un million de membres : « La bonne nouvelle, c’est qu’Israël n’est pas seul ; il a votre soutien ».

Comme aux Etats-Unis, des groupes racistes européens associent l’antisémitisme et le soutien au sionisme.Dans toute l’Europe, la plupart des grands partis racistes sont antisémites, islamophobes et pro-sionistes. Les membres de la Ligue de défense anglaise expriment des opinions antisémites tout en agitant le drapeau d’Israël. Israël a aussi le soutien de Robert Zines, député européen letton du Parti pour la patrie et la liberté, qui a l’habitude de participer à la marche annuelle en mémoire des vétérans SS qui gardaient des camps d’extermination. De même, en Pologne, le parti Droit et justice compte des antisémites pro-israéliens. Michal Kaminski, député européen, soutient pleinement Israël tout en défendant « la bonne réputation de Jedwabne », une ville où des centaines de Juifs ont été brûlés vifs dans une synagogue en 1941.

Equation raciste : sioniste = juif

Le soutien occidental à Israël repose sur bien plus qu’une connivence avec l’antisémitisme. Israël a prouvé son utilité pour étouffer les aspirations nationalistes arabes au contrôle démocratique du Moyen-Orient et de ses ressources naturelles, surtout depuis la guerre de 1967. Les méthodes anti-insurrectionnelles israéliennes ont été largement utilisées par les armées occidentales, par exemple en Irak et en Afghanistan. L’armée israélienne a transformé le Moyen-Orient en un laboratoire pour étendre au niveau mondial des systèmes de surveillance, de contrôle et d’armement. La domination impérialiste associe de près les puissances occidentales à l’état colonial israélien. Régulièrement, l’Occident demande aux Palestiniens « de reconnaître Israël comme un état Juif », assimilant ainsi un peuple à un état. Le Comité américain pour les affaires publiques israéliennes (AIPAC), appelé « le lobby juif » par ses sympathisants, a encouragé cet amalgame.

L’Observatoire européen des phénomènes racistes et xénophobes (EUMC) a aussi encouragé un amalgame semblable. D’après ce qu’on appelle sa « définition opérationnelle de l’antisémitisme », on pourrait qualifier d’antisémitisme le fait de dénier « au peuple juif son droit à l’autodétermination, notamment en affirmant que l’existence d’un Etat d’Israël est le résultat d’une action raciste ». Depuis que cette définition a été rejetée par le Syndicat britannique des universités et des collèges (UCU), les sionistes font campagne pour que les universités désapprouvent le syndicat. Cela prouve une fois de plus que ce sont les sionistes, et non leurs détracteurs, qui continuent à assimiler leur projet colonial à tous les Juifs. En revendiquant être l’« état des Juifs », Israël implique tous les Juifs dans ses guerres, son occupation, son vol des terres, ses expulsions et ses autres crimes.

A l’image de cette équation, des défenseurs malavisés des Palestiniens ont attribué leur oppression à une conspiration juive internationale, à la « puissance juive », à « un esprit juif », etc. Le journaliste d’extrême-droite Israël Shamir véhicule ces éléments de l’antisémitisme européen traditionnel, soi-disant pour soutenir les Palestiniens. Ces explications occultent l’origine de l’oppression des Palestiniens. Paradoxalement, elles font admettre la revendication sioniste de représenter tous les Juifs et « les valeurs juives ».

Des commentateurs et des militants palestiniens de premier plan rejettent ces soutiens qui nuisent à la cause palestinienne. Des dizaines d’entre eux, dont Ali Abunimah, Joseph Massad, Omar Barghouti et Rafeef Ziadeh, ont dénoncé ceux qui rendent les caractéristiques « juives » responsables de l’oppression des Palestiniens. Comme l’a fait remarquer le Comité national palestinien de BDS, « assimiler Israël au judaïsme mondial … est en soi antisémite ».

C’est une équation qui stéréotype les Juifs, menace leurs droits civiques et met en danger leur identité nationale dans les pays où ils vivent. Elle vient des antisémites qui considéraient les Juifs comme un peuple étranger qui n’avait pas sa place en Europe et avait besoin d’avoir sa propre patrie. Cette équation est contredite par les nombreuses personnes d’origine juive qui soutiennent activement les droits civiques des Palestiniens et jouent un rôle central dans la campagne BDS.

BDS : contre le sionisme et l’antisémitisme

Comprendre que le sionisme et l’antisémitisme sont des jumeaux politiques racistes (parfois même des partenaires dans le crime) conforte l’appel palestinien à BDS. Ses objectifs antiracistes (la libération de l’occupation, la justice pour les réfugiés à qui on refuse le droit de retour et l’égalité pour les citoyens palestiniens d’Israël) sont mieux servis en ciblant Israël en tant qu’état raciste aligné sur les intérêts politico-économiques des puissances occidentales.

Publié en Janvier 2013. La version diffusée sur le site jews4big.wordpress.com contient les notes avec les références.

Autres lectures sur le sionisme et l’antisémitisme

Gilbert Achcar, Les Arabes et la Shoah. La guerre israélo-arabe des récits, Sinbad, Actes Sud, 2007

Edwin Black, The Transfer Agreement : The Dramatic Story of the Pact between the Third Reich and Jewish Palestine, Macmillan, 1984

Lenni Brenner, Le sionisme à l’ère des dictateurs, 1983

Norman Finkelstein, L’Industrie de l’Holocauste, La Fabrique, 2001

David Landy, Jewish Identity and Palestinian Rights, Zed, 2011

Antony Lerman, The Making and Unmaking of a Zionist, Pluto, 2011

Francis Nicosia, The Third Reich and the Palestine Question, Taurus, 1985
Aki Orr, The unJewish State : The Politics of Jewish Identity in Israel. London, Ithaca, 1983
Yakov Rabkin Au nom de la Torah : Une histoire de l’opposition juive au sionisme, Presses de l’Université Laval,‎ 2004
John Rose, The Myths of Zionism, Pluto, 2005
Shlomo Sand, Comment le peuple juif fut inventé, Fayard,‎ 2008
Nathan Weinstock, Le Sionisme, faux messie, Paris, 1969

JEWS FOR BOYCOTTING ISRAELI GOODS (J-BIG)
Nous sommes des Juifs résidant au Royaume-Uni qui soutenons l’appel palestinien à la campagne boycott, désinvestissement et sanctions (BDS) pour qu’Israël rende compte des décennies de violation du droit international. J-BIG fait partie de Boycott Israel Network (www.boycottisraelnetwork.net).

https://jews4big.wordpress.com

jews4big@gmail.com

Traduction par Elodie C. pour BDS France

Version originale du texte :

https://www.dropbox.com/s/qmtr7750m1h5g3u/2013-01-15-jbig-briefing-web.pdf




À la surprise générale, la France refuse le drone israélien

Ali Abunimah – The Electronic Intifada – 5 février 2016

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Le 20 juin 2015, au Salon international de l’aéronautique à Paris-Le Bourget, des militants ont organisé un « die-in » près du pavillon d’Elbit Systems.
(BDS France)

Les militants de la campagne BDS en France se félicitent de la décision prise par l’armée de leur pays de ne pas acheter le drone Watchkeeper, un drone fabriqué sur le modèle d’un drone utilisé par Israël lors de ses centaines d’agressions meurtrières contre les civils palestiniens.

Watchkeeper est fabriqué dans le cadre d’un projet commun entre le plus gros fabricant d’armes d’Israël, Elbit Systems, et la filiale britannique de Thales en France.

Defense News a rapporté que le « Watchkeeper était ultra-favori pour être sélectionné », mais à la place, le gouvernement français a préféré le drone Patroller, fabriqué par un consortium national, Sagem (Safran).
Une victoire pourtant morose

Plus de 8000 personnes ont signé une pétition lancée par BDS France en septembre demandant au ministère de la Défense de ne pas opter pour le drone israélien.

BDS France indique que dans le cadre de sa campagne contre le drone israélien, des milliers de cartes postales ont été adressées au Président François Hollande.

« Si le choix de Sagem ne marque pas une totale indépendance vis-à-vis d’Israël, l’abandon du drone de Thales-Elbit est un succès pour la campagne BDS », dit le groupe militant.

Le Patroller de Sagem est à 80 % français, selon Defense News, alors que le Wathckeeper ne l’est qu’à 10 %. On ignore s’il peut y avoir un élément dans le Patroller qui serait israélien.

Mais à l’inverse de ses autres victoires, BDS France adopte un ton morose : « Nous ne pouvons pas fêter le choix pour de telles armes, choix qui pourrait ouvrir la voie à des drones équipés d’armes, dans l’armée française, quand de tels armes peuvent tuer ou aider à tuer des civils, comme l’armée israélienne le fait à Gaza ».

Defense News informe que Sagem, Thales et le bureau d’approvisionnement militaire du gouvernement français ont refusé de commenter la décision.

« Testés sur le terrain » sur les Palestiniens

En 2014, le Royaume-Uni a déployé ses nouveaux drones Watchkeeper en Afghanistan.

Watchkeeper est basé sur le drone Hermes 450 d’Elbit, qu’Israël a « testé sur le terrain lors de ses agressions contre Gaza qui ont fait de nombreux morts palestiniens, dont des enfants », a déclaré l’organisation caritative britannique War on Want dans un rapport de 2013.

Ce rapport, « Des drones pour tuer : complicité britannique dans les crimes d’Israël contre le peuple palestinien », indique que plus de 800 Palestiniens ont été tués par les drones israéliens entre 2006 et 2011.

Et parmi eux, Mamoun al-Dam, 12 ans, tué par une frappe de drone israélien dans la bande de Gaza occupée, le 20 juin 2012, alors qu’il jouait au football.

En juillet dernier, lors du cinquième anniversaire de l’agression israélienne de l’été 2014 contre Gaza, des militants au Royaume-Uni ont bloqué quatre usines d’Elbit Systems.

Et notamment l’usine qui fabriquait les moteurs pour les drones qui ont été utilisés dans les agressions d’Israël contre Gaza.

Quelques semaines plus tôt, des militants français avaient organisé un « die-in » devant le pavillon d’Elbit Systems au Salon international de l’aéronautique de Paris-Le Bourget, l’un des évènements annuels les plus importants au monde pour la vente d’avions militaires et civils.

 

https://electronicintifada.net/blogs/ali-abunimah/surprise-move-france-rejects-israeli-drones
Traduction : JPP pour BDS FRANCE




Le gouvernement français, partenaire d’un profiteur des colonies israéliennes

Ali Abunimah – The Electronic Intifada – 4 février 2016

 

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Un étalage d’un magasin Shufersal Deal à Gilo, une colonie de peuplement en Cisjordanie occupée, le 2 février, où il est indiqué que la promotion par cette chaîne de supermarchés israélienne est un « partenariat avec l’ambassade de France ».

Le gouvernement français apporte son soutien intensif à une société israélienne qui tire profit des colonies construites sur des terres palestiniennes et syriennes, terres occupées en violation du droit international.

Ce mois-ci, la plus grande chaîne de supermarchés d’Israël, Shufersal, sponsorise So French So Food (la semaine de la gastronomie française en Israël – 4e édition en 2016), qu’elle présente comme un « Festival des arômes et des saveurs de France ».

L’évènement est co-organisé par l’Institut français, bras culturel du gouvernement français, et Shufersal. Il est également parrainé par la ville de Toulouse.

Tout ce mois, Shufersal fait une grande promotion des produits français dans ses magasins.

Les documents de commercialisation de Shufersal et les étalages en magasin pour la semaine So French So Food indiquent que la campagne est un partenariat avec l’ambassade française.

The Electronic Intifada  confirme que ces expositions sont organisées dans les magasins Shufersal à l’intérieur des colonies de Cisjordanie.

La promotion fera aussi venir plus de deux douzaines de chefs cuisiniers et artisans français en Israël. Son but est d’aider les sociétés françaises dont les dirigeants viendront en Israël dans le cadre de l’évènement à y exporter leurs produits.

Mais en soutenant cette initiative, le gouvernement français aidera aussi à gonfler les profits d’une société qui fonctionne abondamment dans les colonies israéliennes en Cisjordanie et sur le plateau du Golan en Syrie, deux territoires occupés.

Profiteur des colonies de peuplement

Sur son site, Shufersal liste les lieux où l’on trouve ses magasins dans les colonies d’Ariel, Maaleh Adumim, Gilo et le bloc Gush Etzion, en Cisjordanie.

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Une bannière postée sur Facebook par Shufersal, chaîne de supermarchés israélienne qui a une grosse activité commerciale dans les colonies, présente le festival de la So French So Food comme un « partenariat avec l’ambassade de France ».

 

Le groupe de recherche Who Profits fait savoir que l’une des chaînes de vente de proximité de Shufersal, la chaîne Yesh, possède des succursales dans un certain nombre d’autres colonies.

Shufersal distribue également des produits manufacturés dans les colonies de Cisjordanie sous sa propre marque. Cela comprend des produits venant des colonies d’Imanuel, Mishor Adumim et de la zone industrielle de Barkan.

En mai 2015, selon Who Profits, Shufersal a lancé sa propre ligne de produits laitiers fabriqués dans une colonie sur le plateau du Golan en Syrie, occupé par Israël.

Des photos prises par un citoyen israélien cette semaine, et transmises à The Eletronic Intifada, prouvent que la promotion soutenue par la France se déroule à l’intérieur même des colonies de Cisjordanie construites en violation du droit international.

Les images montrent des étalages dans un magasin Shufersal Deal, 17 rue Tsviya ve Yitzhak, à Gilo, où il est dit explicitement que la promotion est un « partenariat avec l’ambassade de France ».

À l’encontre de la politique française

 

Une source diplomatique a déclaré à The Electronic Intifada que le « partenariat entre l’ambassade française en Israël et Shufersal concerne exclusivement la promotion, en Israël, de produits français et de notre gastronomie, à l’occasion de la semaine de la gastronomie française.

« Il ne constitue en aucun cas un soutien à la colonisation, un point sur lequel la position française est claire et constante », ajoute la source.

Le fait est cependant que la promotion a lieu à l’intérieur des colonies de Cisjordanie, territoire que la France ne considère pas comme étant « en Israël ».

La France est l’une des forces à l’origine de l’exigence récemment annoncée par l’Union européenne pour que les produits des colonies ne soient plus étiquetés « Made in Israel ».

Pendant que la rhétorique du gouvernement français affirme une chose, sa promotion d’un gros profiteur des colonies apparaît bien comme une violation de sa propre politique de longue date, et aussi comme une approbation des violations flagrantes par Israël des droits des Palestiniens.

En 2014, la France a mis en garde ses citoyens et sociétés contre le commerce avec les colonies israéliennes dans les territoires occupés. Le gouvernement déclarait que les entreprises pourraient se trouver confrontées à des actions en justice concernant « la terre, l’eau, le minerai et les autres sources naturelles », autant qu’à des « risques pour leur réputation ».

Effectivement, les entreprises françaises qui participent à la promotion de la semaine So French So Food pourraient voir leur réputation en souffrir, mais cela à cause de l’action du gouvernement français.

Parmi ces entreprises françaises : la marque de vodka française Grey Goose, et les chocolatiers de Toulouse, Bello et Angeli, entre autres…

 

« Profitant des vols commis par Israël »

Dans un rapport décisif du mois dernier, le groupe Human Rights Watch a appelé toutes les entreprises à mettre fin totalement à leurs activités commerciales dans les colonies israéliennes en Cisjordanie occupée, y compris Jérusalem.

« Les activités commerciales dans les colonies participent inévitablement à la politique israélienne qui dépossède et discrimine durement les Palestiniens, tout en tirant profit du vol par Israël de la terre des Palestiniens et de leurs autres ressources », déclare Arvind Ganesan, directeur de la division Affaires et Droits de l’homme au sein de ce groupe basé à New York. « Le seul moyen pour les entreprises de se conformer à leurs propres responsabilités en matière des droits de l’homme est de cesser de travailler avec et dans les colonies israéliennes ».

Selon Human Rights Watch, les entreprises comme Shufersal sont capitales pour l’entreprise coloniale de peuplement : elles rendent les colonies plus viables en y créant des emplois, en payant des impôts aux municipalités des colonies, et en fournissant des services et des infrastructures aux colons.

Au cours de ces deux dernières années, un certain nombre de fonds de pension internationaux se sont totalement désinvestis de cinq banques israéliennes de premier plan, en raison de leurs activités soutenant les colonies israéliennes.

Ces décisions sont significatives en ce qu’elles créent le précédent que les activités des banques qui sont liées aux colonies ne peuvent être séparées de leurs autres activités.

Cela vaut également pour Shufersal, qui exploite un réseau et fournit une chaîne qui intègrent totalement ses activités de détail et de production au sein des colonies. Par conséquent, par sa promotion et son parrainage avec Shufersal, le gouvernement français se fait le complice des colonies de peuplement auxquelles il prétend s’opposer.

Dans son rapport, Human Rights Watch demande aussi au gouvernement de sanctionner Israël pour ses colonies.

Mais le gouvernement français semble se diriger dans le sens opposé.

Tout en diffamant, menaçant et réprimant ses propres citoyens qui militent pour les droits des Palestiniens, la France s’engage avec un gros profiteur des colonies, au nom du peuple français.

Traduction : JPP pour BDS France

Source: https://electronicintifada.net/blogs/ali-abunimah/french-government-partners-israeli-settlement-profiteer

 




L’UE aide Israël à opprimer les Palestiniens

Controverse sur l’étiquetage des produits alimentaires israéliens

Pourquoi le boycott, le désinvestissement et les sanctions sont la voie juste pour avancer.

Par OMAR BARGHOUTI 12/11/15

Israël a  beau plonger dans un extrémisme d’extrême droite sans masque, notamment avec l’escalade actuelle dans la brutalité de l’occupation et de la répression, l’Europe reste largement complice du soutien à l’occupation israélienne et de la violation des droits des Palestiniens, en dépit d’une rhétorique vide de l’Union Européenne.

Tout le buzz à Bruxelles et à Tel Aviv sur l’étiquetage par l’UE des produits des colonies israéliennes dans le territoire palestinien occupé, ne peut cacher le fait que la relation de l’Europe avec Israël contredit les valeurs auxquelles elle adhère et ses engagements juridiques.

Ignorant ses obligations en vertu du droit international, en particulier l’avis de la Cour Internationale de Justice de 2004 contre le mur illégal d’Israël, l’UE maintient un réseau de relations militaires, de recherche sur les armes, de transactions bancaires et d’accords commerciaux avec des sociétés israéliennes, des banques et des institutions profondément impliquées dans les violations de droits humains.

L’UE a aussi obstinément refusé d’appliquer la clause des droits humains dans son accord d’association avec Israël, blanchissant de ce fait les violations permanentes du droit international par le régime israélien d’occupation, de colonialisme de peuplement et d’apartheid. Plus de 300 syndicats, ONG et autres organisations de la société civile de toute l’Europe ont lancé un appel à l’UE pour qu’elle cesse son soutien aux crimes d’Israël, notamment en suspendant l’accord d’association. L’appel a reçu le soutien de plus de 60 députés européens.

Si les droits des Palestiniens sont considérés aujourd’hui par une grande partie du monde comme « le test décisif pour les droits humains » ainsi que le dit John Dugard, le juriste sud-africain, ancien rapporteur de l’ONU sur les droits humains, alors l’UE a raté ce test.

Étiqueter les produits illégaux des colonies israéliennes au lieu de les interdire est considéré par les Palestiniens comme un échec de plus de l’UE à défendre le droit européen et international.

L’UE contribue à financer des sociétés militaires israéliennes, telles Elbit System et l’Aérospatiale d’Israël, qui sont accusées de complicité avec les crimes de guerre et probablement des crimes contre l’humanité de la part d’Israël.

L’attaque de 2014 d’Israël à Gaza, condamnée en tant que « massacre » par la présidente du Brésil et le ministre des affaires étrangères de France, a exacerbé la colère à l’échelle internationale et a encore érodé le maigre soutien dont jouit Israël dans l’opinion publique en Europe. Un ancien vice-premier ministre britannique et un ancien premier ministre français ont ouvertement appelé à des sanctions contre Israël. Le vice-président du deuxième plus grand parti d’Allemagne a appelé à un embargo sur les armes vers Israël – comme vers l’Arabie Saoudite et le Qatar.

Bien que l’UE continue à voter en bloc son soutien aux résolutions de l’ONU pour la défense des droits palestiniens tels que décrétés par l’ONU, dont le droit au retour des réfugiés palestiniens, et bien que l’UE condamne toujours les colonies israéliennes comme illégales selon la quatrième convention de Genève, ces positions ne se sont traduites en aucune mesure effective de reddition de comptes d’Israël.

Quand on voit avec quelle rapidité l’UE a adopté des sanctions contre la Russie pour des violations présumées du droit international en Ukraine, bien pâles en comparaison des crimes d’Israël perpétrés depuis tout ce temps d’occupation du territoire palestinien, on ne peut qu’accuser l’Europe d’hypocrisie quand elle fait défaut sur des sanctions bien plus justifiées à prendre contre Israël.

Certains pourront objecter  que les lignes directrices de 2013 sur les relations avec l’occupation israélienne et avec les colonies sont une manifestation concrète du rejet par l’Europe de la souveraineté d’Israël sur les territoires arabes occupés. Loin de refléter une approche qui, par principe, défende systématiquement les droits humains et le droit international, néanmoins, ces lignes directrices ont résulté directement du mécontentement croissant en Europe vis-à-vis d’Israël. Un sondage de la BBC en 2014 montre par exemple que la popularité d’Israël est du même ordre que celle de la Corée du Nord pour les deux tiers des sondés en Europe.

Source : http://www.politico.eu/article/the-eu-helps-israel-oppress-palestinians-occupation-rights-violation
Traduction SF pour BDS France