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Discrimination des travailleurs palestiniens

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La lutte des travailleurs pour leurs droits, à Tulkarem
Campagne populaire contre le mur de l’apartheid (Stop the Wall)

22 avril 2014

La région de Tulkarem est devenue synonyme de recyclage industriel de déchets avec le nombre d’usines qui se sont installées à l’intérieur de la Cisjordanie occupée. La zone industrielle coloniale de Nitzanei Shalom, que les Israéliens appellent « Les bourgeons de la paix », s’est montée sur des terres de la ville de Tulkarem au début des années quatre-vingt, précédemment confisquées par ordre de l’armée qui s’emparait ainsi de milliers d’acres de terre (une acre égalant 4046 m²). La zone comporte aujourd’hui sept usines spécialisées en différentes formes de recyclage des déchets, notamment avec le gaz domestique et le brome en phase gazeuse utilisé pour stériliser les terres agricoles, elle comporte aussi des usines qui produisent du nylon, du plastique, des filtres à eaux, des engrais et des pesticides. Les résidus produits par ces fabrications ont un fort impact sur la santé des gens et l’environnement.

Abu Mujahid travaille à l’usine Seoul Orr depuis 2005. L’usine réutilise des bouteilles de gaz domestique et produit du gaz de brome pour la stérilisation de la terre. La mort d’un certain nombre de travailleurs pour cause de cancer et autres maladies et accidents, comme Imad Abu Haesh, Musab, Jihad Dridi, qui habitaient Beit Lid, Ahmed Abu Tammam, Mustafa Qasimm, Danny, et le comptable Tsevi, nous montre que cette usine ne protège pas les salariés qui y travaillent, mais qu’elle est un marché aux esclaves, la télévision (Channel 2) et la radio israéliennes se référant à des conditions de travail nocives. L’administration oblige les salariés à travailler neuf heures par jour, bien que la loi israélienne reconnaît une durée de travail journalière de seulement 8 heures, et le salaire perçu par le travailleur, pour ses 9 heures, ne dépasse pas les 60 shekels (un peu plus de 12 €).

Abu Mujahid dit que, luttant pour leurs droits au sein de l’usine, les travailleurs ont demandé à la direction de l’usine d’améliorer leurs conditions de travail, mais celle-ci n’a pas été d’accord, alors, en 2007, nous avons décidé une grève illimitée, en dépit de la menace d’être privés de nos revenus. Après deux semaines de négociations, les salariés sont retournés au travail et chacun a reçu 30 shekels d’augmentation de salaire. Ils ont accepté cela après avis de la nouvelle Fédération syndicale et de l’Association dite des travailleurs. Abu Mujahid : « Quand nous avons rencontré cette Assemblée, elle nous a aidés à bien appréhender la législation israélienne de sorte que nous avons pu connaître nos droits, savoir comment les revendiquer et les défendre. Nous avons appris que la loi israélienne avait été modifiée et que la Cour suprême israélienne avait intégré dans sa compétence la zone des usines, et donc que quiconque travaille avec un employeur israélien rentre obligatoirement dans le cadre de cette législation », ceci a été publié le 10 janvier 2007. Sur cette base, cette usine se trouve en infraction de la législation du travail et de celle sur la sécurité publique des salariés.

alt« Avec l’aide de cette Assemblée, et l’assistance d’un avocat palestinien de la Palestine occupée depuis 1948, nous avons décidé de poursuivre une grève illimitée, le 19 octobre 2007, une grève qui va durer 8 mois avec la participation de 80 travailleurs. À cette époque, nous avons reçu de nombreuses menaces de la part du propriétaire de l’usine. Il a engagé un contractuel palestinien, de la Palestine occupée depuis 1948, un mois avant le début de notre grève, afin que nous ayons à travailler avec ce contractuel agissant en tant que médiateur entre les travailleurs et le propriétaire de l’usine, mais les travailleurs ont rejeté cela avec force. » Le propriétaire a aussi essayé de faire venir d’autres salariés, s’assurant les services d’un contractuel qui a fait venir 40 travailleurs soudanais, mais l’usine n’a pas fonctionné comme d’habitude. En 2010, l’usine est tombée en faillite et elle a été liquidée par les sociétés impliquées, lesquelles ont transmis les droits des travailleurs au bureau de l’Assurance nationale. Après deux années de lutte, les travailleurs ont obtenu leurs droits et indemnités, lesquels montaient à environ 5 millions de shekels (un peu plus d’un million d’€). Toute l’usine a été cédée à une nouvelle société, elle a perdu son nom de Seoul Orr, pour devenir la Bell Jazz, spécialisée dans la fabrication et la réutilisation de bouteilles et de citernes de gaz.

S’agissant des conditions de travail après ce changement de direction et de la société propriétaire de l’usine, Abu Mujahid affirme que « maintenant, les travailleurs sont payés dans le cadre de la loi, le salaire minimum est de 4300 shekels (depuis le 1er janvier 2013 – environ 900 €) pour 8 h de travail par jour, soit 23,12 shekel de l’heure (près de 5 €). Et la loi stipule que chaque salarié a droit à 6 jours de convalescence, et s’il ne les prend pas, il touche 370 shekels (77 €) par jour. Le coût du transport est assuré pour tous les travailleurs en fonction de leur lieu d’habitation, et pour les congés, les travailleurs ont droit à 10 jours par an. Pour le décès d’un parent au premier degré, le salarié a droit à un congé de trois jours payés. C’est la seule usine qui a créé un fonds de pension de 750 shekels par mois pour les salariés. »

Suite à de nouvelles réformes, le gaz utilisé à la fabrication est maintenant brûlé, ceci pour réduire les risques. Les travailleurs sont traités avec un respect total par les dirigeants de l’usine, ce qui n’était pas le cas quand la Seoul Orr la dirigeait. La direction fait preuve d’attention quant à la sécurité des travailleurs, elle assure les premiers secours et la formation pour la sécurité publique du personnel. Le niveau de pollution affectant l’environnement à l’époque de l’administration Seoul Orr était enregistré à des niveaux extrêmement élevés, le gaz, libéré dans l’atmosphère, contaminait les environs.

Sans la détermination des travailleurs et leur volonté de lutter, les salariés n’auraient jamais obtenu ces conditions de travail justes et sécurisées, pour la garantie desquelles ils se sont si farouchement battus.

Version originale en anglais, sur le site de Stop the Wall : http://www.stopthewall.org/2014/04/22/fighting-workers-rights-tulkarm
Traduction : JPP pour BDS FRANCE

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