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Lettre ouverte d’universitaires californiens pour la liberté universitaire

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Bien loin de l’objectif louable de combattre un réel antisémitisme, cette résolution a été rédigée pour servir les objectifs de propagande du gouvernement d’Israël aux dépens des droits, constitutionnellement protégés, des habitants de la Californie.
Interdit d’évoquer de tels massacres par Israël contre les Palestiniens dans les universités de Californie ? Ici, à Gaza, décembre 2008.

 

Lettre ouverte des Universitaires californiens pour la Liberté universitaire aux membres de l’Assemblée de Californie : Linda Halderman, Bonnie Lowenthal et aux 66 coauteurs de la House Resolution 35 de Californie :

Coauteurs : membres de l’Assemblée Achadjian, Beall, Block, Blumenfield, Butler, Cook, Fong, Furutani, Galgiani, Gatto, Gordon, Hagman, Mansoor, Miller, Monning, Portantino, and Williams, Alejo, Allen, Atkins, Bill Berryhill, Bonilla, Brownley, Buchanan, Charles Calderon, Campos, Carter, Cedillo, Chesbro, Conway, Davis, Dickinson, Donnelly, Eng, Feuer, Fletcher, Fuentes, Beth Gaines, Garrick, Gorell, Harkey, Hayashi, Roger Hernández, Hueso, Huffman, Jeffries, Jones, Lara, Ma, Mendoza, Mitchell, Morrell, Nestande, Olsen, Pan, Perea, John A. Pérez, V. Manuel Pérez, Silva, Skinner, Smyth, Solorio, Swanson, Torres, Valadao, et Wagner.

Chers représentants de l’Assemblée de Californie

Les Universitaires de Californie pour la Liberté universitaire s’opposent, dans les termes les plus forts possibles, à la House Resolution 35, résolution qui liste chacune et chacun d’entre vous comme initiateurs ou coauteurs et qui a été approuvée sans débat par l’Assemblée de l’État de Californie le 28 août 2012 (1). La résolution constitue une menace claire contre la liberté universitaire à l’université de Californie et dans le système universitaire de l’État de Californie.

La HR-35 ne crée pas de droit nouveau, mais elle appelle les administrateurs de l’université à nier les droits du Premier amendement pour les étudiants et le corps enseignant. La résolution de l’Assemblée déclare : « une direction (d’université) au sommet reste une priorité majeure afin qu’aucun administrateur, professeur ou groupe d’étudiants ne puisse avoir le moindre doute que l’activité antisémite ne sera pas tolérée dans les salles de cours ou sur le campus, et qu’aucune ressource ne sera autorisée à servir pour une agitation antisémite ou tout autre intolérance. »

La résolution donne, à tort, à titre d’exemples d’ « antisémitisme » :

  • un discours sur un campus qui décrit Israël comme un État raciste ou d’apartheid.

La HR-35 demande implicitement la censure des conférences et présentations critiques d’Israël telles qu’elles pourraient être données par les lauréats du Prix Nobel de la Paix Jimmy Carter, Desmond Tutu et Mairead Maguire qui, tous, ont utilisé le terme « apartheid » dans leur présentation d’Israël ou sa politique (2). L’auteure renommée Alice Walker, avec d’autres membres du prestigieux Tribunal Russel (3) peut aussi, potentiellement, être interdite de campus californiens si les administrateurs de l’université suivent les recommandations de la HR-35.

  • un discours qui accuse Israël de crimes contre l’humanité ou de nettoyage ethnique.

La HR-35 appelle implicitement à l’exclusion des salles de cours de l’université des articles documentant sur les crimes contre l’humanité ou le nettoyage ethnique qui émaneraient d’importantes organisations des droits de l’homme telles qu’Amnesty International et Human Rights Watch. La résolution peut aussi conduire à l’interdiction d’orateurs universitaires des universités israéliennes qui ont publié les preuves du nettoyage ethnique et des crimes contre l’humanité par l’État d’Israël.

  • les campagnes de boycotts, désinvestissements et sanctions soutenues par des étudiants et des professeurs contre l’État d’Israël.

La HR-35 cherche donc à interdire la résistance non violente contre le système législatif d’apartheid en Israël, une résistance analogue au désormais renommé boycott de l’apartheid d’Afrique du Sud des précédentes décennies.

Les universités publiques ont une responsabilité particulière dans la protection de la liberté universitaire et de la liberté d’expression. La liberté universitaire permet aux professeurs de conduire et faire connaître la recherche universitaire, de concevoir des cours et d’enseigner aux étudiants dans les domaines de leurs compétences, et de bénéficier des protections du Premier Amendement pour les interventions ouvertes à tous. Ce sont des activités essentielles pour toute université crédible.

L’amalgame entre la critique d’Israël ou sa politique et l’antisémitisme est devenu une tactique classique pour ceux qui cherchent à censurer toute critique d’Israël. A titre de comparaisons, il serait impensable d’assimiler la critique du gouvernement de la Chine ou du mouvement pour un Tibet libre à un racisme antichinois, en dépit de l’identification que beaucoup d’étudiants chinois feraient avec la Chine et la culture chinoise. De même, il serait absurde d’assimiler une critique de gouvernements en Afrique avec un racisme à l’encontre des Afro-Américains. Il est presque inconcevable d’imaginer une résolution de l’Assemblée qui confondrait une critique du gouvernement de l’Égypte avec un racisme anti-arabe. Or, la HR-35 n’est pas moins ridicule dans son amalgame entre critique d’Israël et antisémitisme. La censure n’est pas la bonne façon de contrer un discours avec lequel on n’est pas d’accord. Au contraire, la réponse appropriée est de mettre en avant ses arguments et convictions ; c’est-à-dire, de s’engager dans la liberté d’expression.

La House Resolution 35 sape le Premier Amendement et demande des restrictions aux discours critiques d’Israël qui vont bien au-delà des restrictions en Israël même. Les critiques d’Israël qui sont proscrites par la HR-35 sont de façon normale exposées dans la presse grand public israélienne. Nous soulignons, cependant, que nous ne voulons pas dire que les limites des critiques acceptables d’Israël doivent être définies par les limites de l’expression en Israël. Les enseignants et étudiants de Californie ont le droit de s’informer sans restriction sur cette question, et à cette fin, les voies palestiniennes sont essentielles, bien qu’elles aient rarement l’occasion de se faire entendre sur les campus universitaires de Californie.

Le souci majeur qui est derrière la House Resolution 35 n’est pas l’antisémitisme. En effet, la HR-35, en elle-même, est fondamentalement antisémite parce qu’elle associe et mélange le judaïsme avec une liste interminable de politiques racistes et de crimes contre l’humanité bien documentés perpétrés par l’État d’Israël. Bien loin de l’objectif louable de combattre un réel antisémitisme, cette résolution a été rédigée pour servir les objectifs de propagande du gouvernement d’Israël aux dépens des droits, constitutionnellement protégés, des habitants de la Californie.

Nous vous exhortons, dans les termes les plus forts, à dénoncer publiquement la House Resolution 35, et à voter son abrogation.

Références :

- [1] Texte de la House Resolution 35 (pdf)

La couverture dans la presse comprend : U.C. report on Jewish campus climate : Results marginalize, misrepresent students critical of Israel

L’université de Californie rejette la résolution de l’antisémitisme

- [2] Carter ; Tutu ; Maguire

- [3] Le tribunal Russel sur la Palestine

 

Veuillez agréer,

Les Universitaires de Californie pour la Liberté d’expression

(pour la liste des signataires et leur adresse, voir à la source)

 

Les Universitaires de Californie pour la Liberté d’expression sont un groupe de plus de 134 universitaires qui enseignent dans plus de vingt institutions d’enseignement supérieur de Californie. Le groupe s’est créé en réponse à la vague de violations de la liberté universitaire qui s’est soulevée tant dans le climat de violations des droits civils de l’après 11 Septembre 2001 que dans les attaques croissantes contre les éducateurs progressistes par les néo-conservateurs. Beaucoup de ces attaques ont visé des universitaires d’origine arabe, musulmane ou moyen-orientale, ou des universitaires qui faisaient des recherches et donnaient des cours sur les communautés moyen-orientales, arabes et musulmanes.

Notre objectif de protéger les universitaires et étudiants de Californie, au départ principalement dans les institutions d’enseignement supérieur, s’est donné une portée plus vaste. Nous reconnaissons que toute violation de la liberté universitaire, où qu’elle se produise, est une menace pour la liberté universitaire partout dans le monde.

24 septembre 2012 – California Scholars for Academic Freedom – traduction : Info-Palestine/JPP

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