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La société civile palestinienne salue Alice Walker

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« Il ne m’est pas possible de vous le permettre (la publication de mon livre en Israël) à ce moment pour la raison suivante : comme vous le savez peut-être, l’automne dernier, en Afrique du Sud, le Tribunal Russel sur la Palestine s’est réuni et a jugé qu’Israël se rendait coupable d’apartheid et de persécution du peuple palestinien, tant à l’intérieur d’Israël que dans les territoires occupés. Les témoignages que nous avons entendus, d’Israéliens et de Palestiniens (j’étais juriste), ont été accablants. J’ai grandi sous l’apartheid états-unien mais ce que nous avons entendu était bien pire. En effet, beaucoup de Sud-Africains qui y participaient, notamment Desmond Tutu, ont estimé que la version israélienne de ces crimes était pire même que ce dont ils avaient souffert sous le régime de la suprématie blanche qui a dominé l’Afrique du Sud pendant si longtemps. »

Alice Walker (A)(B)

Avec ces mots, de renommée mondiale, l’auteur de best-sellers Alice Walker a fixé une nouvelle norme morale pour les auteurs et personnalités culturelles au niveau international. En refusant de permettre que son œuvre célèbre, La Couleur pourpre, soit publiée en Israël à cause du système d’apartheid de cet État, Walker dit à Israël et au monde qu’elle prend au sérieux son obligation morale de ne pas se faire la complice de l’occupation, de la colonisation et de l’apartheid d’Israël. En réitérant son soutien au BDS d’une façon concrète, elle adresse aux Palestiniens un message clair d’amour et de vraie solidarité. Walker sait plus que tout autre que l’amour envers les opprimés sans le soutien à leur lutte pour la fin de l’oppression n’est que charité futile alors que ce dont ils ont besoin, c’est de solidarité.

Le courage moral d’Alice Walker et sa solidarité exaltante sont salués par les Palestiniens par des sincères remerciements. Le message de gratitude le plus remarquable vient de l’Union générale des auteurs palestiniens, qui a adressé un salut chaleureux à Walker dans une déclaration disant (1) :
« L’union générale des auteurs palestiniens, tout en saluant cette intellectuelle libre et en exprimant son sincère remerciement pour ses luttes contre les régimes d’oppression et d’apartheid, allant des chapitres les plus sombres de l’histoire contemporaine états-unienne à l’Afrique du Sud d’hier et la Palestine d’aujourd’hui, confirme que la dignité humaine est une et identique dans toutes les parties de la Terre ; elle résiste au morcèlement, et elle est la négation de toute hiérarchie des couleurs.

(…)

« Le courageux message que la romancière militante Walker a adressé à l’un des artisans de la propagande sioniste… ôte toute incertitude quant à l’affinité qui existe entre les revendications des Palestiniens, des Sud-Africains et des Afro-américains. La similitude entre les systèmes d’apartheid dans ces géographies accablées ne relève plus d’un attrait intellectuel ou d’un exercice universitaire. L’union des luttes locales et mondiales contre ces régimes, avec leur centre euro-américain, n’est plus l’obsession de rêveurs… Le mouvement mondial BDS contre Israël… est devenu une réalité et un espace pour la résistance qui a coûté au régime colonial et d’apartheid d’Israël ses pertes les plus sévères. Les positions des intellectuels de conscience dans le monde, leurs contributions efficaces à ce mouvement, et leur défense noble de sa mise en oeuvre, forment la vertu qui sépare le bon grain des intellectuels de leur ivraie. »

La Campagne palestinienne pour le boycott universitaire et culturel d’Israël (PACBI), pour qui ce fut un honneur de recevoir et de diffuser la lettre d’Alice Walker, à l’instar en fait de tous les Palestiniens dans le monde, considère le soutien international au BDS par d’éminentes personnalités culturelles internationales du poids d’Alice Walker, Naomi Klein, John Berger, Judith Butler, Etienne Balibar, Ken Loach, Roger Waters, Arundhati Roy, Angela Davis, parmi bien d’autres, comme un indicateur puissant du dégoût du monde face à la colonisation et l’apartheid grandissants d’Israël de même qu’à son siège meurtrier qui dure contre la bande de Gaza. Les reculs d’Israël dans la bataille des cœurs et des esprits à travers le monde, malgré un investissement de moult millions de dollars dans sa campagne « Brand Israel » (Image de marque d’Israël) amplement ratée, sont maintenant admis par des voix de tout premier plan au sein même de l’establishment israélien. Dans un intéressant article du Jerusalem Post, Perdre le combat, le rédacteur en chef critique le recours de la propagande israélienne à la « falsification » d’images et la publication d’informations peu fiables, faisant valoir que la « hasbara traditionnelle ne fonctionnait plus » dans une ère de médias sociaux numériques (2). Alon Liel, ancien directeur au ministère des Affaires étrangères israélien, et ancien ambassadeur israélien en Afrique du Sud, a récemment apporté son appui au boycott culturel d’Israël par Alice Walker, de même qu’aux mesures de l’Afrique du Sud pour le boycott des produits des colonies israéliennes (3). Alice Walker a autrefois écrit : « La façon la plus courante dont le peuple abandonne son pouvoir c’est en croyant qu’il n’en a pas ». Israël a gardé pendant de nombreuses années une image d’invincibilité et d’inflexibilité sans égale dans le traitement de ses détracteurs, surtout en Occident. Avec ses campagnes bien huilées, orchestrées, de brutalité et d’intimidation contre les voix critiques s’élevant en Occident, dans les collèges, les communautés artistiques, les groupes confessionnels, les syndicats et dans la société civile dans son ensemble, Israël et ses groupes de pression avaient réussi dans le passé à inoculer la crainte de simplement débattre de la politique d’Israël, aboutissant à ce que ces groupes finissent par croire qu’ils n’avaient aucun pouvoir. Aujourd’hui, grâce non seulement au mouvement BDS qui se propage largement, mais aussi au fanatisme d’extrême droite d’Israël, à sa guerre inquiétante et grave, à ses violations persistantes du droit international, aujourd’hui la protection de l’impunité d’Israël est en train de se fissurer à un rythme stupéfiant, et les peuples se réapproprient leur pouvoir. Il est des gestes comme le boycott culturel d’Israël par Walker qui agissent comme des catalyseurs précieux pour riposter à l’exceptionnalisme d’Israël et remettre en cause la fidélité aveugle à son égard parmi les élites occidentales. Nous saluons Alice Walker !

PACBI

  [1] http://pacbi.org/atemplate.php?id=369 (en arabe)
  [2] http://www.jpost.com/Magazine/Featu…
  [3] http://www.timesofisrael.com/former…

  [A] – Alice Walker écrit à la maison d’édition Yediot – BDS Italia
  [B] – L’auteure de la « Couleur pourpre » refuse sa (publication en Israël) : « Israël est coupable d’apartheid » – JTA – Ha’aretz/PACBI 2 juillet 2012 – PACBI http://www.pacbi.org/etemplate.php?id=1936 traduction : JPP